
L'AFRIQUE DU SUD EN UN CLIN D'OEIL
Afrique du Sud, officiellement république d'Afrique du Sud, État le plus méridional de l'Afrique australe, limité au nord par la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et le Swaziland, dont les côtes orientales et méridionales sont baignées par l'océan Indien, la côte occidentale donnant sur l'océan Atlantique. Le Lesotho forme une enclave dans l'est du pays. Le territoire sud-africain s'étend sur 1221037km2. Pretoria est la capitale administrative et LeCap, la capitale législative. L'Afrique du Sud, puissance économique du continent africain, au peuplement pluriethnique, est entrée, depuis 1990, dans une nouvelle phase de son histoire, en rompant avec l'apartheid, système de ségrégation raciale qui a prévalu durant tout le XXesiècle.
Milieu naturel
Relief
Située au sud du tropique
du Capricorne, l'Afrique du Sud possède un relief simple. Ainsi,
un haut et vaste plateau (veld), couvrant environ les deux tiers du pays,
se relève sur ses bordures en un Grand Escarpement qui sépare
le plateau des zones littorales peu profondes et qui forme, au sud-est,
la chaîne montagneuse du Drakensberg constituée de laves basaltiques
et culminant à 3482m avec le Thabana-Ntlenyana. Le plateau sud-africain
est en grande partie constitué par le Highveld, au relief tabulaire,
situé entre 1200m et 1800m d'altitude. Sur ses franges nord-ouest,
le plateau se déprime, constituant des cuvettes, et s'ouvre sur
le désert du Kalahari, sur celui du Namib et sur des bas plateaux
où s'écoulent le fleuve Orange ainsi que d'autres cours d'eau.
À l'est et au sud, le plateau
s'abaisse vers l'océan Indien en une série de marches. Le
long de la côte orientale, une ceinture de collines précède
une plaine basse. Au sud, s'étagent des formations sédimentaires,
les Karroo, qui comprennent le vaste plateau du Grand Karroo et, plus au
sud, le Petit Karroo, situé à l'est du Cap.
Dans cette même région
du Cap, les chaînes montagneuses du Swartberg et du Langeberg s'intercalent
entre les Karroo et le Grand Escarpement. Sur la côte méridionale,
juste au sud du Cap, se trouve un pic isolé, la montagne de la Table
(1080m d'altitude). À proximité, le cap de Bonne-Espérance,
autrefois îlot rocheux, maintenant rattaché au continent,
s'élève à 256m. Ce cap n'est pas très éloigné
du cap des Aiguilles qui représente le point le plus méridional
de l'Afrique. Sur la côte sud-ouest, le bord du plateau est marqué
par une série de reliefs plissés, débouchant abruptement
sur la plaine côtière sous forme de falaises.
Hydrographie
L'Orange, l'un des principaux fleuves d'Afrique du Sud, forme une frontière naturelle avec la Namibie. D'une longueur de 1860km, il prend sa source sur le versant occidental de la chaîne du Drakensberg, au Lesotho, puis traverse le pays en direction du sud-ouest avant de pénétrer sur le territoire sud-africain. Son affluent, le Vaal naît près de la frontière du Swaziland et coule vers l'ouest, puis vers le sud-ouest, le long de la frontière nord de l'État libre d'Orange. Le Witwatersrand, dans le nord, est drainé par le Limpopo, le long duquel ont été construites des installations d'irrigation. Celui-ci coule principalement vers le nord-est, à la frontière du Botswana, puis rejoint le Zimbabwe et le Mozambique avant de se jeter dans l'océan Indien par la baie Delagoa, au nord-est de Maputo. D'une longueur de 1600km, le Limpopo n'est cependant navigable que sur 160km en amont de son embouchure. En général, les cours d'eau du territoire sud-africain ont un débit irrégulier et leur lit demeure à sec la plupart de l'année.
Climat
Située, pour la plus grande
part, sous le tropique du Capricorne, l'Afrique du Sud jouit d'un climat
tropical, soumis cependant à de grandes variations en raison du
rétrécissement du continent africain. L'influence océanique
est importante et l'altitude est également un facteur prédominant,
en particulier sur les hauts plateaux.
Froid sur les reliefs, le climat
est marqué par une saison sèche au nord. La façade
orientale, soumise à la mousson, bénéficie des alizés
provenant de l'océan Indien. Ces vents humides apportent, d'avril
à octobre, environ 890mm de précipitations annuelles de la
plaine côtière jusqu'au Drakensberg. Les précipitations
diminuent au fur et à mesure de leur progression vers l'ouest. Les
deux tiers du pays reçoivent moins de 500mm de pluie par an. Le
Natal est un bon exemple de région soumise à un climat tropical,
chaud et humide, favorable à l'agriculture. En revanche, la région
du Cap, au sud-ouest, subit l'influence des vents occidentaux de l'océan
Atlantique et possède plutôt un climat méditerranéen,
avec des étés secs et des hivers humides, tandis que la région
des Karroo est aride. Mais ce sont surtout les déserts du Kalahari
et du Namib qui doivent supporter un climat semi-désertique.
Végétation et faune
La flore d'Afrique du Sud varie selon
le niveau des précipitations. La côte orientale, où
les pluies sont les plus abondantes, se caractérise par une végétation
tropicale (nombreux palmiers), tandis que sur le littoral méridional
dominent les conifères, les lauriers du Cap et les charmes. Le Highveld,
presque entièrement déboisé, est couvert d'herbages.
Dans le Transvaal, la végétation du plateau s'apparente davantage
à celle de la savane, l'ouest étant couvert d'une végétation
typique des zones arides.
La faune sud-africaine comporte
de nombreux mammifères, dont le lion, le zèbre, le léopard,
le singe, le babouin, l'hippopotame et l'antilope. Aujourd'hui, la plupart
d'entre eux se trouvent uniquement dans les réserves naturelles,
dont l'une des plus remarquables est le parc national de Kruger, jouxtant
la frontière du Mozambique. Les eaux du littoral sud-africain sont
très poissonneuses.
Ressources et contraintes du milieu naturel
Le sous-sol constitue la principale
richesse de l'Afrique du Sud, qui possède les plus importantes réserves
mondiales de platine, de chrome, de manganèse et d'or. Ce dernier
est surtout extrait dans la région du Witwatersrand, où se
trouve le plus riche gisement aurifère du monde, découvert
en 1886. L'Afrique du Sud fournit le tiers de la production mondiale d'or.
L'uranium est également extrait dans le Witwatersrand. D'importants
gisements de charbon sont exploités au Transvaal et au Natal. L'Afrique
du Sud est le cinquième producteur de diamants, dont la plupart
proviennent de la région de Kimberley. Le sous-sol sud-africain
est aussi riche en cuivre, nickel, amiante, chrome, fluor, phosphates,
vanadium, étain, titane et en minerai de fer!; en revanche, il manque
de réserves en hydrocarbures.
Les contraintes du mileu naturel
sont liées essentiellement au manque d'eau et au relief. En effet,
les précipitations sont rares et surtout irrégulières
occasionnant des périodes de sécheresse. En outre, le relief,
marqué par de fortes pentes, et l'altitude entraînent une
réduction du pourcentage des terres cultivables.
Population et société
Démographie
L'Afrique du Sud est relativement
peu peuplée. Sa population était estimée en 1995 à
41,4millions d'habitants, soit une densité globale de 34habitants
au kilomètre carré. Les Noirs, représentant 75,2p.100
de la population, appartiennent à différents groupes ethniques:
Bochimans, Hottentots, Ndébélés, Sothos, Swazis, Tsongas,
Tswanas, Vendas, Xhosas et Zoulous. Les Zoulous constituent le groupe le
plus important (20p.100 de la population totale du pays). Les Blancs représentent
13,6p.100 de la population sud-africaine, les Afrikaners ou Boers, descendants
des colons néerlandais -mais aussi allemands ou français-
étant majoritaires (60p.100 des Blancs). 8,6p.100 des Sud-Africains
sont des métis, issus des Bochimans et des Hottentots, des esclaves
venus d'Angola ou de Java, et des colons européens. Les Asiatiques,
descendants pour la plupart d'immigrants indiens, constituent 2,6p.100
de la population.
La mortalité infantile, au
début des années 1990, s'élevait à 53p.1000
et le taux de natalité, à 35p.1000. L'espérance de
vie était de 63ans. Ces chiffres, globaux, reflètent cependant
mal les discriminations entre les différents groupes. Celles-ci
s'expriment mieux par la comparaison des niveaux de vie entre Blancs et
Noirs. Le revenu moyen d'un foyer blanc est ainsi 12fois supérieur
à celui d'un foyer noir. Plus de la moitié des Noirs vivent
au-dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage des
Noirs se situe autour de 45p.100.
Découpage administratif et villes principales
Jusqu'en 1994, l'Afrique du Sud était
divisée en quatre provinces -LeCap, le Natal, l'État libre
d'Orange et le Transvaal- et dix bantoustans noirs. La Constitution provisoire,
instaurant une Afrique du Sud multiraciale et un régime politique
transitoire pour cinq ans, adoptée en avril 1994, a découpé
le pays en neuf provinces: Gauteng, Nord-Transvaal, Transvaal-Oriental,
Nord-Ouest, État libre d'Orange, KwaZulu-Natal, LeCap-Oriental,
Le Cap-Nord et Le Cap-Occidental. Les bantoustans -Transkei, Bophuthatswana,
Venda et Ciskei-, auxquels avait été accordé l'indépendance
sous le régime d'apartheid, ont été dissous et leurs
territoires intégrés aux nouvelles provinces.
Les plus grandes villes d'Afrique
du Sud sont Johannesburg, LeCap, Durban, Pretoria, Port Elizabeth et Bloemfontein.
Environ 60p.100 des Sud-Africains vivent dans les zones urbaines. Plus
du quart de la population réside dans l'agglomération de
Pretoria Witwatersrand Vereeniging (PWV), à 70km de Johannesburg
et les trois agglomérations du PWV, du Cap et de Durban regroupent
38p.100 de la population urbaine.
Gouvernement et vie politique
Pouvoir exécutif
Jusqu'en 1994, dans le cadre de l'apartheid,
l'Afrique du Sud était gouvernée par la minorité blanche.
En février 1990, Frederik DeKlerk, président de la République
sud-africaine depuis septembre 1990, lança une «!politique
de réconciliation nationale!». La légalisation des
organisations opposées au régime d'apartheid et la libération
des prisonniers politiques, dont le dirigeant historique de l'African National
Congress (ANC, «!Congrès national africain!»), Nelson
Mandela, marquèrent le premier pas vers une réintégration
des Noirs dans la vie politique sud-africaine.
Dès octobre 1990, la loi
sur la ségrégation dans les lieux publics (Separate Amenities
Act) fut abrogée. Après la fin des dernières lois
d'apartheid en juin 1991, une Convention pour une Afrique du Sud démocratique
(Convention for a Democratic South Africa, Codesa) se réunit pour
négocier la transformation du régime sud-africain en une
démocratie pluriethnique. Elle associait les représentants
de tous les partis politiques noirs, métis, indiens et blancs, à
l'exclusion de l'extrême droite afrikaner, hostile à toute
ouverture du régime aux Noirs. L'année suivante, plus des
deux tiers des électeurs blancs approuvèrent par référendum
la politique de réformes menée par DeKlerk. En 1993, les
négociateurs s'accordèrent sur l'organisation d'élections
multiraciales, prévues pour avril 1994. Un Conseil exécutif
de transition fut mis en place pour superviser le scrutin. Celui-ci consacra
la victoire de l'ANC. Nelson Mandela devint le premier président
noir du pays. En septembre, le nouveau Parlement adopta une Constitution
provisoire, prévoyant un régime transitoire pour une durée
de cinq ans.
Le régime ainsi mis en place
se voulait consensuel, conjuguant le principe représentatif d'«!un
homme, une voix!» et la représentation des partis minoritaires,
associés à l'exercice du pouvoir. De cette façon,
si l'ANC, majoritaire à l'Assemblée nationale, détenait
les postes de président de la République, de premier vice-président
et de président de l'Assemblée, le Parti national de Frederik
DeKlerk et l'Inkatha Freedom Party («!parti de la Liberté
inkatha!»), mouvement à dominante zouloue, dirigé par
Mangosutu Buthelezi, étaient représentés au sein du
gouvernement d'union nationale, constitué en mai 1994.
Le pouvoir exécutif suprême
est détenu par le président de la République, mais
celui-ci est tenu de consulter les vices-présidents avant toute
décision: Thabo Mbeki, premier vice-président, et Frederik
DeKlerk, deuxième vice-président, furent choisis au sein
des partis ayant remporté 80sièges ou plus aux élections
législatives, respectivement l'ANC et le Parti national. Les portefeuilles
ministériels sont alloués selon le nombre de sièges
obtenus par chaque parti politique au Parlement. L'ANC a ainsi obtenu dix-huit
postes ministériels!; le Parti national six postes et l'Inkatha
trois.
Après l'instauration de ces
institutions provisoires, l'Afrique du Sud s'orienta vers une normalisation
politique. Dans un premier temps, l'ANC consacra sa domination en remportant
les élections locales de novembre 1995, puis le pays adopta le 8mai
1996 une nouvelle Constitution démocratique. La conséquence
la plus immédiate fut le départ des membres du Parti national
du gouvernement transitoire, le gouvernement étant désormais
dirigé par le parti politique majoritaire. Cette nouvelle Constitution
symbolise l'instauration, en Afrique du Sud, d'une démocratie parlementaire.
Pouvoir législatif
Le pouvoir législatif est
partagé entre deux Chambres, une Assemblée nationale composée
de 400députés élus pour cinq ans et un Sénat
où siègent 90membres. Les sièges à l'Assemblée
ont été distribués sur la base du pourcentage des
voix recueillies par les différents partis politiques aux élections
d'avril 1994 (quatre sièges pour 1p.100 des suffrages exprimés).
Les sénateurs sont élus par les neuf assemblées provinciales,
chacune choisissant dix sénateurs.
Pouvoir judiciaire
La Constitution de 1996 a confirmé la Constitution intérimaire de septembre 1994 au sujet de l'instauration d'une nouvelle Cour constitutionnelle, composée d'un président et de dix juges, choisis par le Conseil des ministres sur une liste dressée par une commission de nomination indépendante. La Cour constitutionnelle veille à la constitutionnalité de chaque loi.
Gouvernement local
Le nombre d'élus dans les
neuf assemblées provinciales est calculé selon le principe
de la représentation proportionnelle. Chaque assemblée élit
en son sein un chef de l'exécutif, qui préside un conseil
exécutif de dix membres. Les corps législatifs provinciaux
sont dotés d'importants pouvoirs, dont la rédaction de constitutions
provinciales.
Partis politiques
Les principaux partis politiques
sud-africains sont: l'African National Congress (ANC), créé
en 1912!; le Parti national, créé en 1914!; l'Inkatha Freedom
Party, créé en 1975!; le Pan Africa Congress (PAC), créé
en 1959!; le South African Communist Party (SACP), créé en
1921!; l'Azania People's Organisation (AZAPO), fusionnée avec le
mouvement radical Conscience noire!; le Parti conservateur (représentant
l'extrême droite), créé en 1982!; et le Parti démocratique
(libéral), créé en 1989.
Défense nationale
Les institutions militaires et policières de l'Afrique du Sud furent largement réorganisées après le démantèlement de l'apartheid. La nouvelle Force de défense nationale a intégré des éléments issus de l'ancienne Force de défense sud-africaine, armée blanche du régime d'apartheid, des forces armées qui opéraient dans les ex-bantoustans du Transkei, du Bophuthatswana, du Venda et du Ciskei ainsi que des anciens membres de l'Umkhonto we Sizw («!Fer de lance de la nation!»), aile militaire de l'ANC clandestin.
Langues et religions
Depuis 1994, l'Afrique du Sud compte
onze langues officielles. À l'afrikaans, parlé par les Afrikaners
et une grande partie des métis, et à l'anglais, utilisé
par les descendants des colons britanniques, mais aussi par les Asiatiques,
se sont ajoutées neuf langues bantoues: ndebele, sotho du Nord,
sotho du Sud, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et zoulou.
Les quatre cinquièmes des
Sud-Africains sont chrétiens, en majorité protestants. La
plupart des Afrikaners appartiennent à l'Église réformée
hollandaise, les Blancs anglophones et les Noirs appartenant aux Églises
anglicane, méthodiste ou catholique. De nombreuses Églises
indépendantes pratiquent des religions syncrétiques, mêlant
au christianisme des éléments de cultes africains traditionnels.
Dix pour cent des Sud-Africains pratiquent toujours l'animisme. La plupart
des Asiatiques sont hindouistes ou musulmans. Il existe également
une communauté juive estimée à 120000personnes.
Éducation
L'héritage de l'apartheid
est particulièrement visible dans le domaine de l'éducation.
Malgré une forte augmentation des dépenses de l'État
en faveur de l'éducation des Noirs, depuis le milieu des années
1980, les dépenses pour l'éducation des Blancs demeurent
quatre fois plus élevées que pour celle des Noirs. En 1992,
le pourcentage du PIB consacré à l'éducation était
de 7p.100. En 1991, les taux de réussite à l'examen équivalant
au baccalauréat dépassaient 90p.100 pour les lycéens
blancs, métis ou asiatiques, contre seulement 41p.100 pour les lycéens
noirs. La moitié des Noirs ne savent ni lire ni écrire.
L'Afrique du Sud compte de nombreuses
universités, dont les plus anciennes et les plus prestigieuses sont
essentiellement fréquentées par les étudiants blancs.
Les Noirs fréquentent notamment l'université de Fort Hare,
fondée en 1916, à Alice. Depuis le démantèlement
de l'apartheid, un nombre croissant d'étudiants de couleur fréquentent
les établissements d'éducation naguère réservés
aux Blancs, surtout dans les grandes agglomérations. La plupart
des Noirs qui fréquentent actuellement ces établissements
sont cependant issus de familles aisées.
Société
La coexistence entre les différents
groupes ethniques sur le territoire sud-africain a toujours été
conflictuelle: conflits entre colons blancs et populations noires, mais
aussi entre groupes noirs, notamment Zoulous et Xhosas, et entre colons,
Britanniques et Boers. Surtout, la société sud-africaine
est marquée par la politique dite de développement séparé,
l'apartheid, entrée officiellement en vigueur dès 1911 avec
le Mines and Works Act, qui réservait les emplois spécialisés
aux Blancs. À partir du Native Lands Act, en 1913, la ségrégation
raciale s'inscrivit dans l'espace sud-africain. Les Noirs, majoritaires,
n'avaient le droit de vivre que sur 7p.100 des territoires. L'apartheid
fut systématisé après 1948, et la création
de bantoustans ou homelands consacra l'exclusion territoriale, sociale
et politique des Noirs.
Le démantèlement du
système d'apartheid, à partir de 1990, n'a pas fondamentalement
modifié la répartition de la population sud-africaine dans
l'espace. Les Noirs vivent majoritairement dans les anciens bantoustans
et dans les townships, les ghettos urbains des grandes métropoles.
Les Blancs habitent les régions riches et à proximité
des grands centres d'affaires tandis que les métis sont particulièrement
nombreux dans la région du Cap, les Asiatiques étant plus
présents dans le Natal. Cependant, malgré les problèmes
de violence et de criminalité, la politique gouvernementale tente
d'apaiser les tensions en prônant la réconciliation nationale.
Arts et vie culturelle
La ségrégation raciale
a eu pour conséquence l'émergence de cultures distinctes.
Parmi les Blancs, la différence sensible entre anglophones, traditionnellement
plus ouverts aux influences extérieures, et Afrikaners, héritiers
d'une sensibilité nationale et religieuse exacerbée par les
conflits qui opposèrent Boers et autorités coloniales britanniques,
s'estompe progressivement, notamment chez les jeunes générations
vivant en milieu urbain.
Parmi les populations noires, culture
rurale, proche des traditions ancestrales, et culture urbaine, plus cosmopolite,
demeurent également différentes. Depuis que les sanctions
internationales contre l'Afrique du Sud ségrégationniste
ont été levées, les jeunes habitants des villes ont
davantage accès aux lieux culturels et se montrent sensibles à
la culture afro-américaine. Un mouvement récent de revendication
identitaire a pris forme parmi les métis, qui développent
leur propre expression littéraire, théâtrale et musicale.
L'Afrique du Sud possédait jusqu'alors trois traditions littéraires,
utilisant l'anglais, l'afrikaner et les langues bantoues.
Littérature sud-africaine
La littérature sud-africaine
de langue anglaise se développa, après la parution, en 1883,
du livre d'Olive Schreiner The Story of an African Farm («!l'Histoire
d'une ferme africaine!»). Utilisée non seulement par les auteurs
d'ascendance britannique mais aussi par des Noirs, des métis et
même des Afrikaners, la langue anglaise est devenue le véhicule
privilégié de la protestation contre l'apartheid. Enracinée
dans une société pluriethnique, dont elle a constamment reflété
la richesse, mais aussi les conflits et la violence, la littérature
anglophone subit la censure et le rejet d'une communauté blanche
majoritairement conservatrice. Lorsque le livre d'André Brink, Au
plus noir de la Nuit, dénonçant -en afrikaans- l'apartheid,
fut interdit en 1974, son auteur en fit lui-même la traduction en
anglais, ce qui permit à l'ouvrage de connaître une diffusion
internationale. De même, Alan Paton et Nadine Gordimer, lauréate
du prix Nobel de littérature en 1991, acquirent leur notoriété
littéraire à l'étranger.
La littérature de langue
afrikaans, née au début du siècle, empreinta d'abord
la voie de la poésie, atteignant sa maturité dans les années
1930 avec des poètes tels que N.P.VanWykLouw, UysKrige et Elisabeth
Eybers. Breyten Breytenbach, opposant déterminé de l'apartheid,
relata son expérience carcérale en afrikaans (Une saison
au paradis, 1980) avant de choisir, comme André Brink, la langue
anglaise.
Riches d'une longue tradition orale,
les Noirs écrivirent après l'arrivée des colons européens
sur les thèmes traditionnels, avant de contribuer à la formation
de la littérature sud-africaine contemporaine dans les langues bantoues
les plus parlées, xhosa, sotho ou zoulou, ainsi qu'en afrikaans
et en anglais. Thomas Mofolo, Bloke Modisane, Alex LaGuma et Ezekiel Mphahlele
comptent parmi les écrivains sud-africains les plus importants.
Médias
Poste et télécommunications sont gérées par l'État, qui détient également le monopole sur la radiodiffusion sud-africaine à travers la South African Broadcasting Corporation («!Société de diffusion sud-africaine!»). Celle-ci produit de nombreux programmes locaux en langues africaines. L'Afrique du Sud possède plus de 20quotidiens (surtout anglophones).
Économie
Généralités
L'économie sud-africaine, la plus puissante et la plus développée du continent africain, fut, jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, essentiellement fondée sur l'exploitation minière et l'agriculture. Le secteur primaire emploie 14p.100 de la population active et contribue pour 4p.100 au produit intérieur brut (PIB)!; mais ce sont l'industrie et les services qui sont désormais les secteurs économiques principaux (respectivement 25 et 61p.100 de la population active, 36 et 60p.100 du PIB). En 1994, le PIB global s'élevait à 131milliards de dollars, ce qui plaçait le pays au 94erang mondial!; sa croissance était de 3,3p.100. La mise en place d'un programme de reconstruction et de développement illustre la volonté de l'État sud-africain de redresser l'économie.
Agriculture, forêts, pêche
L'aridité d'une grande partie des sols, liée à l'insuffisance de l'alimentation en eau à l'ouest et au sud du pays, limite les surfaces cultivables à 10p.100 du territoire sud-africain. Quatre-vingt-cinq pour cent des terrains agricoles sont en conséquence consacrés à l'élevage de bétail (élevage extensif de bovins dans le Veld, moutons dans la région du Cap). Le maïs constitue la principale culture vivrière de la population noire, qui ne possède que de petites exploitations faiblement mécanisées et situées sur des terres peu productives. Les Blancs, en revanche, détenant 87p.100 des terres, gèrent de grandes exploitations modernes, employant de nombreux ouvriers agricoles. Plus de 90p.100 de la production agricole du pays provient de ces exploitations, qui produisent blé, arachide et tournesol, pommes de terre, raisins, agrumes et pommes dans la région du Cap et les plateaux intérieurs, canne à sucre et coton dans le Natal. Si l'agriculture ne représente que 4,7p.100 du PIB, elle permet au pays non seulement d'être autosuffisant, mais également de dégager un excédent agricole (exportations de sucre, de maïs et de laine). L'Afrique du Sud dispose également d'une flotte de pêche importante qui alimente le marché intérieur et exporte langoustes, sardines et anchois.
Mines et industries
L'exploitation minière, secteur
clé de l'économie sud-africaine depuis la fin du XIXesiècle,
ne contribue plus que pour 35p.100 au PIB, mais demeure un poste essentiel
à l'exportation: l'or, par exemple représente un quart des
exportations.
Le matériel de transport
et les produits agroalimentaires constituent les premières activités
industrielles, en terme de valeur ajoutée. L'Afrique du Sud fabrique
également des produits chimiques, des produits dérivés
du charbon, du fer et de l'acier, des machines, du papier et des produits
textiles. Le Cap, Johannesburg, Durban et Port Elizabeth sont les principaux
centres manufacturiers.
Presque toute l'électricité
d'Afrique du Sud est produite dans des centrales thermiques, fonctionnant
au charbon. Cependant, l'aménagement du fleuve Orange a permis de
développer l'énergie hydraulique. En revanche, le pays ne
reçoit plus d'électricité du barrage de Cabora Bassa,
au Mozambique, les lignes ayant été détruites.
Secteur tertiaire
Le rand, subdivisé en 100cents,
est la monnaie nationale. L'Afrique du Sud possède un réseau
important de banques commerciales, caisses d'épargne et banques
d'investissement, et une bourse des valeurs, située à Johannesburg.
Les infrastructures de communication
sont celles d'un pays moderne. Un réseau de chemin de fer relie
toutes les villes importantes du pays. La compagnie aérienne principale
est la South African Airways. L'aéroport le plus fréquenté
est celui de Johannesburg. L'Afrique du Sud dispose également d'installations
portuaires importantes.
Enfin, les activités touristiques
se sont nettement développées, plaçant le pays au
deuxième rang derrière la Tunisie à l'échelle
du continent africain. Le secteur des services représentait, en
1994, 60p.100 du PIB.
Commerce extérieur
Le commerce extérieur sud-africain est traditionnellement excédentaire. Le pays exporte essentiellement des matières premières -minerais et métaux précieux- et des produits semi-finis, issus notamment de la métallurgie, et importe des biens d'équipements et de consommation courante ainsi que des services. Les principaux partenaires commerciaux de l'Afrique du Sud sont le Japon, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, le Canada et les Pays-Bas.
Histoire
L'histoire de l'Afrique du Sud, écrite par des historiens blancs, débute pour l'essentiel à partir de la colonisation du pays par les Européens au XVIIesiècle. Les découvertes des anthropologues ont cependant permis d'établir que l'occupation humaine de l'Afrique du Sud est très ancienne. En 1924, un australopithèque, appelé l'«!enfant de Taung!» et daté de plus d'un million d'années, fut découvert au nord de Kimberley. Les premiers Homo sapiens furent sans doute les populations de chasseurs et cueilleurs, auxquelles sont attribuées des peintures rupestres dont les plus anciennes remonteraient à 1500ans avant notre ère, et qui pourraient être les ancêtres des Bochimans. Vers le Xesiècle apr.J.-C., apparurent en Afrique du Sud les Hottentots, peu avant l'arrivée des premiers groupes bantous.
L'arrivée des Européens
Le Portugais Bartolomeu Dias fut
le premier Européen à contourner l'Afrique et à découvrir
le cap de Bonne-Espérance, en 1488. Dix ans plus tard, son compatriote,
Vasco de Gama, aborda les côtes du Natal. Les Portugais ne colonisèrent
cependant pas l'Afrique du Sud, et le premier établissement européen
fut hollandais. En 1652, la Compagnie hollandaise des Indes orientales
installa au Cap une escale technique avant de fonder un comptoir commercial.
Les employés de la Compagnie furent bientôt rejoints par des
fermiers hollandais, citoyens libres, appelés boers («!paysans!»
en néerlandais). Après la révocation de l'édit
de Nantes, en 1685, de nombreux protestants français, les huguenots,
s'installèrent en Afrique du Sud. L'occupation des terres par les
colons européens provoqua de violents affrontements avec les éleveurs
hottentots, qui furent refoulés ou réduits en esclavage.
Dès la fin du XVIIesiècle, la colonie du Cap importa massivement
des esclaves, du golfe de Guinée, de Madagascar, d'Angola et même
de Java. Cependant, la ségrégation raciale ne constituait
alors pas une caractéristique de la société coloniale
sud-africaine, le métissage entre les populations étant au
contraire relativement important.
Dans les années 1770, les
colons européens, à la recherche de nouvelles terres, rencontrèrent
les Bantous qui achevaient leur longue migration à travers le continent
africain. De 1779 à 1780 se déroula la première guerre
opposant les Trekboers, paysans hollandais migrant vers l'intérieur
du pays, et ceux qu'ils appelaient cafres, les Bantous. Progressivement,
se forma le particularisme afrikaner, avec l'élaboration d'une langue
spécifique, l'afrikaans, et la constitution d'un système
de valeurs propres à ces paysans colonisateurs, calvinistes austères,
confrontés à un environnement rigoureux et à des populations
autochtones hostiles. Les guerres cafres n'allaient s'achever qu'à
la fin du XIXesiècle avec la défaite des Zoulous. Ceux-ci
avaient constitué, au début du siècle, un puissant
royaume guerrier, dirigé par Shaka. Dans leur expansion, ils se
heurtèrent aux N'Gounis et aux Xhosas. Les guerres entre Bantous
conduisirent au refoulement des groupes les moins puissants et à
un éclatement des groupes bantous en une multitude de nations, bouleversement
appelé Mfecane.
La colonisation britannique
Les Britanniques occupèrent
la région du Cap à deux reprises, en 1795 et en 1806. En
1814, par le premier traité de Paris concluant les guerres napoléoniennes,
le Royaume-Uni acquit la colonie du Cap. La domination britannique fut
d'abord bien acceptée par les Boers!; le pouvoir de la Compagnie
hollandaise des Indes orientales, incapable de mettre un terme aux guerres
cafres, était en effet très contesté. Après
1820, cependant, des milliers de colons britanniques débarquèrent
en Afrique du Sud. La concurrence pour les terres mais aussi les différences
culturelles allaient opposer les communautés européennes.
Dès 1822, l'anglais devint la langue officielle de la colonie. Lorsque
l'esclavage fut aboli, en 1833, les Boers émigrèrent en masse.
Cette migration, appelée Grand Trek, qui se prolongea de 1837 à
1850, forgea définitivement l'identité afrikaner. Les Boers,
partis à la recherche de la Terre promise, colonisèrent les
terres situées au-delà du fleuve Orange. Après avoir
battu les Zoulous à Blood River (la «!rivière du Sang!»),
ils fondèrent, en 1840, une république du Natal.
Mais le Natal fut annexé,
en 1843, par les Britanniques. Alors, les Boers repartirent vers l'ouest
et le nord, où ils établirent l'État libre d'Orange
et des républiques autonomes dans le Transvaal. Au sein de ces États
boers fut pratiquée une politique systématique de discrimination
raciale, qui, en 1857, allait pousser les Xhosas à sacrifier la
totalité de leur bétail. Les Xhosas, qui espéraient
ainsi provoquer une famine fatale à la colonisation blanche, en
furent les principales victimes. La progression européenne ne cessa
pas.
En 1848, le gouverneur de la colonie
du Cap, sir Harry Smith, avait pris le contrôle des rives du fleuve
Orange. Cependant, les Britanniques, après un soulèvement
des Boers, accordèrent à ceux-ci l'indépendance du
Transvaal en 1852, et de l'État libre d'Orange en 1854. Pourtant,
la découverte de gisements de diamants dans le Transvaal en 1867,
relança l'expansionnisme britannique, encouragé par le financier
Cecil Rhodes. Le Transvaal fut annexé en 1877. L'Empire zoulou ayant
été définitivement détruit par les Britanniques
deux ans plus tard, les Boers tentèrent de reconquérir leur
indépendance en 1880. La première guerre anglo-boer s'acheva
par la défaite des Britanniques et, en 1883, Paul Kruger fut élu
président de la République boer indépendante du Transvaal.
La guerre des Boers
La découverte de vastes gisements
aurifères dans le sud du Transvaal, en 1886, coïncida avec
l'occupation de l'Afrique du Sud-Ouest (actuelle Namibie) par les Allemands.
L'exploitation de l'or, financée par les Britanniques, attira des
milliers de mineurs britanniques, appelés uitlanders (en afrikaans,
«!étrangers!») par les Boers, qui s'installèrent
au Transvaal. Le Royaume-Uni fit échouer en 1890 le projet qu'avait
Kruger de soumettre à la domination boer le Bechuanaland (devenu
Botswana) en étendant son protectorat à cette région.
Kruger refusa d'attribuer l'égalité des droits aux uitlanders
et imposa de lourdes taxes aux sociétés étrangères.
Après l'échec, en
1895, d'une expédition militaire contre la république du
Transvaal, dirigée par Leander Jameson et encouragée par
Rhodes, les relations entre la colonie du Cap et les Républiques
boers se dégradèrent encore. De nouvelles négociations
ayant avorté en mai 1899, Alfred Milner, le nouveau gouverneur du
Cap, ordonna aux troupes britanniques de se poster aux frontières
du Transvaal et de l'Orange. En octobre 1899, Kruger déclarait la
guerre aux Britanniques. La guerre des Boers se prolongea jusqu'en mai
1902. Défaits, les Boers durent signer le traité de Vereeniging
par lequel le Transvaal et l'État libre d'Orange devenaient des
colonies de la Couronne britannique.
En 1910, le Cap, le Natal, le Transvaal
et l'Orange étaient réunis par une loi du Parlement britannique
au sein de l'Union sud-africaine, dominion de l'Empire britannique. Le
Parti sud-africain remporta les premières élections et l'ancien
commandant de l'armée boer, Louis Botha, devint Premier ministre.
Dès la fondation de l'Union, les Noirs et les métis, représentant
plus des deux tiers de la population, furent écartés de la
vie politique. En 1912 naissait cependant le premier parti bantou, créé
par les élites noires, qui devint, en 1923, l'African National Congress
(ANC). Le Parlement blanc, qui avait adopté dès 1911 une
première loi de ségrégation interdisant aux non-Blancs
les emplois spécialisés, vota en 1913 le Native Land Act,
qui réservait à la minorité blanche 93p.100 des territoires
de l'Union.
L'essor du nationalisme afrikaner
Dès 1914, Louis Botha engagea
l'Union sud-africaine aux côtés de la Grande-Bretagne et des
Alliés, réprimant en 1915 une insurrection d'extrémistes
afrikaners proallemands. La même année, les troupes sud-africaines
occupèrent le Sud-Ouest africain allemand, sur lequel l'Union obtint
un mandat de la Société des Nations, en 1920.
Décédé en 1919,
Botha fut remplacé au poste de Premier ministre par un autre chef
militaire probritannique, Jan Christiaan Smuts. Mais en 1924, James Hertzog,
fondateur et dirigeant du Parti national, mouvement nationaliste afrikaner
défendant la suprématie blanche, succéda à
Smuts. Il allait demeurer à ce poste jusqu'en 1939. En 1925, l'afrikaans
remplaça le hollandais comme première langue officielle,
l'anglais demeurant la seconde. La ségrégation fut encore
renforcée. Après la création en 1923 d'un passeport
intérieur restreignant la liberté de circulation des Noirs,
tenus de résider à l'écart des zones habitées
par les Blancs, une loi interdisant tout rapport sexuel hors mariage entre
«!races!» différentes fut adoptée en 1927. En
1931, l'Union sud-africaine obtint, par le statut de Westminster, l'indépendance
législative.
Le nationalisme afrikaner, représenté
depuis 1933 par un second parti, le Parti national purifié de Daniel
Malan, ne se montra pas insensible aux thèses nationales-socialistes
développées en Allemagne. Après la déclaration
de guerre de la Grande-Bretagne contre l'Allemagne, en 1939, la coalition
qu'avaient constituée Hertzog et Smuts se disloqua. Hertzog, partisan
de la neutralité, fut remplacé à son poste de Premier
ministre par Smuts, et l'Union sud-africaine entra à son tour en
guerre contre l'Allemagne le 6septembre 1939. Cependant, en raison des
sympathies proallemandes d'un grand nombre de Boers, il n'y eut pas de
loi de mobilisation nationale. Tous les membres des forces armées
sud-africaines furent des volontaires et ils ne combattirent qu'en Afrique
du Nord. Un mouvement paramilitaire d'inspiration nazie, l'Ossewabrandwag
(les «!Sentinelles du Charriot!»), organisa une campagne terroriste
contre le gouvernement de l'Union.
La politique d'apartheid
Daniel F.Malan, dirigeant du Parti
national unifié, s'était prudemment éloigné
des groupes afrikaners les plus radicaux après 1943 et les premières
défaites militaires des pays de l'Axe. Afin de séduire l'électorat
anglophone conservateur, il développa un programme fondé
sur le concept d'apartheid («!développement séparé!»).
Vainqueur aux élections de 1948, il érigea en système
la ségrégation raciale qui prévalait depuis la fondation
de l'Union. L'apartheid, destinée en réalité à
préserver la suprématie blanche, prétendait assurer
aux différents groupes ethniques une identité et une existence
propres, au sein d'«!ensembles nationaux autonomes!».
En 1950, fut instaurée une
classification raciale séparant les Sud-Africains en trois catégories:
Blancs, métis et Noirs. Par la suite, une quatrième catégorie,
celle des Indiens, allait s'y ajouter. Les mariages interraciaux furent
interdits et, la même année, le Group Area Act définit
des lieux de résidences obligatoires pour chacun des groupes.
Les successeurs de Malan après
1954, Johannes Strijdom, et surtout Hendrik Verwoerd, Premier ministre
de 1958 et 1966, puis Balthazar J.Vorster, chef du gouvernement entre 1966
et 1978, poussèrent la politique d'apartheid à l'extrême.
Des bantoustans, régions autonomes habitées par les Bantous,
furent créés, par une série de lois adoptées
entre 1959 et 1971. L'idée consistait à enfermer les différents
groupes bantous derrière des frontières ethniques en grande
partie arbitraires, avec l'espoir que le pouvoir accordé aux gouvernements
locaux des bantoustans, dont quatre d'entre eux allaient accéder
à une indépendance contestée, susciterait des rivalités
politiques. La concession de parcelles de territoires (13p.100 de la superficie
du pays) aux Noirs, dont la croissance démographique ne laissait
pas d'inquiéter la minorité blanche, garantissait théoriquement
l'existence de l'État sud-africain blanc.
La question namibienne
L'Union sud-africaine s'était
opposée, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à l'Organisation
des Nations unies (ONU) qui voulait placer sous son autorité le
territoire du Sud-Ouest africain. Le conflit entre l'Afrique du Sud et
l'ONU s'accentua lorsqu'une commission spéciale de l'ONU, enquêtant
sur la discrimination raciale dans l'Union sud-africaine, demanda à
se rendre dans le territoire concerné. Le Premier ministre, Malan,
ignora les requêtes répétées de l'ONU. En 1955,
tandis que l'apartheid se renforçait, plus de 2000citoyens sud-africains
de toutes origines ethniques signèrent publiquement une charte de
la Liberté appelant à la formation d'une Afrique du Sud multiraciale,
unie et démocratique. Cette charte fut ensuite adoptée comme
déclaration fondamentale par l'ANC.
En 1961, l'Union sud-africaine devint
la République sud-africaine et sortit du Commonwealth. L'année
suivante, la commission d'enquête de l'ONU, enfin autorisée
à visiter le pays, rendit des conclusions défavorables au
régime sud-africain et demanda à l'ONU de garantir les droits
politiques des habitants du territoire du Sud-Ouest africain. En juin 1964,
le Conseil de sécurité de l'ONU condamna l'apartheid et ordonna
l'étude de sanctions contre l'Afrique du Sud. L'Assemblée
générale de l'ONU vota en octobre 1966 pour l'établissement
d'un mandat de l'ONU sur le Sud-Ouest africain, renommé Namibie.
L'Afrique du Sud, rejettant cette décision, accélérait
l'intégration économique du territoire. En juin 1971, la
Cour internationale de justice déclara que la présence de
l'Afrique du Sud en Namibie était illégale. La tension s'accrut
lorsque des combattants de la Swapo (South-West Africa People's Organization,
«!Organisation du peuple d'Afrique du Sud-Ouest!»), franchissant
la frontière angolaise, multiplièrent les attaques contre
les intérêts sud-africains en Namibie. L'Afrique du Sud riposta
à ces incursions en renforçant la défense du territoire
namibien, en attaquant l'Angola, et en offrant une assistance militaire
et financières aux opposants au gouvernement angolais, soutenu par
Cuba. Le conflit allait durer jusqu'en décembre 1988, date à
laquelle des négociations débouchèrent sur l'indépendance
de la Namibie.
La lutte contre l'apartheid
Depuis la création de l'Union
sud-africaine, le mouvement de lutte contre l'apartheid, représenté
par l'African National Congress (ANC), mais aussi par le South African
Communist Party (SACP) et par le South African Indian Congress, avait emprunté
la voie de la non-violence, suivant l'exemple donné par Gandhi,
fondateur en 1894, du Congrès indien du Natal. Après l'interdiction
du parti communiste en 1950, l'ANC, qui intégra les anciens membres
du parti dissous, poursuivit son action en ce sens, et tenta de fédérer
les différents mouvements. En juin 1952, une impressionnante campagne
de désobéissance civile rassembla Noirs et Indiens. Cependant,
en 1958, Robert Sobukwe créait le Panafrican Congress (PAC), mouvement
radical fermé aux métis et aux Indiens. PAC et ANC rivalisèrent
alors pour la conduite du combat contre le régime, tandis que le
renforcement de la répression conduisait également à
une radicalisation de l'opposition politique.
En mars 1960, la police ayant tiré
sur des manifestants défilant à l'appel de l'ANC et de la
PAC à Sharpeville, une grève de protestation contre le massacre
se transforma en émeutes. L'état d'urgence fut décrété
et les deux organisations noires furent interdites. En butte à une
répression policière massive, les dirigeants de l'ANC, au
premier rang desquels Nelson Mandela, entrèrent dans la clandestinité
et choisirent de recourir à la violence. En 1961, Mandela créa
l'Umkhonto WeSiswe, bras armé de l'ANC, qu'il lança dans
une campagne terroriste. Les attentats de l'ANC, cependant, n'étaient
volontairement pas meurtriers, à la différence des actions
menées par la PAC.
Cependant, après l'arrestation
de Mandela en août 1963 et sa condamnation, en 1964, à la
prison à vie, peine également prononcée pour Walter
Sisulu et une soixantaine de dirigeants anti-apartheid, les cadres de l'ANC
et de la PAC encore en liberté quittèrent massivement le
pays. Le combat contre le régime se déplaça à
l'étranger.
En 1975, l'Angola et le Mozambique
accédèrent à l'indépendance. Ces États,
soutenus par l'Union soviétique, aidèrent les organisations
opposées au régime sud-africain, qui y établirent
des camps d'entraînement à la lutte armée. Le gouvernement
sud-africain, isolé face à ces pays dits de la «!ligne
de front!», tenta de trouver l'appui des pays occidentaux tout en
renforçant, à l'intérieur, la ségrégation.
En juin 1976, la répression
policière d'une manifestation des écoliers de Soweto protestant
contre l'apprentissage obligatoire de l'afrikaans, marqua le début
d'émeutes qui allaient se prolonger jusqu'en février 1977
et provoquer la mort de 575personnes. En septembre, Stephen Biko, fondateur
et dirigeant emblématique du mouvement Conscience noire, inspiré
du Black Power afro-américain, mourut en prison des tortures infligées
par la police. Sa mort et la violence de la répression des émeutes
de Soweto étendirent la contestation à l'ensemble du pays,
tandis que la communauté internationale condamnait de plus en plus
ouvertement le régime sud-africain, engagé dans le conflit
angolais. En novembre 1977, le Conseil de sécurité de l'ONU
interdit les ventes d'armes à l'Afrique du Sud.
Réforme et résistance
Le Premier ministre Vorster démissionna
en 1978. Son successeur, Pieter Willem Botha, tout en poursuivant la politique
d'exclusion territoriale des Noirs, mena une politique d'ouverture en direction
des métis et des Indiens. Une nouvelle Constitution, entrée
en vigueur en 1984, permettait à ceux-ci d'être représentés
au Parlement et instaurait un régime présidentiel. Pieter
Botha devint président de la République.
L'entrée, sous conditions,
des métis et des Indiens dans la vie politique sud-africaine fut
ressentie comme une ultime injustice par les Noirs et raviva l'opposition
anti-apartheid. Le Front démocratique uni, fédérant
près de 700organisations anti-apartheid, lança en septembre
1984 une campagne de manifestations nationales contre le gouvernement,
symboliquement placée sous l'égide de l'archevêque
anglican Desmond Tutu, auquel allait être décerné le
prix Nobel de la paix cette même année. Dans le même
temps, le gouvernement était confronté à l'opposition
de l'aile droite du Parti national, qui fonda le Parti conservateur, et
des ultra-nationalistes du Mouvement de la Résistance afrikaner.
Jusqu'en 1989, le gouvernement de
Botha balança entre répression et ouverture, tandis que se
poursuivaient les émeutes dans les ghettos. À partir de 1986,
au conflit opposant police et armée aux contestataires noirs, s'ajoutèrent
les violences meurtrières entre membres de l'Inkatha zoulou et de
l'ANC, à dominante xhosa, luttant pour le pouvoir dans une future
Afrique multiraciale. Dès août 1985, Botha avait en effet
évoqué la naissance d'une société «!post-apartheid!»
et supprimé un certain nombre d'éléments du système
de ségrégation (passeport intérieur, interdiction
des mariages mixtes). Il ne proposait cependant que l'instauration d'entités
ethniques autonomes, proches du système des bantoustans, programme
auquel était favorable le chef de l'Inkatha, Mangosutu Buthelezi,
qui pouvait ainsi continuer d'exercer son pouvoir sur le territoire zoulou.
Le Front uni démocratique et l'ANC voulaient la création
d'une société multiraciale unie, fondée sur le principe
démocratique d'«!un homme, une voie!» et Nelson Mandela
refusa les propositions de Pieter Botha de le libérer en contrepartie
de l'abandon de la lutte armée par l'ANC.
L'écho rencontré à
l'étranger par une campagne anti-apartheid se conjugua avec la transformation
des conditions géopolitiques. L'Union soviétique, engagée
dans la perestroïka, ne représentant plus une menace pour les
pays occidentaux, l'Afrique du Sud perdait son importance géostratégique
face à la «!ligne de front!». Dès juillet 1985,
la France avait demandé au Conseil de sécurité de
l'ONU d'imposer des sanctions économiques à l'Afrique du
Sud et avait suspendu ses investissements dans le pays. En octobre 1986,
le Congrès des États-Unis vota pour l'application des sanctions
économiques. Après la démission de Botha pour raisons
de santé en 1989, Frederik W.DeKlerk lança l'Afrique du Sud
dans une politique de réconciliation nationale. Il bénéficiait
du soutien mesuré du Parti national, qui estimait que l'apartheid
était devenu un obstacle au développement économique
du pays, confronté à la baisse du cours des métaux
précieux.
En février 1990, les organisations
anti-apartheid furent légalisées. L'ANC avait renoncé,
par la voix de Nelson Mandela, à la lutte armée. Son dirigeant
historique fut libéré. Les négociations, ouvertes
aux représentants de toutes les communautés sauf à
l'extrême droite afrikaner, furent difficiles et interrompues à
plusieurs reprises. Un accord fut finalement trouvé le 13novembre
1993, prévoyant l'instauration d'une Afrique du Sud multiraciale,
unie et démocratique. Après la victoire de l'ANC et l'élection
à la présidence de Mandela en mai 1994, l'Afrique du Sud
fut réintégrée au sein du Commonwealth en juin. Une
démocratie consensuelle, cogérée de fait par l'ANC
et le Parti national, se mit en place. La poursuite des violences entre
Zoulous et membres de l'ANC assombrit cependant les premiers mois de la
nouvelle Afrique du Sud. Mangosutu Buthelezi, remplacé à
l'automne 1994 comme conseiller du roi zoulou Goodwill Zwelithini par le
prince Mewayizeni Zulu, membre de l'ANC, fut progressivement marginalisé.
Le gouvernement de Mandela a pu dès lors se consacrer à la
reconstruction politique, économique et sociale du pays, œuvre de
longue haleine.
En 1995, le conflit politique entre l'Inkatha et l'ANC perdure, entraînant le report des élections locales. Les affrontements entre les Vigilantes (la milice de l'Inkatha) et les Comrades de l'ANC entretiennent un climat de violence qui n'a cessé que récemment. La promulgation de la nouvelle Constitution le 10 décembre 1996 par Nelson Mandela joue un rôle important dans l'apaisement de la crise. La Constitution sud-africaine respecte les particularismes et attribue des pouvoirs importants aux assemblées provinciales, ce qui satisfait les demandes du président de l'Inkatha Buthelezi, dont l'organisation est majoritaire au KwaZulu-Natal. Au mois d'août 1997, Frederik De Klerk a démissionne de son poste de chef du Parti national. Au mois de décembre, Nelson Mandela quitte ses fonctions au sein de l'ANC et Thabo Mbeki lui succède devenant le candidat de l'ANC à l'élection présidentielle de 1999. Jacob Zuma, le leader du mouvement dans le Kwazulu-Natal, est élu à la vice-présidence du mouvement. En 1998, le pouvoir est soumis à la pression des Noirs impatients de voir aboutir des réformes et une certaine tension raciale se manifeste.
L'accession au pouvoir de la majorité noire s'accompagne d'une campagne visant à intégrer des adversaires d'hier, en faisant notamment la lumière sur les crimes commis dans les deux camps durant l'apartheid à travers les auditions d'une Commission vérité et réconciliation (TRC) mise place en 1995. Toutefois, si l'égalité politique entre les différentes composantes du «peuple arc-en-ciel» est maintenant inscrite dans la Constitution, les inégalités sociales persistent. Une nouvelle loi sur l'éducation obligeant les lycées à accueillir les élèves noirs est votée en 1996, mais les différences sociales créent des tensions raciales entre élèves. Par ailleurs, l'armée est profondément rééquilibrée avec la nomination, en 1998, d'un nouveau chef noir chargé de l'intégration d'anciens combattants de l'ANC aux forces régulières. La volonté gouvernementale de corriger les maux de l'apartheid en faveur des Noirs par l'établissement de quotas raciaux dans les établissements publics inspirés de l'affirmative action américaine (discrimination positive), est critiquée par les Blancs.
Près d'une décennie
après le démantèlement de l'apartheid, les plus démunis
manifestent leur impatience et prêtent une oreille attentive aux
formations plus à gauche que l'ANC qui fédèrent de
nombreuses tendances (des libéraux au parti communiste). Devant
l'orientation libérale de Thabo Mbeki, les syndicats, réunis
au sein du COSATU, reprennent leur autonomie, tandis que le PAC, vieil
adversaire activiste de l'ANC, compte bien cristalliser les mécontentements.
Le conflit entre l'ANC et l'Inkatha s'atténue après l'effacement
de M. Buthelezi, mais l'insécurité croissante causée
par le banditisme dans les cités et les campagne fait naître
des mouvements locaux d'auto-défense, en particulier celui du Peuple
contre le gangstérisme et la drogue (PAGAD) pris en main par un
mouvement islamiste du Cap, auteur de manifestations violentes.
Les élections parlementaires
du 2 juin 1999 confirment la domination de l'ANC dans la vie politique
sud-africaine (66,3 p. 100 des suffrages grâce à un taux de
participation de 90 p. 100). L'ANC obtient ainsi une majorité de
266 sièges sur 400 au Parlement qui élit, le 14 juin, le
nouveau président de la République sud-africaine, Thabo Mbeki.
Le nouveau président insiste sur l'urgence d'accélérer
les réformes, de réduire les inégalités raciales
et de lutter contre la corruption et la criminalité.
La puissance économique de
l'Afrique du Sud se manifeste également dans le domaine militaire
par l'organisation de manœuvres impliquant tous les pays de la Communauté
de développement de l'Afrique australe (SADC), et devant déboucher
sur la constitution d'une force de paix interafricaine. En 1998, l'intervention
au Lesotho, aux côtés du Botswana, suscite la crainte chez
certains de ses voisins (Angola, Namibie, Zimbabwe), partisans du régime
de Laurent-Désiré Kabila (République démocratique
du Congo), auxquels le pays s'oppose sur le plan diplomatique, de voir
l'Afrique du Sud devenir un nouveau gendarme régional.
Le Congrès national africain
(ANC) a obtenu, le 2 juin 1999, une large majorité aux deuxièmes
élections multiraciales en Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid.
Avec 66,3 p. 100 des voix aux élections législatives (266
sièges au Parlement sur 400), le parti au pouvoir devance le Parti
démocratique (DP) qui recueille 9,5 p. 100 des voix (38 sièges)
et l'ex-parti dirigeant à l'époque de l'apartheid, le Parti
national (NP), qui n'obtient que 6,9 p. 100 des suffrages et 28 sièges.
L'Inkatha (IFP), parti zoulou de Mangosuthu Buthelezi, contrôlera,
avec 8,5 p. 100 des voix, 34 sièges dans le futur Parlement. Ces
élections ont mobilisé près de 90 p. 100 des électeurs
inscrits.
À l'issue des élections
provinciales, qui se sont déroulées le même jour, l'ANC
remporte la majorité des suffrages dans sept provinces sur neuf
mais, malgré une progression, n'obtient pas suffisamment de voix
pour diriger seul les provinces du Cap-Occidental, traditionnellement contrôlée
par le NP, et du Kwazulu-Natal, où l'Inkatha devance l'ANC.
Le Parlement nouvellement élu
a nommé, le 14 juin, Thabo Mbeki, président de l'ANC, à
la tête de l'État pour remplacer Nelson Mandela. Thabo Mbeki
a reconduit la coalition gouvernementale avec l'Inkatha, ce qui assure
au gouvernement l'appui de 75 p. 100 des députés au Parlement.
GROS PLAN SUR Mandela, Nelson
(1918- )
Mandela, figure symbolique de la
lutte contre l'apartheid, premier président noir de la république
d'Afrique du Sud depuis 1994.
Petit-fils du chef xhosa Ngubengcuka,
fils du principal conseiller du chef suprême des Thembous, Nelson
Mandela naquit dans le Transkei au sein de l'élite bantoue d'Afrique
du Sud. Étudiant en droit à l'université de Fort Hare,
il fit son apprentissage politique avec Oliver Tambo. Tous deux furent
expulsés de l'université en 1940, pour avoir participé
à une grève étudiante. Mandela quitta alors le Transkei,
fuyant notamment le mariage auquel la coutume le destinait et devint policier
dans une mine de Johannesburg, où il rencontra Walter Sisulu. En
1944, ayant rejoint le Congrès national africain (ANC), principal
mouvement nationaliste noir, il fonda, avec Sisulu et Tambo, une ligue
de la jeunesse (Youth League), s'adressant aux jeunes ouvriers. En 1945,
les dirigeants de la Youth League prirent la tête de l'ANC, jusqu'alors
dominé par une bourgeoisie modérée.
Devenu secrétaire national
de la Youth League en 1948, Mandela accueillit au sein de l'ANC le parti
communiste. En 1952, à l'occasion de la première campagne
de désobéissance civile, il se fit l'avocat d'une action
unifiée des communautés noires et métisses contre
la politique d'exclusion raciale menée par le gouvernement. En décembre
de cette même année, Nelson Mandela, qui avait accédé
à la présidence de la Youth League et venait de fonder, avec
Tambo, le premier cabinet d'avocats noirs du pays, fut arrêté.
Accusé d'avoir enfreint la loi, récente, sur la suppression
du communisme, il échappa à l'emprisonnement, mais il lui
fut interdit d'assister à des réunions politiques et de quitter
le district de Johannesburg, pour une durée de neuf ans. Mandela
poursuivit pourtant ses activités au sein de l'ANC et fut à
l'origine du plan préparant l'action clandestine des différentes
branches de l'ANC, scindées en comités restreints. En décembre
1956, il était à nouveau poursuivi en justice, accusé,
ainsi que 155autres personnes, de trahison. Le procès, qui devait
durer quatre ans, allait aboutir à l'acquittement.
Le massacre de Sharpeville -la mort
de 67manifestants anti-apartheid sous les tirs de la police- et l'interdiction
de l'ANC en 1960, puis la violente répression par le gouvernement
d'une grève générale l'année suivante conduisirent
Nelson Mandela, passé en mars 1961 à la clandestinité,
à abandonner l'action non violente. En juin 1961 était créé
l'Umkhonto weSize («!lance de la nation!»), branche militaire
de l'ANC dont Mandela devint le commandant en chef. En janvier 1962, celui-ci
quitta clandestinement l'Afrique du Sud pour participer à une conférence
panafricaine, réunie en Éthiopie. Il se rendit ensuite en
Algérie, où il fut formé au combat, et enfin à
Londres où il rencontra les dirigeants de l'opposition travailliste.
Mandela était désormais connu de la communauté internationale.
De retour en Afrique du Sud, il
fut arrêté le 5août 1962, accusé d'incitation
à la révolte, de sortie illégale du pays et condamné
à cinq ans de prison. Après l'arrestation, l'année
suivante, des principaux dirigeants du mouvement nationaliste noir, Mandela
comparut au procès de Rivonia, sous le chef d'inculpation de haute
trahison. D'octobre 1963 à juin 1964, il plaida pour lui et ses
coinculpés, contre l'apartheid. Tous furent condamnés à
la prison à perpétuité. Mandela devait passer dix-huit
années à Robben Island avant son transfert vers la prison
de Pollsmoor, à Cape Town, en 1982, alors qu'une campagne pour sa
libération, organisée par Winnie Mandela, qu'il avait épousée
en 1962, trouvait un écho international. Mandela refusa toute libération
conditionnelle. Le gouvernement du président Frederik DeKlerk libéra
sans condition le chef historique de l'ANC en février 1990, après
avoir levé les interdictions qui pesaient sur l'organisation ainsi
que sur les autres partis politiques proscrits.
Mandela, à la tête
de l'ANC désormais légal, conduisit les négociations
avec le gouvernement de 1990 à 1994. Le contexte était cependant
difficile. Si en août 1990, Mandela avait, au nom de l'ANC, suspendu
la lutte armée en contrepartie de l'organisation d'élections
multiraciales, l'Afrique du Sud était en proie à une violence
croissante. Mandela était confronté à l'opposition
meurtrière entre l'ANC et l'Inkhata de Mangosutu Buthelezi, aux
attentats des extrémistes blancs contre les dirigeants noirs, et
devaient composer avec les radicaux de son mouvement, menés par
son épouse Winnie, dont il se sépara en 1992.
En 1991, le gouvernement abrogeait
l'ultime loi fondant l'apartheid. Mandela reçut, en 1993, le prix
Nobel de la paix, partagé avec Frederik DeKlerk, pour leurs efforts
à l'établissement de la démocratie et d'une harmonie
raciale en Afrique du Sud. En mai 1994, après la victoire de l'ANC
aux premières élections multiraciales, il devint le premier
président noir d'Afrique du Sud.
Source :
Microsoft Encarta

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier