
Les électeurs ont plébiscité,
le 28 novembre, le projet de nouvelle Constitution que le président
Liamine Zeroual leur a soumis. Les proportions des résultats (80%
de participation; 84% de « oui » ) laissent toutefois planer
un doute sur leur valeur. Quoi qu'il en soit, voilà l'Algérie
dotée d'une Constitution qui accorde au chef de l'Etat la quasi-totalité
des pouvoirs. Même si les législatives prévues pour
le printemps 1997 se traduisent par une arrivée en force de l'opposition
au Parlement, le pouvoir restera entre les mains du général
Zeroual, les députés n'ayant pas les moyens de s'opposer
au président.
La situation économique et
financière du pays s'est nettement améliorée en 1996.
L'Algérie affiche une croissance de 4 %, proche de celle de 1995.
Le budget de l'Etat est légèrement excédentaire, même
en tenant compte du fonds d'assainissement des entreprises publiques. Les
réserves de change ont doublé en un an. L'inflation diminue.
Les compagnies pétrolières étrangères se bousculent
pour venir travailler dans le Sahara, où
d'importants gisements d'hydrocarbures
restent à découvrir. Et les Occidentaux ont recommencé
à financer les importations algériennes, preuve qu'ils ne
croient pas à un embrasement général en dépit
d'une guerre civile larvée qui, depuis cinq ans, a fait entre 50000
et 100000 morts.
Symbole d'un début de sortie
de crise, le gazoduc Transmed, qui relie le Sahara à l'Espagne via
le Maroc, a été mis en service à la fin octobre avec
seulement quelques mois de retard. Construit sous la conduite des Américains,
il a coûté 2,3 milliards de dollars, mais va permettre à
la Sonatrach, la compagnie pétrolière nationale, d'exporter
10 milliards de mètres cubes supplémentaires par an vers
l'Espagne et le Portugal. L'installation de stations de compression supplémentaires
permettrait de doubler le chiffre. Or l'exportation de chaque milliard
de mètre cube supplémentaire fait rentrer 80 millions de
dollars dans les caisses de l'Etat.
Pourtant les succès économiques
de 1996 doivent beaucoup au ciel qui, comme dans les autres pays du Maghreb,
a autorisé d'abondantes récoltes et permis de réduire
la facture alimentaire. Mais surtout, le pays a tiré profit de l'augmentation
des cours du pétrole. Sur les neuf premiers mois de l'année,
les exportations pétrolières et gazières, qui représentent
la quasi-totalité des recettes en devises, sont passées de
6,7 milliards de dollars à 8,5 milliards, améliorant largement
des finances de l'Etat. L'impôt sur les sociétés acquitté
par la très riche Sonatrach représente la moitié de
son chiffre d'affaires. A l'échelle de l'Etat, les revenus provenant
des hydrocarbures fournissent 60% des recettes fiscales du pays.
La principale inquiétude provient
de la stagnation de la production industrielle, deux ans après la
dévaluation du dinar et l'adoption d'une politique d'ajustement.
Celle-ci a chuté de 4% en 1996 en dépit d'un redressement
en fin d'année perceptible dans le secteur du bâtiment et
des travaux publics.
D'une part, les investisseurs étrangers
rechignent toujours à s'implanter -malgré un code des investissements
très libéral dans un pays où la sécurité
des individus n'est pas garantie, d'autre part, le tissu industriel reste
dominé par des entreprises publiques, dont la grande majorité
est en déconfiture. Jusqu'ici, les banques, contrôlées
par l'Etat, ont accepté d'aider les entreprises publiques à
boucler leurs fins de mois, au risque de se fragiliser elles-mêmes.
Mais ce laxisme ne pourra durer. Il a coûté leurs postes,
à l'automne, aux ministres des finances et de l'industrie, qui rechignaient
à lancer le programme de privatisations réclamé par
le FMI et la Banque mondiale. Leurs successeurs se sont engagés
à accélérer le mouvement, tout en sachant que les
risques politiques sont énormes. En effet, près d'un actif
sur quatre est déjà sans travail. L'intégrisme islamiste
a fait son lit de cette misère sociale.
Un président de la République élu au suffrage universel; une constitution plébiscitée; une nouvelle chambre des députés; des municipalités, enfin, choisies par les électeurs et non plus désignées: le processus de « consolidation démocratique » dont parlent les autorités -le « rafistolage de façade » dénoncé par l'opposition est désormais achevé en Algérie. La page est également tournée sur autre plan. L'accord -la reddition plutôt obtenu d'Abassi Merzag, l'émir national de l'Armée islamique du salut (AIS), le bras armé du FIS, par les militaires algériens a rendu inutile toute négociation avec les responsables politiques du Front. « Le dossier du FIS est clos, définitivement clos », n'a pas manqué de souligner depuis, à maintes reprises, le président Zeroual.
A cette normalisation des institutions,
à cette manipulation des islamistes de l'ex-FIS, répond un
climat de violence sans précédent. Qui tue ? Les islamistes
du GIA ? Des milices armées par le régime ? Un rapport d'Amnesty
International, publié en novembre, réévaluait à
80000 le nombre des personnes tuées depuis 1992, l'année
de l'interruption du processus électoral. C'est sur ce fond sinistre
et inquiétant que l'économie algérienne donne paradoxalement
quelques signes d'amélioration. Le tassement des importations conjugué
à la hausse des exportations de gaz et de pétrole, qui fournissent
la quasi-totalité des recettes extérieures, ont permis de
dégager un excédent de la balance commerciale des plus confortables
(près de 28 milliards de francs à la fin septembre, soit
davantage que pour l'année 1996 tout entière). La balance
des paiements est également positive et les réserves de change
n'ont jamais été aussi élevées de toute l'histoire
du pays.
Lesté d'un tel niveau de
devises propre à rassurer les bailleurs de fonds, Alger va pouvoir
s'affranchir de la tutelle du Fonds monétaire international (FMI)
au printemps 1998 lorsque viendront à expiration les accords qui
lient le pays à l'institution financière internationale.
Les grands équilibres économiques
du pays rétablis, les responsables algériens voient l'avenir
en rose. Malgré une croissance économique qui, du fait de
la contre-performance de l'agriculture, n'a pu que friser 5 % en 1997,
les prévisions sont euphoriques. Le programme triennal de gouvernement
présenté aux députés au cours de l'été
par le premier ministre Ahmed Ouyahia table sur une croissance de 7% l'an
à l'horizon 2000, une inflation assagie (4,5% de hausse des prix),
la création de 1,2 million d'emplois, la construction de 800 000
logements...
Mais le chef du gouvernement ne prêche-t-il
pas par excès d'optimisme ? Le fait est que les succès enregistrés
par l'Algérie en termes macro-économiques sont jusqu'ici
à mettre à l'actif du seul secteur des hydrocarbures. C'est
grâce aux devises qu'il rapporte que le pays a pu se refaire une
santé financière; c'est grâce à la reprise des
exportations de gaz et de pétrole (et à la bonne tenue du
dollar) que l'Algérie affiche une croissance économique et
fait envie à son voisin marocain. Si l'on fait abstraction des hydrocarbures,
l'économie algérienne restait à la fin de 1997 ce
qu'elle était les années précédentes: un corps
malade avec des entreprises publiques déliquescentes, un secteur
privé embryonnaire car longtemps combattu par le régime,
et un chômage très élevé. Jamais peut-être
l'opposition entre une Algérie du sud -celle des richesses pétrolières
et gazières -dépeuplée mais en pleine boom économique,
abritée des violences, courtisée par les firmes étrangères
(en particulier anglo-saxonnes), et une Algérie du nord populeuse,
tirant le diable par la queue, désoeuvrée, à l'écart
des flux d'investissements internationaux, et victime des exactions des
islamistes ou de l'arbitraire du pouvoir, n'a été aussi justifiée.
Si tant est qu'elle soit un jour
effective, la privatisation des entreprises publiques promise par les pouvoirs
publics ne suffira pas pour que ces deux faces d'un même pays se
rejoignent. Il faudrait plus sûrement qu'une réconciliation
nationale s'amorce qui redonnerait confiance à une population désespérée
et à des investisseurs étrangers jusqu'ici réticents.
On ne semble pas en prendre le chemin.
Les Algériens éliront
un nouveau président de la République au printemps 1999.
Alors que son mandat courait jusqu'en novembre 2000, Liamine Zeroual, l'actuel
chef de l'Etat, a décidé de l'écourter. Les raisons
de ce brusque retrait, dont le monde arabe est peu coutumier, restent mystérieuses.
L'ancien général a-t-il été poussé à
démissionner par ses pairs qui l'avaient placé sur le devant
de la scène ? La violente campagne de presse lancée au cours
de l'été et à l'automne contre le général
Mohamed Betchine, proche conseiller et fidèle du président,
qui a fini par démissionner de son poste de ministre-conseiller,
donne quelque crédit à l'hypothèse.
Le départ du chef de l'Etat
est-il, au contraire, la conséquence du rapport rédigé
à la fin de l'été par une équipe de «
sages » mandatée par les Nations unies ? Ne blanchissant que
partiellement le régime pour sa lutte contre les islamistes, le
document aurait déçu le général Zeroual. Une
troisième hypothèse circule: le président de la République
aurait démissionné pour raisons de santé. ]) est vrai
que Liamine Zeroual a par deux fois claqué la porte, comme ministre
de la défense et comme ambassadeur d'Algérie en Roumanie.
Rien ne permet de trancher.
On ne peut que dresser un bilan
mitigé du mandat de l'actuel chef de l'Etat. ]) n'est parvenu à
ses fins sur aucun dossier important. Le général s'était
fait élire en promettant un retour à la paix: elle n'est
toujours pas là. Certes, la période des massacres de civils
sur une grande échelle semble loin et Alger a retrouvé une
indéniable sérénité. Mais il ne se passe pas
de jour sans que la presse annonce la mort violente de civils, de policiers
ou de militaires.
Sur le plan politique, le bilan
est décevant. Pour la première fois de leur histoire, les
Algériens peuvent élire un civil à la tête du
pays. Mais celui-ci ne pourra accéder à la présidence
qu'avec le feu vert de la poignée de généraux qui
décident en coulisses. Un politicien aussi rusé que Mahfoud
Nahnah, dirigeant du MSP, parti islamiste modéré présent
au gouvernement -s'il est autorisé à se présenter
-n'a aucune chance, en dépit de sa réelle popularité.
La démocratie gagne du terrain. La presse grignote des espaces de
liberté. Une poignée d'avocats osent dénoncer les
atteintes aux droits de l'homme commis par le régime.
La situation économique et
sociale demeure préoccupante. Dégradation de l'emploi (au
moins 30% de la population active au chômage) et des conditions de
vie, accroissement des inégalités: le constat dressé
fin novembre par le Conseil économique et social (CES) n'incite
guère à l'optimisme pour un pays sorti en 1998 de plusieurs
années d' « ajustement » sous l'égide du FMI
et de la Banque mondiale. Malgré les crédits octroyés
par les organismes multilatéraux, malgré l'étalement
de la dette publique consenti par les créanciers occidentaux, l'économie
algérienne continue à souffrir d'anémie, exception
faite des hydrocarbures. En témoignent les multiples grèves
qui ont éclaté à l'automne dans le secteur public.
Un léger mieux est perceptible, mais il reste « insuffisant
et probablement conjoncturel », selon le CES.
Tel n'est pas l'avis du ministre
des finances, Abdelkrim Harchaoui. « Les mesures de restructuration
commencent à porter leurs fruits même si, sur le plan social,
elles ont été dures. Le caractère conjoncturel de
la reprise est battu en brèche », a répliqué
le ministre avant de rejeter l'idée d'un « troisième
rééchelonnement (de la dette extérieure, car elle)
voudrait dire que l'Algérie doute de sa solvabilité ».
La marge de manoeuvre des pouvoirs
publics est des plus étroites. Même convertie (de force) aux
vertus de l'économie de marché, l'Algérie de l'après-Zeroual
reste un pays tributaire des hydrocarbures. Que les prix dégringolent
et l'Algérie est au bord de l'asphyxie financière, comme
à la fin 1998. Bâti sur l'hypothèse d'un prix du pétrole
à 15 dollars le baril (90 francs), le projet de budget 1999 affichait
déjà un déficit inquiétant (937 milliards de
dinars de recettes pour 1 361 milliards de dépenses). Il apparaît
dépassé: au moment de son vote, en novembre, le baril n'atteignait
pas 12 dollars (72 francs).
Abdelaziz Bouteflika élu chef
de l'Etat, le coeur du pouvoir algérien reste ce qu'il était:
d'une opacité rare. Même si au printemps un civil a remplacé
Liamine Zeroual, un général décrédibilisé
et dépourvu de charisme, i] est toujours aussi difficile de savoir
comment s'effectue le partage du pouvoir entre la présidence et
une hiérarchie militaire qui détiendrait, depuis des décennies,
la réalité du pouvoir.
L'interminable feuilleton du changement
de gouvernement illustre cette situation bancale. Au lendemain d'une élection
aussi brillante (74% des suffrages exprimés) que controversée
(tous les adversaires de M. Bouteflika s'étaient retirés
la veille du scrutin du 15 avril pour protester contre « la fraude
»), le successeur du président Zeroual avait promis de changer
de gouvernement. Il est vrai que l'ancien ministre des affaires étrangères
de Houari Boumediène avait manifesté peu de considération
pour l'équipe dont il avait hérité. Mais ces bonnes
intentions affichées ont été suivies de peu d'effet.
Après avoir repoussé une première fois la constitution
du nouveau gouvernement pour cause de préparation du sommet de l'Organisation
de l'unité africaine (OUA) à Alger en juillet, le président
Boumediène a retardé le changement d'équipe au prétexte
que le référendum sur la « concorde civile »,
organisé à la mi-septembre, mobilisait son énergie.
Le référendum s'est transformé en plébiscite pour Abdelaziz Bouteflika, dont la démarche de « réconciliation nationale », malgré toutes ses ambiguïtés, a été approuvée, le 15 septembre, par près de 99% de l'électorat. Cette échéance passée, le chef de l'Etat n'en a pas moins conservé son gouvernement, faisant naître bien des spéculations, au sein de la classe politique comme à l'étranger, sur sa marge de manoeuvre face aux militaires. Les déclarations contradictoires d'Abdelaziz Bouteflika, ses menaces voilées de démissionner, n'ont d'ailleurs pas peu contribué à accréditer cette thèse d'un désaccord au sommet de l'Etat sur l'attribution des portefeuilles stratégiques (défense, affaires étrangères, hydrocarbures).
Malgré l'annonce de la nomination
comme premier ministre d'Ahmed Benbitour, le 23 décembre, cette
série de contretemps a quelque peu terni l'image de marque de l'Algérie
à l'extérieur. L'effet en est d'autant plus désastreux
que le chef de l'Etat, communicateur talentueux et vedette de plusieurs
forums internationaux, n'avait pas ménagé sa peine pour vendre
à l'étranger une Algérie convertie au libéralisme
et à la mondialisation et, sur le plan intérieur, en voie
de convalescence. A voir l'affluence des firmes européennes à
la dernière Foire internationale d'Alger, qui s'est tenue en octobre,
le message était passé. C'est particulièrement vrai
en France (même si la compagnie Air France n'a toujours pas repris
ses vols en direction de l'Algérie, à l'inverse de sa concurrente
italienne, Alitalia). Après la visite en grande pompe du chef de
la diplomatie, Hubert Védrine, en juillet, 120 chefs d'entreprise
de l'Hexagone ont pris le relais.
Même s'il repose sur une baisse
de la violence, cet engouement tient aussi à la hausse des cours
du brut depuis le printemps. Celle-ci a permis au pays de dépasser,
en 1999, le seuil des 12 milliards de dollars (72 milliards de francs)
d'exportations, tandis que la balance des paiements courants est devenue
excédentaire de 500 millions de dollars (3 milliards de francs),
alors que les prévisions faisaient état d'un déficit
de 1 milliard. Les effets bénéfiques de cette hausse se feront
sentir au niveau des réserves en devises qui devaient atteindre
6 milliards de dollars (36 milliards de francs) à la fin de l'année,
tandis que le ratio du service de la dette devrait être ramené
à 40 % du PIB.
Il reste que la production industrielle
reste inférieure à son niveau du début de la décennie;
que le chômage touche un actif sur trois et un jeune sur deux; que
le système fiscal est en attente d'une réforme; que le logement
est en crise... Autant de défis qui ne seront pas réglés
par une simple remontée des cours du brut.
L'Algérie a trois bonnes raisons
de se réjouir: le prix du pétrole a quasiment doublé
depuis dix huit mois, la production nationale grimpe et le cours du dollar
(monnaie de paiement pour les hydrocarbures) atteint des sommets. Avec
76 milliards de francs de recettes d'exportations au cours du premier semestre
2000, c'est « un chiffre jamais égalé, bien supérieur
aux recettes de toute l'année 1998 » que l'Algérie
affiche, comme l'a fait observer Abdelhak Bouhaf, le PDG de la Sonatrach,
la compagnie pétrolière nationale, au cours d'une conférence
de presse.
Les conséquences de cette
conjoncture exceptionnelle tiennent en quelques chiffres: alors qu'elles
dépassaient laborieusement 30,4 milliards de francs fin 1999, les
réserves de change de l'Algérie frisaient les 76 milliards
de francs fin septembre; le service de la dette extérieure ne représente
plus que 22% des recettes d'exportations, tandis que l'inflation (de l'ordre
de 1 %) est un mauvais souvenir. Quant à la croissance économique,
elle devait être proche de 4 %, selon le gouverneur de la banque
centrale, Abdelwahab Keramane.
Voilà qui autorise un certain
optimisme et donne « du grain à moudre » au gouvernement
dirigé depuis quelques mois par Ali Benflis, un proche du président
Abdelaziz Bouteflika. Dévoilé début novembre devant
les parlementaires, le budget pour 2001 servira à assurer la «
relance » de l'économie du pays, a confirmé le ministre
des finances, Abdellatif Benachenhou.
Mais une « relance »
qui se veut empreinte de sagesse puisque le budget est bâti sur l'hypothèse
d'un cours du baril de brut de 19 dollars alors qu'il était de l'ordre
de 30 dollars à l'automne. L'excédent des recettes alimentera
« un fonds de régulation » destiné, selon les
autorités, à éviter au pays les contrecoups d'une
baisse éventuelle des prix des hydrocarbures.
Cette prudence dans la gestion des
deniers publics risque d'être mal accueillie par une population saignée
à blanc par près d'une décennie de crise sociale et
politique sur fond de guerre civile. En Algérie, le SMIC ne dépasse
pas l'équivalent de 550 francs tandis qu'un professeur de faculté
doit se contenter de 1 700 francs par mois pour vivre. « La classe
moyenne a disparu en Algérie », reconnaissait il y a quelques
mois le ministre de la solidarité, Djamel Ould Abbès. De
fait, médecins, dentistes, informaticiens s'exilent en grand nombre
en Europe, ou prennent le chemin des Etats-Unis. La communauté algérienne
en Amérique du Nord atteindrait 25 000 personnes, selon certaines
sources.
Comment ne pas être tenté
par l'exil ? En dix ans, au fil des dévaluations du dinar, le revenu
par habitant a été ramené de 3700 dollars à
moins de 1 600 dollars, selon des chiffres officiels. Quelque 14 millions
d'Algériens (soit près de 1 habitant sur 2) vivent en dessous
du seuil de pauvreté et le chômage frappe un « actif
» sur trois.
Lestée de sa manne pétrolière,
l'Algérie du président Bouteflika s'en tient donc aux vertus
du libéralisme pour relancer son économie et atteindre ces
6 % de croissance sans lesquels le chômage est condamné à
augmenter. Encore s'agit-il d'un libéralisme bien timide. C'est
ainsi qu'à peine 60 entreprises devraient être privatisées
en 2001 dont seulement quelques-unes de grande taille. Une vingtaine d'autres
le seront les années suivantes par le biais d'une introduction en
Bourse.
Il reste à attirer les investisseurs
étrangers en Algérie pour se substituer à un secteur
public qualifié d'« obsolète » par le ministre
des privatisations, M. Temmar. Force est de reconnaître que, jusqu'ici,
en dehors du secteur des hydrocarbures, les capitaux étrangers ne
se bousculent pas en Algérie. En témoigne le peu de retombées
économiques du voyage officiel du président Bouteflika en
France au début de l'été. La France « fait montre
d'une frilosité » et « ne donne pas encore l'impression
de prendre toute la mesure des avantages du partenariat et de l'investissement
» en Algérie, déplorait-on à Alger à
la veille de la visite présidentielle. Six mois plus tard, le commentaire
reste valable, mais il faudrait l'élargir à l'ensemble des
pays développés. L'Algérie serait bien venue de s'interroger
sur les raisons de ce désintérêt.
Source :
Bilan du Monde, 1996-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier