
« APARTHEID IS NAZISM »(Alpha Blondy) : UN DOCUMENT ACCABLANT
Document produit en 1979 par certains groupes Anti-apartheid
"America, America, break the neck
of this apartheid
This apartheid system is nazism,
nazism, nazism
This apartheid system is nazism,
nazism, nazism....."
(Alpha Blondy, 1985)
Il est un pays qui, au sortir de la seconde guerre mondiale, a vu le nazisme arriver au pouvoir, et c'est l'Afrique du Sud. Le cadre de l'oppression raciste était en place quand, en 1948, le Parti Nationaliste advint au pouvoir, nanti d'une idéologie qu'il était décidé à mettre aussitôt en pratique et qu'un seul mot résumait: « l'apartheid » ou encore « développement séparé »des races, soit en termes clairs, l'oppression et l'exploitation systématique de la majorité noire (20 millions d'Africains, 2 millions et demi de Métis et 750 000 Indiens) par la minorité blanche (4 millions).
L'Afrique du Sud est ainsi devenu un Etat policier, dirigé par un membre éminent d'une organisation nazie : l'Ossewa Brandwag. C'est en 1938 que l'ex-Premier ministre, J.-B. Vorster, devint chef de cette organisation et mit sur pied des groupes d'actions violentes : les Stornjers. Ceux-ci avaient pour tâche de tout mettre en oeuvre pour empêcher que l'Union sud-africaine ne se range aux côtés des Alliés contre l'Allemagne hitlérienne. Passé à l'action clandestine et aux sabotages, Vorster fut interné au camp de Koffiefontein de 1942 à 1944, sous le matricule 2229. L'ex-chef de la police de Sécurité (BOSS), Hendrick van den Bergh ,est également membre de la même organisation et fut interné avec B. Vorster pendant la même période. Selon G. ASCHKINASI:
« Il existe d'ailleurs un bon nombre de mouvements néonazis en Afrique du Sud. L'un d'eux, le Broederbond compte seulement 11 000 membres parce qu'il ne veut recruter que l'élite. Or, 80% des députés du Parti Nationaliste actuellement au pouvoir font partie de ce Broederbond dirigé par un certain MEYER, lui-même chef de l'African Broadcasting Corporation, c'est-à-dire tout-puissant sur la radio sud-africaine. Ce MEYER a nommé son fils « IZAN » (anagramme de NAZI)...
En 1961, VORSIER devint ministre de la Justice en 1966, Premier ministre jusqu'en 1978. Ses opinions n'avaient pas changé. Il est devenu l'homme de la répression. On lui doit toutes les lois dites scélérates, entre autres la loi « des 180 jours
L'Afrique du Sud était, depuis bien longtemps, un pays de violence, violence de l'entreprise coloniale, violence institutionnelle réglementée par les lois de l'apartheid violence des grands appareils de répression créés au lendemain de la seconde guerre mondiale violence de Soweto, juin 1976.
En Afrique du Sud, se trouvent face à face, une minorité bien décidée à exercer la violence pour maintenir son pouvoir et ses richesses, et un peuple qui, chaque jour davantage, subit l'oppression.
Entre eux, les nombreux lieux où
se pratique la violence quotidienne : travail, habitat, éducation,
vie familiale c'est là en effet que le peuple noir vit concrètement
et au jour le jour la domination, l'exploitation l'aliénation.
Mais pour ceux, et ils sont nombreux,
qui n'acceptent pas de ubir cette violence du quotidien, pour ceux qui
sortent du rang et se révoltent, s'ouvrent alors les fourgons de
la police, les prisons, les salles de torture, les camps d'internement.
La violence était sur les pas et dans les bagages des colons, en Afrique du Sud comme dans le reste du continent. Les massacres et tentatives d'extermination des indigènes étaient monnaie courante il y a 100 ou 200 ans. Le dépeçage de l'Afrique et sa mise en esclavage ne provoquaient guère d'indignation. Aujourd'hui, après des guerres d'indépendance longues et douloureuses, la brutalité de la domination et de l'exploitation européenne est moins vive, moins évidente. Sauf en Afrique australe, c'est-à-dire en Rhodésie, en Namibie, ou en Afrique du Sud. Là, aujourd'hui comme hier, la police blanche en short kaki ou treillis de combat tire sur les populations noires qui marchent dans la rue, sur les enfants qui manifestent... sur les femmes qui font la grève. Aujourd'hui comme hier, la police, aidée de milices civiles, aiguise le tribalisme et les différences entre les Noirs pour les jeter les uns contre les autres.
Et pourtant la non-violence est un principe qui domine explicitement les 50 dernières années de la résistance noire. Ghandi pour les Indiens, et pour les Africains l'influence des écoles de mission, ont inspiré toutes les luttes depuis le début du siècle. Le Chef Luthuli, devenu dirigeant de l'African National Congress (ANC) en 1952 déclarait
« J''ai passe... trente ans de ma vie a frapper patiemment, modérément et modestement à des portes qui demeuraient obstinément closes. Quel a été le résultat de cette modération. C'est au cours de ces trente années que l'on a vu promulguer le plus grand nombre de lois destinées à limiter nos droits et à freiner nos progrès, jusqu'à ce jour ou nous en sommes arrivés au point de n'avoir quasiment plus aucun droit du tout.»
Nelson Mandela, actuel Président
de l'ANC, déclara devant les juges qui le condamnèrent à
la prison à vie :
« Nous avions toujours milité
au sein de l'ANC en faveur d'une démocratie multiraciale. et nous
nous désolidarisions de foule politique qui aurait contribué
à élargir encore le fossé entre les races. Mais les
laits dans leur dure réalité montraient que cinquante années
de non-violence n'avaient rien apporté d'autre aux Africains qu'une
législation toujours plus répressive et des droits toujours
moins nombreux... Après le massacre de Sharpeville (1960), nous
eûmes le sentiment que les Africains ne pouvaient pas, sans faire
usage de la violence, triompher un jour dans la lutte qu'ils avaient engagée
contre le principe de la suprématie des Blancs. Nous n'avions plus
que cette alternative : ou bien nous acceptions de demeurer en permanence
dans un dans l'infériorité, ou bien nous entrions en lutte
contre le gouvernement. Nous avons opté pour le second parti »
Depuis cette date, une répression politique sans répit s'est abattue sur le pays, le vidant peu à peu de ses cadres politiques, de ses militants, de ses leaders. Les principaux chefs historiques ont été mis sous les verrous à perpétuité ou ont pris l'exil. La grande masse s'est retrouvée sans encadrement, sans parti, sans direction politique. Un silence de plus de dix ans a suivi les massacres de Sharpeville, pendant lequel le gouvernement a pu mettre en place et consolider sa politique de « développement séparé ». Depuis l'éclatement de la révolte populaire de Soweto, juin 1976, la terrible machine répressive s'est remise en marche sur l'ensemble du territoire. Les dirigeants de l'Association des parents noirs de Soweto, du Mouvement de la Conscience noire, les jeunes révoltés, les anciens militants de l'ANC et du PAC, courbent à nouveau la tête sous les ordres de bannissement, d'emprisonnement, quand ils ne sont pas purement et simplement liquidés par la réaction. A nouveau, les militants politiques les plus marquants prennent les chemins de l'exil par centaines, sachant leur vie et leurs actions totalement compromises à l'intérieur des frontières. A nouveau toute vie politique et syndicale autonome du peuple noir est menacée d'anéantissement.
Ce document ne prétend pas traiter en détail de la violence contenue dans l'apartheid et des innombrables lois de ségrégation et de discrimination raciales ni de celle du système capitaliste et de son fonctionnement spécifique dans le cadre de l'apartheid n'étudie pas non plus en détail les rouages de la machine répressive : armée, police, BOSS (Bureau for State Security) de sinistre renommée. Il se conçoit plus modestement comme une introduction, désirant donner un aperçu sur ce que cette violence signifie pour le peuple noir dans son corps, dans sa vie, dans son histoire
Ouvrir le dossier de la répression n'est pas faire état de tout ce que l'on connaît sur ce sujet car il faudrait alors plusieurs volumes pour y parvenir. Notre intention est de fournir un éventail minimum d'éléments concrets propres À montrer l'étendue, la diversité, l'intensité de cette répression qui s'abat contre ceux qui refusent de se soumettre.
S'agissant de la lutte d'un peuple, du cri de ses martyrs, ce dossier n'aurait pas d'intérêt s'il ne nous poussait pas à agir, À dire notre indignation, à manifester notre solidarité. Il faut briser le mur du silence qui, en France plus que partout ailleurs, entoure les crimes commis contre tout un peuple. Et ce ne sont pas les vagues déclarations du gouvernement français condamnant du bout des lèvres « l'aspect inhumain de l'apartheid » , qui modifieront ce fait fondamental : notre pays est et demeure le plus ferme et le plus sûr soutien de l'Afrique du Sud.
« L'histoire des luttes en Afrique du Sud n'est pas récente, mais remonte à l'époque de l'invasion coloniale. Elles ont pris des formes très variées et ont changé de nature au cours des siècles. Pendant les deux premiers siècles d'occupation du pays par les Hollandais et les Britanniques (XVlè et XVIIIe siècles), les peuples africains eurent à taire face à deux types d'agression différents. Les Boers (colons d'origine hollandaise) représentaient sur le continent sud-africain les vestiges d'une civilisation européenne sur le déclin pastorale, traditionnaliste, pratiquant un calvinisme étroit la société boer s'attaque aux fondements de l'organisation sociale et politique des Africains : la terre et le bétail. Porteurs d'une mission civilisatrice jamais remise en question, les Boers réduisirent en esclavage ceux qu'ils nommaient alors « les chiens noirs puants ». Les ayant asservis, ils les mirent à travailler leurs champs et à garder leurs troupeaux. Les Huguenots firent de même et implantèrent la culture de la vigne dans cette partie du monde, grâce à une main d'oeuvre servile et corvéable à merci.
Lorsque les Britanniques se manifestèrent, ils avaient d'autres visées. Citoyens de la première puissance économique de l'époque, représentants de la société mercantile, puis capitaliste la plus développée d'Europe, les Britanniques imposèrent une politique indigène beaucoup plus libérale. L'esclavage fut aboli dans les régions contrôlées par eux, tandis que les descendants des Hollandais fuyaient dans l'intérieur du pays pour échapper au nouvel ordre social et à l'administration de ces nouveaux colons. Après avoir vaincu les Africains par les armes, les Britanniques tirent en sorte que la force de travail qu'ils représentaient soit à tout moment disponible
Mais le vrai visage de la colonisation britannique apparut avec la découverte des mines de diamants et d'or vers 1870 : celle-ci déclencha une révolution profonde de toutes les structures sociales et économiques du pays.
« Du côté africain, la guerre n'était plus de mise : l'organisation militaire des tribus guerrières avait été détruite et l'armement européen avait définitivement démontré sa supériorité d'autre part le soutien de la métropole britannique à sa colonie devenue soudainement riche était devenu inconditionnel. La première phase de la résistance africaine était révolue. De nouvelles formes de luttes apparurent au début du XXe siècle avec la création de la première organisation politique nationale africaine (1912). Celle-ci prit le nom d'African National Congress (ANC). A la même époque mais au sein du sous-prolétariat immigré originaire des Indes (colonie britannique) employé sur les plantations de canne à sucre du Natal (région de Durban), un jeune avocat du nom de Gandhi organise la résistance. Son influence déborde rapidement les luttes de la communauté indienne et inspire les organisations africaines. Les principes de la non-violence et de la résistance passive sont adoptés et appliqués dans les nombreuses campagnes de résistance qu'Indiens et Africains menèrent jusqu'au massacre de Sharpeville (1960). A cette date fatidique, la police tente de disperser une manifestation et tire sur la foule 69 morts, plusieurs centaines de blessés. Le gouvernement déclare l'état d'urgence les organisations africaines, ANC en tête, sont déclarées illégales, la répression s'abat sur le pays. Sharpeville est la borne qui marque le passage des luttes non-violentes de la résistance africaine à l'adoption du principe de la lutte armée l'ANC se constitue alors en mouvement de libération ».
Les Noirs (Africains, Métis et Asiatiques) représentent 83% de la population, et constituent l'écrasante majorité de la population. Cependant, caractéristique principale de ce pays, ils ne jouissent d'aucun des droits auxquels ils peuvent prétendre et pour lesquels ils luttent depuis trois siècles.
Comment une telle situation a-t-elle pu s'instaurer ? Comment peut-elle être maintenue inchangée jusqu'aujourd'hui ?
« Il existe en Afrique du Sud des systèmes de pouvoir tout à fait particuliers ils ont pour nom : APARTHEID et DEVELOPPEMENT SEPARE. Par delà le pouvoir colonial, ces systèmes ont permis le maintien et le renforcement du pouvoir blanc à travers l'ère capitaliste. En Afrikaans - langue des Afrikaners d'origine hollandaise - le mot APARTHEID signifie « séparation ». La séparation dont il s'agit ici est celle qui doit être maintenue entre les peuples de races différentes qui occupent le territoire national. La politique d'APARTHEID recouvre aujourd'hui une réalité à plusieurs niveaux
- le premier est celui de la séparation physique des hommes entre eux en fonction de la couleur de leur peau, dans les lieux publics et privés, tels que les transports, les postes, gares, jardins publics, habitations privées, etc...
- le second est celui de la division du pays tout entier en zones blanches et en zones noires. Le terme de DEVELOPPEMENT SEPARE s'applique a cette division des populations par race, et à leur répartition sur le territoire.
Ces deux niveaux d'application de l'Apartheid ne pèsent pas du même poids pour la majorité africaine. Le premier, bien qu'il soit l'aspect le plus connu et le plus critiqué, n'est que l'enveloppe, l'apparence d'un système dont les fondements sont à rechercher ailleurs. Il est même combattu en Afrique du Sud par l'opinion dite libérale qui en trouve certaines manifestations par trop mesquines (« petty apartheid »). La politique de développement séparé, quant à elle, érigée an programme de gouvernement par le Parti Nationaliste dès le début des années 50, recouvre des enjeux beaucoup plus importants et décisifs pour l'avenir politique des populations noires ».
L'APARTHEID est donc tout à la fois, une doctrine basée sur le concept de race et un système de gouvernement. La discrimination et la ségrégation raciales, ainsi que l'exploitation existent depuis le début de la colonisation. Mais il a fallu attendre la fin de la deuxième guerre mondiale et l'accession au pouvoir' du parti nationaliste afrikaner pour que les principes du DEVELOPEMMENT SEPARE soient institutionnalisés, renforcés et appliqués à la totalité du pays. C'est ainsi qu'aujourd'hui l'ensemble de la population noire est encore privée de ses droits les plus fondamentaux et les plus légitimes.
DES PARIAS SUR LEUR PROPRE SOL
· 13 % du territoire ont été
attribués aux Africains qui représentent 70% de la population.
Les familles noires qui vivent encore dans les TOWNSHIPS autour des grands
centres industriels blancs, comme à SOWETO, Alexandra, etc., sont
peu à peu déportées sur ces territoires (BANTOUSTANS)
qui doivent un jour devenir « indépendants ». Seuls
seront autorisés à venir travailler an zone blanche les travailleurs
valides, productifs.
Ils auront le statut de main d'oeuvre
migrante.
· L'ensemble du système repose sur un contrôle très strict du déplacement de la population noire. Sous peine d'amende, de prison, de travaux forcés, tout Africain à partir de 16 ans doit porter sur lui un « laissez-passer » (pass) qui précise son groupe racial, son lieu de résidence, ses horaires et lieux de travail en zone blanche, etc... Il doit le produire immédiatement sur demande de la police afin que celle-ci puisse vérifier s'il est en règle et s'il a le droit de se trouver en zone blanche.
LA «BARRE DE COULEUR»
Une loi sur la « réservation
des emplois » codifie très exactement les emplois auxquels
un Africain peut prétendre et lui interdit l'accès à
tous les autres. Les emplois qualifiés sont réservés
aux travailleurs blancs, les Noirs ne se voyant attribuer que les tâches
ne requérant aucune qualification et souvent aucune instruction.
Une commission dirigée par
M. Wiehahn a rendu son rapport en 1979 : Si l'on en croit ses propositions,
la « barre de couleur » devrait être abrogée,
mais à l'exception des mines et du bâtiment. Mais personne
n'a jamais pu croire le gouvernement sud-africain sur parole : au mieux,
cette règle sera-t-elle assouplie dans les nouveaux secteurs du
travail.
DROIT SYNDICAL EN SUSPENS
Jusqu' au dépôt du rapport de la commission Wiehahn, les syndicats africains n'étaient pas reconnus - au mieux tolérés et de toutes manières dénués de tout pouvoir.
Aux termes du rapport, les syndicats africains pourraient être reconnus (on ne sait, mais on devine, à quelles conditions). La grève restera assortie à de telles conditions qu'elle demeure pratiquement illégale.
AUCUN DROIT POLITIOUE
En zone blanche, les Africains sont considérés comme des « étrangers" et, à ce titre, ils n'ont aucun droit, excepté celui de fournir leur force de travail pour exploiter les immenses ressources du pays. Ils sont censés exercer leurs droits politiques « chez eux ", dans leurs « foyers nationaux » ou bantoustans promis à une soi-disant indépendance. Mais la moitié environ des Africains vivent en zone « blanche », et l'on pourra voir plus loin le degré - nul - de liberté politique dont bénéficient les habitants des Bantoustans.
Voilà, très schématiquement,
le cadre dans lequel la minorité blanche a enfermé le peuple
noir et tente par la violence directe de l'y maintenir.
En Afrique du Sud aujourd'hui, l'Etat
peut sans en donner les raisons :
- refuser un passeport,
- refuser des informations au public, supprimer des journaux,
- bannir des personnes ou des organisations,
- décider où les gens doivent vivre, et, pour les Africains, où ils doivent travailler,
- faire comparaître quiconque devant ses tribunaux sous des inculpations inconnues dans les autres pays civilisés du monde, etc...
En 30 ans de pouvoir, les « Nationalistes » ont promulgué un nombre impressionnant de lois dont toutes ont eu pour effet de restreindre chaque fois davantage les libertés fondamentales de l'individu ou des organisations d'opposition. Pour protéger la sécurité de l'Etat », pour « maintenir l'ordre », soixante-deux lois dites de « Sécurité » ont été publiées depuis 1950. Des milliers de personnes ont ainsi perdu leur liberté, à un moment ou à un autre, par suite de cette législation effrayante. Mais, comme Si cet arsenal législatif était malgré tout impuissant à baillonner le peuple sud-africain, le Parlement a voté, courant 1976, une nouvelle loi qui s'est d'abord appelée » State Security . La langue anglaise utilisant abondamment les abréviations, cela donne : Loi 5.5. La presse et l'opinion publique en général ont immédiatement fait le rapprochement avec les édits nazis qui conduisirent aux cruautés que l'on connaît. Il y a peu de différence en effet entre ceux-ci et cette nouvelle loi « pour assurer la sécurité interne de l'Afrique du Sud ». Mais le gouvernement ne voulut pas d'un rapprochement trop évident et changea le titre de la loi (« Loi sur la Sécurité Intérieure »).
Les plus importantes de ces lois sur la sécurité et autres lois répressives sont les suivantes
Au fondement: des lois comme le Native Land Act, le Group Areas Act, attribuant des secteurs territoriaux différents aux diverses races (loi au fondement des déportations), ou l'Electoral Consolidation Act par lequel seuls les Blancs ont le droit de vote, ou le Bantu Urban Areas Act, Bantu Administration Act, etc... qui toutes restreignent draconiquement et soumettent au contrôle le plus strict les droits de circulation, logement, travail, syndicalisation, etc..., des Noirs, ou plutôt ce qu'il en reste.
· Les lois sur la suppression du Communisme (1950), sur le Terrorisme (1967) et sur la Procédure Criminelle (1956): ces lois et leurs amendements autorisent le Ministre à décréter la détention et/ou la « restriction », sans aucun recours possible, de quiconque « poursuit les buts du communisme» ou «met en danger la sécurité de 1'Etat».
Est ainsi définie comme « terroriste » « toute action qui a eu ou qui aurait pu avoir pour effet de causer un embarras dans l'administration des affaires de l'Etat, toute action qui fournit aide ou encouragement à une action politique ayant pour but d'amener un changement social et économique, avec ou sans l'aide d'une partie étrangère, ainsi que toute action qui engendre des sentiments d'hostilité entre Blancs et non-Blancs
· La loi sur les Réunions séditieuses qui permet au Ministre d'interdire des individus ou des meetings.
· Viennent ensuite les lois
suivantes qu'à titre d'exemple nous
examinerons de plus près
(loi des 90 jours, loi des 180 jours,
loi sur la sécurité
interne (loi des 12 mois) et deux décrets (400 et 413)
Loi dite des 90 jours
Cette loi fut promulguée en
1963. Elle autorisait n'importe quel officier de police à arrêter
ou faire arrêter, sans mandat, toute personne soupçonnée
d'avoir commis ou d'avoir l'intention de commettre n'importe quelle infraction
à la loi sur la suppression du communisme. C'est au titre de cette
dernière qu'avaient été bannis l'African National
Congress et le Pan Africanist Congress). Elle permettait de détenir,
aux fins d'interrogatoire, toute personne » suspecte » pour
une période allant jusqu'à 90 jours. En fait, le but principal
de cette loi était de fournir à la police secrète
sud-africaine un moyen de venir à bout de la résistance des
détenus politiques, à l'abri de tous regards et en marge
de toutes juridictions. Tout citoyen qui tombait ainsi entre les mains
de la police perdait tous moyens de se faire entendre « à
l'extérieur », d'appeler à l'aide. Qui introduisit
cette loi ? le ministre de la Justice de l'époque, M. Vorster. Ce
faisant, il donnait à la police de Sécurité (BOSS)
les possibilités de torturer les prisonniers en toute impunité.
Il n'est pas beau de voir un être
humain torturé moi je l'ai vu. Celui qui prend ce genre de-pouvoir
doit en prendre la responsabilité », déclara-t-il en
présentant cette loi devant le Parlement.
Comme il fallait malheureusement s'y attendre, c'est à partir de la promulgation de cette loi que l'on entendit parler de « tortures », de 'c morts en détention », de victimes de « troubles mentaux». Sous la pression de l'opinion publique, celle-ci fut suspendue le il janvier 1965 et... remplacée, la même année, par la loi dite des 180 jours.
La loi des 180 jours
Elle prévoit la détention préventive de tout citoyen soupçonné « d'être en possession d'informations utiles à l'Etat ». Des individus arrêtés à ce titre servent alors de témoins au cours de procès politiques ou criminels graves. Sur ordre du Procureur général, ces témoins peuvent être mis en isolement complet jusqu'à la fin du procès ou pour une durée maximum de six mois. Aucun tribunal ne peut intervenir en leur faveur, même s'ils n'ont commis aucun délit. Cette loi autorise par ailleurs le Procureur à lancer un mandat d'arrêt contre quiconque, £ s'il juge que cela peut servir les intérêts des dites personnes ou de l'administration juridique ». Elle demeure en vigueur aujourd'hui, bien que les pouvoirs de la nouvelle loi sur la « Sécurité interne » soient considérablement plus étendus (voir ci-dessous). A noter que c'est également M. Vorster qui introduisit devant le Parlement la législation des 180 jours.
En mai 1978, une nouvelle loi fut introduite permettant de détenir jusqu'à la conclusion du procès (sans plus de limites de 6 mois) les témoins retenus dans les procès de « terrorisme
Les décrets d'urgence
Les décrets d'urgence 400 et 413 du 30 novembre et 14 décembre 1960 permettent au gouvernement
- de proscrire tout rassemblement public, le déplacement d'un endroit à un autre de tout Africain avec Sa famille et ses biens,
- l'arrestation suivie de détention illimitée de toute personne soupçonnée d'être en possession d'informations relatives à un délit quelconque. Constitue un délit
le fait de faire des déclarations subversives sur les autorités de l'Etat, sur un officiel, un chef ou un directeur,
le fait de boycotter une réunion
officielle ou de refuser de se plier aux ordres donnés par un officiel
ou un chef,
le fait de manquer de respect à
un chef ou à un directeur.
En janvier 1972, ces décrets furent étendus à l'Ovamboland (Namibie). C'est ce même décret 400 qui permit à Matanzima, chef du Transkei « indépendant de faire arrêter tous les opposants à sa politique.
C'est au titre de ce même décret 400 que le gouvernement du Transkei vient de décréter la peine de mort contre « toute personne qui aura critiqué le gouvernement ou « l'Etat »
Loi sur la «Sécurité interne»
Cette loi a été conçue
pour compléter la loi de 1950 sur la suppression du communisme.
D'une manière générale, elle autorise le gouvernement
à:
- déclarer hors-la-loi toute
organisation « ayant des activités pouvant mettre en danger
la sécurité de l'Etat ou le maintien de l'ordre public »
(rien dans la loi ne définit ce qui peut mettre en danger l'Etat
ou l'ordre public).
- supprimer des publications et poursuivre les auteurs de celles-ci.
- réglementer la mise en liberté sous caution des personnes arrêtées.
- garder à vue certains témoins pour une période allant jusqu'a 12 mois.
- modifier la « loi de 1967 sur le « Terrorisme en supprimant tout ce qui a trait à la mise en liberté sous caution de toute personne détenue sous l'accusation d'avoir commis un délit proscrit par cette loi. Etc...
Un avocat, M. Geoff BUDLENDER, donnant l'analyse de la présente loi sur la Sécurité interne, a déclaré
« L'élément le plus frappant de cette loi, c'est qu'elle ne vise aucun nouveau délit. Elle vise des activités tout à fait légales son but n'est pas de rendre ces activités illégales mais de donner à l'Etat le pouvoir arbitraire de les faire cesser et de punir les individus concernés ».
Cette loi permet donc la détention préventive ou l'internement pendant des périodes de 12 mois. De plus, tout membre de la Police sud-africaine « qui est informé » qu'une convocation (signée par le ministre) a été lancée contre une personne quelconque peut, avant même que cette convocation ait été délivrée à cette personne, et sans aucun mandat d'amener, l'arrêter et la garder à vue... pour une période n'excédant pas en principe 7 jours. La loi prévoit qu'un comité se réunira « in camera pour examiner tout ordre d'internement. Cependant les délibérations de ce comité ne peuvent être connues que des autorités de l'Etat : aucune cour de justice n'a le pouvoir de se prononcer sur les procédés ni les recommandations du comité celui qui est détenu ne peut connaître ni les accusations formulées contre lui ni le nom de ceux qui ont pu témoigner devant le comité. Le détenu n'a aucun droit de représentation en justice (avocat). La loi prévoit en outre que le Procureur général interdit la mise en liberté sous caution « ou sous toute autre condition » de toute personne accusée d'un délit jusqu'à ce qu'une peine soit prononcée... ou que le détenu soit relâché. Ainsi a été supprimé un très important pouvoir discrétionnaire dont disposaient (encore) les tribunaux.
De plus, les pouvoirs octroyés au gouvernement par cette nouvelle loi ne peuvent donner lieu à aucun débat devant les cours de justice. Les tribunaux ne seront donc jamais appelés à définir précisément ce que l'on entend par « mettre en danger l'Etat et l'ordre public ». En fait cette nouvelle législation a pour seul but d'étendre considérablement les pouvoirs d'arrestation, détention, de bannissement, à des publications, organisations, groupes ou personnes dont le gouvernement sud-africain sait bien qu'ils ne peuvent être qualifiés de « communistes » ou de « terroristes » car, comme le note un rapport du Christian Institute pour ce qui est de ceux-ci, la législation existe depuis fort longtemps
Un amendement a la loi sur la sécurité intérieure passé en 1978 autorise à présent le Ministre à maintenir en prison pour une année supplémentaire les détenus dont l'emprisonnement sans procès vient à expiration
SOWETO LE CAP... 1976
« Faried Cook se trouvait
a proximité chez lui et regardait. au loin, la manifestation qui
se dirigeait vers le centre la ville. Il allait avoir 17 ans dans
cinq jours. A une centaine de mètres derrière lui. un policier
anti-emeute saute de son camion, Sort un pistolet et le mez en joue. «
Je l'ai vu tirer et j'ai vu le pistolet sauter dans ses mains dira un témoin.
Les personnes qui étaient près du policier l'entendirent
déclarer
« Je ne savais pas que je
tirais aussi bien ! Puis il s'approcha, donna des coups de pieds dans le
corps de Faried pour voir s'il était encore vivant. Mais Faried
était mort et son corps fut jeté dans un camion anti-emeute
par quatre policiers tandis que d'autres hommes en armes tiraient sur les
gosses qui s'enfuyaient .
« Sandra Peters avait onze
ans et. ce 1er septembre 1976, elle se rendait chez le boucher voisin.
Elle fui grièvement blessée par la police. Sa mère
Catherine et sa soeur Joséphine furent emprisonnées dans
une cellule du commissariat de police lorsqu'elles voulurent savoir ce
qui était arrive a Sandra. Cependant comme aucune accusation ne
pouvait être retenue contre elles, elles furent toutes les deux libérées
le lendemain. Mais Sandra se mourait quand finalement, sa mère put
la retrouver et donner l'autorisation d'opérer il était
trop tard. Sandra Peters. est morte le vendredi» (Sana News, 1976)
Entre juin et septembre 1976, ils sont des centaines à avoir été ainsi assassinés par la police comme Faried et Sandra, au plus tort du soulèvement des townships noires d'Afrique du Sud emmenées par les jeunes scolaires manifestant contre «l'enseignement bantou » et tout le système d'apartheid.
Dans les mois qui suivirent la répression ne faiblira guère. Pour la période allant du 16 juin au 15 décembre 1976, le journal sudafricain « RAND DAILY MAIL » publia le 11 décembre 1976 une liste de 499 personnes tuées lors des affrontements a Soweto, Alexandra et autres townships. Le chiffre réel est sans doute bien supérieur encore et l'on parle aujourd'hui de plus de 1 500 morts. Mais il a fallu aux reporters de ce journal plus de 6 mois d'enquête souvent difficile pour arriver à établir ce premier bilan. Car ni la police, ni le ministère de l'information n'ont voulu publier la moindre information. Pour le gouvernement de Prétoria, les « émeutes » ont fait 170 morts et la police n'a fait usage des armes « qu'en dernière extrémité
Mais malgré la censure et la répression, les témoignages qui sont parvenus en Europe montrent d'une façon irréfutable que, comme d'habitude, le pouvoir et ses agents d'exécution - police, armée, milices civiles - ont répondu aux manifestations pacifiques par des rafales d'armes automatiques.
« Voici ce qui se passait dans
les écoles de la Péninsule: les enfants tenaient des meetings
de protestation dans leurs cours de récréation. La police
les matraquait et les dispersait avec des chiens et des grenades lacrymogènes.
Plus tard dans la journée les adultes engageaient des escarmouches
avec la police qui tirait dans le tas - vieux, jeunes, lanceurs de pierres
et innocents piétons rentrant chez eux, hommes et femmes. Personne
n'était à l'abri de sa colère aveugle (...). La Police
tirait pour tuer. (...} Les écoliers étaient trop effrayés
pour porter l'uniforme de leur établissement, puisque la police
s'attaquait à quiconque était habillé de cette façon
prenant pour cible désignée ceux qui marchaient dans la rue,
seuls ou en petits groupes. (...)
Beaucoup d'écoliers furent,
en rentrant chez eux, atteints par des balles tirées depuis des
voitures qui passaient. On savait que la police patrouillait dans les faubourgs
avec des voitures pièges et se faisait les gens dans la rue et même
quelquefois dans leur jardin ou leur arriere cour.
Très peu de rapports sur les atrocités policières avaient été communiqués à la presse. Certains de ces « incidents» étaient tellment horribles que nous savions que la presse n'en parlerait pas.
1. La police tua une femme par balle en tirant par la fenêtre de se salle de bain, à Paarl. Lors de l'enquête, on ne releva rien dont la police puisse être accusée.
2. La police pénétra en force dans un immeuble du township de Keyrown et abattit une jeune femme enceinte de dix-huit ans.
3. Une mère de famille fut battue, dans sa propre chambre, à la Résidence Walmere, et quand ses deux fils tentèrent d'intervenir, ils furent arretes et cruellement torturés. ils furent tous deux emprisonnés pendant trois semaines avant d'être libérés contre une caution de 1000 Rands chacun. il fallut donner des soins médicaux à la mère, sans qu'aucune charge ne puisse être retenue contre la police» (Loma de Schmidt, institutrice au Cap en 1976)
Cette nouvelle période tragique pour le peuple noir a fait, outre les morts des milliers de blessés (on parle de 5 200); des milliers de personnes ont été arrêtées, un grand nombre torturées, dont de tout jeunes enfants de 8 à 10 ans dont on » a systématiquement arraché les cheveux et dont le cuir chevelu n'est plus qu'une masse sanguinolente.
· De juin 1976 à septembre 1977, la police sud-africaine a officiellement arrêté 2 430 personnes.
· 9000 jeunes de moins de
18 ans ont été arrêtés depuis juin 1976 publiait
l'institut des Relations Raciales en août 1978. Motifs : «
violence publique » et « sabotage », autrement dit délit
de manifestation...
6.000 poursuites judiciaires ont
été engagées.
- 1976/1977 : 4 604 arrestations
et 3 038 condamnations; 1977/1978 : 4 129 arrestations et 2908 condamnations
de jeunes mineurs.
· De janvier à août
1979, 317 personnes ont été arrêtées en vertu
des lois sur la « sécurité publique ». 71 d'entre
elles, toujours détenues, comparaîtront en justice. (Ministre
de la Police, M. Louis Le Grange, le 24 août 1979).
TEMOIGNAGES SUR LES BRUTALITES POLICIEBES
· Voici ce qu'écrivaient à ce sujet des membres éminents des communautés chrétiennes en Afrique du Sud :
"De nombreux cas de tortures sont connus à l'heure actuelle, Il n'est malheureusement pas besoin de les décrire davantage. Encore qu'il faille faire une exception pour ces adolescentes qui viennent d'être relâchées - certaines ont à peine quatorze ans - et qui sont enceintes. D'après les premiers témoignages, certaines auraient été enfermées avec des « droits -communs» condamnés à de très longues peines, les autres auraient subi des violences de la part des gardiens eux-mêmes. Il faut mentionner également le cas de ce tout jeune garçon dont la colonne vertébrale a été fracturée par la Police de Sécurité. il est certain également que de mystérieux fossoyeurs enterrent la nuit des corps de personnes « disparues» que leurs familles retrouvent ainsi au fond d'une tombe. En ce moment, la police patrouille dans tous les cimetières jour et nuit. On. a écarté les gardiens de cimetière de race noire. L'un d'entre eux a dit qu'il creusait des tombes le jour, que celles-ci étaient recouvertes durant la nuit et qu'il devait en creuser de nombreuses le lendemain matin».
· Le journal du Cap « Les Nouvelles Musulmanes », dans son éditorial du 24 septembre, publie de nombreux reportages sur les violences des brigades para--militaires de la police. (Sana Newas, 1976) :
«SACHS le Chah, âgé
de 15 ans, fut tué à bout portant par la police le vendredi
3 septembre en face du lycée Trafalguar, au Cap.
JACOB allait au lycée Trafalguar
à 12 h 15 pour chercher une petite fille, élève du
lycée. il était envoyé par la mère de la petite
fille car des bruits couraient qu'il y avait des troubles autour du lycée
Trafalguar. Un témoin oculaire raconte « JACOB a été
tué au coin des rues Jackville et St Vincent et je me trouvais par
hasard à proximité. Je l'ai vu étendu dans la rue
et quand je me suis approché pour m'informer. quelqu'un m'a crié
de m'éloigner de là. A ce moment, la police a jeté
une bombe lacrymogène pour éloigner les gens. il était
étendu sur le ventre. C'est la dernière fois que j'ai vu
JACOB. Sa soeur a voulu monter dans l'ambulance mais ils l'ont repoussée.
Selon la mère de JACOB sa soeur les a vu mettre une pierre dans
la main de JACOB ».
« Reginald MATHESON... «
tué dans le dos»
« Reginald Matheson de Vrygand
près de Retreat une banlieue noire du Cap fut tué par la
police le mercredi 8 septembre. Sa soeur Madame Farieda ISMAJL qui tient
un commerce dans sa maison de Vrigond nous a raconté que Reginald
allait rendre visite à sa tante a Retreat. Reginald était
accompagné de deux amis dont un fut tué aussi.
Mrs Ismajl nous a explique que Reginald
et son ami s'étaient arrêtés dans la grand rue de Retreat
et s'etaient assis sur le trottoir. Juste comme ils se relevaient. la police
leur a tiré dessus sans aucun avertissement et Reginald s'est effondré.
La police devait être derrière eux. Comme des amis de
Reginald essayaient de l'aider. la police a encore tiré et Nicholar
fut mortellement blessé. L'autre... fut touché à l'épaule
gauche. C'est par lui que la famille sut que Reginaid avait été
tué. Madame Ismajl est allée à l'hôpital Victoria
pour s'informer du sujet de son frère. Il y avait un tas de policiers
et deux d'entre eux étaient des brigades anti-émeutes. «
Quand j'ai demandé après Reginald, un policier m'a répondu
que mon frère était à la morgue. Le policier m'a dit
qu'il connaissait Reginald parce qu'il avait lui-meme tue Reginald au commissariat
de police. Reginald lui avait dit qu'il ne voulait pas vivre... »
Selon le troisième ami qui
réussit a s'échapper Reginald fut tué dans le dos
quand le corps fut retrouvé, on découvrit qu'il y avait une
autre balle dans la poitrine».
LA POLICE ANTI-EMEUTES OU LA MAIN DU CRIME
Au cours du week-end de Noêl
1976, des heurts violents se sont produits à Nyanga, ainsi qu'à
Guguletu et Langa, townships de la périphérie du Cap. Selon
les sources gouvernementales, 26 Noirs ont été tués,
plus de 100 blessés et des dizaines de maisons brûlées
« Le Monde » fit état de 90 morts.
D'après la presse, ces heurts
ont opposé les habitants des townships et les travailleurs migrants
sous contrat temporaire, en provenance des bantoustans. Les reportages
indiquaient que les habitants et notamment les jeunes militants avaient
appelé au boycott de toute festivité, en signe de deuil national
et qu'ils s'étaient heurtés aux travailleurs migrants qui
refusaient de se plier à ce mot d'ordre. «Emeutes tribales»
conclut la presse occidentale.
Mais la fraternité ecclésiastique
de Langa, Guguletu et Nyanga publiait peu après un ensemble de témoignages
dont il ressortait que:
1) C'est la police anti-émeute
qui a rendu possibles les effroyables massacres et incendies du week-end
de Noèl à Nyanga. Si elle l'avait voulu. elle aurait pu empêcher
tout heurt grave.
2) La police anti-émeutes
a encouragé et incité certains migrants à attaquer
les habitants de Nyanga.
3 ) On a fait croire à des
migrants que certains habitants de Nyanga les empêcheraient d'aller
travailler.
4) On a dit a certains migrants
de s'armer pour se défendre contre les habitants qui n'avaient pourtant
aucune intention d'attaquer
5) La police anti-emeutes a pris
une part active aux attaques des migrants en tirant sur les habitants et
en les empêchant de protéger leurs familles et leurs maisons.
6) Certains membres de la police
ont encouragé les migrants à tuer les habitants, on leur
désignant les blessés qui étaient a terre.
7) Des bombes incendiaires ont été
utilisées lors des attaques. La fabrication et l'usage des ces bombes
ont été enseignées a certains migrants par les membres
de l'administration»
L'on pourrait continuer ce genre
de témoignages pendant des pages. Les noms des centaines de victimes,
jeunes et moins jeunes, le lieu, la date et l'heure où elles ont
été abattues par la police ont été récemment
diffusées en Europe ainsi que l'adresse du plus proche parent des
victimes. Ces témoignages sont irrécusables comme l'est la
liste des personnes bannies. Cette répression qui se manifeste par
des dizaines de' procès
politiques », qui s'attaque
aux syndicats, aux étudiants, aux églises, à la presse,
fait de l'Afrique du Sud aujourd'hui un Etat policier qui a sans doute
la plus grande proportion de civils armés, au monde (il s'agit bien
évidemment de Blancs, les Noirs n'ayant pas le droit de posséder
d'armes). Selon l'agence de presse « Sana News » du 26 septembre
1976 (à Johannesburg)
Il semble qu'il n'y ait pas de boutique ou de commerce qui ne soit protégé par une arme à feu. Le directeur d'un magasin de joaillerie de la ville a déclaré que Si des désordres se poursuivaient, il baisserait le rideau de fer et tirerait sur la foule de l'intérieur de son magasin. Il déclara que lui-même avait vu un jeune Noir, poursuivi par la police, renversé par une voiture. Le conducteur de celle-ci, en voyant le jeune homme allongé devant lui sur la chaussée, avait accéléré exprès...
UNE DONNEE PERMANENTE DE LA VIE DU PEUPLE NOIR
Années récentes, années tragiques, mais qui n'apparaissent guère exceptionnelles dans la vie des Noirs sud-africains. Si elle s'est considérablement renforcée, la répression a toujours ~é pour eux, depuis l'ère coloniale, le lot quotidien en guise de dialogue, ils n'auront connu jusqu'à ce jour que le bruit des armes. Hier comme aujourd'hui, on exécute dans ce pays que les publicités touristiques s'étalant à longueur de page dans tous les journaux du monde nous présentent comme « le pays des merveilles
Voici quelques exemples, parmi tant d'autres, de la longue liste des faits de répression perpétrés par le pouvoir blanc
1906 : Des Africains de Bambata,
dans le Natal, manifestent contre de nouveaux impôts qu'ils refusent
de payer: 12 d'entre eux seront pendus. La révolte éclate
alors. Trois à quatre mille Noirs seront fusillés, beaucoup
avec des balles «dum-dum ». Par la suite, environ 5 400 Africains
seront emprisonnés, blessés, pendus ou soumis au châtiment
du fouet 700 d'entre eux ont eu ainsi le dos « lacéré
» et l'on n'épargna ni femme ni enfant. Les médecins
blancs refusèrent de soigner les blessés.
1917 : L'armée sud-africaine
occupe le territoire Ovambo, en Namibie, tue le roi et 37 Africains.
1920 :Première grève
des mineurs noirs : la police et des bénévoles » blancs
la répriment 8 morts. A Port Elizabeth un syndicaliste africain
est arrêté, sans accusation et sans mandat. La foule se rassemble
calmement devant la prison pour demander sa libération sous caution.
Police et « bénévoles » ouvrent le feu : 24 morts
et de nombreux blessés.
1921 :Les membres d'un culte
religieux africain refusent de quitter leur terre à Bulhoek, prés
du Cap. La police fera le nécessaire pour que l'ordre soit respecté
:163 morts, 129 blessés.
1924 : Les villageois de Bondelswart
(Namibie) refusent de payer une nouvelle taxe. Cette fois, on enverra l'aviation
: 100 morts.
1932 :Ondonga, petit village
de Namibie, est complètement rasé par l'armée et l'aviation.
Le gouvernement sud-africain impose le plus grand secret sur tout ce qui
touche à cette opération.
1937 : Raid de la police dans
la réserve noire de Vereeniging pour contrôler les »
pass ». Manifestation de la population. La police tire. On dénombrera
plusieurs morts.
Le gouvernement accuse
« le communism»
1942 :Protestation des employés
municipaux noirs de Prétoria au sujet de leur salaire. Police et
soldats en tuent 16.
1946 : Deuxième grève
des mineurs noirs qui marchent pacifiquement sur l'Hôtel de ville
de Johannesburg. La police les repoussera dans leur ghetto, puis les obligera
à redescendre dans les puits. Les mineurs font alors la grève
sur le tas, au fond de la mine : la police reçoit l'ordre de »
les déloger par tous les moyens » : 9 morts.
1950 : La police ouvre le
feu sur une manifestation du 1er mai : 18 morts, 30 blessés.
1952 : 34 morts au cours de
différentes brutalités policières.
1959 : Des Namibiens de Windhoeck
« Old Location » protestent contre leur transfert dans une
autre localité, ce qui revient à leur faire perdre, entre
autres, tout droit de propriété foncière : il morts,
54 blessés.
1960 : SHARPEVILLE, de sinistre
mémoire. Une foule d'Africains manifestent pacifiquement contre
le système des pass ». On connaît la suite au
moment où les manifestants se dispersent, la police ouvre le feu
: 69 morts, 178 blessés. Du 21 mars au 9 avril, les actions de la
police feront 83 morts et 365 blessés.
Le massacre de Sharpeville soulèvera la réprobation internationale et, pendant un certain temps, la police évitera de tirer sur les manifestants. Mais, l'Apartheid et le Développement Séparé ne peuvent subsister sans la force.
1973 : les travailleurs de la mine d'or Western Deep Level de Carletonville font grève pour une augmentation de salaire. Le patronat appelle la police: il morts et 17 blessés. Le Premier ministre sud-africain Vorster félicitera la police pour son « respect des limites
1974 : 37 mineurs en grève sont tués par la police, en divers points du pays.
1976 : le 16 juin en début
d'après-midi, s'ouvre à Soweto une nouvelle page sanglante
dans la longue lutte de libération que mène tout un peuple.
De juin à décembre, c'est au moins 1 000 morts qu'il faut
compter.
La répression se poursuit
dans les années suivantes. En voici quelques faits :
Décembre 1976 : manifestation
d'élèves dans la région du Cap : 2 morts
week-end sanglant de la Noel au
Cap : 90 morts.
Juin 1977 : les 16 et 17, à
Kwa Nabuhle township : 10 morts, 32 blessés
le 23, à Soweto, 2 tués,
23 blessés.
Juillet-Août 1977 6 tués lors de manifestations.
Septembre 1977 : un garçon de 15 ans est tué par la police devant l'église anglicane de Soweto. L'un des trois policiers admettra lors de l'enquête « avoir tiré pour tuer » (Rand Daily Mail, 1-4-1978).
Octobre : 1977 : 3 tués près
de Prétoria lors d'incidents avec la police
1 tué et 13 blessés
à New Brighton (Port-Elisabeth).
Novembre 1977 : lors d'un raid, la police tire dans la foule àLanga : 15 blessés.
Décembre 1977 : manifestations
à New-Brighton (Port-Elizabeth): 2 morts :
un garçon de 13 ans tué
par la police à Soweto.
Mars 1978 : manifestation à New-Brighton : M. Mpande, 16 ans, tué par balles.
Mai 1978 : les mineurs de la mine d'or « Président Steyn » de Welkom protestent contre la mauvaise qualité de la nourriture : 13 tués, 14 blessés et 23 arrestations.
Face à une telle situation,
une poignée de libéraux blancs (étudiants de la N.U.S.A.S.
- National Union of South Africa Students -'membres du Christian Institute)
ont protesté et organisé l'aide aux victimes de la répression.
Mais celle-ci s'acharne aussi sur eux interdiction du Christian Institute
en octobre 1977 ,emprisonnement ou « bannissement » des Blancs
radicaux sont la sanction obligée de leur solidarité.
La tactique de la police sud-africaine,
écrit Diane Perrot, et de cette omniprésente Special Branch
(police secrète) sous les ordres du colonel Swanepool, tortionnaire
bien connu des Africains, est infiniment subtile et raffinée. La
police est là, présente à toutes les manifestations.
S'il y a fréquemment des arrestations massives d'Africains (ce qui
ne compte pas aux yeux de la population blanche dans sa grande majorité),
on ne procède pas, sur la voie publique, à l'arrestation
massive de jeunes blancs. On peut s'exprimer publiquement par des marches,
des démonstrations et en évitant de brandir des pancartes),
tout comme on peut formuler des critiques, même assez virulentes,
dans certains journaux ou périodiques. La police prend note, elle
dresse des listes de noms, elle photographie, elle utilise les tables d'écoute,
elle compte sur les délations, qui fleurissent comme dans tous les
Etats totalitaires. Et puis, elle attend que la période d'agitation
se calme, que les esprits surchauffés s'apaisent, que les «
agitateurs » qui ont cru pouvoir dénoncer, exprimer une vérité
au nom de la justice se taisent.
La police prend tout son temps.
Et puis, brusquement, par une nuit pareille aux autres, vers 4 heures du
matin, elle va cueillir quelques « têtes ». Une à
une. Pas de bruit, pas d'éclat, pas de scandale. L'auto de la police
est là, devant la porte. Il faut s'habiller en vitesse, la police
parle à mi voix pour ne pas réveiller les enfants... et avant
qu'on ne sache ce qui s'est passé, le drame est là. «
Il » a été arrêté et le silence le plus
absolu retombe. C'est le « black-out
Les mois peuvent alors se succéder
sans qu'on ait la moindre nouvelle qui filtre... Pourquoi celui-ci et pas
celui-là ? Silence.
LE «TRAVAIL» DE LA POLICE:
· D'après le ministre
de la Police, la police a, « durant l'exercice de son travail»
- en 1976 : tué 202 personnes
(168 Africains, 32 Métis) et blessé 439 (sans compter les
500 personnes (au moins) tuées durant les troubles de l'année)
- en 1977 : tué 149 personnes
(138 adultes et il mineurs) et blessé 403
- en 1978: tué 204 personnes
et blessé 514.
La plupart de ces blessés
et tués l'ont été alors qu'ils « tentaient de
s'échapper»
Aucun de ces chiffres ne tient compte
des tués lors des manifestations.
· Ces chiffres des victimes
« ordinaires » de la répression policière sont
en augmentation constante. Qu'on en juge d'après les nombres de
tués
1968 : 37 1972
: 94 1976 : 202
1969: 50
1973: 117 1977: 149
1970: 54
1974: 102 1978: 204
1971: 54
1975 : 134
LE «PASS» : 7 MILLIONS D'ARRESTATIONS...
Le « pass » ou «
document de voyage » est un livret que tout Africain de 16 ans révolus
doit obligatoirement porter sur liii en toute circonstance de manière
à justifier de sa présence en « zone blanche »
: contrat de travail, zone de résidence, groupe racial, horaires
et lieux de travail en zone blanche, situation fiscale, pénale,
etc., y sont indiqués. L'oubli du livret ou la moindre infraction
signifie le renvoi dans un bantoustan ou le travail forcé dans une
ferme-prison.
Les arrestations pour contravention
au système du pass sont en augmentation constante :173 571 en 1977
272 887 en 1978. (Rand Daily Mail, 3-3-1979).
Le Sunday Post (18 mars 1979) estimait
à 7 millions le nombre des Noirs arrêtés ou poursuivis
depuis 1960 pour infraction quant au « pass».
De juin 1977 à juin 1978,17472 poursuites ont été engagées contre des Africains coupables de contrevenir au couvre-feu en zone urbaine : il est en effet interdit aux Africains d'être dans la rue après 9 h, 10 h ou il h du soir dans 117 villes et villages d'Afrique du Sud, dont les rues sont alors réservées aux Blancs.
JUIN 1976: LA FLAMBEE DES TOWNSHIPS
Le 16 juin des émeutes éclatent à Soweto, ville africaine située à une vingtaine de kilomètres de Johannesburg et se répandent rapidement dans les autres townships Alexandra près de Johannesburg, kagiso au nord de Prétoria. Elles touchent peu àpeu certains Bantoustans tels que le Bophutha-Tswana et le Basotho Owa Qwa, puis l'Université pour Noirs de kwazulu près de Durban, tandis que les étudiants blancs manifestent en solidarité, à l'Université de Nitwatersrand.
Le détonateur de l'émeute : l'imposition de la langue afrikaans aux écoliers africains. Ainsi non content de priver de toute représentation politique et syndicale les dix-sept millions de Noirs dont les porte-paroles sont en prison, bannis, en exil, morts sous la torture ou exécutés sommairement, le pouvoir blanc cherche à les diviser culturellement et à leur imposer la langue et l'héritage culturel de l'oppresseur. L'entreprise de « développement séparé » chère au coeur des Afrikaners, implique que les enfants noirs ne fraternisent pas entre eux, ni avec les enfants blancs sur les bancs de l'école ou de l'Université qu'ils vivent dans des zones distinctes, qu'ils n'aient pas accès aux mêmes emplois...
"Il faut rétablir l'ordre par tous les moyens» ordonne alors Vorster et tandis qu'à Soweto, Alexandra, Durban l'hymne national africain est entonné, que les cris « d'Azanie libre », de « Pouvoir Noir » sont repris par la foule, que les lieux symboliques de l'oppression, écoles, administrations, bus... sont brûlés, détruits, interviennent les hélicoptères, véhicules blindés, brigades spéciales tandis que les milices blanches dévalisent les stocks d'armes.
Du 16 au 21juin 1976 l'on dénombrera ainsi ,officiellement, 176 morts (dont de très nombreux enfants), 1139 blessés, 1298 arrestations.
Après une période d'accalmie relative, de nouvelles manifestations éclateront un peu partout dans le pays. Le pouvoir décide alors l'entrée en vigueur de l'INTERNAL SECURITY ACT (loi sur la sécurité interne) et arrête aussitôt les dirigeants de la SASO (organisation des étudiants noirs) et de la BPC (convention du peuple noir). Au soir du 20 août 1976, le gouvernement publiera un bilan de 246 morts et de 1 400 blessés. Mais le bilan réel est, comme toujours, beaucoup plus élevé. L'on parle de 300 morts et 2 000 arrestations.
SOWETO EST NOTRE SANG chantent, poing levé en signe de Pouvoir Noir, plusieurs centaines de Noirs d'East London malgré la vague de répression, s'affirme, dans ces journées tragiques, l'unité du peuple noir d'Afrique du Sud qui revendique le pouvoir. Gela fait bientôt trois siècles que cette unité se forge dans le sang, dans l'exil, dans la résistance à l'oppresseur. Celui-ci voit aujourd'hui, effrayé un seul peuple se mettre debout, un peuple qu'il croyait avoir anéanti en multipliant les divisions, les cassures, les fractures tribales, ethniques, linguistiques, culturelles, raciales, socio-économiques.
Le 23 août, les étudiants noirs de Soweto appellent à la grève des transports et le mot d'ordre sera très largement suivi. Et voilà que, courant septembre, c'est la région du Cap qui prend le relais. « Pour nous il n'y a pas de différence entre un Métis et un Noir, nous ne sommes pas des non-Blancs, nous sommes des Noirs » déclarent les élèves métis du Cap région où vivent 90% des deux millions et demi de Métis d'Afrique du Sud. Du Cap la révolte gagne les villes alentour villes blanches, townships ou villes métisses sont touchées et le bilan des victimes s'alourdit : 80 morts environ pour la seule journée du jeudi 10 septembre.
A Soweto, pendant ce temps, des tracts
annoncent une nouvelle grève générale. Le 13 septembre,
à la veille de la seconde journée du voyage de kissinger
en Afrique Australe, la grève sera observée par 90 0/o des
populations de Soweto et d'Alexandra, tandis que le 15 une grève
démarre dans la région du Cap... Le 21, un rapport publié
par l'institut Chrétien d'Afrique du Sud fait état de 2 500
personnes arrêtées depuis le début des événements.
Le ministre de l'information et de l'intérieur annonce de son côté
que « l'armée sud-africaine pourrait être appelée
à intervenir Si les manifestations d'Africains continuent dans le
pays » ajoutant « jusqu'à présent le gouvernement
a gardé les mains douces pour s'occuper des manifestations...
En guise de manières douces
le gouvernement procède à de vastes vagues d'arrestations.
Le 13 septembre, 500 personnes sont arrêtées à Durban
le 14, 900 autres sont détenues dans le canton d'Alexandra (Johannesburg).
A la mi-octobre, de nombreux étudiants de rurfloop et de l'Université
de Zuiuland à Ngoye sont à leur tour arrêtés
ils rejoignent en détention les membres les plus actifs du BPC et
de la SASO. Des pasteurs, des prêtres, toutes les personnes qui ont
un lien quelconque avec le ZIMELE TRUST FUND (organisme de soutien financier
dont le but est de mettre en oeuvre des projets de réhabilitation
pour anciens prisonniers politiques dans les zones de réinstallation
où ces prisonniers et leurs familles sont obligés de vivre)
les travailleurs sociaux et tous ceux qui ont des activités diverses
dans les quartiers noirs en liaison avec le BPC, tous, sont à cette
date mis sous les verrous.
En Europe, la presse et les média en général ne s'intéressent plus guère à ce qui se passe à Soweto après avoir fait la une des journaux - et dans quelles conditions - pendant quelques jours au mois de juin, les événements en Afrique du Sud sont peu à peu « oubliés ». La grande presse s'intéresse davantage aux allées et venues de Kissinger, à ses rencontres avec Smith, Vorster, etc. Et pourtant, le 19 octobre, la police arrête 700 Africains à Soweto quelques jours après, le 22, elle entoure avec une vingtaine de véhicules dont des blindés, le lycée de Soweto 15 enseignants et 62 élèves iront rejoindre en prison les milliers des leurs qui y sont déjà. Parallèlement, en application de la loi « sur la Sécurité interne » ou de la « loi sur le terrorisme », des centaines d'autres personnes Sont appréhendées à travers tout le pays. Et dans les locaux de la police résonnent les cris des torturés.
La liste des morts s allonge également de jour en jour. Fin octobre, des sources dignes de foi citaient le chiffre de i 000 morts et de plusieurs milliers de blessés. Rien d'étonnant à cela car le scénario est toujours le même, depuis le premier jour des étudiants et des écoliers noirs se rassemblent et marchent pacifiquement pour manifester leur soutien à ceux des leurs qui ont été arrêtés et demander leur libération ou bien encore pour se diriger en longues files vers le cimetière voisin pour porter en terre ceux de leurs camarades que la police a abattus la veille ou l'avant-veille. Et la police intervient de nouveau, brutalement, armée de carabines, de mitrailleuses, de blindés, elle fait » respecter l'ordre à tout prix » et c'est le massacre.
Cinq mois après le début des événements à Soweto, le gouvernement publie des statistiques et donne son interprétation des événements il s'agit de désordres organisés par des éléments étrangers (sous-entendu communistes) encourages par une poignée de Blancs qui « persuadent les Noirs qu'ils sont malheureux ! ». Pour l'ensemble du territoire, il est tait état de plus de trois cents morts, quatre mille deux cents personnes sont appelées à comparaître en justice, dont plusieurs centaines d'enfants enfin le gouvernement admet que des centaines de jeunes gens se sont enfuis clandestinement vers le Botswana ou le Swaziland. Ces statistiques sont aussitôt attaquées par les mouvements noirs comme par certains groupes de Blancs libéraux qui avancent eux le chiffre de 1 200 morts. Pour toute réponse ils seront arrêtés et emprisonnés. Le Pouvoir a peur et ne voit le salut que dans la poursuite de la violence et de la répression.
NOVEMBRE 1976: LE MOUVEMENT SYNDICAL DECAPITE
Du 17 au 19 novembre, quatorze personnes
situées à des points clés du mouvement syndical africain
sont bannies pour une période de cinq ans ce qui, pour un temps,
met un terme à l'entreprise de ceux qui tentaient de ressusciter
un syndicalisme africain autonome et revendicatif.
Les 2 pôles principaux de
l'animation syndicale africaine sont durement atteints l'Urban Training
Project (UTP) et 'Industrial Aid Society (lAS) de Johannesbourg le
Trade-Union Advisory and Coordinating Council (TUACC) et l'lnstitute of
industrial Education (lIE) de Durban, organisations créées
à la suite des grandes grèves en 1973/1974.
L'INSTITUT CHRETIEN ASSIEGE
Le 26 novembre, des forces de police entourent les locaux du Conseil sud-africain des Eglises et de l'institut chrétien d'Afrique australe à Johannesburg Pendant plus de huit heures, la police fouillera tout le bâtiment, saisira des centaines de documents, arrêtera plusieurs personnes, dont le directeur de l'lnstitute, le 2 décembre.
NOEL SANGLANT AU CAP
En signe de deuil, les étudiants noirs ont demandé que les débits de boisson et les magasins de jouets soient fermés pour les fêtes. La police, utilisant ce prétexte, fait procéder à un massacre, par travailleurs migrants interposés. Bilan : 90 morts.
1977: CONTRE L'EDUCATION BANTOUE ET POUR L'AUTONOMIE MUNICIPALE DE SOWETO
L'« agitation», comme
on dit, ne cessera pas dans les mois qui suivent les arrestations
et inculpations se multiplient, visant tout particulièrement les
responsables des organisations de la Conscience Noire (BPC, BCP, SASO,
etc.) aux sièges desquelles des perquisitions sont effectuées.
Du 20 au 27 mars 1977, ces associations
organisent une grande semaine de commémoration du massacre de Sharpeville
et de Soweto. Des manifestations ont lieu contre l'augmentation des loyers
à Soweto. La police met en oeuvre un nouveau matériel répressif.
Bilan : 3 blessés, mais une victoire : la hausse des loyers est
suspendue fin avril.
En juin, premier anniversaire du
16 juin 1976, célébré dans les townships le
bilan sera de 12 morts, 33 blessés et 208 arrestations.
A la réouverture des écoles,
en juillet, les élèves décrètent aussitôt
le boycott des cours le pouvoir ferme un mois plus tard les écoles
de Soweto et l'Université noire du Nord. Ces deux mois seront marqués
par un intense travail des écoliers et des adultes solidaires. On
comptera au moins 6 tués.
- Les écoliers mettent leurs
enseignants en demeure de prendre position à leurs côtés,
et exigent la démission de tous les Africains qui collaborent à
des institutions créées par le gouvernement après
le succès obtenu auprès des membres du Conseil Urbain Bantou
qui venaient de démissionner en majorité en juin, ils s'attaquent
aux membres africains des Conseils d'administration des écoles de
Soweto ainsi qu'aux policiers noirs qu'ils enjoignent de démissionner.
En septembre, 700 enseignants auront démissionné.
- Un large front d'organisations
se forme, à l'initiative du journal africain The World pour créer
un conseil municipal parallèle revendiquant l'autonomie municipale
de Soweto. C'est la naissance du « Comité des Dix »
qui se heurte à une fin de non-recevoir totale du pouvoir, lequel
interdit ses meetings et les réprime violemment (chiens policiers,
chevrotine, balles en caoutchouc, tirs au pistolet, etc.).
- Au Cap, le mois d'août est
marqué par les raids de la police contre les camps de squatters
dont la démolition est entamée, malgré une intense
mobilisation de solidarité.
Pour la suite des événements,
les dimensions de ce numéro ne nous permettent pas d'en rendre le
cours dans le détail les lignes suivantes rendent seulement
compte des grands chapitres de la répression.
L'ASSASSINAT DE STEVE BIKO (12-9-1977)
Steve Biko était l'un des
fondateurs du Mouvement de la Conscience Noire. Né à Kingwiiliamstown,
dans la province du Cap en 1946, il a été actif dans la NUSAS
(Union Nationale des Etudiants d'Afrique du Sud, dominée par des
libéraux blancs) qu'il a quittée en 1968 pour devenir le
premier président de la South African Student's Organisation (SASO).
Quand nous avons constitué
un mouvement exclusivement noir, nous avons été accusés
d'être anti-blancs. Mais étant donné qu'il y a à
l'université beaucoup plus de blancs, les syndicats d'étudiants
non-raciaux étaient dominés par des blancs libéraux.
Ils prenaient les décisions à notre place. Nous avions besoin
de temps pour regarder nos propres problèmes sans les confier à
des gens qui n'avaient pas vécu les conditions terribles des townships
noires et du Système de l'Education Bantoue. »
En 1972, Steve commença à
travailler pour les « Programmes de la Communauté Noire »
(BCP) à Durban. En mars 1973, il est frappé d'un ordre de
bannissement avec d'autres leaders du BPC et de la SASO.
Malgré des difficultés
considérables, il continue, courant de grands risques, à
mener une intense activité militante clandestine. Il fonde en 1975
le Zimele Trust Fund, un fonds d'aide aux prisonniers politiques et à
leurs familles, ainsi que le Ginsberg Educational Trust, organisme d'assistance
aux étudiants noirs.
« En dépit de son bannissement,
son activité et son rayonnement étaient tels chez les Noirs,
qu'après les massacres de Juin 1976, les leaders de Soweto demandèrent
que le gouvernement négocie l'avenir du pays avec trois leaders
noirs Nelson Mandela, leader de l'A NC, emprisonné a' vie à
Robben Island, ,Robert Sobukive banni, vivant près de Kimberley
à l'époque,, et Steve Biko»
Steve fut arrête' quatre fois,
dont une fois pour 101 jours sans accusation ni procès. En 1974,
accusé d'avoir violé son ordre de bannissement, il est acquitté
Une autre fois, en juillet 1977, il est accusé d'avoir incité
des témoins à modifier leur témoignage des jeunes
avaient été torturés par la police et contraints de
signer des aveux qu'ils n'avaient pas eu l'autorisation de lire. On les
avait pris un par un pour leur faire signer un document recouvert par une
feuille de papier, et tels étaient les aveux «authentiques
» présentés à la Cour par la police... Steve
avait conseillé aux jeunes de dire exactement au juge ce qu'ils
venaient de lui confier. Ils le tirent et turent acquittés. Il est
arrêté pour la dernière fois en août 1977 avec
un militant de la BPC, Peter Jones, actuellement banni.
Le 12 septembre 1977, Steve meurt
à la prison de Pretoria. Peu après, le ministre de la Police
Jimmy Kruger déclare que Steve était mort suite à
une grève de la faim de 5 jours. Par la suite, il niera avoir même
parlé de grève de la faim et reconnaîtra que Steve
pouvait avoir été blessé lors d'un affrontement avec
la police de sécurité.
La mort d'un leader aussi populaire
et respecté créa une stupeur considérable. La presse
et l'ensemble des organisations non interdites à l'époque
réclamèrent une autopsie et une enquête publique. Gênée
par une telle publicité, la police tenta de gagner du temps en retardant
la publication des résultats de l'autopsie et en faisant traîner
l'enquête en longueur, le temps de laisser passer la vague la plus
forte de colère populaire et de fabriquer une version officielle
qui puisse être en accord avec les résultats de l'autopsie.
Ainsi tut donnée l'explication
suivante par les 6 policiers chargés de son « interrogatoire
» : Perdant brusquement le contrôle de lui-même, Steve
aurait été blessé à la tête alors qu'il
tentait d'envoyer une chaise sur l'un de ses gardiens. avant d'être
maîtrisé et emmené à l'hôpital de la prison
de Port Elizabeth puis à celle de Prétoria où il devait
décéder le 12 septembre.
L'enquête révéla
trois mois plus tard que Steve avait été gardé nu
dans sa cellule pendant une grande partie de sa détention, et enchaîné
aux mains et aux pieds. Il fut attaché à une grille métallique
et soumis à un interrogatoire » pendant 22 heures consécutives,
au cours desquelles il fut battu, torturé et reçut plusieurs
coups à la tête qui provoquèrent des lésions
fatales au cerveau. Par ailleurs, les trois médecins qui l'avaient
examiné pendant sa détention reconnurent avoir délivré
de faux rapports sur l'état de santé de Steve pour éviter
que la police ne soit mise en cause. Ce n'est que lorsqu'il tomba dans
le coma que Steve fut jeté à l'arrière d'une Land-Rover
et emmené ainsi pendant 1200 km jusqu'à Prétoria où
il mourut quelques heures après son arrivée, alors qu'il
y avait à Port-Elizabeth des services médicaux tout à
fait compétents.
20 000 personnes assistèrent
aux obsèques de Steve Biko. I 200 d'entre elles turent arrêtées.
L'enquête sur les responsables de sa mort se conclut par un non-lieu.
LA « CONSCIENCE NOIRE» INTERDITE (19-10-1977)
Après avoir tenté d'écraser
dans le sang la révolte de Soweto, voyant que les i 000 morts de
l'année 1976 n'avaient pas muselé, loin s'en faut, l'opposition
à l'apartheid, le gouvernement Vorster s'attaqua aux organisations
dans lesquelles la masse du peuple noir sud-africain se reconnaissait et
structurait sa lutte dans le pays même depuis les années 1970.
Après l'interdiction des syndicats noirs, il a donc voulu frapper
un grand coup pour supprimer toute contestation.
Le 19 octobre 1977, le gouvernement
Vorster interdisait les dix-sept organisations noires suivantes, membres
ou proches, du mouvement de la Conscience Noire: l'ASSECA, le B.P.A. (Black
Parent Association), le B.P.C. (Black People Convention), le B.C.P. (Black
Community Programmes), le B.W.F. (Black Women Federation), la B.Y.O. (Border
Youth Organisation), la E.C.Y.O. (Eastern Cape Youth Organisation), la
W.C.Y.O. (Western Cape Youth Organisation), la T.Y.O. (Transvaal Youth
Organisation),la N.Y.O. (Natal Youth Organisation), la N.Y.O (National
Youth Organisation), le S.A.S.M. (South African Students Movement), la
S.A.S.O. (South African Students Organisation), le S.S.R.C. (Soweto Students
Representatives Counci I), I'U.B.J. (Union of Black Journalists), le Z.T.F.
(Zimele Trust Fund), ainsi que le Christian Institute (multiracial).
A cette liste viennent s'ajouter
les noms des 49 dirigeants arrêtés ou bannis et ceux de deux
journaux lus par les Noirs Worîd et Week-end Worîd également
suspendus le même jour. Tous les mouvements anti-apartheid que ce
soit les associations de jeunes, les mouvements étudiants, les associations
de parents, de journalistes, toutes formes d'opposition ont été
anéanties légalement. C'est la plus grande vague de répression
depuis Sharpeville, en 1960.
L'ASSASSINAT DE RICHARD TURNER (8-01-1978)
Dans la nuit du 7 au 8 janvier 1978,
on sonne à la maison de Richard Turner. Il se lève, va ouvrir;
ses deux filles sont réveillées également.
A bout portant, plusieurs balles
sont tirées sur lui, l'atteignant en plein coeur. Il s'effondre,
mort, devant ses deux filles. Tué par des balles fascistes.
Intellectuel marxiste, Richard Turner
avait pris une part importante dans l'intense activité étudiante
qui marqua les premières années 1970 et qui devait entraîner
entre autres des étudiants à mettre leurs connaissances au
service des travailleurs africains par le biais des « commissions
de salaires qui eurent un rôle considérable dans l'agitation
ouvrière de 1973!1974 et le renouveau syndical qui suivit.
Banni » en 1973 pour 5 ans,
il ne pouvait plus parler à plus d'une personne à la fois.
Lorsque le Mouvement de la Conscience Noire fut mis au banc des accusés,
R. Tutner comparu comme témoin de la défense et travailla
à la libération des inculpés. C'était un ami
de Steve Biko. Il est mort assassiné, a la veille de l'expiration
de son ordre de « bannissement".
PROCES DE 12 MEMBRES DE L'A.N.C. (05-1977 - 04-1978)
Onze hommes et une femme, inculpés
sous le Terrorism Act, sont accusés d'avoir été parties
prenantes d'une conspiration visant à renverser le système
existant en Afrique du Sud. Le procureur déclara que l'African National
Congress était utilisé par le Parti Communiste sud-africain
(clandestin) qui voudrait soumettre la révolution noire nationale
au marxisme-léninisme, ce qui {{ conduirait à un gouvernement
blanc dominé par la Russie marxiste, l'ANC étant utilisée
par le parti communiste comme façade
Il est reproché aux accusés
d'avoir recruté des militants, d'avoir installé des dépôts
d'armes et d'avoir été trouvés en possession de différentes
armes ou engins explosifs.
Les » témoignages »
avancés par l'accusation visent à établir que certains
des accusés auraient reçu une formation à la guerilla
à Moscou, qu'ils auraient tenté de persuader certains des
» témoins » à suivre une formation militaire
dans les camps de 'ANC en Tanzanie, qu'ils auraient expliqué à
d'autres le maniement des armes et leur auraient demandé d'en cacher
chez eux, etc...
Le fils d'un des accusés
fut arrêté selon le Terrorism Act pour avoir refusé
de témoigner contre son père. D'autres membres des familles
des accusés furent soumis à la répression.
La défense reconnut que 4
des accusés (MM. Sexwale, Tsiki, Motaung, Mohlanyaneng) avaient
été impliqués dans une conspiration, mais affirma
que l'Etat n'avait pas réussi à prouver la culpabilité
des autres accusés. Elle montra également comment les dépositions
de certains témoins d'Etat avaient été modifiées
entre les séances du procès.
M. Maledi Tsiki (22 ans) déclara
à la cour que la violence limitée de I'ANC était la
seule façon de sortir d'une impasse politique.« Il serait
inacceptable pour moi de tirer sur des enfants ou sur leurs parents, simplement
parce qu'ils sont blancs. Ce serait du pur terrorisme auquel moi-même,
et les organisations auxquelles j'appartiens. nous sommes opposés
La peine de mort fut requise contre
6 des accusés. Le 7 avril 1978, M. Tsiki fut déclaré
coupable d'avoir saboté une ligne de chemin de fer : 14 ans de détention.
M. Sexwale, 25 ans, avait jeté
une grenade sur deux policiers, mais n'avait pas tenté de les tuer,
bien qu'ils fussent blessés et à sa merci 18 ans de
détention.
Motaung fut condamné à
10 ans, ainsi que M. Mohlanyaneng. M. Ramokgadi à 7 ans, M. Seathlolo
à 12 ans.
Les autres accusés, acquittés,
furent relâchés. L'un d'eux, M. Ngubeni, fut à nouveau
arrêté peu après. L'un des témoins d'Etat fut
tué peu après. Un autre eut sa maison détruite par
une bombe. 3 jeunes témoins d'Etat, qui avaient refusé de
témoigner dans le procès de l'ANC à Prétoria,
furent condamnés à 6 mois fermes.
L'AZAPO: AUSSITOT NEE, REPRIMEE (23-4 - 4-5-1978)
Le 28 avril 1978, 80 délégués
venant des principaux centres d'Afrique du Sud créaient à
Roodepoort près de Johannesburg Tanzanian People's Organisation
(AZAPO). Après la mort de Steve Biko et les interdictions des 19
organisations du mouvement en octobre 1977, la création de l'AZAPO
marquait la volonté des militants de la « Conscience Noire
» de reprendre l'initiative, tout en demeurant dans la légalité.
Ils se donnaient pour Président M. Mkhabela, animateur du Comité
d'action de Soweto (SAC), créé lui aussi après la
vague de répression d'octobre
dernier, et déclaraient.:
1) s'opposer à toutes les
institutions créées par le pouvoir blanc (bantoustans, conseils
de communauté, ....)
2) encourager la théologie
noire,
3) travailler à la création
d'une société sud-africaine où il n'y aurait qu'un
seul parlement, un seul Etat unitaire, et un seul système éducatif
pour tous.
Le 4 mai suivant, le Président
du nouveau parti, son secrétaire général, M. Lybon
Mabasa, et le vice-président du Comité d'action de Soweto,
M. Mosala, étaient arrêtés. Puis certains d'entre eux
furent bannis.
Le 30 septembre 1979, I'AZAPO tenait
son premier congrès et se donnait une nouvelle direction.
(Président : M. Curtis Nkondo).
Une nouvelle vague de répression
devait frapper tout au long de ce mois de mai 1978 une vingtaine d'autres
personnalités. Parmi elles, il faut compter le directeur administratif
adjoint de The Voice (hebdomadaire noir financé par le Conseil sud-africain
des Eglises) M. Mokofeng, ainsi qu'une de ses journalistes, Mme Juby Mayet,
d'origine indienne, le Président de la Jeunesse Ouvrière
Chrétienne d'Afrique du Sud, M. Petelo Magame, son secrétaire
général, Marcus Rodgers, et une militante, Joyce Mokhesi.
Deux blancs, responsables de l'association
privée SACHED -Conseil Sud-Africain pour l'Education Supérieure
- travaillant à l'amélioration de l'éducation des
Africains, ont été « bannis et assignés à
résidence les 6 et 7 mai, dans le but de réduire la SACHED
à l'inactivité sans l'interdire officiellement. Ces nouveaux
détenus pour une durée indéterminée et sans
procès rejoignent en prison la majorité des leaders noirs
arrêtés en octobre et toujours détenus. Mais, déjà,
d'autres prennent la relève : le 22 mai, on apprenait la constitution
d'un nouveau comité directeur du Comité d'action de Soweto
avec le Père catholique E.M. Tema, MM. J. Moseki et M. Seloma, et
Mlle T.P. Selomelelo.
SOLOMON MAHLANGU, EXECUTE (6-4-1979)
Le 13 juin 1977, trois hommes, Johannes
Motlaung, Lucky Mahlangu et Solomon Mahlangu entrent à Johannesburg.
Ils transportent des armes, des munitions, des grenades.A Johannesburg,
ils sonmt arrêtés et dépouillés par la police
qui découvrent les munitions dans le sac de Solomon Mahlangu; ils
réussissent à s'enfuir tous les trois en courant de Jeppe
Street vers Goach Street et se réfugient dans un garage. Pris de
panique, Motlaung jette une grenade sous un camion et ouvre le feu sur
un groupe de quatre hommes blancs prenant le thé dans un bureau
proche; deux sont tués, les deux autres sont blessés. L'un
des blessés réussit à frapper plusieurs fois Motlaung
sur la tête avec une barre de bois, au moment où celui-ci
tentait de dégoupiller une grenade, son pistolet s'étant
enrayé. Il est alors maîtrisé et remis à la
police. Solomon Mahlangu est également arrêté ; Lucky
Mahlangu réussit à s'échapper.
Après les examens médicaux,
Motlaung est déclaré inapte à comparaître, les
coups sur la tête lui ayant tait perdre la raison. Solomon, 21 ans,
comparait pour les chefs d'accusation suivants Deux meurtres, deux tentatives
de meurtres ; trois inculpations sous le Terrorism Act, une inculpation
sous l'internai Security Act. Le procureur déclare qu'il avait quitté
l'Afrique du Sud pour recevoir un entraînement militaire auprès
de l'African National Congress. Il aurait reçu sa formation en Angola,
au Mozambique et au Swaziland.
Solomon plaida non coupable pour
tous les chefs d'inculpation. Il affirma que, pendant sa détention,
il avait été torturé plusieurs fois par les policiers
qui lui avaient promis de le faire mourir à petit feu. Un fonctionnaire
de la police nia avoir torturé Solomon, mais reconnut qu'il pouvait
bien avoir été torturé « en son absence ».
Pendant l'audience, Solomon portait au front les traces des coups qu'il
avait reçus : il avait plusieurs fois été frappé
avec des barres de bois ; il a été suspendu en l'air et brutalement
jeté par terre il a été privé de boisson
et de nourriture pendant des jours et des nuits entières ; il révéla
que des déclarations lui avaient été arrachées
sous la torture
- notamment l'une faisant état
d'un voyage à Moscou.
Solomon affirma que le respect de
la vie humaine, que lui avaient enseigné les officiels de l'ANC,
l'avait empêché de tirer sur les gens à Goch Street.
Cependant, bien qu'il n'ait tiré
sur personne à Goch Street, il fut déclaré coupable
de tous les chefs d'accusation.
Le 2 mars 1978, il est condamné
à mort. Aussitôt après avoir entendu sa sentence, Solomon
lève le poing et crie Amandla ! (pouvoir!). Le public lui répond
en faisant le geste du poing levé. En juin 1978, l'appel est refusé
par le juge Theron. Un mois plus tard, un recours auprès du chef
de la justice est également rejeté. En novembre 1978, la
demande de révision du procès est rejetée ; une démarche
analogue auprès du chef de la justice connaît le même
Sort. Un appel à la clémence est présenté au
Président de la République, tandis qu'une intense campagne
de mobilisation internationale lancée par l'ANC a lieu dans de nombreux
pays du monde. Mais, le 6 avril 1979, à l'âge de 21 ans, Solomon
est pendu. La machine policière sud-africaine l'a broyé.
LE PROCES DU SIECLE (9-1978 - 5-1979)
il jeunes dirigeants noirs de Soweto sont accusés de conspiration contre le gouvernement, de terrorisme, sédition et incitation au soulèvement.
Leur procès s'est ouvert en septembre 1978 et a été ajourné à la fin novembre après l'audition de 106 témoins de l'accusation dont les témoignages couvrent plus de 2 000 pages. Par ce gigantesque procès, l'Etat veut faire porter aux accusés la responsabilité des événements de Soweto et de la profonde agitation pendant les deux années qui ont suivi. L'acte d'accusation leur reproche
- d'avoir pris part aux manifestations du 16 juin contre l'utilisation de l'afrikaans comme langue d'enseignement
- d'avoir participé à une manifestation contre les membres du Conseil Urbain Bantou après une hausse des loyers de Soweto et à deux marches de protestation à John Vorster Square ainsi qu'à l'incendie de maisons de policiers à Rockville ; d'avoir exercé des menaces à l'encontre du conseil de l'école de Basotho ainsi qu'à celui des membres de l'Urban Bantou Council pour obtenir leur démission.
- d'avoir jeté des pierres à des policiers.
L'un des accusés affirme avoir été torturé par la police pour extorquer ses aveux ; un rapport médical constate ses blessures, mais les policiers nient avoir torturé un seul des accusés.
Le procès dura 5 mois. L'un des accusés, D. Montsitsi, porta plainte contre le ministre Kruger et réclama la somme de 6 750 R. de dommages et intérêts ; il déclara avoir été torturé aux parties génitales et battu avec une matraque en caoutchouc, avoir reçu des coups de crosse sur le crâne. Alors qu'il avait les yeux bandés, on lui frappa la tête contre le sol. Il fut ainsi placé contre un mur les bras en l'air, une brique dans les mains, avec l'interdiction de baisser les bras. Epuisé, il ne pouvait que se laisser tomber la brique sur la tête et s'écrouler.
Le 11 mai 1979, fut rendu le jugement : les peines prononcées furent cependant plus modérées qu'on n'osait l'espérer. Daniel Montsisi était condamné à 8 ans de prison dont 4 avec sursis sept autres (Wilson Chief Twala, Jefferson Kengane, Ernest Ndabeni, Kennedy Mogami, Reginald 'Mngomezu lu, Michel Khiba et Georges Twala) à 5 ans de prison avec sursis ; 2 autres accusés, Seth Mazibuko, V.P. du SASM, et Susan Mthembu Secrétaire du SASM, furent condamnés à 6 ans de prison dont 4 avec sursis, et Mafison Morobe à 7 dont 4 avec sursis. La défense a fait appel contre les peines de prison ferme.
Au moment où furent rendues les sentences, les accusés s'embrassèrent d'émotion et firent le salut du black power.
PROCES DE 18 MEMBRES DU P.A.C. (12-1977 - 6-1979)
Ces 18 personnes sont accusées d'après le Terrorism Act
- d'avoir participé à des actions « terroristes
- d'avoir travaillé pour le P.A.C., interdit
- d'avoir recruté des Africains pour leur donner une. formation militaire
- d'avoir conspiré à Robben lsland et ailleurs pour ranimer le P.A.C.;
- d'avoir été impliquées dans la révolte de Kagiso.
Les 4 000 pages de dépositions de l'accusation couvrent des événements sur une période de 15 ans, et dans 7 villes sud-africaines. Le procès dura 15 mois, avec 100 jours d'audience. Les témoins d'Etat (témoins cités par l'accusation) ont le privilège .~e pouvoir garder l'anonymat, ce qui donne quelque liberté à l'accusation pour établir ses « témoignages ». L'Etat a ainsi réussi a faire témoigner contre les accusés des anciens compagnons de détention à Robben lsland.
Makhaphela, l'un des témoins de la défense; affirma avoirr été torturé après son arrestation, le 10 octobre 1977 : la police l'empêche de dormir et le force à rester debout pendant une semaine complète. Attaché par des forceps d'acier, il fut également torturé par la police. D'autres témoins de la défense, Sipho Mthuzula et Lawrence Ntloka ont également été torturés. Ils ont affirmé que la police leur avait extorqué des dépositions fausses. Devant le tribunal, ils rejetèrent les uns en partie, les autres en totalité, leurs déclarations précédentes obtenues sous la torture.
Les accusés réclament la somme de 133 000 rands au ministère de la police pour avoir été torturés. La demande fut transmise par leur avocat, M. Mxenge, qui reçut des menaces de mort. Des lettres anonymes l'accusaient d'être un traître : « Tu sais ce qui est arrivé à Ric Turner et aux autres...
L'un des accusés, Johson Nyathi, fut, au cours de sa détention, jeté par la police de sécurité du 4ème étage de l'immeuble. Il venait de subir des tortures prolongées. Il nia avoir tenté de se suicider et révéla à la Cour qu'une fois à l'hôpital avec ses deux jambes cassées, il reçut la visite d'un magistrat venu lui demander s'il pourrait maintenant voler sans ailes.
Le procès dura 492 jours. Sentences prononcées le 26 juin 1979 Tephani Mothopeng, ancien prisonnier de Robben lsland, 66 ans 15 ans de prison ; Michael Matsobane 15 ans Daniel Matsobane: 12 ans; John Ganga: 11 ans; J. Nyathi et B. Ntode: 10 ans ; Juhus Landingwe, Mothlaagogi Thole, Themda Hlatswago 8 ans ; Tolile Ndindwa, Moffat Zungu, Goodwill Mon et Michael Khala: 7 ans.
TRAVAIL OU PRISON
L'entrée des Noirs en zone urbaine est sévèrement restreinte et contrôlée, le but avoué de l'administration blanche étant de transformer l'ensemble de la population noire en travailleurs migrants, dépourvus de tout droit en zone dite « blanche » soit sur les 87 0/o du territoire.
La doctrine d'apartheid considère
officiellement les Africains vivant dans les zones blanches comme des résidents
temporaires - il s'agit non seulement des travailleurs migrants sous contrat,
mais encore de ceux qui sont officiellement résidents »
parce qu'ils y justifient d'un même emploi depuis dix ans ou d'emplois
divers depuis quinze ans, mais sans période de chômage intermédiaire.
Tous doivent, un jour ou l'autre,
retourner » dans leurs «
bantoustans » présentés comme leurs patries alors même
qu'en majorité ils n'y ont jamais mis les pieds.
Ces restrictions s'appliquent aux époux respectifs, aux enfants mariés ou majeurs, de telle sorte qu'un Africain, considéré comme résident, n'a pas le droit de faire venir chez lui sa femme ou sa fille mariée ou son fils de 18 ans pendant plus de 72 h. De toutes manières, il peut lui-même en être expulsé par simple décision administrative, Si le Ministre estime que le nombre des Africains dépasse les besoins en main d'oeuvre.
Ainsi le pouvoir blanc :
- interdit pratiquement aux Africains de posséder leurs logements, même ai officiellement ils y ont maintenant droit (depuis les événements de 1976);
- soumet la présence des Africains en zone blanche à la possession en bonne et due forme d'un emploi : les chômeurs sont censés retourner dans leurs bantoustans - ce que peu d'entre eux font, préférant vivre illégalement dans les zones urbaines Une nouvelle loi de 1978 autorise à déclarer « oisif » tout Africain qui aura été au chômage plus de 122 jours par an, même non consécutifs, à l'arrêter, à l'envoyer dans un « centre de réhabilitation >' ou une ferme-prison, ou encore aux travaux forcés dans les zones rurales des régions déclarées « bantoues
En 1979, M. Riekert déposait sur la table du gouvernement un certain nombre de propositions touchant à la présence des Noirs en zone blanche : certaines libéralisations y sont envisagées (le droit pour une famille de rejoindre son chef de famille en zone urbaine, dans la limite des logements légaux disponibles, etc.), mais elles ne peuvent cacher la logique d'ensemble : elle consiste à supprimer les droits de résidence codifiés dans l'Urban Areas Act (section 10) et à soumettre exclusivement l'entrée en zone urbaine à « l'offre d'emploi et de logement autorisé ». L'ensemble de ces propositions, Si elles étaient adoptées, aboutiraient à restreindre plus encore le droit d'entrée en zone urbaine, tout en aménageant plus libéralement les droits de résidence, de déplacement et d'activité commerciale des résidents, ainsi privilégiés. La chasse aux travailleurs « illégaux» (plus de 500 000 dans la seule région de Johannesbourg) à savoir aux chômeurs vivant d'expédients et menus travaux sous-payés - ne pourra que se renforcer.
DEUX MILLIONS DE DEPORTES
Pour mettre en application la politique d'apartheid, le pouvoir blanc procède à des déportations massives de population africaine il s'agit de débarrasser les zones blanches de tous les Africains « en trop », «improductifs « : chômeurs, vieillards, femmes, enfants, invalides, grévistes «indésirables », etc. Depuis le début des opérations de « réinstallation », c'est plus de 2 MILLIONS de personnes qui ont été ainsi chassées des zones blanches et envoyées dans des camps de « reclassement « ou directement dans des bantoustans. Si les projets gouvernementaux sont menés à terme, ce seront 4 MILLIONS d'Africains sur 25 Millions qui auront ainsi été déportés.
La situation à tous égards inhumaine et catastrophique qui règne dans ces camps de réinstallation a été recemment décrite par l'envoyé spécial de l'AFP à Johannesbourg. Voici l'essentiel de son témoignage
« NQUTU. - Assise à même le soi près d'une minuscule case métallique, Mme Ndiyasi termine une natte en fibre végétale entourée de 3 des 13 enfants à sa charge.
Il y a trois semaines, Mme Ndiyasi et sa famille ont été amenées par un camion de l'administration sud--africaine jusqu'à cette case métallique à Nondweni, un « camp de reclassement » situé près de Nqutu, dans le nord de la province du Natal.
Jusque-là les Ndiyasi vivaient
paisiblement sur un lopin de terre que leur fournissait un fermier blanc
à Babanango, a 50 km plus a' l'est, en échange du travail
gratuit de M.
Ndiyasi une pratique très
courante en Afrique du sud. Mais le gouverne nient sud-africain a décidé
de limiter le nombre de familles noires vivant sur les fermes blanches,
et les Ndiyasi ont été chassés et envoyés à
Nondweni, également appelé par ses habitants « Tin
Town» (la Ville de Métal). Comme tous les autres «reclassés»
les Ndiyasi ont trois mois pour construire leur propre case en terre, au
terme desquels la case de métal leur sera retirée et érigée
un peu plus loin pour abriter de nouveaux arrivants... Nondweni accueille
ainsi plusieurs dizaines de familles chaque mois, qui viennent s'ajouter
aux quelque 2 millions de reclassés du pays.
Que peut-on faire à Nondweni « Rien», répondent ses habitants désespérés. Ils n'ont en effet ni le droit de garder du bétail. ni d'avoir des terres à cultiver. La seule issue est le travail migratoire pour les hommes mais, en raison de la crise économique que traverse le pays (il y a plus d'un million et demi de chômeurs noirs). les perspectives sont faibles et les gens survivent plutôt mai que bien.
Nondiveni qui compte actuellement près de 5 000 habitants, est situé en bordure du Bantoustan (loyer tribal) Kwazulu, auquel le village et ses habitants seront rattachés dans l'avenir, dégageant ainsi Prétoria de la responsabilité de cette population désoeuvrée.
La malnutrition est courante à Nondweni, et l'état sanitaire y est plus sérieux que dans les autres zones rurales de la région, selon des sources médicales.
Nondweni n'est pas un cas unique où une population entière est condamnée à l'inactivité. à la sous-alimentation et à la maladie.
Msinga, à 150 km au sud de Nqutu, est un autre camp de « reclassement» plus ancien, plus peuplé avec quel que 20 000 personnes, et peut-être plus dramatique encore.
Situé sur une bande de terre le long d'une rivière, le camp fait face, sur l'autre rive, à des fermes prospères appartenant à des Blancs ou à l'administration, tandis que les Africains « reclassés » n'ont pas accès à la terre. En fait certains, dont de nombreux enfants, sont employés par les fermiers à des salaires de l'ordre de 40 cents (environ 2 F.F.) par jour.
Msinga a d'ailleurs été le théatre, ces dernières années, de violents affrontements tribaux faisant plusieurs victimes, attribués dans de nombreuses études au problème du manque de terre et de travail qui ont ravivé les antagonismes.
Le problème des camps de « reclassement » n'est pas nouveau, mais ce n'est que récemment que des enquêtes de journaux l'ont ramené à la surface de façon dramatique. L'évêque Desmond Tutu, secrétaire général du Conseil sud-africain des Eglises, a récemment déclaré son indignation après avoir visité de tels camps dans l'est de la province du Cap o