Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1998

LE PAYS DE 1982 A 1998

L'adoption d'un plan quinquennal pour la période 1980-1984, les manifestations du printemps 1980 en faveur de la culture berbère et la consolidation des pouvoirs du président Chadli ont contribué, quelques mois après le décès du président Boumedienne, à préciser l'orientation du nouveau régime algérien.

Trois années ont séparé la fin du plan quadriennal 1973-1977 de l'adoption du plan 1980-1984: ce retard est significatif des hésitations ayant marqué l'élaboration d'un plan qui apparaît comme une révision de la politique suivie jusque-là. Un bilan critique a été dressé de l'industrialisation engagée il y a une dizaine d'années: si les investissements massifs dans l'industrie lourde (sidérurgie, hydrocarbures) ont permis au pays de se doter d'une base économique, ils n'ont pas apporté de véritable solution aux principaux problèmes sociaux (faible création d'emplois nouveaux, retards et insuffisances dans la production des biens de consommation, abandon de l'agriculture). En outre, la politique menée a mis le pays dans une situation de dépendance profonde à l'égard des pays industrialisés (endettement, assistance technologique, déséquilibres commerciaux).

Réaliste, le nouveau plan - adopté par un congrès extraordinaire du parti unique, le FLN - traduit la volonté d'en finir avec la fuite en avant des nouveaux investissements et de réunir les conditions d'une plus grande maîtrise et d'un meilleur fonctionnement des équipements existants.

La volonté de rééquilibrer les rapports économiques avec ses partenaires a notamment conduit l'Algérie à se montrer très ferme dans les négociations engagées pour revaloriser le prix du gaz naturel livré au groupe américain El Paso (ces négociations ont été rompues et les livraisons arrêtées).

Sur le plan politique, le président Chadli avait placé son entrée en fonction sous le signe de la libéralisation: le symbole le plus spectaculaire de cette ouverture a sans doute été la libération définitive de l'ancien président Ben Bella (1962-1965). C'est dans ce contexte nouveau, favorisant davantage l'expression des aspirations populaires, que la population de Kabylie a manifesté spectaculairement sa volonté de voir la culture berbère reconnue et développée. Ces manifestations, dans lesquelles on aurait tort de ne voir qu'une querelle linguistique, se sont déroulées dans un climat très tendu. Les autorités ont alterné la fermeté et la conciliation. Un certain nombre de dispositions visant à renforcer l'autorité de l'État et les pouvoirs du président Chadli ont été prises à la suite de ces événements.

Les anniversaires sont propices aux bilans. Vingt ans après l'indépendance, l'Algérie semble pourtant encore rebelle à une appréciation tranchée: le pays paraît toujours écartelé entre des voies contradictoires, des "modèles" opposés, toujours en quête de nouveaux équilibres internes. L'année 1981 a cependant confirmé un certain nombre de tendances qui, dans les domaines économique et culturel, en politique intérieure comme en politique extérieure, dessinent un peu plus nettement le visage de l'Algérie du président Chadli.

Celui-ci a incontestablement renforcé son autorité. Cela s'est notamment traduit par une reprise en main du FLN et des organisations qui lui sont liées (syndicat ouvrier, Union de la jeunesse, Union des femmes...). Les années 1977 à 1980 avaient été marquées par une relative revitalisation de ces structures et un large renouvellement de leurs cadres. De nombreux militants indépendants du FLN avaient trouvé là l'occasion de prendre des responsabilités. Désormais, cela ne sera plus possible. En effet, l'article 120 des statuts du FLN rend obligatoire l'affiliation au parti unique pour exercer des responsabilités dans les organisations de masse. Cette clause a provoqué de nombreuses mises à l'écart, notamment au sein de la centrale syndicale (UGTA) et de l'Union de la jeunesse. Les militants du PAGS (communiste) sont particulièrement visés par cette mesure qui recentre l'organisation de la vie politique sur le FLN.

Le changement s'est manifesté également au plan économique, avec la remise en cause de la politique d'investissement à outrance jusqu'alors suivie dans l'industrie. Il s'agit maintenant d'améliorer le fonctionnement des équipements existants, et on insiste davantage sur le rôle des petites et moyennes industries plus facilement maîtrisables et plus rapidement rentables. Une plus grande attention est également affichée en faveur de l'agriculture, très délaissée jusqu'alors. Jusqu'où peut aller cette révision de la politique économique? Le comité central du FLN a consacré en décembre 1981 une session au rôle et à la place de l'initiative privée. Il est désormais acquis qu'elle sera davantage encouragée. La décentralisation de certains circuits de commercialisation para-publics (notamment pour les fruits et légumes), l'assouplissement de certains monopoles d'État s'inscrivent dans le même esprit de libéralisation économique.

Parallèlement, l'État algérien s'est efforcé de mieux valoriser ses exportations gazières. Les négociations engagées - depuis longtemps - avec la France ont finalement permis d'aboutir à une quasi-indexation du prix du gaz vendu sur les prix pétroliers. Le gouvernement français affirmant vouloir changer les rapports Nord/Sud, l'occasion était belle d'exiger qu'il commence par prouver sa volonté de changement en donnant l'exemple dans sa coopération avec l'Algérie. L'accord laborieusement conclu à la fin de l'année 1981 esquisse dans les faits un type de relations relativement nouveau, dans la mesure où la revalorisation du prix du gaz est liée au financement de projets de développement.

Sur le plan intérieur, la montée de l'esprit religieux dans de très larges couches de la population reste une des caractéristiques de la période actuelle. Le développement spectaculaire des réseaux à connotation intégriste - qu'on assimile trop rapidement aux "Frères musulmans" - n'est pas le seul aspect de ce mouvement, même s'il est souvent le plus remarqué à cause de nombreuses manifestations d'intolérance ou d'agressivité. On assiste en effet à un véritable "retour du religieux", enraciné profondément dans les milieux populaires. Pour l'État, dont l'islam est la religion officielle, la question est de savoir comment il est possible de canaliser et de contrôler cette dynamique dans le cadre du projet moderniste qu'il met en oeuvre depuis vingt ans.

Le projet de Code de la famille (dit "Statut personnel") présenté au Parlement et les réactions qu'il a suscitées sont significatives des contradictions qui traversent la société algérienne. Plusieurs manifestations rassemblant des centaines de femmes ont eu lieu, pour protester contre les dispositions de ce Statut particulièrement rétrograde, qui confirmait juridiquement le principe de polygamie, légalisait et consacrait nombre de discriminations vis-à-vis des femmes, dans le droit au travail notamment. Ce Code, dont le contenu, gardé secret, confortait les "droits" de l'époux, a suscité une grande émotion et provoqué des divergences au sein même de l'équipe dirigeante. L'opposition au "Statut personnel" a reçu le soutien de poids des héroïnes de la guerre de Libération, qui se sont associées à des manifestations publiques. Officiellement, le projet du gouvernement a été retiré. Mais le problème reste entier et ce n'est probablement que partie remise. Il est vrai que le "Code de la famille" est un véritable serpent de mer de la politique algérienne. Des projets n'ont-ils pas déjà été "débattus" et ajournés en 1966 et 1973? ...

Au nom du Maghreb

C'est au nom du Grand Maghreb que le président Chadli Bendjedid, sollicité depuis son élection le 7 février 1979, a finalement accepté de rencontrer le roi Hassan II le 26 février 1983 dans le village socialiste Akid Lotfi, à la frontière des deux pays. Leur tête-à-tête marque un jalon important dans l'évolution de la politique algérienne sur le double plan intérieur et extérieur.

Sur le plan intérieur, elle est le reflet subtil d'une modification du rapport de forces: à moins d'un an de l'échéance de son mandat présidentiel, le colonel Chadli qui avait été imposé par l'armée et dont tout laisse supposer qu'il sera à nouveau le candidat unique du FLN à la tête du Parti et de l'État, a réussi à neutraliser ses adversaires les plus coriaces et à devenir le vrai "patron". Il a ainsi fait prévaloir sa politique pragmatique sur celle des "idéologues". Sur le plan extérieur, elle illustre les infléchissements apportés, depuis la mort de Boumediène, à la diplomatie algérienne dans le sens du réalisme: dans le même temps, elle confirme la volonté du Dr Ahmed Taleb Ibrahimi, nommé ministre des Affaires étrangères en mai 1982, de redéployer cette diplomatie après qu'elle eut adopté un "profil bas" pendant quelques années.

Peu après son élection, le président Chadli avait fait savoir à tous ses voisins arabes, africains et européens, que l'Algérie souhaitait établir avec eux de bonnes relations pour "garantir la paix et la stabilité dans la région" et consacrer ainsi l'essentiel de ses efforts au développement intérieur et au bien-être des Algériens. Or, occupé à consolider son pouvoir et à constituer son équipe, ce n'est qu'à partir du deuxième semestre 1982 et au début de 1983 qu'il a réussi à réaliser concrètement cette politique.

La guerre du Liban, qui a vu s'étaler au grand jour la paralysie du monde arabe et s'effondrer le Front de la fermeté (Algérie, Libye, Syrie, Sud Yémen et OLP), a largement contribué au recentrage de la politique étrangère algérienne. Tout en défendant les droits du peuple palestinien, celle-ci soutient depuis 1973 que l'OLP devra négocier un jour avec Israël, comme le FLN l'avait fait avec la France. Face à un Proche Orient éprouvé par les conflits et déchiré par les divisions interarabes, l'Algérie a pris quelque distance pour concentrer son action sur la Méditerranée occidentale, le Maghreb et l'Afrique noire.

Une fois conclu l'accord sur le gaz prévoyant la livraison de 9,15 milliards de m3 par an à la France, Alger intensifie ses relations avec Paris en signant une Convention organisant la coopération bilatérale (21 juin 1982) et trois accords sectoriels sur l'habitat (30 juin), les transports (6 novembre) et l'agriculture (11 janvier 1983). Les rapports avec l'Espagne sont assainis à l'occasion de diverses visites, dont celle du roi Juan Carlos à Alger au printemps. Enfin, le gazoduc Algérie-Tunisie-Italie (inauguré le 18 mai), qui constitue une première mondiale, est présenté comme un exemple de coopération inter-maghrébine et arabo-européenne.

Ce gazoduc, qui permettra en effet de livrer à l'Italie 12,5 milliards de m3 en 1986 (2,6 en 1983), a des retombées non négligeables pour la Tunisie: il lui revient 5,25% des quantités exportées, en nature ou en espèces, représentant 21,4 millions de dollars en 1983 et plus de 100 millions en 1986. Cette inauguration a été précédée et suivie de diverses mesures qui auraient été inconcevables quelques années plus tôt: signature d'un traité de fraternité et de concorde ouvert aux autres États du Maghreb, convention de bornage des frontières (mars 1983), lancement de plusieurs projets économiques mixtes (cimenterie, usine de moteurs diesel, etc.), mise en place d'instituts pour former en commun des douaniers et des agents du fisc, etc.

Parallèlement, l'Algérie conclut avec le Niger (5 janvier 1982) et le Mali (8 mai) des accords pour le bornage des frontières et en négocie un autre avec la Mauritanie. En même temps, elle rejette les revendications territoriales de la Libye qui refuse de reconnaître le traité international signé en 1956 entre Paris et Tripoli et déposé à l'ONU sous prétexte qu'il a été conclu entre une puissance coloniale et le régime monarchique. Elle lui a aussi adressé une mise en garde aux termes de laquelle elle s'opposera, au besoin par les armes, à toute tentative de déstabilisation du Niger et du Mali en vue de constituer les "États-Unis du Sahara" dont a rêvé le colonel Kadhafi, ou pour toute autre raison.

L'Algérie a toujours soutenu que le conflit saharien n'oppose que le Front Polisario au Maroc et que sa solution devrait précéder la relance de l'édification maghrébine. Or, la rencontre avec Hassan II a renversé l'ordre des facteurs. Ce faisant, la diplomatie algérienne visait plusieurs objectifs. En normalisant ses rapports avec Rabat et en faisant tomber la tension, Alger souhaite arrêter la pénétration américaine dans la région et éviter que celle-ci ne devienne un enjeu de la guerre froide entre l'Est et l'Ouest. Elle espère aussi que l'idéal maghrébin séduira suffisamment la jeunesse pour la mobiliser et la mettre à l'abri de la vague intégriste qui a déjà fait des ravages et qui menace au premier chef les options modernistes de l'Algérie et de la Tunisie.

Contrairement à Boumediène - encore qu'il ait évolué à la fin de sa vie - le président Chadli estime que Hassan II est "garant" de la stabilité au Maroc et qu'une négociation sera plus facile avec lui qu'avec une éventuelle junte militaire. L'Algérie espère aussi que le royaume en proie à de graves difficultés financières, sera sensible aux retombées du gazoduc Algérie-Maroc-Espagne, de l'exploitation en commun du fer de Gara-Djebilet, des avantages de la coopération maghrébine, et se montrera plus souple dans la recherche d'une solution qui sauvegarde les droits des Sahraouis.

A l'intérieur, le président Chadli a poursuivi en 1982 la lutte contre la corruption qui conforte sa popularité et neutralise d'éventuels rivaux. L'arrestation de M. Messaoud Zeghar (en janvier), richissime homme d'affaires ami de Boumediène, et la condamnation (en mai) de M. Bouteflika, ancien ministre des Affaires étrangères, qui espéra devenir le troisième président de l'Algérie indépendante, ont été deux points forts de la campagne d'assainissement, alors que se préparait activement le Congrès du FLN qui précédera l'élection présidentielle de 1984.

Les orientations fixées précédemment ont été maintenues: tout en réaffirmant son attachement au socialisme, le pouvoir a encouragé les petites et moyennes entreprises privées, autorisé certains producteurs agricoles à commercialiser directement leurs produits et a laissé ouvrir quelques brèches dans le monopole du commerce extérieur pour faciliter la vie quotidienne. Les toutes puissantes sociétés nationales, dont la Sonatrach, véritable État dans l'État, ont été découpées en 330 entreprises de taille moyenne, plus faciles à gérer.

Le principal point noir demeure l'agriculture, malgré les mesures adoptées dans le cadre du plan quinquennal qui s'achèvera en 1984. Les produits alimentaires représentaient en 1982 environ 20% des importations avec, notamment, 30 millions de quintaux de céréales, 50 000 tonnes de viande et 1 200 millions d'oeufs de consommation.

Autre point noir: la démographie galopante. Au rythme actuel, la population doublera avant la fin du siècle pour atteindre 40 millions d'habitants. Après une longue période de passivité, les autorités ont décidé de mettre au point un programme d'action avant le 30 juin 1983. Enfin, le projet de Code de la famille, dit "Statut personnel", débattu et ajourné en 1966, 1973 et 1982 devait être discuté une nouvelle fois par l'Assemblée populaire nationale en vue de son adoption.

Le chadlisme triomphant

Il n'est plus permis d'en douter: au terme d'une transition de cinq ans, l'Algérie a définitivement tourné en 1983 la page du Boumediénisme pour entrer dans l'ère du "chadlisme". Le colonel Chadli Bendjedid, 54 ans, a été réélu chef de l'État pour cinq ans le 12 janvier 1984, avec 95,36% des suffrages. Secrétaire général du parti FLN, ministre de la Défense, soutenu par l'armée qui l'avait choisi en 1978 pour succéder à Boumediène, il dirige le pays avec fermeté et a désormais les moyens de faire prévaloir ses vues. Le Ve Congrès du FLN réuni du 19 au 22 décembre 1983 a approuvé ses orientations et a débouché sur un profond renouvellement du Comité central, instance suprême du parti.

Les plus proches collaborateurs de Boumediène, ceux que l'on appelait volontiers les "barons", en ont été définitivement écartés. C'est le cas de M. Bouteflika, qui dirigea pendant quinze ans, de 1964 à 1979, la diplomatie algérienne, de M. Abdenelam, "père de l'industrialisation", de M. Tayebi Barbi qui avait fait du ministère de l'Agriculture un fief où il régnait sans partage, ou encore de MM. Benchérif, ancien commandant en chef de la gendarmerie et Draïa, ex-chef de la police. Les uns et les autres avaient été "suspendus" du Comité central après enquête de la commission de discipline. La gestion passée de plusieurs d'entre eux a en effet été mise en cause par la Cour des comptes dans le cadre de la "campagne d'assainissement" lancée par le chef de l'État pour lutter contre le laxisme et la corruption. M. Bouteflika a ainsi été condamné le 14 mai 1983 à reverser au Trésor algérien plusieurs centaines de milliers de francs suisses qu'il aurait détournés. Rejetant vivement les accusations portées contre lui, l'ancien ministre qui vit en exil en Europe a dénoncé un jugement par lui assimilé à une "manoeuvre politique".

Plus significative encore est l'élimination du Comité central du colonel Mohamed Salah Yahiaoui, chef de file des progressistes à qui Boumediène avait confié la tâche de rénover le parti et les organisations de masse. Disposant de soutiens dans l'armée, il était apparu comme le rival le plus sérieux du colonel Chadli Bendjedid dans la course à la succession et lors du Congrès de janvier 1979, ce dernier avait dû composer avec lui et lui abandonner la direction du FLN. Ce bicéphalisme avait pris fin en mai 1980 lorsque l'armée, lasse des désordres fomentés par les étudiants arabisants puis par les Kabyles, s'était prononcée pour l'octroi de pleins pouvoirs au chef de l'État. Celui-ci avait alors remplacé M. Yahiaoui par un apparatchik, M. Messaadia, qui s'est employé avec succès à reprendre en main le parti et les organisations de masse. Mais M. Yahiaoui, qui dispose de nombreuses amitiés en raison de son intégrité et de son prestigieux passé de maquisard, était resté membre à part entière du CC.

Un nouveau personnel politique

L'élimination des "Boumédiénistes" a eu pour corollaire la promotion dans tous les secteurs d'une nouvelle couche de dirigeants, effectuée par étapes et avec le souci de ménager la transition. Après avoir assuré pendant cinq ans la direction du ministère du Plan où il a procédé à une remise en ordre de l'économie, M. Abdelhamid Brahimi, l'un des conseillers les plus écoutés du président Bendjedid, a été nommé le 22 janvier 1983 à la tête du gouvernement en remplacement de M. Abdelghani. Le cabinet a été renforcé par quatorze vice-ministres, hauts fonctionnaires et technocrates de talent, qui vont pouvoir ainsi faire un apprentissage ministériel. Le même type de procédure a été employé au bureau politique où apparaissent des membres suppléants parmi lesquels deux jeunes colonels, le secrétaire général du ministère de la Défense, M. Benloucif et le directeur de la marine, M. Rachid Benyelles. Les cadres de l'armée ont été rajeunis, plusieurs centaines d'officiers supérieurs issus pour la plupart de l'Armée de libération nationale ayant été invités à prendre leur retraite. Il en a été de même dans le secteur industriel à l'occasion des vastes opérations de restructuration engagées pour améliorer la productivité des sociétés nationales.

La "révolution tranquille" entamée dès 1980 sous la houlette de M. Chadli Bendjedid a bénéficié des commentaires louangeurs d'une presse écrite et audio-visuelle épurée de ses éléments contestataires et notamment des membres et des sympathisants du Parti de l'avant-garde socialiste (PAGS) clandestin, qui se posaient en gardiens jaloux de l'orthodoxie socialiste. Quotidiennement, la presse célèbre la "fidélité", la "rigueur", la "clairvoyance" et la "sagesse" du "militant" Chadli Bendjedid.

Économie: décentralisation et réalisme

S'il n'est pas question d'une libéralisation économique comparable à celle mise en oeuvre par Sadate en Égypte, les dirigeants ont poursuivi en 1983 leurs efforts pour rentabiliser l'appareil de production installé à grands frais par Boumediène. La déconcentration et la décentralisation ont fait de notables progrès: le 16 décembre 1983, l'Assemblée populaire nationale a adopté un projet de loi créant 17 nouvelles willayas (départements), ce qui porte leur nombre à 48, et élevant le nombre des communes à 1 540 contre 704. Le nouveau découpage territorial sera effectif en 1985 en même temps que démarrera le nouveau plan quinquennal 1985-1989.

Les quatre cents entreprises industrielles nées de l'éclatement des quelques soixante-dix sociétés nationales qui formaient l'épine dorsale de l'économie algérienne sont devenues opérationnelles. Le secteur agricole a été lui aussi réaménagé. Ainsi les domaines autogérés et les coopératives de la révolution agraire (CAPRA) ont été regroupés au sein d'un même secteur. A la fin de septembre 1983, on dénombrait 3 400 "domaines agricoles socialistes", couvrant une superficie de 2 766 200 hectares. Dans chacun d'entre eux a été nommé un ingénieur agricole, un comptable et un chef de parc. Une aide importante a été accordée aux agriculteurs privés qui se vont vus distribuer 15 000 tracteurs et 70 000 moto-pompes. Les opérations de restructuration et de remembrement ont été parfois l'occasion de restituer des terres à leurs anciens propriétaires. La privatisation est désormais envisagée à moyen terme pour tous les domaines qui continueraient à accumuler les déficits. L'agriculture reste le souci premier des dirigeants. En raison d'une sécheresse persistante, la production de céréales d'hiver est tombée en 1983 à 12 millions de quintaux, contre 22 millions en 1980. Seules les productions maraîchères ont progressé. Le quart environ des recettes tirées du pétrole et du gaz a été consacré en 1983 à l'achat à l'étranger de denrées alimentaires.

De façon générale, les responsables, tout en restant globalement fidèles au choix socialiste, entendent se montrer réalistes et refusent tout dogmatisme. L'entreprise privée est réhabilitée à condition d'être "non exploiteuse" et de s'insérer harmonieusement dans la planification générale. Si le monopole d'importation de l'État est maintenu, des mesures ont été prises en décembre 1983 pour permettre aux petites et moyennes entreprises d'importer des équipements dont la valeur est inférieure à 100 000 dinars (168 000 F). Les contraintes qui freinaient l'investissement privé dans le secteur immobilier ont été en partie levées.

L'action engagée dès 1979 pour rétablir les équilibres économiques fondamentaux, rompus durant la période précédente, s'est poursuivie. L'accent a été mis sur l'implantation de petites unités industrielles décentralisées, sur l'amélioration des voies de communication, notamment ferroviaires, sur le développement de l'appareil de distribution et des moyens de stockage, sur la construction de logements afin de répondre à des besoins sociaux sans cesse croissants en raison de l'élévation du niveau de vie (les revenus des ménages auraient augmenté de 5% en 1983) et de l'expansion démographique.

Les investissements sont financés pour l'essentiel par les recettes tirées de l'exportation des hydrocarbures dont la vente représente 97% des revenus de l'Algérie. Elles se sont élevées en 1983 à 55 milliards de dinars (11,3 milliards de dollars) contre 59,6 en 1982. L'Algérie a su compenser la chute des cours du brut et la baisse de sa production de pétrole par une habile politique de diversification: le condensat, le gaz naturel, les produits raffinés et dérivés représentent désormais les trois quarts des ventes à l'étranger. La mise en service, le 18 mai 1983, du gazoduc acheminant en Italie, via la Tunisie et la Sicile, le gaz naturel d'Hassi-R'Mel va accentuer cette évolution puisque de 2,6 milliards de m3 en 1983, les livraisons ainsi effectuées doivent atteindre 12,5 milliards de m3 en 1986.

Dans l'ensemble, l'économie algérienne est saine grâce à une gestion prudente. La balance commerciale des biens et des services n'a été en 1983 que faiblement déficitaire. La dette extérieure reste importante et a lourdement pesé sur l'exercice 1983, puisque l'Algérie a remboursé 4,2 milliards de dollars, soit 30% environ de ses exportations. Mais elle doit désormais baisser et les remboursements prévus pour 1984 n'étaient que de 3 milliards de dollars. L'Algérie, qui n'avait presque pas eu recours aux capitaux extérieurs depuis 1980, a donc facilement trouvé des prêteurs pour couvrir les deux emprunts lancés en 1983: l'un de 700 millions de dollars pour la Sonatrach en mai et l'autre de 800 millions de dollars pour la Banque nationale d'Algérie (BNA) en décembre.

Le chiffre officiel de créations d'emplois (151 000) est satisfaisant et l'inflation s'est maintenue en 1983 comme en 1982 aux alentours de 13% (le chiffre officiel est de 5,7). Le PNB aurait augmenté en prix courants de 7 à 8%, mais en valeur réelle de 0,1% seulement.

Pragmatisme et prudence en politique étrangère

Le pragmatisme et la prudence caractérisant les choix économiques se retrouvent en politique étrangère. Certes, le président Chadli et son ministre des Affaires étrangères le Dr Taleb Ibrahimi n'ont pu progresser autant qu'ils le souhaitaient dans la voie de la construction du Maghreb, qui reste cependant le grand projet du régime. Si la rencontre du 26 février 1983 avec le roi Hassan II n'a pas eu les effets escomptés, à cause de l'enlisement du conflit saharien, un spectaculaire rapprochement s'est opéré avec la Tunisie: le 19 mars 1983 un "traité de fraternité et de concorde" assorti d'un accord frontalier mettant fin à un contentieux territorial vieux de vingt ans a été signé à Tunis par les deux présidents. La coopération n'a cessé depuis de se développer entre les deux États, et le président Bourguiba a reçu le 29 mai à Alger un accueil populaire particulièrement chaleureux.

La politique de "bon voisinage positif" menée par le président Chadli Bendjedid s'est également développée avec succès en direction du Niger, du Mali et de la Mauritanie. Cette dernière coopère étroitement avec l'Algérie et a signé à son tour le 13 décembre 1983 le traité de fraternité et de concorde algéro-tunisien, ouvert en principe à tous les pays maghrébins. Ainsi, s'est constitué un axe Nouakchott-Alger-Tunis, qui s'est substitué à l'axe Alger-Tripoli. Les relations algéro-libyennes se sont en effet d'autant plus dégradées que le colonel Kadhafi s'est rapproché du Maroc et a cessé son aide au Polisario en échange de la neutralité chérifienne dans l'affaire tchadienne.

La politique de rapprochement avec la France a été marquée par une date historique dans les relations entre les deux pays, longtemps frappées du sceau de la défiance. En se rendant en visite officielle à Paris du 7 au 10 septembre 1983, le président algérien a scellé la réconciliation entre l'ancienne métropole et l'ancienne colonie. Les échanges économiques se sont développés de façon considérable dans la foulée de l'accord gazier du 3 février 1982, au point que la France, qui a retrouvé sa place de premier client et de premier fournisseur de l'Algérie a enregistré en 1983 un déficit commercial de 100 millions de francs. La coopération s'est également développée dans le domaine militaire avec la signature en juillet 1983 d'un accord cadre. La concertation politique entre les présidents Chadli Bendjedid et Mitterrand a été constante, notamment à propos du Proche-Orient et du Tchad. Ce rapprochement franco-algérien s'est accompagné d'une ouverture vers l'Occident, particulièrement vers l'Europe. Après sa visite à Paris, le chef de l'État algérien s'est rendu à Rome. Les relations politiques se sont développées avec la Grande-Bretagne, la Belgique, l'Espagne. Le roi Juan Carlos est ainsi venu en visite officielle à Alger le 20 mai 1983. Alger a même réservé un accueil cordial le 14 septembre 1983 au vice-président américain Georges Bush. Les responsables algériens, toujours attachés aux principes du non-alignement, ont ainsi poursuivi leur politique de recentrage et ont pris quelques distances avec Moscou. Cependant, même s'ils s'attachent à diversifier leurs armements jusque-là exclusivement achetés en URSS et à réduire le nombre de conseillers militaires soviétiques en se tournant vers l'Occident, ils n'en veillent pas moins à garder de bonnes relations avec l'URSS et les pays de l'Est.

1983 a donc été une année charnière marquée dans tous les domaines par des décisions importantes. Sur le plan strictement politique, le régime a réussi, au prix de quelques dizaines d'arrestations, à maintenir dans des limites raisonnables la contestation islamique. Il se garde de l'attaquer de front et se situe sur son terrain en prônant un islam moderniste et progressiste: est-ce pour ne pas prêter le flanc à la critique des intégristes? Le 29 mai 1984, un nouveau Code de la famille était enfin promulgué, corrigeant quelque peu les inégalités entre les sexes et accordant à la femme certains droits jusqu'alors réservés aux hommes (ainsi, par exemple, la femme pourra choisir son époux et en divorcer plus facilement). Le premier projet avait été vivement contesté, surtout par des femmes, dont certaines n'avaient pas hésité à manifester dans la rue.

Force est de constater que cette politique prudente dans tous les domaines a épargné à l'Algérie les terribles secousses qu'ont connues ses voisins en janvier 1984 à la suite d'importantes augmentations des produits de première nécessité. Des mesures de même nature ont été prises en Algérie le 31 juillet 1983, mais les hausses ont été modérées, s'échelonnant de 10 à 30%. Et elles ont été compensées par une augmentation de 10% du salaire minimum porté à 1 100 dinars par mois (1 850 F environ) et par un relèvement de tous les salaires inférieurs à 2 000 dinars, mesure qui a touché quelque 2 400 000 travailleurs.

Il aura fallu près de sept ans à Chadli Bendjedid, réélu à la présidence le 12 janvier 1984, pour achever de consolider son pouvoir, grâce à un style politique nouveau. A ce titre, l'année 1984 et le début de 1985 ont marqué une étape importante. Les intentions de la classe dirigeante algérienne sont apparues plus clairement, notamment dans les premiers mois de 1985:

- 1er janvier 1985: le second Plan quinquennal 1985-1989 est entré en vigueur. Axé essentiellement sur le développement de l'agriculture, il a confirmé l'ouverture vers le secteur privé.

- Février 1985: le président algérien a annoncé son intention de faire amender la Charte nationale, le document idéologique de référence du FLN (Front de libération nationale), intention qu'il a confirmée, fin avril, devant les membres du Comité central du parti unique algérien.

- 16 avril 1985: Chadli Bendjedid est allé à Washington pour une visite officielle de six jours, la première effectuée aux États-Unis par un chef d'État algérien.

La Charte nationale amendée

De ces trois événements, celui qui a le plus frappé l'opinion algérienne a été sans conteste l'annonce de l'amendement de la Charte. Adoptée par referendum le 27 juin 1976, à l'issue d'un débat national ouvert à tous les courants de pensée, le texte de base de la Révolution algérienne définissait le socialisme comme "une option irréversible", et consacrait le FLN comme parti unique. En décidant "d'enrichir" le document "à la lumière des expériences acquises durant la dernière décennie et des nouvelles données des années quatre-vingt", Chadli Bendjedid a ébranlé le plus ancré des dogmes de l'Algérie indépendante. Une commission nationale devait être chargée de cette opération "d'enrichissement" dont le chef de l'État n'a pas exclu qu'elle puisse porter sur des aspects fondamentaux ; auquel cas, la question serait soumise à referendum.

Un débat national devait avoir lieu à ce sujet en août 1985. Chadli a précisé: "Nous expliquerons le sens de l'enrichissement pour que ce sujet ne soit pas exploité par certains éléments tendancieux...", faisant allusion aux opposants réels ou potentiels qui pourraient saisir cette occasion pour crier à la remise en cause des options socialistes, voire à l'infitah (politique de libéralisation à outrance comme celle pratiquée en Égypte au temps du président Anouar el-Sadate). Cette éventualité paraissait toutefois peu probable, du fait du ralliement de la majeure partie des exilés politiques.

Après le renouvellement, en décembre 1983, du Comité central du FLN et la mise à l'écart des "barons" de l'ère Boumediene, le trentième anniversaire du déclenchement de la Révolution, le 1er novembre 1984, a été placé sous le signe de l'unité nationale et de la réconciliation. La politique de décrispation et de clémence inaugurée par Chadli Bendjedid dès son accession au pouvoir, en 1979, a été payante. Plusieurs dizaines de personnalités, jusque-là assignées à résidence ou réfugiées à l'étranger dans les labyrinthes d'une opposition minée par les querelles de personnes, ont regagné leur pays après avoir bénéficié de grâces amnistiantes. Parmi eux, Ferhat Abbas ou Mohamed Benkhedda, deux anciens présidents du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), décorés à l'occasion de ce trentième anniversaire, en même temps que de nombreux autres chefs de la Révolution algérienne tombés en disgrâce sous Boumediene.

Parmi ceux, peu nombreux, qui ont refusé de répondre à l'appel du chef de l'État algérien, le plus actif, le premier président Ahmed Ben Bella, même s'il a bénéficié d'importants soutiens de l'étranger, est resté plus isolé que jamais. Enfin, la politique d'apaisement s'est également manifestée en faveur des milieux intégristes dont les troupes de choc ont eu droit, en avril 1985, à un verdict remarquablement modéré, tout comme les militants berbéristes dont sept ont été relaxés lors du procès de février 1985.

Cependant, derrière la réconciliation politique et la stratégie de l'apaisement, un nouvel espace d'affrontement s'est profilé dans les déchirures du tissu social: les émeutes d'avril 1985 dans la Casbah d'Alger ont illustré assez bien le malaise grandissant qui s'est emparé des couches citadines les plus défavorisées. Au-delà des crises de croissance qui frappent les grandes cités algériennes, et des effets multiples d'une politique de développement accéléré, le mécontentement résulte des profondes inégalités sociales.

Certes, les statistiques 1985 de la Banque mondiale révélaient un PNB par habitant de 2 350 dollars en 1982, plaçant l'Algérie au troisième rang des pays d'Afrique ; selon les statistiques officielles algériennes, le revenu annuel moyen par habitant est passé de 3 596 dinars (5 980 francs) en 1979, à 5 493 dinars (9 155 francs) en 1984. Pourtant, ces chiffres n'effacent pas la dure réalité d'un taux de chômage officiellement évalué à 16,9% pour 1984, qui a frappé de plein fouet les citadins (45% de la population). Le sous-emploi, la poussée démographique, l'habitat et l'insuffisance de production agricole ont atteint la cote d'alerte. Et, lorsque le Premier ministre Abdelhamid Brahimi s'est félicité, dans une interview à Ech Chaab, en avril 1985, de ce que la production industrielle avait augmenté de 17% entre 1980 et 1984, au même moment, l'organe du FLN, Révolution africaine, publiait un dossier explosif sur l'inflation (6,5% en 1984) qui soulignait les "inégalités criantes" du système en s'appuyant sur une enquête de l'Office national des statistiques menée en 1980. Ce dossier dénonçait le goût de luxe des couches aisées de la population et faisait remarquer que ce sont "les jeunes de 25 à 35 ans (60% de la population) qui pâtissent le plus de la situation en voyant leurs perspectives d'avenir bouchées".

Priorité à l'agriculture

Le risque de débordement de la génération d'après-guerre n'a en effet jamais été aussi présent qu'en 1985. Les dirigeants se sont engagés dans une véritable course contre la montre destinée à préparer "l'après-pétrole". Le renversement des priorités économiques au profit de l'agriculture et des secteurs sociaux, amorcé avec le premier Plan 1980-1984, s'est accéléré avec le second Plan 1985-1989: 550 milliards de dinars (900 milliards de francs) d'enveloppe globale, soit 150 milliards de dinars de plus que dans le Plan précédent. Trois priorités ont été fixées: intensifier la production agricole, satisfaire les besoins de la population et décentraliser l'appareil économique. Un million d'emplois devraient être créés entre 1985 et 1989, contre 710 000 au cours du premier Plan. Entre-temps, la population aura augmenté de quatre millions d'habitants. En se fixant cet objectif, les dirigeants comptaient aussi sur l'émergence d'un large secteur privé, qui souhaite obtenir de nouvelles garanties pour ses investissements et qui ne verrait pas d'un mauvais oeil une révision de certaines dispositions de la Charte nationale, jugée "trop socialiste".

Très largement renforcé depuis le départ à la retraite anticipée d'une masse considérable d'anciens officiers de l'armée ou de cadres issus du mouvement de libération nationale, le secteur privé pourrait constituer une force importante dans le pays. Fin 1984, 1 200 projets privés attendaient le feu vert du ministère des Finances, tandis que près de 3 000 Algériens avaient accédé, à la même époque, à la propriété agricole. Tout comme pour les plans de développement précédents, le financement du Plan 1985-1989 repose sur les recettes pétrolières et les crédits extérieurs. Dans son bilan 1984, le Fonds monétaire international (FMI) s'est félicité de la politique économique algérienne. La baisse de la production de pétrole a été compensée par l'accroissement régulier des ventes de gaz naturel. Le service de la dette extérieure ne représentait que 9,4% des recettes d'exportation. Autre motif de satisfaction pour le FMI, les sacro-saints prix des produits céréaliers ont été révisés en hausse de 10%.

Dans le domaine de la politique étrangère, le voyage de Chadli Bendjedid aux États-Unis a montré que "le courant est passé", augurant une nouvelle donne dans la région maghrébine. Ronald Reagan s'est félicité de "la direction positive prise par l'Algérie", et les Algériens ont été inscrits sur la liste des "pays amis" qui bénéficient des programmes de ventes d'armes du Pentagone. Cela répondait au souhait d'Alger de diversifier ses approvisionnements en armements et de sortir du tête-à-tête militaire avec Moscou. En 1985, les Algériens en étaient au stade exploratoire, soucieux de ne pas se lier à une seule puissance - la compétition entre Londres et Paris, notamment, était très serrée. L'ouverture vers l'Occident a suscité un grand intérêt à Washington où, à défaut de pouvoir s'engager dans l'immédiat sur ce nouveau marché des armes, on envisageait de développer la coopération dans les secteurs sensibles de l'agriculture et de l'hydraulique.

Ce come back sur Alger après dix-sept ans d'une présence américaine discrète a été facilité par l'image favorable dont jouit le président Bendjedid à la Maison Blanche - où il est apprécié comme un "pragmatique modéré" - mais aussi par le rôle qu'a joué l'Algérie dans la libération des otages de l'ambassade américaine de Téhéran en janvier 1981. Les Algériens sont restés les seuls parmi les pays musulmans à entretenir de bonnes relations avec l'Iran, sans altérer pour autant leurs rapports avec Bagdad. Ils ont également adopté une position intermédiaire au Proche-Orient, où Alger a été un élément modérateur entre Syriens et Palestiniens. Le roi Hussein de Jordanie, au cours de son séjour en Algérie, début 1985, a exposé en détail les termes de son accord avec Yasser Arafat. Les Algériens ne l'ont pas formellement rejeté.

Par ailleurs, un rapprochement s'est opéré avec l'Égypte, notamment à l'occasion du XXe Sommet de l'OUA, à Addis-Abeba, où le président Chadli a rencontré, pour la première fois, son homologue égyptien, Hosni Moubarak. Et tandis que la revue égyptienne Al Moussawar s'est félicitée des "vents modérés venant d'Algérie", les dirigeants du Caire ont voté régulièrement pour les résolutions des Nations Unies et de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) favorables aux Sahraouis du Front Polisario.

Ces signes d'ouverture se sont exprimés parallèlement à une politique active au sein des non-alignés et de l'OUA. L'admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à l'organisation panafricaine ayant été acquise lors du XXe Sommet d'Addis Abeba en novembre 1984, Alger a centré l'essentiel de son action sur la tragique détérioration de la situation économique du continent africain. Cependant, le problème du Sahara occidental n'était pas résolu en 1985, le Maroc occupant toujours la partie vitale de l'ancienne colonie espagnole. Chadli Bendjedid a d'ailleurs profité de son voyage aux États-Unis pour sensibiliser la Maison Blanche au risque que faisait courir le conflit à l'ensemble de la région, et à la nécessité de mettre fin au monopole marocain dans le dialogue avec Washington. Cette démarche, encouragée par l'irritation américaine consécutive au traité d'union maroco-lybien du 13 août 1984, a aussi été motivée par l'évolution d'une position française jugée trop ouvertement pro-marocaine. L'Algérie est restée très ferme sur la question du Sahara occidental, estimant que le principe du droit à l'autodétermination et à l'indépendance tout comme celui de l'intangibilité des frontières issues de la colonisation constituent le plus petit dénominateur commun de l'unité africaine.

Vers l'austérité

"C'est la crise": l'année 1986, qui annonçait un second souffle pour le régime du président Chadli Bendjedid avec l'adoption de la nouvelle Charte nationale, a commencé dans un climat pessimiste. 98% de ses recettes d'exportation provenant des hydrocarbures, l'Algérie se trouve frappée de plein fouet par la dégringolade des prix du pétrole (-50% en six mois) et l'érosion parallèle de la monnaie américaine, utilisée pour les transactions pétrolières, alors que le coût des biens d'équipement importés est resté à peu près stable. Ses revenus en devises, qui, selon les chiffres officiels, s'étaient maintenus en 1985 aux alentours de 12,8 milliards de dollars, pourraient tomber à seulement 8 ou 9 milliards.

Car la baisse des tarifs pétroliers a une incidence directe sur ceux du gaz, dont l'Algérie possède des réserves qui la placent au quatrième rang mondial. En raison d'une stratégie commerciale fondée sur des accords à long terme et des prix élevés, elle a perdu progressivement tous ses clients sur le marché américain et elle devait renégocier en 1986, avec ses partenaires belge, italien et français, dans des conditions peu favorables ; pour ce pays de 23 millions d'habitants dont les besoins croissent au rythme d'une démographie "galopante", les temps difficiles de "après-pétrole" sont arrivés plus tôt que prévu.

Dès la fin février 1986, le gouvernement a décidé d'informer ses concitoyens de la situation et d'opérer des compressions budgétaires (-20% sur le programme d'importations, -26% sur les équipements). Et à partir du mois d'avril, les autorités algériennes ont commencé à expulser quelque 20 000 Maliens et Nigériens qui s'étaient installés illégalement dans le Sud saharien et devenaient un fardeau économique.

Dans ce contexte difficile, les dirigeants algériens ont gardé au moins deux motifs de satisfaction. D'abord la nette amélioration des performances de l'agriculture, grâce à l'aide accordée par l'État aux petits paysans, à la restructuration des domaines autogérés, au relèvement des prix offerts aux producteurs et à des pluies régulières. La récolte de céréales a ainsi atteint en 1985 le niveau exceptionnel de 30 millions de quintaux (dont 16,4 de blé) contre 16 millions l'année précédente, tandis que la production de pommes de terre a doublé en l'espace de deux ans (on en espérait 10,5 millions de quintaux en 1986). Ces progrès ont allégé d'autant la facture des importations alimentaires, lesquelles couvrent 60% des besoins. L'autre indice de bonne santé économique est le niveau de la dette, maintenu - grâce à une gestion très prudente - autour de 17 milliards de dollars.

L'Algérie peut donc se permettre d'emprunter pour affronter cette mauvaise passe. Mais ses dirigeants semblent hésiter à la fois sur l'ampleur de la crise et sur la stratégie à adopter: si l'austérité (et non la simple rigueur) se révèle indispensable, qui va-t-elle toucher en priorité parmi les secteurs de l'État et dans la population? Et peut-on sans risque remettre brutalement en cause les alliances nouées avec les couches populaires sur la base d'un partage de la rente des hydrocarbures? On a vu affleurer dans la presse (suivant qu'elle est plus proche du Parti ou de la Présidence) un débat sur la crise qui paraît recouper assez exactement les discussions parfois très polémiques auxquelles on a assisté en 1985 à propos de la Charte nationale.

Adoption de la Charte nationale

Le président Chadli avait annoncé, début 1985, que ce document de base du socialisme algérien, adopté par référendum le 27 juin 1976 à l'issue d'un large débat populaire, serait "enrichi" à la lumière des dix années écoulées. Soumise fin décembre à un Congrès extraordinaire du Front de libération nationale (FLN), puis approuvée le 16 janvier 1986 par une écrasante majorité d'électeurs, la seconde mouture est le résultat d'un compromis plus malaisé que prévu entre les forces qui composent l'assise traditionnelle du régime (le Parti, la technocratie et l'armée), elles-mêmes partagées entre les défenseurs de "l'héritage" du président Boumediene et les partisans de réformes économiques audacieuses à la manière chinoise.

Le nouveau texte ne remet pas en cause "l'option socialiste" et consacre la prééminence du Parti, dont le rôle a été renforcé depuis l'arrivée au pouvoir du président Chadli en 1979. Mais il accorde aussi une plus grande place aux origines historiques de la nation algérienne (en reconnaissant notamment l'apport des royaumes berbères), à l'islam - qui devient la principale "référence idéologique" de la Charte -, et au secteur privé, considéré désormais comme un instrument du développement national, alors que le texte de 1976 le cantonnait dans l'artisanat et le commerce de détail. Employant déjà un quart de la main-d'oeuvre industrielle, le capital privé est fortement sollicité pour la mise en valeur agricole du Grand Sud saharien, et dans les domaines du tourisme et des industries légères (10% du secteur) ainsi que dans le bâtiment où il existe 5 000 à 6 000 petites entreprises, autorisées depuis peu à faire de la promotion immobilière.

La Charte met aussi l'accent sur le contrôle de la croissance démographique: avec un taux de 3,2% par an, il fallait déjà scolariser, en 1985, près de 6 millions d'enfants et d'adolescents. Dans ce domaine, la rupture est nette avec les idées natalistes professées il y a dix ans dans la foulée d'un tiers mondisme militant.

Au lieu du remaniement en profondeur auquel on s'attendait après le plébiscite de la Charte, le président Chadli a seulement procédé à des changements "techniques" au sein du gouvernement et à la tête du Parti, sans toucher aux postes clés: certains compromis ont sans doute été nécessaires en raison des incertitudes économiques.

Montée de la contestation

Le régime a aussi dû faire face à une recrudescence de la contestation interne, surtout de la part du courant "berbériste" et des fondamentalistes musulmans. La politique de réconciliation menée depuis 1984 à l'égard de certains opposants en exil ou des anciens "barons" de l'ère Boumediene (comme l'homme d'affaires Messaoud Zeggar, discrètement acquitté à l'automne 1985, après plusieurs années de détention) n'a pas convaincu les plus prestigieux d'entre eux. Et en décembre, deux chefs historiques du FLN, Hocine Ait-Ahmed et l'ex-président Ahmed Ben Bella ont annoncé à Londres une "initiative commune" pour la démocratie en Algérie, qui pourrait rencontrer un écho dans la communauté émigrée.

Au même moment se déroulait, devant la Cour de sûreté de l'État, le procès de douze membres de la Ligue algérienne des droits de l'homme (fondée le 30 juin 1985) et de onze "fils de Martyrs", autre association considérée comme illégale. Presque tous les accusés, qui appartenaient aux milieux berbéristes et dont l'arrestation a provoqué durant plusieurs mois des incidents en Kabylie, ont été condamnés à des peines variant entre six mois et trois ans de prison. Les mêmes juges se sont montrés beaucoup plus sévères envers les chefs d'un réseau benbelliste armé, constitué en 1983 dans les Aurès. Mais le plus grave défi lancé aux autorités est venu d'un groupe d'activistes musulmans qui a attaqué, fin août 1985, une caserne-école de police, tuant un garde et emportant des armes, avant de prendre le maquis dans les montagnes à trente kilomètres de la capitale. Après un violent accrochage qui fit cinq morts parmi les gendarmes, une partie de la bande a été capturée, mais son chef Mustafa Bouiali a réussi à s'échapper.

Soucieuses de distraire les jeunes de la propagande intégriste, qui trouve un terrain favorable dans les problèmes de logement (il en manquerait 1 million) ou de chômage (16,9% en 1984 selon les chiffres officiels), les autorités ont tenté de rattraper le temps perdu sur le terrain culturel. La multiplication de festivals locaux et de centres de loisirs - tel l'ambitieux complexe de Riad el-Feth sur les hauteurs d'Alger - a ouvert d'autres horizons aux moins de trente ans, qui forment plus de la moitié de la population.

L'unité du Maghreb reste par ailleurs la ligne directrice d'une diplomatie plus "pragmatique" que par le passé, et préoccupée avant tout de la stabilité de la région. Prise au dépourvu en 1984 par le traité maroco-libyen, l'Algérie a réussi, après une période de flottement, à renouer avec son turbulent voisin libyen. Le président Chadli et le colonel Kadhafi se sont rencontrés fin janvier 1986 à In Amenas, dans le désert algérien, afin de dissiper les malentendus. Alger a offert de dynamiser la coopération, tout en différant l'échéance d'une "fusion" politique que la Libye a déjà sollicitée à plusieurs reprises.

Car les Algériens ne veulent surtout pas compromettre leurs bonnes relations avec la Tunisie, qu'ils s'efforcent de protéger contre les menaces libyennes, et où ils défendent des intérêts vitaux (le gazoduc algéro-italien passe en territoire tunisien). Ils persistent aussi à rechercher une entente avec le Maroc dans l'espoir de régler enfin le conflit du Sahara occidental, à condition que Rabat fasse un geste envers le Front Polisario, qui revendique depuis treize ans cette ancienne colonie espagnole. En avril 1986, le royaume chérifien a accepté d'ouvrir à New York, sous l'égide des Nations Unies, des conversations préliminaires en vue d'établir un cessez-le-feu et d'organiser un référendum ; mais il persistait dans son refus officiel de nouer des contacts directs avec le Polisario.

L'autre point saillant de la politique étrangère algérienne a été, à la fin mars 1986, la visite du président Chadli à Moscou, destinée à équilibrer, suivant les principes d'un strict non-alignement, celle qu'il avait effectuée un an auparavant à Washington.

Ce "retour à Moscou" ne semble pas avoir remis en cause la politique de dialogue avec l'Ouest et les États-Unis, dont les raids aériens contre la Libye ont cependant soulevé un tollé dans la presse et au sein du FLN, alors que le gouvernement adoptait une attitude nettement plus modérée. De tels contrastes indiquent que la "chadlisation" du régime n'est pas encore achevée et que le chef de l'État pourrait avoir besoin d'un troisième mandat pour mener à bien les réformes dans lesquelles il s'est engagé.

Fin de l'économie de rente

A l'approche de son vingt-cinquième anniversaire (juillet 1987), l'État algérien traverse une période cruciale. La dévalorisation du pétrole et du dollar survenue en 1986 a eu des incidences désastreuses, privant le pays de 40% de ses recettes en devises (7,65 milliards de dollars en 1986 au lieu de 12,7 milliards en 1985). L'Algérie a régressé: sa croissance économique de 2,9% a été prise de vitesse par son expansion démographique de 3,2%

Dès mars 1986, la volonté de soustraire l'indépendance nationale au "diktat" du FMI a inspiré une politique de rigueur visant à sauvegarder les équilibres extérieurs. Pour contrôler la situation - qui demeurait critique en mars 1987 -, la loi rectificative de finances d'avril 1986 et le budget 1987 ont prévu la compression des dépenses à l'extérieur, la baisse du train de vie de l'État ainsi que des coupes claires dans les investissements. Au niveau des importations, le souci d'éviter la paralysie de l'appareil productif l'a emporté. Malgré une priorité toute relative, les achats alimentaires pour 1987 ont été réduits de 40% par rapport à 1985. Le soutien des prix des produits de première nécessité a toutefois été maintenu.

Diverses techniques ont été utilisées pour boucler les comptes: collecte de l'épargne privée, déficit budgétaire (14 milliards de dinars en 1986, 12 milliards prévus pour 1987), utilisation des réserves en devises, pratique des arriérés de paiement. Enfin, depuis la baisse du pétrole en 1983, l'Algérie est revenue sur le marché international des capitaux ; elle y a emprunté 1,3 milliard de dollars en 1986, d'où une dette extérieure totale d'environ 20 milliards de dollars. Les remboursements connaîtront ainsi une nouvelle hausse à partir de 1988, tandis que la stabilisation du prix du baril à 18 dollars - objectif que s'est fixé l'OPEP en décembre 1986 - reste aléatoire... Alors, où trouver de nouvelles ressources?

Disposant d'une forte capacité de liquéfaction inemployée, la Sonatrach (société nationale des hydrocarbures), en quête de débouchés pour son gaz naturel, a abouti à un accord avec la Yougoslavie et, au printemps 1987, elle était sur le point de conclure avec Bayerngas (Munich) et Panhandle (États-Unis). Elle s'est efforcée aussi de consolider sa part du marché européen (en 1986, 28% des importations de gaz de la CEE) en faisant preuve de souplesse envers ses clients traditionnels pour ce qui est des quantités et des prix.

Cependant, jamais les inconvénients d'une telle dépendance envers les hydrocarbures (98% des exportations) n'ont été ressentis aussi lourdement. Il n'y a plus désormais d'échappatoire possible à la transformation des structures et des mentalités déjà mise à l'ordre du jour au congrès du Front de libération nationale (FLN) en juin 1980...

Pour diriger le passage d'une économie de rente à une économie productive, le président Chadli Bendjedid, depuis le remaniement gouvernemental de février 1986, s'est entouré de gestionnaires expérimentés. Adoptant le précepte chinois "que le chat soit blanc ou noir, l'important est qu'il attrape des souris", le gouvernement a privilégié les critères d'efficacité. Son but immédiat a été d'augmenter la production de richesses afin de satisfaire la demande interne et de dégager un surplus exportable à des prix compétitifs.

Redressement agricole

Grâce aux mesures prises en 1982-1983, la lente convalescence de l'agriculture s'est poursuivie: la production a augmenté de 9% en 1985 et 40% des domaines agricoles socialistes ont connu une gestion équilibrée en 1986. Rendre plus attractif pour la jeunesse le secteur agricole handicapé par une main-d'oeuvre vieillissante et non qualifiée, tel est l'objectif fixé de longue date. Les progrès de l'électrification rurale (réalisée à 80%), les relèvements des salaires et des prix à la production intervenus en 1986, la nomination d'ingénieurs agronomes à la tête de certaines wilayas (départements) sont allés dans ce sens. La distribution en 1985-1986 de 100 000 hectares du secteur public laissés en jachère à des citoyens qui en deviendront propriétaires après cinq ans d'exploitation effective a prouvé que la poursuite déterminée de l'autonomie alimentaire (assurée à 40% seulement) pouvait faire sauter des tabous historiques. La construction de barrages a continué avec la participation d'entreprises algériennes.

A un moment où l'investissement public marquait le pas, la nouvelle légitimité accordée au secteur privé par la révision de la Charte nationale a permis de favoriser son essor dans le tourisme, les loisirs, la maintenance. L'approbation de 507 nouveaux projets au cours du premier semestre 1986 a porté à 2 835 le nombre de dossiers agréés depuis mai 1983.

Les gains de productivité concernent surtout l'industrie où les entreprises tournent à 70% de leur capacité. La priorité y a été donnée aux "investissements dits de valorisation du potentiel existant". En 1986 sont apparus les premiers cercles de qualité et, pour assainir le secteur public, on n'a pas hésité à licencier les sureffectifs ni à fermer les unités déficitaires. La restructuration des sociétés nationales ayant produit des résultats mitigés, la rentabilité a été recherchée dans l'autonomie de gestion qui, excluant le contrôle bureaucratique a priori, ne trouve ses limites que dans le respect de la planification.

Si le réalisme économique prôné par le président Chadli est crédité d'un large consensus au sommet de l'État, des résistances de fait se sont manifestées au sein de l'administration et du FLN englués dans la routine de vingt-cinq ans d'État-Providence et de centralisation. Le débat entre tenants des réformes pragmatiques et champions de l'orthodoxie socialiste s'est perpétué avec pour chefs de file les rédactions des hebdomadaires Algérie-Actualité et Révolution africaine, organe du FLN ; il ne peut masquer l'urgence d'un réajustement structurel, malgré le coût social à payer.

Dans ce contexte, le renouvellement de l'Assemblée populaire nationale, le 26 février 1987, a été une échéance jugée importante. Rajeunie et peuplée de diplômés, l'Assemblée élue se trouve en position d'arbitre: de son ouverture d'esprit dépendront l'ampleur et le rythme de mise en oeuvre des réformes voulues par l'exécutif.

Pression démographique

Le gouvernement dispose d'une courte marge de manoeuvre, pris en tenaille qu'il est entre deux contraintes, l'une financière, l'autre démographique (23,7 millions d'habitants dont 75% de moins de trente ans) qui se traduit par une demande croissante d'emplois (146 000 postes de travail par an et déjà 18% de chômage) et d'éducation (6 millions de jeunes à l'école), sans oublier la crise du logement. En novembre 1986, les émeutes étudiantes de Constantine et de Sétif (quatre morts, de nombreux blessés, cent quatre-vingt-six incarcérations) ont été une manifestation de l'effervescence et de l'inquiétude populaires devant la dégradation des conditions de vie. Désireux d'éviter une exploitation politique du mécontentement, le pouvoir, qui a liquidé en janvier 1987 le maquis intégriste dirigé par Mustafa Bouiali, a assigné à résidence dans le Sud, pendant plusieurs mois, des membres d'une opposition, d'ailleurs très disséminée, notamment des adhérents de la Ligue algérienne des droits de l'homme et des sympathisants d'Ahmed Ben Bella. La presse qu'inspire ce dernier, avec Aït Ahmed, et qui s'était acquis une certaine audience au sein de l'immigration algérienne, a été interdite en France en décembre 1986 et à nouveau en mars 1987, comme étant "de nature à porter atteinte aux intérêts diplomatiques de la France".

Après avoir sévi, et afin de créer une certaine détente, le président Chadli a décidé en mars 1987 la levée des mesures d'assignation à résidence dans le Sud et, en avril, la libération des cent quatre-vingt-six condamnés lors des émeutes de Sétif et de Constantine. Dans le même temps, il a suscité la création d'une autre Ligue des droits de l'homme, concurrente de la précédente, qui a reçu aussitôt l'agrément officiel.

Quant à la diplomatie algérienne, elle a essentiellement été accaparée par des tentatives de réconciliation entre frères ennemis: entre l'Iran et l'Irak, le Tchad et la Libye, la Tunisie et la Libye, L'OLP et la Libye d'une part, la Syrie de l'autre. Ces entreprises méritoires mais ingrates ont été conduites avec des succès divers, mais l'Algérie a vu sa principale initiative, lancée en avril 1986, aboutir à de substantiels progrès dans le processus de réunification de la Résistance palestinienne, couronnés par la réunion à Alger du Conseil national palestinien le 20 avril. En outre, avec une extrême discrétion, l'Algérie a mis son entregent au service de la libération des otages français détenus au Liban.

Priorité à la réforme économique

L'Algérie a reconduit pour 1988 la politique de rigueur qui lui avait permis, l'année précédente, de maîtriser une situation financière très dégradée. Représentant 98% des recettes d'exportation, les revenus tirés des ventes d'hydrocarbures se sont stabilisés à 8,45 milliards de dollars en 1987, ce qui était mieux qu'en 1986 (7,65 milliards de dollars). Ce progrès a autorisé un élargissement du programme général des importations. Mais les autorités refusant toujours un rééchelonnement de la dette extérieure, le service de cette dernière a atteint, en 1987 et 1988, 55% de la valeur des recettes d'exportations, une charge extrêmement lourde. L'objectif est donc demeuré inchangé: accroître par tous les moyens la production afin d'entretenir une croissance si possible égale à l'expansion démographique (3,1%).

Dans une période de baisse des coûts des énergies alternatives, la cherté des opérations de liquéfaction, transport et regazéification handicape la commercialisation du GNL (gaz naturel liquéfié), principale richesse du pays, et compromet ainsi l'amortissement des énormes investissements opérés - à crédit - durant les années soixante-dix. Pour sauvegarder et améliorer ses parts de marché en Europe, face à la concurrence norvégienne et soviétique, et reconquérir sa clientèle nord-américaine, tout en maintenant ses prétentions sur les prix, la Sonatrach (Société nationale des hydrocarbures) s'est engagée dans une série de négociations délicates. Si elle n'a pu faire triompher son point de vue face à ses clients traditionnels - (Gaz de France, Enagas [Espagne], Distrigaz [Belgique]) -, en revanche, la société algérienne a amélioré ses débouchés en plaçant à long terme auprès de la Turquie, des États-Unis et de la Grèce un total de 8,6 milliards de mètres cubes de GNL par an et, auprès de la Libye, 3,5 milliards de mètres cubes par an de gaz naturel livrés par gazoduc.

Privatisation rampante

Mais l'affaire de la période, c'est la réforme économique. Il s'agit, au moindre coût idéologique, de sortir l'économie de l'étatisation poussée qui, les méfaits inhérents à la bureaucratie aidant, aboutissait à son étouffement. Ce problème est commun à différents États qui avaient adopté un modèle socialiste centralisé de développement. Les solutions retenues par l'Algérie ont fait l'objet de textes législatifs publiés en décembre 1987.

Mise en route à titre expérimental dès octobre 1987, la réorganisation des Domaines agricoles socialistes (DAS) vise à redonner une dimension humaine à l'acte de production agricole en permettant un retour aux petites exploitations, sans pour autant procéder à une privatisation avouée. Pour ce faire, droit de propriété et jouissance sont dissociés. Les DAS, dont beaucoup demeuraient déficitaires au terme de la campagne 1987, sont redivisés en exploitations agricoles collectives (EAC). Celles-ci sont attribuées à un collectif incluant au moins trois fellahs (paysans) qui, rassemblés par affinités, peuvent appartenir à la même famille. Chaque producteur, moyennant une redevance à l'État, aura des droits réels de jouissance illimitée, cessibles ou transmissibles après une période de cinq ans. L'État exerce son droit de propriété en faisant obligation au collectif d'exploiter la terre, de préserver son indivision ainsi que sa vocation agricole. Ce démantèlement de l'agriculture collectivisée instaurée depuis 1963 sur 2,4 millions d'hectares qui avaient appartenu à des colons français, devait être achevé en juin 1988.

Le renouveau du secteur public industriel est également recherché par l'octroi d'une large autonomie de gestion. Selon la réforme engagée, l'État doit rester propriétaire et unique actionnaire du capital, mais il ne gère plus. La tutelle du ministère de l'Industrie étant abolie, le directeur général nommé par le conseil d'administration reçoit tous les pouvoirs de gestion ; mais en contrepartie, sa responsabilité civile et pénale est pleinement engagée. Les entreprises publiques, auxquelles est consenti un dernier apurement de leur passif, seront désormais financées par les banques et non plus par l'État. Un calendrier de transformation des entreprises nationales (500) et locales (1 500) en "entreprises publiques économiques" a été adopté: 1988 est une année de préparation à la réforme, qui sera d'abord testée sur un échantillon d'entreprises, puis progressivement étendue. En une période où l'investissement privé se concrétise difficilement, la chute des investissements publics ne permet pas non plus de résorber une demande d'emplois croissante et, pour la première fois, en 1988, un traitement social du chômage a été mis en place en faveur de cent mille jeunes de seize à vingt-quatre ans affectés à un "travail d'utilité publique".

Les grèves étudiantes en novembre 1987 avaient d'ailleurs attiré l'attention sur la jeunesse. Tout en retirant des projets de réforme contestés, le président Chadli Bendjedid avait alors concentré entre les mains de M. Benamar l'ensemble des responsabilités ministérielles en matière d'éducation et de formation, à l'exception de l'enseignement supérieur, confié à M. Belkaïd. Cela, en attendant un bilan demandé par le Comité central du parti unique FLN (Front de libération nationale) sur l'appareil éducatif dont la qualité est jugée insuffisante.

L'exemple tunisien

L'ardeur du président Chadli à vaincre les réticences suscitées par une réforme à laquelle est associé son nom est motivée par l'urgence à engager le pays sur la voie d'une économie productive. S'il nie que soit remise en cause l'option socialiste, et refuse un débat politique au grand jour, le chef de l'État n'ignore pas pour autant qu'un citoyen dont on sollicite l'effort en période d'austérité attend certaines compensations. La nomination en juin 1987 de Hedi Khediri, homme de confiance du président et qui se veut un ministre de l'Intérieur ouvert, allait dans ce sens. Son premier acte a été de faire voter une loi sur les associations beaucoup plus libérale. Les initiatives de la Ligue algérienne des droits de l'homme, et les verdicts jugés modérés à l'issue des procès respectifs des opposants benbellistes et intégristes (groupe Bouali) ont dénoté un souci de préserver la paix sociale en détendant l'atmosphère. Mais cette politique a des limites: "oui" à un élargissement des discussions au sein du FLN, susceptibles de créer des habitudes démocratiques, mais "non" au multipartisme qui "chez nous, aurait vite fait de dégénérer en anarchie", a prévenu le chef de l'État.

Le "confort" qu'offre le parti unique aux dirigeants risque cependant d'être ruiné à terme par l'exemple de la Tunisie. La coopération développée depuis 1983 met fréquemment en contact les élites et la jeunesse des deux États et elle ne peut manquer d'exercer une influence si le président tunisien Zine Ben Ali réussit à redonner de la substance aux partis politiques et aux corps intermédiaires de son pays.

Or l'avènement du Grand Maghreb arabe a été promu au rang d'objectif prioritaire de la diplomatie algérienne. Celle-ci conçoit justement cette construction autour de l'axe constitué avec la Tunisie et la Mauritanie dans le cadre du Traité de fraternité et de concorde signé en 1983.

Le refus de la Libye et de la Tunisie de se prêter à un processus d'unification excluant momentanément le Maroc a joué un rôle dans le rétablissement par l'Algérie de ses relations diplomatiques avec son voisin de l'Ouest, rompues depuis 1976. Cet événement, intervenu le 16 mai 1988, en introduisant une dynamique nouvelle dans la région, pourrait se révéler le catalyseur nécessaire au règlement du conflit du Sahara occidental auquel travaillent l'ONU et l'OUA. Après la réconciliation de la Tunisie avec la Libye, opérée sous son égide, la diplomatie algérienne, soutien traditionnel de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), a réuni à Alger, en juin 1988, un sommet destiné à manifester la solidarité du monde arabe à la résistance palestinienne face à Israël.

Crise profonde d'un régime en rupture avec son peuple, sanction de vingt-cinq ans d'erreurs, et timides espoirs d'"ouverture politique": si 1988 restera une année noire pour l'Algérie, elle aura aussi été, paradoxalement, celle où l'hégémonie politique exercée par le FLN a pris fin et où, pour la première fois, la société civile a repris la parole après un quart de siècle de silence.

Tout a éclaté - à défaut de commencer puisque des grèves se multipliaient depuis trois semaines - le 5 octobre 1988. Pendant six jours, de violentes émeutes ont secoué Alger avant de se propager dans plusieurs villes. Des vagues de jeunes ont déferlé dans les rues, lançant des pierres contre les policiers, brûlant des pneus et des voitures, faisant voler en éclats cabines téléphoniques et panneaux publicitaires et s'en prenant à tout ce qui représente l'État, le Parti ou l'opulence. Des mesures sans précédent dans l'histoire de l'Algérie indépendante allaient être proclamées: état de siège, couvre-feu, création d'un "commandement militaire". Des scènes oubliées depuis la guerre de libération ont resurgi: soldats en tenue léopard et chars devant les bâtiments stratégiques. Puis, tout a basculé. En tirant sur la foule, l'armée "nationale populaire" a offert aux Algériens et au monde l'image d'une dictature.

Plus de 500 morts

Le bilan fut lourd: plus de 500 morts selon des sources médicales, loin en tout cas des 159 annoncés officiellement. Le 10, après une incroyable vacance du pouvoir, un discours du chef de l'État, Chadli Bendjedid ramena le calme en promettant des "réformes politiques".

Si la pénurie des denrées de première nécessité - en particulier la semoule - a mis le feu aux poudres, l'origine du mal remonte à plus loin. Car l'Algérie paye les tares du "modèle boumédiéniste": étatisation à outrance et "industrie industrialisante" qui a entraîné une faillite complète de l'agriculture, aggravant pénuries et marché noir. La crise économique aiguë a accéléré l'explosion: la dégringolade des prix du pétrole (chute de 40% des recettes d'exportation) a brisé la croissance - 1% en 1986-1987 -, faisant tomber celle-ci pour la première fois depuis l'indépendance en dessous d'un taux d'expansion démographique fou de 3,2%, alors que le nombre des chômeurs passait de 658 000 en 1984 à 1 200 000 en 1987.

La "malvie" de la jeunesse marginalisée des grandes villes, privée de toute perspective d'avenir - les "gardiens de murs", comme on appelle ces jeunes qui passent leurs journées appuyés aux murs des cités -, rendait l'explosion inévitable. Dans un pays où le sentiment de la base reste très égalitariste, l'arrogance d'une classe de profiteurs et de privilégiés du régime étalant sa richesse et cachant mal sa corruption quand la rigueur et l'austérité remplaçaient le fameux "État-providence", a aggravé la rupture avec la population.

Indépendamment de ce contexte économique et social, les luttes de clans, à leur paroxysme à l'approche du VIe congrès du FLN (Front de libération nationale) ont pesé lourd. Utilisant un malaise social aigu, certaines franges du Parti et de l'armée en ont appelé, dès septembre, à la rue pour trancher un conflit de sommet et déstabiliser Chadli Bendjedid et son entourage. Retournant habilement la situation, sachant que l'Algérie n'échapperait pas à des réformes économiques et politiques profondes, celui-ci s'est, à son tour, servi de la révolte pour marginaliser ses adversaires. Utilisant les demandes de la "rue" comme un véritable levier, Chadli a compris qu'il devait aller vite. Il fallait éviter ainsi que le scepticisme ambiant aboutisse à une nouvelle explosion, mais surtout profiter du "coup" subi par un Parti laminé au sortir des émeutes et par une armée qui avait perdu sa "légitimité" en tirant sur la foule.

Les mesures de "la Présidence"

Dès lors, la chronologie des mesures prises par "la présidence" à partir du 12 octobre 1988, date de la levée de l'état de siège et de l'annonce d'un référendum le 3 novembre, portant sur une modification de la Constitution, avait de quoi donner le vertige. Le 24 octobre, une profonde réforme du FLN appelé à perdre son "hégémonie politique" même si le "multipartisme" était exclu, fut annoncée. Limogeage le 29 octobre des hommes - Chérif Messaadia et Lakehal Ayat - qui symbolisaient les deux institutions les plus honnies du pays, le Parti unique et la toute-puissante police politique, la Sécurité militaire (SM). Le 3 novembre, la première réforme constitutionnelle adoptée par référendum consacrait la séparation du Parti et de l'État. Nommé Premier ministre le 5, Kasdi Merbah - qui dirigea la SM sous Boumédiène - présentait, une semaine plus tard, un gouvernement composé de nombreux technocrates, mais où "l'ouverture politique" était remise à plus tard. Il fallait, en effet, rassurer ceux qui refusaient toute libéralisation inconsidérée du système. Les 27 et 28 novembre, l'obligation de faire face à la rue, d'assurer la survie du régime et de restaurer l'image de marque du pays - liée en grande partie à Chadli - l'emportait. Le congrès du FLN le désigna comme candidat unique à l'élection présidentielle du 22 décembre, non sans qu'il ait exclu le multipartisme dans l'immédiat, et déchargé l'armée du poids de la répression en assumant la responsabilité de celle-ci. Le 5 février 1989, le texte de la nouvelle Constitution publié par la presse et qui devait être soumis à référendum le 23, fit sensation. Le sacro-saint "socialisme" - présent dans l'article premier de la Constitution adoptée en 1976 - n'y figurait pas, non plus qu'une quelconque allusion à la Charte nationale ; le multipartisme était implicitement légalisé par le "droit de créer des associations à caractère politique". L'armée, quant à elle, détentrice du vrai pouvoir depuis un quart de siècle, n'était plus chargée de "participer au développement du pays et à l'édification du socialisme", mais avait pour mission la "défense de la souveraineté nationale" et celle de "l'unité et de l'intégrité territoriale du pays". Le 23 décembre, un mois jour pour jour après que le "oui" au référendum eut consacré la fin du parti unique et du socialisme, Chadli Bendjedid était élu pour son troisième mandat présidentiel.

Recomposition ou ravalement?

L'électrochoc d'octobre a été trop violent pour que la majorité des dirigeants algériens n'ait pas conscience de l'impossibilité de revenir au statu quo ante sans voir le régime tout entier menacé. Mais, en juin 1989, l'application de plusieurs des mesures prévues pour "démocratiser la vie politique" se faisait toujours attendre. A l'Assemblée siégeaient encore des députés sélectionnés par le Parti unique et la loi sur le code électoral autorisant la liberté de candidature aux élections des assemblées populaires, n'avaient pas passé le cap du Conseil des ministres. C'est seulement le 2 juillet que les députés adoptaient, après de vives controverses, la loi introduisant le multipartisme.

Pourquoi ce piétinement au printemps 1989? Sous couvert d'une idéologie qui sert avant tout à couvrir des stratégies personnelles, la classe dirigeante s'est déchirée à nouveau: la hiérarchie de l'État, du secteur public et le FLN, qui n'entendent pas perdre leurs privilèges, sont repassés à l'offensive et le chef de l'État a dû accepter que le congrès extraordinaire du FLN soit retardé à fin octobre 1989... En attendant, l'UGTA (Union générale des travailleurs algériens), syndicat unique et allié de la "vieille garde", se plaçait résolument, le 28 mars, à contre-courant des réformes économiques et politiques en s'élevant contre le "plurisyndicalisme" et en défendant l'"option socialiste". En mars toujours, l'armée se retirait du Comité central du FLN, officiellement pour se "placer au-dessus du débat politique", plus probablement pour se mettre en réserve et laisser les "politiques" faire la preuve de leur capacité - ou non - à diriger le pays et à appliquer les réformes indispensables.

Près d'un an après le séisme d'octobre, la "démocratie chadlienne" restait en fait imposée par un homme et son petit groupe de conseillers, n'ayant pas de discours capable de rassurer les différentes classes sociales ni de leur offrir des perspectives. La bourgeoisie n'ayant pas confiance, les classes populaires se sentant délaissées et les relais intellectuels lui faisant défaut, aucune force sociale ou politique n'était encore venue animer véritablement le processus lancé par Chadli.

Dès lors, la timide "ouverture" amorcée apparaissait bien fragile et exposée à tous les dangers. Une situation d'autant plus grave que les problèmes sociaux, culturels, économiques et financiers demeuraient aigus en dépit des prêts consentis par la France - 7 milliards FF - et par le FMI - 350 milliards de dollars. Si la lutte pour le pouvoir et le maintien des privilèges devaient demeurer les motivations premières de ses dirigeants, on voyait mal comment l'Algérie pourrait prendre des mesures rétablissant la confiance et répondre aux problèmes, notamment économiques, d'une société qui pose désormais ses revendications.

Source :
L'Etat du Monde, 1982-1998

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Afrique : histoire, economie, politique

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