Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse economique et sociale

ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Le processus de paix en Angola a progressé très lentement en 1996 et il reste fragile. Le volet militaire, comprenant le démantèlement de l'ancien mouvement rebelle de Jonas Savimbi -l'Union nationale pour la libération totale de l'Angola (Unita) -et la création d'une nouvelle armée nationale, n'est toujours pas achevé. A l'approche du deuxième anniversaire des accords de paix de Lusaka, signés le 20 novembre 1994, le volet politique, lui, demeurait complètement bloqué. Les discussions butent toujours sur la composition du futur gouvernement d'unité nationale. Le pays reste divisé entre les zones de l'Unita et les régions contrôlées par le gouvernement actuel de José Eduardo Dos Santos.
Tout au long de l'année 1996, le processus de paix n'a avancé que par à coups sous la pression des Nations unies, chargées de le superviser. Mais, exaspérée par sa lenteur due à la mauvaise volonté des deux parties, l'ONU menace de ne pas renouveler le mandat de ses « casques bleus » en Angola au-delà du terme prévu de février 1997. Les retards dans la normalisation aggravent la situation économique catastrophique du pays, ravagé par vingt années de guerre civilc. Les rares productions agricoles de nouveau disponibles localement ne peuvent circuler du fait de la situation de partition. Presque tout cc qui est consommé continue d'être importé. L'inflation a atteint de nouveaux sommets en 1996, progressant d'environ 3700%.

L'opération lancée par le gouvernement, en août, contre les étrangers en situation irrégulière n'a fait que provoquer une nouvelle flambée des prix. L'expulsion de nombreux commerçants ouest-africains a rendu plus rares et plus chères des denrées de base comme le riz et l'huile.
Cette opération a renforcé le mécontentement d'une population de plus en plus appauvrie, que le président Dos Santos avait tenté d'apaiser en procédant, en juin, au remplacement de son gouvernement. Le chef de l'Etat reconnaissait, à cette occasion, que l'économie était « au bord de l'effondrement total ».II admettait, de fait, l'échec du plan économique et social (PES) lancé en avril 1995 pour la libéraliser et l'assainir.
Le président Dos Santos souhaite poursuivre Je plan de réajustement structurel proposé par les institutions internationales. La privatisation de certaines entreprises publiques et la réforme du système bancaire sont toujours à l'ordre du jour. Mais le chef de l'Etat prône désormais une mise en oeuvre étape par étape de ces réformes. La réduction du déficit public demeure également au coeur des préoccupations, mais l'objectif de le ramener autour des 10 °A, pour 1996 paraissait bien optimiste.

Le gouvernement peut néanmoins compter sur des recettes pétrolières toujours aussi importantes. L'exploitation off shore du pétrole, réalisée par les grandes compagnies internationales, est un des rares secteurs qui échappent au désastre. A raison de 650000 barils par jour, l'Angola demeure le deuxième producteur d'Afrique noire après le Nigeria. Les diamants, l'autre principale richesse du pays, sont exploités principalement par l'Unita. L'ancien mouvement rebelle contrôle la majorité des gisements qui lui rapportent, estime-t-on, près de 30 millions de dollars par mois. Le gouvernement cherche de son côté à développer l'exploitation des réserves situées dans sa zone. Il s'appuie pour cela sur les grandes compagnies minières sud-africaines. Pour la première fois depuis l'indépendance, en 1975, le gouvernement angolais a signé, en 1996, un accord de prospection avec la société De Beers, leader mondial du diamant. Suivant l'évolution du processus de paix, d'autres entreprises sud-africaines sont prêtes à investir en Angola, attirées par un sous-sol parmi les plus riches du monde.
 

En jouant un rôle décisif dans la chute de Mobutu Sese Seko dans l'ex-Zaïre et de Pascal Lissouba au Congo-Brazzaville, l'Angola de José Eduardo Dos Santos s'est affirmée' en 1997, comme une puissance régionale incontournable. Grâce à l'intervention de son armée dans les pays voisins, le géant à la charnière de l'Afrique centrale et australe a contribué à la création d'un nouvel ordre régional qui lui est particulièrement favorable. Le Congo-Brazzaville de Denis Sassou Nguesso et la République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) de Laurent-Désiré Kabila forment désormais, avec l'Angola, un bloc uni par les liens de la conquête du pouvoir où Luanda fait figure d'élément central.
Le régime de M. Dos Santos a renforcé du même coup sa position face à l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita). Avec l'éviction de MM. Mobutu et Lissouba, l'ancien mouvement rebelle de Jonas Savimbi se trouve privé de ses derniers alliés régionaux et de ses bases arrière. Sur le plan international également, l'Unita ne dispose plus d'aucun soutien. Le vote par l'ONU, en août, de nouvelles sanctions à son encontre a consacré l'isolement et l'affaiblissement de l'Unita.

Trois ans après la signature des accords de Lusaka en novembre 1994, le mouvement de M. Savimbi est plus que jamais tenu pour responsable de l'enlisement du processus de paix en Angola. Malgré sa participation au gouvernement d'unité nationale mis en place en avril, l'Unita n'a toujours pas restitué la totalité des territoires sous son contrôle et elle n'a pas encore désarmé toutes ses troupes. La marge de manoeuvre de l'ancien mouvement rebelle est désormais particulièrement étroite. Mais il ne semble pas pour autant décidé à mettre fin à ses atermoiements, faisant peser le risque d'une intervention militaire du gouvernement, souhaitée par les durs du régime de M. Dos Santos.
La situation demeure fragile et le retour à la normale paraît encore bien lointain. Dans ces conditions, le rétablissement d'une économie ravagée par vingt ans de guerre civile reste hypothétique. Les Angolais sont les premiers à en subir les effets désastreux, en matière de pouvoir d'achat notamment. Faute d'une libre circulation des produits qui commencent à être de nouveau disponibles dans certaines régions, presque tout continue à être importé. L'inflation se situe aux alentours des 1 600 % et la monnaie nationale, le kwanza, a encore dû être dévaluée de 30 % en juillet.

Le pétrole constitue, plus que jamais, la principale source de revenus de l' Angola, deuxième producteur d'Afrique noire derrière le Nigeria. L'exploitation pétrolière a toujours été à l'abri des aléas de la guerre comme du processus de paix. Contrôlée depuis toujours par le gouvernement qui l'a concédée aux grandes compagnies internationales, l'extraction a lieu, en effet, au large des côtes angolaises. Le pétrole représente plus de 70 % des revenus de l'Etat et environ 90 % des recettes d'exportation. En constante augmentation, la production s'élève aujourd'hui à plus de 700 000 barils par jour. Elle pourrait franchir le seuil du milliard de barils par jour d'ici à l'an 2000 grâce à de nouvelles découvertes comme celle réalisée par Elf. La compagnie française a annoncé, en août, la mise au jour d'un champ pétrolier géant, considéré comme l'un des plus importants en Afrique.

Dans le domaine du diamant, l'autre grande ressource du pays, le potentiel est là aussi énorme. La majeure partie de la production demeure contrôlée par l'Unita mais, dans les zones gouvernementales, les opérateurs internationaux se bousculent. Concurrençant les grands groupes miniers sud-africains dont De Beers, le principal producteur russe Alrosa (Almazy Rossii-sakha) a annoncé l'exploitation imminente des mines du Catoca dont les réserves sont estimées à 70 millions de carats.
Courtisé de toutes parts, Luanda a reçu la visite du premier ministre du Portugal, Antonio Guterres, en octobre. Le chef du gouvernement de l'ancienne puissance coloniale était accompagné de cent cinquante chefs d'entreprise. Il a signé vingt-trois accords de coopération dont un sur la dette angolaise à l'égard du Portugal, d'un montant de 1,7 milliard de dollars. Une partie de cette dette devrait être transformée en participation dans le capital des entreprises angolaises prochainement privatisées.

Après quatre ans d'une paix de façade, l' Angola bascule de nouveau dans la guerre civile. En 1994, le protocole de Lusaka avait mis fin à deux décennies de conflit entre le gouvernement de José Eduardo Dos Santos et l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita) de Jonas savimbi. Malgré les efforts de médiation des Nations unies, les anciens belligérants n'ont jamais vraiment renoncé à la guerre, et la logique de confrontation a repris ses droits. Les événements se sont précipités avec la mort du représentant spécial de l'ONU, Alioune Blondin Beye, dans un accident d'avion, en juin.
L'Unita a pris l'initiative des hostilités, peu désireuse de se cantonner au rôle de simple parti politique d'opposition et de restituer ses derniers fiefs. Le mouvement de Jonas Savimbi a reconquis de nombreuses localités autour des capitales provinciales d'Uije et de Malanje. A la fin de l'année, les troupes gouvernementales n'avaient toujours pas lancé de véritable contre offensive, retardant l'échéance d'une reprise de la guerre à grande échelle. Une partie de l'armée de Luanda, en effet, se trouvait encore mobilisée en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre), pour venir en aide à Laurent-Désiré Kabila.

L'intervention militaire de Luanda en faveur de Kinshasa répond à un double objectif : mettre les intérêts pétroliers de l'Angola à l'abri du conflit qui se déroule à ses frontières et faire de Laurent-Désiré Kabila l'obligé de José Eduardo Dos Santos pour que la ROC cesse d'être la base arrière de l'Unita. Mais l'Angola ne souhaite pas s'enliser dans l'ex-Zaïre et veut pouvoir se consacrer à l'écrasement de la rébellion de Jonas Savimbi. Cette option n'est pas assurée du succès dans la mesure où l'Unita dispose encore d'une armée capable de mener une guérilla de longue haleine. C'est pourquoi le président Dos Santos joue sur tous les tableaux et cherche aussi à affaiblir Jonas Savimbi sur le plan politique et diplomatique.

Les autorités ont engagé une campagne dans ce sens en suspendant, fin août, les membres de l'Unita du Parlement et du gouvernement d'unité nationale. Immédiatemment après, plusieurs personnalités de l'ex-rébellion ont fait scission, emmenées par Eugenio Manuvakola, l'ancien secrétaire général du mouvement. Les dissidents de l'Unita ont constitué un « comité de rénovation » que le gouvernement s'est empressé de reconnaître comme seul « interlocuteur valable », rompant tout dialogue avec Jonas Savimbi. En octobre, ce dernier s'est vu retirer le statut spécial qui lui accordait des privilèges liés à son poste de dirigeant de l'Unita. José Eduardo Dos Santos a complété cette stratégie d'isolement en obtenant des pays de la région la reconnaissance des dissidents et la condamnation de Jonas Savimbi comme « criminel de guerre ». L'ONU a refusé d'entrer dans ce jeu et elle a continué à prôner le dialogue avec Jonas Savimbi. Mais elle ne semble plus avoir de prise réelle sur les  événements.
Dans ces conditions, la reconstruction des infrastructures et la reprise d'une activité économique normale  semblent encore une fois remises à plus tard. Plus que jamais, l'Angola se trouve dans une logique d'économie de guerre où le pétrole demeure la principale ressource et représente plus  des deux tiers des revenus de l'Etat. Exploité au large des côtes et donc à l'abri des aléas militaires, le brut angolais suscite une féroce bataille entre les opérateurs internationaux comme l'américain Chevron ou le français Elf. Respectivement premier et deuxième producteur en Angola, ces deux compagnies investissent à coups de dizaines de milliards et se disputent l'attribution de nouveaux pennis d'exploitation.

A terme, l'Angola pourrait fournir un quart de la production totale d'Elf dans le monde. Avec 750 000 barils par jour, ce pays est déjà le deuxième fournisseur de pétrole en Afrique noire derrière le Nigeria. il pourrait tripler sa production dans les dix prochaines années. Le diamant, l'autre grande richesse de l'Angola, dispose d'un potentiel tout aussi exceptionnel. Les réserves figurent parmi les meilleures et les plus importantes au monde. De plus, elles sont désormais en majorité sous le contrôle du gouvernement et non plus sous celui de l'Unita. Mais la reprise de la guerre pourrait sérieusement en perturber l'exploitation.

Aucune issue politique ou militaire n'est en vue dans la guerre totale que se livrent le gouvernement et les rebelles de l'Unita depuis la reprise des combats, à la fin 1998, qui ont scellé l'échec des accords de paix de Lusaka signés en 1994. L'offensive lancée par le gouvernement, le 5 décembre 1998, contre les fiefs rebelles d'Andulo et de Bailundo sur le plateau central, au moment où les « colombes » favorables au dialogue étaient écartées des instances dirigeantes du parti au pouvoir, le MPLA, s'est soldée par un échec retentissant. En février, l'Unita avait récupéré presque tous les territoires sous son contrôle avant 1994, assiégeant et pilonnant les villes de l'intérieur du pays, envahies par des populations chassées des zones rurales par les troupes rebelles ou épouvantées par les bombardements des avions gouvernementaux.
La production agricole s'est effondrée, malgré des pluies abondantes, et la famine sévit dans une bonne partie du pays; les paysans ont mangé leurs semences et l'Angola, exportateur de café avant l'indépendance, est devenu importateur net en 1999.

Avec deux millions de personnes déplacées (le sixième de la population), le problème humanitaire a atteint une gravité sans précédent. La guerre a donné un coup d'arrêt aux campagnes de vaccination et la poliomyélite est loin d'être éradiquée.
Jusqu'à la reprise par les forces armées angolaises d'Andulo et de Bailundo à la mi-octobre, Savimbi -alors en position de force -avait fait des offres de paix jugées inacceptables par le président José Eduardo Dos Santos. La réponse du gouvernement a été de diaboliser le chef de l'Unita, qualifié de « criminel de guerre » et contre lequel a été lancé un mandat d'arrêt international, en juillet. L'étau des sanctions de l'ONU, qui frappent les livraisons de carburant et d'armes à l'Unita ainsi que ses exportations de diamants, censées soutenir son effort de guerre, s'est resserré: sous la pression des Etats-Unis, le numéro un du commerce mondial du diamant brut, De Beers, a annoncé, le 5 octobre, sa décision de ne plus acheter de diamants angolais, excepté les gemmes produites par la firme para-étatique Endiama.

Dans ce bras de fer, le gouvernement dispose de l'atout de fabuleuses ressources en pétrole dont les recettes sont estimées à 4,5 milliards de dollars (27 milliards de francs) en 1999, produit hautement stratégique contrairement aux diamants écoulés par l'Unita à raison de quelques centaines de millions de dollars par an seulement. Washington, qui envisage de reprendre son assistance militaire à l'Angola, considère ce pays comme un enjeu pour sa sécurité nationale : 7% des importations américaines de pétrole proviennent de ce pays et cette proportion est appelée à s'accroître avec le triplement escompté, d'ici à 2015, de la production actuelle (800000 barils/jour), qui pourrait dépasser celle du Koweït.
A la fin de 1999, le gouvernement avait engrangé près de 1 milliard de dollars (6 milliards de francs), versés à titre de droits d'exploration par les compagnies pétrolières Exxon, Elf et BP-Amoco. Cette rente a permis à Luanda d'acheter des avions de chasse, des pièces d'artillerie et des blindés, et de se concilier les bonnes grâces des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU dont les compagnies pétrolières, diamantifères ou d'armement ont pour partenaires l'Etat angolais. Même si l'Angola en est réduit à gager ses productions futures et ne bénéficiera pas entièrement du doublement du prix de l'or noir depuis le début 1999, cette rente permet au gouvernement de faire la sourde oreille quand le FMI exige une gestion transparente des recettes pétrolières qu'il soupçonne d'alimenter des caisses noires et de financer les achats d'armement.

La stratégie de Luanda vise à isoler Savimbi de sa base, mais elle fait abstraction de deux éléments: l'organisation de la rébellion est bâtie autour de la personnalité de son chef et exprime les frustrations des populations du Sud et des régions les plus reculées et les plus délaissées. Le risque pour le gouvernement est que la victoire du plateau central au cours d'un affrontement de type conventionnel ne pousse l'Unita à renouer avec une guérilla dans laquelle elle a excellé depuis 1966. A la fin 1999, les troupes de Savimbi se repliaient sur les zones diamantifères du Lunda Norte. La question est de savoir si les tentatives d'étranglement financier de l'Unita réduiront sa capacité opérationnelle avant que l'embargo ne devienne effectif.

2000

Malgré les sanctions de l'ONU frappant les livraisons de carburant et d'armes à l'Unita ainsi que ses exportations de diamants, censées financer l'effort de guerre des rebelles, les combats se poursuivent dans seize provinces sur dix-huit. Les sanctions contre l'Unita ont échoué, a admis en octobre un panel d'experts de l'ONU chargé du suivi de l'embargo contre les « diamants de la guerre ». Les recettes en devises du côté gouvernemental devraient connaître une hausse de 9,9 milliards de francs par rapport à 1999, grâce à la hausse des cours du pétrole et aux réformes du système de commercialisation des diamants. Une hausse du PIB de 4 % est attendue pour 2000 qui devrait accroître la capacité du gouvernement à financer les offensives contre les rebelles.

Chaque belligérant cherche à faire endosser à l'autre la responsabilité de la poursuite des combats. Fin juin, le chef d'état-major de l'armée, le général Joao de Matos, déclarait que le conflit ne pouvait être réglé de façon militaire, mais il écartait la perspective de négociations avec le chef de l'Unita, Jonas Savimbi. Pendant ce temps, l'aviation gouvernementale bombardait les villes de Lumbala, Kakengue et Mukussieji, en province de Moxico.

Après l'échec de l'opération « Restauro » de la fin 1998, l'objectif de l'opération « Hexagone » lancée en avril 2000, était d'encercler les zones sous contrôle de l'Unita et de capturer Savimbi. Le gouvernement de Luanda a sollicité l'assistance des Etats-Unis pour localiser le leader rebelle, mais la requête a été rejetée par Washington: l'administration Clinton veut éviter toute implication dans une tentative d'enlèvement susceptible de dégénérer en assassinat.

L'Unita a menacé d'étendre la guerre aux villes, après que le 30 octobre, le ministre des affaires étrangères, Joao Bernardo Miranda, eut rejeté un plan de paix rebelle proposant la constitution d'un gouvernement de « large consensus ». L'Unita tente de déjouer la stratégie gouvernementale d'encerclement qui utilise le territoire namibien pour prendre à revers les maquisards dans la province de Cuando Cubango. A la fin août, on a assisté à une recrudescence des attaques des mines de diamants du Lunda Norte. Début novembre, des milliers de nouveaux réfugiés ont franchi les frontières zambienne et congolaise, ce qui porte leur nombre à 400 000. Le bilan humanitaire est catastrophique: sur une population de Il millions d'habitants, on compte 4 millions de déplacés, dont 2,5 millions ne reçoivent aucun secours des organisations internationales.

Face au scandale de l'utilisation de la manne pétrolière pour alimenter les fonds de la présidence et financer des achats d'armes, dénoncé par l'ONG britannique Global Witness, la « troisième force », l'opposition non armée, se fait de mieux en mieux entendre. Elle prône une solution négociée et une gestion plus saine exigée par le FMI. Les partis de l'opposition civile ont organisé, en février, une manifestation de 2 500 personnes dans la capitale contre la hausse des prix de l'essence et dix de leurs dirigeants ont observé une grève de la faim pour protester contre les brutalités policières. « Le MPLA n'a plus la représentativité pour conduire le destin du pays », déclarait en septembre le leader d'Aliança Nacional, Laurindo Neto qui plaide pour la formation d'un gouvernement de transition.

Quant au vieux chef du Front national de libération de l'Angola, Holden Roberto, il défend le principe d'un dialogue direct avec Savimbi, qu'il considère « incontournable ». Cette lame de fond a le soutien du mouvement associatif et des Églises réunies au sein du Comité interecclésial pour la paix en Angola. Le président de la conférence épiscopale de l'Eglise catholique, l'archevêque de Lubango, Mgr Zacarias Kamuenho, dénonce sans relâche « la violation systématique des droits de l'homme » par les forces gouvernementales comme par l'Unita. Il appelle le gouvernement à la raison, faisant valoir « qu'on ne parviendra pas à en finir avec la guerre par des moyens militaires ».

Source :
Bilan du Monde, 1997-2001


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