
Algérie, officiellement République algérienne démocratique et populaire, État du Maghreb, bordé au nord par la mer Méditerranée, à l'est par la Tunisie et la Libye, au sud-est par le Niger, au sud-ouest par le Mali et la Mauritanie, à l'ouest par le Maroc, et notamment le Sahara-Occidental. Deuxième pays d'Afrique par sa superficie - 2 381 741 km², dont les quatre cinquièmes sont occupés par le Sahara -, l'Algérie a pour capitale Alger.
Relief et hydrographie
L'Algérie comprend deux grands
ensembles géographiques : les chaînes de l'Atlas, au
nord, et le Sahara, au sud. Entre les massifs de l'Atlas tellien, ou Tell
algérien (Kabylie, Mascara, Ouarsenis, Saïda, Tlemcen, etc.),
s'insèrent des plaines étroites et discontinues en bordure
d'une côte très découpée qui s'étire
sur près de 1 000 km.
À l'intérieur des
terres, le long des oueds côtiers, s'étendent de nombreuses
vallées fertiles : la vallée du Chéliff, irriguée
par le cours d'eau du même nom, le plus long d'Algérie (725
km); la Mitidja, une plaine de subsidence séparée de la mer
par les collines du Sahel d'Alger. À l'est, les fonds de vallées
forment des plaines comme la Soummam et la plaine alluviale d'Annaba, d'une
importance économique comparable à celle de la Mitidja. Ces
régions regroupent l'essentiel des terres arables. Il n'existe aucun
oued permanent au sud du Tell, où les hauts plateaux semi-arides
(Sétif, Constantine) sont parsemés de dépressions
désertiques et de lacs salés marécageux, les chotts
(Chergui, Hodna).
L'Atlas saharien est constitué de montagnes très anciennes, datant de l'Éocène. Fragmentées d'ouest en est par l'érosion, ces chaînes montagneuses (monts des Ksour, djebel Amour, monts des Ouled Naïl, Mzab, djebel Aurès) abritent des oasis aux pieds de leurs contreforts. L'Atlas domine la grande étendue du Sahara algérien. Les altitudes n'y dépassent pas 2 000 m, hormis dans les régions frontalières du Maroc (djebel Aïssa, 2 236 m). À l'est, les altitudes sont plus élevées, notamment dans le massif des Aurès, dont les sommets dominent à l'ouest la cuvette du Hodna et au sud la dépression des grands chotts.
Au sud de l'Atlas tellien, l'ensemble
des Hautes Plaines offre un paysage de steppes unique : à l'ouest,
elles s'étirent sur près de 500 km sur une largeur de
100 à 200 km; à l'est, elles s'étendent sur près
de 200 km, et en raison d'un relief plus élevé (800
à 1 000 m) on parle de Hauts Plateaux. C'est une région
de transition vouée à une économie pastorale semi-nomade;
l'élevage des ovins y est la principale activité.
Le Sahara algérien s'oppose
par tout un ensemble de caractères à l'Algérie maghrébine.
Du point de vue de la structure géologique, il appartient au vieux
socle africain; ce socle de roches précambriennes a été
nivelé au cours des millénaires, et la mer recouvrait une
grande partie du Sahara dès la fin du Précambrien, au Secondaire
et encore au Tertiaire. Ces transgressions marines expliquent en partie
l'aspect du Sahara; le socle cristallin n'affleure que dans les massifs
montagneux comme le Hoggar ou l'Atakor, la mer ayant déposé
sur presque tout le socle un lourd manteau de sédiments : schistes
et grès du Primaire, calcaires, grès et argiles au Secondaire,
sédiments néogènes dans le nord, arrachés à
l'Atlas au Tertiaire.
Conséquences de cette formation, trois types de paysage dominent : les hamadas, plateaux de dalles rocheuses; les regs, grandes étendues de graviers et de cailloux; les ergs, immenses étendues de dunes de sables, nés de l'érosion et accumulés par les vents. L'épaisseur des sédiments a permis la formation des structures pétrolifères qui font de la région un pôle économique stratégique. Cette histoire géologique complexe explique l'altitude généralement basse du Sahara (moins de 500 m en moyenne) : le Grand Erg oriental et le Grand Erg occidental se composent d'immenses dunes de sable et de zones pierreuses; au sud du plateau du Tademaït (762 m), immense hamada de dalles rocheuses, on trouve le plateau gréseux du Tassili et enfin, le massif du Hoggar, où culmine le mont Tahat (2 918 m), le point le plus élevé du pays.
Climat
Au nord, le climat est typiquement
méditerranéen. Les étés sont chauds et secs,
les hivers doux et humides (400 mm à 1 000 mm de
pluie par an). Les températures moyennes (25°C en août
et 12°C en janvier à Alger) varient en fonction de l'altitude.
En été, le sirocco, un vent extrêmement chaud et sec,
souffle du Sahara. Sur les Hauts Plateaux et dans l'Atlas saharien, les
précipitations sont peu abondantes (200 mm à 400 mm
par an). Dans le Sahara, elles sont inférieures à 130 mm
par an. L'amplitude thermique y est très importante (de 49°C
le jour à moins de 10°C la nuit). L'aridité du climat
est accentuée par des vents de sable parfois très violents
(simoun).
Végétation et faune
Les sols du nord de l'Algérie
souffrent depuis plusieurs siècles des pratiques de cultures intensives,
du déboisement et du surpâturage. La forêt reste encore
vivace dans certaines parties du Tell et de l'Atlas saharien. Les principales
essences y sont les pins, les cèdres de l'Atlas et plusieurs variétés
de chênes, dont le chêne-liège. Les versants inférieurs
sont dénudés ou recouverts de garrigue (genévriers
et arbustes divers). La région des Hauts Plateaux est une zone de
steppe semi-aride où poussent notamment l'alfa (graminée)
et des herbes propices au pâturage. Au Sahara, la flore est très
clairsemée (plantes herbacées, acacias, jujubiers), voire
absente.
La plupart des régions sont
peuplées d'animaux nécrophages (chacals, hyènes et
vautours). On rencontre en plus petit nombre des antilopes, des gazelles,
des lièvres et des reptiles.
Démographie
En 1998, l'Algérie comptait
30,5 millions d'habitants, soit 12,8 habitants au km². Cependant,
ce chiffre reflète mal une répartition inégale :
on estime que 96 p. 100 de la population vit sur 17 p. 100
du territoire, essentiellement dans le nord du pays.
La population algérienne
a plus que doublé depuis les années soixante. Toutefois,
son taux de croissance annuel moyen diminue lentement : il est passé
dans cette même période de 3,2 p. 100 à 2,18 p. 100
(estimation 1997). La baisse sensible de la fécondité (3,38 enfants
par femme en 1998, contre 7,4 en 1970) est en partie imputable au recul
de l'âge du mariage et à l'amélioration du niveau d'instruction
des filles, en hausse constante jusqu'en 1992. La population de l'Algérie
est jeune : pour la période 1995-2000, on estime à 39 p. 100
de la population totale la part des moins de 15 ans, à 3,8 p. 100,
celle des individus âgés de 65 ans et plus. L'espérance
moyenne de vie est de 68,9 ans.
La population de l'Algérie
se compose en majorité d'Arabes (82 p. 100); elle compte
aussi une très forte minorité berbère (Kabyles, Chaouïas,
Zénètes; 17 p. 100). Avant l'indépendance,
près de 150 000 juifs vivaient en Algérie, parfois
de souche très ancienne. Presque tous ont quitté le pays
en même temps que les colons européens (environ 1 million
de personnes), essentiellement des Français. La proportion de résidents
étrangers n'a cessé de décroître depuis les
événements du début des années quatre-vingt-dix :
en 1986, on recensait encore près de 52 000 Français
en Algérie; ils étaient environ 24 500 en 1992 et étaient
estimés à 8 300 (dont les trois quarts possèdent
la double nationalité) en 1996.
Il existe une importante communauté algérienne à l'étranger (1,8 million de personnes en 1995), dont la plus nombreuse se trouve en France, où les Algériens émigrèrent massivement, notamment à partir des années cinquante : on y compte 700 000 ressortissants algériens et plus d'un million de binationaux.
Découpage administratif
et villes principales
Sur le plan administratif, l'Algérie
comprend 48 wilayas, divisées en 160 dairates (sous-préfectures)
et 1 541 communes.
En 1970, les Algériens étaient
près de 60 p. 100 à vivre hors des villes. Le rapport
s'est depuis inversé, avec un exode rural important qui a joué
un rôle essentiel dans le développement de la crise sociale,
politique et économique que connaît l'Algérie. Cette
désarticulation de la société traditionnelle n'est
pas étrangère à la facilité avec laquelle les
mouvements islamistes ont pu s'implanter. En 1997, 57 p. 100
de la population algérienne résidait en milieu urbain. La
capitale, Alger, premier port maritime du pays, est passée de 1,48 million
d'habitants en 1987 à 3,80 en 1996. Oran, sur la côte ouest,
est un pôle commercial et portuaire important (590 000 habitants
en 1987). À l'est, Constantine est la capitale d'une région
productrice de bestiaux et de blé (438 000 habitants en
1987).
Institutions et vie politique
À partir de 1962, le Front
de libération nationale (FLN), qui a mené la longue guerre
d'indépendance algérienne, domine le paysage politique national
. Le parti unique qui jouit, au lendemain de la guerre d'Algérie,
d'une légitimité, intérieure autant qu'extérieure,
incarnée par les «héros de l'indépendance»,
monopolise la représentation nationale. Il règne sans partage
sur l'Assemblée nationale populaire, dont la dernière élection
se tient en 1987, et contrôle l'ensemble des rouages du pouvoir,
ce qui n'exclut pas de nombreuses dissensions internes.
En 1989, l'Algérie opte pour le multipartisme, consacré par une nouvelle Constitution, laquelle limite également le mandat présidentiel à cinq ans. En juin 1990, les premières élections municipales démocratiques donnent la majorité au principal parti d'opposition, le Front islamique du salut (FIS). En décembre 1991, le premier tour des élections législatives confirme l'avantage du FIS, sur le point d'obtenir la majorité au Parlement. L'armée refuse la victoire d'un parti confessionnel, prônant la dissolution de la nation algérienne dans la oumma (communauté politique musulmane) et hostile à la laïcisation et à l'occidentalisation de la société algérienne. Le président Chadli Bendjedid est déposé le 11 janvier 1992 par un coup d'État militaire; le second tour des législatives est annulé. Le Parlement et la Constitution sont suspendus et le FIS dissous. Le 16 janvier, Mohamed Boudiaf, l'un des dirigeants historiques du FLN, en exil au Maroc, est porté à la tête d'un Haut Conseil de sécurité. Il est assassiné le 29 juin.
Le 2 juillet 1992, une présidence
collégiale, le Haut Comité d'État (HCE), sous la direction
d'Ali Kafi, est mise en place. Les Premiers ministres successifs (Belaïd
Abdesselam, le père de l'industrialisation algérienne, Redha
Malek, Mokdad Sifi) mènent une politique de répression anti-islamiste
systématique. Les dirigeants du FIS, Abassi Madani et Ali Benhadj,
sont emprisonnés. Les éléments les plus radicaux de
la mouvance islamique (constitués en Groupes islamiques armés,
GIA) répliquent par le recours au terrorisme et engagent la lutte
armée contre les autorités. Le pays plonge dans la guerre
civile.
Désigné le 31 janvier
1994 président par intérim, Liamine Zéroual annonce,
au début de l'année 1995, la tenue d'une élection
présidentielle, excluant le FIS, pour le mois de novembre suivant.
Sept partis politiques, dont le FLN, le Front des forces socialistes (FFS)
dirigé par Hocine Aït Ahmed, le Mouvement pour la démocratie
en Algérie d'Ahmed Ben Bella, le RCD de Saïd Saadi, et l'ex-FIS,
répliquent en signant à Rome une «plate-forme pour
une solution politique et pacifique de la crise algérienne».
Ce texte, conçu comme un contrat national, condamne l'utilisation
de la violence comme instrument d'accession ou de maintien au pouvoir,
prône le respect de l'alternance politique issue des urnes et consacre
le multipartisme. Il est rejeté par Liamine Zéroual, que
les élections du 16 novembre 1995, boycottées par le
FLN, le FFS et le FIS, confirment à la tête de l'État.
En novembre 1996,une nouvelle Constitution
approuvée par référendum est mise en place. Les élections
législatives du 5 juin 1997 sont remportées par le Rassemblement
national démocratique (RND), parti créé quatre mois
avant le scrutin pour soutenir le président Zéroual. Elles
permettent l'entrée massive de l'opposition au Parlement, le RND
n'ayant obtenu que 155 sièges sur 380, ce qui le contraint
à composer avec le Mouvement de la société pour la
paix (ex-Hamas, mouvement islamiste modéré), qui a remporté
69 sièges, et avec le FLN (64 sièges) et le mouvement
islamiste Ennahda, «Renaissance» (34 sièges).
En juillet 1997, Zéroual
libère, après six ans de détention, l'ancien leader
du FIS, Abbassi Madani, néanmoins remis en résidence surveillée
en septembre 1997. La désignation par le président du tiers
des représentants du Conseil de la nation et l'élection du
25 décembre 1997 assurent au RND le contrôle de 80 des
96 sièges qui composent le Conseil de la nation, la Chambre
haute du Parlement.
En septembre 1998, une forte opposition
de la haute hiérarchie militaire aboutit à l'annonce par
Liamine Zeroual de son départ du pouvoir en février 1999,
démission anticipée suivie un mois plus tard de celle de
son conseiller et du ministre de la Justice. Lors des élections
du 15 avril 1999, dénonçant les «fraudes massives»,
les six candidats de l'opposition se retirent à la veille du scrutin,
laissant seul en lice Abdelaziz Bouteflika, qui est élu.
Bouteflika organise un référendum
sur la «concorde civile» visant à instaurer une mesure
d'amnistie pour les islamistes n'ayant pas commis de crimes de sang. Le
19 septembre 1999, le oui remporte une victoire écrasante (98,6 p. 100
des suffrages exprimés). L'amnistie, limitée au 13 janvier
2000, n'a pas obtenu le résultat escompté (un millier de
repentis seulement). Ahmed Benbitour a été nommé Premier
ministre en décembre 1999.
Organisation des pouvoirs
Selon la Charte nationale de 1976,
l'Algérie est une république démocratique et populaire,
qui repose sur un régime présidentiel. La révision
de la Constitution opérée en 1989 a aboli les références
au socialisme, la notion de parti unique, et a établi la séparation
des pouvoirs, limité le rôle de l'armée et introduit
le multipartisme. En novembre 1996, une réforme constitutionnelle,
approuvée par référendum, a interdit les partis religieux,
linguistiques et régionalistes, consacré l'islam comme religion
d'État et renforcé le pouvoir présidentiel. Cependant,
les résultats du référendum ont été
contestés par l'opposition et par les journalistes algériens.
Le pouvoir exécutif appartient
au président de la République, élu au suffrage universel
pour un mandat de cinq ans et rééligible. Prévu par
la Constitution de 1989, le Haut Conseil de sécurité (HCS),
organe consultatif du gouvernement, regroupe autour du chef de l'État,
le président de l'Assemblée nationale, le Premier ministre,
les ministres de la Défense, des Affaires étrangères,
de l'Intérieur, de la Justice, de l'Économie, et les chefs
d'états-majors de l'armée, soit 11 membres au total.
Un Conseil consultatif national
de 60 membres a remplacé en 1992 l'Assemblée nationale
populaire (430 membres).
Partis politiques
Alors que le Front islamique du
salut (FIS) a été dissous et interdit par le pouvoir en mars
1992, plusieurs partis et groupements armés se réclament
de l'islamisme : le Mouvement pour la société islamique,
parti MSI-Hamas, fondé en 1990 par le cheikh Mahfoud Nahnah, dirigeant
officiel de la branche algérienne des Frères musulmans, de
tendance modérée; le Mouvement de la Nahda (Renaissance islamique),
fondé en 1990 par Abdallah Djaballah. Une autre tendance de l'islamisme
est celle de la Djaz'ara (algérianiste), des nationalistes ralliés
au FIS en juin 1990. Le Front des forces socialistes (FFS) d'Hocine Aït
Ahmed, le Mouvement pour la démocratie en Algérie d'Ahmed
Ben Bella, le RCD de Saïd Saadi, l'Ettahadi (ex-Parti communiste),
le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) constituent
les principaux partis d'opposition laïcs face au FLN. Le Rassemblement
national démocratique (RND) a été créé
quatre mois avant les élections législatives du 5 juin
1997 pour soutenir Zéroual.
Défense nationale
En 1997, les forces armées
algériennes regroupaient 105 000 hommes dans l'armée
de terre, 10 000 dans l'aviation, 7 000 dans la marine. L'État
a consacré 4,6 p. 100 du produit intérieur brut
(PIB) aux dépenses de la défense nationale.
Les groupes armés
À l'exception de la Kabylie,
la carte des actions terroristes et des maquis se superpose en partie à
celle de la guerre d'Algérie, notamment l'Algérois, la Mitidja,
ainsi que le Nord-Constantinois. Les principaux mouvements armés
sont l'AIS (Armée islamique du salut), la branche armée du
FIS fondée en juillet 1994, qui regrouperait 4 000 à
5 000 maquisards, et dont les actions ont été volontairement
passées sous silence par le gouvernement algérien, alors
qu'elles seraient au moins dix fois supérieures en nombre à
celles du GIA.
Le GIA (Groupe islamique armé)
recrute essentiellement parmi les masses périurbaines, la jeunesse
désœuvrée et pratique un terrorisme qui a pris la forme de
massacres collectifs. Il est probablement infiltré par les services
spéciaux algériens. L'AEI, l'Armée de l'État
islamique, regrouperait surtout des déserteurs de l'armée
algérienne. Les groupes armés ont aujourd'hui cessé
toutes les opérations contre les installations pétrolières.
Autour de ces mouvements gravitent des petits groupes plus ou moins contrôlés
qui agissent ponctuellement.
Langues et religions
L'arabe est la langue officielle
parlée par plus de 75 p. 100 de la population, mais le
berbère est également répandu. La première
loi de généralisation de l'arabe date de 1990. Elle stipule
que tous les actes officiels doivent être rédigés en
arabe. Ce vote ayant provoqué de violentes manifestations à
Alger en faveur de la démocratisation et de la défense du
berbère (tamazight), son adoption fut reportée sur l'initiative
de Mohamed Boudiaf. La nouvelle Constitution de 1994 confirma l'arabisation
votée quatre ans plus tôt, mais reconnut la spécificité
berbère à côté de l'arabité et de l'islamité.
En 1996, une nouvelle loi fut votée en faveur de la généralisation
de l'arabe, mais en raison des oppositions, son application, reportée
à juillet 1998, fut repoussée, pour l'enseignement supérieur,
au 5 juillet 2000. Le français, longtemps enseigné dès
l'école primaire, est lu et parlé par de nombreux Algériens.
Il a cependant été supprimé dans l'enseignement secondaire
en 1989, avec la disparition du baccalauréat bilingue arabe-français.
La Charte nationale de 1976 a proclamé
l'islam religion d'État. La très grande majorité des
Algériens sont musulmans sunnites, pour la plupart de rite malékite.
Éducation
Le système éducatif
algérien a longtemps été cité en exemple dans
les pays anciennement colonisés et contribuait à maintenir
le sentiment d'appartenance nationale. Depuis 1962, la scolarité
est gratuite et obligatoire pour les enfants de six à seize ans,
qui suivent un cycle dit «fondamental» de neuf ans (six ans
d'école élémentaire, trois ans de collège).
En 1996, plus de 7 millions d'élèves étaient
encadrés par 300 000 enseignants; près de 60 p. 100
des enfants âgés de douze à dix-sept ans étaient
scolarisés; 13,4 p. 100 de la classe d'âge concernée
poursuivaient des études dans le troisième degré.
L'Algérie disposait de 8 universités
(dont 2 en sciences et technologie) qui accueillaient plus de 200 000 étudiants.
L'université d'Alger, fondée en 1879, offre un enseignement
dans plusieurs disciplines (droit, médecine, sciences et lettres).
Sept de ces universités et la quasi-totalité des établissements
spécialisés de l'enseignement supérieur ont été
fondés après l'indépendance.
Malgré les efforts consentis,
le système éducatif algérien n'est cependant pas parvenu
à répondre aux exigences de l'explosion démographique.
De plus, l'arabisation de l'enseignement introduite en 1972 a été
jugée trop brutale par bon nombre d'observateurs. Elle a nécessité
la formation hâtive d'enseignants arabophones, et le gouvernement
dut même faire appel à des enseignants étrangers. Les
résultats ont été, dans un premier temps, très
médiocres, car les premières générations issues
de cet enseignement ont connu un fort taux d'analphabétisme et d'illettrisme
dans les deux langues. Les enseignants francophones, et notamment les universitaires,
sont devenus l'une des cibles privilégiées du terrorisme
islamiste. En 1995, le taux d'alphabétisation était de 61,6 p. 100.
Maintes fois repoussée, l'arabisation totale devrait être
effective au milieu de l'an 2000.
En 1994, l'État a consacré
5,6 p. 100 du PIB aux dépenses d'éducation.
Arts et vie culturelle
Capitale politique, Alger est aussi
la capitale culturelle du pays. La Bibliothèque nationale, qui y
est située, possède l'un des fonds les plus riches du pays
(650 000 volumes), comprenant d'importants ouvrages sur l'Afrique.
La bibliothèque de l'université d'Alger abrite plus de 700 000 volumes.
Le musée de la Préhistoire et de l'Ethnographie, le Musée
national des Antiquités classiques et musulmanes et le musée
national des Beaux-Arts se trouvent tous à Alger. Le musée
de Cirta, à Constantine, conserve des collections d'art et d'archéologie.
Héritiers d'une tradition
ancienne, les écrivains algériens ont su maintenir la richesse
d'expression de la littérature de langue arabe tout en lui associant
la langue française. Voir aussi Maghreb, littérature du.
À l'image de la nation algérienne, la plus occidentale, sans
doute, des nations arabo-musulmanes, la littérature algérienne
contemporaine s'est forgée à partir d'une double influence
qui lui confère sa singularité. Les écrits de Mohammed
Dib, Malek Haddad, Kateb Yacine, Assia Djebar ou, encore, Rachid Mimouni
et Rachid Boudjedra se font l'écho des espoirs et des contradictions
d'une société aujourd'hui déchirée.
ÉCONOMIE
L'Algérie est l'un des pays les plus riches du continent africain. Dans les circonstances actuelles, tous les chiffres relatifs à l'économie sont à considérer avec circonspection, mais on estime que le PIB aurait atteint 44,6 milliards de dollars en 1995, chiffre qui placerait le pays au 68e rang mondial. Le PIB par habitant était en 1995 de 1 600 dollars. Pourtant, la violence entrave la reprise de la croissance économique. Alimentée principalement par la hausse du prix des hydrocarbures de 1973 à 1980, elle s'est effondrée avec la chute de 50 p. 100 des prix du baril de pétrole à partir de 1986.
La crise économique a révélé
la faillite du système d'industrialisation étatisée,
axée sur les industries lourdes, dites «industrialisantes»
parce qu'elles devaient entraîner l'ensemble de l'économie.
L'ouverture à l'économie de marché, amorcée
durant la présidence de Chadli Bendjedid par le gouvernement de
Mouloud Hamrouche, s'est heurtée à l'opposition des caciques
du FLN. En mai 1994, l'Algérie a signé un accord avec le
Fonds monétaire international (FMI), acceptant d'appliquer une politique
d'ajustement structurel. L'accord a été renouvelé
pour trois ans en mai 1995. La privatisation des entreprises (les transports
avec Air Algérie, le tourisme, le textile, l'agroalimentaire) a
commencé et, parallèlement, les compagnies étrangères
ont été associées à l'exploitation des gisements
de gaz et de pétrole au Sahara.
Entre 1989 et 1994, le déficit
du Trésor était passé de 1,2 p. 100 à
8,1 p. 100 du produit intérieur brut, tandis que le chômage
touchait le quart de la population active mais 60 p. 100 des
jeunes de 19 à 24 ans. Depuis, les prix ont été
libérés, la monnaie a été dévaluée
de plus de 40 p. 100. L'inflation (environ 30 p. 100
par an depuis 1992) s'est stabilisée à 19,8 p. 100
en 1996. La situation économique et financière s'est considérablement
améliorée en 1996. Les très bonnes récoltes
de l'année, qui ont rendu possible la baisse des importations de
produits alimentaires, et la hausse des prix du pétrole ont permis
au pays de connaître une croissance de 4 p. 100. Ces bons
résultats, qui résultent en partie d'une conjoncture favorable,
restent oblitérés par la guerre civile.
Agriculture, forêts, pêche
En 1994, le secteur primaire employait
24,1 p. 100 de la population active et représentait 11,3 p. 100
du PIB.
La faible productivité (par
exemple pour le blé, 794 kg/ha, contre 6 676 kg/ha
en France) a rendu l'importation de denrées alimentaires nécessaire.
La balance agricole est régulièrement déficitaire.
Les principales cultures sont le
blé et l'orge, qui occupaient respectivement 22 p. 100
et 14 p. 100 des terres arables (3 p. 100 du territoire),
et dont les productions s'élevaient respectivement à 1,35 million
de t et à 0,80 million de t en 1994. On pratique également
la culture des pommes de terre, de la vigne, des agrumes, des oliviers
et des dattiers. Au début des années quatre-vingt-dix, le
cheptel se composait d'environ 17,8 millions d'ovins (18e rang
mondial), de 2,5 millions de caprins et de 1,4 million de bovins.
En 1995, les forêts couvrent
0,8 p. 100 de la superficie du pays. D'importants projets de
reboisement ont été entrepris dans les années soixante-dix.
Les coupes restent modestes : 2,57 en 1997.
La pêche est un secteur actif :
en 1996, les prises représentaient 106 246 t de poissons
(sardines, anchois, thons et fruits de mer).
Mines et industries
En 1995, le secteur secondaire employait
27,6 p. 100 de la population active et représentait 50,7 p. 100
du PIB.
Les hydrocarbures sont la principale
richesse du pays. L'Algérie possède d'importantes réserves
de pétrole (1 260 millions de t, 14e rang mondial)
et de gaz naturel (3 650 milliards de m3, 8e rang). En 1996,
la production de pétrole brut s'élevait à 60,4 millions
de t (16e rang), celle de gaz naturel à 65,8 milliards
de m3 (7e rang). Les hydrocarbures représentent 57 p. 100
des recettes du pays et entrent pour 25 p. 100 dans la composition
du PIB.
Le raffinage du pétrole occupe
une place importante dans le secteur industriel algérien, qui produit
également des matières plastiques et des produits chimiques.
Le secteur agroalimentaire vient ensuite (22 p. 100 de la production
industrielle), suivi par le textile (19 p. 100). L'industrie
est le fait de grandes entreprises qui appartiennent à l'État
et sont peu rentables. L'évolution structurelle nécessaire
est difficile à mettre en œuvre : l'indispensable impulsion
ne semble pouvoir venir que de l'extérieur et peu d'investisseurs
sont prêts à se tourner actuellement vers le marché
algérien.
En 1995, le secteur tertiaire employait
48,3 p. 100 de la population active et représentait 38 p. 100
du PIB.
Monnaie et finance
L'unité monétaire
est le dinar algérien. Le dinar a dévalué de 40,17 p. 100
en avril 1994, en préalable à sa convertibilité sur
le marché international. Cette mesure imposée par le FMI
avait sans cesse été ajournée, depuis 1990, par la
Banque centrale d'Algérie.
Transports
Les réseaux ferroviaire et
routier desservent principalement le nord du pays. L'Algérie disposait
de 4 290 km de voies ferrées (1995) et 104 000 km de routes
(1996), dont 70 p. 100 étaient bitumées. Cinq lignes
de chemin de fer desservent le nord du Sahara, et des routes relient les
gisements pétroliers du Sahara à la côte. La portion
algérienne de la grande route transsaharienne, qui s'allonge depuis
la côte méditerranéenne jusqu'au-delà de Tamanrasset,
à la frontière du Niger, a été achevée
en 1985. La compagnie aérienne nationale, Air Algérie, assure
les vols intérieurs et internationaux.
Commerce extérieur
Avec 10,97 milliards de dollars
d'importations et 10,56 milliards de dollars d'exportations, la balance
commerciale de l'Algérie était relativement équilibrée
en 1995.
Le gaz naturel et le pétrole
constituent 95 p. 100 des exportations du pays, permettant l'importation
de produits agricoles. L'Union européenne est le principal partenaire
commercial de l'Algérie (65,6 p. 100 des importations,
dont 28,8 p. 100 en provenance de France; 67,9 p. 100
des exportations, dont 14,2 p. 100 vers la France), devant les
États-Unis (14,2 p. 100 des importations, 16,4 p. 100
des exportations), le Japon et les pays en voie de développement.
HISTOIRE
Les origines
Des ossements découverts
sur le territoire algérien témoignent d'une présence
humaine remontant à plus de 500 000 ans (voir Paléolithique).
Des civilisations ibéromaurusiennes (de 13 000 à 8 000 av. J.-C.
environ), définies pour la première fois à La Mouillah,
près de Tlemcen, et capsiennes (de 7 500 à 4 000 av. J.-C.
environ) se développèrent respectivement dans le Nord (région
de Constantine), dans l'Est et dans le Sahara. On ne connaît pas
l'origine exacte des Berbères. Chasseurs puis pasteurs et cultivateurs,
ils s'organisèrent en tribus et en confédérations,
que les Grecs distinguaient sous les noms de Libyens, et les Romains sous
ceux de Numides et de Maures.
De Carthage à Rome
Aux alentours de 814 av. J.-C.,
les Phéniciens, navigateurs venus de l'Est méditerranéen,
fondèrent la ville de Carthage, dans l'actuelle Tunisie. Son rayonnement
commercial ne fut effectif qu'après la décadence de Tyr (550 av. J.-C.),
leur principale cité. Les Carthaginois établirent des comptoirs
sur la côte algérienne (Annaba, Skikda, Alger, etc.). Ils
exerçaient une domination économique et politique sur les
populations libyco-berbères.
En revanche, les chefs numides savaient
mieux jouer des rivalités que la cité développait
avec Rome. Ainsi, durant les guerres puniques (IIIe-IIe siècles
av. J.-C.), Masinissa, un chef numide allié à Rome,
s'empara de Cirta (Constantine). Cette capitale des rois berbères
de Masaesyles, dont le territoire s'étendait jusqu'au Maroc oriental,
devint alors celle de la Numidie. Après un long règne (203-148 av. J.-C.),
Masinissa mourut, laissant le royaume en partage à ses fils, qui
composèrent avec les Romains. Mais le petit-fils de Masinissa, Jugurtha,
refusa la mainmise romaine; instigateur d'une insurrection en 111 av. J.-C.,
il devait être soumis par Rome en 105 av. J.-C.
Sous l'autorité romaine, la
Numidie devint avec l'Égypte le «grenier de Rome», fournissant
blé et huile d'olive. La Maurétanie, annexée à
l'Empire romain en 40 apr. J.-C., fut divisée en deux
provinces impériales (Maurétanie Tingitane et Maurétanie
Césarienne), tandis que l'est de l'Algérie était rattaché
à la province proconsulaire d'Afrique. Pour protéger la région
des raids des tribus nomades, un réseau de voies militaires fut
construit, reliant entre elles des villes de garnison, plusieurs cités
de 5 000 à 10 000 habitants, qui furent dotées
de tous les attributs des villes romaines (Timgad, Lambèse).
Au IVe siècle apr. J.-C.,
alors que les légions romaines appelées à défendre
l'Empire en déclin, se retirèrent de Numidie, la région
fut, pour un temps, déclarée indépendante, sous la
pression du mouvement donatiste. La population berbère latinisée,
tôt convertie à la foi chrétienne, s'était en
effet massivement ralliée à cette secte chrétienne,
persécutée par les autorités romaines, après
que le christianisme fut devenu religion officielle de l'Empire (313),
tandis que les tribus berbères des montagnes, non latinisées,
continuaient à résister. Dans un contexte d'anarchie, les
Vandales, peuple germanique, envahirent l'Afrique du Nord et y établirent
un royaume en 429. Leur domination, limitée à la bande côtière,
resta cependant fragile, et des principautés berbères indépendantes
purent se reconstituer durant cette période.
En 533, les Vandales furent chassés
par les armées de l'empereur byzantin, Justinien Ier, dont
le rêve était de faire renaître la splendeur de l'Empire
romain. La conquête byzantine, pourtant, se limita seulement à
l'est du pays.
Les dynasties musulmanes du Moyen
Âge
Le rêve de Justinien Ier
s'effondra lorsque, en 647, les Arabes, porteurs d'une nouvelle religion,
l'islam, se lancèrent à la conquête de l'Afrique du
Nord, et trouvèrent un accueil favorable dans les populations urbaines
et côtières, dont beaucoup se convertirent. À l'est,
dans les Aurès, ils durent s'opposer à la résistance
de deux chefs berbères, Kusayla et la Kahina, une prophétesse.
Mais, dès le début du VIIIe siècle, les Berbères
se soumirent et se convertirent massivement à l'islam. Des chefs
de guerre, tel Musa ibn Nusayr, s'illustrèrent dans les troupes
musulmanes. Dès le début du VIIIe siècle, l'Algérie,
comme l'ensemble du Maghreb, était devenue une province placée
sous l'autorité des Omeyades. Les Arabes et les nouveaux convertis
qui avaient adopté leur genre de vie et leur langue y constituaient
une élite urbaine.
Après 740, tandis que se multipliaient les querelles de succession pour le califat, les Berbères se dressèrent contre l'autorité califale et beaucoup rallièrent les kharijites, dissidents fondamentalistes et démocrates de l'islam. Une communauté kharijite subsiste d'ailleurs aujourd'hui dans le Mzab (ibadites). Les Berbères kharijites fondèrent plusieurs petits royaumes. L'un des plus importants, celui des Rostémides, créé en 777 à Tahert (Tiaret), fut balayé en 911 par la dynastie arabe chiite des Fatimides (voir Califat), soutenue par les Kabyles, une confédération berbère de l'Est. Dès le XIe siècle, l'arabe devint la langue majoritaire dans les plaines et les steppes. Seuls les Berbères des montagnes résistaient durablement. Deux dynasties berbères devaient cependant régner sur toute la région entre le XIe et le XIIIe siècle : les Almoravides et les Almohades. Venues de la Mauritanie pour la première et du nord du Maroc pour la seconde, elles étendirent leur influence du Nord-Ouest africain au sud de l'Espagne. Tlemcen, la capitale des Almohades, devint un centre artisanal réputé. On y construisit de belles mosquées et de nombreuses écoles coraniques. Les ports maritimes (Béjaïa, Annaba et Alger, en pleine expansion) développèrent un commerce actif, apportant en Europe les fameux chevaux barbes, de la cire, un cuir de qualité et des tissus.
L'autorité ottomane
L'anéantissement des Almohades,
en 1269, déclencha une rude bataille commerciale entre chrétiens
(Espagnols) et musulmans pour le contrôle des ports de la Méditerranée.
La région fut partagée entre trois dynasties berbères :
les Mérinides à Fès, les Abdelwadides à Tlemcen
et les Hafsides à Tunis. Dès la fin du XVe siècle,
après la reconquête chrétienne (la Reconquista) de
la totalité de l'Andalousie, l'Espagne occupa plusieurs ports de
la côte algérienne (Mers el-Kébir, Oran, Béjaïa).
Les Abdelwadides acceptèrent le protectorat espagnol, mais les autorités
religieuses des villes portuaires, soutenues par la population, engagèrent
des corsaires, qui capturaient les navires marchands et retenaient l'équipage
et la cargaison en échange d'une rançon. En 1518, Alger et
plusieurs autres ports furent assiégés par les Espagnols;
les Turcs ottomans furent appelés à la rescousse.
Les Barberousse, deux frères corsaires, d'origine grecque ou sicilienne - selon les sources - et convertis à l'islam, obtinrent du sultan Soliman le Magnifique d'être envoyés en Afrique du Nord avec une flotte. Ils chassèrent les Espagnols de la plupart de leurs nouvelles possessions, résistèrent au siège de Charles Quint devant Alger (1541). Les Abdelwadides furent déposés en 1554, et Khayr al-Din, le plus jeune des Barberousse, fut nommé beylerbey, c'est-à-dire représentant du sultan en Algérie. Proconsuls militaires d'Afrique, ces «rois d'Alger» exercèrent leur autorité non seulement sur la zone littorale, mais sur les pachas de Tunisie et de Tripolitaine. En raison de son éloignement de Constantinople, la régence d'Alger fut gouvernée comme une province autonome.
Conséquence indirecte de la Reconquista espagnole, l'établissement des Ottomans en Algérie déboucha sur la mise en place d'une monarchie élective et des formes de gouvernement qui marquèrent profondément l'Algérie : au XVIIe siècle, Alger choisissait son dey qui recevait ensuite l'investiture de Constantinople. L'ordre était en principe assuré par deux forces militaires rivales, l'odjaq, la milice des janissaires, et la taïfa des raïs, la corporation des corsaires. Mais l'arrière-pays - le Sud, le Constantinois, la Kabylie - échappait au pouvoir de la régence d'Alger, qui fut essentiellement une «colonie d'exploitation». Le pouvoir ottoman eut recours à la formation de smalas (colonies militaires) et aux maghzens, des tribus privilégiées qui faisaient rentrer l'impôt.
La conquête française
À l'extérieur, Alger
devait sa puissance à l'efficacité de sa flotte de corsaires
qui exerçait une forte influence en Méditerranée occidentale.
Régulièrement, les États européens payaient
un tribut pour assurer la protection de leurs navires, et les rançons
des prisonniers apportaient de gros revenus à la régence.
Mais à la fin du XVIIIe siècle, les progrès réalisés
en matière d'armement et de construction navale permirent aux Européens
de mener une action collective contre la capitale corsaire. En 1815, les
États-Unis envoyèrent une escadre navale à Alger.
L'année suivante, le dispositif défensif de la ville fut
pratiquement annihilé par une flotte anglo-hollandaise.
En 1827, prétextant un incident qui avait opposé le dey Hussein au consul de France Deval, Charles X ordonna un blocus naval et une expédition militaire contre la ville. Les troupes françaises, fortes de 37 000 hommes, s'emparèrent d'Alger en 1830 et occupèrent une partie du pays. Le nouveau régime suscita d'emblée une farouche résistance de la part de tribus habituées à une autorité turque très indirecte. En Oranie, elles s'organisèrent autour de l'émir Abd el-Kader, qui proclama la guerre sainte (voir Djihad) contre les Français en 1839. Sa tactique, fondée sur des attaques éclair, rendit très difficile l'entreprise de conquête menée notamment par le général Bugeaud. Abd el-Kader, qui s'était réfugié au Maroc et avait obtenu, un temps, l'appui du sultan marocain, fut définitivement vaincu en 1847, mais il devait demeurer longtemps comme un héros de la résistance nationale aux yeux de beaucoup d'Algériens.
La colonisation française
Les premiers colons français
qui s'établirent aux environs d'Alger, achetèrent à
bas prix ou confisquèrent leurs domaines aux propriétaires
algériens et turcs. La conquête, menée par l'armée
française, ne devait s'achever qu'en 1857 avec la soumission des
oasis du Sud et de la Kabylie. Elle fut facilitée par le repli opéré
par les Ottomans, qui, dès 1820, avaient octroyé des chartes
libérales officialisant la transformation des régences en
protectorats semi-indépendants, puis par l'impossibilité
pour les chefs de guerre algériens de faire en quelques années
l'unité d'un pays morcelé politiquement, géographiquement
et ethniquement. C'est dans ce vide politique que s'engouffrèrent
les conquérants.
La colonisation officielle commença en 1836 dans la Mitidja. D'abord réticente, l'administration française organisa l'attribution de terres à des colons dont elle encouragea la venue jusqu'au début du XXe siècle, à grand renfort de publicité, notamment chez les viticulteurs du Midi, dont les vignes avaient été détruites par le phylloxéra. En 1848, l'Algérie fut proclamée territoire français et divisée en trois départements. Les colons constituaient une élite privilégiée, qui développa de grands domaines produisant du vin et des agrumes commercialisés en France. Si certains Européens bâtirent de véritables fortunes, la majorité des colons était constituée de fonctionnaires, de petits exploitants agricoles et de commerçants. Après la révolution de 1848 puis au lendemain de la Commune de Paris, des opposants politiques furent déportés en Algérie, venant grossir les rangs des colons. L'administration de la population musulmane fut confiée aux Bureaux arabes créés en 1844 par Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie depuis 1840. Formés uniquement d'administrateurs militaires, ils protégèrent les populations arabes des exactions des colons et provoquèrent le senatus-consulte de 1863 qui, en principe, garantissait leurs terres aux tribus.
Sur le plan administratif, les colonisateurs de l'Algérie, les Français comme les Ottomans avant eux, hésitèrent entre une politique d'assimilation et des mesures visant à préserver l'autonomie de la colonie, sans vraiment réussir à trouver de solution viable. Instrument de l'assimilation, le décret Crémieux de 1870 accorda la citoyenneté française aux 32 000 juifs d'Algérie, puis en 1889 la loi de naturalisation des enfants nés en territoire français permit l'accroissement rapide de la population non musulmane. À partir de 1881, on tenta aussi une gestion directe de l'Algérie depuis les ministères parisiens; échec complet, cette expérience eut pour conséquence d'aggraver le sort des populations arabes, ignorées par les législateurs. À la fin du XIXe siècle, le régime d'autonomie financière fut rétabli. Outre le gouverneur général, l'essentiel du pouvoir était détenu par l'Assemblée des délégations financières des colons, des non-colons et des indigènes musulmans (21 représentants sur 69 membres). Le pays demeurait fort peu industrialisé. La population algérienne, évaluée à 2 millions d'habitants à peine en 1830, était estimée à près de 10 millions en 1954, dont 1 million d'Européens.
La montée du nationalisme
algérien
À la veille de la Première
Guerre mondiale, la plupart des jeunes Algériens souhaitaient devenir
français à part entière, et la mobilisation de 1914
se fit, à l'étonnement des autorités, dans une atmosphère
d'«union sacrée», chez les musulmans comme chez les
colons. Mais la législation interdisait aux autochtones de tenir
des réunions publiques ou de quitter leur maison ou leur village
sans permission. Sujets français, ils ne pouvaient devenir des citoyens
de plein droit qu'en renonçant à leur statut coranique.
Le nationalisme algérien
se développa au début des années vingt au sein de
la bourgeoisie musulmane. La demande initiale concernait simplement l'égalité
des droits avec les Européens, comme le soulignait le cheikh Ibn
Badis : «Le bonheur du peuple algérien, grâce à
l'aide de la France démocratique.» Les principaux dirigeants
nationalistes, Ahmed Messali Hadj, fondateur, en 1926, de l'Étoile
nord-africaine, Ferhat Abbas, ainsi qu'Ibn Badis, animateur de la ligue
des Oulémas, accueillirent favorablement le projet Blum-Violette
(1936), qui proposait d'élargir l'accès à la citoyenneté
française sans contrepartie religieuse. Mais le projet de loi, et
toutes les tentatives effectuées dans ce sens, se heurta à
l'hostilité des colons comme à celle de l'Assemblée
nationale française. C'est dans ce contexte que les nationalistes
trouvèrent une argumentation de choix dans un ouvrage paru peu de
temps auparavant : le Livre de l'Algérie de Tewfiq al-Madani
(1932) proclamait en exergue «L'Islam est notre religion, l'Algérie
notre patrie, la langue arabe est notre langue»; les nationalistes
devaient s'en souvenir.
Frustré par l'opposition systématique à toute politique d'assimilation, alors même que la population algérienne faisait preuve d'une loyauté sans faille pendant la Seconde Guerre mondiale, Ferhat Abbas publia le Manifeste du peuple algérien en 1943, un an après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Les promesses de réformes vinrent trop tard. En mai 1945, les révoltes de Sétif et de Guelma entraînèrent une répression sanglante (8 000 morts à Sétif), qui aboutit à la radicalisation des nationalistes algériens dont les mouvements furent interdits durant un an. En 1946, Ferhat Abbas fonda l'Union démocratique du manifeste algérien (UDMA), tandis que Messali Hadj créait le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). En 1947, l'Assemblée nationale française adopta un nouveau statut de l'Algérie, instituant une Assemblée parlementaire algérienne, avec un nombre égal de délégués européens et musulmans. Mal appliqué, le statut ne satisfaisait pas les indigènes et mécontentait les colons. Les nationalistes les plus radicaux décidèrent alors de s'engager dans la lutte armée.
Une longue guerre d'indépendance
Des militants du MTLD, parmi lesquels
Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed, Mohammed Khider, créèrent,
en 1954, un Comité révolutionnaire d'unité et d'action
(CRUA), qui devint rapidement le Front de libération nationale (FLN).
Ils furent les instigateurs de l'insurrection qui eut lieu dans les Aurès,
le 1er novembre 1954, donnant le signal à la guerre d'Algérie.
Deux ans plus tard, la guérilla contrôlait une partie des
campagnes. Les Français envoyèrent des renforts (environ
500 000 soldats), mais la guerre s'étendit aux villes.
Durant la «bataille d'Alger», en 1957, les parachutistes du
général Massu parvinrent difficilement à écraser
les groupes nationalistes. Les Français eurent recours à
des méthodes de plus en plus coercitives. L'armée française
brûlait les villages dont les habitants étaient soupçonnés
d'aider les insurgés; la torture était largement utilisée,
tandis que certains villageois étaient déportés dans
des camps de regroupement. Des barrages électrifiés furent
plantés le long des frontières tunisienne (la ligne Morice)
et marocaine, afin d'isoler le commandement général du FLN
de ses unités en Algérie.
En 1958, le bombardement d'un village
frontalier tunisien, Sakiet Sidi-Youssef, marqua un tournant dans le conflit.
L'émotion fut grande dans l'opinion internationale, déjà
alertée par une partie des intellectuels français qui dénonçaient
sans relâche l'usage de la torture. En France, le prolongement de
la guerre d'Algérie contribua à la faillite de la IVe République
et au retour au pouvoir du général de Gaulle. Le 13 mai,
la population européenne d'Algérie avait manifesté
à Alger sa crainte d'être abandonnée par la métropole.
De Gaulle, dès son entrée en fonction, promit de maintenir
l'Algérie française, mais en faisant de tous les Algériens,
y compris les musulmans, des «Français à part entière».
Puis, devant la gravité de la situation, alors que la résistance
algérienne ne désarmait pas, que la lassitude gagnait la
population métropolitaine et que l'isolement international de la
France s'accroissait, il se prononça, en septembre 1959, en faveur
du droit des Algériens à l'autodétermination. Des
négociations s'ouvrirent avec le Gouvernement provisoire de la République
algérienne (GPRA), l'organe exécutif du FLN constitué
dans la clandestinité.
Indignés, les Français
d'Algérie tentèrent en vain de se soulever au début
de l'année 1960. Puis en avril 1961, les généraux
Challe, Salan, Jouhaud et Zeller organisèrent à Alger un
putsch qui avorta. L'Organisation de l'armée secrète (OAS),
regroupant des militaires et des colons extrémistes, s'associa au
complot. Ils menèrent de front une violente campagne terroriste
contre le FLN, la population musulmane et contre les autorités françaises.
Mais la plus grande partie de l'armée française en Algérie,
composée, pour l'essentiel, d'appelés, demeura fidèle
au gouvernement.
Le 18 mars 1962, un accord
de cessez-le-feu fut signé à Évian entre les autorités
françaises et les représentants du FLN. Les accords d'Évian
prévoyaient la tenue d'un référendum. En juillet,
l'Algérie vota à une écrasante majorité pour
l'indépendance. Près d'un million de Français d'Algérie
quittèrent précipitamment le pays avant la fin de l'année,
dans des conditions souvent difficiles. Un grand nombre de supplétifs
algériens de l'armée française (harkis), qui n'avaient
pu les suivre, furent massacrés.
La guerre d'Algérie fut l'une des plus longues guerres de décolonisation. Elle marqua durablement les esprits, algériens et français, tant par les drames humains qu'elle provoqua que par ses conséquences politiques. Elle conféra également au peuple algérien et à ses dirigeants un énorme prestige dans le monde arabo-musulman et, plus largement, dans le tiers-monde. Elle favorisa aussi indirectement l'accession en douceur à l'indépendance des autres colonies françaises.
L'Algérie indépendante
Les présidences de Ben
Bella et de Boumédiène
L'Algérie accéda à
l'indépendance dans un climat de guerre civile et d'intenses luttes
pour le pouvoir. Incarcéré en France depuis 1956, Ahmed Ben Bella
fut libéré après la signature des accords d'Évian.
Il s'opposa au GPRA, qu'il chassa d'Alger grâce au soutien du chef
d'état-major de l'Armée de libération nationale (ALN),
le colonel Houari Boumédiène; dans le nouveau paysage politique
algérien, l'armée de l'extérieur prenait l'avantage
sur les maquis de l'intérieur. En septembre 1962, Ben Bella fut
élu président de la République algérienne démocratique
et populaire. Il remplaça Mohammed Khider à la tête
du bureau politique du FLN en avril 1963, et suspendit la Constitution
en octobre suivant. Mais, le 19 juin 1965, il fut destitué
par le Conseil de la révolution que présidait Boumédiène,
lequel lui reprochait ses méthodes de gouvernement autoritaires.
Emprisonné et assigné à résidence, il fut ensuite
exilé en France, puis en Suisse, où il devait fonder, en
1984, le Mouvement pour la démocratie en Algérie (MDA).
Adepte d'un socialisme autoritaire, Boumédiène gouverna le pays à partir de juillet 1965. Il mit en place un pouvoir fort, appuyé par l'armée. Bâtisseur de l'Algérie moderne, il permit au pays d'acquérir une stature de premier plan sur la scène internationale, en lançant, notamment, à l'Organisation des Nations unies, l'idée d'un nouvel ordre économique mondial en 1974. Sur le plan intérieur, l'ère Boumédiène fut celle des nationalisations des secteurs essentiels de l'économie et de la priorité donnée au développement de l'industrie lourde, fondée essentiellement sur les hydrocarbures, au détriment du secteur fondamental de l'agriculture. Boumédiène perçut lui-même les dysfonctionnements du système peu avant sa mort, survenue en décembre 1978. Le colonel Chadli Bendjedid lui succéda.
La présidence de Chadli
Bendjedid
En janvier 1979, le IVe congrès
du FLN accorda les pleins pouvoirs au colonel Chadli Bendjedid, qui devint
secrétaire général du Parti et fut désigné
comme candidat unique à la présidence de la République.
Le 7 février 1979, le peuple algérien ratifia ce choix,
et Chadli succéda ainsi officiellement à Houari Boumédiène.
Il fut réélu pour un deuxième puis pour un troisième
mandat en janvier 1984 et en décembre 1988. Dès son arrivée
au pouvoir, Chadli engagea une politique de libéralisation économique
et sociale. S'il maintint la politique étrangère de non-alignement
qu'avait inaugurée son prédécesseur, il prit cependant
ses distances avec l'Union soviétique, effectuant une visite officielle
aux États-Unis en 1985. Sa présidence avait suscité
de nombreux espoirs, mais il se forgea vite une réputation de prodigalité
à l'égard de son clan, venant renforcer le climat de corruption
qui régnait déjà dans le pays. C'est à cette
époque qu'apparurent les premiers maquis islamistes, avec l'équipée
d'un ancien combattant du FLN, Mustapha Bouyali, dont le Mouvement islamique
armé (MIA) tint le maquis de 1982 à 1985.
En octobre 1988, à Alger,
des émeutes de la faim opposèrent principalement les jeunes,
premières victimes de la faillite du modèle de développement
algérien, qui avait tout misé sur un pétrole cher,
aux forces de sécurité. Elles furent sévèrement
réprimées, mais elles devaient contribuer à l'accélération
de la politique de réforme du régime.
Chadli fit adopter par référendum
une nouvelle Constitution en février 1989, qui ouvrit l'Algérie
au multipartisme. En juin 1990, le Front islamique du salut (FIS) remporta
les premières élections municipales démocratiques.
Les résultats qu'obtint ce parti confessionnel, qui avait su exploiter
le désarroi d'une partie de la population algérienne lors
du premier tour des élections législatives, en décembre
1991, provoquèrent une reprise en main de l'armée. Le président
Chadli fut destitué le 11 janvier 1992 par l'armée,
qui interrompit le processus de démocratisation tandis que le Haut
Conseil de sécurité (HCS) annulait le résultat des
élections. Le FIS fut dissous en mars 1992, une politique de répression
fut mise en œuvre contre les islamistes, lesquels répondirent par
la lutte armée et le terrorisme.
La «seconde guerre d'Algérie»
Une nouvelle fois, il fut fait appel
à un héros de la guerre d'indépendance pour tenter
d'apaiser la situation. Mohamed Boudiaf fut placé par le HCS à
la tête d'un Haut Comité d'État (HCE), détenteur
du pouvoir exécutif. Mais son assassinat, le 29 juin 1992,
relança la guerre civile. La violence procédait autant des
groupes islamistes armés (GIA et AIS), qui ont également
porté le terrorisme sur le sol français, que des forces militaires
et paramilitaires. Elle n'a cessé de s'étendre, pour toucher
la Kabylie, d'abord épargnée, mais n'a pas atteint les régions
sahariennes où se trouvent les gisements d'hydrocarbures sécurisés
par l'armée, ni la frontière marocaine.
La Ligue algérienne pour la
défense des droits de l'Homme et sept formations politiques, dont
le FLN, le FFS et le FIS, se faisant les porte-parole de la société
civile prise au piège de l'affrontement entre pouvoir et islamistes,
ont refusé la logique de guerre et pris position pour l'ouverture
de négociations politiques, préalablement à la future
élection présidentielle. La « plate-forme pour
une solution politique et pacifique de la crise algérienne »,
signée à Rome en janvier 1995, demandait, entre autres, la
libération des responsables du FIS et de tous les détenus
politiques, ainsi que l'annulation de la décision de dissolution
du FIS. Elle a été rejetée par Liamine Zéroual,
nommé « président de l'État »
par la conférence nationale « de consensus »
en janvier 1994. Le discours nationaliste dont il a usé à
cette occasion a contribué à son élection à
la présidence, le 16 novembre 1995 avec 61 p. 100
des suffrages exprimés, mais boycotté par l'opposition. La
population algérienne, y compris les quelque 2 millions de
personnes vivant en France, a participé massivement à ce
scrutin (75 p. 100), manifestant son rejet de la violence.
L'évolution du conflit demeure
complexe. L'armée, qui a protégé les consultations
électorales, l'élection de Liamine Zéroual et le référendum
sur la mise en place d'une nouvelle Constitution en novembre 1996, semble
faire une guerre à distance sans provoquer d'affrontement direct.
Elle protège l'« Algérie utile », les
installations pétrolières, mais engage peu ses unités
dans une lutte à mort, dont elle craint l'issue. L'essentiel de
l'effort de guerre est assumé par les unités spéciales,
la gendarmerie et les gardes patriotiques, milices armées par le
pouvoir. Le terrorisme est jugé par le pouvoir comme « résiduel »,
alors que, quotidiennement, des Algériens sont tués par l'explosion
de voitures piégées ou massacrés par dizaines dans
des villages ou des fermes isolées.
En quatre ans, vraisemblablement plus de 100 000 personnes ont trouvé la mort dans ce conflit, qui aurait aussi causé 10 milliards de pertes matérielles. Les élections législatives du 5 juin 1997 ont été précédées d'un renforcement des opérations de police destinées à nettoyer les maquis et à inciter la population à se rendre aux urnes. Elles ont été remportées par le Rassemblement national démocratique (RND), parti créé quatre mois avant le scrutin pour soutenir le président Zéroual. Elles ont permis l'entrée massive de l'opposition au Parlement, car le RND n'a obtenu que 155 sièges sur 380, ce qui l'a contraint à composer avec le Mouvement de la société pour la paix (ex-Hamas, mouvement islamiste modéré), qui a remporté 69 sièges, et avec le FLN (64 sièges) et le mouvement islamiste Ennahda, « Renaissance » (34 sièges). L'émergence d'un mouvement islamiste conservateur lié à l'État a permis aux autorités algériennes de contrôler le jeu politique. En juillet 1997, le président Zéroual a libéré, après six ans de détention, l'ancien leader du FIS, Abbassi Madani, qui fut néanmoins remis en résidence surveillée en septembre 1997. Enfin, la désignation par le président du tiers des représentants du Conseil de la nation et l'élection du 25 décembre 1997 ont assuré au RND le contrôle de 80 des 96 sièges qui composent le Conseil de la nation, la Chambre haute du Parlement.
Ce semblant de jeu démocratique n'a pas pour autant réglé le problème fondamental de la société algérienne : la guerre civile ouverte qui dure depuis cinq ans. Les autorités ont accru leurs capacités de répression en développant les milices. En même temps, la guerre a pris un tournant difficilement analysable, celui des massacres collectifs. Ces massacres de villages entiers, qui ont commencé dans la plaine de la Mitidja, se sont produits en priorité dans des régions qui avaient voté massivement pour le FIS et qui étaient très contrôlées par l'armée. Ils ont ensuite atteint d'autres régions de l'Est et de l'Ouest algérien. Ils ont suscité une grande émotion dans l'opinion publique internationale. En juin, à la guerre civile est venue se surimposer une tension en Kabylie, provoquée par l'assassinat du très populaire chanteur kabyle Lounès Matoub (opposé aux islamistes, critique à l'égard du pouvoir et défenseur de l'identité berbère) et par la mise en vigueur de la loi sur l'arabisation dans l'administration.
Économiquement, l'Algérie
est toujours dans une phase de restructuration. Les privatisations et la
libéralisation du commerce entamées en avril 1994 ont permis
des ascensions sociales fulgurantes, servies par une corruption criante,
alors que l'économie parallèle, symbole de la pauvreté
du plus grand nombre, subsiste. L'État algérien, que l'on
croyait au bord de l'effondrement en 1994-1995, tient «l'Algérie
utile» et porte des coups sévères aux maquis islamistes,
sans pour autant être capable de les éradiquer complètement.
En septembre 1998, une forte opposition
de la haute hiérarchie militaire, qui avait été à
l'origine de la venue au pouvoir de Liamine Zeroual, a abouti à
l'annonce par ce dernier de son départ du pouvoir en février
1999. Cette démission anticipée, suivie un mois plus tard
de celle de son conseiller et du ministre de la Justice, ont révélé
l'impuissance de l'État à rétablir la paix et à
tracer une ligne politique propre à redonner confiance aux diverses
composantes de la population. Aux élections du 15 avril 1999,
l'opposition s'est présentée divisée, avec plusieurs
listes dirigées par Hocine Aït Ahmed du Front des forces
socialistes (FFS), Abdallah Djallabah du Mouvement de la réforme
nationale (MRN), représentant Ennahda, l'ancien ministre réformateur
Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, un islamiste modéré,
Youssef El Khatib, un ancien maquisard, dont la candidature visait
surtout à s'opposer à celle d'Abdelaziz Bouteflika, candidat
des militaires. Dénonçant les «fraudes massives»,
les six candidats de l'opposition se sont retirés à la veille
du scrutin, laissant seul en lice Bouteflika, qui a été élu.
Ministre des Affaires étrangères sous Boumédiène pendant seize ans, Bouteflika s'est présenté comme celui qui redonnerait à l'Algérie son prestige et son essor. Peu après son élection, l'AIS, avec l'appui «total et sans réserve» d'Abassi Madani, s'est dite prête à déposer les armes et à participer à la lutte contre le GIA. Bouteflika a alors annoncé la tenue d'un référendum sur la «concorde civile», visant à instaurer une mesure d'amnistie pour les islamistes n'ayant pas commis de crimes de sang. Le 19 septembre 1999, la victoire écrasante du oui (98,6 p. 100 des suffrages exprimés) a été interprétée par le président comme une approbation de sa politique. Le chef de l'État y a trouvé une occasion de faire valoir une légitimité contestée en raison des conditions de son élection. Si les résultats du référendum ont réduit pour un temps l'opposition au silence, l'amnistie, limitée au 13 janvier 2000, n'a pas obtenu le résultat escompté (un millier de repentis seulement), et encore moins l'assentiment des victimes du terrorisme. Malgré la nomination d'un nouveau Premier ministre en décembre 1999, Ahmed Benbitour, le pouvoir peine à faire face aux autres grands problèmes de la société algérienne : la révision du Code de la famille, trop défavorable aux femmes, la question du tamazight (la langue berbère) et de l'arabisation, le chômage (33 p. 100 des actifs) et le discrédit qui touche la classe dirigeante et les militaires. En revanche, dans le domaine de la politique étrangère, la première année de pouvoir du président Bouteflika a été marquée par la tenue à Alger du sommet annuel de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), par la volonté de régler le contentieux du Sahara-Occidental, avec le voyage du chef de l'État dans ce pays à l'occasion des funérailles du roi Hassan II, par la volonté de favoriser le règlement du conflit israélo-arabe (la poignée de main avec le Premier ministre israélien Ehoud Barak), mais aussi par son voyage officiel en France.
Source :
Microsoft Encarta 2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier