Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Afrique ancienne
HISTOIRE ANCIENNE

a) Les ateliers de Lagreich, il y a 3500 ans, au Mali

C’est en 1960 que Michel Gaussen trouva à Lagreich une importante civilisation acheuléenne marquée par de véritables champs de bifaces de couleur orange. Un peu plus loin, les éclats de silex qui jonchaient le sol étaient de couleur gris-bleu et manifestement beaucoup plus récents. Le véritable intérêt de cette station néolithique de Lagreich, sur le rive nord de l’oued fossile Ichawan, affluent oriental du Tilemsi, était la présence de plusieurs monticules juxtaposés, constitués d’un amoncellement de déchets de fabrication d’outils en silex. La spécificité du site de Lagreich réside dans le fait que chacun des tas de pièces cassées ou inachevées est spécialisé pour un type particulier d’outil.
Les tas de déchets de fabrication sont répartis sur un espace de 300m sur 200m. Le plus important est large de 80m à la base et haut de 7 à 8m; on y a retrouvé des grosses haches à tranchant rectiligne et des pics. Une petite butte renferme des débris de pièces foliacées à extrémités pointues dont la technique est aussi parfaite que celle des couteaux solutréens ou égyptiens. Une autre contient des dizaines de millers de burins dont on pense qu’ils représentent une étape intermédiaire dans l’obtention de perçoirs utilisés pour le forage des perles en cornaline fabriquées dans un atelier voisin.
M.Gaussen pense qu’il s’agit du plus vaste complexe industriel connu à ce jour dans le Néolithique saharien.
M.Gaussen a découvert dans le secteur de Lagreich dix-sept haches en parfait état répartis en deux tas contigus; d’un coté les grosses (longueur de 21cm) et de l’autre, les petites (longueur de 14cm). Il écrit en 1990 : « Elles sont toutes du même modèle jusque dans les plus petits détails et sont sorties sans doute le même jour de la même main. Etaient-elles à l’étal du fabriquant ou contenues dans deux paquets destinés à quelque envoi ? »
Faisant suite à une production spécialisée, ce véritable complexe industriel desservant la région du Bas Tilemsi dénote une société hiérarchisée, bien loin du mode de vie simpliste et égalitaire attribué habituellement aux populations néolithiques de l’Afrique de l’Ouest.
Malheureusement, aucune date n’a été précisé sur place. C’est par assimilation avec les sites voisins de Karkarichinkat que Gaussen leur a attribué des dates entre -1900 et -1300. On ignore le lieu d’origine de ces ouvriers spécialisés parvenus dans la première moitié du IIème millénaire dans la région du Bas Tilemsi.

b) Les constructions en pierre de la falaise Tichitt-Walata, il y a 3000 ans, en Mauritanie.

Situé dans le sud-est de la Mauritanie entre les immensités ultra-désertiques de la Majabat al-Koubra au nord et la plaine de l’Aouker au sud, le Dhar (falaise) Tichitt reçoit moins de 100mm de pluie par an et n’est fréquenté que par des nomades.
Les ruines de constructions en pierre nombreuses et serrées témoignent d’un habitat sédentaire ancien et dense. Plusieurs publications indiquent les caractères généraux de cet ensemble unique au Sahara et « unique au monde pour l’époque néolithique » (Mauny, 1970).
La structure des villages de Tichitt ressemble à celle de beaucoup de villages africains actuels : des concessions familiales séparées de leurs voisins par une pallissade et regroupés à l’intérieur d’une enceinte. Ces concessions familiales apparaissent sur les photograpies aériennes comme des ensembles structurés en alvéoles accolées les unes aux autres, séparées par des ruelles et des petites places. Quelle que soit leur taille, comprise entre 200 et 1000m2, les enclos contiennent trois sortes d’éléments : des habitations familiales au nombre de deux à sept; un ou deux enclos secondaires qui devaient servir au stockage communautaire de la famille étendue; un foyer central.
Les habitations familiales sont construites suivant un plan quadrangulaire très particulier. Trois rangées de trois piliers espacés les uns des autres de 1m environ sont réunis par une murette en blocs de grés formant le grand coté d’un E majuscule. Les piliers sont d’immenses bifaces de 1m de hauteur, environ 30cm de largeur et 25cm d’épaisseur.
Si les spécialistes s’accordent sur la notion de gestion collective du bétail, ils discutent de la destination des murs d’enceinte des villages, toujours en forme de fer à cheval et toujours ouverts au sud. Certains pensent à une fonction de défense, d’autres à une délimitation de l’espace communautaire. A cette querelle sur la signification des murs d’enceinte s’en ajoute une autre, relative aux sources alimentaires principales des populations du Dhar Tichitt et à leurs variation avec l’assèchement progressif de la région.
Selon P.J Munson, à la faveur d’un micro-climat favorable, une population noire, probablement ancêtre des actuels Soninké, se serait installée, aux environs de -2000, dans la plaine de l’Aouker aux bords de lacs résiduels où elle aurait vécu de chasse et de pêche, puis entre -1500 et -110 environ, de pêche, élevage et cueillette de céréales sauvages. Entre -1100 et -1000, seraient apparues deux nouveautés capitales : les tout premiers villages construits en pierre sèche, à la base de la falaise; les tout premiers débuts de la culture du petit mil, céréale qui peut se contenter de 275mm d’eau par an. Vers -1000, l’archéologie enregistre deux changements fondamentaux dans le mode de vie. Les villages sont maintenant construits en haut de la falaise et la culure du mil s’accroît considérablement. L’extension des terrains de culture semble avoir entrainé une rapide poussée démographique. Entre - 850 et -600, les villages sont moins étendues mais beaucoup plus nombreux. L’alimentation est basée sur l’élevage du boeuf et du mouton et sur la culture du petit mil. Dans la huitième et dernière phase datée de -600 à -300, on ne peut plus vraiment parler de villages. Les habitations sont cachées dans les rochers du haut de la falaise; la détérioration climatique rapide interdit désormais la culture du mil et l’élvage du gros bétail. C’est l’époque où sont arrivés les Libyco-Berbères venant du Nord. On trouve sur les rochers de nombreuses représentations de leurs attaques avec des inscriptions en tifinar. L’abandon sera définitif vers -300.
Certains autres scientifiques pensent plutôt à une population unique d’agro-pasteurs qui aurait vécu suivant un modèle de transhumance annuelle répandu aujourd’hui dans la bande sahélienne.
A la question : où sont allés les constructeurs des villages de pierre chassés de la falaise par les désertifications vers -400, Munson et d’autres répondent que les descendants des gens de Tichitt furent sans doute à l’origine du royaume de Ghana dont la limite nord-est était justement constitué par la falaise Tichitt-Walata-Nema. Aucune preuve archéologique n’est venu étayer cette hypothèse qui reste cependant fort plausible.
D’autres questions sans réponses se posent : d’où venaient les gens qui s’établirent dans la plaine de l’Aouker dans le courant du IIème millénaire ? Comment expliquer l’absence de puits et de citernes dans des sites témoignant  d’une organisation villageoise sophistiquée avec une gestion communautaire du troupeau ?

Je n’aborderai pas l’histoire de l’Egypte ancienne car celle-ci peut être étudiée de façon approfondie dans toutes les bibliothèques. Je m’attarderai cependant quelque peu sur d’éventuelles relations ayant pu se développer entre l’Egypte ancienne et le reste du continent africain.

c) Relations de l’Egypte avec le reste de l’Afrique

Bien que l’on ait découvert, il y a quelques années, des objets égyptiens fort loin au coeur du continent, on ne peut apporter aucune preuve décisive de contacts entre l’Egypte et l’Afrique au sud de Méroé. On a découvert un osiris au Zaïre, une statue portant le cartouche de Thoutmosis III (-1490/-1468) au sud du Zambèze.
Certains croient, hormis ces découvertes, retrouver des influences de la civilisation égyptienne sur d’autres civilisations africaines. Eva Meyerowitz voit dans le fait que les Akan ont pris le vautour pour symbole de l’autocréation une influence évidente de l’Egypte; elle souligne les rapports entre les dieux Ptah et Odomankoma (akan), qui ont crée le monde de leurs propres mains après s’être crée eux-mêmes, et qui sont tous deux bisexuels. On a également considéré que le culte du serpent, existant dans beaucoup de civilisations africaines, pouvait avoir une origine égyptienne. On pourrait encore citer une quantité impressionnante de traits culturels rapprochant l’Egypte ancienne de l’Afrique traditionnelle, (voir à ce sujet les travaux de Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga ...) mais le but de ce travail n’est pas là.
Faut-il considérer ces traits culturels communs comme le fruit d’une relation entre l’Egypte ancienne et le reste de l’Afrique ou comme une réalisation propre, indépendante, des civilisations africaines ?

- Voisins de l’Ouest : Sahariens et Libyens
On admet généralement qu’à l’époque prédynastique, les échanges humains fréquents avec le Sahara ont diminué. Ces échanges sont d’ailleurs très mal connu. Pour l’époque dynastique, l’influence de l’Egypte sur la Sahara est certaine, mais encore très mal connue.
Dans l’état actuel des recherches, pour les Egyptiens de l’époque dynastique, les Sahariens sont essentiellement les Libyens, progressivement concentrés au Nord d’un des déserts les plus grands et les plus inhospitaliers du monde.
Il n’en était pas ainsi à l’époque néolithique : la désertification rapide qui s’est aggravée à l’époque dynastique a rejeté les Libyens, pasteurs et chasseurs, à la périphérie de leur ancien habitat, lorsqu’elle ne les a pas conduits, affamés, à frapper à la porte du paradis néolithique qu’il a fallu défendre contre eux. Leur pression s’est exercée de façon incessante et rarement couronnée de succès, sauf peut-être dans l’ouest du delta.
Les grandes oasis qui ceinturent le désert (Kharga, Farafara, Siouah ..) voient se développer les activités de chasse de l’aristocratie égyptienne. Il faut passer par ces oasis lorsqu’on veut se diriger,  par le sud, vers le Tchad ou, par le nord, vers le Fezzan, puis le Niger. L’archéologie prouvera peut-être un jour si ces grands axes de circulation africaine ont été utilisés par les Egyptiens pour parvenir au Tibesti, au Darfour, au Tchad, au Fezzan ...
Ce que l’on sait, c’est qu’à partir de la XIXème dynastie, les Libyens constituent pour les Egyptiens une réserve de main d’oeuvre et de soldats. Les captifs libyens, reconnaissables à la plume qu’ils portent sur la tête, ont une excellente réputation militaire, en particulier comme conducteurs de char. Ils sont enrolés dans l’armée, où leur place s’accroît au fil des siècles. En tant qu’éleveurs, ils fournissent aussi du bétail pour la consommation égyptienne. Ils remplissent ainsi un rôle économique semblable à celui des Nubiens.
Aux XIII ème et XIIème siècle av.J-C, les Libyens essayent de pénétrer en Egypte. Séthi Ier et Ramsès II érigent un réseau de fortifications et capturent certains d’entre eux. Après deux vaines tentatives d’invasion du delta occidental, ils obtiennent de Ramsès II, au XIIème siècle, l’autorisation de s’installer dans cette zone. En échange, ils prennent une place accrue dans la défense de l’Egypte. Au Xème siècle, et pendant près de deux cent ans, les libyens gouvernent l’Egypte, sous les XXIIème et XXIIIème dynasties.

- Voisins du Sud
Les Egyptiens peuvent avoir été tenté par une pénétration en profondeur du continent le long du Nil, du moins jusqu’à la Ivème cataracte. Ils peuvent aussi avoir été attirés vers le Tchad par les vallées anciennes qui débouchent sur la rive gauche du Nil, vers l’Ethiopie, riche en ivoire. Vers le sud, ils ont dû rencontrer un obstacle majeur dans l’immense zone marécageuse du Sud. Nous ne connaissons malheureusement que peu de choses à propos de ces relations terrestres
La Basse-Nubie intéressait les Egyptiens à cause de l’or qu’elle produisait. Les régions nilotiques plus méridionales les attiraient pour les routes de pénétration vers l’Afrique intérieure, menant vers le Nil Blanc, les vallées sahariennes ou le Darfour.
Dès le début de l’Ancien Empire, le Soudan, comme la Libye, a fourni aux Egyptiens des hommes et des ressources animales et végétales. Les Nubiens ont également joué un grand rôle dans l’armée égyptienne. Les Egyptiens commencèrent à organiser leurs relations avec le Soudan à la fin de la Vème dynastie. Pendant cette période, un nouveau poste politique et économique apparut : celui de gouverneur du Sud. Le titulaire était chargé de garder le poste méridional de l’Egypte, d’organiser les échanges commerciaux, et de faciliter la circulation des expéditions marchandes.
Au début du Moyen Empire, les rois d’Egypte, menacés par des Bédouins asiatiques, semblent avoir demandé l’aide des Soudanais, ce qui fournirait la preuve de la reprise des relations entre l’Egypte et le Soudan (interrompues à la fin de l’Ancien Empire). Il est très probable que des Egyptiens se sont rendus au Soudan.
Quand les Hyksos s’emparèrent des parties septentrionales et moyennes de l’Egypte, Koush accrut son indépendance et sa puissance. Le royaume de Koush présentait un danger latent pour les pharaons égyptiens. Avec la XVIIIème dynastie, la pression sur le Soudan redevint très forte, et l’expansion plus vaste que jamais auparavant. Sous le règne de Thoutmosis III, les tombeaux de la région située entre les IIème et IVème cataracte changèrent de forme; on construisit des tombes de forme égyptienne et de petites pyramides comme celles qui ont été trouvées à Deir el-Medineh. De là vient la ressemblance entre les cités de Bouhen et d’Aniba et les cités égyptiennes. On trouve aussi dans les tombeaux du Soudan des scarabées et les noms des princes sont inscrits d’une façon typiquement égyptienne. Le tombeau de Heka-Nefer, le prince d’Aniba sous le règne de Toutankhamon, ressemble aux tombeaux rupestres égyptiens. L’union égypto-nubienne n’a jamais été aussi grande. Les Soudanais jouent également un rôle militaire et administratif plus marqué qu’auparavant.. En -1400, on édifie le temple de Soleb. Cette union atteint son point culminant lorsque la XXVème dynastie éthiopienne domine l’Egypte. Cependant, même « égyptianisés », les habitants des hautes vallées gardent leur culture propre.
- Le pays de Pount
On pense que ce pays était situé dans la Corne de l’Afrique mais on hésite encore beaucoup à propos de l’endroit exact où en fixer le territoire. Une hypothèse séduisante l’attache à la partie de la côte africaine qui va de la rivière Poitialeh, au nord de la Somalie, au cap Gardafui.
Les navires égyptiens allaient chercher à Pount l’encens précieux et bien d’autres produits encore. Il semble que le cap Gardafui constituait la limite méridionale de la navigation vers Pount, et que les frontières sud du royaume de Pount se situaient près de ce cap.
C’est sous le règne d’Hatshepsout que le pays de Pount fut mieux connu. Elle envoya une flotte de cinq navires afin de ramener des arbres à encens. Les représentations de cette expédition nous ont permis de connaître la vie du pays de Pount, ses plantes, ses animaux et ses habitants. Les huttes coniques dressées sur pilotis parmi les palmiers, les ébéniers et les baumiers sont nettement représentées.
Après Hatshepsout, à en croire les représentations de Pount figurant dans les temples, aucune nouveauté n’apparait. Puis les textes parlent de l’arrivée des habitants de Pount en Egypte. Les chefs de ce pays sont concidérés comme devant apporter des cadeaux aux pharaons.
Parmi les traces laissées par ces anciennes relations, signalons que l’appui-tête porte, en langue somalienne actuelle, un nom proche de celui qu’il avait en égyptien ancien. De même, les Somaliens appellent leur nouvel an la fête de pharaon.

d) La Nubie avant Napata (-3000 à -750)

- La période du groupe A :
Les outils de cuivre et les poteries d’origine égyptienne exhumées des tombes du groupe A montrent que l’épanouissement de cette culture a été contemporain de la Ière dynastie en Egypte (-3100). Cette culture est désugnée par une simple lettre car elle ignorait l’écriture et qu’on ne peut l’associer à aucun lieu précis de découverte ni à aucun centre important. Il s’est néanmoins agi d’une période de prospérité marquée par un considérable accroissement de la population.
Des découvertes archéologiques appartenant sans doute possible au groupe A ont été faites jusqu’à présent en Nubie, entre la Ière cataracte au nord et le Batn-el-Haggar. Mais on a également trouvé des poteries semblables à celles du groupe A à la surface de divers sites plus au sud, dans le Soudan septentrional. Du point de vue ethnique, le groupe A était physiquement très semblable aux Egyptiens prédynastiques. C’était un peuple semi nomade qui élevait probablement des chèvres, des moutons et quelques bovins. Il vivait généralement dans de petits campements, se déplaçant toutes les fois qu’un pâturage était épuisé.
Du point de vue culturel, ce groupe appartient au Chalcolithique, c’est à dire qu’il est essentiellement néolithique, tout en faisant un usage limité d’outils de cuivre importés d’Egypte. L’une des caractéristiques de la culture du groupe A est la poterie, que nous trouvons dans les tombes des peuplades appartenant à ce groupe. Un des exemples typiques de la poterie du groupe A est une belle poterie mince avec un intérieur poli noir et, à l’extérieur, des décorations peintes en rouge imitant la vannerie. En même temps que ce type de poterie, on trouve de grandes jarres en forme de bulbe avec une base pointue et des pots avec des poignées, ainsi que des jarres coniques de faïence rose foncé d’origine égyptienne.
En ce qui concerne les coutumes funéraires du groupe A, nous connaissons deux genres de tombes : le premier type est une simple fosse ovale de 0,80m de profondeur, et le second une fosse ovale de 1,30m de profondeur avec une chambre plus profonde d’un coté. Le corps, dans un suaire de cuir, était placé en position repliée sur le coté droit, avec la tête vers l’ouest.

- La fin du groupe A :
Au groupe A, qui a probablement vécu en Nubie jusqu’à la fin de la IIème dynastie (-2780), suucéda une période de pauvreté et de déclin culturel, qui dura depuis le commencement de la IIIème dynastie (-2780) jusqu’à la IVème dynastie (-2258). Cette période a été appelé par certains archéologues période du groupe B.

- L’Egypte en Nubie :
Dès le début de leur histoire, les Egyptiens ont été éblouis par les richesses que renfermaient la Nubie : or, encens, ivoire, ébène, huiles, pierres semi-précieuses ... Ils ont donc constamment essayé de faire passer sous leur domination le commerce et les ressources économiques de ce pays. L’histoire de la Nubie est presque inséparable de celle de l’Egypte. Les objets façonnés égyptiens découverts à Faras, dans les tombes du groupe A datant des règnes de Djer et Ouadji (3ème et 4ème roi de la Ière dynastie) témoignent également des contacts qui existaient entre les deux pays dans ces temps reculés. La preuve la plus ancienne de la conquète égyptienne en Nubie est fournie par un document exposé au Musée national du Soudan à Khartoum. Il s’agit d’une scène gravée sur une plaque de grès; elle date du roi Djer, troisième roi de la Ière dynastie. La scène décrit une bataille livrée sur le Nil aux Nubiens par le roi Djer. D’autres preuves existent: Pierre de Palerme montrant Snéfrou détruisant le pays des Nubiens, fragment de pierre montrant Khasékhem (roi de la IIème dynastie) agenouillé sur un prisonnier nubien ...
Des découvertes archéologiques ont montré l’existence à Bouhen (IIème cataracte) d’une colonie purement égyptienne à l’époque des IV et Vème dynastie. L’une des industries de cette colonie égyptienne était le travail du cuivre.
- La Période du groupe C :
Vers la fin de l’Ancien Empire égyptien, ou pendant la période appelée Première période intermédiaire (-2240/-2150), apparut en Nubie une nouvelle culture indépendante, appelée par les archéologues période du groupe C. Cette culture était chalcolithique et dura jusqu’au moment où la Nubie fut complétement égyptianisée au XVIème siècle avant l’ère chrétienne.
Deux théories s’opposent concernant le groupe C : l’une affirme qu’elle est une continuation du groupe A et l’autre qu’elle a subit une influence étrangère. Les partisans de cette dernière théorie sont en désaccord quant à l’origine et à la provenance de cette influence étrangère. Il semble évident que les hommes du groupe C étaient essentiellement des pasteurs, et habitaient de petits campements. Parfois, ils s’installaient dans des villages. Les maisons découvertes dans la région d’Ouadi Halfa appartiennent à deux types : l’un avec des pièces rondes, aux murs faits de pierre enduite de boue, l’autre constituée par des pièces carrées aux murs en briques de boue.
Les plus anciennes sépultures de la culture du groupe C sont caractérisées par de petites superstructures de pierre au dessus de fosses rondes ou ovales. Le corps, à demi replié, était couché sur le coté droit, la tête orientée vers l’est et souvent placée sur un oreiller de paille (le corps était enveloppé dans un vêtement de cuir). On rencontre d’autres types de sépultures appartenant au groupe C : les archéologues ont trouvé des chapelles de briques, souvent adossées au nord et à l’est des superstructures de pierre. Les objets contenus dans les tombes comprenaient différents types de poteries, des bracelets de pierre, d’os et d’ivoire, des boucles d’oreilles en coquillage, des sandales de cuir, des scarabées égyptiens ....

- Le Moyen Empire :
Les souverains du Moyen Empire tournèrent leur attention vers le pays situé au sud. Cette entreprise commença sous les rois de la XIème dynastie de Thèbes. Sur un fragment provenant du temple de Gebelein en Haute-Egypte, Mentouhotep II est représenté en train de frapper ses ennemis, parmi lesquels on aperçoit des Nubiens. Certaines références montrent que les Egyptiens de la Xième dynastie avaient probablement occupé la Nubie jusqu’à Ouadi Halfa vers le sud.
Plusieurs documents indiquent que c’est Amenemhat Ier, le fondateur de la XIIème dynastie, qui a entrepris l’occupation permanente d’une partie de la Nubie. On pense d’ailleurs qu’il était lui-même d’origine nubienne. L’occupation de la Nubie fut achevée par le fils et successeur d’Amenemhat Ier, Sésostris Ier.
Koush, nom que les Egyptiens utilisèrent très tôt pour désigner un grand territoire au sud, était à l’origine un territoire nubien limité, évoqué pour la première fois sous le Moyen Empire.
Les raisons qui poussaient les Egyptiens à occuper une partie de la Nubie était à la fois économiques et défensives. Il fallait s’assurer, d’une part, l’importation des produits du sud, comme l’ivoire et l’ébène; d’autre part, il s’agissait de l’exploitation des richesses minières de la Nubie. La sécurité de leur royaume exigeait par ailleurs la défense de sa frontière méridionale contre les Nubiens et les habitants du désert à l’est de la Nubie.
La nature défensive de l’occupation égyptienne en Nubie pendant la période du Moyen Empire est clairement démontrée par le nombre et la puissance des forteresses que les rois de la XIIème dynastie durent bâtir dans le territoire occupé (exemple de la forteresse de Bouhen : série complexe de fortifications construite suivant un plan rectangulaire de 172m sur 160).
Après la chute du Moyen Empire et l’invasion des Hyksos, les Egyptiens perdirent le pouvoir en Nubie. Les forts furent pillés et brûlés par les indigènes.

e) KERMA :

De 1913 à 1916, l’égyptologue Reisner fit des fouilles sur le site de Kerma. Les deux volumes publiées par Reisner en 1923 allaient être pendant cinquante ans l’unique source de renseignements sur le mystérieux royaume de Koush évoqué, à partir du début du Moyen Empire dans des textes pharaoniques où il est représenté comme une menace dangeureuse pour l’Egypte.
Deux grands monuments de briques crues, surprenants par leurs dimensions marquent le site archéologique. La deffufâ occidentale, située à l’est de la ville moderne, à 1,5 Km du Nil, est haute de 19m, longue de 52 et large de 26m. La deffufâ orientale, moins massive, est dans le désert à 4Km de là dans le secteur sud-ouest d’un immense cimetière avec de nombreux tumulus.
Se fondant sur la découverte, dans la deffufâ occidentale, de fragments de vases d’albâtre avec des cartouches de pharaons de la VIème dynastie et du début de la XIIème dynastie, Reisner avait conclu que le monument avait été un comptoir égyptien existant dès l’Ancien Empire, protégé par un fort et une garnison au Moyen Empire. La deffufâ orientale et le grand cimetière qui l’entoure lui semblait représenter les demeures des gouverneurs égyptiens. Soulignant les influences égyptiennes sur la culture de Kerma, Reisner faisait ressortir au contraire, le caractère indigène des rites funéraires, marqué principalement par les nombreux individus enterrés vivants dans la tombe des grands personnages. Le mode de sépulture dans les grandes tombes de Kerma étaient entièrement nubien; les corps n’étaient pas momifiés et l’on sait que les Egyptiens redoutaient d’être enterrés à l’étranger car les rites n’y étaient pas respectés.
Les fouilles de l’université de Genève se sont déroulées à Kerma de 1973 à 1993. C’est ainsi qu’ont pu être observés des tombes et des édifices datés des époques napatéenne et méroïtique (VIIIème siècle av.J-C - IIIème siècle ap.J-C). L’acquis essentiel des fouilles suisses est la reconstitution de l’histoire de Kerma aux IIIème et IIème millénaire, vu sous l’angle indigène alors qu’elle avait été interprétée auparavant sous l’angle égyptien.
On a pu établir quatre grandes périodes dans l’histoire de Kerma :
- un établissement pré-Kerma de 3000 à 2500 environ
- le Kerma ancien de 2500 à 2050 correspond aux V et VIème dynastie de l’Ancien Empire et à la Première période Intermédiaire
- le Kerma moyen de 2050 à 1750 correspond approximativement au Moyen Empire (2060-1780)
- Le Kerma classique marque l’apogée politique et culturelle du royaume de Koush à l’époque même où l’Egypte se débat dans le désordre de la Deuxième période Intermédiaire (1780-1580). Vers 1530-1520, Thoutmosis I, en conquérant la vallée soudanaise du Nil jusqu’aux abords de la IVème cataracte mettra fin à l’indépendance de Koush qui sera placé sous administration égyptienne jusqu’à la fin du Nouvel Empire (1080).

- Etablissement pré-Kerma et Groupe A
C’est seulement en 1986 qu’ont été mis à jour les vestiges d’un établissement  antérieur à la ville antique de Kerma, dont les débuts semblent remonter aux environs de 2500. Au nord de l’immense nécropole orientale située à 4km de la ville, les chercheurs suisses ont dégagé sur une surface d’environ un hectare des fonds de huttes circulaires dont le diamètre varie de 4 à 8m et des séries de fosses utilisées comme greniers. Il est certain, écrit Charles Bonnet (Genava, 1988) « que les vestiges des huttes et des greniers s’étendent bien au delà. Le plan de cet ensemble est très spectaculaire et n’est pas sans évoquer celui de certaines villes africaines plus récentes ».
Le fait le plus intéréssant est la très grande ressemblance de la céramique trouvée sur le site avec celle du mystérieux Groupe A de Reisner qui a occupé la Basse Nubie (entre la Ière et la IIème cataracte) depuis les débuts de l’histoire égyptienne, vers 3100 jusqu’à la IIIème dynastie, vers 2700. La Haute Nubie soudanaise (entre la IIème et la IVème cataracte) aurait donc eu des rapports avec la Basse Nubie mais pas avec l’Egypte proprement dite comme le montre l’absence d’importations égyptiennes dans l’agglomération pré-Kerma.

- Kerma Ancien (-2500 à -2050)
Contrairement à ce que Reisner avait affirmé, Charles Bonnet a brillament démontré que la deffufa occidentale et les bâtiments qui l’entourent occupant un emplacement privilégié au centre de la ville antique devait être considéré comme un quartier religieux continuellememt remanié au cours des siècles. La ville antique se serait développée sur un plan rayonnant autour du temple primitif construit aux environs de 2500.
En ce qui concerne la nécropole orientale, Reisner aurait commis également une erreur d’interprétation. D’après lui, les sépultures les plus anciennes étaient situées dans la partie sud seule fouillée. L’équipe suisse a montré que, au contraire, la partie nord du cimetière est la plus ancienne. Les tombes y sont de dimensions plus réduites et le rituel funéraire y est moins complexe.
Les tombes du Kerma ancien ont un diamètre extérieur de moins d’un mètre mais la fosse est assez profonde. Le défunt est en position fléchie sur le côté droit, la tête à l’est. Il tient à la main un ou même deux arcs, ce qui rapelle le nom de Ta-Seti (pays de l’arc) donné à la Nubie dans les textes pharaoniques.
Située à environ 5Km des bords du Nil, l’immense nécropole de Kerma est toujours restée protégée des crues du fleuve ce qui a permis une conservation exceptionnelle du matériel funéraire.

- Kerma moyen (-2050 à -1750)
Correspondant sensiblement au Moyen Empire, le Kerma moyen a été individualisé principalement dans la nécropole orientale. Le diamètre des tumulus qui surmontent les sépultures s’agrandit progressivement et peut atteindre 8 à 10m. On voit par ailleurs apparaitre des inhumations multiples. L’interprétation de Reisner suggérant la pratique de sacrifices humains en relations avec une société très hiérarchisée a été confirmée par les chercheurs suisses.
L’enrichissement du matériel animal contenu dans les tombes est certainement l’élément le plus frappant dans les tombes du Kerma moyen. Des animaux entiers sont alors inhumés avec le défunt. On y trouve des chiens, des chèvres et des moutons qui constituent l’immense majorité des restes animaux. Certains sont porteurs d’une sorte de bonnet surmonté d’un disque en plumes d’autruche rappelant les béliers à sphéroïdes des rupestres de l’Atlas saharien.

- Kerma Classique (-1750 à -1500)
C’est l’apogée du royaume soudanais . Dans la ville antique autour de la deffufâ occidentale, les maisons sont plus vastes; les bâtiments de culte plus importants; les murailles des fortifications plus épaisses.
On a trouvé une « boulangerie industrielle » qui est constituée par une batterie de dix fours rectangulaires et de longs moules côniques disposés sur un carré de 16m de côté. Charles Bonnet suppose que le produit de ces boulangeries était destiné aux offrandes des différents lieux de culte, ou peut-être au roi.
« L’atelier de bronzerie » nous renseigne sur le mode de fabrication des très nombreuses tiges de bronze trouvées dans les fouilles. Le cuivre utilisé venait sans doute, sous forme de lingots, de la région toute proche de Tumbus où l’on trouve des filons de cuivre natif. Charles Bonnet ne dit pas d’où venait l’étain, mais il détaille le très ingénieux système de chauffage alimenté par du bois de palmier brûlé dans des foyers orientés selon les vents dominants, dirigé vers huit descenderies où ont été trouvés de nombreux fragments de creusets.
Dans la nécropole orientale, certaines sépultures atteignent 100m de diamètre. La mission suisse a retrouvé les traces de banquets funéraires; à en juger par la quantité de bols renversés jonchant la surface du sol, ces cérémonies devaient réunir un public très nombreux. Les restes animaux tiennent une place encore plus considérable. A l’intérieur de la fosse qui peut atteindre de très grandes dimensions, on trouve encore des moutons entiers mais on voit apparaitre des agneaux découpés en quartiers de boucherie suivant une technique ritualisée. A l’extérieur de la fosse, les bucrânes (frontaux de bovidés) se multiplient jusqu’à atteindre plusieurs cemtaines pour la même sépulture.
Qu’il s’agisse de la ville antique ou de la nécropole orientale, l’archéologie démontre abondamment le rôle prépondérant de l’élevage à Kerma et la valeur religieuse attribuée au bélier. A ce point de vue, Kerma apparaît comme une étape entre les « béliers ornés » de l’Atlas saharien et le dieu Amon à tête de bélier honoré au Gebel Barkal par les gens de Napata.

- Le Nouvel Empire (-1580/-1050)
Quand les Egyptiens eurent complétement libéré leur pays des Hysos, ils tournèrent à nouveau leur attention vers leur frontière sud, et ce fut le commencement de la conquète la plus complète de la Nubie depuis le début de l’histoire ancienne de l’Egypte.
L’occupation de la Nubie fut entreprise par Amosis, fondateur de la XVIIIème dynastie égyptienne. Amosis réussit à rebâtir et à agrandir la forteresse de Bouhen et à y édifier un temple.
Ce fut Thoutmosis Ier (-1530/-1520) qui mena à bien la conquète du Soudan du nord, mettant ainsi fin à l’indépendance de Koush. En arrivant à Toumbous, à l’extrémité sud de la IIIème cataracte, il y grava une grande inscription. Puis il poursuivit sa marche vers le sud, occupant toute le longueur du fleuve entre Kerma et Kourgous, à 80Km au sud d’Abou Hamed, où il laissa une inscrption et bâtit peut-être un temple. La Nubie fut ainsi entièrement conquise par l’Egypte, et ce fut le début d’une ère nouvelle et brillante de son histoire, qui laissa sur sa vie culturelle des traces qui persistèrent au cours des époques suivantes. C’est ainsi que les rois des XVIIIème et XIXème dynasties bâtirent beaucoup de temples en Nubie. L’ensemble de la Nubie fut réorganisé suivant une ligne purement égyptienne, et un mode d’administration entièrement égyptien fut appliqué, ce qui entraina la présence en ces centres de prêtres, de scribes, de soldats ...Cette situation aboutit à l’égyptianisation totale de la Nubie. Les indigènes adoptèrent la religion égyptienne et se mirent à adorer les divinités égyptiennes.
Une stèle de Kamose, dernier roi de la XVIIIème dynastie, affirme que le royaume indépendant de Koush s’étend au nord jusqu’à Elephantine (Assouan). Autrement dit, l’autorité des princes de Koush allait de la Ière à la IVème dynastie au XVIIIème siècle av.J-C. Elle aurait même pu aller plus loin si l’on en croit un texte découvert à Karnak selon lequel le roi Hyksos, Apophis, aurait demandé et peut-être obtenu l’alliance du prince de Koush contre le pharaon.
Nous retiendrons que le royaume de Koush exportait principalement du bétail et de l’or; mais aussi tous les produits qui apparaîtront, à l’époque du Nouvel Empire, sur les nombreuses représentations picturales du tribut fourni par la Nubie conquise : ébène, ivoire, peaux de panthère, oeufs d’autruche ....

- Gens de Kerma et Nubiens d’aujourd’hui :
Un des résultats les plus attendus des fouilles de la Mission suisse fut l’analyse des nombreux squelettes découverts dans un état de conservation exceptionnel dans la nécropole orientale. Les chercheurs suisses soulignent la relative homogénéité de la popoulation Kerma ancien et la ressemblance de la majorité des gens de Kerma avec les Nubiens actuels, ressemblance confirmée par le fait que les Nubiens d’aujourd’hui ne se mélangent ni aux Egyptiens appelés « étrangers » ni aux Noirs du Sud-Soudan.
Les sépultures des Nubiens actuels sont toujours surmontées d’un tumulus; la poterie rouge à bords noirs se retrouve à Kerma; l’élevage et tout ce qui se rapporte aux animaux domestiques tient une place essentielle dans la vie quotidienne et dans les rites funéraires.
L’opposition entre la civilisation agraire de l’Egypte et les civilisations pastorales du Soudan a été confirmé par les fouilles de l’équipe suisse en Nubie.

f) L’empire de Koush : Napata et Méroé

Dans la première moitié du IIème millénaire, la culture dite de Kerma correspond à un royaume fort et prospère, le Koush des textes égyptiens. La prospection archéologique lacunaire de cette zone ne permet guère de préciser son histoire, après la phase brillante, mais relativement brève, de la domination par l’Egypte du Nouvel Empire (-1580/-1085).
Après trois siècles de silence, on reparle de la Nubie à partir du IXème siècle av.J-C.

- Napata, berçeau soudanais de la XXVème dynastie :
Hormis les égyptologues et les historiens de l’Afrique, peu de gens savent que les quatre pharaons de la XXVème dynastie datée approximativement de 715 à 655 av.J-C étaient originaires du bassin de Dongola entre la IIIème et la IVème cataracte dans le nord de l’actuel Soudan. Ceux que l’on appelle aujourd’hui les pharaons noirs de la dynastie koushite ont conservé jusqu’aux années 70 dans les textes en langue française le nom de rois éthiopiens qui leur avait été donné dans l’Antiquité du mot grec aethiops qui signifie façe brulée. La XXVème dynastie est donc indigène : c’est peut-être les successeurs des anciens souverains de Kerma qui l’ont crée.

Vers -713, Shabaka monte sur le trône. Il soumet à l’empire de Koush la vallée entière du Nil jusqu’au Delta. Les compilateurs des listes royales d’Egypte le considèrent comme le fondateur de la XXVème dynastie. La grande politique du Proche-Orient amène les Koushites vers l’Asie où la poussée des Assyriens commence à se faire sentir.
L’année même où Taharqua (689/663) monte sur le trône, le roi assyrien Sennacherib détruisit Babylone. Taharqua annonça aussitôt son intention de s’attaquer à la redoutable puissance assyrienne; il est en conséquence le seul pharaon à être cité par son nom dans la Bible. Dans les Livres d’Esaie, on peut lire : « Alors le roi d’Assyrie reçut une nouvelle au sujet de Tirhka, roi d’Ethiopie; on lui dit : voici, il s’est mis en marche pour te faire la guerre ». L’effroi inspiré par les guerriers soudanais se confirma en -669 losque Taharka réussit à réoccuper Memphis conquise par les Assyriens deux ans auparavant. Bien que son successeur ait dû fuir, en -663, devant les armées d’Assourbanipal qui s’emparèrent de Thèbes et mirent ainsi fin à la dynastie koushite, Taharka demeure un grand nom dans l’histoire de l’Egypte ancienne.
Retrouvés sur de nombreux monuments depuis le Delta jusqu’à la IVème cataracte, les cartouches de Taharka prouvent qu’il controlait bien un immense empire égypto-soudanais étendu sur plus de 2500Km de vallée.
Le royaume koushite apparait comme une monarchie double : son symbole en est le double uraeus (serpent). Les souverains de la XXVème dynastie copient les pharaons d’Egypte qui les ont précédés; le style de leurs monuments est typiquement pharaonique. Ils portent aussi des ornements propres au Soudan. L’un de leurs couvre-chefs populaires est une sorte de calotte qui enserre étroitement la nuque et dont une patte protège la tempe; un épais bandeau noué la maintient et laisse flotter deux pans à l’arrière des épaules. Des têtes de bélier, animal sacré d’Amon, parent leurs boucles d’oreilles ou les retombées de leurs colliers. Amon est en effet le grand dieu dynastique, adoré dans quatre sanctuaires : Napata, Tore, Kawa et Pnubs.

- Amon de Napata et Amon-Ré de Thèbes :
« Amon de Napata m’a fait souverain de tout peuple. Amon de Thèbes m’a fait souverain de l’Egypte .... ». Ainsi s’exprime sur une stèle du musée de Khartoum le roi koushite Piye-nommé Piankhi jusqu’aux années 70-considéré par certains auteurs comme le véritable fondateur de la XXVème dynastie. Il est célèbre surtout par la stèle dite de la Victoire exposée au musée du Caire .
Sur cent cinquante neuf lignes de hiéroglyphes superbement gravés sur un grand bloc de basalte, sont relatées les étapes de la campagne qui mena le roi soudanais, vers -730, de Napata jusqu’au Delta. En s’arrêtant longuement à Thèbes, Piye avait rencontré la fille de Kashta son prédécesseur, installée par son père dans la fonction de Divine Adoratrice d’Amon. Ces relations de parenté avec le dieu omnipotent de Thèbes l’encouragèrent certainement dans la conquète de la vallée égyptienne. Conquète sans lendemain puisque, sitôt arrivé, Piye engagea ses bateaux sur le chemin du retour.
En cette année de la conquète éphémère de Piye, le culte d’Amon était établi à Napata depuis plus de six cent ans. En sa quarante-septième année de règne, vers 1457 av.J-C, Thoutmosis III avait sacrifié à Amon-Ré, « le maître de la montagne sainte », le Gebel Barkal, au pied duquel serait élevé 150 ans plus tard, le grand temple d’Amon.
Installé par le colonisateur égyptien, le culte d’Amon-Ré rencontra un accueil extraordinairement favorable de la part des gens de Koush aussi bien à la période coloniale, entre 1560 et 1100 environ, que pendant les trois siècles suivants où les documents égyptiens sur la région au sud de Thèbes sont pratiquement inexistants. A ce succès du culte d’Amon dans le bassin de Dongola, on peut reconnaître deux raisons essentielles. D’une part, les gens de Koush retrouvaient dans le dieu égyptien de Thèbes leur dieu-bélier adoré par les gens de Kerma, leurs ancêtres directs. D’autre part, le culte de la triade thébaine, le dieu-créateur Amon, la déesse vautour Mout protectrice des reines et le dieu enfant Khonsou, s’adaptait parfaitement aux lieux magiques de leur montagne, le Gebel Barkal.

C’est en 1986 que l’archéologue T.Kendall fut frappé par la silhouette curieuse de l’aiguille rocheuse du Gebel Barkal évoquant la statue immense d’un roi qui s’éloignerait de la montagne dominant de 98m la vallée du Nil. L’examen de près (escalade du pic rocheux) n’apporta pas grand chose; on put cependant déchiffrer deux cartouches de Taharka et un de Nastasen, le dernier prince koushite à avoir été enterré, vers -320, à Napata.
T.Kendall découvrit cependant deux choses étonnantes :
- une rangée de petits trous régulièrement espacés indiqua que la surface de la pierre avait été recouverte d’une feuille d’or qui devait, en fonction de son orientation sud-est, refléter le soleil depuis l’aurore jusqu’au milieu de l’après-midi et être visible à une vingtaine de kilomètres.
- un échafaudage en bois entourait le sommet de l’aiguille. Les larges trous destinés à fixer de grosses poutres et les marques de maçon sont visibles sur toutes les façes à 6m environ du sommet. Cet échafaudage à l’intéreur duquel trois ou quatre hommes pouvaient se tenir était alimenté par un pont volant entre la Table et l’Aiguille et par un shadouf destiné à monter le matériel dont on reconnaît également les points d’ancrage sur la Table.

- Symbolique égyptienne, symbolique koushite du Gebel Barkal :
Au XIXème siècle, Wilkinson et Lepsius avaient dessiné certains reliefs du Grand Temple d’Amon. Cent cinquante ans plus tard, une expédition américaine a trouvé des murs très dégradés depuis le passage de Lepsius (1843) et n’a pu rétablir que certaines scènes. Leur intérêt est cependant considérable car elles illustrent fidèlement la célèbre stèle de la Victoire du roi Piye.
Devant la triade thébaine, Amon, Mout et Khonsou, le roi prépare son départ de Napata (ou de Thèbes). Après plusieurs séquences détruites, on voit le siège et la prise d’Hermopolis. Des scènes de bataille déssinées par Lepsius représentant l’attaque de Memphis, il ne reste que des débris de reliefs avec des cheveaux au galop. La scène suivante bien conservée représente les princes vaincus de Basse Egypte prosternés devant le roi koushite et lui apportant des présents.
Construit par Taharka, le temple de la déesse Mout est situé à la base de l’Aiguille. Comme les temples d’Abou Simbel, il était composé d’une partie extérieure aujourd’hui disparue et de chambres intérieures creusées dans le roc. Quand l’archéologue Lynn Holden y pénétra en 1987, une image peinte attira spécialement son attention...Elle représente le dieu Amon des Koushites (il a une tête de bélier) assis  à l’intérieur d’un cadre rectangulaire figurant certainement le Gebel Barkal avec son sommet plat (la Table) si caractéristique. Se détachant de la Table exactement comme l’Aiguille apparaît un grand cobra dressé couronné d’un disque solaire. L’idée vint alors à Holden que la si étrange silhouette de l’Aiguille aurait pu être interprétée par les Anciens non pas comme une statue royale en pied mais comme un gigantesque uraeus (cobra). L’assimilation de l’Aiguille à la déesse-uraeus la mettrait en relation directe avec la fonction royale et éclairerait les origines mystérieuses de la dynastie koushite qui portait sur sa couronne non pas un mais deux uraeus symbolisant un double pouvoir sur l’Egypte et sur Koush et une double protection reçue de la déesse-uraeus aux pouvoirs magiques inégalés.
L’année suivante, Holden retrouva dans le temple d’Abou Simbel la même image que dans le temple de Mout : le dieu Amon, inversé comme si il était regardé dans un miroir; mais c’est le dieu Amon de Thèbes dont il s’agit (il a une tête d’homme et non de bélier). Là aussi, un gigantesque cobra se dresse sortant de la montagne, mais il porte la haute couronne cônique de la Haute Egypte au lieu du disque solaire et il regarde vers la gauche.
C’est en 1989 que T.Kendall, à la suite d’une campagne au Gebel Barkal, publie un rapport dans lequel il est persuadé de la justesse de l’hypothèse de L.Holden : les deux images inversées, celle du temple de Ramsès II à Abou Simbel et celle du temple de Mout construit cinq cent ans plus tard par Taharka permettent de décoder une symbolique égyptienne et une symbolique koushite de la Montagne Sainte.

Durant les trois cent ans où le pays de Koush, entre la IIème et la IVème cataracte, fut une colonie égyptienne, le Gebel Barkal marqua la frontière méridionale de l’Empire. La puissance magique de son Aiguille représentant la déesse-uraeus permettait une défense efficace de l’ordre égyptien contre le désordre et la barbarie de l’Afrique profonde. Il parut donc tout naturel de loger à l’intérieur de la montagne Amon, le dieu caché.
La symbolique koushite apparaît plus complexe. Après avoir transformé dans leur montagne la triade thébaine, les princes koushites se considèrèrent comme les fils du dieu Amon destinés par le dieu lui-même à devenir les souverains de l’Egypte.
Le Gebel Barkal apparaît donc comme le fondement religieux de la dynastie koushite.
En même temps que les divinités pharaoniques (Isis, Horus, Thot ...) avec leurs symboles originaux, les habitants de Méroé pratiquaient le culte de dieux purement méroïtiques comme le dieu-lion Apédémak ou le dieu Sebewyemeker (Sbomeker). Le culte de ces dieux n’est devenu officiel qu’au IIIème siècle av.J-C. Il semble qu’ils aient été auparavant des dieux locaux des parties méridionales de l’empire et qu’ils n’aient accédé à la première place qu’à l’époque où l’influence égyptienne avait commencé à décliner, pour être remplacée par des traits culturels plus authentiquement méroïtique.
Le dieu guerrier Apédémak était une divinité d’une grande importance pour les méroïtes. On le dépeint avec une tête de lion, et les lions jouèrent un certain rôle dans les cérémonies, surtout à Mussawarat es-Sufra. Au même endroit, nous trouvons un autre dieu méroïtique n’ayant pas de correspondant égyptien : Sebewyemeker, peut-être le principal dieu local à être considéré comme un créateur. Quelques déesses sont aussi dépeintes à Naga, mais leur nom et la place qu’elles occupaient dans le panthéon méroïtique nous sont encore inconnus.
Indépendamment des 32 temples aux Lions connus, il existe 14 sites où la présence d’un temple aux Lions est presque certaine. Il semble qu’ils aient été répartis sur l’ensemble du royaume de Méroé. Leur distribution présente deux caractéristiques très nettes. La première est qu’il existe quatre sites où plusieurs temples ont été découverts : Naga (huit temples), Mussawarat (six), Méroé (six) et Barkal (trois).
Tous les temples aux Lions peuvent être divisés en deux types principaux. Le premier est un temple à deux chambres; les plus anciens de ce type sont en brique sèchée et ne possèdent pas de pylônes. Le deuxième avait une seule chambre; la plupart avait un pylône sur la façade, mais les plus anciens n’en possédaient pas.

Ces deux types de temples, les temples d’Amon et les temples aux Lions, suggèrent au premier abord l’existence de deux types de religions; mais un examen attentif montre qu’il s’agit en fait d’une religion unique. La dualité religieuse supposerait, soit une grande tolérance, hautement impropable à cette époque, soit une lutte farouche et des guerres religieuses continuelles, dont il n’y a, à notre connaissance, pas trace. Au contraire, le panthéon des temples d’Amon semble avoir été le même que celui des temples aux Lions, avec cette différence que certains dieux avaient la prédominance dans tel ou tel temple. Ces dieux sont d’ailleurs un mélande de dieux égyptiens comme Amon-Rê, la triade osiriaque .... et de dieux indigènes locaux comme Apédémak, Mandulis ....
La différence de plan indique une différence de rite plutôt que de religion.

- Napata, première capitale de l’empire koushite :
Après que les koushites se furent retirés d’Egypte sous les coups des Assyriens, leur histoire est plus difficile à établir. Pendant un millénaire, c’est le destin d’un état de plus en plus africain : le royaume de Koush. La capitale reste d’abord à Napata, au pied de la montagne sacrée du Djebel Barkal. Puis, sans doute au VIème de l’ére chrétienne, elle est transférée bien plus au sud, à Méroé. L’extension du royaume koushite n’est guère précisée, la diversité de ses régions encore mal dégagée. A l’extrême nord, la Basse-Nubie, sorte de marche frontière, demeura en litige entre les Méroïtes et les maîtres de l’Egypte : Saïtes, Perses, Ptolémées et Romains. Sa renaissance fut alors due probablement à l’introduction de la roue à eau.
A Napata, les tombes du cimetière de Nuri sont parmi les éléments essentiels pour établir l’histoire des rois de la dynastie napatéenne (le grand Taharka fut enterré à Nuri). Les premiers souverains sont très égyptianisés. Comme pour les rois de la XXVème dynastie, leurs sépultures sont dominées par des pyramides à l’égyptienne.
Pendant les trois cent cinquante ans qui suivirent la mort de Tanoutamon, dernier pharaon de la XXVème dynastie, 27 rois koushites et plusieurs reines, dont quelques uns seulement résidèrent à Napata, commandèrent des chambres mortuaires surmontées de pyramides d’une vingtaine de mètres chacun. Les caveaux sont décorés conformément aux canons égyptiens et les inscriptions en hiéroglyphes sont finement gravées et suivent les formules égyptiennes classiques.
A partir de la fin du IXème siècle, les princes locaux se firent enterrés à Kurru, d’abord sous des tumulus rappelant ceux des débuts de Kerma, ensuite dans des sortes de mastabas maçonnés. Les tombes de Kurru recèlent des éléments propres à la culture koushite dont on retrouvera des équivalents dans la culture méroïtique. Ainsi, ces 24 chevaux richement parés de perles en bronze et en faïence enterrés debout à coté de la tombe de Piye font immédiatement penser au passage de la « stèle de la Victoire » où le roi fustige la négligence des princes d’Hermopolis qui avaient laissé mourir des chevaux dans des écuries. On trouve aussi un lion à tête de bélier juché sur un socle de 15cm qui réunit les deux dieux dynastiques de Méroé; ou encore cette amulette de 5cm de hauteur appartenant à une épouse de Piye, représentant la déesse Hathor en train d’allaiter non pas un roi comme dans les amulettes égyptiennes mais une reine, ce qui annonce la place éminente tenue par les reines dans la société méroïtique.
Quels sont les nom des rois de la dynastie napatéenne ?
Les deux premiers rois ne sont guère pour nous que des noms : Atlanarsa (-653/-643), fils de Taharka, et son fils Senkamanisken (-643/-623), dont de beaux fragments statuaires ont été retrouvés au Djebel Barkal. Les deux fils et successeurs de ce dernier, Anlamani (-623/-593) et Aspelta (-593/-568), sont mieux connus. A Kawa, une stèle d’Anlamani relate la tournée du roi à travers les provinces dont il pourvoit les temples; il mène une campagne contre un peuple qui pourrait bien être les Blemmyes; puis sont évoquées la venue de la reine mère Nasalsa et la consécration des soeurs du roi comme joueuses de sistre devant le dieu Amon et chacun de ses quatre grands sanctuaires.
Son frère et successeur Aspelta a laissé deux grands textes retrouvés depuis longtemps. Celui de l’intronisation ou du couronnement date de l’an I de son règne. L’armée est assemblée près du Djebel Barkal et les chefs décident de consulter Amon de Napata, qui désigne Aspelta, dont la descendance par les soeurs royales est glorieuse. La stèle de l’apanage des princesses, qui date de l’an III, est conservée au Musée du Louvre : c’est le procès verbal de l’investiture d’une princesse comme prêtresse.

- L’expédition de Psammétique II, la chute de Napata :
Aspelta est un contemporain de Psammétique II. En -591, soit en l’an II du roi, le pays de Koush est envahi par une expédition égyptienne renforcée par des mercenaires grecs et cariens, conduite par les généraux Amasis et Potasimto. Napata est prise.
Contrairement à ce que l’on a cru, Napata ne connut pas un déclin définitif après le déplacement des familles princières à Méroé.

- Transfert de la capitale à Méroé :
Les Koushites souhaitent dès lors mettre une distance plus grande entre eux et leurs puissants voisins du Nord : c’est sans doute au raid égyptien qu’il faut attribuer le transfert de la capitale à Meroé, c’est à dire beaucoup plus au sud, non loin de la VIème cataracte. Le site de l’ancienne ville de Méroé a été occupé de façon continue depuis de milieu du VIIIème siècle av.J-C. Située approximativement au niveau du 17ème parallèle nord, Méroé se trouve exactement à la limite entre le désert où il ne pleut jamais ou presque et la zone de pluies d’été rares mais violentes à la suite desquelles le désert reverdit en un jour et les petits oueds se mettent à couler.
Aspelta est le premier souverain dont le nom soit attesté à Meroé.
En -525 se dessine la menace perse. On connaît la réponse du souverain nubien aux envoyés de Cambyse : « Quand les Perses banderont aussi aisément que moi des arcs aussi grands que celui-ci, qu’ils marchent alors avec des forces supérieures contre les Ethiopiens ». L’armée de Cambyse ne put franchir le Batn el-Haggar et dut battre en retraite avec de lourdes pertes. Les Perses ont cependant compté les habitants de Koush parmi leurs sujets et des contingents koushites se trouvaient dans les armées de Darius.
Le transfert de la capitale s’expliquerait aussi par des raisons climatiques et économiques. Les steppes offraient à Méroé une extension beaucoup plus vaste que les bassins voisins de Napata, resserés au coeur du désert. Aux ressources de l’élevage (plus des 2/3 des os de bêtes de boucherie sont ceux de bovins, 1/5 de moutons et de chèvres) s’ajoutaient celles de l’agriculture (le sorgho ou dourra était la principale culture mais on a trouvé également des traces de blé) et de vastes bassins d’irrigation furent creusés près des grands sites. Le commerce devait être très actif : Méroé constituait un carrefour idéal pour les voies caravanières entre la Mer Rouge, le Haut-Nil et le Tchad.
Pour de longs siècles qui restent obscurs, l’historien de dispose que des sépultures royales. Le dernier souverain enterré à Nuri est Nastasen (un peu avant -300). Ensuite, les cimetières de Méroé reçoivent des rois et des princes. On possède plusieurs inscriptions du roi Amannoteyeriké (un peu avant -400). La meilleure relate l’élection du roi puis des expéditions militaires entremélées de festivités religieuses, une retraite aux flambeaux, la visite de la reine mère, des donations aux sanctuaires ... Puis vient Harsiotef, dont la célèbre inscription relate des cérémonies et des campagnes contre de nombreux ennemis.
Avec la reine Shanakdakhete (-170/-160) semble s’affirmer pleinement la puissance d’un matriarcat purement local. C’est sur une construction à son nom, à Naga, qui se trouvent gravées des inscriptions en hiéroglyphes méroïtiques qui sont parmi les plus anciens connues.

- L’écriture méroïtique :
Les hiéroglyphes méroïtiques sont empruntés à l’égyptien, mais leurs valeurs sont différentes. A ces hiéroglyphes correspond une écriture cursive, d’une graphie souvent sommaire. Les signes semblent dériver, pour une part, de l’écriture démotique en usage dans l’Egypte de l’époque pour les documents administratifs et privés. De toute façon, la langue méroïtique, dont la nature nous échappe encore, et le système graphique diffèrent totalement de l’égyptien. Les 23 signes notent les consonnes, certaines voyelles et des syllabiques. Des groupes de deux points séparent généralement les mots les uns des autres. On dispose environ de 22 000 mots méroïtiques de lecture plus ou moins certaine. Pour le moment, la traduction proprement dite de queleques 800 textes recueillis demeure dans l’ensemble impossible. Les premiers textes méroïtiques figurent sur deux stèles du roi Taniydamani, que l’on date de la fin du IIème siècle avant l’ère chrétienne.
Le colloque du Caire (1974) a montré l’importance de l’étude comparée de la langue méroïtique avec d’autres langues africaines (langues du Soudan et des régions limitrophes de l’Ethiopie). Les participants à ce colloque propose d’utiliser l’informatique afin de mieux déchiffrer la langue méroïtique.
Voyons ce que Jean Leclant nous apprend sur l’énigmatique écriture méroïtique : « C’est en 1909-1911 que Griffith publie ses recherches sur un lot important de textes funéraires méroïtiques découverts en Nubie égyptienne. Il existe 23 signes (écriture alphabétique, avec quelques bilitères), auxquels il faut ajouter « un séparateur » : deux points superposés, parfois trois. Le méroïtique peut s’écrire soit dans une cursive dérivée pour une bonne part du démotique égyptien, soit en hiéroglyphes empruntés eux-aussi à l’Egypte, mais avec des valeurs nouvelles. Le génie de Griffith lui a permis de découvrir que les hiéroglyphes méroïtiques étaient tournés en sens inverse de ceux de l’Egypte pharaonique. La langue méroïtique nous est connue à travers un millier de textes environ; une grande partie est funéraire, provenant des cimetières nubiens fouillés avant la disparition de cette province sous les hautes eaux du Lac Nasser; il y a aussi des inscriptions provenant des grands ensembles royaux de Napata et Méroé beaucoup plus au sud. La nature de la langue méroïtique nous échappe encore, même si la structure des textes funéraires nous est plus familières : stèles et tables d’offrandes indiquent le nom du défunt suivi de ceux de ses parents et de quelques membres de sa famille ou de son entourage. On y lit aussi des textes administratifs, religieux ou militaires. »

- Rome et Méroé :
A la suite du sac d’Assouan par les méroïtes, le préfet de l’Egypte romaine, Petronius, entreprend une expédition de représailles et s’empare de Napata en -23. Une garnison permanente est installée par les Romains à Primis (Qasr Ibrim), qui résiste aux attaques des méroïtes. On en arrive à un traité de paix négocié à Samos, où séjournait alors Auguste (-21/-20). Ce récit se retrouve chez Strabon et Dion Cassius; les deux auteurs signalent l’étonnement éprouvé par les négociateurs devant les envoyés de Candace qui se présentait non pas comme l’épouse du roi mais comme le roi des Ethiopiens (Candace fut sans doute la reine Amanishakheto -41/-12). La garnison romaine semble avoir été retirée et on renonce à exiger des méroïtes on tribut. La frontière entre l’empire romain et celui de Méroé s’établit à Hiérasykaminos (Maharraqa).

- L’apogée de l’empire méroïtique :
Cette période des débuts de l’ére chrétienne est un des points culminants de la civilisation méroïtique, dont témoignent plusieurs édifices. Les noms d’Akinidad et de la reine Amanishakheto (-41/-12) se lisent au temple T de Kawa. On a attribué à cette souveraine un palais découvert ces dernières années à Ouad ben Naga, tout près du fleuve. On admire la belle sépulture dans la nécropole nord de Méroé. Sa pyramide, précédée à l’est de la chapelle et du pylône traditionnel, est l’une des plus imposantes de la capitale. Elle a livré en 1834 à Ferlini les bijoux d’un luxe chargé : plaques, colliers, bracelets, boucles d’oreille et bagues faits principalement en or, argent et pierres semi-précieuses.
Natakamani, gendre et successeur d’Amanishaketo, ainsi que son épouse, la reine Amanitere (-12/+12), furent aussi de grands constructeurs : leurs noms sont sans doute les plus fréquemment mentionnés sur les documents koushites. A travers les grandes villes de l’empire, ils témoignent de la puissance d’une dynastie à son apogée. Au Nord, soit en amont de la Iième cataracte, les souverains édifièrent un temple à Amara; les reliefs en étaient de facture égyptienne, si l’on excepte le détail de coiffure royale méroïtique. Dans l’île d’Argo, juste en amont de la IIIème cataracte, les deux colosses ont longtemps passé pour être la représentation du couple royal. Celui-ci entreprit également la restauration de Napata, dévastée par l’expédition de Pétronius, et en particulier du temple d’Amon. A Méroé même, les noms de Natakamani et de son épouse se lisent dans le grand temple d’Amon, conjointement avec celui du prince Arikankharor. A Ouad ben Naga, le temple sud est l’oeuvre des deux souverains. Ceux-ci sont fixés à Naga, le grand centre des steppes, au sud de Méroé. Le temple d’Amon s’ouvrait en façade par un pylône dont la décoration allie influences égyptiennes et caractéristiques proprement méroïtiques. L’édifice le plus célèbre est le temple du Lion de Naga, dont les reliefs sont parmi les plus représentatifs de l’art méroïtique.

- Napata et Méroé : organisation politique
Le trait le plus remarquable du pouvoir politique en Nubie et au Soudan central, du VIIIème siècle av.J-C au IVème siècle de l’ère chrétienne, semble avoir été sa stabilité et sa continuité exceptionelles. Nous pouvons considérer que c’est essentiellement la même famille royale qui a régné sans interruption en suivant la même tradition. L’une des caractéristiques du système politique méroïtique a été l’éligibilité du nouveau souverain. Nous pouvons reconstituer la mécanique de la succession, grâce à certaines inscriptions trouvées à Napata qui décrivent en détail les cérémonies du choix et du couronnement. Parmi ces inscriptions, les trois plus récentes, celles de Amaninete-Yerike (-431/405), Harsiotef (-404/-369) et Nastasen (-335/-310), montrent que les rois étaient soucieux d’observer des pratiques traditionnelles strictes, de proclamer leur attachement aux traditions et aux coutumes de leurs ancêtres.  Dans les trois cas, le roi avant sa nomination est décrit comme vivant à Méroé, parmi les autres « frères royaux ». Il accède d’abord au trône à Méroé, puis voyage vers le nord jusqu’à Napata pour les cérémonies. De fait, Amaninete-Yerike déclare qu’il a été élu roi par les chefs de ses armées à l’âge de 41 ans, et qu’il avait effectué une campagne militaire avant de pouvoir se rendre à Napata pour y être couronné. De plus, quand il arrive à Napata, il se rend au palais royal où il reçoit la couronne de Ta-Seti en confirmation supplémentaire de son accession à la royauté. Ensuite, il pénètre dans le temple pour la cérémonie au cours de laquelle il demande au dieu de lui accorder la royauté; la divinité la lui accorde aussitôt comme une simple formalité.

Les inscriptions plus anciennes confirment les conclusions selon lesquelles la succession au trône était déja réglée avant que le roi pénètre dans le temple. Ainsi, la succession de Taharqa (-689/-664) a été décidé par Shebitku (-701/-689), qui résidait à Memphis en Egypte. Taharqa fut choisi parmi ses « frères royaux »; il entreprit le voyage vers le nord (en passant certainement par Napata) et rendit hommage à Gematon (Kawa) avant d’arriver à Thèbes.
D’importantes conclusions se dégagent de l’étude des inscriptions. L’une d’elles est que le voyage effectué vers le nord pour se rendre dans les temples était une partie essentielle du cérémonial du couronnement, que chaque roi devait observer lors de son accession au trône. La seconde est que le temple d’Amon à Napata jouait un rôle particulier dans ce cérémonial, et que sa prééminence était indiscutée. De telles conclusions sont en rapport direct avec la théorie de Reisner concernant l’existence de deux royaumes de Napata indépendants. Cette théorie a été proposé par Reisner pour expliquer la répartition des sépultures royales. Il partait du postulat que la localisation de ces sépultures était directement liée à la capitale, c’est à dire qu’un roi devait avoir sa tombe assez près de sa résidence. Le cimetière d’El-Kourou, qui est le cimetière royal le plus ancien, et le cimetière de Nuri, qui lui succéda, furent des sépultures royales jusqu’à Nastasen, alors que la capitale était Napata. Ultérieurement, les deux cimetières de Begrawiya sud et nord devinrent des cimetières royaux quand la capitale fut transférée à Méroé, après Nastasen, vers -300. Cependant, au Djebel Barkal, c’est à dire à Napata, il existe deux groupes de pyramides. Reisner affirme que le premier groupe est immédiatement postérieur à Nastasen, et que le second date du premier siècle av.J-C.
L’analyse de tous les textes les plus importants montre que l’office du roi était héréditaire par lignage royal. A Napata et à Méroé, le roi était choisi parmi ses « frères royaux ». L’initiative du choix su nouveau souverain émanait des chefs militaires, des hauts personneges de l’administration civil et/ou des chefs de clan. En théorie, la couronne devait passer aux frères d’un roi avant d’être remise à la génération suivante : sur les 27 rois qui régnèrent avant Nastasen, 14 furent les frères des rois précédents. Il existe également certains signes selon lesquels le droit au trône pouvait dépendre encore davantage des prétentions fondées sur la matrilinéarité que sur la paternité royale : de nombreuses inscriptions témoignent du rôle de la reine mère dans le choix d’un nouveau roi. On retrouve également certaines caractéristiques très semblables dans les royaumes et les chefferies de plusieurs parties d’Afrique.
Toutes les cérémonies du couronnement soulignent le caractère sacré que revêtait  la royauté à Napata et à Méroé; le roi était considéré comme le fils adoptif de plusieurs divinités. Il est difficile de dire dans quelle mesure il se considérait lui-même comme un dieu ou comme son incarnation. De toute façon, c’étaient les dieux qui guidaient sa main. Strabon et Diodore de Sicile nous rapportent des cas où les prêtres, affirmant avoir reçu des instructions divines, ordonnèrent au roi de se suicider. Selon eux, cette coutume aurait persisté jusqu’à l’époque d’Ergamène (-250/-215), qui massacra tous les membres du haut-clergé pour les chatier de leur outrecuidance, parce qu’il avait reçu une éducation grecque qui l’avait libéré de sa superstition. Les souverains de Napata et de Méroé utilisèrent dans leurs inscriptions les titres pharaoniques traditionnels : nous ne retrouvons nulle part dans l’énoncé de leurs titres le mot méroïtique pour « roi ».
Le rôle exact joué dans le royaume par les femmes de sang royal n’est pas très clair, mais il existe cependant de nombreuses indications montrant qu’elles occupaient des postes élevés et remplissaient de hautes fonctions. Au cours de la domination koushite de l’Egypte, la fonction de grande prêtresse du dieu Amon à Thèbes était tenue par la fille du roi, ce qui lui donnait une grande influence politique et économique.
La reine mère continua à jouer un rôle si important dans la cérémonie de couronnement de son fils, comme le disent Taharqa et Anlamani, que l’on ne peut douter de son influence décisive et de son rôle spécifique. Elle jouait également un rôle important par l’entremise d’un système compliqué d’adoption dans lequel, portant le titre de « Maîtresse de Koush », elle adoptait l’épouse de son fils.
Plus tard, ces reines - mères ou épouses - commencèrent à assumer le pouvoir politique et se proclamèrent elles-mêmes souveraines, allant jusqu’à adopter le titre royal de « Fils de Rê, Seigneur des Deux Terres ». Un grand nombre d’entre elles devinrent célèbres à l’époque gréco-romaine. A cette époque, Méroé était connu pour avoir été gouverné par une lignée de candaces ou reines mères régnantes.
La plus ancienne reine régnante attestée est Shanakdekhete, au début du IIème millénaire av.J-C, qui reçut une sépulture royale à Begrawiya nord. A partir de Shanakdekhete, nous avons une série de reines régnantes. Avec Amanirenas (Ier siècle av.J-C), un fait nouveau semble se produire : il s’agit de l’association étroite de la première épouse du roi et de leur fils ainé sur de nombreux monuments importants, ce qui suggère l’idée d’un certain degré de co-régence, puisque l’épouse, qui souvent devient la cadance régnante, survit à son mari. Cependant, ce système ne dura pas plus de trois générations, et sembla se terminer avec Natakamani, Amanitere et Sherakarer vers la première moitié du Ier siècle de l’ère chrétienne.

- Administration centrale et provinciale :
Au centre de l’administration centrale se trouvait le roi, autocrate absolu dont la parole avait force de loi. Il ne déléguait son pouvoir à personne, et ne le partageait avec personne. Il semble que Méroé soit la seule ville que l’on puisse considérer comme le centre principal de la royauté et de l’administration. Peye est assez imprécis quant à son lieu de résidence, alors qu’il est évident que Memphis a été la capitale de ses successeurs immédiats de la XXVème dynastie d’Egypte. Toutefois, Taharqa indique nettement qu’il vivait parmi ses « frères royaux » avec sa mère.
L’administration centrale était dirigée par un certain nombre de hauts fonctionnaires dont les titres nous ont été transmis par deux stèles d’Aspelta. Parmi ces inscriptions, nous trouvons - indépendamment des commandants militaires - les chefs du trésor, les gardes du sceau, le chef des archives, le scribe principal de Koush et d’autres scribes. Les chefs militaires apparaissent à plusieurs reprises sur ces inscriptions sans des moments critiques. Ils étaient chargés de proclamer l’avénement d’un nouveau roi et d’effectuer les cérémonies traditionnelles du couronnement. Ils peuvent avoir joué un rôle significatif dans le choix du successeur, et très probablement la majorité d’entre eux appartenaient à la famille royale. L’usage voulait que le roi n’allât pas sur le champ de bataille, mais resta dans son palais, tandis que la conduite de la guerre était confiée à l’un des généraux.
A partir de la fin du Ier siècle av.J-C, nous disposons d’un nombre suffisant de documents d’administrateurs provinciaux pour reconstituer dans les grandes lignes l’organisation de la province septentrionale du royaume. Elle s’est développée sans doute à cause de l’instabilité qui suivit la conquète de l’Egypte par les Romains et leur tentative infructueuse de pénétrer plus au sud en Nubie. Pour faire façe à cette situation, les rois méroïtiques créèrent une organisation administrative spéciale en Basse-Nubie. A la tête de cette administration se trouvait l’un des principaux personnages de la cour, le paqar, qui était peut-être le prince héritier. Sous l’autorité de celui-ci, on trouve le général des eaux et le général de la terre dont les fonctions semblent avoir été de veiller sur les maigres mais vitales ressources nubiennes, de manière à assurer le commerce avec l’Egypte par terre et par eau. Ils devaient également contrôler les frontières et contenir les dangeureux mouvements des tribus nomades à l’est et à l’ouest du Nil.

- Agriculture et Elevage :
A l’époque de l’ascension du royaume de Napata, l’élevage était déja une tradition millénaire et formait, avec l’agriculture, la principale source de subsistance de la population. Celle-ci élevait des chèvres, des brebis, ainsi que des cheveaux et des ânes. De nombreux indices attestent la primauté de l’élevage dans l’empire de Koush : l’iconographie, les rites funéraires .... Les offrandes aux temples étaient principalement constituées d’animaux d’élevage, et il semble que la richesse des rois se soit mesurée en troupeaux. Les relations des auteurs classiques ne laissent aucun doute sur le caractère pastoral de la société méroïtique, qui s’apparente à de nombreux égards aux sociétés africaines d’élevage des époques ultérieures.
En ce qui concerne l’élevage, on sait que la principale machine d’irrigation de l’époque était le shadouf, qui fut remplacé ultérieurement par la saquia. Cette dernière ne fit son apparition en Basse-Nubie qu’à l’époque méroïtique. Les sites de Dakka et de Gammai, datés du IIIème siècle av.J-C, semblent être les plus anciens à contenir des vestiges de saquia. L’introduction de cette machine à irriguer eut une influence déterminante sur l’agriculture, en particulier à Dongola, car cette roue permet d’élever de l’eau sur 3 à 8m avec beaucoup moins d’efforts et en moins de temps que le shadouf, qui exige un travail humain, tandis que la saquia est mûe par un buffle ou par d’autres animaux.
Les principales céréales étaient l’orge, le blé et surtout le sorgho. Au IVème siècle av.J-C, la culture du coton et la technique de sa filature et de son tissage à Méroé avait atteint un niveau très élevé. La culture des fruits et celle des raisins ont été l’un des secteurs importants de l’agriculture.

- Ressources minérales :
Au cours de l’Antiquité, l’empire de Koush a été considéré comme l’un des pays les plus riches du monde connu. Cette renommée était due davantage aux richesses minérales des terres frontalières situées à l’est du Nil qu’à celles de l’intérieur du royaume lui-même.
Koush a été l’une des grandes régions productrices d’or dans le monde antique. L’or était extrait entre le Nil et la mer Rouge, surtout dans la partie au nord du 18ème parallèle, où l’on a trouvé de nombreuses traces d’anciennes mines. Des fouilles récemment effectuées à Méroé ont montré des temples avec leurs murs et leurs statues couverts de feuilles d’or. Le désert oriental regorgeait de pierres précieuses et semi-précieuses, comme la  chrysolithe, la jacynthe, l’améthyste ....

- Le travail du fer :
Les importants crassiers découverts près de l’ancienne ville de Méroé et dans d’autres régions du Butana ont fourni matière à de nombreuses spéculations sur l’importance du fer dans la civilisation méroïtique. On a affirmé que la connaissance de la technique de la fonderie et du travail du fer dans de nombreuses parties de l’Afrique saharienne était partie précisément de Méroé. Dès 1911, Sayce déclara que Méroé avait dû être le « Birmingham de l’ancienne Afrique ». Cette affirmation pour le moins hasardeuse fut reprise sans discussion pendant plus de cinquante ans durant lesquels aucune date ne fut publiée. En 1967, Shinnie publie une date de 514 av.J-C sur des fragments de fer; en 1969, cette date est contestée par Trigger. Elle lui semble beaucoup trop précoce et il souligne la pauvreté des sites méroïtiques en objets en fer. A sa suite, d’autres spécialistes rajeunissent l’industrie du fer et certains vont même jusqu’à prétendre qu’il n’y aurait jamais eu d’industrie du fer à Méroé puisqu’on n’y a jamais trouvé de four. En 1970, Shinnie découvre un four puis deux autres sont découverts en 1974 avec huit tuyères. Les conclusions sont publiées en 1975 par Tylecote :
Les fourneaux de Méroé, datés du Ier et du IIème siècle après J-C, sont du type romain avec orifice d’évacuation des scories. Ils sont très différents des fourneaux de Taruga (Nigeria) dans lesquels les scories tombent dans une fosse située sous le four. Ils sont aussi beaucoup plus jeunes puisque de nouvelles datations publiées en 1979 situaient le fer de Taruga entre la fin du VIème et le début du Ier siècle av.J-C.
On a donc renoncé au « Birmingham de l’Afrique » et à la conception de Méroé initiatrice de l’Afrique au sud du Sahara aux techniques de la métallurgie du fer.

Quelques notes à propos de la Nubie ancienne d’après le livre de Louise Marie Diop-Maes « Afrique noire : Démographie, Sol et Histoire ».

Louise Marie Diop-Maes rapporte que la population nubienne dès le IIIème millénaire av.J-C devait s’élever à environ 700 000 habitants, voir peut-être 3 millions. Elle s’oppose donc aux historiens occidentaux qui ne comptabilise d’après leur calcul que 200 000 à 250 000 habitants pour les plus généreux.
Un papyrus de la fin du Moyen Empire énumère 17 forts égyptiens en Nubie destinés à tenir la population et à protéger la navigation. Celui de Bouhen, près de la 2ème cataracte mesurait 176m sur 160 et comprenait des murs de 10m de haut, 4,8m d’épaisseur, des tours, un rempart ..... On mesure alors le volume de la population nubienne et la puissance matérielle du royaume de Koush aux précautions que prennent les pharaons du Moyen Empire pour défendre leur frontière méridionale.
La vie économique de la Nubie et l’importance de sa population peuvent aussi se déduire des listes de tributs qui figurent dans les représentations picturales des marchandises nubiennes que l’on trouve dans les tombes des fonctionnaires égyptiens qui avaient la charge de les rapporter aux pharaons. Sous Thoutmosis III, outre 550 livres d’or pour le seul pays de Ouaouat, des animaux et des grains, on trouve des produits divers tels que fauteuils, lits, boucliers .... autrement dit des produits manufacturés à coté des matières premières et alimentaires. Ce détail est très significatif pour juger de l’importance de la population puisque le nombre d’habitants est lié au degré de développement de l’activité économique.
Le royaume de Kerma se confond avec celui de Koush et domine aussi la Nubie égyptianisée jusqu’à l’avénement du Nouvel Empire. Cependant, la culture de Kerma est distincte de celle du groupe C : elle comprend de la poterie tournée fine, très polie, du bois travaillé, incrusté d’ivoire .... Le titulaire d’une des tombes était entouré de 200 à 300 personnes : il faut donc supposer que Kerma, la capitale, était une agglomération importante où la cour comptait des centaines de personnes et où les artisans étaient nombreux.
Le souverain koushite Shabaka monta sur le trône d’Egypte en -713 et fut ainsi le premier Nubien à être pharaon. Il assura un demi-siècle de prospérité à la vallée du Nil sur quelque 1700 Km de long. C’est le lieu de remarquer qu’en -753, Rome n’était pas encore un hameau au moment même où le Soudan nilotique comptait déja un grand nombre de villes, d’artisans, d’agriculteurs... A partir de l’incursion assyrienne en -663 puis des invasions perses, grecques puis romaines, les Koushites se replièrent d’abord sur Napata puis sur Méroé. L’empire Koushite devint alors l’empire méroïtique. Celui-ci ne dura pas moins d’un millénaire : du 6ème siècle av.J-C jusqu’au 4ème siècle de notre ère.
Pour se rendre compte de l’importance de sa population, on se rappelera qu’après la conquète de l’Egypte par Cambyse en -525, les Nubiens furent assez forts pour empêcher celui-ci de franchir le Batn el Hagar : Cambyse se retira avec de lourdes pertes.
Un peuplement important est attesté au niveau de la ville de Méroé dans des strates datant du 8ème siècle avant notre ère. Au 5ème siècle, Hérodote qualifie Méroé de grande cité : les fouilles ont confirmé que cette ville occupait une vaste superficie avec une partie centrale entourée de faubourgs. Le secteur examiné jusqu’à présent est suffisant pour avoir permis de conclure que Méroé fut, à son apogée aux alentours de l’ère chrétienne, une cité énorme dotée de palais royaux, de temples...L’extraordinaire développement de cette ville s’explique par ses multitudes fonctions : capitale administrative, résidence impériale, port fluvial, carrefour de routes caravanières ....
Ce que nous savons par ailleurs de l’économie et de la civilisation de Méroé ne nous interdit pas de penser que cette métropole, qui commandait un Etat plus vaste que la France et représentait, de la Ière cataracte au Djebel Moya peut-être plus du tiers du Soudan actuel soit de l’ordre de 800 000 Km2, cette métrople donc, qualifiée d’énorme, pouvait bien avoir une population de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Si l’Egypte dans l’Antiquité avait dépassé 7 millions d’habitants, comme on le croit, et a pu atteindre 10 en période de paix et de prospérité, on ne voit pas pourquoi la Nubie méroïtique, plus étendue, plus riche en bétail et en possibilités agricoles, n’aurait pas atteint ou dépassé ces chiffres.
On voit comme il est déraisonnable de fixer entre 8,5 et 30 millions de nombre d’habitants dont il faut doter l’Afrique noire au début de l’ère chrétienne, alors que la seule Nubie méroïtique a peut-être dépassé à elle seule le chiffre de 8,5 millions d’habitants ....!!
 

La fin de Méroé :

Depuis la fin du IIIème siècle de notre ère, les pyramides royales de Méroé devenaient de plus en plus petites et pauvres. Les inscriptions méroïtiques cessèrent vers 330 de notre ère. Méroé avait succombé sous les coups répétés de ses voisins devenus eux-mêmes de plus en plus nombreux : les Noubas ou Nubas à l’ouest et au sud-ouest, les nomades Blemyes dans le désert du nord-est, les Ethiopiens d’Axoum au sud-est. Le royaume d’Axoum s’était lentement développé en Ethiopie septentrionale sous le règne du roi Ezana, qui se vante d’avoir mené, en 330, une expédition fructueuse contre les Noubas dans la région du confluent Nil-Atbara. On en déduit qu’à cette date, Méroé avait été submergée par les Noubas, comme Rome l’a été un peu plus tard par les Germains. Ezana semble avoir imposé sa domination à toute la région pendant quelque temps sans que la population ait été anéantie, puisque la poterie continue, mais avec des caractéristiques différentes et que, dans la région de la deuxième cataracte, de vastes tumuli datent des 4ème, 5ème et 6ème siècle de notre ère et contiennent des objets d’une production artisanale de luxe. Cependant, comme aux premiers temps de Kerma, les défunts reposaient de nouveau sur des litières, accompagné de leurs femmes, de leurs serviteurs et de leurs chevaux richement arnachés.
Beaucoup pensent que la cour et les grandes familles Koushites, pour une partie au moins, s’enfuirent vers l’ouest (et le sud ?), et qu’elles colportèrent jusqu’en Afrique occidentale (et au Zimbabwe ?) de nombreux éléments de leur culture.
Le territoire de l’antique Nubie s’était alors subdivisé en trois royaumes distincts :
- au nord, en Basse-Nubie, le royaume des Nobades s’étendait de Philae à la deuxième cataracte, avec Faras pour capitale.
- au centre, le royaume Makuria, dont la capitale était Dongola, ville dont l’importance est attesté par ses monuments.
- au sud, dans la région de la 6ème cataracte et de l’actuelle Khartoum, le royaume d’Alodia ou Alwa, autour de la ville de Soba.
Les Nubas adoptèrent le christianisme entre 543 et 570, plus de deux siècles après la conversion de l’empereur éthiopien Ezana.
 

g) Le Cuivre et le Fer en Afrique :

Les origines de la métallurgie du fer en Afrique ont été très largement discutées. Jusqu’au milieu des années 80, la quasi totalité des spécialistes refusait d’admettre qu’il puisse s’agir d’une invention indépendante. Depuis la publication, en 1988, de dates portant le début de l’âge ancien du fer au IXème siècle av.J-C à Taruga (Nigeria) et cent ans plus tard à Agadez (Niger), les tenants de l’origine méroïtique ou carthaginoise ont perdu du terrain. A l’heure actuelle, on doit accepter la possibilité d’inventions locales de la métallurgie du fer.

- Cuivre ancien dans la région  d’Akjoujt (Mauritanie) :
On a découvert dans cette région une soixantaine de petits objets en cuivre, fabriqués manifestement à partir du minerai local. Les fouilles pousuivies en 1971, 1981 et 1983 ont démontré abondamment l’existence d’une ancienne industrie du cuivre. Des dates situaient l’exploitation de la mine entre le VIIIème et le IIIème siècle av.J-C; après vérification, la date a été fixée au VIIIème siècle ap.J-C.
Malgré les nombreuses preuves d’une active métallurgie du fer, les objets ont été trouvé en petits nombre, ce qui semble être dû à leur réutilisation constante au cours des siècles. Ce sont des objets de petite taille : pointes de flèches, outils, bijoux ....
La question s’est posée des rapports entre un âge du bronze marocain lui-même issu de l’âge du bronze espagnol du IIème millénaire av.J-C et ce que l’on a appelé l’âge du cuivre mauritanien.
- Cuivre ancien dans la région d’Agadez (Niger) :
En 1973 et 1974, on trouve sur le site d’Azelik wan Birni des preuves dispersées et disparates d’une ancienne métallurgie du cuivre : petits objets en cuivre, traces d’extraction de blocs de minerai et fourneaux (on en a retrouvé en plus grand nombre à une quinzaine de Km d’Azelik, plus précisément à Sékiret). En 1976, un article révèle deux dates calculées sur des charbons prélevés dans des restes de fourneaux associés à des scories de cuivre : -1360 à Sékiret et -90 à Azelik.
En fait, deux âges du cuivre ont été mis en évidence :
- l’âge ancien du cuivre ou cuivre I daté entre -1800 et -700. Il est caractérisé par l’usage de fourneaux allongés dont on ne retrouve pas d’équivalent en Afrique et dans le reste du monde.
- l’âge du cuivre II est plus documenté. Il s’agirait d’une métallurgie véritable par le traitement d’oxydes et de carbonates de cuivre. Les fours sont tous du même type, cylindriques ou légèrement tronconiques. La production se serait échelonnée sur un millier d’années entre 850 av.J-C et 100 ap.J-C. Elle consiste en pointes de flèches, épingles, tiges ....
Cuivre d’Agadez et cuivre d’Akjoujt :
Selon les dates publiées, les périodes d’exploitation antique du cuivre dans ces deux régions sont comparables : du IXème avant au Ier siècle ap.J-C pour Agadez; du VIIIème au IIIème siècle av.J-C pour Akjoujt. Il y a aussi d’autres ressemblances : au Niger comme en Mauritanie, les lieux d’implantation des fours sont éloignés des habitats et font penser à des artisans itinérants. Les fours ont la même forme et la même hauteur. Les objets trouvés sont petits et rares. Cependant, les différences dont évidentes : le minerai de cuivre de la région d’Agadez est beaucoup moins abondant et surtout beaucoup moins concentré que celui de la région d’Akjoujt a toujours été recueilli en surface sans qu’il y ait besoin de creuser des mines. Les objets trouvés n’ont pas les mêmes formes. Il semble difficile, dans ces conditions de faire dériver Agadez d’Akjoujt et il paraît hors de question de faire dériver Akjoujt d’Agadez. Ces deux foyers d’une métallurgie du cuivre avant l’ère, distants de 2500 Km, ont eu, d’après les données connues en 1992, une évolution séparée.
On est donc en droit de supposer une évolution locale de la métallurgie du cuivre dans la région d’Agadez au début du Ier millénaire av.J-C.
- Métallurgie du fer avant J-C :
En 1970, Raymond Mauny faisait état de deux dates seulement pour situer la métallurgie du fer avant l’ère en Afrique tropicale : -514 à Méroé (Soudan) et -280 à Taruga (Nigeria). La date du IIIème siècle av.J-C pour Taruga, seule connue à l’époque, s’accordait parfaitement  avec l’une ou l’autre des deux hypothèses défendues par les spécialistes : origine méroïtique ou origine carthaginoise de la métallurgie du fer.
La théorie de l’origine méroïtique fut mise en pièces en 1975 par R.F Tylecote. Restait l’origine carthaginoise; elle se fondait sur l’ancienneté de l’introduction du fer en Afrique septentrionale par les Phéniciens qui s’y établirent dans les environs de 1100 av.J-C alors qu’ils connaissaient déja le fer (Carthage fut fondée en -814 mais le fer n’apparaît dans les tombes qu’à partir du VIème siècle av.J-C). Aucun auteur ne fournit de détails sur le trajet et le mode de transfert vers Taruga. Carthage et Taruga sont distants de plus de 3000 Km à vol d’oiseau.
En 1985, certains auteurs suggère une invention indépendante de la métallurgie du fer au sud du Sahara tout en se gardant d’éliminer complètement une origine nord-africaine.
Trois foyers de l’âge ancien du fer : Taruga, Termit, Agadez :
Sur les pentes méridionales du plateau de Jos, dans la région où ont été découvertes les sculptures de Nok, Taruga fut pendant longtemps le seul endroit en Afrique noire où les traces archéologiques d’une ancienne métallurgie du fer avaient été datées avant l’ère, plus précisément du IIIème siècle av.J-C. De 1972 à 1988, plusieurs séries de dates « vieillirent » le début de l’âge ancien du fer : on parlait du milieu du IXème siècle av.J-C (en fait, dix dates entre -850 et +230).
Le massif de Termit marque la frontière méridionale du Ténéré et la limite entre désert et sahel (extrémité nord à 350Km à l’est d’Agadez et extrémité sud à 250Km au nord-ouest du lac Tvhad). A cet endroit, on avait signalé de nombreux habitats néolithiques; dans 12 gisement sur 76 répertoriés, on a trouvé une trentaine de petis objets en fer, les bases d’une quinzaine de fourneaux avec souvent des scories visibles à l’intérieur et des creusets. Les dates calculées sur charbon indiquaient le début du VIIème siècle av.J-C ainsi que la fin du Xème siècle av.J-C.
A coté des objets en fer, on a trouvé dans le massif une quinzaine de tiges en cuivre, trouvaille du plus haut intérêt puisqu’il n’existe aucune trace de minerai de cuivre.
En 1989, G.Quéchon faisait état de 12 dates sur charbon calculées dans les laboratoires des universités de Paris. Il concluait ainsi son exposé : « On peut situer l’apparition des premiers objets de métal (fer et cuivre) avant 1350 av.J-C et cela dans un contexte encore ténéréen puisqu’ils sont présents sur un site d’artisans spécialisés surtout dans la fabrication de petits grattoirs ».
Le nom collectif d’Agadez a été donné aux sites découverts en 1977 et 1981 au nord et au sud de la falaise de Tigidit, longue cuesta arquée qui s’étire sur environ 200Km et qui limite au sud les plaines argileuses entourant le sud-ouest du massif de l’Aïr. Si les nombreux vestiges de la fabrication du cuivre étaient plus ou moins attendus, les chercheurs furent étonnés de découvrir au sud de la falaise des scories, des objets en fer et des restes de fourneaux situés à l’intérieur d’habitats néolithiques parfois très étendus et accompagnés d’une céramique originale.
En 1983, D.Grébenart publiait quatre dates s’échelonnant entre 490 et 60 av.J-C. En 1985, il annonçait des dates plus hautes : « le fer aurait fait son apparition vers le début du VIIIème siècle av.J-C soit quatre nouvelles dates entre 800 avant et 200 après J-C ».
Dans l’état actuel des connaissances, on peut classer par ordre d’ancienneté décroissante la pratique de la métallurgie du fer dans les trois foyers connus :

Massif de Termit (Niger) entre le XIIIème siècle et le IIIème siècle av.J-C.
Taruga (Nigeria) entre le IXème siècle avant et le IIIème siècle après J-C.
Agadez (Niger) entre le VIIIème siècle avant et le IIIème siècle après J-C.
Ces dates doivent faire accepter la possibilité d’une, ou plusieurs inventions locales de la métallurgie du fer dans l’Afrique occidentale.
 

h) Au coeur du Mali, une réserve archéologique exceptionnelle :

Le terme de « Mésopotamie nigérienne » est sans doute exagéré mais il donne une idée assez juste de la vaste plaine inondable de plus de 40 000 Km2 où coule le fleuve Niger sur 400 Km de son cours en amont de Tombouctou. Les géographes la divisent en deux sections. Le Delta intérieur proprement dit au sud-ouest est une immense étendue absolument plate et la Zone lacustre présente au contraire de très nombreuses dunes.
Différents sur le plan du relief, le Delta intérieur et la Zone lacustre connaissent pratiquement le même système d’exploitation des terres réglé entièrement par l’inondation annuelle. Cette terre merveilleusement propice à la culture des céréales et à l’élevage a attiré depuis longtemps des populations venues de régions moins gatées par la nature, comme en témoignent les très nombreuses buttes artificielles repérées dans la Zone lacustre et dans la plaine du Delta intérieur.
On peut deviner l’intérêt suscité par les premières publications de deux archéologues américains qui fixaient vers 250 av.J-C les débuts de l’occupation du site de Jenne-jeno (situé à l’extrémité méridionale du Delta intérieur) par des gens connaissant la métallurgie du fer.

Jenne-jeno, la plus ancienne ville de l’Afrique occidentale :
La tradition orale recueillie par Al-Sa’adi dans le Tarik es-Soudan affirme que Djenné fut fondée non pas au XVème siècle par des musulmans comme l’ont supposé les historiens, mais au début du IXème siècle par des païens sur un tertre appelé Zoboro ou Djoboro ou encore Djenne-jenno (=Djenné l’ancienne).
On a exhumé des premières fouilles un butin archéologique surprenant : environ 100 000 tessons de récipient- dont les plus récents peints en rouge fonçé brillant, avec des dessins géométriques blancs- des perles en verre, des bagues, des poignards, des pointes de lance, des bols et des jattes en argile, des assiettes, des creusets pour fondre l'or et le cuivre, des briques en argile séchées au soleil, des rsetes carbonisés de blé et de riz, des colliers en perle de pierre, des urnes et des sépultures. Le plus vieil objet semble être une jatte d'argile fabriquée trois siècles av. notre ère. La technique employée pour sa décoration est tout à fait comparable à celle utilisée encore aujourd'hui par les potiers maliens de la région de Djenné.
Deux campagnes (1977 et 1981) ont permis de faire déterminer 27 datations C14 sur charbons prélevés à différents niveaux dans deux tranchées de 5m de profondeur et de définir quatre phases d’occupation du site.
- la première phase est datée de 250 av.J-C à 50 ap.J-C. Les vestiges alimentaires trouvés dans les couches les plus anciennes prouvent que les tout premiers habitants se nourrissaient essentiellement de poissons, de gibier d’eau et de bovins. La poterie faite à partir des argiles locales ressemble beaucoup à celle des sites néolithiques du Sahara et très peu à celle des zones de savane et de forêt.
- la deuxième phase va de 50 à 400 ap.J-C. Deux éléments nouveaux apparaissent : des restes de murs en terre sèche et surtout des épis de riz très bien conservés. C’est le plus ancien témoignage de la culture de riz en Afrique. On peut donc dès le Ier siècle de notre ère préciser les modalités d’un circuit d’échanges local pratiqué encore au XXème siècle : riz, poisson séché, huile de poisson, bétail, contre fer et pierre qui n’existe pas sur les lieux.
- la troisième phase datée approximativement de 400 à 900 est riche en vestiges archéologiques nouveaux. Dès le Vème siècle apparaissent des ornements de cuivre et des objets en fer mieux travaillés; une céramique plus élaborée avec des vases et des plats blanc et rouge. On pense alors que l’agglomération a connu alors un accroissement rapide de son étendue jusqu’à couvrir vers 900 la totalité de l’ilôt de 33 hectares. On trouve des urnes funéraires. Les maisons d’habitation, pétries avec de la boue du fleuve Bani, étaient fragiles et s’effondraient souvent. C’est pourquoi d’autres maisons plus solides furent bâties sur les fondations des anciennes, et la ville fut entourée de murailles d’une épaisseur qui atteignaient les 3m. Au faîte de sa prospérité, entre l’an 800 et 1000 de notre ère, Djenno et ses environs comptaient 10 000 habitants. Faute de place ou pour toute autre raison, la ville aurait commençé à décliner vers 1150 pour être abandonnée complétement entre 1200 et 1400 (le pouvoir commercial passe alors aux mains d’une oligarchie islamique installée dans les alentours).
C’est au cours de cette troisième phase que les villages avoisinants se seraient développés parallèlement à la ville de Jenne-jenno. Dans un rayon de 25Km vers le nord et vers l’ouest, les archéologues américains en ont identifié 404 par la photographie aérienne et examiné de plus près 42 dont les vestiges archéologiques marquent une grande ressemblance avec ceux du « chef-lieu ». Ces sites souvent très rapprochés évoquent un peuplement extrèmement dense, peut-être dix fois plus dense que l’actuel.
Il n’y a ni pierre ni minerai de fer dans le Delta intérieur du Niger. Et pourtant, on a trouvé des perles de pierre, des scories et des objets en fer dans la couche la plus profonde de Jenne-jenno. Le fer venait peut-être du Benedougou à 50Km au sud-ouest de Djenné, entre le Bani et la Volta noire. Il n’y a pas non plus de minerai de cuivre. Et pourtant, des ornements de cuivre ont été trouvés dans des couches datées du Vème siècle. D’où venait ce cuivre ? La réponse est beaucoup plus difficile que pour le fer en raison de la rareté des minerais de cuivre dans l’Afrique occidentale. Trois sources peuvent cependant être évoquée : Nioro du Sahel est la plus proche, mais aucune fouille n’y a été pratiquée; Akjoujt est à plus de 1100Km à vol d’oiseau; Agadez est encore plus éloignée (il faut cependant tenir compte de la navigabilité du Niger).
Ecoutons Jean Devisse, professeur à l’Université de Paris : « On a toujours cru que les Africains n’avaient pas été capables, avant l’Islam, d’organiser des structures urbaines et des centres économiques intégrés et productifs. On était même persuadé que l’empire du Mali, au XIIIème siècle, avait été le premier à éveiller la vallée du Niger à la vie culturelle et sociale. Avant cet empire, on ne voyait que des siècles obscurs et, par paresse mentale, on s’accrochait à l’idée que toute activité citadine au sud du Sahara n’était qu’une conséquence du commerce et des échanges transsahariens. Etant donné que le Sahara a connu son âge d’or après le IXème siècle de l’ère chrétienne, il semblait évident que les villes marchandes de l’Afrique soudanaise ne pouvait être antérieures à ce siècle. La découverte de Djenno fait reculer de plus d’un millénaire l’histoire malienne ».
Pour terminer avec Djenno, écoutons les Mc Intosh, responsables des fouilles :
« De nombreuses fondations de maisons en brique de boue sont visibles. Elles nous apprennent comment vivaient les gens, ce dont ils se nourrissaient, les outils qu’ils employaient, les bijoux qu’ils portaient. Dans la première fosse apparaissent sept socles de mur. Dans ce secteur cossu de la ville disparue, les familles occupaient de spacieuses maisons resctangulaires construites en brique ronde de boue, comme dans les demeures de la Djenné actuelle. Les dames de la maison portaient des bijoux et des ornements de cheveux façonnés par des artisans à partir de matériaux comme le cuivre et les pierres semi-précieuses, qui ne pouvaient venir que de mines lointaines. Les ossements, les restes de céréales et même la forme des ustensiles nous indiquent que tous les habitants disposaient d’une alimentation nourrissante à base de poissons, de riz, de boeuf et vraisemblablement de lait ».

Après la grande fosse centrale, dénommée LX, les Mc Intosh pratiquent d’autres fosses :
« Plus nous creusions, plus nous remontions dans le temps; le terrain commençait à changer de nature. Dans la moitié sud de la fosse LX (large exposure), nous dégageons plusieurs grands trous emplis de poteries brisées et d’ossements. S’agissait-il à l’origine de fosses de stockage ou bien de tombes, ou encore de dépotoirs ? Juste au nord de ces trous, nous trouvons trois cuvettes d’argile rougie par le feu, remplies de cendres ».
Ces énigmatiques dépots se révèlent être des foyers placés à l’extérieur d’une maison ronde, qui sera exhumée complètement, et les fosses, des dépotoirs. Mais deux d’entre ces dernières contenaient des urnes profondément enterrés :
« Les découvertes de ces urnes galbées, rouge orangée, se multiplient tout autour de la butte dans des zones-cimetières, à proximité ou à l’intérieur des maisons. Nous en exhumons deux douzaines, dont beaucoup sont intactes. Dans toutes les urnes, nous trouvons des ossements. Le mort a été enseveli en position foetale. Enfouis là au cours d’une période qui dura plus d’un millier d’années, de 300 à 1400 de notre ère, ces énormes récipients sont souvent brisés par des inhumations ultérieures qui ont eu lieu aux mêmes endroits ».
Aujourd’hui encore, les Bozo et d’autres tribus maliennes non islamisées pratiquent la sépulture dans des urnes. Les fouilles mettent aussi au jour deux statuettes en terre cuite, un homme et une femme, sans tête, dans une niche pratiquée dans le mur d’une maison. Trois autres statuettes similaires avaient été découvertes auparavant sur ce site : agenouillée, portant des jupes courtes ou des pagnes, elles avient été encastrées dans un mur ou placées sous le sol, probablement dans le cadre du culte des ancêtres. En effet, dans la Djenné moderne, de nombreuses maisons du début du siècle incorporaient dans l’entrée un petit autel avec une statuette sculptée, représentant un défunt auquel on offrait des sacrifices. Ces étonnantes sculptures ont obligé les archéologues à reconsidérer l’histoire de l’art de l’Afrique de l’Ouest.
En effet, les créations des anciens artistes maliens n’ont rien à envier par leur perfection artistique aux chef-d’oeuvre des civilisations de Nok, Ifé et Bénin au Nigeria. On peut même affirmer que, dans ces foyers de culture du delta intérieur du Niger, entre le XIème et le XVIIème siècle de notre ère, l’imagination plastique s’est épanouie, donnant naissance à une grande diversité de styles et de formes, inégalés par certains aspects. Ces oeuvres représentent aussi bien des personnages mi-homme mi-animal, des maternités, des hommes en prière, des serpents, des cavaliers ... L’origine ethnique de leurs auteurs n’a pu être identifiée avec certitude, bien qu’on puisse reconnaître des influences dogon, bozo ou soninké. Il est par contre certain que les artisans maliens peuvent y retrouver les racines de leur iconographie, l’origine du culte des ancêtres et de certains rites magiques. Particulièrement fondamental apparaît le rôle du serpent dans les mythes et les cérémonies des peuplades qui nous ont laissé ces sépultures, car de nombreuses statuettes représentent des personnages enveloppés de serpents, ou bien des têtes humaines enserrés par cinq reptiles. L’étude de la signification et de l’origine du culte du serpent s’avère passionnante mais dépasse le but de ce travail.

Parlons un peu de la Zone lacustre citée en début de chapitre (zone habitée entre le IIIème siècle et le XIème siècle). Les buttes qui ont été trouvé en très grand nombre ne sont pas, sauf exception, des monuments funéraires. Isolées ou accolées, hautes de 5 à 10m, elles sont faites de cases en banco reconstruites chaque année sur les débris des cases précédentes. L’ensemble était consolidée par des tessons de poterie, des pierres ou, plus souvent, par des structures d’argile cuite par dessous. D’après les 11 dates recueillies du sommet jusqu’à la base, la butte de Mouyssam II haute de 9,60m aurait été construite entre le IIIème et le VIIème siècle. Dans plusieurs buttes, la présence de fer est attestée dès la couche inférieure. La mise en valeur de la précocité et de l’importance de la métallurgie du fer est certainement un apport majeur des travaux de la décennie 80. Le fer est partout. On l’a trouvé à l’intérieur des buttes, sous forme de scories, de débris de tuyères ou d’objets fabriqués mélangés à des déchets alimentaires, des meules et broyeurs, des tessons de poterie ... On l’a trouvé surtout à l’extérieur, dans des sites métallurgiques pouvant s’étendre sur plus d’un hectare, proches de zones forestières depuis longtemps disparues mais dont l’existence est certaine au Ier millénaire. Contrairement aux gens de Jenne-jenno qui devaient importer le minerai de fer, les habitants des buttes le trouvaient sur place en même temps que l’eau et le bois indispensables. Les fouilles de Soumpi et Kawinza évoquent une production très abondante prolongée pendant plusieurs siècles, qui devait dépasser les besoins des cultivateurs du lieu et donc déterminer un mouvement commercial dont les clients sont inconnus. La ville de Jenne-jenno était peut-être l’un d’eux ?
A coté des sites d’habitat et des sites métallurgiques, les archéologues ont trouvé des monuments mégalithiques. Le site exceptionnel de Tondidarou montre des grands monolithes phalliques gravés, ce qui suppose l’existence d’un culte de fécondité.
L’inventaire n’a guère apporté de renseignements sur les coutumes funéraires; il semble que les morts aient été enterrés sur place et non dans de grands cimetières extérieurs. On n’a pas trouvé de riches mobiliers funéraires (bijoux de cuivre, grains de colliers en agathe ....). La seule nécropole importante fouillée dans la région soumise à inventaire est située à Kobadi dans le Méma, c’est à dire en dehors de la Zone lacustre et elle a été datée de la deuxième moitié du IIème millénaire avant J-C. Certains auteurs pensent que les Néolithiques de Kobadi ont pu être les ancêtres des gens de l’âge de fer établis dans la Zone lacustre au Ier millénaire après J-C.

i) Les Néolithiques de Kobadi et le Delta « mort » du Niger :

Situé à quelques Km de la frontière mauritanienne, le site de Kobadi avait été signalé par R.Mauny et T.Monod en 1955. Ils y avaient trouvé un important dépotoir s’étendant sur 360m de long et 15m de large, particulièrement riche en reste de poissons, tortues, crocodiles, hippopotames ...et en harpons en os, témoignant de l’existence, pendant une longue durée, d’une population de pêcheurs installés au bord d’un lac. Un échantillon de vertèbres de mammifères envoyé à Dakar indiquait la date de 700 av.J-C.
En 1984, trois échantillons d’os brulés fournirent trois dates ramenées aux âges historiques approximatifs de 1400, 1000 et 400 av.J-C. En 1989, le site est à nouveau fouillé et les archéologues s’attachent principalement à l’étude des 97 sépultures inventoriées. Les squelettes dont 35 sont en assez bon état de conservation « reposent directement dans les restes culinaires ou le sédiment lacustre » sans protection apparente et sans mobilier funéraire. Les corps sont couchés sur le coté droit en position foetale; la tête est presque systématiquement dirigée vers l’Est.
Les archéologues sont frappés par les points de ressemblance de ces conditions d’inhumation avec celles des Néolithiques sahariens d’Hassi-el Abiod, ainsi que par la fréquence des caractéristiques ostéométriques communes aux deux populations. Tout comme les Sahariens qui vivaient, il y a 7000 ans, à quelques 500Km au nord-est, les Sahéliens de Kobadi appartiennent indiscutablement au groupe anthropologique des Mechtoïdes ou Cromagnoïdes africains. On peut en déduire que, dans la première moitié du IIème millénaire av.J-C, les gens d’Hassid-el Abiod contraints par la sécheresse de se replier vers le sud, auraient  trouvé à Kobadi un environnement semblable permettant les mêmes activités centrées sur la pêche, la chasse, la cuillette, et sans doute l’élevage des bovins.
A l’époque où étaient établis les pêcheurs-cueilleurs-éleveurs de Kobadi, entre -1500 et -500 environ, l’inondation annuelle arrivait jusqu’à eux, à 130Km à l’ouest du fleuve; aujourd’hui, sa limite occidentale est à une trentaine de Km. La bande de 100Km environ de large située entre ces deux limites est appelée « delta mort » en opposition avec le delta « vif » inondée chaque année. Cette zone du delta mort appelée localement Méma a été explorée en 1984. On y a recensé plus de cent sites archéologiques, essentiellement des buttes d’habitat mais aussi des sites métallurgiques marqués par des tas de scories et des restes de fours. Certains sont immenses comme celui de Poutchouwal fouillé en 1978 qui s’étend sur plus de six hectares; deux dates ont été publiées qui correspondent aux IXème et XIème siècle. Le site d’habitat de Toladié remarquable par ces dix buttes contiguës qui couvrent un espace au sol de 2Km a fait l’objet en 1984 d’une datation sur charbon, l’âge correspondant au Vème siècle. Plusieurs questions restent sans réponse :
Quels sont les rapports entre les Néolithiques de Kobadi et les métallurgistes du Méma et de la Zone lacustre ? Quels sont les rapports entre le Méma - cité dans des textes arabes comme le siège d’un royaume noir - et l’ancien royaume du Ghana ? Pourquoi les archéologues ont-ils trouvés des affinités culturelles frappantes entre Kobadi et les sites d’Afunfun et Chin Tafinet située à l’ouest de l’Aïr à 1400Km à l’ouest ? .....

j) Marandet; Kumbi-Saleh; Sintiu-Bara, Podor (Niger, Mauritanie, Sénégal)
   Cuivre, or , fer dans le Sahel occidental du Ier au IXème siècle :

Marandet (Niger) est à 2500Km à vol d’oiseau de Podor (Sénégal) et on peut s’étonner de voir réunis dans un même chapitre des sites archéologiques séparés par une telle distance. On s’aperçoit toutefois en regardant une carte qu’ils sont tous les quatre situés à peu près à la même latitude, aux alentours du 17ème parallèle qui marque aujourd’hui, approximativement, la limite entre le Sahara et le Sahel.
Une caractéristique géographique essentielle de la bande sahélienne de l’Afrique est la facilité extrême des communications. Elle a été passée sous silence par les historiens qui, se fondant sur les textes arabes, ont toujours privilégié les relations transsahariennes. En mettant au jour et en datant les preuves d’une activité économique et culturelle « indigène » antérieure à l’établissement du grand commerce saharien, les archéologues ont réparé cet oubli et ouvert, du même coup, un chapitre nouveau dans l’histoire de l’Afrique.

Marandet (Niger) du Vème au IXème siècle :
C’est en 1971 que Henri Lhote découvrit à Marandet quelques 43 000 creusets; personne ne savait à quoi pouvait bien servir ces creusets. Certains étaient encore intacts et beaucoup contenaient des résidus d’argent ou de cuivre. Plusieurs forgerons locaux lui répondirent qu’ils servaient autrefois à couler l’or ! H. Lhote qui a déja parcouru l’Aïr en tout sens savait qu’il n’y a jamais eu d’exploitation d’or dans le massif. Mais il savait aussi que les voyageurs du XIXème siècle avaient signalé l’existence à Marandet, jusque vers 1850, d’un dinar d’un poids particulier dont l’origine pourrait bien être la transformation de la poudre d’or difficile à transporter en pièces sans valeur monétaire mais plus commodes à échanger.
D’autres fouilles sont engagés en 1979 et on y retrouve les vestiges non pas d’une mais de deux métallurgies anciennes du cuivre ayant employé deux technologies différentes. La première correspondant à une réduction du minerai local a laissé des tas de scories qui ont pu être datées : leur âge est toujours antérieur au début de l’ère chrétienne. Le second type de métallurgie du cuivre se manifeste par les fameux petits creusets côniques dont le nombre total est estimé à plus de 200 000 !! Il ne s’agit plus ici de la fabrication du métal à partir du minerai mais de la purification, par fusion dans les creusets, d’un métal importé. En 1988, cinq dates sont publiées pour la « période des creusets » de Marandet : elles vont de 500 à 800.
Dates et analyses permettent de conclure à l’importation par Marandet, dans la seconde moitié du Ier millénaire de notre ère, de cuivre qui aurait été transformé sur place avant d’être réexpédié vers le sud. On a supposé que ce cuivre aurait pu être transporté par des caravanes berbères. Le début de ce petit commerce transsaharien aurait donc précédé de trois siècles au moins le grand commerce transsaharien controlé par les Arabes à partir du IXème siècle. Cependant, une objection s’élève : qu’il s’agisse de petit ou de grand commerce, la traversée du désert représente toujours une aventure dangeureuse. Il est impensable de la tenter si elle ne comporte pas des bénéfices confortables : le seul produit qui vaille de la risquer est l’or. L’hypothèse de Henri Lhote sur un très ancien trafic de l’or à Marandet était généralement rejetée.

Marandet et la vieille route d’Egypte :
Quelques auteurs ont tenté de rétablir le trajet de cette vieille route d’Egypte sur laquelle Marandet est citée comme une étape importante. Elle se dirigeait vers la chaîne d’oasis du Kaouar (Niger) puis vers le Fezzan (Libye) où elle bifurquait, au nord-ouest vers l’actuelle Tunisie; au nord-est vers la grande oasis de Koufra et l’Egypte.
La branche égyptienne de ce trajet ne fournit aucune explication sur le transport vers Marandet d’or ou de cuivre. En revanche, la branche tunisienne apporte des arguments de valeur à la thèse « d’une demande d’or » remontant au Vème siècle pour l’approvisionnement de la Monnaie de Carthage. Avant de poursuivre le trajet de la vieille route vers l’ouest : Gao, la boucle du Niger, le royaume de Ghana (Kumbi Saleh) et la boucle du Sénégal (Sintiu Bara, Podor), il convient d’examiner la demande d’or au nord du Sahara.
On a retrouvé de très nombreux solidi byzantins frappés à la Monnaie de Carthage aux VIème et VIIème siècle. S’appuyant sur le fait que l’ouverture de la Monnaie arabe de Kairouan conïncida avec la fermeture de la Monnaie byzantine de Carthage, T.F Garrard soutient que l’or ayant servi à la fabrication des solidi byzantins provenait surement de l’Afrique occidentale, source non discutée de l’or ayant servi à frapper les dinars arabes. Il n’y avait pas d’or en Tunisie pas plus qu’il n’y avait de cuivre à Marandet. Si l’on accepte l’idée d’un échange or/cuivre pratiqué à Marandet, il faut imaginer un immense périple parcouru par l’or au sud du Sahara et par le cuivre au nord du Sahara avant la traversée du désert dans un sens ou dans l’autre.
Faute de repères archéologiques datés, on ne connaissait rien de ce périple avant la publication, au début des années 80, de séries de dates antérieures au VIIIème siècle pour Koumbi Saleh, capitale de l’ancien royaume du Ghana, et pour deux sites situés sur la boucle du fleuve Sénégal : Podor et Sintiu Bara occupés par des populations pratiquant la métallurgie du fer et du cuivre.

Kumbi Saleh :du nouveau sur l’ancien royaume du Ghana
Sur la carte politique actuelle de l’Afrique occidentale, le Ghana ancien occupait, approximativement, lors de sa période d’apogée entre le milieu du IXème et le milieu du XIème siècle, le quart sud-est de la Mauritanie et l’extrême sud-ouest du Mali depuis Kayes jusqu’à la vallée du Niger.

En 1912, Maurice Delafosse fixait les débuts du royaume au IVème siècle en se basant sur les 22 rois qui auraient régné avant l’Hégire (622 de notre ère) selon la tradition orale codifiée par des lettrés de Tombouctou.
Jusqu’en 1980, cette date très ancienne semblait d’autant plus suspecte qu’elle accompagnait une hypothèse douteuse et jamais démontrée suivant laquelle les rois du Ghana entre le IVème et le VIIIème siècle auraient été les descendants de Judéo-Syriens ayant fui les persécutions de Cyrénaïque au IIème siècle !!
En 1982, une liste de seize dates provenant des fouilles de Serge Robert en 1975 est publiée dans le « Journal of African History ». Quatre d’entre elles antérieures au IXème siècle : 550, 660, 670, 740 (+ ou - 150) ont été calculées sur des charbons trouvés dans les niveaux inférieurs d’une couche archéologique de plus de 7m d’épaisseur. On a donc ainsi la preuve - soixante-dix ans après Delafosse- que le royaume noir de Ghana était déja organisé 150 ans avant qu’il ne soit évoqué pour la première fois dans un texte arabe.
A l’évidence, la source de la puissance de Ghana était le contrôle exercé sur le commerce de l’or provenant du Bambouk situé près de sa frontière méridionale, entre le Sénégal supérieur et la Falémé.

La vallée moyenne du fleuve Sénégal (Sénégal et Mauritanie)
Podor, capitale de l’ancien royaume de Tekrour ?
En 1958, des habitants de Podor (Sénégal) découvrirent sur le site voisin de Saré Tioffi un trésor qui fut confié à l’IFAN de Dakar. Il y avait une cinquantaine d’anneaux et de bracelets plus trois clochettes, en cuivre. La trouvaille la plus surprenante était un objet en or qui fut défini comme une « couronne-bonnet » évoquant le texte d’El-Bekri écrit en 1067/1068 sur le souverain du Ghana qui « se parait, comme les femmes, de colliers et de bracelets. Il se coiffait de bonnets dorés autour desquels étaient entourés un turban de cotonnades très fines ».
En 1980, un archéologue reprend les fouilles à Saré Tioffi; il n’y trouve pas d’objets en or mais de nombreux objets en cuivre ou en alliage cuivreux, en général de petite taille. Lors de sa présentation de thèse, il écrit : « le site de Saré Tioffi, considéré par la population de Podor comme la capitale de l’ancien royaume du Tekrour, semble avoir été occupée du IVème au XIVème siècle ».
Les fouilles de Sintiu-Bara (1973-1978) :
Ce site archéologique, étendu sur environ 4Km2, se trouve à une centaine de Km au nord-ouest de Matam. En 1970, on y découvrit un très beau disque de métal cuivré orné d’un décor géométrique. L’IFAN de Dakar décide d’engager des fouilles sérieuses de 1973 à 1978.
La couche archéologique de 2,7m de profondeur a fourni de très belles et très originales céramiques, quelques figurines zoomorphes et anthropomorphes, et surtout de très nombreux objets en fer, en cuivre et en alliage à base de cuivre. Parmi les plus curieux, plusieurs exemplaires de la « couronne-bonnet » trouvée à Podor fabriqués non pas en or mais en laiton et huit clochettes, également en laiton, hautes de 15cm environ. Les objets en fer sont en majorité : beaucoup de javelots, de fers de lance, des couteaux, des harpons ....
Le site archéologique de Sintiu-Bara peut-il être la Silla décrite par El-Bekri comme une ville importante dépendant du royaume de Tekrour qui occupait la vallée moyenne du fleuve Sénégal (Fouta-Toro) ? Respectueux du texte écrit, les historiens ont répondu négativement parce que Delafosse interprétant El-Bekri situait Silla près de Bakel à plusieurs centaines de Km au sud-est de Sintiu-Bara. Mais le chroniqueur n’avait jamais mis les pieds en Afrique et les données topographiques de son récit sont loin d’être fiables. Par ailleurs, les deux villages actuels de Silla et Sinthiou sont situés sur la rive mauritanienne exactement en face du site archéologique sénégalais de Sintiu-Bara, à une dizaine de Km en aval de Kaédi.
Ces deux villages appartiennent au secteur oriental de ce que certains archéologues ont appelé « une véritable zone métallurgique » étendue sur environ 150Km de fleuve en aval de Kaédi. Au cours de la mission de prospection archéologique organisé en 1982 par l’Institut Mauritanien de Recherche Scientifique sur 200Km en amont et en avl de Kaédi, les archéologues ont découvert « plus de quarante mille fourneaux qui ont été utilisés pour la fonte du fer » associé ou non à des sites d’habitat ancien. La localisation des sites métallurgiques s’explique par la présence sur la rive droite de minerai latéritique exploitable par ramassage sous forme de gros blocs ou de simples cailloux, et son absence sur la rive gauche.
Il est évident qu’une aussi extraordinaire concentration de fourneaux correspond à une très longue période d’activité des métallurgistes. Evident aussi que la production globale évaluée à environ 2000 tonnes a dépassé largement les besoins locaux et qu’elle a été exportée dans les régions voisines. Si on peut fixer au XVIIème siècle l’époque où l’importation de fer européen a entrainé la disparition de la production locale, l’époque où elle a commençé est inconnue.
Le site de Sintiu-Bara présente l’interêt d’avoit fourni huit dates C14 obtenues sur charbons en place. Trois sont situées dans le Vème siècle; une à la fin du VIème siècle; quatre entre 860 et 1050.

Fer, cuivre, or dans le Sahel occidental, du IIIème au IXème siècle :
Dans le Sahel occidental, entre le sud du massif de l’Aïr et la côte atlantique, la remarquable monotonie du paysage est toutefois rompue par les deux vallées inondables des fleuves Niger et Sénégal entre lesquelles étaient calées les frontières sud-est et sud-ouest de l’ancien royaume de Ghana.
Dès le VIIIème siècle, le Ghana est mentionnée par al-Fazari comme le pays de l’or. Dans la mémoire collective, l’or - et ses acheteurs arabes - sont reconnus comme le facteur historique dominant dans l’évolution du Sahel et du Soudan occidental entre le IXème et le XVIème siècle.
Depuis 1980, plusieurs dizaines de dates antérieures au IXème siècle ont été publiées, concernant le Sahel occidental. Elles permettent de mettre en valeur l’importande de deux autres métaux ignorés par les historiens : le fer et le cuivre.
Les dates les plus anciennes ayant trait au fer dans le Sahel Occidental sont celles de Jenne-jeno, IIIème siècle av.J-C; puis celles des buttes d’habitat de Mouyssam II, IIIème siècle ap.J-C et de Toubel, IVème siècle, dans la zone lacustre du delta intérieur du Niger. Dans la boucle du fleuve Sénégal, le fer est daté, approximativement, du IVème siècle à Podor, du Vème/VIème siècle à Sintiu-Bara.

k) La culture Nok (Nigeria) 500 av.J-C à 200 ap.J-C :

Les quelques cent cinquante terres cuites rattachées à la culture Nok ont été découvertes dans une vaste zone de 60 000Km2 au nord de la Benue. La découverte de terres cuites à des profondeurs allant jusqu’à 8m avait fait suspecter, dès les années 50, une date très ancienne. A partir des années soixante, les méthodes du Carbone 14 et de la thermoluminescence l’ont amplement confirmée en situant  leur fabrication entre 500 av.J-C et 500 (ou 200) ap.J-C.
Leur remarquable compétence technique manifeste dans des oeuvres datées autour de -500 donne à penser qu’elles correspondent non pas à un début mais plutôt à un aboutissement d’une longue tradition culturelle. Cette plus grande ancienneté s’accorde avec les dates publiées en 1988 pour le site de Taruga à une centaine de Km au sud-ouest de Nok où l’on a trouvé en même temps que des terres cuites des traces de la métallurgie du fer remontant au IXème siècle av.J-C.
Une technique et plus encore un style très particuliers font reconnaître du premier coup d’oeil les sculptures de Nok. A l’exception de pièces de très petites dimensions (moins de 10cm de hauteur), les oeuvres sont creuses; elles ont été modelées à la fois par l’intérieur où l’on trouve souvent des traces de doigts et sur la face visible en général soigneusement lissée. Tout comme pour les poteries fabriquées actuellement dans la région, la cuisson se faisait à l’air libre et non dans un four clos. Pour éviter les risques d’explosion inhérents à cette méthode, l’artisan utilisait plusieurs procédés. L’argile locale était renforcée par l’inclusion de petits grains de mica ou de quartz. L’épaisseur de la pièce était maintenue partout égale. Enfin, les trous marquant systématiquement les yeux et plus accessoirement les narines, la bouche et les oreilles contribuaient également à l’homogénéité de la cuisson. Il en est résulté un état de conservation très remarquable de ce matériau éminemment fragile qu’est la terre cuite, tout au moins pour les têtes très souvent seule partie subsistante de statues en pied qui pouvaient atteindre 1,20 m de hauteur.
Au point de vue stylistique, le traitement des yeux constitue une caractéristique essentielle. Les pupilles sont marquées par de grands trous d’autant plus impressionnants qu’ils donnent sur le vide entourés par un demi-cercle ou un triangle orienté vers le bas qui définit la courbe des paupières. La coiffure très soignée est constituée par une série de petites coques ou de sillons réguliers; elle est souvent munie de trous qui devaient servir à l’insertion de plumes. De lourdes parures en perles sont représentées fréquemment à la base du cou, ou, dans les rares cas où ils ont subsisté, sur les bras et les jambes.
Plus rares, les figures animales sont aussi plus proches de la réalité que les figures humaines. La fréquence des serpents a fait supposer un culte du serpent. En réalité, la destination et le sens profond de l’art de Nok sont aussi difficiles à interpréter que l’art rupestre saharien et les comparaisons - souvent forcées - avec les sculptures sur bois des Yoruba n’ont pas apporté grand-chose à la compréhension de ces artisans noirs contemporains des Gaulois.

l) L’Ethiopie dans l’Antiquité :

Le pays que nous appelons aujourd’hui Ethiopie n’est en aucune manière l’Ethiopie des textes antiques, qui corresponsait en fait à la Nubie, mais recouvre l’ancienne Abyssinie, qui n’est entrée dans l’histoire que tardivement. C’est seulement au cours du premier millénaire av.J-C qu’il est fait mention de populations sémitiques qui sont venues du royaume yéménite de Saba pour s’installer sur les côtes orientales de l’Ethiopie.
La tradition éthiopienne établie tardivement (courant du XIIIème siècle), fait abusivement remonter l’émergence de l’empire d’Axoum à la rencontre légendaire, vers la fin du IXème siècle, du roi juif Salomon et de la reine sabéenne Makeda. Une forte infiltration juive commença alors.

La culture pré-axoumite :
Les régions septentrionales de l’Ethiopie ne semblent pas avoir eu, dans la Préhistoire, une forte densité de population. Pendant les dix derniers millénaires av.J-C, on devine l’existence de peuples pastoraux, qui ont dessiné leur bétail sans bosse et à longues cornes sur les parois rocheuses, du nord de l’Erythrée jusqu’au pays de Harrar. Leurs troupeaux sont semblables à ceux qui étaient élevés à la même époque au Sahara et dans le bassin du Nil. Sur le plan linguistique, il ne faut pas non plus négliger l’élément koushite, correspondant à un fonds local, qui commence à se manifester dans d’autres domaines. En effet, des découvertes récentes faites à Godebra, près d’Axoum (1977) révèlent l’apparition de la culture du millet et de l’emploi de la céramique au IIIème ou IVème millénaire. A coté des activités pastorales se serait donc débeloppée dès cette époque une agriculture spécifiquement éthiopienne. Ces techniques nouvelles seraient liées à un mode de vie plus sédentaire, créant des conditions plus favorables au développement d’une civilisation plus évoluée. Si la fondation de la cité d’Axoum et l’avénement d’une dynastie royale axoumite peuvent être situés au IIème siècle de l’ère chrétienne, grâce au témoignage du géographe Claude Ptolémée, confirmé un siècle plus tard par celui du « Périple de la mer d’Erythrée » ainsi que par les découvertes archéologiques, les auteurs anciens grecs et latins sont restés pratiquement muets sur les siècles qui ont précédé ces événements.
Ils nous apprennent seulement que Ptolémée Philadelphe fonda au milieu du IIIème siècle av.J-C le port d’Adoulis, agrandi par son successeur Ptolémée III Evergète, et que Pline, vers l’an 75 de l’ère chrétienne, le considérait comme l’une des escales les plus importantes de la Mer Rouge.

La période sud-arabisante :
C’est la période où l’influence sud-arabisante s’exerce fortement sur l’Ethiopie du Nord. Cette influence se traduit surtout par la présence en Erythrée et dans le Tigré de monuments et d’inscriptions apparentés à ceux que connait l’Arabie du Sud (correspond en fait au Yemen moderne) à l’époque de la suprématie du royaume de Saba. Ces parallèles sud-arabiques sont datés grâce aux études paléographiques et stylistiques de J.Pirenne : il s’agit des V et VIème siècle av.J-C. On admet généralement que ces dates s’appliquent aussi aux découvertes faites en Ethiopie; mais l’hypothèse d’un décalage entre les deux rives de la Mer Rouge, ne peut être définiment exclue. D’autres sources mentionnent que vers le IIIème siècle av.J-C, sous l’impulsion de la puissante tribu des Habashat, naquit un puissant empire, dont la capitale, Axoum, construite dans le Tigré, devint le centre du commerce de l’ivoire et des esclaves, auquel elle dut sa rapide et considérable prospérité.
Le seul monument architectural qui soit resté de cette période est le temple de Yeha. Edifié en grands blocs soigneusement ajustés, il se compose d’une cella rectangulaire d’environ 19m sur 15m, posée sur un soubassement pyramidal de huit gradins. Comme l’a souligné J.Pirenne, le traitement des façades, préservées sur près de 9m de haut, se retrouve sur plusieurs constructions de Marib, capitale du royaume de Saba. C’est encore vers Marib que nous orientent les autres éléments sculptés trouvés à Yeha, comme la frise de bouquetins ou les plaques à rainures et denticules que l’on retrouve dans la région de Melazo, à Haoulti et Enda Cerqos, et qui ont pu servir de revêtements muraux. Ce secteur de Melazo, à une dizaine de Km au sud d’Axoum, s’est révélé être un centre de sculpture important, remontant à la période sud-arabisante.
On ressent une impression de réelle parenté en comparant les statues éthiopiennes et celles de l’Asie Mineure à la fin du VIIème et au début du VIème siècle av.J-C. Si les statues assises trouvent surtout des répondants du coté du Proche-Orient sémitique et de l’héllénisme orientalisant, il y a une influence égyptienne et plus précisément méroïtique dans les colliers à contrepoids ainsi que dans la robe plissée qui rappelle la tunique des reines de Méroé. Ces rapprochements mettent en valeur la diversité des influences qui se reflètent dans les statues des femmes assises du Tigré. On peut hésiter à y voir des reines, des grands personnages ou des représentations de déesses.
La sculpture de la période sud-arabisante est également représentée par des sphinx qui n’ont jusqu’à présent été retrouvés qu’en Erythrée. On retrouve également des autels à encens et d’autres objets dont la description dépasse les limites de de travail.
Quant aux vestiges matériels, les fouilles archéologiques n’ont livré, en dehors des sculptures, qu’une céramique encore mal connue. Les documents épigraphiques que la paléographie permet d’attribuer à la période la plus ancienne sont tous en écrirure sud-arabique. Mais ils se répartissent en deux groupes : le premier est constitué d’inscriptions monumentales dont le langue est de l’authentique sabéen, avec quelques particularités locales; le second groupe comprend des inscriptions rupestres dont la graphie est limitée au groupe précédent, mais transcrit une langue sémitique qui serait seulement apparentée au sabéen. Ces textes mentionnent les termes qui désignent des objets culturels, comme les brûle-parfum ou les tables d’offrandes. Mais ils citent aussi un certain nombre de divinités, qui constituent un panthéon à peu près identique à celui du royaume de Saba. Le nom de Astar apparait souvent et il s’agit de la forme éthiopienne du nom du dieu stellaire Athar. La divinité lunaire qui semble la plus vénérée, aussi bien chez les Sabéens qu’en Ethiopie, est Almaqah; le culte solaire est représenté par un couple de déesse, qui correspondraient au soleil d’été et au soleil d’hiver.
Alors que les textes de dédicace ne donnent généralement que la filiation des personnages, ceux de Gobochela révèlent une population organisée en clans. L’organisation politique de l’Ethiopie du Nord à la période sud-arabisante semble avoir été une monarchie héréditaire.
Le témoignage de l’architecture, des oeuvres d’art, de l’épigraphie et des données fournies par les textes sur les croyances relgieuses et l’organisation sociale en Ethiopie s’accordent pour montrer une forte influence sud-arabique aux Vème et VIème siècle avant l’ère chrétienne. On pense que l’émergence de cette culture à prédominance sémitique a été précédée de plusieurs siècles de pénétration silencieuse. Sous l’effet, sans doute, de pressions économiques et démographiques que l’on ne connait pas encore, des immigrants colportent par petits groupes la culture sud-arabique. Il n’est pas impossible que ces colons aient introduits de nouvelles techniques agricoles, en particulier l’usage de l’araire, et construits les premiers villages en pierre d’Ethiopie.

La période intermédiaire :

L’affirmation d’une culture locale ayant assimilé les apports étrangers se fait beaucoup plus forte dans la seconde période pré-axoumite qui a été appelée période intermédiaire.
On ne trouve plus l’influence directe sud-arabique : on a plutôt affaire à une évolution interne à partir des apports antérieurs. Des inscriptions d’une graphie beaucoup plus frustre servent à transcrire une langue qui s’écarte de plus en plus du dialecte sud-arabique primitif. L’architecture de cette période n’est guère représentée que par des édifices de culte dégagés dans la région de Melazo. Une autre caractéristique de cette période est l’accumulation d’objets dans des dépots souterrains, soit tombes à puits de Yeha ou Matara, soit fosses de Sabéa et de Haoulti. L’outillage en fer, dont la fabrication a sans doute été introduite durant cette phase, est surtout représentée à Yeha par des anneaux, des ciseaux, des épées et des poignards. Le bronze est bien plus fréquent, peut-être à cause de sa meilleure résistance à la corrosion. On a retrouvé des anneaux, des perles, des armes et des plaques ajourées en bronze. Lorsque l’on considère le niveau technique qu’attestent ces objets, il paraît plausible d’attribuer aux bronziers éthiopiens de cette phase intermédiaire d’autres oeuvres, comme une paire de sabots de taureau miniature, trouvée près des sanctuaires de Haoulti, et la puissante figurine de taureau de Mahabere Dyogwe, qui serait encore un témoin du culte d’Almaqah.
L’or sert à fabriquer des objets de parure : bagues annulaires à Yeha et Haoulti, boucles d’oreilles, perles et fils enroulés sur ce dernier site. Le dépôt de Haoulti contenait enfin deux amulettes en faïence représentant un Ptah-patèque et une tête hathorique, tandis que les niveaux inférieurs de Matara livraient une amulette en cornaline représentant un Harpocrate. Cette série d’objets est intéréssante puisqu’elle est d’origine méroïtique et atteste les relations entre l’Ethiopie et la vallée du Nil. Quelques influences méroïtiques se retrouvent dans la céramique de cette période.
Si les ex-voto de Haoulti indiquent que la base de l’économie est essentiellement agricole et pastorale, l’essor de la métallurgie du bronze, du fer et de l’or, de la fabriquation en série d’objets en pierre ou en pâte de verre, ainsi que de la céramique, témoigne du développement d’un artisanat spécialisé. Il semble bien que le processus d’urbanisation soit en cours dans certains centres fondés pendant la période sud-arabisante, comme Melazo et Matara, ou dans des foyers plus récents comme Adoulis. Si le souvenir des traditions sud-arabes ne s’est pas encore perdu, l’impulsion nouvelle semble venir du royaume de Méroé, qui a joué un rôle primordial dans la diffusion des techniques du métal en Afrique.
Il n’est pas impossible que le déclin de Méroé et l’affaiblissement des royaumes sud-arabes aient permis aux Ethiopiens de contrôler le commerce de l’or, de l’encens, de l’ivoire, ainsi que des produits importés de l’océan Indien.

m ) La civilisation d’Axoum du Ier au VIIème siècle :

D’après les sources de base, l’histoire du royaume d’Axoum s’étend sur plus d’un millénaire à partir du Ier siècle de l’ère chrétienne. Elle enregistre trois interventions armées en Arabie du Sud aux IIIème, IVème et VIème siècle, une expédition à Méroé au IVème siècle, et, au cours de la première moitié de ce même siècle, l’introduction du christiannisme.
Une vingtaine de rois, dont la plupart ne sont connus que par les monnaies qu’ils ont émises, se sont succédé sur le trône d’Axoum. Le plus ancien roi est Zoskalès, que mentionne un texte grec de la fin du Ier siècle. Les sources de renseignements sur la civilisation axoumite sont de nature diverse : elles comprennent des passages d’auteurs anciens, de Pline, qui mentionne Adoulis, jusqu’aux chroniqueurs arabes, Ibn Hischac, Ibn Hischam ... L’essentiel de notre documentation est naturellement fourni par l’épigraphie locale et le matériel archéologique.
Le territoire axoumite s’inscrit dans un triangle vertical de 300Km de longueur et de 160 Km de largeur. Cette surface est comprise entre 13 et 17 degrés de latitude nord, 38 et 40 degrés de longitude est. Elle s’étend de la région située au nors de Keron jusqu’à l’amba Alagui au sud, d’Adoulis, sur la côte, jusqu’aux environs de Tazzaké, à l’ouest.

Epoque Proto-axoumite :
Le nom d’Axoum apparaît pour la première fois dans « Le Périple de la Mer Erythrée », guide maritime et commercial établi par un marchand originaire d’Egypte. L’ouvrage date de la fin du Ier siècle. Ptolémée le Géographe, au IIème siècle, mentionne également le site.
« Le Périple » fournit aussi des informations sur Adoulis. Il précise qu’ils s’agit d’un gros village d’où il y a trois jours de voyage jusqu’à Koloè, une ville de l’intérieur, le principal marché de l’ivoire. De cette place à la cité du peuple appelé les Axoumites, il y a cinq jours de voyage de plus. C’est là qu’est apporté tout l’ivoire de la contrée au-delà du Nil à travers la région appelée Cyenum et, de là, il va à Adoulis. Ce village était donc le débouché d’Axoum, notamment pour l’ivoire.
L’archéologie nous fournit peu de connaissances sur la culture matérielle des premiers siècles de l’ère chrétienne. Quelques inscriptions du IIème et du IIIème siècle constituent les seuls témoins datables de cette époque. On y découvre les premières formes de l’alphabet éthiopien, dont l’usage s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui. On a retrouvé des inscriptions de type sud-arabique datant du IIème millénaire avant notre ère mais au IIème siècle de notre ère, l’alphabet a considérablement évolué : elle se sépare de l’écriture sud-arabique.
Aux extrémités de la route antique, selon « Le Périple », Adoulis et Axoum sont sans doute les sites les plus importants.

Axoum :
Au IIIème siècle de l’ère chrétienne, cette cité possède une réputation affirmée, si l’on en croit un texte de l’époque attribué à Mani, qualifiant ce royaume de « troisième du monde ». Dans la cité même, de grands monuments et des témoins matériels nombreux gardent la mémoire d’une époque historique importante.
Dans le secteur ouest, on a dégagé les substructions de trois ensembles architecturaux considérés à juste titre comme les restes d’un palais. Des trois édifices que la tradition appelle Enda-Simon, Enda-Michel et Taakha-Maryam, il ne reste que des soubassements. On trouve un autre édifice de dimensions imposantes sous l’église Maryam-Tsion, à l’est de laquelle se distinguent encore, en contrebas de la terrasse, des parties préservées : un soubassement massif large de 30m à son extrémité et de 42m vers son centre.
A l’ouest de la ville, une mission de l’Institut ethiopien d’Archéologie a découvert les restes d’un autre ensemble architectural. Situées à Dongour, au nord de la route de Gondar, ces ruines sont celles d’un autre château dont la date avoisine le VIIème siècle.
Ordonnées en quatre îlots irréguliers, une quarantaine de pièces d’habitation, disposées en carré, entourent un corps de logis central. Trois fours de brique cuite ont été mis à jour dans la partie ouest du monument. Ce monument de Dongour représente le plus bel exemple d’architecture axoumite présentement visible.
Un autre édifice important se dressait sur une colline au nord-est d’Axoum. La tradition en attribue les restes à Caleb et à son fils. Deux sortes de chapelles parallèles étaient bâties sur des cryptes composées de plusieurs caveaux bâtis et couverts de grosses dalles de pierre. A l’est de la ville, à Bazen, certains tombeaux à four sont creusés dans le rocher, à flanc de colline.

Adoulis :
Peu de vestiges marquent à la surface l’emplacement de ce site, qui n’est pas situé au bord de la mer, mais environ à 4Km à l’intérieur des terres. On pense que ces vestiges s’inscrivent dans un rectangle de 500m de long et de 400m de large. En 1906, le suédois Sundström découvrit dans le secteur nord un édifice de grande taille. Peu après, Paribeni, à l’est et à l’ouest de ce monument, dégagea deux autres ruines d’édifices de taille inférieure. Tous ces monuments sont des soubassements à gradins et redans de construction s rectangulaires. Des bâtiments latéraux les encadrent.
Le soubassement que Paribeni a dégagé à l’ouest du précédent monument présente la même forme architecturale. Sa longueur est d’environ 19m. La partie supérieure était recouverte d’un pavement, et montrait des vestiges de piliers de nef. A l’extrémité est, entre deux salles, une abside semi-circulaire indiquait clairement que les ruines étaient celles d’une basilique. A l’est du monument de Sundström, Paribeni découvrit le soubassement d’une autre église. L’édifice offrait deux particularités remarquables : la présence d’une cuve baptismale dans le pièce au sud de l’abside et, au centre du bâtiment, des restes de huit piliers en octogone.
Sur le plateau érythréen, à 135Km au sud d’Asmara, près de Sénafé, se trouve un des sites de la plus haute antiquité éthiopienne : ses niveaux profonds sont ceux d’un important établissement de la période sud-arabisante.
Sur le site de Matara ont été mis à jour trois sanctuaires chrétiens, quatre grande villas et un quartier d’habitations ordinaires comportant une trentaine de logis familiaux.
A Kohaito (2600m d’altitude), au nord de Matara, on a trouvé également de nombreux vestiges architecturaux.

Données générales :
L’emploi de la pierre, le plan carré ou rectangulaire, l’alternance systématiques de parties saillantes et de parties rentrantes, l’élévation en gradins des soubassements sur lesquels se dressent  les grands édifices, un type de maçonnerie sans mortier autre que de terre, tels sont les traits principaux de l’architecture axoumite. Tous les édifices sont bâtis sur les mêmes socles à gradins; des escaliers monumentaux y donnent accès, souvent de sept marches. On sait aussi que le bois entrait dans la construction axoumite.
Les monuments monolithiques, disposés à Axoum, sont de plusieurs types. Ils marquaient à n’en pas douter l’emplacement des tombeaux; certains dépassent 20m de hauteur. On en trouve en plusieurs endroits; les plus nombreux avoisinent l’ensemble des stèles géantes. Ces dernières sont au nombre de sept; leur particularité est de présenter une décoration sculptée. Celle-ci imite une architecture à étages multiples. La plus haute de ces stèles, qui atteignait environ 33m , superpose neuf étages sur l’une de ses faces.
Sur le plateau oriental, à Matara et à Manza, deux stèles à sommet cintré ont environ 5m de haut. Elles présentent deux particularités : le disque sur croissant, symbole de la religion sud-arabique, et une inscription en guèze. Elles dateraient du IIIème ou du début du IVème siècle.
Il y aurait encore beaucoup à écrire sur l’architecture axoumite mais cela dépasserait les limites de ce sujet.

L’écriture et la langue des axoumites :
Le plus ancien alphabet employé en Ethiopie dès le Vème siècle av.J-C est de type sud-arabique. Il transcrit une langue proche parente des dialectes sémitiques de l’Arabie méridionale. Les premiers exemples d’écriture éthiopienne proprement dite apparaissent au cours du IIème siècle de l’ère chrétienne. Ils présentent une forme consonantique. Les caractères conservent encore un aspect sud-arabique, mais ils évoluent progressivement vers des formes particulières. Variable au début, la direction de la graphie se fixe et va de gauche à droite. Des premières inscriptions sont gravées dans des plaques de schistes. La plus ancienne a été découverte à Matara, en Erythrée. Elle mentionne le roi Gadara et, pour la première fois, on trouve le nom d’Axoum dans une inscription éthiopienne. D’autres textes sont gravés dans la pierre. Au IVème siècle, on trouve les grandes inscriptions du roi Ezana. C’est avec elles que le syllabisme fait son apparition. Il devient la règle de l’écriture éthiopienne; des signes vocaliques s’intègrent au système consonantique.
La langue que ces inscriptions révèlent est le guèze. Elle appartient au groupe méridional de la famille sémitique. C’est la langue des axoumites. Vers le Vème siècle, la Bible est traduite en guèze.

L’essor de la civilisation axoumite :
Cinq siècles av.J-C, une forme particulière de civilisation , marquée par le monde sud-arabique, s’est établie sur le plateau éthiopien du Nord. Essentiellement agricole, elle s’est épanouie aux Vème et VIème siècle. Pendant les siècles qui ont suivi, elle a décliné, si du moins on en juge par la documentation archéologique actuelle. Cependant, on peut noter une certaine continuité par la suite : la culture axoumite ne s’est pas effacée entièrement.
Les témoignages archéologiques des premiers siècles révèlent une foule d’aspects nouveaux. Si elle dérive d’une écriture sud-arabique, la graphie des inscriptions dénote un changement important. La religion se modifie. A l’exception d’Astar, le nom des anciennes divinités disparaît. L’architecture, tout en gardant l’emploi de la pierre et du bois, et le dispositif de gradins à la base des édifices, présente des traits nouveaux.
Pendant l’époque axoumite, comme pendant les siècles antérieurs, l’agriculture et l’élevage constituent la base de la vie économique. Toutes les sources antiques indiquent que le trafic maritime s’est intensifié dans la mer Rouge au cours des deux premiers siècles. Il faut mettre ce fait sur le compte de l’expansion romaine, favorisée dans cette région par le progrès de la navigation. Les rapports commerciaux se multiplient alors. Ils rendent possible les échanges avec l’Inde et le monde méditerranéen. Adoulis est un point de rencontre pour le trafic maritime et pour le commerce terrestre. Axoum est le grand centre de l’ivoire.
Pour terminer ce chapitre, la tâche essentielle de l’archéologie est de déterminer ce qui procède des influences extérieures et ce qui est la part proprement autochtone de la culture axoumite.

Le Periplus maris erythraei (Périple de la mer d’Erythrée), qui nous renseigne sur la période allant d’avant l’an 105 de l’ère chrétienne au début du IIIème siècle, dit de la « métropole de ceux qui se nomment Axoumites » qu’elle était une ville peu connue qt que le royaume de son souverain Zoscalès régnait sur toute la côte érythréenne de la mer Rouge, mais le désert bedja était soumis à Méroé. Cet équilibre entre les deux puissances - la vieille métropole des Méroïtiques et la jeune métropole des Axoumites - se retrouve dans le roman d’Héliodore. Les premières sources à faire état de l’expansion axoumite vers l’Arabie du Sud sont des inscriptions sabéennes  de la fin du IIème siècle et du début du IIIème siècle, où il est dit que les Abyssiniens ou Axoumites sont en guerre au Yémen, où ils occupent une partie du territoire. Deux inscriptions grecques faites par les rois d’Axoum, dont nous ignorons les noms et les dates de règne, relatent aussi des guerres en Arabie méridionale. L’auteur de la plus longue de ces inscriptions avait conquis les régions côtières du Yémen jusqu’au pays des Sabéens, ainsi que de vastes territoires en Afrique, des frontières de l’Egypte à la région de l’encens, en Somalie. Vers l’an 270, la renommée du nouvel Etat avait atteint le Perse.

Activités :
La grande majorité des Axoumites pratiquait l’agriculture et l’élevage et menait une vie pratiquement identique à celle que mènent aujourd’hui les paysans du Tigré. Sur les contreforts et dans les plaines, ils avaient construit des citernes et des barrages pour emmagasiner l’eau de pluie, et creusé des canaux d’irrigation. D’après les inscriptions, ils cultivaient le blé et d’autres céréales; ils connaissaient aussi le viticulture. Ils possédaient de grands troupeaux de boeufs, de moutons et de chèvres, ainsi que des ânes et des mûlets.
Les métiers artisanaux pratiqués par les forgerons et d’autres artisans métallurgistes révèlent un très haut degré d’adresse et de sens pratique. L’innovation technique la plus importante est l’utilisation d’outils de fer.

Structure politique :
A ses débuts, Axoum semble avoir été une principauté qui, avec le temps, allait devenir la première province d’un royaume féodal. A ses dirigeants l’histoire a imposé des tâches diverses, dont la plus urgente était l’affirmation de leur hégémonie sur les Etats segmentaires de l’Ethiopie septentrionale et la réunion de ceux-ci en un seul royaume. La fondation d’un royaume servit de base à l’édification d’un empire. De la fin du IIème siècle au début du IVème, Axoum a pris part aux luttes diplomatiques et militaires qui opposaient les Etats de l’Arabie méridionale. Puis les Axoumites soumirent les régions situées entre le plateau du Tigré et la vallée du Nil.
L’Etat se divise entre Axoum proprement dit et ses royaumes vassaux, dont les monarques sont sujets du « roi des rois » d’Axoum, auquel ils paient tribut. Les Grecs désignent le potentat d’Axoum sous le nom de « basileus ». Le terme axoumite qui était appliqué à tous était négus. Il est fait mention de négus dans l’armée axoumite.
En dehors du commandement des armées en temps de guerre, ces négus assument la direction des entreprises de construction. Les royaumes vassaux étaient situés sur le plateau du Tigré et dans la région de la baie de Zula, au delà de la rivière Takkazé, dans l’aridité des hautes terres étiopiennes et de la péninsule arabique. Après la victoire d’Ezana, ces royaumes s’étendirent jusqu’à la Haute-Nubie, entre le Ivème Cataracte et Sennar. Ainsi, du roi des rois d’Axoum jusqu’aux chefs de communautés distinctes, s’était crée une hiérarchie du pouvoir. Il existait deux façons de récolter le tribut : ou bien les monarques vassaux envoyaient à Axoum un tribut annuel; ou bien, accompagné d’une escorte nombreuse, le roi parcourait son domaine en récoltant le tribut.
Les sources sont muettes sur le système administratif d’Axoum. Les proches parents du roi assumaient une part importante de la gestion des affaires publiques. Il était de règle que les expéditions militaires fussent conduites par le roi, son frère ou d’autres parents. Les monarques axoumites pacifièrent les tribus guerrières établies aux frontières de l’Etat : les Abyssiniens, en Arabie du Sud; quatre tribus bega, dans la région de Matlia.
Il semble qu’à l’apogée de la monarchie axoumite, une sorte de processus de centralisation politique ait pris place.

Commerce et politique commercial :
Le royaume d’Axoum tient, dans le commerce mondial de l’époque, la place d’une puissance de premier plan, comme le prouve la frappe de sa propre monnaie d’or, d’argent et de cuivre. Ce fut le premier Etat d’Afrique tropicale à battre monnaie. Battre monnaie, en particulier la monnaie d’or, constitue un acte non seulement économique mais politique, proclamant devant le monde entier l’indépendance et la prospérité de l’Etat d’Axoum. Le premier roi d’Axoum à mettre en circulation sa propre monnaie est Endybis, dans la seconde moitié du IIème siècle. Les pièces axoumites offrent les mêmes caractéristiques que les pièces byzantines de la même époque.
Si l’on en croit le « Périple de la mer d’Erythrée », Adoulis importait certains produits alimentaires : du vin de Syrie et d’Italie, de l’huile d’olive ... Il n’est pas impossible que le fameux blé d’Ethiopie ait été exporté dans les pays voisins. Les ports de la Corne de l’Afrique recevaient d’Egypte des céréales, du vin et du jus de raisin de Diospolis; de L’Inde leur venaient du blé, du riz, de la canne à sucre ....
Les données archéologiques confirment et complètent les indications du « Périple ». Les fouilles pratiquées à Axoum, à Adoulis, à Matara ont permis de dégager de nombreux objets d’origine non éthiopienne, dont certains ne pouvaient être entrés dans le pays qu’à la faveur d’échanges commerciaux. La plupart de ces articles provanaient de l’empire romain de Byzance et surtout d’Egypte; on y trouve des amphores, des fragments de verrerie, des bijoux d’or, des colliers de pièces d’argent romaines, des lampes de bronze..  On a aussi découvert des objets originaires d’Inde : un sceau à Adoulis, des figurines de terre cuite à Axoum, des pièces d’or.... C’est l’Arabie pré-islamique qui a produit les pièces d’argent et de bronze trouvées par hasard en Erythrée ou à Axoum. Les échantillons de l’art méroïtique abondent également : fragments de récipients en céramique trouvés en de nombreux endroits; statuettes-amulettes en faïence de Hathor et de Ptah à Axoum et en cornaline de Horus à Matara ...
Bientôt, l’unification par Axoum d’une grande partie de l’Afrique du Nord-Est enrichit l’aristocratie axoumite. L’accumulation des gains résultant de la création du puissant royaume d’Axoum n’enrichissait pas seulement l’aristocratie mais aussi l’ensemble du groupe ethno-social priviligié constitué par les citoyens de la capitale.
En fin de compte, les étrangers, marchands ou autres, établis à Adoulis, à Axoum et dans d’autres villes éthiopiennes, importaient de grandes quantités de marchandises. Les objets exhumés comme la balance, le poids, le sceau et les pièces de monnaie sont manifestement des vestiges laissés par des marchands romano-byzantins ou indiens ayant vécus à Axoum et à Adoulis.
Après avoir soumis la Haute-Nubie, l’Arabie méridionale, la région du lac Tana et les tribus des déserts entourant l’Ethiopie, le roi d’Axoum s’assurait le contrôle des voies de communication reliant l’Egypte et la Syrie aux pays de l’Océan Indien et aux région intérieures de l’Afrique du Nord-Est. Le détroit de Bab-el-Mandeb, l’un des trois grands carrefours du monde antique avec Gibraltar et le détroit de Malacca, passait lui aussi sous le contrôle d’Axoum. C’est par Bab-el-Mandeb que transitait l’important trafic maritime de la mer Rouge au golfe Persique, à l’Inde et de là à Ceylan, au détroit de Malacca et aux pays de l’Asie du Sud-Est et de l’Asie orientale. Le commerce en mer Rouge était florissant, bien que les histoires de pirates aient été monnaie courante alors.
Les marchands romains avaient un intérêt vital à ce que la sureté et la sécurité règnent sans contexte tout au long des voies commerciales situées dans la zone d’influence d’Axoum; ils étaient, par là même, intéressés à sa politique d’unification. Aussi devinrent-ils les avocats de l’alliance de l’empire romano-byzanzin avec le royaume d’Axoum. La politique des rois d’Axoum était indépendante et ne coïncidait avec celle de Byzance que lorsque les intérêts, surtout économiques, des deux puissances se confondaient.

Culture du royaume d’Axoum :
L’évolution de l’empire protoféodal se reflète dans l’idéologie et la culture d’Axoum pendant la période qui va du IIème au IVème siècle. Les brèves inscriptions consacrées aux dieux se transformèrent peu à peu en comptes rendus détaillés des victoires remportées par le roi des rois. Dans ce domaine, les inscriptions d’Ezana, en éthiopien et en grec, sont particulièrement intéressantes. Le style de l’épigraphie y atteint son apogée avec une inscription où Ezana raconte, avec force détails, sa campagne de Nubie. Il y révèle une éloquence et des sentiments religieux authentiques, ainsi qu’une parfaite aisance dans le maniement d’idées complexes. Cette inscription peut être justement considérée comme un chef-d’oeuvre littéraire.
Les devises sur la monnaie d’Axoum suivent une évolution parallèle. Du IIème siècle au milieu du IVème siècle, les pièces portent le sobriquet ethnique particulier à chaque monarque, formé par le mot be’esi (homme) et par un ethnonyme correspondant au nom de l’une des armées axoumites. Par la suite, la monnaie frappée sous le règne d’Ezana et de ses successeurs porte une devise grecque signifiant « puisse le pays être satisfait ».
Avec le concept d’empire, le gigantesque s’introduit dans l’architecture et dans les arts figuratifs : stèles monolithiques colossales, hautes de 34m, érigées sur une plate-forme de 114m de long, immenses statues de métal, vastes palais des rois d’Axoum .... L’ensemble des édifices royaux, le Taakha Maryam, couvrant une superficie de 120x80m, est unique en Afrique tropicale. Parallèlement au goût du gigantesque, l’architecture montre une tendance de plus en plus marquée pour l’art décoratif. La combinaison de la pierre et du bois, les alternances de blocs de pierre plus ou moins travaillés à tel ou tel point de l’édifice, les pièces de bois et le blocage dressé au mortier contribuaient à simplifier considérablement la tâche des constructeurs et permettaient d’obtenir des effets hautement décoratifs. Pendant cette période, l’architecture et la sculpture éthiopiennes firent preuve d’une originalité saisissante, qui n’excluait cependant pas une assimilation des différentes influences culturelles venues de l’empire romain, de l’Arabie méridionale, de l’Inde et de Méroé.
La religion des Axoumites ressemblaient beaucoup à celle de l’ancienne Arabie du Sud. C’était un polythéisme évolué, présentant certains aspects des cultes inspirés par l’élevage et les travaux des champs. Ils adoraient Astar, incarnation de la planète Vénus, Beher et Meder, divinités chtoniennes symbolisant la terre. Beher et Meder (formant une seule déité) ont pris la suite d’Astar dans les inscriptions. Le terme Egzi’abher (Dieu, ou littéralement le dieu Beher, ou dieu de la terre) de l’Ethiopie chrétienne est un vestige de ce culte. La divinité lunaire, Awbas, a été adorée en Arabie du Sud et en Ethiopie pré-axoumite. On trouve des symboles du soleil et de la lune sur des stèles d’Axoum, de Matara et d’Anza, ainsi que sur la monnaie des rois axoumites de l’époque pré-chrétienne. Sans doute se référent-ils à Mahrem, divinité ethnique et dynastique des Axoumites. Dans l’inscription bilingue d’Ezana, au Mahrem du texte éthiopien correspond le nom grec Arès. Pendant l’époque païenne, toutes les inscriptions grecques des rois d’Axoum, exception faite des inscriptions de Sembrythe où le nom du dieu ne figure pas, utilisent le nom Arès. On sait qu’à Athènes Arès était le dieu de la guerre; il s’ensuit que son double, Mahrem, était également adoré comme le dieu de la guerre. Dans les inscriptions axoumites, Arès-Mahrem, dieu de la guerre, est qualifié d’invincible et il assure la victoire. En tant que divinité dynastique, Mahrem-Arès était appelé par les rois le plus grand des dieux, l’ancêtre des rois. Il est clair que Mahrem régnait souverainement sur les divinités astrales et chrétiennes, tout comme une monarchie consacrée règne sur un peuple. On considérait la guerre comme un devoir plus honorable et plus sacré que le labeur des paysans.
A leurs dieux, les Axoumites offraient des sacrifices. Les animaux domestiques étaient les victimes habituelles de ces immolations. L’une des inscriptions d’Ezana nous apprend que cent boeufs furent offerts à Mahrem en un seul sacrifice. Par la suite, l’animal sacrificiel vivant tend de plus en plus à être remplaçé par son image consacrée. Des reproductions, en bronze et en pierre, de taureaux, de béliers et d’autres animaux sacrificiels, dont beaucoup portent des inscriptions, ont été conservées jusqu’à aujourd’hui.
Le culte des ancêtres, particulièrement celui des rois morts, tient une place importante dans la religion axoumite. La coutume voulait qu’on leur dédiât des stèles. Les victimes étaient portées sur les autels et sur le piédestal des stèles, sculpté en forme d’autel, et leur sang s’écoulait dans des cavités taillées en forme de coupe. Les tombes des rois axoumites étaient considérées comme les lieux sacrés de la cité. Les vases et autres objets découverts dans les emplacements funéraires indiquent la croyance dans une vie au-delà de la tombe.
Dans les débuts de la période axoumite, les idées religieuses de pays voisins ou éloignés pénètrent en Ethiopie. Le dieu marin Poséidon était manifestement vénéré par les habitants d’Adoulis et de la côte méridionale de la mer Rouge. La stèle récemment découverte à Axoum , où figure le symbole égyptien de la vie (ankh), des objets ayant servi au culte de Hathor, Ptah et Horus, et des scarabées donnent à penser que des adeptes de la religion égypto-méroïtique ont résidé, à un moment quelconque, à Adoulis, à Axoum et à Matara.
Sous l’effet des influences culturelles étrangères, la « sous-culture » de la monarchie axoumite présentait un caractère international autant que national. Le grec était utilisé à égalité avec le guèze comme langue nationale te internationale. Il apparaît que des rois comme Za-Hekalé ou Ezana savaient le grec. Les monnaies frappées par la majorité des rois d’Axoum du IIIème siècle et du IVème siècle portaient des légendes grecques.
L’influence de la Grèce sur la création de l’alphabet éthiopien n’a pas été établie, alors qu’elle est certaine en ce qui concerne l’origine du système numérique et des principaux chiffres éthiopiens, tels qu’ils apparaissent pour la première fois dans les inscriptions d’Ezana. L’alphabet éthiopien vocalisé reproduit si étroitement le système phonologique du guèze qu’il a nécéssairement dû être inventé par un Ethiopien. Cet alphabet, augmenté de quelques signes, a été en usage en Ethiopie jusqu’à nos jours et on le considère comme une grande réalisation de la civilisation axoumite.
Pour terminer avec l’empire d’Axoum, on peut dire que celui-ci a eu également des contacts avec la Syrie et que l’alphabet arménien a peut-être été inventé à partir de l’alphabet éthiopien. Le royaume d’Axoum ne fut pas seulement une importante puissance commerciale sur les routes qui unissaient le monde romain à l’Inde, et l’Arabie à l’Afrique du Nord-Est, mais aussi un grand centre de diffusion culturelle, exerçant son influence le long de ces routes.
Les siècles suivants verront l’introduction du christiannisme en Ethiopie, religion très ancrée dans la population de nos jours. C’est au milieu d’un culte polythéiste, chez les Koushites, et de la religion d’inspiration sud-arabique chez les Sémites et chez les sémitisants koushites, que la nouvelle religion chrétienne, fondée en Palestine par le Christ, arrive, à son tour, à la cour d’Axoum (introduction de la nouvelle religion au IVème siècle).
Mais ce sujet ne prend pas place dans cette première partie de l’Histoire de l’Afrique.

Conclusion sur Axoum d’après Louise Marie Diop-Maes :
Axoum, Adoulis, Matara étaient de véritables centres urbains. Même ouverte aux influences extérieures, cette civilisation est d’abord noire-africaine : l’épigraphie, la linguistique, l’étude des traditions montrent l’importance considérable de la part autochtone dans cette civilisation. Si l’on y trouve des objets venant de l’Empire Byzantin, de l’Egypte, de l’Inde, les échantillons de l’art et de l’artisanat méroïtique sont bien plus abondants.
 

n) Les Protoberbères dans leurs relations avec les Egyptiens et les peuples de la mer.

Dès l’époque prédynastique, vers le milieu du IVème siècle, le manche en ivoire du couteau de Djebel-el-Arak aurait peut-être représenté des Libyens à longue chevelure. Mais cette représentation est contestée et l’on ne peut-être assuré de l’identité des Libyens dans l’iconographie qu’avec l’apparition du premier nom que leur donnèrent les Egyptiens, celui de Tehenou. Ces hommes de grande taille, au profil aigüe et aux lèvres épaisses, avec une barbe en collier, ont une coiffure caractéristique, lourde sur la nuque. Ils peuplaient au IIIème millénaire le désert libyque et ses oasis.
Sous la VIème dynastie, vers -2300, sont mentionnés des Temehou; il s’agit d’un groupe ehnique mouveau, à la peau claire et aux yeux bleus, avec un pourcentage non négligeable de bloncs. On a suggéré de les identifier avec la population du Groupe C installée en Nubie sous le Moyen Empire et le début du Nouvel Empire, hypothèse renforcée par la ressemblance de la céramique de ce groupe avec la céramique trouvée dans le Ouadi Howar, à 400Km au sud-ouest de la IIIème cataracte. Ils portent souvent des plumes dans leurs cheveux et sont parfois tatoués.
Les entreprises des Temehou devinrent plus dangeureuses sous la XIXème dynastie. Alors que Séthi Ier les eut repoussés vers -1317, Ramsès II incorpora des contingents libyens dans l’armée égyptienne et organisa une ligne de défense le long du littoral de la méditerranée jusqu’à el-Alamein. La stèle d’el-Alamein qui nous apprend l’occupation de la région par Ramsès II est le premier document à mentionner les Libou. A partir du nom de ce peuple, les Grecs appelèrent Libye son aire de parcours d’abord, puis de proche en proche toute l’Afrique. Sous Mineptah, en -1227, sont mentionnés les Maschwesch, voisins occidentaux des Libou. Les Libou comme les Maschwesch semblent faire partie du groupe plus généraé des Temehou.
Les deux guerres égypto-libyques les mieux connues datent du règne de Ramsès III, en -1194 et -1188. Elles sont relatées par le papyrus Harris et par les inscriptions et bas-reliefs du temple funéraire de ce pharaon à Médinet-Habou. Les Libou et les Maschwesch furent vaincus par les égyptiens. Les victoires de Ramsès III lui permirent de contrôler les oasis occidentales où se répansdit le culte de l’Amon de Thèbes.
Les Peuples de la Mer ne sont mentionnés qu’une seule fois en contact avec les Libyens, en -1227, sous le règne de Mineptah, par une inscription de Karnak. En admettant la présence de détachements des Peuples de la Mer parmi les Libyens, doit-on croire que ce sont ces peuples qui ont transmis l’usage des chars aux Libyens, d’abord au voisinage de l’Egypte, puis dans tout le Sahara. Cette thèse a les faveurs des spécialistes du Sahara. Mais certains faits ne viennent pas certifier cette thèse et d’autres spécialistes pensent que les Libyens empruntèrent le char aux égyptiens, qui en avaient l’usage depuis l’invasion des Hyksos. Quant aux chars sahariens, leur origine demeure mystérieuse.

La vie des Berbères avant la fondation de Carthage :
Comme l’a souligné H. Basset et G.Camps, ce ne sont pas les Phéniciens qui ont révélé l’agriculture aux Libyco-Berbères, qui la pratiquaient depuis la fin du Néolithique. A l’ouest de Tebessa, des quadrillages constituent de nos jours les vestiges d’installations hydrauliques primitives très antérieures à l’époque des royaumes indigènes. Les utilisateurs de ces installations avaient un outillage encore partiellement lithique.
Ils connaissaient depuis longtemps l’attelage des boeufs, qui est représenté sur les fresques égyptiennes comme sur les gravures du Haut-Atlas. Les botanistes ont établi que le blé dur et l’orge existaient en Afrique du Nord bien avant l’arrivée des Phéniciens.
L’archéologie des monuments funéraires confirme l’existence à haute époque de groupes importants de sédentaires pratiquant l’agriculture en Afrique mineure Le mobilier funéraire témoigne de la grande ancienneté de la civilisation rurale berbère. On peut estimer qu’une carte de répartition des nécropoles protohistoriques à céramique nous donne une assez juste idée de l’aire d’extension de l’agriculture. La typologie est très proche de celle de la céramique actuelle : bois, jattes, assiettes plus ou moins creuses, galettes.... Des perforations prouvent que dès la haute Antiquité les Berbères suspendaient la vaisselle au mur.
L’archéologie établit encore que les nomades des sites méridionaux se paraient, plus que les sédentaires, d’armes, de bracelets, de pendeloques en métal ou en perles de cornaline. La principale richesse des nomades était l’élevage des moutons, des chèvres et des bovins. Nous connaissons fort mal l’organisation sociale des Libyco-Berbères à l’époque antérieure aux témoignages des sources classiques.
Les proportions imposantes des tertres du Rharb au Maroc ou du mausolée du Medracen dans le Constantinois suggèrent qu’à l’ouest comme à l’est du Maghreb indépendant de Carthage des monarchies s’étaient constituées au moins dès le IVème siècle.

Les idées religieuses des Libyco-Berbères :
Il est difficile d’appréhender les idées religieuses des Libyco-Berbères avant l’impact phénico-punique, puis romain.
Le sentiment sacré chez les Libyens semble s’être fixé sur les supports les plus variés. La force surnaturelle était souvent appréhendée comme topique, d’où les nombreux génies fluviaux ou montagnards révélés dans les inscriptions d’époque romaine. Mais cette force pouvait dans des objets forts communs. Des pierres rondes ou pointues, des galets de granit par exemple, symbolisant la façe de l’homme ou son phallus, ont été l’objet d’un culte. Ce sont précisément les animaux symbolisant de la façon la plus évidente la force fécondante, le taureau, le lion et le bélier, qui furent révérés par les Libyens. Il faut aussi mentionner le culte du poisson propre à l’aire de l’actuelle Tunisie et qui explique en partie l’abondance des représentations de poissons sur les mosaïques de Tunisie. Symbole phallique, le poisson éliminait le mauvais oeil. Au poisson correspondait le coquillage, symbole du sexe féminin très répandu en Afrique mineure, qui servait aux vivants d’amulettes et réconfortait les morts dans leur tombeau.
Des sacrifices étaient offerts aux morts devant leurs tombeaux ou dans des enclos spéciaux orientés à l’est. Parfois, la puissance vitale du défunt était symbolisée par des menhirs-obélisques ou des stèles-menhirs. Les Libyens ne semblent pas avoir conçu de grandes figures divines plus ou moins humanisées. Ils ne sacrifiaient, nous dit Hérodote, qu’au soleil et à la lune; toutefois, ceux de la région du Djerid sacrifiaient plûtot à Athena, à Triton et à Poséidon.
En dehors des deux grands astres, l’épigraphie et les sources littéraires nous révèlent une poussière de divinités, souvent une seule fois mentionneés, quelquefois même invoquées sous forme collective. Un relief découvert près de Béja semble figurer une sorte de panthéon à sept divinités; mais il s’agit là sans doute d’un polythéisme organisé sous l’influence punique qui forma les Libyens à personnaliser les forces divines. De leur propre mouvement, ceux-ci furent toujours plus proches du Sacré que des dieux.

L’entrée du Maghreb dans l’histoire écrite débute avec le débarquement sur ses côtes de marins et de colons venus de Phénicie. Carthage sera fondée, selon la tradition, en -814.

Bibliographie générale :


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier