Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001

L'AFRIQUE DU SUD EN UN CLIN D'OEIL

Afrique du Sud, officiellement république d'Afrique du Sud, État le plus méridional de l'Afrique australe, limité au nord par la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et le Swaziland, dont les côtes orientales et méridionales sont baignées par l'océan Indien, la côte occidentale donnant sur l'océan Atlantique. Le Lesotho forme une enclave dans l'est du pays. Le territoire sud-africain s'étend sur 1221037km2. Pretoria est la capitale administrative et LeCap, la capitale législative. L'Afrique du Sud, puissance économique du continent africain, au peuplement pluriethnique, est entrée, depuis 1990, dans une nouvelle phase de son histoire, en rompant avec l'apartheid, système de ségrégation raciale qui a prévalu durant tout le XXesiècle.

Milieu naturel

Relief

Située au sud du tropique du Capricorne, l'Afrique du Sud possède un relief simple. Ainsi, un haut et vaste plateau (veld), couvrant environ les deux tiers du pays, se relève sur ses bordures en un Grand Escarpement qui sépare le plateau des zones littorales peu profondes et qui forme, au sud-est, la chaîne montagneuse du Drakensberg constituée de laves basaltiques et culminant à 3482m avec le Thabana-Ntlenyana. Le plateau sud-africain est en grande partie constitué par le Highveld, au relief tabulaire, situé entre 1200m et 1800m d'altitude. Sur ses franges nord-ouest, le plateau se déprime, constituant des cuvettes, et s'ouvre sur le désert du Kalahari, sur celui du Namib et sur des bas plateaux où s'écoulent le fleuve Orange ainsi que d'autres cours d'eau.
À l'est et au sud, le plateau s'abaisse vers l'océan Indien en une série de marches. Le long de la côte orientale, une ceinture de collines précède une plaine basse. Au sud, s'étagent des formations sédimentaires, les Karroo, qui comprennent le vaste plateau du Grand Karroo et, plus au sud, le Petit Karroo, situé à l'est du Cap.
Dans cette même région du Cap, les chaînes montagneuses du Swartberg et du Langeberg s'intercalent entre les Karroo et le Grand Escarpement. Sur la côte méridionale, juste au sud du Cap, se trouve un pic isolé, la montagne de la Table (1080m d'altitude). À proximité, le cap de Bonne-Espérance, autrefois îlot rocheux, maintenant rattaché au continent, s'élève à 256m. Ce cap n'est pas très éloigné du cap des Aiguilles qui représente le point le plus méridional de l'Afrique. Sur la côte sud-ouest, le bord du plateau est marqué par une série de reliefs plissés, débouchant abruptement sur la plaine côtière sous forme de falaises.

Hydrographie

L'Orange, l'un des principaux fleuves d'Afrique du Sud, forme une frontière naturelle avec la Namibie. D'une longueur de 1860km, il prend sa source sur le versant occidental de la chaîne du Drakensberg, au Lesotho, puis traverse le pays en direction du sud-ouest avant de pénétrer sur le territoire sud-africain. Son affluent, le Vaal naît près de la frontière du Swaziland et coule vers l'ouest, puis vers le sud-ouest, le long de la frontière nord de l'État libre d'Orange. Le Witwatersrand, dans le nord, est drainé par le Limpopo, le long duquel ont été construites des installations d'irrigation. Celui-ci coule principalement vers le nord-est, à la frontière du Botswana, puis rejoint le Zimbabwe et le Mozambique avant de se jeter dans l'océan Indien par la baie Delagoa, au nord-est de Maputo. D'une longueur de 1600km, le Limpopo n'est cependant navigable que sur 160km en amont de son embouchure. En général, les cours d'eau du territoire sud-africain ont un débit irrégulier et leur lit demeure à sec la plupart de l'année.

Climat

Située, pour la plus grande part, sous le tropique du Capricorne, l'Afrique du Sud jouit d'un climat tropical, soumis cependant à de grandes variations en raison du rétrécissement du continent africain. L'influence océanique est importante et l'altitude est également un facteur prédominant, en particulier sur les hauts plateaux.
Froid sur les reliefs, le climat est marqué par une saison sèche au nord. La façade orientale, soumise à la mousson, bénéficie des alizés provenant de l'océan Indien. Ces vents humides apportent, d'avril à octobre, environ 890mm de précipitations annuelles de la plaine côtière jusqu'au Drakensberg. Les précipitations diminuent au fur et à mesure de leur progression vers l'ouest. Les deux tiers du pays reçoivent moins de 500mm de pluie par an. Le Natal est un bon exemple de région soumise à un climat tropical, chaud et humide, favorable à l'agriculture. En revanche, la région du Cap, au sud-ouest, subit l'influence des vents occidentaux de l'océan Atlantique et possède plutôt un climat méditerranéen, avec des étés secs et des hivers humides, tandis que la région des Karroo est aride. Mais ce sont surtout les déserts du Kalahari et du Namib qui doivent supporter un climat semi-désertique.

Végétation et faune

La flore d'Afrique du Sud varie selon le niveau des précipitations. La côte orientale, où les pluies sont les plus abondantes, se caractérise par une végétation tropicale (nombreux palmiers), tandis que sur le littoral méridional dominent les conifères, les lauriers du Cap et les charmes. Le Highveld, presque entièrement déboisé, est couvert d'herbages. Dans le Transvaal, la végétation du plateau s'apparente davantage à celle de la savane, l'ouest étant couvert d'une végétation typique des zones arides.
La faune sud-africaine comporte de nombreux mammifères, dont le lion, le zèbre, le léopard, le singe, le babouin, l'hippopotame et l'antilope. Aujourd'hui, la plupart d'entre eux se trouvent uniquement dans les réserves naturelles, dont l'une des plus remarquables est le parc national de Kruger, jouxtant la frontière du Mozambique. Les eaux du littoral sud-africain sont très poissonneuses.

Ressources et contraintes du milieu naturel

Le sous-sol constitue la principale richesse de l'Afrique du Sud, qui possède les plus importantes réserves mondiales de platine, de chrome, de manganèse et d'or. Ce dernier est surtout extrait dans la région du Witwatersrand, où se trouve le plus riche gisement aurifère du monde, découvert en 1886. L'Afrique du Sud fournit le tiers de la production mondiale d'or. L'uranium est également extrait dans le Witwatersrand. D'importants gisements de charbon sont exploités au Transvaal et au Natal. L'Afrique du Sud est le cinquième producteur de diamants, dont la plupart proviennent de la région de Kimberley. Le sous-sol sud-africain est aussi riche en cuivre, nickel, amiante, chrome, fluor, phosphates, vanadium, étain, titane et en minerai de fer!; en revanche, il manque de réserves en hydrocarbures.
Les contraintes du mileu naturel sont liées essentiellement au manque d'eau et au relief. En effet, les précipitations sont rares et surtout irrégulières occasionnant des périodes de sécheresse. En outre, le relief, marqué par de fortes pentes, et l'altitude entraînent une réduction du pourcentage des terres cultivables.

Population et société

Démographie

L'Afrique du Sud est relativement peu peuplée. Sa population était estimée en 1995 à 41,4millions d'habitants, soit une densité globale de 34habitants au kilomètre carré. Les Noirs, représentant 75,2p.100 de la population, appartiennent à différents groupes ethniques: Bochimans, Hottentots, Ndébélés, Sothos, Swazis, Tsongas, Tswanas, Vendas, Xhosas et Zoulous. Les Zoulous constituent le groupe le plus important (20p.100 de la population totale du pays). Les Blancs représentent 13,6p.100 de la population sud-africaine, les Afrikaners ou Boers, descendants des colons néerlandais -mais aussi allemands ou français- étant majoritaires (60p.100 des Blancs). 8,6p.100 des Sud-Africains sont des métis, issus des Bochimans et des Hottentots, des esclaves venus d'Angola ou de Java, et des colons européens. Les Asiatiques, descendants pour la plupart d'immigrants indiens, constituent 2,6p.100 de la population.
La mortalité infantile, au début des années 1990, s'élevait à 53p.1000 et le taux de natalité, à 35p.1000. L'espérance de vie était de 63ans. Ces chiffres, globaux, reflètent cependant mal les discriminations entre les différents groupes. Celles-ci s'expriment mieux par la comparaison des niveaux de vie entre Blancs et Noirs. Le revenu moyen d'un foyer blanc est ainsi 12fois supérieur à celui d'un foyer noir. Plus de la moitié des Noirs vivent au-dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage des Noirs se situe autour de 45p.100.

Découpage administratif et villes principales

Jusqu'en 1994, l'Afrique du Sud était divisée en quatre provinces -LeCap, le Natal, l'État libre d'Orange et le Transvaal- et dix bantoustans noirs. La Constitution provisoire, instaurant une Afrique du Sud multiraciale et un régime politique transitoire pour cinq ans, adoptée en avril 1994, a découpé le pays en neuf provinces: Gauteng, Nord-Transvaal, Transvaal-Oriental, Nord-Ouest, État libre d'Orange, KwaZulu-Natal, LeCap-Oriental, Le Cap-Nord et Le Cap-Occidental. Les bantoustans -Transkei, Bophuthatswana, Venda et Ciskei-, auxquels avait été accordé l'indépendance sous le régime d'apartheid, ont été dissous et leurs territoires intégrés aux nouvelles provinces.
Les plus grandes villes d'Afrique du Sud sont Johannesburg, LeCap, Durban, Pretoria, Port Elizabeth et Bloemfontein. Environ 60p.100 des Sud-Africains vivent dans les zones urbaines. Plus du quart de la population réside dans l'agglomération de Pretoria Witwatersrand Vereeniging (PWV), à 70km de Johannesburg et les trois agglomérations du PWV, du Cap et de Durban regroupent 38p.100 de la population urbaine.

Gouvernement et vie politique

Pouvoir exécutif

Jusqu'en 1994, dans le cadre de l'apartheid, l'Afrique du Sud était gouvernée par la minorité blanche. En février 1990, Frederik DeKlerk, président de la République sud-africaine depuis septembre 1990, lança une «!politique de réconciliation nationale!». La légalisation des organisations opposées au régime d'apartheid et la libération des prisonniers politiques, dont le dirigeant historique de l'African National Congress (ANC, «!Congrès national africain!»), Nelson Mandela, marquèrent le premier pas vers une réintégration des Noirs dans la vie politique sud-africaine.
Dès octobre 1990, la loi sur la ségrégation dans les lieux publics (Separate Amenities Act) fut abrogée. Après la fin des dernières lois d'apartheid en juin 1991, une Convention pour une Afrique du Sud démocratique (Convention for a Democratic South Africa, Codesa) se réunit pour négocier la transformation du régime sud-africain en une démocratie pluriethnique. Elle associait les représentants de tous les partis politiques noirs, métis, indiens et blancs, à l'exclusion de l'extrême droite afrikaner, hostile à toute ouverture du régime aux Noirs. L'année suivante, plus des deux tiers des électeurs blancs approuvèrent par référendum la politique de réformes menée par DeKlerk. En 1993, les négociateurs s'accordèrent sur l'organisation d'élections multiraciales, prévues pour avril 1994. Un Conseil exécutif de transition fut mis en place pour superviser le scrutin. Celui-ci consacra la victoire de l'ANC. Nelson Mandela devint le premier président noir du pays. En septembre, le nouveau Parlement adopta une Constitution provisoire, prévoyant un régime transitoire pour une durée de cinq ans.
Le régime ainsi mis en place se voulait consensuel, conjuguant le principe représentatif d'«!un homme, une voix!» et la représentation des partis minoritaires, associés à l'exercice du pouvoir. De cette façon, si l'ANC, majoritaire à l'Assemblée nationale, détenait les postes de président de la République, de premier vice-président et de président de l'Assemblée, le Parti national de Frederik DeKlerk et l'Inkatha Freedom Party («!parti de la Liberté inkatha!»), mouvement à dominante zouloue, dirigé par Mangosutu Buthelezi, étaient représentés au sein du gouvernement d'union nationale, constitué en mai 1994.
Le pouvoir exécutif suprême est détenu par le président de la République, mais celui-ci est tenu de consulter les vices-présidents avant toute décision: Thabo Mbeki, premier vice-président, et Frederik DeKlerk, deuxième vice-président, furent choisis au sein des partis ayant remporté 80sièges ou plus aux élections législatives, respectivement l'ANC et le Parti national. Les portefeuilles ministériels sont alloués selon le nombre de sièges obtenus par chaque parti politique au Parlement. L'ANC a ainsi obtenu dix-huit postes ministériels!; le Parti national six postes et l'Inkatha trois.
Après l'instauration de ces institutions provisoires, l'Afrique du Sud s'orienta vers une normalisation politique. Dans un premier temps, l'ANC consacra sa domination en remportant les élections locales de novembre 1995, puis le pays adopta le 8mai 1996 une nouvelle Constitution démocratique. La conséquence la plus immédiate fut le départ des membres du Parti national du gouvernement transitoire, le gouvernement étant désormais dirigé par le parti politique majoritaire. Cette nouvelle Constitution symbolise l'instauration, en Afrique du Sud, d'une démocratie parlementaire.
Pouvoir législatif
Le pouvoir législatif est partagé entre deux Chambres, une Assemblée nationale composée de 400députés élus pour cinq ans et un Sénat où siègent 90membres. Les sièges à l'Assemblée ont été distribués sur la base du pourcentage des voix recueillies par les différents partis politiques aux élections d'avril 1994 (quatre sièges pour 1p.100 des suffrages exprimés). Les sénateurs sont élus par les neuf assemblées provinciales, chacune choisissant dix sénateurs.

Pouvoir judiciaire

La Constitution de 1996 a confirmé la Constitution intérimaire de septembre 1994 au sujet de l'instauration d'une nouvelle Cour constitutionnelle, composée d'un président et de dix juges, choisis par le Conseil des ministres sur une liste dressée par une commission de nomination indépendante. La Cour constitutionnelle veille à la constitutionnalité de chaque loi.

Gouvernement local

Le nombre d'élus dans les neuf assemblées provinciales est calculé selon le principe de la représentation proportionnelle. Chaque assemblée élit en son sein un chef de l'exécutif, qui préside un conseil exécutif de dix membres. Les corps législatifs provinciaux sont dotés d'importants pouvoirs, dont la rédaction de constitutions provinciales.
Partis politiques
Les principaux partis politiques sud-africains sont: l'African National Congress (ANC), créé en 1912!; le Parti national, créé en 1914!; l'Inkatha Freedom Party, créé en 1975!; le Pan Africa Congress (PAC), créé en 1959!; le South African Communist Party (SACP), créé en 1921!; l'Azania People's Organisation (AZAPO), fusionnée avec le mouvement radical Conscience noire!; le Parti conservateur (représentant l'extrême droite), créé en 1982!; et le Parti démocratique (libéral), créé en 1989.

Défense nationale

Les institutions militaires et policières de l'Afrique du Sud furent largement réorganisées après le démantèlement de l'apartheid. La nouvelle Force de défense nationale a intégré des éléments issus de l'ancienne Force de défense sud-africaine, armée blanche du régime d'apartheid, des forces armées qui opéraient dans les ex-bantoustans du Transkei, du Bophuthatswana, du Venda et du Ciskei ainsi que des anciens membres de l'Umkhonto we Sizw («!Fer de lance de la nation!»), aile militaire de l'ANC clandestin.

Langues et religions

Depuis 1994, l'Afrique du Sud compte onze langues officielles. À l'afrikaans, parlé par les Afrikaners et une grande partie des métis, et à l'anglais, utilisé par les descendants des colons britanniques, mais aussi par les Asiatiques, se sont ajoutées neuf langues bantoues: ndebele, sotho du Nord, sotho du Sud, swazi, tsonga, tswana, venda, xhosa et zoulou.
Les quatre cinquièmes des Sud-Africains sont chrétiens, en majorité protestants. La plupart des Afrikaners appartiennent à l'Église réformée hollandaise, les Blancs anglophones et les Noirs appartenant aux Églises anglicane, méthodiste ou catholique. De nombreuses Églises indépendantes pratiquent des religions syncrétiques, mêlant au christianisme des éléments de cultes africains traditionnels. Dix pour cent des Sud-Africains pratiquent toujours l'animisme. La plupart des Asiatiques sont hindouistes ou musulmans. Il existe également une communauté juive estimée à 120000personnes.

Éducation

L'héritage de l'apartheid est particulièrement visible dans le domaine de l'éducation. Malgré une forte augmentation des dépenses de l'État en faveur de l'éducation des Noirs, depuis le milieu des années 1980, les dépenses pour l'éducation des Blancs demeurent quatre fois plus élevées que pour celle des Noirs. En 1992, le pourcentage du PIB consacré à l'éducation était de 7p.100. En 1991, les taux de réussite à l'examen équivalant au baccalauréat dépassaient 90p.100 pour les lycéens blancs, métis ou asiatiques, contre seulement 41p.100 pour les lycéens noirs. La moitié des Noirs ne savent ni lire ni écrire.
L'Afrique du Sud compte de nombreuses universités, dont les plus anciennes et les plus prestigieuses sont essentiellement fréquentées par les étudiants blancs. Les Noirs fréquentent notamment l'université de Fort Hare, fondée en 1916, à Alice. Depuis le démantèlement de l'apartheid, un nombre croissant d'étudiants de couleur fréquentent les établissements d'éducation naguère réservés aux Blancs, surtout dans les grandes agglomérations. La plupart des Noirs qui fréquentent actuellement ces établissements sont cependant issus de familles aisées.

Société

La coexistence entre les différents groupes ethniques sur le territoire sud-africain a toujours été conflictuelle: conflits entre colons blancs et populations noires, mais aussi entre groupes noirs, notamment Zoulous et Xhosas, et entre colons, Britanniques et Boers. Surtout, la société sud-africaine est marquée par la politique dite de développement séparé, l'apartheid, entrée officiellement en vigueur dès 1911 avec le Mines and Works Act, qui réservait les emplois spécialisés aux Blancs. À partir du Native Lands Act, en 1913, la ségrégation raciale s'inscrivit dans l'espace sud-africain. Les Noirs, majoritaires, n'avaient le droit de vivre que sur 7p.100 des territoires. L'apartheid fut systématisé après 1948, et la création de bantoustans ou homelands consacra l'exclusion territoriale, sociale et politique des Noirs.
Le démantèlement du système d'apartheid, à partir de 1990, n'a pas fondamentalement modifié la répartition de la population sud-africaine dans l'espace. Les Noirs vivent majoritairement dans les anciens bantoustans et dans les townships, les ghettos urbains des grandes métropoles. Les Blancs habitent les régions riches et à proximité des grands centres d'affaires tandis que les métis sont particulièrement nombreux dans la région du Cap, les Asiatiques étant plus présents dans le Natal. Cependant, malgré les problèmes de violence et de criminalité, la politique gouvernementale tente d'apaiser les tensions en prônant la réconciliation nationale.

Arts et vie culturelle

La ségrégation raciale a eu pour conséquence l'émergence de cultures distinctes. Parmi les Blancs, la différence sensible entre anglophones, traditionnellement plus ouverts aux influences extérieures, et Afrikaners, héritiers d'une sensibilité nationale et religieuse exacerbée par les conflits qui opposèrent Boers et autorités coloniales britanniques, s'estompe progressivement, notamment chez les jeunes générations vivant en milieu urbain.
Parmi les populations noires, culture rurale, proche des traditions ancestrales, et culture urbaine, plus cosmopolite, demeurent également différentes. Depuis que les sanctions internationales contre l'Afrique du Sud ségrégationniste ont été levées, les jeunes habitants des villes ont davantage accès aux lieux culturels et se montrent sensibles à la culture afro-américaine. Un mouvement récent de revendication identitaire a pris forme parmi les métis, qui développent leur propre expression littéraire, théâtrale et musicale. L'Afrique du Sud possédait jusqu'alors trois traditions littéraires, utilisant l'anglais, l'afrikaner et les langues bantoues.

Littérature sud-africaine

La littérature sud-africaine de langue anglaise se développa, après la parution, en 1883, du livre d'Olive Schreiner The Story of an African Farm («!l'Histoire d'une ferme africaine!»). Utilisée non seulement par les auteurs d'ascendance britannique mais aussi par des Noirs, des métis et même des Afrikaners, la langue anglaise est devenue le véhicule privilégié de la protestation contre l'apartheid. Enracinée dans une société pluriethnique, dont elle a constamment reflété la richesse, mais aussi les conflits et la violence, la littérature anglophone subit la censure et le rejet d'une communauté blanche majoritairement conservatrice. Lorsque le livre d'André Brink, Au plus noir de la Nuit, dénonçant -en afrikaans- l'apartheid, fut interdit en 1974, son auteur en fit lui-même la traduction en anglais, ce qui permit à l'ouvrage de connaître une diffusion internationale. De même, Alan Paton et Nadine Gordimer, lauréate du prix Nobel de littérature en 1991, acquirent leur notoriété littéraire à l'étranger.
La littérature de langue afrikaans, née au début du siècle, empreinta d'abord la voie de la poésie, atteignant sa maturité dans les années 1930 avec des poètes tels que N.P.VanWykLouw, UysKrige et Elisabeth Eybers. Breyten Breytenbach, opposant déterminé de l'apartheid, relata son expérience carcérale en afrikaans (Une saison au paradis, 1980) avant de choisir, comme André Brink, la langue anglaise.
Riches d'une longue tradition orale, les Noirs écrivirent après l'arrivée des colons européens sur les thèmes traditionnels, avant de contribuer à la formation de la littérature sud-africaine contemporaine dans les langues bantoues les plus parlées, xhosa, sotho ou zoulou, ainsi qu'en afrikaans et en anglais. Thomas Mofolo, Bloke Modisane, Alex LaGuma et Ezekiel Mphahlele comptent parmi les écrivains sud-africains les plus importants.

Médias

Poste et télécommunications sont gérées par l'État, qui détient également le monopole sur la radiodiffusion sud-africaine à travers la South African Broadcasting Corporation («!Société de diffusion sud-africaine!»). Celle-ci produit de nombreux programmes locaux en langues africaines. L'Afrique du Sud possède plus de 20quotidiens (surtout anglophones).

Économie

Généralités

L'économie sud-africaine, la plus puissante et la plus développée du continent africain, fut, jusqu'après la Seconde Guerre mondiale, essentiellement fondée sur l'exploitation minière et l'agriculture. Le secteur primaire emploie 14p.100 de la population active et contribue pour 4p.100 au produit intérieur brut (PIB)!; mais ce sont l'industrie et les services qui sont désormais les secteurs économiques principaux (respectivement 25 et 61p.100 de la population active, 36 et 60p.100 du PIB). En 1994, le PIB global s'élevait à 131milliards de dollars, ce qui plaçait le pays au 94erang mondial!; sa croissance était de 3,3p.100. La mise en place d'un programme de reconstruction et de développement illustre la volonté de l'État sud-africain de redresser l'économie.

Agriculture, forêts, pêche

L'aridité d'une grande partie des sols, liée à l'insuffisance de l'alimentation en eau à l'ouest et au sud du pays, limite les surfaces cultivables à 10p.100 du territoire sud-africain. Quatre-vingt-cinq pour cent des terrains agricoles sont en conséquence consacrés à l'élevage de bétail (élevage extensif de bovins dans le Veld, moutons dans la région du Cap). Le maïs constitue la principale culture vivrière de la population noire, qui ne possède que de petites exploitations faiblement mécanisées et situées sur des terres peu productives. Les Blancs, en revanche, détenant 87p.100 des terres, gèrent de grandes exploitations modernes, employant de nombreux ouvriers agricoles. Plus de 90p.100 de la production agricole du pays provient de ces exploitations, qui produisent blé, arachide et tournesol, pommes de terre, raisins, agrumes et pommes dans la région du Cap et les plateaux intérieurs, canne à sucre et coton dans le Natal. Si l'agriculture ne représente que 4,7p.100 du PIB, elle permet au pays non seulement d'être autosuffisant, mais également de dégager un excédent agricole (exportations de sucre, de maïs et de laine). L'Afrique du Sud dispose également d'une flotte de pêche importante qui alimente le marché intérieur et exporte langoustes, sardines et anchois.

Mines et industries

L'exploitation minière, secteur clé de l'économie sud-africaine depuis la fin du XIXesiècle, ne contribue plus que pour 35p.100 au PIB, mais demeure un poste essentiel à l'exportation: l'or, par exemple représente un quart des exportations.
Le matériel de transport et les produits agroalimentaires constituent les premières activités industrielles, en terme de valeur ajoutée. L'Afrique du Sud fabrique également des produits chimiques, des produits dérivés du charbon, du fer et de l'acier, des machines, du papier et des produits textiles. Le Cap, Johannesburg, Durban et Port Elizabeth sont les principaux centres manufacturiers.
Presque toute l'électricité d'Afrique du Sud est produite dans des centrales thermiques, fonctionnant au charbon. Cependant, l'aménagement du fleuve Orange a permis de développer l'énergie hydraulique. En revanche, le pays ne reçoit plus d'électricité du barrage de Cabora Bassa, au Mozambique, les lignes ayant été détruites.
Secteur tertiaire
Le rand, subdivisé en 100cents, est la monnaie nationale. L'Afrique du Sud possède un réseau important de banques commerciales, caisses d'épargne et banques d'investissement, et une bourse des valeurs, située à Johannesburg.
Les infrastructures de communication sont celles d'un pays moderne. Un réseau de chemin de fer relie toutes les villes importantes du pays. La compagnie aérienne principale est la South African Airways. L'aéroport le plus fréquenté est celui de Johannesburg. L'Afrique du Sud dispose également d'installations portuaires importantes.
Enfin, les activités touristiques se sont nettement développées, plaçant le pays au deuxième rang derrière la Tunisie à l'échelle du continent africain. Le secteur des services représentait, en 1994, 60p.100 du PIB.

Commerce extérieur

Le commerce extérieur sud-africain est traditionnellement excédentaire. Le pays exporte essentiellement des matières premières -minerais et métaux précieux- et des produits semi-finis, issus notamment de la métallurgie, et importe des biens d'équipements et de consommation courante ainsi que des services. Les principaux partenaires commerciaux de l'Afrique du Sud sont le Japon, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Allemagne, la Suisse, l'Italie, le Canada et les Pays-Bas.

Histoire

L'histoire de l'Afrique du Sud, écrite par des historiens blancs, débute pour l'essentiel à partir de la colonisation du pays par les Européens au XVIIesiècle. Les découvertes des anthropologues ont cependant permis d'établir que l'occupation humaine de l'Afrique du Sud est très ancienne. En 1924, un australopithèque, appelé l'«!enfant de Taung!» et daté de plus d'un million d'années, fut découvert au nord de Kimberley. Les premiers Homo sapiens furent sans doute les populations de chasseurs et cueilleurs, auxquelles sont attribuées des peintures rupestres dont les plus anciennes remonteraient à 1500ans avant notre ère, et qui pourraient être les ancêtres des Bochimans. Vers le Xesiècle apr.J.-C., apparurent en Afrique du Sud les Hottentots, peu avant l'arrivée des premiers groupes bantous.

L'arrivée des Européens
Le Portugais Bartolomeu Dias fut le premier Européen à contourner l'Afrique et à découvrir le cap de Bonne-Espérance, en 1488. Dix ans plus tard, son compatriote, Vasco de Gama, aborda les côtes du Natal. Les Portugais ne colonisèrent cependant pas l'Afrique du Sud, et le premier établissement européen fut hollandais. En 1652, la Compagnie hollandaise des Indes orientales installa au Cap une escale technique avant de fonder un comptoir commercial. Les employés de la Compagnie furent bientôt rejoints par des fermiers hollandais, citoyens libres, appelés boers («!paysans!» en néerlandais). Après la révocation de l'édit de Nantes, en 1685, de nombreux protestants français, les huguenots, s'installèrent en Afrique du Sud. L'occupation des terres par les colons européens provoqua de violents affrontements avec les éleveurs hottentots, qui furent refoulés ou réduits en esclavage. Dès la fin du XVIIesiècle, la colonie du Cap importa massivement des esclaves, du golfe de Guinée, de Madagascar, d'Angola et même de Java. Cependant, la ségrégation raciale ne constituait alors pas une caractéristique de la société coloniale sud-africaine, le métissage entre les populations étant au contraire relativement important.
Dans les années 1770, les colons européens, à la recherche de nouvelles terres, rencontrèrent les Bantous qui achevaient leur longue migration à travers le continent africain. De 1779 à 1780 se déroula la première guerre opposant les Trekboers, paysans hollandais migrant vers l'intérieur du pays, et ceux qu'ils appelaient cafres, les Bantous. Progressivement, se forma le particularisme afrikaner, avec l'élaboration d'une langue spécifique, l'afrikaans, et la constitution d'un système de valeurs propres à ces paysans colonisateurs, calvinistes austères, confrontés à un environnement rigoureux et à des populations autochtones hostiles. Les guerres cafres n'allaient s'achever qu'à la fin du XIXesiècle avec la défaite des Zoulous. Ceux-ci avaient constitué, au début du siècle, un puissant royaume guerrier, dirigé par Shaka. Dans leur expansion, ils se heurtèrent aux N'Gounis et aux Xhosas. Les guerres entre Bantous conduisirent au refoulement des groupes les moins puissants et à un éclatement des groupes bantous en une multitude de nations, bouleversement appelé Mfecane.

La colonisation britannique
Les Britanniques occupèrent la région du Cap à deux reprises, en 1795 et en 1806. En 1814, par le premier traité de Paris concluant les guerres napoléoniennes, le Royaume-Uni acquit la colonie du Cap. La domination britannique fut d'abord bien acceptée par les Boers!; le pouvoir de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, incapable de mettre un terme aux guerres cafres, était en effet très contesté. Après 1820, cependant, des milliers de colons britanniques débarquèrent en Afrique du Sud. La concurrence pour les terres mais aussi les différences culturelles allaient opposer les communautés européennes. Dès 1822, l'anglais devint la langue officielle de la colonie. Lorsque l'esclavage fut aboli, en 1833, les Boers émigrèrent en masse. Cette migration, appelée Grand Trek, qui se prolongea de 1837 à 1850, forgea définitivement l'identité afrikaner. Les Boers, partis à la recherche de la Terre promise, colonisèrent les terres situées au-delà du fleuve Orange. Après avoir battu les Zoulous à Blood River (la «!rivière du Sang!»), ils fondèrent, en 1840, une république du Natal.
Mais le Natal fut annexé, en 1843, par les Britanniques. Alors, les Boers repartirent vers l'ouest et le nord, où ils établirent l'État libre d'Orange et des républiques autonomes dans le Transvaal. Au sein de ces États boers fut pratiquée une politique systématique de discrimination raciale, qui, en 1857, allait pousser les Xhosas à sacrifier la totalité de leur bétail. Les Xhosas, qui espéraient ainsi provoquer une famine fatale à la colonisation blanche, en furent les principales victimes. La progression européenne ne cessa pas.
En 1848, le gouverneur de la colonie du Cap, sir Harry Smith, avait pris le contrôle des rives du fleuve Orange. Cependant, les Britanniques, après un soulèvement des Boers, accordèrent à ceux-ci l'indépendance du Transvaal en 1852, et de l'État libre d'Orange en 1854. Pourtant, la découverte de gisements de diamants dans le Transvaal en 1867, relança l'expansionnisme britannique, encouragé par le financier Cecil Rhodes. Le Transvaal fut annexé en 1877. L'Empire zoulou ayant été définitivement détruit par les Britanniques deux ans plus tard, les Boers tentèrent de reconquérir leur indépendance en 1880. La première guerre anglo-boer s'acheva par la défaite des Britanniques et, en 1883, Paul Kruger fut élu président de la République boer indépendante du Transvaal.

La guerre des Boers
La découverte de vastes gisements aurifères dans le sud du Transvaal, en 1886, coïncida avec l'occupation de l'Afrique du Sud-Ouest (actuelle Namibie) par les Allemands. L'exploitation de l'or, financée par les Britanniques, attira des milliers de mineurs britanniques, appelés uitlanders (en afrikaans, «!étrangers!») par les Boers, qui s'installèrent au Transvaal. Le Royaume-Uni fit échouer en 1890 le projet qu'avait Kruger de soumettre à la domination boer le Bechuanaland (devenu Botswana) en étendant son protectorat à cette région. Kruger refusa d'attribuer l'égalité des droits aux uitlanders et imposa de lourdes taxes aux sociétés étrangères.
Après l'échec, en 1895, d'une expédition militaire contre la république du Transvaal, dirigée par Leander Jameson et encouragée par Rhodes, les relations entre la colonie du Cap et les Républiques boers se dégradèrent encore. De nouvelles négociations ayant avorté en mai 1899, Alfred Milner, le nouveau gouverneur du Cap, ordonna aux troupes britanniques de se poster aux frontières du Transvaal et de l'Orange. En octobre 1899, Kruger déclarait la guerre aux Britanniques. La guerre des Boers se prolongea jusqu'en mai 1902. Défaits, les Boers durent signer le traité de Vereeniging par lequel le Transvaal et l'État libre d'Orange devenaient des colonies de la Couronne britannique.
En 1910, le Cap, le Natal, le Transvaal et l'Orange étaient réunis par une loi du Parlement britannique au sein de l'Union sud-africaine, dominion de l'Empire britannique. Le Parti sud-africain remporta les premières élections et l'ancien commandant de l'armée boer, Louis Botha, devint Premier ministre. Dès la fondation de l'Union, les Noirs et les métis, représentant plus des deux tiers de la population, furent écartés de la vie politique. En 1912 naissait cependant le premier parti bantou, créé par les élites noires, qui devint, en 1923, l'African National Congress (ANC). Le Parlement blanc, qui avait adopté dès 1911 une première loi de ségrégation interdisant aux non-Blancs les emplois spécialisés, vota en 1913 le Native Land Act, qui réservait à la minorité blanche 93p.100 des territoires de l'Union.
L'essor du nationalisme afrikaner
Dès 1914, Louis Botha engagea l'Union sud-africaine aux côtés de la Grande-Bretagne et des Alliés, réprimant en 1915 une insurrection d'extrémistes afrikaners proallemands. La même année, les troupes sud-africaines occupèrent le Sud-Ouest africain allemand, sur lequel l'Union obtint un mandat de la Société des Nations, en 1920.
Décédé en 1919, Botha fut remplacé au poste de Premier ministre par un autre chef militaire probritannique, Jan Christiaan Smuts. Mais en 1924, James Hertzog, fondateur et dirigeant du Parti national, mouvement nationaliste afrikaner défendant la suprématie blanche, succéda à Smuts. Il allait demeurer à ce poste jusqu'en 1939. En 1925, l'afrikaans remplaça le hollandais comme première langue officielle, l'anglais demeurant la seconde. La ségrégation fut encore renforcée. Après la création en 1923 d'un passeport intérieur restreignant la liberté de circulation des Noirs, tenus de résider à l'écart des zones habitées par les Blancs, une loi interdisant tout rapport sexuel hors mariage entre «!races!» différentes fut adoptée en 1927. En 1931, l'Union sud-africaine obtint, par le statut de Westminster, l'indépendance législative.
Le nationalisme afrikaner, représenté depuis 1933 par un second parti, le Parti national purifié de Daniel Malan, ne se montra pas insensible aux thèses nationales-socialistes développées en Allemagne. Après la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne contre l'Allemagne, en 1939, la coalition qu'avaient constituée Hertzog et Smuts se disloqua. Hertzog, partisan de la neutralité, fut remplacé à son poste de Premier ministre par Smuts, et l'Union sud-africaine entra à son tour en guerre contre l'Allemagne le 6septembre 1939. Cependant, en raison des sympathies proallemandes d'un grand nombre de Boers, il n'y eut pas de loi de mobilisation nationale. Tous les membres des forces armées sud-africaines furent des volontaires et ils ne combattirent qu'en Afrique du Nord. Un mouvement paramilitaire d'inspiration nazie, l'Ossewabrandwag (les «!Sentinelles du Charriot!»), organisa une campagne terroriste contre le gouvernement de l'Union.

La politique d'apartheid
Daniel F.Malan, dirigeant du Parti national unifié, s'était prudemment éloigné des groupes afrikaners les plus radicaux après 1943 et les premières défaites militaires des pays de l'Axe. Afin de séduire l'électorat anglophone conservateur, il développa un programme fondé sur le concept d'apartheid («!développement séparé!»). Vainqueur aux élections de 1948, il érigea en système la ségrégation raciale qui prévalait depuis la fondation de l'Union. L'apartheid, destinée en réalité à préserver la suprématie blanche, prétendait assurer aux différents groupes ethniques une identité et une existence propres, au sein d'«!ensembles nationaux autonomes!».
En 1950, fut instaurée une classification raciale séparant les Sud-Africains en trois catégories: Blancs, métis et Noirs. Par la suite, une quatrième catégorie, celle des Indiens, allait s'y ajouter. Les mariages interraciaux furent interdits et, la même année, le Group Area Act définit des lieux de résidences obligatoires pour chacun des groupes.
Les successeurs de Malan après 1954, Johannes Strijdom, et surtout Hendrik Verwoerd, Premier ministre de 1958 et 1966, puis Balthazar J.Vorster, chef du gouvernement entre 1966 et 1978, poussèrent la politique d'apartheid à l'extrême. Des bantoustans, régions autonomes habitées par les Bantous, furent créés, par une série de lois adoptées entre 1959 et 1971. L'idée consistait à enfermer les différents groupes bantous derrière des frontières ethniques en grande partie arbitraires, avec l'espoir que le pouvoir accordé aux gouvernements locaux des bantoustans, dont quatre d'entre eux allaient accéder à une indépendance contestée, susciterait des rivalités politiques. La concession de parcelles de territoires (13p.100 de la superficie du pays) aux Noirs, dont la croissance démographique ne laissait pas d'inquiéter la minorité blanche, garantissait théoriquement l'existence de l'État sud-africain blanc.

La question namibienne
L'Union sud-africaine s'était opposée, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à l'Organisation des Nations unies (ONU) qui voulait placer sous son autorité le territoire du Sud-Ouest africain. Le conflit entre l'Afrique du Sud et l'ONU s'accentua lorsqu'une commission spéciale de l'ONU, enquêtant sur la discrimination raciale dans l'Union sud-africaine, demanda à se rendre dans le territoire concerné. Le Premier ministre, Malan, ignora les requêtes répétées de l'ONU. En 1955, tandis que l'apartheid se renforçait, plus de 2000citoyens sud-africains de toutes origines ethniques signèrent publiquement une charte de la Liberté appelant à la formation d'une Afrique du Sud multiraciale, unie et démocratique. Cette charte fut ensuite adoptée comme déclaration fondamentale par l'ANC.
En 1961, l'Union sud-africaine devint la République sud-africaine et sortit du Commonwealth. L'année suivante, la commission d'enquête de l'ONU, enfin autorisée à visiter le pays, rendit des conclusions défavorables au régime sud-africain et demanda à l'ONU de garantir les droits politiques des habitants du territoire du Sud-Ouest africain. En juin 1964, le Conseil de sécurité de l'ONU condamna l'apartheid et ordonna l'étude de sanctions contre l'Afrique du Sud. L'Assemblée générale de l'ONU vota en octobre 1966 pour l'établissement d'un mandat de l'ONU sur le Sud-Ouest africain, renommé Namibie. L'Afrique du Sud, rejettant cette décision, accélérait l'intégration économique du territoire. En juin 1971, la Cour internationale de justice déclara que la présence de l'Afrique du Sud en Namibie était illégale. La tension s'accrut lorsque des combattants de la Swapo (South-West Africa People's Organization, «!Organisation du peuple d'Afrique du Sud-Ouest!»), franchissant la frontière angolaise, multiplièrent les attaques contre les intérêts sud-africains en Namibie. L'Afrique du Sud riposta à ces incursions en renforçant la défense du territoire namibien, en attaquant l'Angola, et en offrant une assistance militaire et financières aux opposants au gouvernement angolais, soutenu par Cuba. Le conflit allait durer jusqu'en décembre 1988, date à laquelle des négociations débouchèrent sur l'indépendance de la Namibie.

La lutte contre l'apartheid
Depuis la création de l'Union sud-africaine, le mouvement de lutte contre l'apartheid, représenté par l'African National Congress (ANC), mais aussi par le South African Communist Party (SACP) et par le South African Indian Congress, avait emprunté la voie de la non-violence, suivant l'exemple donné par Gandhi, fondateur en 1894, du Congrès indien du Natal. Après l'interdiction du parti communiste en 1950, l'ANC, qui intégra les anciens membres du parti dissous, poursuivit son action en ce sens, et tenta de fédérer les différents mouvements. En juin 1952, une impressionnante campagne de désobéissance civile rassembla Noirs et Indiens. Cependant, en 1958, Robert Sobukwe créait le Panafrican Congress (PAC), mouvement radical fermé aux métis et aux Indiens. PAC et ANC rivalisèrent alors pour la conduite du combat contre le régime, tandis que le renforcement de la répression conduisait également à une radicalisation de l'opposition politique.
En mars 1960, la police ayant tiré sur des manifestants défilant à l'appel de l'ANC et de la PAC à Sharpeville, une grève de protestation contre le massacre se transforma en émeutes. L'état d'urgence fut décrété et les deux organisations noires furent interdites. En butte à une répression policière massive, les dirigeants de l'ANC, au premier rang desquels Nelson Mandela, entrèrent dans la clandestinité et choisirent de recourir à la violence. En 1961, Mandela créa l'Umkhonto WeSiswe, bras armé de l'ANC, qu'il lança dans une campagne terroriste. Les attentats de l'ANC, cependant, n'étaient volontairement pas meurtriers, à la différence des actions menées par la PAC.
Cependant, après l'arrestation de Mandela en août 1963 et sa condamnation, en 1964, à la prison à vie, peine également prononcée pour Walter Sisulu et une soixantaine de dirigeants anti-apartheid, les cadres de l'ANC et de la PAC encore en liberté quittèrent massivement le pays. Le combat contre le régime se déplaça à l'étranger.
En 1975, l'Angola et le Mozambique accédèrent à l'indépendance. Ces États, soutenus par l'Union soviétique, aidèrent les organisations opposées au régime sud-africain, qui y établirent des camps d'entraînement à la lutte armée. Le gouvernement sud-africain, isolé face à ces pays dits de la «!ligne de front!», tenta de trouver l'appui des pays occidentaux tout en renforçant, à l'intérieur, la ségrégation.
En juin 1976, la répression policière d'une manifestation des écoliers de Soweto protestant contre l'apprentissage obligatoire de l'afrikaans, marqua le début d'émeutes qui allaient se prolonger jusqu'en février 1977 et provoquer la mort de 575personnes. En septembre, Stephen Biko, fondateur et dirigeant emblématique du mouvement Conscience noire, inspiré du Black Power afro-américain, mourut en prison des tortures infligées par la police. Sa mort et la violence de la répression des émeutes de Soweto étendirent la contestation à l'ensemble du pays, tandis que la communauté internationale condamnait de plus en plus ouvertement le régime sud-africain, engagé dans le conflit angolais. En novembre 1977, le Conseil de sécurité de l'ONU interdit les ventes d'armes à l'Afrique du Sud.

Réforme et résistance
Le Premier ministre Vorster démissionna en 1978. Son successeur, Pieter Willem Botha, tout en poursuivant la politique d'exclusion territoriale des Noirs, mena une politique d'ouverture en direction des métis et des Indiens. Une nouvelle Constitution, entrée en vigueur en 1984, permettait à ceux-ci d'être représentés au Parlement et instaurait un régime présidentiel. Pieter Botha devint président de la République.
L'entrée, sous conditions, des métis et des Indiens dans la vie politique sud-africaine fut ressentie comme une ultime injustice par les Noirs et raviva l'opposition anti-apartheid. Le Front démocratique uni, fédérant près de 700organisations anti-apartheid, lança en septembre 1984 une campagne de manifestations nationales contre le gouvernement, symboliquement placée sous l'égide de l'archevêque anglican Desmond Tutu, auquel allait être décerné le prix Nobel de la paix cette même année. Dans le même temps, le gouvernement était confronté à l'opposition de l'aile droite du Parti national, qui fonda le Parti conservateur, et des ultra-nationalistes du Mouvement de la Résistance afrikaner.
Jusqu'en 1989, le gouvernement de Botha balança entre répression et ouverture, tandis que se poursuivaient les émeutes dans les ghettos. À partir de 1986, au conflit opposant police et armée aux contestataires noirs, s'ajoutèrent les violences meurtrières entre membres de l'Inkatha zoulou et de l'ANC, à dominante xhosa, luttant pour le pouvoir dans une future Afrique multiraciale. Dès août 1985, Botha avait en effet évoqué la naissance d'une société «!post-apartheid!» et supprimé un certain nombre d'éléments du système de ségrégation (passeport intérieur, interdiction des mariages mixtes). Il ne proposait cependant que l'instauration d'entités ethniques autonomes, proches du système des bantoustans, programme auquel était favorable le chef de l'Inkatha, Mangosutu Buthelezi, qui pouvait ainsi continuer d'exercer son pouvoir sur le territoire zoulou. Le Front uni démocratique et l'ANC voulaient la création d'une société multiraciale unie, fondée sur le principe démocratique d'«!un homme, une voie!» et Nelson Mandela refusa les propositions de Pieter Botha de le libérer en contrepartie de l'abandon de la lutte armée par l'ANC.
L'écho rencontré à l'étranger par une campagne anti-apartheid se conjugua avec la transformation des conditions géopolitiques. L'Union soviétique, engagée dans la perestroïka, ne représentant plus une menace pour les pays occidentaux, l'Afrique du Sud perdait son importance géostratégique face à la «!ligne de front!». Dès juillet 1985, la France avait demandé au Conseil de sécurité de l'ONU d'imposer des sanctions économiques à l'Afrique du Sud et avait suspendu ses investissements dans le pays. En octobre 1986, le Congrès des États-Unis vota pour l'application des sanctions économiques. Après la démission de Botha pour raisons de santé en 1989, Frederik W.DeKlerk lança l'Afrique du Sud dans une politique de réconciliation nationale. Il bénéficiait du soutien mesuré du Parti national, qui estimait que l'apartheid était devenu un obstacle au développement économique du pays, confronté à la baisse du cours des métaux précieux.
En février 1990, les organisations anti-apartheid furent légalisées. L'ANC avait renoncé, par la voix de Nelson Mandela, à la lutte armée. Son dirigeant historique fut libéré. Les négociations, ouvertes aux représentants de toutes les communautés sauf à l'extrême droite afrikaner, furent difficiles et interrompues à plusieurs reprises. Un accord fut finalement trouvé le 13novembre 1993, prévoyant l'instauration d'une Afrique du Sud multiraciale, unie et démocratique. Après la victoire de l'ANC et l'élection à la présidence de Mandela en mai 1994, l'Afrique du Sud fut réintégrée au sein du Commonwealth en juin. Une démocratie consensuelle, cogérée de fait par l'ANC et le Parti national, se mit en place. La poursuite des violences entre Zoulous et membres de l'ANC assombrit cependant les premiers mois de la nouvelle Afrique du Sud. Mangosutu Buthelezi, remplacé à l'automne 1994 comme conseiller du roi zoulou Goodwill Zwelithini par le prince Mewayizeni Zulu, membre de l'ANC, fut progressivement marginalisé. Le gouvernement de Mandela a pu dès lors se consacrer à la reconstruction politique, économique et sociale du pays, œuvre de longue haleine.

En 1995, le conflit politique entre l'Inkatha et l'ANC perdure, entraînant le report des élections locales. Les affrontements entre les Vigilantes (la milice de l'Inkatha) et les Comrades de l'ANC entretiennent un climat de violence qui n'a cessé que récemment. La promulgation de la nouvelle Constitution le 10 décembre 1996 par Nelson Mandela joue un rôle important dans l'apaisement de la crise. La Constitution sud-africaine respecte les particularismes et attribue des pouvoirs importants aux assemblées provinciales, ce qui satisfait les demandes du président de l'Inkatha Buthelezi, dont l'organisation est majoritaire au KwaZulu-Natal. Au mois d'août 1997, Frederik De Klerk a démissionne de son poste de chef du Parti national. Au mois de décembre, Nelson Mandela quitte ses fonctions au sein de l'ANC et Thabo Mbeki lui succède devenant le candidat de l'ANC à l'élection présidentielle de 1999. Jacob Zuma, le leader du mouvement dans le Kwazulu-Natal, est élu à la vice-présidence du mouvement. En 1998, le pouvoir est soumis à la pression des Noirs impatients de voir aboutir des réformes et une certaine tension raciale se manifeste.

L'accession au pouvoir de la majorité noire s'accompagne d'une campagne visant à intégrer des adversaires d'hier, en faisant notamment la lumière sur les crimes commis dans les deux camps durant l'apartheid à travers les auditions d'une Commission vérité et réconciliation (TRC) mise place en 1995. Toutefois, si l'égalité politique entre les différentes composantes du «peuple arc-en-ciel» est maintenant inscrite dans la Constitution, les inégalités sociales persistent. Une nouvelle loi sur l'éducation obligeant les lycées à accueillir les élèves noirs est votée en 1996, mais les différences sociales créent des tensions raciales entre élèves. Par ailleurs, l'armée est profondément rééquilibrée avec la nomination, en 1998, d'un nouveau chef noir chargé de l'intégration d'anciens combattants de l'ANC aux forces régulières. La volonté gouvernementale de corriger les maux de l'apartheid en faveur des Noirs par l'établissement de quotas raciaux dans les établissements publics inspirés de l'affirmative action américaine (discrimination positive), est critiquée par les Blancs.

Près d'une décennie après le démantèlement de l'apartheid, les plus démunis manifestent leur impatience et prêtent une oreille attentive aux formations plus à gauche que l'ANC qui fédèrent de nombreuses tendances (des libéraux au parti communiste). Devant l'orientation libérale de Thabo Mbeki, les syndicats, réunis au sein du COSATU, reprennent leur autonomie, tandis que le PAC, vieil adversaire activiste de l'ANC, compte bien cristalliser les mécontentements. Le conflit entre l'ANC et l'Inkatha s'atténue après l'effacement de M. Buthelezi, mais l'insécurité croissante causée par le banditisme dans les cités et les campagne fait naître des mouvements locaux d'auto-défense, en particulier celui du Peuple contre le gangstérisme et la drogue (PAGAD) pris en main par un mouvement islamiste du Cap, auteur de manifestations violentes.
Les élections parlementaires du 2 juin 1999 confirment la domination de l'ANC dans la vie politique sud-africaine (66,3 p. 100 des suffrages grâce à un taux de participation de 90 p. 100). L'ANC obtient ainsi une majorité de 266 sièges sur 400 au Parlement qui élit, le 14 juin, le nouveau président de la République sud-africaine, Thabo Mbeki. Le nouveau président insiste sur l'urgence d'accélérer les réformes, de réduire les inégalités raciales et de lutter contre la corruption et la criminalité.
La puissance économique de l'Afrique du Sud se manifeste également dans le domaine militaire par l'organisation de manœuvres impliquant tous les pays de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), et devant déboucher sur la constitution d'une force de paix interafricaine. En 1998, l'intervention au Lesotho, aux côtés du Botswana, suscite la crainte chez certains de ses voisins (Angola, Namibie, Zimbabwe), partisans du régime de Laurent-Désiré Kabila (République démocratique du Congo), auxquels le pays s'oppose sur le plan diplomatique, de voir l'Afrique du Sud devenir un nouveau gendarme régional.

Le Congrès national africain (ANC) a obtenu, le 2 juin 1999, une large majorité aux deuxièmes élections multiraciales en Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid. Avec 66,3 p. 100 des voix aux élections législatives (266 sièges au Parlement sur 400), le parti au pouvoir devance le Parti démocratique (DP) qui recueille 9,5 p. 100 des voix (38 sièges) et l'ex-parti dirigeant à l'époque de l'apartheid, le Parti national (NP), qui n'obtient que 6,9 p. 100 des suffrages et 28 sièges. L'Inkatha (IFP), parti zoulou de Mangosuthu Buthelezi, contrôlera, avec 8,5 p. 100 des voix, 34 sièges dans le futur Parlement. Ces élections ont mobilisé près de 90 p. 100 des électeurs inscrits.
À l'issue des élections provinciales, qui se sont déroulées le même jour, l'ANC remporte la majorité des suffrages dans sept provinces sur neuf mais, malgré une progression, n'obtient pas suffisamment de voix pour diriger seul les provinces du Cap-Occidental, traditionnellement contrôlée par le NP, et du Kwazulu-Natal, où l'Inkatha devance l'ANC.
Le Parlement nouvellement élu a nommé, le 14 juin, Thabo Mbeki, président de l'ANC, à la tête de l'État pour remplacer Nelson Mandela. Thabo Mbeki a reconduit la coalition gouvernementale avec l'Inkatha, ce qui assure au gouvernement l'appui de 75 p. 100 des députés au Parlement.
 

GROS PLAN SUR Mandela, Nelson (1918- )
Mandela, figure symbolique de la lutte contre l'apartheid, premier président noir de la république d'Afrique du Sud depuis 1994.
Petit-fils du chef xhosa Ngubengcuka, fils du principal conseiller du chef suprême des Thembous, Nelson Mandela naquit dans le Transkei au sein de l'élite bantoue d'Afrique du Sud. Étudiant en droit à l'université de Fort Hare, il fit son apprentissage politique avec Oliver Tambo. Tous deux furent expulsés de l'université en 1940, pour avoir participé à une grève étudiante. Mandela quitta alors le Transkei, fuyant notamment le mariage auquel la coutume le destinait et devint policier dans une mine de Johannesburg, où il rencontra Walter Sisulu. En 1944, ayant rejoint le Congrès national africain (ANC), principal mouvement nationaliste noir, il fonda, avec Sisulu et Tambo, une ligue de la jeunesse (Youth League), s'adressant aux jeunes ouvriers. En 1945, les dirigeants de la Youth League prirent la tête de l'ANC, jusqu'alors dominé par une bourgeoisie modérée.
Devenu secrétaire national de la Youth League en 1948, Mandela accueillit au sein de l'ANC le parti communiste. En 1952, à l'occasion de la première campagne de désobéissance civile, il se fit l'avocat d'une action unifiée des communautés noires et métisses contre la politique d'exclusion raciale menée par le gouvernement. En décembre de cette même année, Nelson Mandela, qui avait accédé à la présidence de la Youth League et venait de fonder, avec Tambo, le premier cabinet d'avocats noirs du pays, fut arrêté. Accusé d'avoir enfreint la loi, récente, sur la suppression du communisme, il échappa à l'emprisonnement, mais il lui fut interdit d'assister à des réunions politiques et de quitter le district de Johannesburg, pour une durée de neuf ans. Mandela poursuivit pourtant ses activités au sein de l'ANC et fut à l'origine du plan préparant l'action clandestine des différentes branches de l'ANC, scindées en comités restreints. En décembre 1956, il était à nouveau poursuivi en justice, accusé, ainsi que 155autres personnes, de trahison. Le procès, qui devait durer quatre ans, allait aboutir à l'acquittement.
Le massacre de Sharpeville -la mort de 67manifestants anti-apartheid sous les tirs de la police- et l'interdiction de l'ANC en 1960, puis la violente répression par le gouvernement d'une grève générale l'année suivante conduisirent Nelson Mandela, passé en mars 1961 à la clandestinité, à abandonner l'action non violente. En juin 1961 était créé l'Umkhonto weSize («!lance de la nation!»), branche militaire de l'ANC dont Mandela devint le commandant en chef. En janvier 1962, celui-ci quitta clandestinement l'Afrique du Sud pour participer à une conférence panafricaine, réunie en Éthiopie. Il se rendit ensuite en Algérie, où il fut formé au combat, et enfin à Londres où il rencontra les dirigeants de l'opposition travailliste. Mandela était désormais connu de la communauté internationale.
De retour en Afrique du Sud, il fut arrêté le 5août 1962, accusé d'incitation à la révolte, de sortie illégale du pays et condamné à cinq ans de prison. Après l'arrestation, l'année suivante, des principaux dirigeants du mouvement nationaliste noir, Mandela comparut au procès de Rivonia, sous le chef d'inculpation de haute trahison. D'octobre 1963 à juin 1964, il plaida pour lui et ses coinculpés, contre l'apartheid. Tous furent condamnés à la prison à perpétuité. Mandela devait passer dix-huit années à Robben Island avant son transfert vers la prison de Pollsmoor, à Cape Town, en 1982, alors qu'une campagne pour sa libération, organisée par Winnie Mandela, qu'il avait épousée en 1962, trouvait un écho international. Mandela refusa toute libération conditionnelle. Le gouvernement du président Frederik DeKlerk libéra sans condition le chef historique de l'ANC en février 1990, après avoir levé les interdictions qui pesaient sur l'organisation ainsi que sur les autres partis politiques proscrits.
Mandela, à la tête de l'ANC désormais légal, conduisit les négociations avec le gouvernement de 1990 à 1994. Le contexte était cependant difficile. Si en août 1990, Mandela avait, au nom de l'ANC, suspendu la lutte armée en contrepartie de l'organisation d'élections multiraciales, l'Afrique du Sud était en proie à une violence croissante. Mandela était confronté à l'opposition meurtrière entre l'ANC et l'Inkhata de Mangosutu Buthelezi, aux attentats des extrémistes blancs contre les dirigeants noirs, et devaient composer avec les radicaux de son mouvement, menés par son épouse Winnie, dont il se sépara en 1992.
En 1991, le gouvernement abrogeait l'ultime loi fondant l'apartheid. Mandela reçut, en 1993, le prix Nobel de la paix, partagé avec Frederik DeKlerk, pour leurs efforts à l'établissement de la démocratie et d'une harmonie raciale en Afrique du Sud. En mai 1994, après la victoire de l'ANC aux premières élections multiraciales, il devint le premier président noir d'Afrique du Sud.
                                                
Source :
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