Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Articles sur l'Ouganda
ARTICLES SUR L'OUGANDA

- L'ouganda vit et se bat avec le SIDA :

A Kampala, capitale de l'Ouganda, 40 % des habitants sont séropositifs; dans certaines provinces, ce taux atteint 50 %, voire 60 %... Toute la vie sociale et économique du pays se trouve complètement bouleversée par la maladie qui, telle une peste moderne, touche tous les milieux sans distinction. Cependant, refusant de perdre l'espoir malgré l'absence de traitement efficace, les gens s'organisent, retrouvent des élans de forte solidarité. Et le système de santé, avec l'aide internationale, fait des miracles pour prévenir et enrayer l'extension de l'épidémie.

"SLIM" l'a rattrapé il y a trois ans. "J'ai eu confiance en quelqu'un", dit-il tout simplement. "Slim": la maladie de la maigreur, nom avec lequel, en Ouganda, on désigne le sida. Une fièvre forte, des vomissements, un traitement qui ne lui fait rien, et le test qui annonce sa séropositivité... Son visage où la peau amaigrie a sculpté un masque pour deux yeux encore lumineux, sa voix, chuintement jeté comme un pont vers celui qui l'écoute, son corps peinant parfois à guider ses pas sont marqués du sceau de la maladie. Il le sait, a accepté, après avoir cherché "un endroit secret", la mort qui va venir, "peut-être la semaine prochaine".

A Kakuuto, au sud de l'Ouganda, dans le district de Rakai où il vit, la moitié de la population partage son destin. Ceux qu'il rencontre lui confessent leur désarroi, la honte qu'ils ressentent. A lui, parce que maintenant il est comme eux. Bien sûr, l'ampleur de la maladie a eu le triste avantage de faire baisser l'opprobre qui s'y attache. Mais est-ce assez pour leur permettre d'exister encore, de se sentir pleinement hommes pendant ces derniers mois, ces derniers jours qui leur sont concédés?

Alors Lawrence a décidé de faire quelque chose. Pour lui, pour les autres, pour dresser son petit mur face à la maladie. Avec un voisin, Leko, et l'appui de Médecins du monde, installé pour cinq ans sur place, il a créé le Kakuuto Aids Post Test Club (KAPTC). Un endroit où, tous les dimanches, séropositifs et séronégatifs se retrouvent. Sans savoir qui est malade, qui ne l'est pas. Pour pouvoir parler simplement du mal, de la mort, de ce qui attend leurs enfants. Dans une ambiance qui s'essaie et parvient à ne pas être sinistre: scrabble, échecs, thé agrémentant des après-midi où le rire a aussi sa place. Seules conditions: payer une modeste cotisation, et avoir été testé. Encore accepte-t-on ceux qui promettent de le faire, et leur laisse-t-on le temps de s'habituer à la décision. Un an après sa création, le KAPTC a atteint les 119 membres. Dont 19 sont morts, mais restent inscrits. Un poulailler va être ouvert, pour faire rentrer un peu d'argent dans les caisses. Une consultation médicale est offerte tous les jeudis. Sans Lawrence, sans son courage face à la maladie, le KAPTC, n'existerait pas. Son histoire est belle, presque édifiante. Exemplaire. Trop sans doute pour que la réalité ne s'en joue pas avec une cruelle ironie. Il y a trois mois, Lawrence a fait un enfant à sa femme, la contaminant vraisemblablement.

Le drame du pays est là, résumé en Lawrence, avec toute sa terrifiante ambiguïté. On n'élimine pas le besoin de vie, le désir d'amour, l'envie d'enfant. Quel que soit le niveau de conscience et d'information des gens. Quand on lui demande pourquoi, Lawrence, émaillant sa réponse d'un de ces "Yes please" par lesquels il ouvre tous ses dialogues, ne sait guère que dire. Et ses yeux semblent s'étonner de l'incongruité de la demande, comme si tout était déjà suffisamment dur pour qu'on ne lui conteste pas en permanence le droit de vivre normalement. Cette impuissance devant un fait que la raison condamne mais que tout le reste justifie est le noeud qui étouffe l'Ouganda. Nulle épée n'a encore été forgée pour le couper.

La mort n'écrase pas l'Ouganda, elle l'enlace. Même lorsque les taux de séropositivité sont énormes (50 à 60 % dans le district de Rakai, 40 % à Kampala, 1,5 million de personnes touchées par transmission essentiellement hétérosexuelle), il faut quelque temps pour se rendre compte de son insidieuse présence. Pour remarquer dans les rues les portes aveugles des magasins clos, dans les champs la végétation rongeant les bananeraies abandonnées. Des maisons sont fermées, leurs haies encore taillées, comme si une fée malveillante leur avait jeté un sort. Les rues appartiennent à des enfants de plus en plus nombreux, surveillés par des vieillards pendant que les hommes et les femmes d'âge mûr sont de plus en plus rares. Des vélos passent, transportant sur leur porte-bagages un corps enveloppé qui rentre chez lui, et personne ne se retourne plus sur leur passage. Dans les jardins, où les familles sont traditionnellement enterrées, les tombes se multiplient. Si les premières sont encore recouvertes d'une chape de ciment pour les protéger, les dernières ne sont que des tumuli surmontés d'une croix. Plus le temps. Chaque famille a connu une ou plusieurs morts, et en attend d'autres. Et ceux qui restent ont souvent l'air fatigué, marchent au ralenti, s'arrêtent au milieu de la piste pour récupérer, maigres d'une maigreur presque concentrationnaire et qui semble presque devenue la règle.

Le sida est partout, attaque la société ougandaise de plein fouet, érodant ses plus vieux fondements. Même si d'autres maladies (malaria, rougeole) tuent encore davantage, elles n'ont jamais eu ce bouleversant impact. "Les mentalités se sont profondément transformées, explique Stelle Neema, anthropologue à l'université de Makarere. Le rapport à la mort, d'abord. Le sujet était tabou. Nous n'en parlions pas. De mon enfance, je n'ai jamais vu un cadavre. Des enfants mouraient, des vieillards s'éteignaient. C'était normal. Maintenant, ce sont les gens dans la force de l'âge qui s'en vont. Les enfants voient mourir leurs parents, c'est une expérience nouvelle et traumatisante (1). Pour les vieillards, contraints de s'occuper des funérailles de leurs enfants adultes, c'est la même chose."

"Qui va veiller sur moi à ma mort? Qui me mettra en terre?" Basilio a atteint quatre-vingts ans. Age rare qu'il contemple avec une amère ironie. Ses sept enfants, dont l'aîné était un gradé important de l'armée d'Amin Dada, reposent dans son jardin, tués par "Slim". Sa femme n'a pu le supporter, et s'est suicidée après la mort du dernier. Il reste seul, avec quatre de ses petits-enfants, quatre orphelins qu'il ne peut plus envoyer à l'école, car il n'a plus de quoi payer leurs uniformes.

"Tout le monde a été touché. L'absence de traitement brise tout espoir. Il n'y a plus autant de joie qu'avant", constate le professeur Roy Mugerwa, directeur du département médical de l'hôpital de Mulago, à Kampala. "A force de voir mourir autour de soi des gens jeunes, on se demande à quoi rime l'existence, poursuit Stella Meena. Bien sûr, la vie continue. Mais on devient plus fataliste, plus méfiant aussi: tout le monde hésite à s'engager dans une relation." A Kasensero, le petit village de pêcheurs où les premiers cas ont été signalés, aujourd'hui séropositif à 60 %, la vie sociale s'est perdue dans une fuite en avant suicidaire. Effondré, le maire, Franco Salengo, ne peut que constater la montée de l'inconscience. "Ils raisonnent tous comme si tout le monde était atteint, et que ce n'était plus la peine de se protéger. Profitons-en, se disent-ils." Prostituées, camionneurs, contrebandiers, pêcheurs se croisent en un ballet mortel de fêtes et de débauche, où tous semblent surtout s'attacher à conjurer le fléau en l'oubliant. La semaine prochaine, on fête le troisième mariage d'Evangeline. Ses deux précédents époux ont été dévorés par "Slim". Mais elle a de l'argent. En moins de trois mois, elle a retrouvé un prétendant.

Les bandes d'orphelins prolifèrent

DE cachée qu'elle était, la sexualité s'est vue propulsée à la première place. "Personne n'en parlait, raconte Margaret Mungherera, psychiatre. C'était généralement la tante paternelle qui informait les enfants à la veille de leur mariage. Maintenant, il faut en parler, et en parler tôt. Enormément de parents ont beaucoup de mal à s'y faire."

La famille, la communauté sont ébranlées. "Quand j'étais jeune, raconte Michael Namirembe, propriétaire d'un bistrot, la mort était un événement. La cérémonie durait plusieurs jours. La famille lointaine se déplaçait exprès et venait de tous les coins du pays. Maintenant, il y a trop de morts. Les gens sont enterrés les uns après les autres. Et les liens familiaux se distendent."

Sur les bords des routes où on les voit collecter du sable qu'ils vont revendre aux fabriques de briques, dans les rues de Kampala où ils s'agglutinent sous les manguiers, au bord de la voie ferrée, dans les maisons d'où ils sortent parfois par dizaines, les orphelins se multiplient. Près de Kyotera, Alice achève la construction de sa nouvelle maison. Elle a soixante-dix ans, et donne ses ordres d'une voix par moments chevrotante à ceux de ses petits-enfants suffisamment grands pour s'atteler à la construction. Autour d'elle, dans la bananeraie voisine, passent et repassent des enfants. Elle-même a parfois un peu de mal à les reconnaître, surtout avec sa vue qui baisse, mélange un prénom avec un autre. Alice a eu quatre enfants. Tous morts du sida, comme son mari. Et elle se retrouve à s'occuper seule de ses vingt-cinq petits-enfants. "J'espère que les plus grandes vont vite avoir un métier, parce que je ne serai pas toujours là." Pour l'instant, il faut qu'elle trouve de quoi payer les 485 000 shillings de droits scolaires qu'elle doit à l'école. Sinon, les petits n'iront plus. "De plus en plus d'enfants doivent renoncer, raconte Martin Okiria, professeur au Youth Sharing Center de Kampala. Une génération va se retrouver illettrée."

A Kampala, des bandes d'enfants des rues commencent à apparaître. Autour du marché de Nakasero, sur la place du Théâtre national, ils dorment sur place, demandent un peu d'argent pour surveiller les voitures, vivent de rapines, sont utilisés par les marchands qui les font travailler toute la journée en échange d'un peu de nourriture. Pas encore de réelle organisation ni de grande violence parmi eux, mais déjà des exploiteurs en tout genre qui les emploient pour des cambriolages, la mendicité ou la revente de marijuana. Près du marché California, ils sont une vingtaine, de quatre à vingt-deux ans. Boniface tente de les tenir en main, s'occupe des plus petits, veille à ce que les partages de nourriture soient à peu près équitables. Une dizaine d'enfants se regroupent régulièrement autour de lui. Les autres viennent par moments, préfèrent errer. Steve n'est là que de passage. Il a déjà beaucoup "fumé", est dans un mauvais jour, l'oeil brillant, l'invective au bord des lèvres. Les plus jeunes s'amusent avec un vieux tampon à faire des marques sur une affiche. La police passe de temps en temps, les regarde sans bouger, en embarque parfois un ou deux et les enferme quelques heures dans les 10 mètres carrés des cabanes dressées à l'extérieur du city hall où se déroulent les interrogatoires. Ils ne sont pas encore trop nombreux, mille deux cents pour toute la ville (2). Mais leur nombre ne cesse d'augmenter.

Les conséquences économiques sont tout aussi dramatiques. Plusieurs compagnies se sont vues décapitées de leurs cadres supérieurs. A la British American Tobacco, en peu de mois, ce sont six des dix cadres dirigeants qui sont morts. La Ugandan Airlines a du mal à renouveler ses pilotes. L'absentéisme se développe à la Ugandan Post and Telecommunication Corporation, tant du fait des gens affaiblis par la maladie que de ceux qui partent assister aux funérailles de proches. Pour beaucoup de compagnies qui les prennent en charge, les dépenses médicales des employés deviennent insupportables: à l'URC, ce sont 80 millions de shillings qui ont été engloutis en 1993. Du coup, la British American Tobacco impose le test avant recrutement.

Même problème dans les champs, car l'agriculture demande des forces que les malades n'ont souvent plus. Ernest n'a plus depuis six mois le courage de travailler. Alité la plupart du temps, il ne sort que quelques heures par jour. Ses membres affaiblis le portent à peine, appuyé sur une canne. Sa bananeraie est envahie par des herbes que ses deux femmes et ses enfants essaient d'enlever, mais en vain. Désespéré, il voit petit à petit ce qu'il avait construit se défaire. Et ne sait quel avenir sera réservé à ses femmes après sa mort, d'autant qu'il se refuse à faire un testament et que ses biens passeront à son frère.

Pourtant, même blessé, même meurtri, l'Ouganda a réagi dès qu'il l'a pu, cherchant à comprendre, assumant désormais la réputation d'être le pays où le mal est né.

En 1982, quand les dix-sept premiers cas furent signalés, les esprits ont été immédiatement accusés. Les sorciers s'en sont mêlés, pratiquant souvent pour "soigner" leurs patients des prélèvements sanguins faits sur tous les proches avec la même lame de rasoir... La coutume ajoutait de l'eau au courant déjà houleux de la maladie: il est souvent d'usage que les veuves épousent les frères des maris morts. La polygamie est fréquente, et la femme n'a pas le droit de se refuser à son mari. La guerre civile déchirait alors le pays, et les soldats, qui semaient derrière eux le viol et la mort, disséminaient le virus.

Informer, prévenir protéger

EN 1986, Kampala tombe aux mains des guérilleros du général Yoweri Museveni. Une fragile démocratisation se met en place (3). "Slim" est identifié comme étant le sida. Et, grande première pour un pays d'Afrique, annoncé et combattu comme tel. Première obligation, affirmée partout, tant par les religieux que par les ONG, par les officiels que par les chefs de village: informer. Abattre les vieilles superstitions. Non, "Slim" ne vient pas d'un sort. Non, il ne s'attrape pas en serrant la main. Non, les préservatifs ne sont pas enduits du virus par des Blancs désireux d'exterminer les Africains pour leur voler leur terre.

A Kakuuto, Fred Sekyewa, de retour de Nairobi où il a obtenu un master degree de communication, préfère renoncer à monnayer son diplôme à Kampala pour rester sur place et lutter contre la maladie. Participant au programme de Médecins du monde, un blouson en cuir râpé et un peu trop grand sur les épaules, mais le pli du pantalon impeccablement droit, fût-ce au fond du bush, il arpente la région à la demande des villages qui l'appellent, surtout pour y donner des cours aux adolescents. Qu'est-ce que le sida? D'où vient-il? Comment s'en protéger. Une banane, qui suscite autant d'interrogations que de ricanements puérils, sert à illustrer la pose d'un préservatif. Dans tout le pays, des groupes de jeunes font des chansons, des pièces, des sketches contre le sida, appliquant pour la prévention la traditionnelle coutume du drama.

A Rugaaga, petit village niché au bout d'une route merveilleuse qui part de Mbarara à travers les collines, tout le monde s'est jeté dans le combat. Venue pour une réunion d'information il y six mois, l'équipe de MDM leur offre 200 000 shillings ougandais (1 200 francs). Un comité est créé. A sa dernière réunion, tous les membres sont présents. Une seule femme est là, habillée d'un tailleur aussi élégant qu'incongru. Plusieurs participants ont fait deux heures de bicyclette à travers les collines pour venir. Bilan de l'opération: quinze points de vente de préservatifs ont été ouverts. Autant de panneaux en bois ont été peints et placés.

Depuis six mois, trois mille préservatifs ont été vendus. Les problèmes rencontrés sont tels qu'ils pourraient décourager. Rien que pour ces modestes achats (peinture, bois, menuisier), le budget de 200 000 shillings a été dépassé de la moitié, et le village ne sait comment récupérer. Tous les transports n'ont pu être faits qu'à bicyclette. Que faut-il retenir, de la force de l'engagement ou du dérisoire obligé de la réponse? "Parfois, j'ai l'impression qu'on se fait surtout plaisir malgré la formidable qualité du travail effectué, avoue François Hervet, chef de la mission de MDM. Mais sans ces pas de fourmis, rien d'autre ne saurait être entrepris." Etendus à l'ensemble du pays, les efforts ont fini par porter. Epaulé par des campagnes d'information dans les journaux, à la télévision et surtout à la radio, le message a été entendu. "Pratiquement tout le monde dans le pays sait maintenant ce qu'est le sida, et comment on peut l'attraper", constate Emmanuel Pinto, président de la Ougandan Aids Commission. "C'est plus qu'un premier pas. Mais il faut maintenant en induire un changement de comportement. Ce qui est une tout autre paire de manches."

L'Etat s'est engagé sans réserve au service de ce changement, même si ses moyens financiers sont limités et dépendent du bon vouloir des organismes internationaux (4). La société civile a suivi. Une femme, Noerine Kaleeba, veuve d'un sidéen, fonde en 1987, TASO, The Aids Support Association. Aidant aujourd'hui vingt-cinq mille malades, devenue presque une institution et un modèle pour le reste du continent, TASO a énormément fait pour que baisse la honte attachée à la maladie et que tout le monde vive, selon son slogan, "positivement avec le sida". "Les gens ordinaires arrivent maintenant à avouer qu'ils ont le sida et à en parler. C'est très important. Nous aimerions maintenant arriver à convaincre de cette nécessité les classes dirigeantes, beaucoup plus réticentes, sans doute, parce qu'elles ont encore trop à perdre pour pouvoir en parler librement", dit sa fondatrice, qui a été obligée de limiter l'expansion de l'ONG "pour la maintenir dans des limites où nous pouvions faire un bon travail". Comme tout le pays, débordé, TASO s'emploie désormais à former les gens dans leurs communautés, pour que le problème puisse être traité sur place. N'ayant pas assez de lits, les hôpitaux sont obligés d'adopter la même tactique, et de pousser les gens à retourner mourir chez eux après avoir formé les familles à les accueillir. "Les malades préfèrent cela, explique Christine, infirmière. Chez eux, il y a la famille, la solidarité, la paix. "Et parfois aussi la lassitude. "Je me souviendrai toujours d'une femme que j'ai vue trois fois à domicile, raconte Isabelle Rullon, médecin de MDM. La première fois, elle avait son lit dans l'entrée. La seconde, elle était dans la pièce du milieu. La troisième, elle gisait dans la pièce du fond. Elle est morte peu après." Jusqu'à quand la communauté pourra-t-elle supporter ce poids?

Ebranlé par les années de guerre civile et de laisser-aller, le système de santé est incapable de répondre au défi. La pénurie de médicaments est immense. Les traitements chers (AZT et autres) ne peuvent de toute façon être envisagés, et la lutte contre la douleur passe au second plan: la morphine est quasiment absente. A Mulago, le plus grand hôpital public du pays, fleuron des années 60, les malades, mêlés les uns aux autres, attendent la mort ou le retour chez eux dans des conditions d'hygiène souvent déplorables: on opère sans gants, des seringues traînent dans le bloc opératoire, les tubes d'intubation sont lavés à l'eau... La corruption y règne à tous les niveaux, des brancardiers aux chirurgiens, lesquels, sous-payés, préfèrent opérer dans leurs cliniques privées qu'à l'hôpital.

Préservatifs et fidélité

ALORS qu'elle était, au début, réservée au seul secteur de la santé, la lutte contre le sida touchait à trop de domaines pour ne pas s'en extraire. Une approche multisectorielle a été mise en place, consacrée par la création en 1991 de la Commission ougandaise du sida, censée coordonner toutes les actions entre les divers ministères. Si on lui reproche une trop grosse lenteur administrative, la promptitude de son président à acheter de superbes 4 x 4, des difficultés à gérer les susceptibilités ministérielles et un investissement excessif dans la recherche de données par rapport au travail de prévention (5), la Commission sida poursuit un travail de coordination unique, et son existence est la marque d'une réelle prise de conscience. "Nous ne voulons pas tout baser sur le préservatif, continue Emmanuel Pinto. Nous disons aux gens: abstenez-vous avant le mariage! Si vous vous mariez, soyez fidèles. Et si vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre, alors seulement utilisez un préservatif." "Love carefully" ("Aimez prudemment"), "Zero grazing" ("Eparpillement zéro").

A l'agressivité des premiers slogans ont succédé des campagnes plus compréhensives du type "Combattez le sida, pas les gens avec le sida". A l'hôpital de Nsambya, soeur Dorgan, fondatrice d'une des premières unités de soins à domicile pour sidéens, se souvient: "Quand nous avons démarré, nous affichions "special care service" sur nos voitures. Le sida n'avait pas droit de cité. Maintenant, tant de gens sont atteints que cela a heureusement évolué." Comme la plupart des membres du clergé, soeur Dorgan n'est pas favorable à l'usage des préservatifs, véhiculant la légende de leur peu de fiabilité. Nulle hargne, nul fanatisme pourtant. "Je ne condamne pas ceux qui en utilisent. Mais je ne crois pas que ce soit la solution." Rond et placide, le prêtre de Kakuuto tient le même langage. "Je ne peux pas promouvoir quelque chose qui va à l'encontre de la Bible. Mais je ne vais pas non plus lutter quand des points de vente s'ouvrent avec l'aval des autorités." Attitude modérée, qui est celle de l'Eglise. Si une lettre des évêques rappelle le côté impie de l'objet, l'acceptation résignée domine.

Un pays en état de guerre

QUEL avenir pour le pays? Rayé de la carte bientôt? Non, heureusement. Bien que souvent imprimée, l'erreur est énorme. Toutes les prévisions annoncent un doublement de la population dans les vingt années à venir. Une étude de la Banque mondiale a élaboré plusieurs scénarios: sans sida, il y aura en 2010 35,4 millions d'habitants. Avec une progression de la maladie de 3% par an, ils seront 31,9 millions (6). Sauf si, psychologiquement, le poids de la maladie commence à peser sur le désir d'enfant. Mais rien pour l'instant ne permet encore de le dire.

Ceux qui luttent continuent d'entretenir la flamme d'un optimisme sincère. "Maintenant, tout le monde sait. C'est déjà beaucoup. Et j'ai vu des tas de gens changer de comportement, poursuit, sourire aux lèvres, soeur Dorgan. Pourquoi toujours voir le mal? Le sida, comme la guerre avant lui, a aussi suscité des comportements admirables qui demain ne feront que grandir." De la lutte entre ces bouffées de dévouement et le désespoir suicidaire qui s'est emparé de Kasensero dépend sans doute l'avenir d'une génération qui, née avec la guerre, aura vingt ans dans un pays ébranlé physiquement, économiquement et moralement par la maladie.

Notes:
(1) Qui s'ajoute à celle de la guerre civile. Les deux problèmes sont souvent mêlés. Ce rapport à la mort transformé par l'un avait déjà été modifié par l'autre. Tout comme les orphelins le sont du sida et de la guerre, sans que personne n'ait heureusement l'impudeur de faire un tri quand il s'agit de s'occuper d'eux.
(2) Chiffres de la Friends of Children Association.
(3) L'Assemblée constituante, qui étudie le projet de nouvelle Constitution, devrait rendre sa copie à la fin de l'année.
(4) Pour le plan de lutte 1994-1998, 251 millions de dollars ont été réunis, principalement par la Banque mondiale, les Nations unies, et l'USAID.
(5) Reproches que l'on retrouve épars dans la presse et chez les spécialistes de terrain.
(6) Uganda: the Economic Impact of AIDS, rapport de la Banque mondiale, sous la direction de Jill Armstrong, 1990.
941201MD924

- L'Ouganda contemporain :

Deux clichés ont marqué l'histoire récente de l'Ouganda, rappelle Gérard Prunier dans son introduction: il fut d'abord, selon la formule de Winston Churchill, "la perle d'Afrique"; il a ensuite vu le règne sanglant du général Idi Amin Dada. Comment sortir de ces schémas et parler d'un pays africain qui ne marche, somme toute, pas si mal que cela? Ne pas céder aux simplifications et resituer le cadre géographique, culturel et historique pour donner à voir une société vivante, tel est le pari réussi de la douzaine de spécialistes réunis ici. Après avoir décrit le cadre naturel et rappelé l'histoire des peuples de l'Ouganda avant et pendant la colonisation, le livre se penche sur les crises des années 60 et 70 puis sur la lutte armée déclenchée par le Mouvement national de résistance (NRM) dirigé par l'actuel président Yoweri Museveni, seul exemple de lutte armée victorieuse dans l'Afrique postcoloniale. On lira, entre autres, le texte de Per Tiderman sur les conseils de résistance créés par le NRM et qui ont constitué une forme originale de démocratie. Deux chapitres sont consacrés à la place de l'islam et du christianisme et un autre à la politique d'ajustement structurel. Enfin, l'ouvrage se conclut sur le défi majeur de la période, le sida: une personne sur six serait séropositive. Un remarquable ouvrage d'ensemble et, il faut s'en féliciter, le premier en français.

- L'Ouganda commence à enrayer son déclin :

EN accordant, le 11 novembre 1991, un nouveau prêt à l'Ouganda, le Fonds monétaire international a dressé un bilan positif des réformes économiques entreprises depuis deux ans et qui ont permis une croissance réelle. Il a toutefois confirmé les faiblesses structurelles du pays: forte dépendance par rapport aux exportations de café et lourd endettement. Des difficultés qui auront du mal à être surmontées alors que les foyers insurrectionnels se maintiennent dans le nord du pays et que la corruption fait des ravages.

"L'Afrique va de mal en pis, l'Ouganda de pis en mal, aussi ne devraient-ils pas tarder à se rencontrer quelque part." Cette boutade désabusée d'un commerçant français commente le retour de l'Ouganda dans le rang. En effet, après être tombé si bas entre 1972 et 1976 que, mis à part la famine généralisée, rien de pire ne pouvait arriver, le pays se rétablit peu à peu. Les cultures de rente augmentent en volume sans pour autant atteindre les records du début des années 70. La production du café - qui représente 95 % des recettes d'exportation - croît régulièrement, celle du coton, du thé et du tabac, plus lentement.

Le secteur industriel se relève. En 1988, la production a crû de 23 %, en 1989 de 20 %, en 1990 de 7 %. Les secteurs les plus dynamiques sont ceux des biens de consommation et les activités liées à la reconstruction. La reprise touche également le commerce, les services et le tourisme. L'amélioration se traduit par la croissance du produit national brut par habitant (+ 4,3 % en 1989, + 3,6 % en 1990).

Ce redressement tient essentiellement au retour de la sécurité dans l'Ouganda utile. Par opposition aux régimes précédents, le président Yoweri Museveni, qui a conquis le pouvoir en 1986 (1), a fait de la discipline la vertu principale de l'armée. Outre le charisme du chef de l'Etat, des mesures simples imposées aux soldats (permissions de sortie obligatoires, interdiction du port d'armes en dehors du service), le rétablissement d'une justice militaire efficace et sévère expliquent que le coeur du pays connaît la paix. C'est seulement dans le Nord-Est que subsistent des foyers armés d'opposition.

Le système politico-administratif des conseils de résistance (Resistance Councils), instauré par le parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale (National Resistance Movement, NRM), facilite ce retour à la paix civile en encadrant la population. Les conseils de résistance locaux fonctionnent comme des cours de justice, organisent des patrouilles, surveillent les zones et les individus peu sûrs. Du coup, l'image du pays change à l'extérieur. M. Museveni, chef d'Etat respecté et écouté, efface le souvenir de ses prédécesseurs, MM. Milton Obote et Idi Amin Dada. L'application d'un plan d'ajustement structurel et, d'une manière plus générale, le pragmatisme de la politique économique, conforme aux exigences de la Banque mondiale, ont favorisé l'afflux de l'aide: en augmentation constante depuis 1986, elle a doublé en 1990 par rapport à 1989 pour atteindre 700 millions de dollars. Cependant, le relatif succès du NRM (division par 10 de l'inflation et diminution de l'écart entre le taux de change officiel et le marché noir entre 1988 et 1990) s'explique aussi par l'histoire récente du pays, qui a subi sans broncher les contrecoups de l'ajustement.

Le coût social de cet ajustement (2) avait été payé pendant la période de déclin. De sorte que la consommation des couches populaires et principalement urbaines a peu été touchée. Au moyen du magendo (3) et du cumul des sources de revenus, les Ougandais avait déjà mis sur pied, entre 1972 et 1986, des stratégies pour répondre à l'érosion de leurs revenus fixes. De 1987 à 1991, au contraire, la paix améliore les conditions de vie. L'agriculture vivrière, dynamique, a toujours permis aux Ougandais de ne pas souffrir de la faim, d'autant que les consommateurs restent fidèles aux produits locaux, peu touchés par les mesures d'ajustement. En outre, l'amélioration des conditions de circulation, entraînant une hausse de l'offre de produits alimentaires de consommation courante sur les marchés, compense l'augmentation des coûts de transport.

Néanmoins, plusieurs handicaps sérieux hypothèquent ce redressement. En premier lieu la corruption, qui atteint des sommets vertigineux. 20 % de l'aide seraient détournés, 80 % des biens importés transitent par le marché noir (4). Le président surveille les progrès de la lutte contre de telles pratiques, mais les personnes soupçonnées de malversation ne sont pas poursuivies en justice. La petite corruption touche l'ensemble de la société urbaine. Payés, en moyenne, l'équivalent de 5 dollars, ce qui leur permet de se nourrir cinq jours par mois, les fonctionnaires survivent en détournant le service public à leur profit (5).

A nouveau, la Banque mondiale demande le licenciement d'un tiers des fonctionnaires, alors que 80 000 ont déjà été mis en chômage l'an dernier. Selon elle, cela faciliterait une augmentation de salaire (3 000 % à partir du 1Er juillet 1991) suffisante pour restaurer la moralité et l'efficacité de l'administration. Mais le problème du service public ne saurait se réduire à la seule faiblesse des rémunérations. Héritage des "années de sang", les habitudes sont maintenant enracinées de composer avec la corruption et de vivre du détournement du bien public. L'apparente bonne volonté du pouvoir se heurte aux intérêts particuliers acquis et à l'existence de rouages parallèles bien rodés.

Toujours le régime de parti unique

LE café demeure la seule source de revenus d'exportation, et cette dépendance impose d'énormes contraintes macroéconomiques. Depuis juillet 1989, la valeur des exportations a été divisée par deux. L'accroissement de la production est miné par la chute des cours mondiaux, le déficit commercial s'accroît et, pour faire face au tassement des revenus de l'État et couvrir les déficits, le pays s'endette de plus en plus. La dette globale est maintenant de 1,6 milliard de dollars, et son service accapare 80 % des recettes d'exportation.

Des goulets d'étranglement freinent aussi la reprise de l'activité productive. Le déficit en techniciens, ouvriers et employés qualifiés est estimé à 35 % des besoins. Le crédit fait cruellement défaut. Des taux d'intérêt trop élevés (40 %), une politique de prêts très restrictive et la réduction de la masse monétaire rendent l'argent rare. D'autre part, quinze ans de méfiance à l'égard des emprunteurs - qui disparaissaient avec le magot - rendent difficile le recours aux circuits du crédit informel. La plupart des acteurs économiques fonctionnent sans fonds-relais et en autofinancement. Malgré des acquis indéniables, les importations productives et les infrastructures restent insuffisantes. Le poids de la bureaucratie, multipliant les procédures, augmente les coûts. Le problème essentiel réside moins dans le classique bakchich que dans l'absentéisme chronique du personnel: n'importe qui peut soudain abandonner son poste pendant des jours sans prévenir et sans être sanctionné. Parfois, les obstacles naissent purement et simplement de l'incurie d'un personnel démobilisé.

Comme le reconnaît un industriel, "investir ici, c'est encore l'aventure". La normalisation progresse lentement. Dans ce pays en transition, les investisseurs privés ont encore une mentalité spéculative, soucieuse de rendements rapides. Les capitaux s'orientent vers l'immobilier, les transports et le commerce-trafic. Dans ces conditions, il n'est pas sûr que les crédits de la banque centrale et les prêts destinés à aider à l'importation favoriseront l'essor de la production.

Une certaine lassitude populaire se fait jour à l'égard d'un système politico-administratif qui avait suscité l'espoir d'une vie meilleure mais qui ne débouche que sur peu d'améliorations concrètes.

Pour l'instant, la position du président Museveni est forte. L'homme qui a rétabli la paix dans le Sud est intègre, et les Ougandais se plaisent à le préserver des accusations de corruption dont ils chargent le reste de la classe politique. Mais sa disparition ou sa disqualification plongerait le pays dans un nouveau chaos. Personne ne dispose de la même aura, du même charisme militaire et des mêmes compétences. Or les haines interethniques qui avaient mené au désastre sont toujours très vives. La guerre dans le Nord est ruineuse et accentue le déséquilibre avec le Sud. Elle justifie l'accroissement du budget de la défense. Plus grave à long terme est le ressentiment croissant que les bavures de l'armée suscitent chez les populations du Nord. La nation ougandaise n'existe pas. Le Mouvement de résistance nationale tente bien d'associer toutes les factions à la gestion du pays, mais les ethnies du Sud-Ouest paraissent trop favorisées aux yeux des autres populations. Par ailleurs, les discussions à propos de la nouvelle Constitution trahissent une tentation de maintenir le régime du parti unique, sous prétexte que les partis expriment des clivages tribaux et religieux et que le pays n'est pas mûr pour le débat démocratique. Le gouvernement semble prêt à ramer à contre-courant du mouvement de démocratisation sur le continent.

Enfin, la reconstruction accroît les inégalités sociales et les tensions entre investisseurs indiens, commerçants bagandais, citadins du secteur informel, petits exploitants agricoles, fonctionnaires et anciens bénéficiaires del'expulsion des Indiens et de la déliquescence de l'État. L'arbitrage entre ces groupes aux intérêts contradictoires forme la toile de fond de la vie politique et économique. Poussé par les bailleurs de fonds, influencé par l'exemple kenyan, souhaitant gommer l'héritage de M. Amin Dada, le gouverne- ment favorise les Indiens au risque de mécontenter une large part de sa base sociale. L'aide internationale calmera-t-elle les tensions sociales? Les habitudes de cumuls de ressources, de chevauchements entre différents statuts, et la complémentarité ville-campagne permettront-elles aux populations de supporter le choc d'un nouveau décollage?

Notes:
(1) Lire Victoria Brittain, "Comment l'Armée de résistance nationale vint à bout d'un régime discrédité", le Monde diplomatique, mars 1986.
(2) Richard Jolly, "L'enfant et l'ajustement structurel à visage humain", Environnement africain, n° 25, 26, 27, 28, vol 1, 2, 3, 4, ENDA, Dakar, 1989.
(3) Le magendo désigne le marché noir, grâce auquel la population assure sa survie. Cf Gérard Prunier, "Le magendo. Essai sur quelques aspects marginaux des échanges commerciaux en Afrique orientale", Politique africaine, n° 9, mars 1983.
(4) African Business, Londres, 15 août 1990, p. 37.
(5) Cf. Vali Jamal et John Weeks, Comment les Ougandais ont fait face à la crise? Bureau international du travail, Genève.
911201MD5037

- Points de repère OUGANDA

Superficie: 236 000 kilomètres carrés.

Population: 16,8 millions d'habitants (tous les chiffres sont de 1989).

PNB/hab.: 250 dollars (évolution annuelle 1965-1989: - 2,5 %).

Dette extérieure: 1,48 milliard de dollars.

Espérance de vie: 49 ans.

Principales productions: café, coton, thé, tabac.

EVOLUTION POLITIQUE

1893: protectorat anglais sur le royaume du Buganda.

9 octobre 1962: accession à l'indépendance. Le roi du Buganda est nommé chef de l'Etat de l'Ouganda. M. Milton Obote est premier ministre.

1966: pleins pouvoirs à M. Obote.

1971: coup d'Etat de M. Idi Amin Dada.

1972: expulsion des Indiens.

1979: intervention tanzanienne et chute de M. Amin Dada.

1980: victoire de M. Obote aux élections.

Juillet 1985: coup d'Etat du général Okello.

Janvier 1986: la guérilla de M. Museveni entre à Kampala.

- L'Ouganda et la question indienne :

L'expulsion massive des citoyens originaires de l'Inde en 1972 par Idi Amine Dada a sans doute contribué à la chute de ce tyran en 1979: elle avait provoqué un blâme quasi général (y compris en Afrique) et ruiné l'Ouganda car les Indiens contrôlaient en grande partie l'économie. Elle avait toutefois été bien accueillie par la population africaine qui voyait en eux le plus souvent des exploiteurs. Gérard Prunier, chargé de recherche au CNRS et spécialiste de l'Afrique orientale, souligne que l'Ouganda n'était pas, au sein de l'Empire britannique, une colonie de peuplement blanc (comme le fut le Kenya) et que la communauté indienne y avait toujours dépassé, de loin, en importance la communauté européenne. L'auteur estime à 53 000 le chiffre des expulsés, qui furent accueillis principalement au Royaume-Uni, au Canada et en Inde.

Sources :
Le Monde Diplomatique 1987-1997
Afrique-Asie
Jeune Afrique Economie
Jeune Afrique
Africa International


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier