
Angola, officiellement république
d'Angola, pays situé à la charnière de l'Afrique centrale
et de l'Afrique australe, ouvert sur l'océan Atlantique, limité
au nord et à l'est par la République démocratique
du Congo, à l'est par la Zambie et au sud par la Namibie.
L'Angola, dont la capitale est Luanda,
est le septième pays d'Afrique par sa superficie : le pays
s'étend sur 1 246 700 km2, y compris l'enclave de
Cabinda (7 270 km2) située au nord de l'embouchure du
Congo, entre la république du Congo et la République démocratique
du Congo.
Relief et hydrographie
À l'exception de l'enclave
de Cabinda, l'Angola présente l'aspect d'un quadrilatère
massif qui s'étire du 4e au 18e parallèle. L'essentiel
du pays est formé par un vaste plateau, qui descend en gradins d'est
en ouest vers l'océan Atlantique. La plaine littorale s'étire
du nord au sud sur près de 1 600 km. Large de 25 à
150 km, elle est fertile et cultivée, sauf au sud de Moçãmedes,
où commence le désert du même nom. Le vaste plateau
angolais couvre près des deux tiers du pays, avec une altitude moyenne
de 1 000 à 1 520 m. Au centre du pays, le plateau
de Bié est plus élevé; le point culminant du pays
se situe dans le Huambo, au mont Morro Moco (2 620 m).
Le réseau hydrographique
angolais est irrégulier. La plupart des fleuves et des rivières
descendent en escalier des hauts plateaux du centre vers la mer. Aussi
sont-ils presque tous entrecoupés de chutes, parfois impressionnantes,
comme celles du Duc de Bragance sur le Lucala, et de rapides qui les rendent
impropres à la navigation. Le rio Cuanza (1 000 km), l'un
des fleuves les plus importants, n'est navigable qu'une partie de l'année;
comme le Cunene, il se jette dans l'océan Atlantique. D'autres rivières
(Cuango, Cuilo, Cassaï) coulent vers le nord et le bassin du Congo
que les Portugais ont toujours appelé Congo. Le grand fleuve Zambèze
prend sa source à l'est, mais n'effectue qu'un bref crochet en Angola
avant de gagner la Zambie. Les rivières Cuando et Cubango s'écoulent
toutes deux vers le sud-est, jusqu'au delta de l'Okavango (Botswana).
Climat
Le climat de l'Angola est de type
tropical. On peut distinguer trois grandes zones climatiques. Une aire
tropicale humide au nord s'étend de l'enclave de Cabinda à
Ambriz, en passant par Luanda, à Malanje et dans l'Orient. Une aire
tempérée sèche se situe dans la partie centrale et
méridionale du plateau, qui a attiré de nombreux Européens
du temps de la colonisation. Ainsi, la température annuelle moyenne
à Huambo (ex-Nova Lisboa), ville située à 1 701 m
d'altitude, est de 19C, et on enregistre parfois dans cette zone des gelées
en hiver. Enfin, une zone semi-désertique et désertique couvre
tout le sud du pays, à partir de Moçãmedes, entre
le plateau et la frontière namibienne. Dans les zones tropicales,
il n'y a pas de saisons intermédiaires. La saison sèche (le
Cacimbo) dure de septembre à avril. À Luanda, la température
moyenne oscille entre 18 et 23°C en août, et entre 24 et 30°C
au mois de mars. Le courant marin froid de Benguela, dû aux alizés,
qui, en soufflant vers le large et en y entraînant les eaux superficielles,
provoquent une remontée des eaux sous-jacentes le long des côtes
(phénomène dit d'upwelling), adoucit les températures
de la région côtière et assèche le climat, surtout
dans le sud. Les précipitations annuelles varient de 800 mm
dans la région de Luanda à 51 mm en bordure du désert
du Namib. Sur le plateau central, plus frais, les précipitations
varient entre le nord, plus arrosé (1 500 mm), et le sud
(750 mm).
Flore et faune
La végétation varie
en fonction du climat. Le nord, l'arrière-pays luandais, la région
des Dembos et l'enclave de Cabinda sont couverts d'une forêt tropicale
humide et dense (monts Mayombe). Au sud, celle-ci fait place à la
savane arborée et à des forêts-galeries le long des
cours d'eau, et au sud-est à la prairie et à la steppe. Les
palmiers poussent sur une grande partie de la côte, tandis qu'au
sud, dans le désert de Moçãmedes, la végétation
de type désertique est clairsemée. La vie animale est aussi
diversifiée que la végétation. Elle compte notamment
des grands mammifères, tels que l'éléphant, le rhinocéros,
la girafe, l'hippopotame, le zèbre, des antilopes - dont l'hippotrague
de Niger qui vit uniquement dans certaines zones d'Angola -, le lion
et le gorille - ce dernier en voie de disparition comme l'hippotrague -,
des crocodiles et de nombreuses variétés d'oiseaux et d'insectes.
Démographie
Avec le Cabinda, la population angolaise
est estimée, en 1995, à 11,2 millions d'habitants. Son
taux d'accroissement naturel - 3,7 p. 100 par an sur la
période 1990-1995 - dépasse largement celui de sa croissance
économique - 1,3 p. 100 entre 1985 et 1995 -,
dans un pays affecté depuis 1975 par les famines et la guerre civile :
en 1994, 400 000 personnes ont été victimes de
mutilations (dues notamment aux mines), 2 161 000 personnes
ont été affectées par le conflit et 1 345 000
ont été déplacées. La densité absolue
de la population angolaise (9 habitants/km2) ne rend pas compte d'une
répartition très inégale : près de 70 p. 100
des Angolais vivent dans le nord du pays et sur la côte.
Parmi les nombreuses communautés
qui peuplent l'Angola, quatre grands groupes forment près des trois
quarts de la population. Les Bakongos (10 à 15 p. 100
de la population) vivent principalement dans le nord-ouest; les Kimbundus
(20 à 25 p. 100 de la population) dans le nord et le centre,
les Ovimbundu (30 à 35 p. 100 de la population) dans le
centre et le sud; et les Lunda-Tchokwe dans l'est. Quelques milliers de
Bushmen nomadisent près de la frontière zambienne. Avant
l'indépendance en 1975, la communauté portugaise comptait
environ 400 000 personnes. La plupart des colons sont aujourd'hui
retournés au Portugal. Les métis représentent environ
2 p. 100 de la population.
3.2.Divisions administratives et
villes principales L'insécurité des zones rurales a provoqué
l'exode des agriculteurs. En 1995, plus d'un tiers des Angolais vit dans
les centres urbains. La population de Luanda, la capitale, a doublé
depuis le début de la guerre civile (1,6 million d'habitants
en 1994). Parmi les chefs-lieux de province, Huambo, située sur
les hauts plateaux, est moins peuplée (20 000 habitants
en 1983) que Benguela (155 000 habitants), sur la côte.
L'Angola est divisé en dix-huit provinces, subdivisées en
conseils et communes.
Langues et religions
Le portugais est la langue officielle,
mais 90 p. 100 des Angolais parlent les langues bantoues (voir
Afrique, langues d') qui sont au nombre d'une centaine. Les principales,
l'Umbundu, le Kimbundu, le Kikongo, le Quioco et le Ganguela, ont le statut
de langues nationales. Au début des années quatre-vingt-dix,
près de 53 p. 100 des Angolais sont chrétiens (catholiques
pour les deux tiers); le reste de la population est animiste.
Éducation
L'accès à l'éducation
durant la colonisation portugaise, en raison du régime juridique
de l'indigénat, était quasi exclusivement réservé
aux Portugais et aux métis, ainsi qu'aux assimilados (personnes
sachant lire et écrire le portugais). L'enseignement est devenu,
en principe, gratuit et obligatoire à l'indépendance. Mais,
en 1990, moins de 40 p. 100 des enfants âgés de
sept à dix-sept ans sont scolarisés, et 0,9 p. 100
de la classe d'âge concernée fréquente le troisième
degré. L'Angola possède une seule université à
Luanda, l'université Agostino Neto, fondée en 1976. Le gouvernement
s'est engagé à réduire le taux d'analphabétisme
(près de 60 p. 100 en 1995), mais le manque d'enseignants
et la guerre civile font obstacle à la réalisation de cet
objectif.
Culture
La littérature angolaise
est une littérature de résistance, illustrée par de
nombreux poètes dont Mario Pinto de Andrade et l'ancien président
Agostino Neto, auteur de poèmes et d'une autobiographie, Sagrada
Esperança, ou par José Luandino Vieira, un créole
originaire du Mozambique mais vivant en Angola, qui dès 1949 dans
Terra Morta, roman publié au Brésil, dénonce les ravages
de la colonisation. Arrêté et déporté aux îles
du Cap-Vert, il a écrit la majeure partie de son œuvre en prison.
Institutions et vie politique
Aux termes de la Constitution de
1975, l'Angola est une république gouvernée par un parti
unique, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA).
Ce mouvement, d'orientation marxiste, a été fondé
en 1956. Une partie des dirigeants du MPLA est métis. Les pouvoirs
législatifs sont exercés par une Assemblée nationale
du peuple, indirectement élue. Mais le MPLA exerce un pouvoir sans
partage et ses dirigeants sont nommés à la tête de
l'État.
Très tôt le pouvoir
du MPLA a été contesté par le Front national de libération
de l'Angola (FNLA), créé en 1957, le Front de libération
de l'enclave de Cabinda (FLEC), constitué en 1963, et l'Union nationale
pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), fondée en
1966 par Jonas Savimbi, dissident marxiste du MPLA, qui adopte une position
maoïste pour mieux s'opposer à la politique prosoviétique
du MPLA, puis qui devient résolument anti-marxiste en s'appuyant
sur la politique d'Afrique du Sud et des Occidentaux.
En 1991, un premier accord de paix
est signé entre le MPLA et l'UNITA. Il prévoit l'organisation
d'élections pluralistes, législative et présidentielle
en septembre 1992. Le dirigeant de l'UNITA, Jonas Savimbi, refuse la victoire
de son rival, José Eduardo Dos Santos, à la tête
de l'État depuis 1979. L'UNITA reprend les combats. Un nouvel accord
de paix est signé à Lusaka, capitale zambienne, en novembre
1994. Il pose, en préalable à la participation au pouvoir
de l'UNITA, la démilitarisation de celle-ci. La reconnaissance de
son leader, Jonas Savimbi, comme «dirigeant du plus important parti»
et la mise en place d'un gouvernement d'unité et de réconciliation
nationales le 11 avril 1997 ont permis l'entrée au Parlement
d'une soixantaine de députés de l'UNITA, élus en 1992.
D'autres partis se sont constitués
depuis 1991 : le Front pour la démocratie (FPD) créé
par des dissidents du MPLA, le Parti réformateur social, qui est
représenté au Parlement, le Parti démocratique également
représenté, le Parti démocratique angolais et le Parti
social démocrate angolais. Le Parlement élu en 1992 a voté
sa prorogation jusqu'en l'an 2000, alors que la Constitution prévoit
des élections législatives tous les quatre ans.
ÉCONOMIE
Malgré ses richesses agricoles,
mais surtout minières, l'Angola demeure un pays pauvre dont la majorité
des revenus provient de l'exploitation pétrolière. Son développement
a été entravé par le départ brutal des Portugais,
par la guerre civile et par une politique étatiste. En 1994, le
retour à une paix précaire permet une amélioration
économique : le produit national brut (PNB) atteint 4,6 milliards
de dollars, progressant de 2,5 p. 100 par rapport à 1993,
année où il avait régressé de plus de 20 p. 100.
Le PNB par habitant demeure cependant faible (430 dollars). En 1995,
il régresse à nouveau, passant à 4,4 milliards
de dollars, pour croître en 1997, le taux de croissance annuel ayant
atteint 8,6 p. 100. Ces chiffres sont cependant peu fiables,
tant est grande la distorsion entre le cours officiel de la monnaie et
son cours sur le marché parallèle.
Agriculture
L'Angola a un potentiel agricole
considérable. Jusqu'à l'indépendance, le pays est
le deuxième producteur africain de café. Mais, en 1994, 3 p. 100
seulement du territoire est exploité. Le café, principale
culture d'exportation, est cultivé dans la partie septentrionale
du pays. Sa production, comme celle de toutes les autres denrées,
a été durement touchée par la guerre et par la création
de grandes fermes d'État. Elle est passée de 228 000 t
en 1971 (4e rang mondial) à 5 500 t en 1998. Les
principales cultures vivrières sont le manioc (3,21 millions de t
en 1998) et le maïs (504 662 t). L'élevage, pratiqué
essentiellement dans le sud, demeure une activité de subsistance,
notamment sur les hauts plateaux qui échappent à la mouche
tsé-tsé. La pêche traditionnelle est importante. Le
courant froid du Benguela rend les eaux côtières particulièrement
riches. En 1996, les prises s'élevaient à 93 847 t
par an (maquereau, sardine). Namibe et Lobito sont les principaux ports
de pêche. La production de bois (7,21 millions de m3 en
1997) est extraite des riches forêts tropicales humides du Cabinda
et du nord-ouest.
Mines et industries
Les deux richesses du pays sont
le pétrole et le diamant. La production de pétrole (27,5 millions
de t en 1994) représente 40 p. 100 du PNB. L'essentiel
provient des gisements offshore du Cabinda, exploités depuis les
années soixante; l'exploitation de ces gisements représente
aujourd'hui le revenu essentiel de l'État. Le diamant est la seconde
ressource minière du pays (mines de Cuongo, Lucapa et N'Gazi), mais
sa commercialisation échappe le plus souvent au contrôle de
l'administration. En 1992, sa production s'élève à
1 200 000 carats (8e rang mondial). Mais, l'année
suivante, la production officielle s'effondre (46 000 carats),
les mines étant tombées aux mains des rebelles de l'UNITA.
Le minerai de fer, autrefois troisième ressource du pays, n'est
plus exploité depuis 1975. La production de sel et de gaz naturel
n'a, en revanche, pas cessé. Quant à l'industrie, elle est
peu développée (agroalimentaire, textile, ciment). Les raffineries
de pétrole se trouvent dans le Cabinda et à Luanda.
Les cours d'eau qui descendent du plateau central constituent un important potentiel hydroélectrique. De nombreuses centrales ont été construites sur les rivières et sur les fleuves (Cuanza, Cunene, Dande et Catumbela), qui produisaient plus de 75 p. 100 de l'énergie électrique (1,9 milliard de kWh) en 1997.
Échanges
L'unité monétaire
est, depuis 1994, le nouveau kwanza. À cette date, un million de
kwanzas s'échangeaient contre un dollar sur le marché parallèle,
alors que le cours officiel était de 35 000 dollars. Les
banques commerciales et étrangères ont été
nationalisées en 1975.
Le commerce extérieur déficitaire
en 1994, avec un taux de couverture des importations par les exportations
inférieur à 55 p. 100, est aujourd'hui excédentaire.
L'Angola importe des produits manufacturés (textiles, alimentation,
machines-outils). En 1992, le pétrole représentait 90 p. 100
des exportations du pays. Les autres produits traditionnellement exportés
sont le café, les diamants, le poisson et l'huile de palme. Les
principaux partenaires commerciaux sont, dans l'ordre, l'Union européenne,
les États-Unis, Cuba, le Brésil et la Russie.
Le réseau routier angolais
comprenait près de 73 900 km de routes, dont la moitié
était bitumée. Mais beaucoup ont été détruites
par la guerre. Le transport aérien, assuré par la compagnie
aérienne nationale, est en revanche relativement bien développé.
L'Angola dispose d'environ 2 800 km de voies ferrées.
Le chemin de fer de Benguela a longtemps permis d'acheminer les minerais
de Zambie et du Shaba zaïrois jusqu'au port atlantique de Lobito.
Fermé au trafic international de 1975 à 1980, son exploitation
a repris de façon intermittente dans la province de Benguela. Les
principaux ports sont Luanda, Benguela, Lobito et Namibe.
HISTOIRE
Les peuples de langue bantoue migrent
par vagues successives et atteignent la région dans les premiers
siècles de l'ère chrétienne. Les premiers habitants
de l'actuel Angola, de langue khoisan, sont progressivement repoussés
vers le sud. Les Bantous, qui diffusent la métallurgie, se métissent
également avec les peuples autochtones. Ainsi, les Lunda, établis
sur les bords de la rivière Cassaï, à l'est, se mêlent
aux Tchokwe et sont connus aujourd'hui sous le nom de Lunda-Tchokwe. Les
Bakongos dominent progressivement les chefferies du nord.
Arrivée des Européens
Lorsque l'explorateur portugais
Diogo Cam atteint l'embouchure du Congo vers 1482, il trouve le royaume
de Kongo bien établi de part et d'autre du fleuve. Le royaume, gouverné
par le mani kongo depuis la capitale Mbanza-Kongo, au nord de l'Angola
actuel, prospère grâce au commerce avec les populations de
l'intérieur du pays, échangeant outils et armes en fer contre
de l'ivoire. Les nouveaux arrivants sont bien accueillis par le souverain
kongo, Nzinga Nkuwu. En 1491, des commerçants et des missionnaires
portugais apportent des cadeaux à la cour du roi, qui se convertit
au catholicisme; un évêque indigène est même
ordonné quelques années plus tard. Cependant, cette christianisation
reste superficielle. La capitale du royaume est baptisée São Salvador
par les Portugais. Après la mort de Nzinga Nkuwu en 1507, son successeur,
le mani kongo Affonso Ier (1505-1543), est contraint de confier l'administration
de son royaume aux Portugais. Mais les rapports se détériorent
rapidement, car les marchands portugais cherchent à contrôler
le commerce de l'or, de l'ivoire et des esclaves, qui commence à
prendre de l'essor au XVIe siècle. En 1668, le mani kongo Antonio
tente de les chasser, mais il est assassiné, ce qui entraîne
la chute du royaume de Kongo. Les Portugais s'appuient ensuite sur les
Ngolas du royaume ndongo, au sud de la rivière Cuanza, territoire
qui est annexé à la colonie portugaise et qui devient un
vaste centre de traite esclavagiste.
Exploitation et résistance
Les Ngolas donnent leur nom au pays.
Les Portugais obtiennent d'eux la cession de Luanda, où Paulo Dias
de Novais fonde en 1576 une ville qui devient le centre de la traite négrière
(voir esclavage) à destination du Brésil et de Cuba. La traite
se développe avec la complicité des peuples commerçants
du centre, comme les Ovimbundu, les Portugais jouant des rivalités
entre les uns et les autres. Sur le Cuango vivent les Djagas, organisés
pour la guerre et le pillage. Ils mènent des raids pour le compte
des pombeiros, commerçants métis qui échangent vêtements,
perles, vin et marchandises contre des esclaves. Plus au sud, sur le plateau
de Bié, les Ovimbundu sont organisés en puissantes chefferies.
Les Portugais construisent une forteresse sur le plateau, autour de laquelle
se développe une population métisse. Mais, vers 1845, il
n'y a encore que 1 800 Européens installés dans
tout l'Angola. Le commerce d'esclaves transatlantique depuis l'Angola est
interdit en 1836, mais le travail forcé reste la règle. Parallèlement
s'amorce le développement des plantations de café et de canne
à sucre et l'essor économique des populations du centre et
du sud impliquées dans le commerce de l'ivoire et du caoutchouc.
La traite, cependant, se poursuit dans les colonies portugaises au moins
jusqu'en 1878, date à laquelle l'esclavage est officiellement aboli.
On estime qu'à la fin du XIXe siècle entre 3 et 4 millions
de personnes ont été déportées. L'ampleur de
la traite en Angola et la nature du régime colonial expliquent le
faible peuplement du pays.
Ce n'est qu'à partir de 1900 que les Portugais s'intéressent aux richesses minières du pays et cherchent réellement à prendre le contrôle de l'intérieur du pays. La progression est très lente : en 1900, le Portugal ne contrôle qu'un dixième de la superficie de l'actuel Angola; il faut attendre 1920 pour que les campagnes armées cessent définitivement. À partir de 1933, date de fondation de l'Estado Novo («Nouvel État») par Salazar au Portugal, le régime colonial se durcit; la répression touche durement les élites angolaises, qui revendiquent une représentation politique et l'amélioration des conditions de vie des populations autochtones. Parallèlement, la dictature portugaise encourage l'établissement des colons. Ceux-ci, contrairement aux affirmations de la propagande salazariste, ne sont que rarement des paysans et des ouvriers pauvres, mais le plus souvent des petits commerçants et des petits fonctionnaires. Ce n'est qu'à partir des années 1950-1960 que les Portugais, pour contrer la rébellion, développent une colonisation paysanne. Le Portugal met en place le régime juridique de l'indigénat. Les indigénas regroupent les Noirs (98-99 p. 100 de la population) privés d'éducation, juridiquement sans droits; le groupe des assimilados regroupe les métis et quelques Noirs assimilés. Seuls ces derniers ont accès à l'éducation. L'indigénat, allégé en 1954, est définitivement aboli en 1961, mais il est déjà trop tard, la rébellion ayant éclaté. Du fait de l'indigénat et du colonat, les communautés noires sont spoliées de leurs terres et entrent en concurrence pour la recherche de travail.
En 1951, l'Angola devient une province d'outre-mer. En 1956 est fondé le premier mouvement nationaliste, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA). Le 4 février 1961, l'attaque de la prison de Luanda par le MPLA marque le début de la guerre d'indépendance. Cette action est suivie jusqu'au mois de mars 1961 par une immense jacquerie paysanne, notamment dans la Baxia de Cassange. Les Bakongos et les Kimbundus détruisent près de 700 plantations de café, tuant plusieurs centaines de colons. L'armée portugaise réagit par des représailles massives, massacrant plusieurs milliers d'insurgés et contraignant à l'exil près de 400 000 Bakongos. Le corps expéditionnaire est renforcé au cours des années suivantes pour atteindre des effectifs de 60 000 soldats et supplétifs.
Les nationalistes sont divisés
en trois groupes rivaux, de composition ethnique très marquée :
le Front national de libération de l'Angola (FNLA) de Holden Roberto,
un protestant baptiste proche du général Mobutu du Zaïre,
recrute principalement chez les Bakongos, les Quioco et les Ganguela, le
MPLA d'Agostinho Neto, lui-même assimilado, s'appuie sur les métis
des villes et sur les Kimbundus, tandis que l'UPA (Union des peuples de
l'Angola), et son bras armé, l'Union nationale pour l'indépendance
totale de l'Angola (UNITA) de Jonas Savimbi, est dominée par les
Ovimbundu. Le MPLA est soutenu, à partir de 1965, par l'Organisation
de l'unité africaine (OUA). Il bénéficie ainsi d'une
position privilégiée dans le combat indépendantiste,
mais la décolonisation de l'Angola est moins le résultat
de la lutte armée que de la désintégration de l'Empire
portugais, après la révolution des Œillets au Portugal, en
avril 1974. Le Mouvement des forces armées décide de mettre
un terme à la guerre coloniale à laquelle il ne voit pas
d'issue militaire.
Le nouveau régime de Lisbonne
accepte, par les accords d'Alvor, le transfert du pouvoir aux Angolais
et, le 11 novembre 1975, l'Angola accède à l'indépendance.
Deux gouvernements rivaux affirment alors représenter la nouvelle
nation : l'un formé par le MPLA à Luanda, l'autre par
l'UNITA et le FLNA à Huambo, sur le plateau de Bié.
Guerre civile
La guerre civile qui suit l'indépendance
se déroule dans le contexte de la guerre froide. Le MPLA reçoit
le soutien financier et matériel de l'Union soviétique et
le renfort des troupes cubaines, tandis que les États-Unis et l'Afrique
du Sud appuient l'UNITA de Jonas Savimbi. En septembre 1975, l'armée
sud-africaine, appuyée par des mercenaires, vient renforcer l'UNITA,
alors que les troupes zaïroises et le FNLA au nord déclenchent
une vaste offensive. Au mois d'octobre, l'Angola est dans une situation
de chaos complet. Les militaires portugais mettent en place un pont aérien
pour évacuer d'urgence les colons blancs et leurs associés
noirs et métis. À la fin de ce mois, le MPLA ne tient plus
qu'une zone d'une trentaine de kilomètres autour de Luanda. Les
contingents cubains entrent alors en action et stabilisent la situation.
Les 50 000 hommes envoyés par Fidel Castro sous le commandement
du général Ochoa repoussent facilement les Zaïrois et
les troupes du FNLA, dégagent Luanda, puis enrayent l'offensive
de l'UNITA. Début 1976, les troupes sud-africaines se retirent et
le Congrès américain refuse toute aide logistique à
l'UNITA. Le MPLA peut alors étendre son pouvoir, et son dirigeant,
Agostino Neto, obtient la reconnaissance internationale de la république
populaire d'Angola, qui est admise au sein de l'Organisation des Nations
unies.
À la mort d'Agostino Neto en 1979, les fonctions de chef de l'État reviennent au numéro deux du MPLA, José Eduardo Dos Santos. Celui-ci ouvre son pays aux investissements étrangers dans le secteur pétrolier, le seul qui fonctionne réellement. Le FLNA et le FLEC cessent leurs actions militaires au Cabinda et dans le nord du pays. En revanche, l'UNITA ne désarme pas, toujours soutenue par le régime ségrégationniste sud-africain dont les troupes, au début des années quatre-vingt, multiplient les incursions sur le territoire angolais, poursuivant les rebelles namibiens de la SWAPO dans leurs sanctuaires.
En 1984, l'Afrique du Sud se replie, ayant obtenu aux accords de Lusaka la promesse d'un contrôle des activités de la SWAPO et espérant le retrait des troupes cubaines. Elle s'engage, de son côté, à laisser la Namibie accéder à l'indépendance. Les Cubains maintenant leur présence, l'Afrique du Sud reprend ses attaques en Angola, tandis que le Congrès américain lève finalement son veto sur l'aide à l'UNITA.
En décembre 1988, un accord tripartite est conclu à New York. L'Afrique du Sud retire son soutien à l'UNITA, et Cuba rapatrie les 50 000 hommes présents en Angola. Le pays est exsangue et un nouvel accord de cessez-le-feu est conclu à Gbadolite, au Zaïre, en présence du maréchal Mobutu, entre Dos Santos et Savimbi. Fin 1990, le MPLA opte pour le multipartisme. En mai 1991, les dernières troupes cubaines quittent l'Angola. Après l'effondrement du bloc communiste et le renoncement de l'Afrique du Sud à l'apartheid, l'Angola ne représente plus le même intérêt stratégique. L'UNITA perd ses alliés et accepte la négociation. Un accord de paix est signé à Lisbonne le 1er mai 1991 et les Casques bleus de l'ONU interviennent afin de faire respecter le cessez-le-feu. Celui-ci est remis en cause après la victoire, aux élections de 1992, contrôlées par l'ONU, de José Eduardo Dos Santos contre Jonas Savimbi qui récuse les résultats du scrutin. Après l'assassinat, à Luanda, de nombreux militants de l'UNITA, les combats redoublent d'intensité et tournent à l'avantage des forces gouvernementales, entraînées cette fois-ci par leur adversaire d'hier, une société de mercenaires sud-africains, Executive Outcomes. Les forces armées du gouvernement, les FAPLA, s'emparent de Huambo à la fin de 1994. Plus d'un million de réfugiés fuient le pays. En novembre 1994, un nouvel accord de paix, soutenu par l'ONU, est signé à Lusaka, en Zambie, et en février 1995, le Conseil de Sécurité décide l'envoi en Angola de 7 000 militaires et civils pour en contrôler l'application.
La mise en place d'un gouvernement
d'union nationale, prévue pour novembre 1996, donne lieu à
de difficiles tractations, passant notamment par l'intégration d'une
partie des troupes de l'UNITA dans l'armée régulière.
L'UNITA conserve une partie de ses armes, et la chute du régime
du président Mobutu décide Jonas Savimbi, désormais
privé de son dernier soutien militaire, à accepter formellement
les accords de paix. Un des obstacles porte sur son statut personnel au
sein d'un gouvernement d'union nationale, le chef de l'UNITA ayant refusé
le poste de vice-président qui lui avait été proposé.
L'autre obstacle, qui perdure tout au long des négociations et du
cessez-le-feu, concerne le désarmement des partisans des deux tendances
et la sécurité à apporter à Savimbi et aux
responsables de l'UNITA - en 1992, plusieurs milliers de partisans
de l'UNITA, qui avaient cru la paix revenue et avaient intégré
les régions et les villes contrôlées par le MPLA, avaient
été assassinés, notamment les plus hauts responsables.
Les membres du nouveau gouvernement
sont officiellement investis de leurs fonctions le 11 avril 1997,
alors que dans certaines régions du pays, les combats entre l'UNITA
et l'armée régulière continuent. Les atermoiements
de Savimbi pour intégrer le processus politique conduisent le Conseil
de sécurité à geler, en juin 1998, les avoirs de l'UNITA
et ses ventes de diamants.
L'intervention de l'Angola dans les conflits de l'ex-Zaïre et du Congo-Brazzaville, pour couper l'UNITA de ses soutiens lui donne une stature de puissance régionale. Paradoxalement, elle favorise Savimbi, qui s'appuie sur les adversaires de Kabila et de Sassou-Nguesso. En Angola, l'intensification du conflit, notamment pour le contrôle des mines de diamants, et des attentats contre des avions de la Mission de vérification des Nations unies en Angola (Monua), poussent l'ONU à se retirer, à la demande même des belligérants. Au début de 1999, le gouvernement de Luanda fait de nouveau appel à des troupes cubaines pour enrayer la poussée de l'UNITA en direction des zones pétrolières. À la fin de l'année, les forces gouvernementales reprennent de nombreuses régions à l'UNITA, dont plusieurs membres importants ont fait défection - et parmi eux le fils de Savimbi -, tandis que la société De Beers, qui contrôle 70 p. 100 du commerce mondial des diamants décrète un embargo général sur ses achats de diamants à l'Angola. De son côté, un rapport de l'ONU dénonce les ventes d'armes à l'UNITA par le Togo, le Burkina et le Rwanda. La guerre civile a fait des centaines de milliers de morts et 400 000 blessés depuis 1975. En 1999, l'ONU évaluait à 1,6 million le nombre de personnes déplacées.
Source :
Microsoft Encarta

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier