
L'AGRICULTURE A L'AUBE DES INDEPENDANCES
Données générales : (1983)
La population rurale représente
en Afrique plus de 75% de la population totale, alors que dans l'ensemble
du monde elle n'en représente que 60%. Prévisions pour l'an
2000 : 37,7% de la population africaine vivra dans les villes contre 49,9%
pour l'ensemble du monde et 69% dans les pays «développés».
Le continent africain détient
97% des réserves mondiales de chrome, 85% des réserves mondiales
de platine, 64% des réserves de manganèse, 25% des réserves
d'uranium, 13% des réserves de cuivre, d'importantes réserves
de bauxite et de nickel, 20% des réserves mondiales commercialisés
proviennent d'Afrique.
L'Afrique produit 70% de la production
mondiale de cacao, 30% de la production mondiale de café et 50%
de la production mondiale d'huile de palme...malgré ces richesses,
l'économie est sous-développée : faibles niveaux de
productivité, infrastructure industrielle fragmentée et limitée,
économie tributaire de la gamme des produits d'exportations primaires....
LES INDEPENDANCES :
Les jeunes Etats indépendants
se heurtaient à des structures désarticulées d'économies
sous-développées selon un modèle colonial hérité
à productiion extravertie face à un marché intérieur
très étroit.
Les indépendances intervinrent
dans une conjoncture défavorable de ralentissement sensible des
prix des matières premières d'exportation, source majeure
des revenus des jeunes Etats. Ceci aboutit à une situation de détérioration
nette : ressources publiques et dépenses d'investissement s'en trouvèrent
amputées d'autant alors que s'accélèraient un boom
démographique sans précédent. L'évolution du
PIB par tête ne pouvait que s'en ressentir.
Dans une première phase,
les transferts de pouvoir économique s'opérèrent sans
traumatisme apparent. Le fait majeur fut la diversification croissante
des relations dans le cadre de la CEE. A l'origine, à l'occasion
du Traité de Rome (1957), ce fut une initiative française.
La France imposa l'ouverture du Marché commun dans son ensemble
aux domaines coloniaux français et belges.
Plutôt qu'une volonté
de décolonisation, il s'agissait d'un acte politique dont l'ojectif
était d'abord d'être favorable à l'Europe en lui assurant
une fourniture complémentaire de matières premières
en cette fin de période de pénurie d'après-guerre.
Le système allait constituer un mécanisme souple, favorable
aux glissements des liens coloniaux étroits vers un réseau
de relations multilatérales. Le préambule affirme «la
solidarité qui lie l'Europe et les pays d'outre-mer» et la
volonté des Etats «d'assurer le développement de leur
prospérité». On pose ainsi les jalons d'un Marché
commun africain reposant sur un tryptique : l'ouverture progressive des
marchés des pays africains «associés» aux exportations
de tous les Etats membres de la CEE, sans discrimination; l'ouverture des
marchés de la CEE aux produits des pays associés sous un
régime spécial préférentiel; et l'établissement
d'un programme d'investissements économiques et sociaux dans les
pays d'outre-mer, finançé par le Fonds européen de
développement outre-mer.
Les acquis furent cependant plutôt
de principe que vraiment réels : l'ouverture à l'ensemble
de l'Europe fut lente mais la diversification des marchés était
devenu possible.
Au tournant des années 60,
personne, à commencer par les nouveaux Etats, qui se contentèrent
d'affirmer leur adhésion aux engagements que la métropole
avait pris en leur nom, ne remit en question l'acquis des relations multilatérales
privilégiées.
L'objectif, pour les Etats africains,
était de renégocier des avantages au moins égaux à
ceux garantis par le Traité de Rome; il s'agissait, pour eux, de
se faire aider par la CEE dans la transformation de leur économie,
notamment dans le domaine industriel. Ils voulaient obtenir un programme
de stabilisation des prix des produits d'exportation. Mais l'Europe, désormais
reconstruite et assurée d'avoir élaborée son autosuffisance,
n'était guère désireuse d'accorder de nouveaux avantages.
Elle n'accepta que des tarifs préférentiels sur les produits
tropicaux, sans vouloir pour autant se fermer aux marchés asiatiques
et américain (concurrence réelle pour les produits d'exportation
africains).
Les accords de Lomé marquèrent
le tournant majeur de la politique européenne : de 18 Etats, les
partenaires passèrent à 46 puis à 70 (17 francophones,
21 du Commonwealth). Dès lors, le problème déborda
le seul cas des anciennes métropoles. On créa en 1975 la
STABEX, destinée à réguler les cours des produits
surtout agricoles puis en 1980, la SYSMIN fut à son tour crée;
elle devait, en principe, jouer un rôle du même ordre pour
les produits miniers (régulation des prix).
DEPENDANCE EXCESSIVE :
Plus que jamais, la caractéristique
majeure de l'Afrique contemporaine est sa dépendance vis à
vis de l'Occident. Cette dépendance est due à la misère,
bien sûr, mais aussi au passé colonial récent, qui
a entrainé une mouvance très privilégiée vis
à vis des anciennes métropoles. Cette dépendance est
assurément le fait de l'Occident, mais c'est aussi un fait interne,
accepté, intériorisé et ceci car, cuturellement, le
modèle de référence reste le modèle européen.
Le modèle occidental de développement
économique et social est présenté comme la seule explication
positive du dynamisme historique universel : la clé de voûte
est l'idée du progrès mais identifié de façon
réductrice au seul progrès scientifique et technique; le
développement se réduit à la modernisation, c'est
à dire à une intégration toujours plus forte au marché
occidental.
En découle le modèle
de la réussite économique, de même que celui de l'analyse
des classes sociales : les marxistes révolutionnaires locaux (que
leur formation occidentale a orienté vers le modèle soviétique)
sont désarçonnés par la difficulté de promouvoir
la thèse de la prééminence de la classe ouvrière
dans des pays où elle n'existait guère. Seule la Tanzanie
a cherché à définir idéologiquement un socialisme
enraciné dans les valeurs et les potentialités autochtones.
Cette dépendance entraîne
une autre caractéristique commune à l'ensemble des pays et
des peuples d'Afrique noire : une distorsion sociale profonde entre la
masse et l'élite. Celle-ci (5 pour cent seulement de la population
en moyenne) aspire au niveau de vie occidentale. Or, c'est justement ce
modèle de consommation (au moins quatre fois plus élevé
que pour le citoyen de base) que l'arrière pays est incapable de
supporter. La condition même de l'intégration de la minorité
privilégiée dans le système mondial implique la marginalisation
des masses sous la forme d'un sous-prolétariat rural ou urbain ;
au lieu de mettre l'accent, dans un marché intérieur très
étroit, sur la diffusion de biens de consommation très bon
marché, les coûts de la minorité sociale imposent l'extraversion
du commerce et réduisent l'économie à un appendice
subalterne du marché international.
Dans ces conditions, les injections
de capitaux et les transferts de technologie se font surtout au profit
de certaines oligarchies nationales ou des firmes multinationales. Ainsi,
la GECAMINES du Zaïre, qui contrôle en principe le cuivre et
les autres métaux non ferreux, leader nationale pour l'apport de
devises et de recettes fiscales a, en fait, sous-traité le travail
et la commercialisation du cuivre à deux firmes contrôlées
par la société générale de Belgique. Les grandes
banques, maîtresse des investissements extérieurs en liaison
avec les départements financiers et diplomatiques des états
du nord, ont pour motivation essentielle le profit de leurs opérations.
Le fait marquant est la baisse continue
de l'épargne. Le déficit des opérations courantes
combinée à la faiblesse du flux des investissements étrangers
rend impératif le recours à l'emprunt : celui-ci aggrave
le problème du service de la dette.
Par ailleurs, le clientélisme
et la corruption engendrent souvent des systèmes d'exploitation
patrimoniale de l'état au profit des dirigeants.
AGRICULTURE
La distorsion la plus analysée dans les cultures africaines est la tendance a privilégier excessivement les exportations. La préférence accordée aux cultures d'exportation a parfois abouti à des économies "du dessert et de la boisson" fondées sur la culture de produits comme le thé, le café, le sucre et le cacao pour les fabricants de desserts du monde occidental, alors que les Africains eux-mêmes manquent de denrées de base comme les céréales, la viande et les tubercules. Cette distorsion date de l'époque coloniale mais elle a persisté ensuite, notamment car il fallait des devises pour importer d'autres produits. Dans le pire des cas, l'Afrique produit ce qu'elle ne consomme pas et consomme ce qu'elle ne produit par. Dans le secteur agricole, cette généralisation n'est pas entièrement exacte puisque le continent produit une bonne partie des aliments qu'il consomme (mais non la totalité).
PERVERSIONS HERITEES DE L'AGRICULTURE COLONIALE
- Les villes reçoivent une
part plus importante des recettes de l'état que les campagnes. Les
gouvernements africains subventionnent le consommateur urbain plutôt
que le cultivateur. Les subventions alimentaires ont tendance à
pénaliser les agriculteurs et avantager les consommateurs.
- En développant le système
éducatif, les colons ont encouragé les paysans a venir dans
les villes. L'éducation est sensée libérer du travail
manuel et notamment agricole. Certains des meilleurs esprits africains
ont été systématiquement soustraits à l'effort
de production rurale : les Africains instruits nés dans les visages
étaient irrésistiblement attirés par le mirage de
la vie urbaine. C'est ainsi que l'école a été enrôlé
dans la lutte contre l'agriculture africaine. C'est un des aspects les
plus pernicieux du parti pris urbain dans le développement de l'Afrique.
Un exemple : l'accord entre le Canada
et la Tanzanie portant sur la culture du blé avec des moyens ultramodernes
(non loin des neiges du pic Uhuru), ceci afin de produire d'impressionnantes
quantités de blé, destiné aux lointains consommateurs
des villes du pays. Dans cette partie de la Tanzanie, l'homme ne vivait
pas du tout de pain :. de ce fait, cette culture a chassé les pasteurs
barabeg vers des pâturages de qualité inférieur et
la culture de blé a entraîné une érosion catastrophique
du sol.
- En ce qui concerne l'agriculture,
les organismes semi-publics ont paradoxalement prospéré à
la fois sous les bureaucraties coloniales et dans le contexte des expériences
post- coloniales, socialistes ou autres. Le cultivateur fait les frais
de la bureaucratisation excessive de l'agriculture. C'est lui qui subventionne
la bureaucratie, à l'inverse de ce qui se passe en Europe, où
il est subventionné par l'état. Les organismes semi-publics
pléthoriques ont réduit sa marge bénéficiaire
et risquent fort de le demotiver.
- Traditionnellement, l'agrculture
africaine était en grande partie l'affaire des femmes. L'influence
coloniale n'a pas mis un terme à la prépondérance
numérique des femmes mais elle a contribué à les marginaliser.
Dans le cadre traditionnel, les femmes jouaient un rôle considérable
dans la fixation de la valeur des produits. Ce dernier facteur a été
bouleversé par les transformations coloniales, en particulier à
cause des offices de commercialisation, dont le personnel est en grande
majorité masculin. Les organismes qui jouent le rôle d'intermédiaire
entre le producteur et le consommateur est le domaine réservé
des hommes, qui ont marginalisé l'apport des femmes dans la fixation
du prix des produits agricoles. D'autres facteurs peuvent être mentionnés
: l'internationalisation des économies africaines (l'établissement
des contacts avec les acheteurs lointains était fait au sein de
Conseils d'administrations, composés d'hommes), la nécessité
du recours au crédit pour acheter semences, engrais... (le développement
du crédit a souvent accru le rôle des hommes).
Le développement des cultures
de rapport a renforcé le parti pris masculin dans l'agrculture africaine.
Dans le cadre des cultures vivrières traditionnelles, les femmes
étaient beaucoup plus consultées qu'elles ne le sont quand
il s'agit de cultures de rapport (tabac, sucre, latex...). Les fonctions
de production, de transformation, de fixation des prix et d'exportation
des cultures de rapports sont devenues essentiellement masculines.
Telles sont donc quatre des principales perversions que le colonialisme a légué à l'agriculture africaine et aux modèles de développement africain.
L'AGRICULTURE DEPUIS L'INDEPENDANCE
La proportion de la population active
des pays africains qui se consacre à l'agriculture de subsistance
(culture et élevage), à l'agriculture de rapport ou au deux,
varie entre 65 et 95%. Au moins 80 pour cent des quelque 500 millions d'africains
vivent de l'agriculture.
À la fin de l'époque
coloniale, il existait un grand nombre de coopératives de commercialisation
de services et de crédit qui se chargeait de regrouper et d'écouler
la production des petits paysans.
Depuis l'indépendance,
les gouvernements et les sociétés publiques interviennent,
dans de nombreuses régions d'Afrique, dans le développement
de l'agriculture suivant des principes capitalistes modernes (parfois selon
des principes socialistes) et les coopératives gérées
par l'état se sont partout multipliées. De nouveaux programmes
de mise en valeur ont été mis sur pied pour stimuler la transformation
de l'agriculture et le développement rural. Ils varient cependant
beaucoup sur le plan de l'ampleur des méthodes, des objectifs et
des résultats.
Par exemple, la Tanzanie a lancé
la politique de l'ujamaa, visant à regrouper en villages la population
rurale dispersée afin de rendre les services agricoles et autres,
facilement accessibles aux paysans dans le cadre d'une organisation collective.
L'Égypte s'était lancée
dans la construction du barrage d'Assouan, qui a triplé la superficie
des terres arables, autorisé la culture irriguée tout au
long de l'année et permis l'établissement de 180000 pêcheurs
et paysans.
Aux premiers temps de l'indépendance,
le modèle du moshav israélien fournissant des services centralisés
de culture, de commercislisation et d'aide sociale à de petites
exploitations individuelles inspira fréquemment la mise en valeur
agricole de l'Afrique de l'Est et de l'Ouest.
Plusieurs pays ont bâti des
plans d'exploitation mécanisée pour étendre les surfaces
cultivées et accroître la productivité. Au Nigeria
occidental, des programmes facilitant l'installation des agriculteurs ont
été mis en oeuvre pour contracarrer la migration vers les
villes des jeunes quittant l'école, tandis qu'au Kenya, le programme
Million Acre visait à redistribuer les exploitations des Européens
à des agriculteurs africains sans terre. A partir des années
70, une multtude de programmes de développement rural intégré
visant à combattre la pauvreté ont été mis
en oeuvre dans toutes l'Afrique; ils portent notamment sur des ouvrages
d'irrigation, le développement de l'élevage, la conservation
des sols et de l'eau, le crédit, le développement de l'infrastructure
et ont tous pour objectif d'accroître la production agricole et les
revenus ruraux et de réduire la pauvreté de la population
rurale en termes absolus aussi bien que relatifs (tous ces programmes ont
été mis en oeuvre avec l'assistance de la Banque Mondiale
et autres organismes de développement).
Le système de commercialisation
des produits agricoles et les prix proposés aux paysans sur les
principaux marchés, qui déterminent leurs revenus et par
conséquent en partie leur niveau de vie, sont les manifestations
les plus évidentes du double caractère, à la fois
colonial et néocolonial, de l'agriculture et du développement
rural en Afrique.
A la suite de l'indépendance
politique, les gouvernements africains centralisateurs, qui ont mené
une politique d'industrialisation axée sur la substitution des importations
et la création d'industries locales, notamment pour la transformation
des produits alimentaires, sont intervenus systématiquement sur
le marché des produits agricoles, qu'ils s'agisse aussi bien des
cultures d'exportation que des denrées alimentaires de base destinées
à la consommation intérieure.
Parmi les objectifs officiels de
l'intervention de l'Etat, figurent la stabilisation des prix à la
production, et donc la stabilisation des revenus des agriculteurs, et l'utilisation
des excédents au bénéfice des communautés agrcicoles
ainsi que le développement général des pays africains.
La commercialisation demeure en
effet en Afrique l'un des principaux goulets d'étranglement du développement
de l'agriculture.
Le problème de la commercialisation
tient en partie à l'héritage colonial : les ministères
de l'agriculture, les offices et autres organismes de commercialisation
crées avant l'indépendance s'employaient avant tout à
favoriser les cultures d'exportation destinées aux marchés
extérieurs. En conséquence, dans la majorité des pays
africains le gros des revenus monétaires du secteur commercial de
l'économie en est venu à dépendre des conditions de
l'offre et de la demande sur les marchés des pays industrialisés,
ainsi que de prix fixés officiellement et réglementés.
Mis à part les effets des
mesures officielles de contrôle, la structure de la commercialisation
héritée de la période coloniale et les prix sont influençés
par plusieurs autres facteurs : la médiocrité des infrastructures
(problème de transport : utilisation de moyens de transport non
modernes : pirogues, dos de chameau, charettes à bras...) et des
conditions de stockage, des techniques agricoles, des installations de
transformation et de conditionnement; le caractère limité
des possibilités d'accès au crédit et au capital;
les rendements bas et incertains des agricultures; l'insuffisance de l'information
sur le marché et les prix, jointe à la médiocrité
des moyens de communication, de vulgarisation et autres réseaux
institutionnels.
La plupart des institutions et des
infrastructures héritées de la période coloniale ont
été crées pour faciliter le commerce colonial d'exportation
et d'importation, c'est à dire pour relier aux ports les zones de
plantation et de cultures marchandes et permettre aux biens de consommation
manufacturés d'arriver dans ces zones pour y être vendus.
En 1957, un quart de toutes les exportations de l'Afrique tropicale provenait
de régions situées à moins de 160Km de la côte.
Le cadre institutionnel et les infrastructures
n'ont donc pas été conçus pour faciliter la vente
des bins de production locale sur le marché intérieur : on
n'a pas cosntruit de réseaux routiers durables permettant le transport
vers les marchés des centres urbains; de plus, il n'existe souvent
pas de moyens de stockage permettant d'assurer la conservation des denrées
alimentaires en transit, si bien qu'uen forte proportion des excédents
est forcément perdue. La FAO évalue à 10% les pertes
postérieures à la récolte pour les productions céréalières
et les situe entre 30 et 50% pour les fruits et les légumes..!!
Les produits qui atteignent le marché urbain ont donc tendance à
se vendre relativement cher malgré le contrôle des prix, ce
qui contribue à augmenter le coût de la vie dans les villes.
Dans de nombreux pays africains,
les problèmes que posent, tant au producteur qu'au consommateur,
l'instabilité des marchés et la fluctuation des prix des
denrées alimentaires de base existent en dépit et, même,
à cause de la sévérité du contrôle exercé
par les pouvoirs publics sur le commerce des produits alimentaires, mesure
sensée stabiliser et uniformisé les prix. De faibles prix
à la production, obtenue par l'intervention du gouvernement, et
les incertitudes pesant sur ces prix obligent souvent les paysans à
produire avant tout pour subvenir à leurs besoins ; cette situation
contribue à détourner les jeunes qui quittent l'école
de l'agriculture, surtout en Afrique de l'Ouest, ce qui ne fait qu'accroître
la pénurie de main-d'oeuvre dans ce secteur.
De plus en plus, le petit exploitant
africain travaille à la fois pour l'exportation, pour les marchés
intérieurs (marchés périphériques, villes minières,
marchés urbains) et pour subvenir à ses propres besoins,
cette dernière production constituant l'élément dominant
dans de nombreux pays du continent. Ainsi s'explique en partie les modifications
intervenues dans le volume de l'offre intérieure de produits alimentaires.
Les offices de commercialisation
ont accumulé d'importants bénéfices en raison d'une
forte demande mondiale et des prix élevés des produits de
base, notamment à la fin des années 40 et dans les années
cinquante. Entre 1941 et 1962, les excédents des offices de commercialisation
et le prélèvement de fortes taxes à l'exportation
ont entraîné pour les producteurs une perte d'au moins 700
millions de livres sterling. Ces droits qui frappaient essentiellement
les petits exploitants représentaient en moyenne entre le tiers
et la moitié de la valeur commerciale de la production. Les offices
de commercialisation, dans l'Afrique coloniale et postcoloniale, imposaient
lourdement les cultures de rapports, ce qui a freiné l'expansion
de ses cultures, l'accumulation du capital privé et le développement
d'une paysannerie prospère et d'une classe moyenne indépendante.
Les excédents de la balance commerciale de l'Ouganda et l'Afrique
de l'ouest étant détenu en livres sterling pendant la période
coloniale, il s'opérait en fait un transfert forcé de ressources
des colonies à la métropole. Après l'indépendance,
les sommes considérables qui affluèrent dans les caisses
des gouvernements africains et des organismes qui en dépendaient
grâce au monopole d'État sur les exportations favorisèrent
la corruption généralisée de la classe politique et
de l'administration, dans la mesure ou elles servirent à promouvoir
un développement national qui privilégiait le secteur urbain
et parce que leur contrôle devint l'un des grands enjeux de la lutte
pour le pouvoir, comme le montre clairement l'exemple l'Afrique de l'ouest.
Outre leur intervention dans la
commercialisation des cultures d'exportation, les gouvernements africains
sont intervenus directement dans celle des denrées alimentaires
de base, ce qui entraînera des répercussions profondes sur
les ventes de denrées d'exportation et de produits alimentaires
dans l'Afrique indépendante. Dans un certain nombre de pays (le
Ghana, la Zambie, la Tanzanie, le Kenya par exemple), le rôle joué
par l'état dans la commercialisation des denrées alimentaires
s'est beaucoup renforcé. Ainsi, entre 1971 et 1976, le gouvernement
de Tanzanie, par le truchement de ses offices de commercialisation en position
de monopole, offrait aux paysans, pour les principales céréales,
des prix d'achat représentant entre un cinquième et la moitié
des cours pratiqués sur le marché mondial. Ces agences gouvernementales
de commercialisation, qui opèrent légalement, achètent
les produits agricoles à des prix officiellement fixés au-dessous
des prix du marché et les écoulent en ville par l'intermédiaire
de points de vente ou les prix sont contrôlés. Dans plusieurs
pays d'Afrique, de nombreux produits agricoles sont soumis à un
contrôle officiel des prix.
Pour maintenir à un faible
niveau les prix à la consommation des produits alimentaires sur
les marchés urbains, les organismes de commercialisation importent
des produits alimentaires, ce qui équivaut à susciter une
concurrence avec les producteurs locaux sur le marché urbain et,
par conséquent, a abaissé les prix payés aux et agriculteurs,
politique qui tend à aggraver la pauvreté de la population
rurale. Les importations sont subventionnées par des taux de change
surévalués qui abaissent les prix apparents des denrées
importer, en particulier lorsque le prix intérieur est supérieur
au cours pratiqué sur le marché mondial. Les prix des denrées
alimentaires de base étant subventionnés par l'état,
les importations de ces denrées représentent de plus en plus,
depuis 1970, un poste essentiel de la balance des paiements dans plusieurs
pays d'Afrique. Les travailleurs urbains, organisés et militants,
ayant montré qu'ils étaient capables de renverser des gouvernements
africains par des manifestations et des émeutes déclenchées
contre les prix trop élevés des denrées alimentaires
et le coût de la vie en général, les gouvernements
ont tout intérêt à maintenir les prix aussi bas que
possible, malgré les effets négatifs du contrôle officiel
des prix et bien que l'encadrement des opérations d'achat, de vente
et de distribution se soit révélé onéreux et
dans l'ensemble peu efficace.
Les politiques officiels menés
en matière de prix alimentaires ont eu notamment pour résultat
: une chute de la production intérieure de denrées alimentaires
; l'augmentation et l'expansion du commerce illicite et de la contrebande
qui permettent aux producteurs d'échapper ou de faire pièce
au monopole de l'état en matière de commercialisation et
de tenter d'accroître leur bénéfice, même si
l'état subventionne fortement les facteurs de production, engrais,
semences, équipements mécaniques, et les crédits alloués
aux agriculteurs. La contrebande dont font l'objet les produits des cultures
vivrières comme ceux des cultures d'exportation (prix aussi fixés
par le offices de commercialisation) à destination des pays voisins
où ils se vendent à meilleur prix est telle que dans certains
pays la police des frontières et les patrouilles de gardes-frontières
ne peuvent s'y opposer.
Citant l'exemple du cacao, de la
noix de kola et des denrées alimentaires qui, régulièrement,
quittent illicitement le Ghana à destination de la Côte d'Ivoire
et du Togo, celui des cultures vivrières et de rapport dont la contrebande
est permanente entre la Guinée et la Sierra-Leone, le Nigeria et
le Bénin, ou encore la Tanzanie, la Zambie et le Kenya.
La commercialisation des produits
alimentaires posent encore d'autres problèmes spécifiques
:
elle est caractérisée
par un grand nombre d'acheteurs et de vendeurs, reliés entre eux
par une foule d'intermédiaires dans un système très
complexe de distribution et d'arbitrage. Sans parler des producteurs qui
souvent vendent directement aux consommateurs à la ferme ou au bord
des routes, au moins 6 catégories de distributeurs ont été
identifiées en Afrique : les intermédiaires auprès
des producteurs, les agents non mandatés, les agents des coopératives,
les grossites et les détaillants. Tous effectuent des opérations
de commercialisation.
Il faut noter que le gros de la
production alimentaire commercialisée en Afrique est distribuée
par des circuits non officiels.
Les contraintes écologiques
expliquent en grande partie les résultats médiocres de l'agriculture
africaine et l'aggravation de la pauvreté observée dans les
campagnes entre 1960 et 1980 sont pour l'essentiel les suivantes : sécheresses
cycliques, progression du désert, dégradation des sols et
destruction de la couverture forestière.
Par ailleurs, de nombreuses contraintes
sociales ont pesé sur la production agricole : migration massive
de la main d'oeuvre masculine adulte qui quitte les zones rurales pour
aller travailler en ville dans l'industrie et les services, d'où
le caractère incertain et les fluctuations de l'offre de main d'oeuvre
agricole; un système éducatif qui encourage les jeunes à
rechercher des emplois non agricoles; les valeurs, croyances et façon
culturelle traditionnelles; les coutumes en matière d'utilisation
des terres et de régime foncier; la rapidité de la croissance
démographique et le besoin de terres qui se fait sentir en conséquence;
l'instabilité économique et les troubles internes. Ainsi,
pendant les années 1970, le nombre de réfugiés, pour
la plupart agriculteurs et pasteurs, fuyant au delà des frontières
guerres de libération, coups d'Etats ou guerres civiles, est passé
de 750 000 à plus de 5 millions...!!
Entre 1960 et 1980, la population
d'Afrique tropicale a augmenté de 63%, passant au total de 344 millions
d'habitants. Au cours des années 70, le taux moyen de croissance
démographique était de 2,7% par an pour l'ensemble de l'Afrique.
Cette croissance est intervenue surtout dans les zones rurales, d'où
une utilisation excessive des sols dans certaines régions
du Kenya, de l'Ethiopie, du Rwanda, de la Tanzanie....
Pour la période 1960-1980,
la production agricole par rapport à la population dans 35 pays
africains situés dans diverses zones écologiques et climatiques,
le tableau obtenu est très contrasté : une poignée
de pays telle que le Swaziland, la Côte d'Ivoire, le Cameroun, le
Burundi, le Rwanda et le Malawi ont considérablement augmenté
leur poduction agricole totale que leur production vivrière par
habitant; un certain nombre d'entre eux, comme le Botswana ou le Soudan,
on réussi à faire croître leur production plus vite
que leur population; et la grande majorité des pays africains troèicaux,
tels que le Ghana, le Nigeria, le Congo, le Tchad et la Tanzanie, ont vu
leur production agricole stagner ou même décroître.
Pour certans pays africains, tels
que le Mali, le Sénégal, la Gambie, le Burkina-Faso, le Niger...,
la nouvelle crise agraire, conjuguée à des sécheresses
imprévues se succédant à intervalles rapprochés
de 1968 à 1974 et en 1977-78, explique en grande partie la baisse
du taux de croissance de la production agricole, la stagnation des exportations
agricoles et de la part de plusieurs produits dans le commerce mondial,
la croissance rapide des importations commerciale de céréales
alimentaires (blé et riz) ainsi que de l'accroissement de l'aide
alimentaire et de la dépendance vis à vis de cette aide..
Il faut aussi savoir que la plupart
des sols africains sont de faible épaisseur, délicats, pauvres
en matières organiques et peu fertiles; aussi doivent-ils être
travaillés avec précaution. Selon certains spécialistes,
l'introduction des techniques modernes de l'agriculture à l'époque
coloniale et pendant la période post-coloniale aurait accéléré,
plutôt que retardé, surtout dans les régions tropicales
humides, la destruction de l'environnement et la désertification.
On estime qu'environ 55% du territoire
africain est menacé par la progression du désert et que 45%
de ce territoire est exposé à de terribles sécheresses.
Ainsi, plus de la moitié du continent et environ un quart de sa
population, surtout dans les zones rurales, sont menaçés.
Environ 10 millions de Km2 dans un total de 21 pays sont impropres à
l'élevage car infestés de mouches tsé-tsé...!!
La plupart des agriculteurs africains
pratiquent les cultures pluviales (hormis dans les domaines européens
et les grandes exploitations modernes). Malheureusement, le continent africain
ne reçoit que peu de pluies : environ un tiers du continent reçoit
moins de 25 millimètres de pluie par an. Les régions bien
arrosées ne représentent que 25% de l'Afrique tropicale.
Il faut ajouter que la généralisation de l'agriculture sédentaire, en partie encouragé par le développement des cultures de rapports destinés à l'exportation, a accentué la concurrence entre pasteurs et agriculteurs sédentaires qui se sont toujours disputés la terre et l'eau, avec pour résultat de resserrer davantage encore les pasteurs et leurs troupeaux dans des zones de plus en plus restreintes du Sahel. Les usages traditionnels offraient autrefois à la population la faculté, indispensable à sa survie, de se déplacer ou de vendre le bétail excédentaire en fonction de la pluviosité. Cette faculté tendant à disparaître, le pastoralisme régresse. Par ailleurs l'aménagement, entre 1960 et 1980, par divers organismes nationaux et internationaux, d'un nombre croissant de points d'eau sur les terres à pâturage a entraîner, surtout en Afrique de l'ouest, le surpâturage, le piétinement généralisé des sols et leur érosion.
Contraintes sociales pesant sur la production
Au nombre des principales contraintes qui gênent la production agricole en Afrique se trouvent les façons culturales des paysans africains. En Afrique du nord, la pratique traditionnelle des cultures sèches associés au labour profond, avec emploi fréquent de la charrue à disque, le recours systématique à la jachère, qui occupe de 40 à 50 pour cent des terres arables pendant une période de quinze à dix-huit mois, a tendance à entraîner la dégradation de la composition des sols et de mauvais rendement. Dans une grande partie de l'Afrique, le morcellement et la petite dimension des exploitations, conjugués aux particularités du régime foncier, ont rendu à peu près impossible l'application, là où elles seraient utiles, de méthodes améliorées qui permettraient d'accroître la productivité.
La propriété communautaire
ou familiale tant de la terre que du bétail entrave l'amélioration
des méthodes de gestion du cheptel et des terres. Elle empêche,
par exemple, la sélection des espèces et rend assez difficile
la lutte contre les maladies. L'attitude des Africains à l'égard
du bétail est souvent citée comme facteur de faible productivité.
De nombreuses communautés continuent à attacher plus de prix
à la quantité qu'à la qualité de leurs bêtes.
Un vaste troupeau réhausse le statut social, le prestige et la fortune
et permet de payer le prix de l'épouse. Dans une bonne partie du
continent, et particulièrement en Afrique de l'ouest, l'emprise
de l'échange marchand sur l'agriculture a modifié ou fait
disparaître le régime foncier purement communautaire. Malgré
ces avantages, la forme dominante de l'agriculture en Afrique tropicale,
cultures itinérantes et rotation des jachères arbustives
perd son efficacité, en particulier dans les régions où
la densité de la population dépasse le seuil de 60 habitants
au kilomètre carré de terre utilisable. À ce niveau
critique, il est difficile de conserver au sol toute sa fertilité
parce que les temps de jachère sont raccourcis, ce qui réduit
la possibilité d'accroître la productivité. La réduction
des jachères ajoutée à l'intensification de l'exploitation
de la terre est en train de conduire un épuisement rapide des sols
et à des rendements de plus en plus faibles dans de nombreuses régions
d'Afrique. En outre, là où la terre est propriété
communautaire et ne peut être cédée que par le chef
local, situation habituelle dans de nombreuses parties de l'Afrique tropicale,
l'acquisition d'un terrain peut s'avérer difficile pour qui n'appartiennent
pas à la bonne lignée. Cette condition suffit à empêcher
l'exploitation d'une terre et inutilisée ou inhabitée lorsque
l'exploitant potentiel est un étranger ou qu'il vient de l'extérieur.
La pénétration capitaliste
et la production marchande ont à la fois donné naissance
à un groupe, peu nombreux mais en pleine expansion, de capitalistes
ruraux et engendrés un processus de prolétarisation rurale
dans les campagnes africaines. En Afrique centrale et méridionale,
la nécessité de disposer d'une main-d'oeuvre suffisamment
importante pour assurer l'expansion des mines, des grands domaines agricoles
et des plantations a inspiré une législation foncière,
fiscal et du travail qui a créé et institutionnalisé
un vaste prolétariat rural paupérisé et mal payé
d'ouvriers agricoles, de fermiers et de travailleurs saisonniers migrants
pour la plupart sans terre.. En Afrique de l'ouest et dans certaines parties
de l'Afrique de l'est, le développement d'une culture tournée
vers l'exportation, notamment du cacao, du café et du thé,
a longtemps favorisé de façon analogue la formation d'une
main-d'oeuvre agricole salarié, saisonnière et migrante.
Au Nigeria, les enclaves d'exploitation pétrolière ont attiré
les paysans des villages environnants, les incitant à abandonner
leurs terres pour des emplois de journaliers non spécialisée
ou semi-spécialisée dans l'industrie.
Dans les régions où
ont prévalu des formes semi-féodales d'occupation ou de propriété
de la terre, certaines parties de l'Afrique du nord, de l'est et de l'ouest
à l'exception de l'Ethiopie d'après la révolution,
la production marchande a transformé du jour au lendemain de puissants
propriétaires terriens en riches capitalistes fonciers utilisant
leur influence et leurs relations politiques pour déposséder
de leur terre les pauvres fermiers et métayers couverts de dettes
et sans défense, ce qui créa une classe nombreuses de travailleurs
agricoles sans terre et exploités. La production de cultures de
haut rapport et la migration de main d'oeuvre masculine, caractéristiques
dominantes de la pénétration capitaliste, ont eu des répercussions
profondes et négatives sur la division sexuelle du travail agricole
et ont gravement sapé l'économie domestique traditionnelle
dans laquelle les hommes et les femmes se partageaient les tâches,
sutout dans l'est et le sud de l'Afrique.
Cette évolution fait exagérément
peser sur les femmes le fardeau de la production agricole.
Depuis l'indépendance, les
Etats africains, de tendance socialiste et non socialiste, se sont lançés,
dans le cadre de leurs plans nationaux de développement et en coopération
avec des institutions internationales (FAO, Banque Mondiale...) et des
Etats étrangers, dans la mise en oeuvre d'une série de projets
de développement rurale et agricole. L'aide étrangère,
sous forme d'investissements de capitaux et de conseils, a joué
un très grand rôle dans la mise en oeuvre de ces changements
planifiés de l'agriculture et du milieu rural. Dans l'ensemble,
le crédit agricole et l'aide institutionnelle sont allés
en grande partie aux cultures d'exportation, et l'assistance des institutions
internationales et des pouvoirs publics, sous forme de facteurs de production,
de crédits et de services de commercialisation, a bénéficié
pour l'essentiel à un petit nombre de riches paysans et de grands
exploitants agricoles qui étaient déja privilégiés.
Certains pays, comme l'Algérie,
le Maroc, l'Ethiopie, l'Egypte, la Tanzanie et le Zimbabwe, ont adopté
des mesures visant à réduire ou éliminer les injustices
et l'exploitation dans les zones rurales : socialisation de l'agriculture
(Tanzanie, Mozambique, Ethiopie, Algérie, Ghana), modification du
régime foncier, redistribution des terres, abolition du métayage
et de la grande propriété terrienne, extinction de la dette
rurale et autres mesures (Maroc, Algérie, Tunisie, Ethiopie, Egypte,
Kenya).
Dans beaucoup de pays, les entreprises
agricoles se sont effondrées (comme au Ghana), l'agriculture socialisées
s'est soldée par un désastre économique (Tanzanie,
Ghana, Mozambique), les coopératives ont pâti de la bureaucratie
ou de l'intervention excessive de l'Etat et, dans bien des régions,
la production des petits exploitants a diminué. Dans des pays comme
l'Ethiopie, l'Erythrée, le Mozambique et l'Angola, les guerres civiles
continuent de faire rage, empêchant les paysans de cultiver la terre
et sapant tout espoir d'accroître l'autosuffisance alimentaire et
de soulager la faim ou la famine des masses rurales dans un avenir immédiat.
Les diverses mesures de politique agricole conçues par les autorités
africaines et les institutions internationales pour améliorer l'agriculture
et le bien-être de la population rurale sont motivés par le
souci d'exercer un contrôle sur la productivité des paysans
et de faire commercialiser leurs excédents par de puissants groupes
et organismes privilégiés, publics et privés.
Les caractéristiques des
particuliers et des puissants groupes privilégiés qui dominent
l'Afrique rural diffèrent selon les pays, qu'il s'agisse des origines
sociales, des revenus, du niveau de vie, de la dimension de l'exploitation
agricole, du volume et du rendement des récoltes annuelles....
Partout la classe rurale pratiquant
l'agriculture commerciale est hétérogène, hétérogénéité
parfois très marquée dans certains pays (notamment le Ghana,
le Nigeria, la Côte d'Ivoire, l'Ouganda, le Kenya). Cependant, à
travers toute l'Afrique, deux grandes classes rurales sont nettement discernées
: il s'agit des agriculteurs et éleveurs aisés ou riche,
qui constituent la classe exploitante, et des agriculteurs et pasteurs
pauvres, qui forment les classes exploitées. Les agriculteurs riches
sont notamment les grands propriétaires terriens et exploitants
de cultures de rapport (cacao, cafés et thé), parmi lesquels
se trouvent parfois de hauts fonctionnaires, des militaires de haut rang
et des hommes d'affaires pouvant obtenir du crédit et, donc, des
capitaux investis, ou encore des commerçants, des chefs traditionnels
et des chefs religieux ayant aisément accès aux nouvelles
techniques, au crédit et au service, et connaissant bien les milieux
dirigeants régionaux et nationaux.
Les agriculteurs et les pasteurs
pauvres peuvent être métayers, fermiers débiteurs des
agriculteurs riches ou ouvriers agricoles sans terres. D'après une
enquête rurale intégrée effectuée par le gouvernement
du Kenya en 1977, par exemple, plus de 40 pour cent des familles de petits
exploitants agricoles du pays avait des revenus à peine suffisants
pour subvenir à leurs besoins essentiels. Le gouvernement dû
reconnaître que le développement économique ne profitait
pas à tous et il a identifié cinq groupes devant faire l'objet
d'une attention particulière, parmi les petits agriculteurs et pasteurs,
les paysans sans terres et les squatters, notamment, soit un tiers de la
population du Kenya.
Dans la plupart des pays africains,
les revenus renouveaux demeure et effroyables m'en faible et la qualité
de la vie et très médiocre : 21 pour cent seulement de la
population, par exemple, est correctement alimenté en eau potable
et 28% peut se débarrasser dans de bonnes conditions des ordures
ménagères. De nombreuses études dans plusieurs pays
montrent que des disparités de classe et de revenus s'aggravent.
En Zambie, de la moitié aux deux tiers des foyers ruraux ont des
revenus sic inférieurs au salaire officiel que la malnutrition et
la famine saisonnière mission une peur constante et une réalité
trop fréquente.70 africains sur centre ville dans la pauvreté
ou l'indifférence.
Dans toute l'Afrique rurale, l'exploitation
du paysan et de criantes inégalités de classe se perpétuent,
aggravées par la récession mondiale et la crise pétrolière
des années 70, par le déclin des cours mondiaux des produits
de base, les problèmes de devises des états africains, les
catastrophes naturelles et l'instabilité politique. Améliorer
le sort des ruraux exige l'instauration d'un nouvel ordre économique
international et une nouvelle répartition du pouvoir qui permettrait
aux masses rurales d'exercer un contrôle réel sur les décisions
influant sur leurs moyens d'existence et leur situation socio-économique.
CONCLUSION
Les causes du véritable effondrement
à la fin des années 60 et dans les années 70 et 80,
particulièremtn en Afrique tropicale, du secteur agricole - secteur
qui fait vivre en viron 80% de la population africaine et qui constitue
la principale sources de devises et de recettes de la majorité des
produits africains - sont : la récession mondiale, profonde et prolongée,
et l'inflation importée; la torpeur de la demande mondiale qui en
a résulté et la chute des cours de la plupart des produits
primaires d'exportation; les mouvements défavorables des taux de
change; l'alourdissement du fardeau de la dette; le déclin des subventions
aux cultures d'exportation dans les principales puissances (industrielles)
commerçantes; les restrictions visant les importations de denrées
agrcioles et autres produits à forte densité de main d'eouvre
en provenance des pays africains. Tout cela a été amplifié
par la dépendance excessive des économies africaines à
l'égard des monocultures axées sur l'étranger.
Le taux annuel de la croissance
de la production agricole en Afrique est tombé de 2,7% dans les
années 60 à 1,3% dans les années 70, alors que le
taux de croissance démographique augmentait. La production vivrière,
qui avait légèrement augmenté dans les années
60, a ensuite diminué de 1,1% dans les anneés 70.
Les institutions - Banque Mondiale,
GATT, CNUCED,STABEX... - mis en place dans le cadre de la Convention de
Lomé (1975) par la Communauté Economique Européenne
et 46 pays d'Afrique (ainsi que les Caraïbes et Pacifique) ont été
mis en place pour réglementer les commerce des produits primaires
(GATT) oun pour fournir sous diverses formes une aide économique
extérieure aux pays pauvres. Cette aide est apportée soit
directement par la Banque Mondiale et le FMI (prêts à long
et court termes) soit indirectement en accroissant leurs parts de marchés
pour certains produits....ou encore en en assurant leur participation à
des accords sur les produits négociés périodiquement
pour attribuer à chacun des signataires une part du marché
et stabiliser les fluctuations des prix ou fixer des prix moyens plus élevés
que ceux qui résulteraient du libre jeu des forces du marché;
en organisant un système de préférences douanières
dans un marché en expansion, comme le fait la CNUCED pour promouvoir
la production manufactirière des pays en développement....
Toutes ces mesures visent à
soulager quelque peu mais non à guérir les maux du producteur
du Tiers-Monde qui continuent de pâtir durement des fluctuations
cycliques qui affectent les économies des pays industrialisés.
Elles visent donc à perpétuer le néocolonialisme en
payant les pays exportateurs de matières premières pour qu'ils
continuent à exporter des matières premières au lieu
de s'efforcer de se suffire à eux-mêmes.
On estime que les producteurs du
Tiers-Monde n'obtiennent pas plus de 15% de la valeur de leurs exportations
de produits primaires aux prix actuellement payés par les consommateurs,
les pays industrialisés. Tant que ces producteurs, les pays africains
figurant parmi les plus pauvres d'entre eux, accepteront les prix au lieu
de les fixer (la fixation des prix étant le privilège des
nations consommatrices), tant qu'ils ne joueront pratiquement aucun rôle
dans la transformation, le transport et la commercialisation, opération
monopolisée par les grandes entreprises transnationales des pays
industriels, tant qu'ils subiront le préjudice des mesures de protection
prises par les pays industrialisés en contravention directe avec
les règles du Gatt, autrement dit tant que l'ancien ordre économique
internationale survivra sous sa forme présente, les pays du Tiers-Monde
et, en particulier, et les pays africains, ne peuvent guère espérer
échapper à leur pauvreté.
Ainsi, d'après les estimations
de la Banque mondiale, si les grands pays industrialisés, notamment
les 24 pays membres de l'OCDE qui constituent les principaux marchés
d'exportation des pays africains, supprimaient tous les obstacles tarifaires
et non tarifaires aux importations en provenance des pays en développement,
ces derniers pourraient accroître de quelque 33 milliards de dollars
leurs recettes en devises. C'est en tenant compte de ces éléments
qu'il faut évaluer et appuyer les revendications des pays du Tiers-Monde
visant à instaurer d'urgence un nouvel ordre économique international
qui restructurerait le commerce, la production, le système monétaire,
la répartition des excédents et le processus de prise des
décisions pour en finir avec ces discriminations et les injustices
grossières dont ils souffrent.
On sait que les termes actuels du
commerce international tendent à se détériorer pour
les exportateurs, notamment africains, de matières premières
et de produits agricoles, au bénéfice des exportateurs d'articles
manufacturés, autrement dit au détriment des pays pauvres
et en faveur des pays riches. Pour que cessent ces excès, les pays
du tiers monde demandent la stabilisation et le relèvement des cours
internationaux des produits primaires qu'ils exportent, soit au moyen d'accords
internationaux sur les produits plus équitables et plus complets,
soit, si nécessaire, par l'utilisation de moyens de pression que
fournissent les produits eux-mêmes.
Par ailleurs, les gouvernements
africains devraient avoir le courage de mettre en oeuvre un programme d'action
visant à assurer une répartition équitable des revenus
pour la population rurale pauvre et une réduction importante, sinon
l'élimination totale, des différences de plus en plus flagrantes
de revenus et du niveau de vie entre riches et pauvres dans les régions
rurales. Pour cela, il faudrait que, pendant les prochaines décennies,
le courant des investissements soient inversés au profit des zones
rurales pour les doter d'industries rurales, de services de santé,
d'une infrastructure routière praticable en toutes saisons et pour
y améliorer les conditions d'hygiène. Il faudrait garantir
aux paysans pauvres l'accès au crédit et à de nouvelles
techniques de culture adaptés à leurs besoins. Ce ne serait
là, après tout, qu'à juste retour des choses puisque
l'on consacrerait à ces tâches une fraction des sommes énormes
que le FISC prélève sur les masses rurales.
Bibliographie générale :
- Histoire générale de l'Afrique par l'UNESCO

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier