Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LES BANTU
LES BANTU

Je vous propose une reconstruction faite par D.W Phillipson, qui semble être approuvé par nombre d'auteurs (il a utilisé à la fois l'archéologie, la linguistique, les traditions orales, les données ethnographiques et les documents écrits) :

Phase I: aux environs de 1000 BC

Développement initial de la langue bantu, au Cameroun, au sein d'une population qui utilisait encore des outils lithiques mais qui, à une date relativement ancienne, avait déjà domestiqué les chèvres et peut-être inventé quelque forme d'agriculture
Phase 2a: 1000-400 BC

Quelques uns de ces bantuphones se dispersèrent vers l'est, le long des franges septentrionales de la forêt équatoriale. C'est ainsi qu'ils entrèrent en contact avec les agriculteurs, qui pourraient bien avoir été des locuteurs de langues archaïques du Soudan central. D'eux, les bantuphones, grâce à une période de contact relativement prolongée, adoptèrent l'élevage du gros bétail et du mouton, de même que la culture de certaines céréales, notamment du sorgho. C'est presque certain que ce fut à cette phase de leurs migrations vers l'est que les peuples parlant les langues bantu connurent les techniques métallurgiques.

Phase 2b: 1000-200 BC

Une autre population parlant les langues bantu émigra vers le sud, du Cameroun au sud du Bas-Congo. Ces bantuphones avaient des outils en pierre, connaissaient la poterie, et devaient amener avec eux les techniques agricoles inventées par leurs ancêtres dans la région du Cameroun.

Phase 3: 400-300 BC
Les peuples bantuphones orientaux (2a), ceux qui s'étaient glissés vers l'est en partant du Cameroun, vont créer une culture de l'Age du fer ancien dans la région interlacustre. Les sites montrant la poterie Urewe constituent les témoignages archéologiques de ces anciens peuples bantuphones orientaux.

Phase 4: 300-100 BC

Certains bantuphones responsables de poterie Urewe se répandirent autour du flanc de la forêt équatoriale jusqu'à la savane méridionale et puis, vers l'ouest, jusqu'à la région du Bas-Congo (cours inférieur du fleuve Congo). Ils introduisirent ainsi des éléments de la culture de l'Age du fer ancien auprès des bantuphones (2b) qui s'étaient déplacés directement vers le sud, du Cameroun à la région du cours inférieur du Congo. Cette rencontre fit prendre racine à un autre développement culturel bantu, en donnant essor au courant occidental de l'Age du fer.

Phase 5: 100 BC

Une migration vers le sud de ce courant occidental culturel introduisit la culture de l'Age du fer de la région du cours inférieur du Congo en Namibie à travers l'Angola, et ce sont les langues bantu du Centre  (Groupe occidental des Hauts Plateaux) qui se retrouvent davantage en Afrique australe non sans changements.

Phase 6: 100-200 AD

Le courant oriental de l'Age du fer, issu des responsables de la poterie Urewe qui ne s'étaient pas déplacés vers l'ouest en direction de la région du cours inférieur du Congo, pénétra au sud et à l'est à partir de la région interlacustre jusqu'au Kenya méridional et en Tanzanie septentrionale, établissant des sites caractérisés par la poterie Kwale. L'idiome de ces peuples et celui d'autres communautés du courant oriental étaient la continuation de la langue des bantuphones du courant oriental initial déjà signalé (2a)

Phase 7: 300-400 AD

Une expansion majeure vers le sud du courant oriental à partir de la région interlacustre passa à travers les hautes terres à l'ouest du lac Nyasa jusqu'au Transvaal. Le passage à travers une contrée infestée de mouches tsé tsé au sud de la Tanzanie priva probablement tous ces émigrants du courant oriental de leur bétail.

Phase 7b: 300-400 AD

Une expansion parallèle en direction du sud amena le faciès des basses terres du courant oriental, de la région Kwale - est du lac Nyasa - au Mozambique  méridional et au Transvaal oriental.

Phase 8: 400-500 AD

Les peuples du courant occidental se répandirent en direction de l'est au Shaba et en Zambie occidentale. Dans cette dernière région, le contact fut établi avec le courant humain oriental.

Phase 9: 500-1000 AD

Un accroissement important parmi la population de l'Age du fer ancien fit jour au Shaba, avec un développement économique, technologique et socio-politique concomittant; ce qui donna essor aux cultures de l'Age du fer récent, œuvre des peuples bantu parlant les langues du groupe des hautes terres de l'est africain.

Phase 10: 1000-1100 AD

C'est l'expansion des peuples bantuphones des hautes terres de l'Afrique orientale du Shaba où s'est développé l'Age du fer récent jusqu'à la moitié orientale du sous-continent.
On remarque que ce sont les hommes, les langues et les cultures qui se déplacent, dans le temps et dans l'espace, sans perdre la communauté d'origine.
Le centre de dispersion des bantu (leur dernier habitat commun), semble bien être le Cameroun, plus précisément le milieu des hauts-plateaux de l'ouest camerounais, connus sous le nom de Grassfields. Pourquoi? On a trouvé dans cette région la plus grande industrie traditionnelle du fer de tout le continent africain. Les fondeurs de ce pays de savane peu boisé utilisaient, bien avant Méroé, des techniques remarquables pour produire un fer de bonne qualité (acier doux au carbone).

MONDE BANTU AVANT LES MIGRATIONS (résumé)

1) L'agriculture: les proto-bantu ont cultivé des céréales: millet, sorgho, haricots et bananes, avant que leurs descendants ne recoivent le riz asiatique, le maïs, l'arachide, le manioc et la patate d'Amérique. Les ignames ont aussi été cultivées par les proto-bantu. Ils avaient un élevage: bovins, moutons et chèvres, poules et chiens. Les bantu cultivent la terre depuis fort longtemps. Grâce aux travaux agricoles, ils entretiennent leur vie, en même temps qu'ils rendent hommage aux esprits des ancêtres, gardiens de la terre nourricière. Ainsi, la civilisation bantu est fondamentalement une civilisation d'agriculteurs. Le palmier est l'arbre même de la civilisation bantu: il produit du vin, des fruits comestibles, des champignons comestibles, du sel...
2) la métallurgie: les proto-bantu utilisaient du fer pour fabriquer des houes, haches, couteaux, harpons, lances, arcs et flèches. Depuis les temps les plus reculés, le travail de la forge constitue, en Afrique bantu, un rituel à grand renfort d'esprits, de remèdes et de talismans: le forgeron est un nganga, c'est à dire un maître, un devin. Aussi est-il associé aux prêtres et aux chefs. Le fer et les objets forgés par les forgerons ont un rôle civilisateur: ils sont à la base de la civilisation agricole des peuples qui parlent les langues bantu.
3) la navigation: les proto-bantu connaissaient la navigation en pirogue
4) habillement, nourriture et monnaie: les proto-bantu portaient des habits, mettaient du sel dans leur nourriture et buvaient de la bière. Ils utilisaient des coquillages comme parure et comme monnaie.
5) organisation socio-politique et religieuse: les proto-bantu étaient gouvernés par des chefs et spirituellement par des ministres-devins. Ils ont imaginé un dieu créateur unique, tout-puissant, mais assez distant du destin humain. Pour les bantu, un enfant qui naît, c'est un ancêtre qui revient au sein de la famille, du clan, du lignage, de la communauté villageoise. Un enfant est un parent disparu puis revenu. Un village bantu est une chefferie. Et celle-ci peut inclure sous son autorité plusieurs hameaux. Clan et village sont liés, de même que lignage et tribu. Ainsi, les habitants d'un village se considèrent presque tous comme des parents. Un bon chef est nécessairement un historien de la tradition clanique, ethnique. Il revient au chef qui est souvent doublé d'un devin de dire, en signe de célébration et d'éloge, l'histoire des ancêtres divinisés qui sont aussi des fumu. On comprend dès lors la permanente symbiose qui existe entre le monde des vivants et celui des morts par l'effet (action, parole, cérémonies) du chef reconnu et couronné. Les éléments de base de la politique bantu sont fournis par le système de parenté et le système des intermariages: le chef de lignage s'efface pour ainsi dire devant le chef du groupe de lignages. Chaque chef a un groupe humain, et le chef éminent est précisément le chef de terre - de toute la terre ethnique, nationale. L'autorité est en quelque sorte cristallisée en des personnages définis qui commandent des groupes précis: la vie socio-politique est constituée par la vie totale du groupe. A cette vie s'intègre directement toute activité économique, artistique, magique, religieuse ou sociale de chaque membre du groupe. En Afrique bantu, la politique est encore une affaire de famille: le tribalisme révèle l'antagonisme des familles, des ethnies, des régions pour l'accès au pouvoir et le contrôle de celui-ci. Disons encore le rôle du tambour qui est essentiel à la vie: il est mêlé aussi bien aux gestes profanes que sacrés. Les initiations dans la brousse, les rituels de circoncision avaient leurs tambours appropriés. Battre le tambour est tout un art. Le tambour fait partie de la tradition orale, dont il est précisément le support matériel.

SYSTEMES POLITIQUES BANTU (RESUME)

Les peuples parlant les langues bantu, en sortant de la préhistoire et de la protohistoire à la suite de longues migrations dues à un accroissement démographique, à la maîtrise des techniques agricoles et métallurgiques, ont crée des entités sociales plus ou moins larges pour perpétuer la vie. Autant les mythes et les légendes représentent leurs genèses dans le temps et dans l'espace, leurs idées, leurs croyances, toutes les richesses de leur intelligence, autant les structures sociales sont l'expression vivante de leur organisation extérieure, politique. Les bantu ont été divisé en tribus: chaque tribu a fini par occuper un emplacement particulier, sans se mêler avec les autres tribus. Les tribus bantu  (duala, fang, kikuyu, teke, kongo, mbochi, sena, sotho....) sont le résultat des migrations anciennes du peuple bantu en Afrique centrale, orientale et australe.
Une tribu bantu est donc une portion du peuple bantu, ayant un établissement définitif après de longues migrations, ayant ses chefs politiques et spirituels, ses juges qui forment un conseil, son individualité spéciale, adorant des divinités protectrices. Dans l'Afrique noire précoloniale, l'émergence des états n'a pas disparaître l'importance sociale, culturelle, économique, politique des familles, des tribus.
Les liens de famille imbibent toute la vie collective. Un enfant appartient à sa mère, non point seulement biologiquement, mais encore socialement à cause des liens que voici: liens de l'ancêtre, liens du nom, liens du totem, liens de la divinité protectrice du lignage maternel. C'est le grand oncle maternel qui est le chef de famille. Il est - par le sang des ancêtres - gérant légal des biens immeubles laissés par les parents. Il exerce tous les pouvoirs importants, politiques, judiciaires, administratifs, militaires, spirituels...au nom des ancêtres, et pour l'intérêt de la communauté tribale globale. Les liens de sang sont donc très importants. La parenté est essentielle. C'est une natte communautaire qui accueille indifféremment frères et soeurs, neveux et nièces, petits fils et arrière petits-fils, bref tous les parents, tous les enfants de la famille.

Au cœur de la tradition vili, l'enfant porte soit le nom d'un parent maternel vivant ou mort, soit le nom de quelque ami, mais fort rarement celui du père. Ainsi, le nom d'une personne est véritablement porteur d'histoire. C'est à lui seul toute une tradition orale, susceptible de renseigner sur le passé de la famille, d'un clan... Les familles, les clans sont également porteurs de noms, donc d'histoire. Le nom d'un clan en pays vili profond est le même que celui de la divinité protectrice de la famille, distinct de celui du totem. Pour reconnaître immédiatement un individu, on a recours à son nom personnel (lui vient d'un parent maternel), au nom de sa famille (l'insère concrètement dans l'histoire du pays) et au nom de son totem (constitue si l'on veut sa carte d'identité nationale en pays vili traditionnel).

Le regroupement de tous les clans, de tous les lignages (unités plus ou moins vastes qui se réclament en ligne maternelle d'un ancêtre commun, sous l'autorité d'un Aîné), aboutit progressivement à la constitution d'une vaste chefferie tribale, d'un royaume ethnique: le royaume vili de Loango, qui est précisément le rassemblement de toutes les unités (claniques, lignagères, familiales), autour d'un noyau qui se croit être le noyau originel, issu directement des ancêtres-fondateurs. C'est le sang des ancêtres à l'œuvre dans toutes ces relations qui fondent la vie communautaire.
Même le nom du totem que porte un individu est celui du totem de sa lignée matrilinéaire qui seule est prédominante.
Le Buganda ancien ne comptait pas moins de 40 clans totémiques: Clan du Lion, de l'Eléphant...Ce sont des clans exogamiques.
Les tribus se sont partagés en clans qui sont tous totémiques. Les clans sont fractionnés eux-mêmes en sous-clans, en groupes patri-locaux, assise du village, sous l'autorité de l'Aîné.
Partout dans le monde bantu, on retrouve un même système de base constituée de maisonnées (enclos dont les différentes cases abritent les membres d'une même famille: enfants issus d'un même père et d'une épouse ou des épouses de celui-ci et les épouses éventuelles des enfants), de lignages (matri ou patrilinéaires), de clans, de tribus, avec des chefs de famille, de lignage, de clan et de tribu. Les modèles dont différents, mais le système clanique (regroupe plusieurs clans en les intégrant aux tribus) ne manque nulle part: il est le ciment même de toute tribu bantu. Dans les socitétés bantu, les unités fondamentales sont constituées et dirigées par des groupes de filiation.
En Afrique bantu, le système clanique est pour ainsi dire l'œuvre des ancêtres par l'intermédiaire des femmes. Le système clanique n'est pas seulement une structure familiale mais encore une institution politique, comme la chefferie, la royauté.
 

Dans le monde bantu, voici ce que l'on trouve:
1.de larges états avec un gouvernement central: Kongo, Teke, Lunda, Buganda, Monomotapa....
2.de petits états, organisés en communautés-villages, sous des chefs. Ce sont des chefferies (pays Sukuma, pays Mbochi...)
3.des clans et des tribus sans chefs, mais non anarchiques car dirigés par des Conseils: classe d'âge et aînés, comme chez les Kikuyus du Kenya.

1) Larges Etats avec gouvernement central: étude du Buganda:

Le Buganda est le type même de gouvernement d'Etat fortement centralisé. La terre ancestrale, avec tous ses clans totémiques, se confondait avec le royaume. La présence des Ancêtres-morts était réelle.
Les rois adoptaient le totem de leur mère. Ainsi les différents clans pouvaient aspirer à compter parmi leurs descendants le maître des destinées du Buganda.
Sans doute bien avant Kintu, ancêtre et premier souverain connu des Ganda, certains clans avaient accaparé le pouvoir souverain pour eux, sans qu'il y ait eu nécessairement usurpation.
Le roi était choisi dans la famille par le katikiro, sorte de régent, et par le mugema, ou chef de clan. Il avait un grand pouvoir et un grand prestige. Il nommait à toutes les charges, accordait les honneurs et les faveurs, récompensait ses alliés en leur donnant des terres et des fonctions, des positions sociales. L'armée était commandé par le roi lui-même. L'autorité du roi était quasi absolue. On offrait aux mânes des ancêtres et aux dieux tribaux des cidres de banane. On consacrait aux divinités des victimes dont le nombre était fixé par les devins.
A cause du souvenir d'un despote très cruel laissé par Sibutwereke, ancien roi du Buganda, les princes ayant comme lui le totem de l'Elephant n'avaient plus le droit d'accession au trône. Une certaine censure populaire existait. Tout n'était pas permis au roi, surtout pas les abus. Jadis les princes de sang étaient parqués pour prévenir leurs tentatives de coups d'état.
La mère et les soeurs du roi avaient un statut spécial dans le royaume. Elles venaient même avant le souverain, surtout la reine mère (on retrouve ce statut presque partout dans l'Afrique précoloniale). La sœur du roi avait l'honneur de dénommer le roi, son frère, quand celui-ci montait sur le trône ancestral.
Fonctionnaires et dignitaires de la Cour avaient des charges bien précises. Il y avait des clans avec des charges héréditaires, comme les clans qui devaient veiller sur les tambours royaux, sur le feu sacré...On peut citer: masisa: le chargé du privé royal; kawuka: grand chevrier royal...
Le gouvernement était donc centralisé autour du personnage royal, aidé dans ses fonction par le premier des officiels (katikiro), sorte de gérant et Premier ministre, lui même secondé par l'omusigire, le suppléant, l'intérimaire. Parmi les fonctionnaires de l'autorité centrale, on peut relever la dignité du sabbadu, qui était commis à la police extérieure; de l'omulanzi, chef de la justice; de l'omuwanika, l'économe, le trésorier, l'intendant....
L'armée renforçait le pouvoir du gouvernement central.
L'armée pouvait compter jusqu'à 125 000 hommes, chiffre impressionnant pour l'époque (1879, d'après Stanley). A quoi il faut ajouter les forces navales (8600 hommes toujours selon Stanley).

Au niveau local, le royaume du Buganda comptait 20 provinces, des arrondissements au nombre de 265, des cantons au nombre de 954. L'appareil administratif fonctionnait grâce à toute une hiérarchie d'officiels. Des chefs de province aux chefs de canton, en passant par les ggombolola, ou tribunaux provinciaux, tous les officiels tenaient leurs positions et leurs terres du roi souverain. Tous les hommes de l'administration territoriale au niveau des provinces, arrondissement et cantons, avaient pour fonction: la collecte des taxes, la supervision des travaux d'intérêt public (routes...), l'exercice et l'administration de la Justice....Il est à noter que les voies de communication ont joué un rôle important pour rendre effectif, opérationnel et permanent le commandement central. Le Buganda avait développé un réseau routier impressionnant qui irradiait depuis la capitale. On pense au Pérou avant la conquête espagnole.
Le royaume était populeux, avec des jardins, des champs, des pâturages....

On pourrait aussi citer l'ancien royaume centralisé lozi, au sud ouest de la Zambie actuelle, sur le cours supérieur du Zambèze, le royaume ganda ou le royaume teke. (cela serait trop long pour le présent travail)
Le gouvernement central était constitué par un Conseil national dont les membres étaient répartis en plusieurs groupes, formant ainsi une formidable bureaucratie toute puissante.
Théophile Obenga note page 128que la «complexité organisationnelle étonne à peine dans l'Afrique d'aujourd'hui où existent des partis politiques uniques, absolus, avec leur congrès national, leur comité central...l'Afrique noire traditionnelle n'était pas étrangère à une organisation politique monolithique et poussé à l'extrême».

2) Système de gouvernement des chefferies:

C'est le système ntemi ou système okani. Ntemi dérive du verbe ku-tema, «couper court» une discussion: ntemi désigne par conséquent le fait que les chefferies soient coupées les unes des autres, c'est à dire indépendantes.
Ce système de gouvernement était le plus répandu chez les anciens bantu. On sait que l'ordre colonial s'est servi des chefferies traditionnelles pour s'imposer, en créant notamment la «Justice Indigène». On sait aussi que l'ujamaa, la base du socialisme en Tanzanie, mettait précisément à contribution l'esprit communautaire, solidaire, démocratique de la société africaine traditionnelle au sein de laquelle tout le monde travaillait et chacun vivait de son propre labeur.

Dans la tribu, chaque groupe, chaque communauté, chaque village a son chef. Quand une communauté s'accroit, elle se scinde à son tour en petites communautés, avec leurs chefs respectifs. Ainsi, les chefferies sont indépendantes les unes des autres, politiquement. Elle restent cependant liées par des liens de parenté (clans, lignages, familles). Il n'y a donc pas d'autorité centrale avec un appareil administratif et judiciaire hautement structuré comme dans la royauté. Les chefs sont souvent considérés comme des êtres puissants, aux pouvoirs magiques réels. Le rôle du chef: directions des cérémonies religieuses, arbitrage des palabres, conduite de la guerre, organisation du commerce.
La tribu comprenant plusieurs milliers de personnes était l'unité politique la plus grande chez les Sotho et les Nguni (Zulu, Ndebele, Xhona..) de l'Afrique australe. Dans ces deux groupes (Stho et Nguni), le chef était tout puissant, mais un chef par trop autoritaire devenait vite impopulaire: on l'abandonnait pour aller chez un autre chef plus clément et plus juste.
Deux conseils assistaient le chef dans ses fonctions: un Conseil restreint et un Conseil plus large ou Assemblée. Le premier Conseil comprenait les confidents du chef: ils l'aidaient dans ses tâches quotidiennes de gestion matérielle et culturelle du pays. L'Assemblée était composée de tous les chefs subalternes aynt néanmoins quelque importance. On y débattait des problèmes touchant à la nation entière, et tout homme adulte pouvait y participer librement. Le chef pouvait être critiqué au cours des assises de l'Assemblée.
Le chef sotho ou nguni était considéré comme le symbole de l'unité nationale, tribale: il dirigeait personnellement toutes les affaires religieuses, judiciaires, administratives et militaires.

On pourrait aussi parler des chefferies bemba (20 unités politiques) ou Songo.
Une chefferie est une organisation politique beaucoup plus souple qu'un royaume qui a des structures gouvernementales hiérarchiques et centralisées. Du point de vie culturelle, une chefferie n'est pas moins «civilisée» qu'un vaste royaume. La chefferie est une organisation politique complète. Un royaume peut regrouper plusieurs chefferies.  Une tribu peut avoir plusieurs chefferies indépendantes les unes des autres, avec leurs terres propres au sein du territoire tribal, national, tandis que la royauté - qui est une vaste chefferie - intègre tous les lignages, tous les clans, toutes les terres cheffales au sein d'un même ensemble politique . le royaume ethnique.
Chefferie et royauté sont deux formes de gouvernement distinctes quant à leur nature et non par essence: la chefferie est un petit état, tandis que le royaume est un état beaucoup plus large.
Dans les temps précoloniaux, les Kongo avaient crée une vaste entité politique: le royaume de Kongo. Les Bemba, eux, étaient politiquement organisés au sein d'une multitude d'unités cheffales distinctes, sur le territoire tribal.
Mais ici et là, il y avait une administration, une économie, des chefs de lignage et de clan, surtout la conscience nationale de perpétuer, à travers les structures mises en place, la gloire des ancêtres lointains.

3) Système politique clanique:

Il s'agit de clans ou de tribus sans chefs désignés, sans rois investis, couronnés. Les clans et les tribus sont dirigés par des conseils . classes d'âge et «Aînés». Le mot «Aîné» ne désigne pas seulement l'homme le plus âgé mais aussi l'homme qui peut diriger compte tenu se son expérience des choses de la vie.
Le Conseil des «Aînés» désigne donc un groupe de dirigeants. Ce groupe est respecté et peut donc mener les affaires de la tribu.
Originellement, tous les peuples bantu étaient sans chefferie: leur organisation sociopolitique élémentaire était le clan, avec un Consil des «Aînés» pour le  village. Il y eut par la suite développement des structures de gouvernment, du clan au royaume, du village aux groupements territoriaux des clans, de la chefferie à la royauté ou à l'empire.
Les Bantu orientaux ont plutôt conservés le système de commandement clanique originel. Les «Aînés» agissaient non pas en leur nom propre mais au nom du clan tout entier. Ils avaient la responsabilité de la conduite morale, de l'administration, des relations commerciales...Des clans désignés assumaient des fonctions spécifiques: clans des forgerons, clans des guerriers....

LA VISION DU MONDE SELON LES BANTU

Selon John Mbiti, la conception bantu du monde est anthropocentrique, c'est à dire que tout est considéré en termes de relation avce l'être humain.
Il énumère 5 catégories :
1) Dieu, l'explication ultime de l'origine de la substance de l'homme et de toutes les choses
2) les esprits, faits d'êtres surhumains et des esprits des hommes morts longtemps auparavant
3) l'homme, comprenant les êtres humains qui sont en vie et ceux qui sont sur le point de naître
4) les animaux et les plantes, ou le reste de la vie biologique
5) les phénomènes et objets qui ne participent pas à la vie biologique

En termes anthropocentriques, Dieu est le créateur et celui qui nourrit l'homme; les esprits expliquent la destinée de l'homme; l'homme est le centre; les animaux, les plantes, les phénopmènes naturels et les objets constituent le milieur où il vit, et lui procurent les moyens d'exister.
Une cosmogonie recueillie auprès des bantu de la zone centrale du Zaïre (Kasaï) :
"Au commencement de Toutes les Choses, l'Esprit Aîné, Maweja Nangila, le premier, l'aîné et le grand seigneur de tous les Esprits qui apparurent par la suite, se manifesta, seul, et de par soi-même. Puis il créa les Esprits. Il les créa par une métamorphose de sa propre personne, en la divisant magiquement, et sans qu'il en perde rien. C'est pourquoi les Esprits participent de la nature divine de Majewa Nangila".

Le monde des esprits, des génies et des ancêtres primordiaux est plus proche de la société humaine que l'univers proprement divin. Il y a de bons et de mauvais esprits. Il en va de même pour les génies et ancêtres primordiaux. Le bien et le mal apparaissent visiblement à ce niveau de la cosmogonie bantu. Les ancêtres reculés restent sujets aux passions humaines, à la colère, à la rancune, à la vengeance, à l'amour...Il existe des sacrifices, des rites, des cérémonies pour apaiser la colère des ancêtres, leur demander bénédiction, protestion, secours.
Vient ensuite le monde des morts, qui sont des êtres puissants, en bien ou en mal. Plus le temps recule, plus les morts se rapprochent des ancêtres primordiaux et des génies. Les morts habitent leur monde à eux. C'est un hameau mystéreiux dont les habitants, les morts, se livrent à toutes les occupations qui absorbèrent jadis leur existence sur terre. Mais ils sont devenus plus puissants, lumineux.
Dans le monde des vivants, il existe des hommes peu ordinaires, capables d'avoir des relations mystiques avec le monde des esprits et le monde des morts. ce sont des Maîtres, des Initiés.

Tout est en relation avec l'homme : Dieu par l'intermédiaire de la vie qu'Il donne, Esprits et Ancêtres primordiaux qui agissent constamment dans le monde des vivants par l'intermédiaire des cérémonies, rites, danses, sacrifices...; monde des Morts-puissants qui est en symbiose avec le monde des vivants par l'intermédiaire des nganga (Maîtres); l'environnement naturel.

La vie humaine comprend 6 étapes :
1) l'enfant dans le sein maternel où il n'est encore que du sang. Les nganga sont d'ores et déja consultés pour préserver la vie foetale
2) de la première enfance jusqu'à l'apparition des premières dents, le nouveau-né est eau. Il n'a encore aucune signification sociale précise, même si l'on voit en lui un ancêtre lignager revenu sur terre. Le cordon ombilical est l'objet de plusieurs traitements rituels spécifiques, car il est le lien vital qui rattache le nouvea-né au lignage, au clan,
3) dans la période d'enfance, l'enfant s'achemine progressivement de l'obscurité à la lumière de la vie adulte; l'accès au statut d'homme se fait par des rites initiatiques de la puberté
4) l'activité sexuelle fait du muntu une personne accomplie, c'est à dire un muntu capable d'assumer le mariage pour perpétuer la vie des Ancêtres-fondateurs du lignage et du clan
5) à la vieillesse, l'homme est couvert de sagesse; il connait les traditions orales du pays, l'histoire clanique; il est l'Aîné, fort de sa grande expérience des choses humaines
6) à sa mort, le muntu devient dieu-ancêtre, intermédiaire entre les  hommes et le Dieu suprême.


Pour approfondir le sujet :  Un sympathique site sur les langues Bantoues
 
 

Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier