Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Benin, analyse economique ANALYSE ECONOMIQUE DU BENIN :

- Année 1996 :

Population: 5,6 millions
Capitale : Porto Novo
Monnaie : franc CFA (0,01F)

Globalement positif :

Mathieu Kerékou est le premier des chefs d'Etat africains déposés lors de la vague démocratique de 1990-1991 à regagner le pouvoir par la voie des urnes. Après quelques velléités autoritaires, le président sortant Nicéphore Soglo s'est incliné, en mars, face à l'étrange coalition qui réunissait l'ancien dictateur militaire marxiste-léniniste et ceux-là même qui avaient tenté de le renverser par les armes.

M. Soglo a perdu pour n'avoir pas su tempérer les rigueurs de l'ajustement structurel qui a donné des résultats spectaculaires, avec une croissance du PIB de 6 % en 1995 - et pour les avoir au contraire rendues plus insupportables en tolérant la corruption jusque dans certains cercles proches du pouvoir se souvenant que, juste avant sa déposition, il s'était converti au credo de Bretton Woods, M. Kérékou s'est bien gardé de proposer un changement de cap.
Le nouveau pouvoir a donc conservé le cap de la rigueur budgétaire, tout en profitant des effets du boom cotonnier Le Bénin devrait produire, en 1996, 450 000 tonnes de coton graines - les unités d'égrenage ont été multipliées ces deux dernières années. Le port de Cotonou, autre source de devises, devrait voir son développement limité par la reprise des activités de son traditionnel concurrent, Lomé. Quelques projets de développement - barrage de Diarala, rénovation de la ligne de chemin de fer Cotonou-Parakou - complètent le tableau globalement positif de l'économie béninoise.
 

- Année 1997 :

Agitation sociale

Les fonctionnaires béninois ont relevé la tête en 1997 et arraché au gouvernement des concessions salariales importantes, obtenant une hausse de 8% de leur salaire minimum, ce qui n'a pas manqué d’inquiéter le FMI. La Situation politique béninoise reste calme malgré les manœuvres incessantes qui agitent la coalition gouvernementale, dans la perspective des élections législatives de l'an 2000 et de la présidentielle de 2001, mais le front social est nettement plus agité. Les syndicats de fonctionnaires continuent de faire pression sur la mouvance présidentielle et rencontrent une écoute favorable auprès des composantes « de gauche » de la mouvance.

Ce mouvement social s'explique à la fois par la relative embellie de l'économie, avec une croissance d'environ 5 % en 1996 et 1997, et par la hausse des produits de première nécessité, même si, officiellement, l'inflation n'est que de 4,6 % en rythme annuel. La récolte cotonnière, qui avoisine 350000 tonnes de coton en graines, reste le moteur de
 l'économie. Pour l'instant, les tentatives  de diversification des productions (hors des cultures vivrières) n'en sont qu'au stade  expérimental, et l'essentiel des exportations et des recettes en devises dépendent du coton.

Quant au secteur industriel, il demeure quasiment inexistant, victime, entre autres, de la concurrence nigériane, qui s'exerce avec d'autant plus de violence qu'elle emprunte les circuits informels qui dispensent de droits de douane les produits venus de chez le grand voisin.
 

- Année 1998 :

Sécheresse

Comme ses voisins, le Bénin a pâti de la sécheresse de 1998.
D'une part, le pays importe une grande partie de son électricité du Ghana, et ce dernier n'a pas été en mesure d'honorer ses contrats à la suite de l'assèchement du barrage d'Akosombo. La pénurie a handicapé les activités artisanales et industrielles à Cotonou. D'autre part, la sécheresse du début de l'année a provoqué la hausse des prix des produits vivriers et une brève flambée inflationniste.

Au troisième trimestre, le FMI a revu ses prévisions de croissance à la baisse et estimé que celle-ci n'atteindrait pas 5 %. L'activité économique du pays continue à reposer sur la filière coton. Le coton égrené représente plus de 80 % des exportations. Encore en partie aux mains de l'Etat, le secteur est en voie de privatisation. Mais qu'il s'agisse de la filière coton ou de la distribution des produits pétroliers, le processus reste lent dans un pays qui, pendant deux décennies, s'est réclamé du marxisme-léninisme et où les employés du secteur public et les fonctionnaires restent bien organisés, même Si les mouvements sociaux n'ont pas connu en 1998 l'intensité des années précédentes.

L'avenir économique du pays dépendra de l'évolution de la situation au Nigeria. Par le biais du secteur informel - et surtout de la contrebande des produits pétroliers - l'économie béninoise est liée à celle de son immense voisin. Que celui-ci mène à bien son processus de démocratisation et renoue avec la croissance, et le Bénin pourrait profiter d'une spirale ascendante.

1999

Le Bénin, qui doit négocier en l'an 2000 un nouveau programme avec le FMI et la Banque mondiale, affiche des performances macroéconomiques satisfaisantes. La croissance du PIB de 4,4 %, en 1998, devrait atteindre 5% fin 1999 et 5,5% durant les deux années suivantes. L'inflation est contenue aux alentours de 30;0, tandis que les recettes fiscale croissent régulièrement. Mais ces indicateurs cachent mal les faiblesses de l'économie béninoise, toujours dépendante de son agriculture, en particulier du coton.

La production béninoise des surfaces cultivées est estimée pour 1999 à 355000 tonnes, au lieu des 370000 prévues. Cette contre-performance a été amplifiée par les difficultés financières de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra) qui gère la commercialisation du coton. Un audit, réalisé sur ordre du gouvernement, en 1998, a révélé des fraudes massives et une gestion hasardeuse de cette société, dont la Banque mondiale demande la privatisation. La filière coton reste, malgré tout, prometteuse.
L'affaire de la Sonapra est révélatrice de la corruption qui ronge le Bénin. En juillet 1999, une enquête sur l'utilisation des fonds publics a mis à jour quelque 237 cas de malversations portant sur 70 milliards de francs CFA (700 millions de francs français) au cours des trois années précédentes. Un contrôle de la fonction publique a révélé l'existence de près de 570 fonctionnaires fantômes et 242 agents contractuels fictifs. Le gouvernement a chiffré à plus d'un milliard de francs CFA (100 millions de francs français) le coût de cette fraude.

2000

Les candidatures au scrutin présidentiel de mars 2001 ne manquent guère. Mais, de l'avis de la plupart des observateurs, la compétition électorale devrait se résumer, une fois encore, à un duel entre le général Mathieu Kérékou et son flamboyant prédécesseur, Nicéphore Soglo, remis de la gifle infligée par les électeurs béninois en 1996. Le vieux président Kérékou, guidé par une déroutante doctrine mystique, semblerait moins disposé à poursuivre la lutte.

D'un strict point de vue économique, le bilan ne se révèle pourtant pas déshonorant. Après une progression de 4,8% en 1999, le taux de croissance devrait atteindre 5,5 % pour 2000. Avec une hausse prévue de plus de 7 %, le secteur secondaire tire l'activité, du fait de la relance des industries minières, de la production de ciment et de sucre. Une ombre de taille au tableau: la flambée des produits pétroliers relance l'inflation, qui dépassera la barre des 5 %.

Aux yeux des bailleurs de fonds, ce dérapage des prix n'a pas occulté les performances accomplies. En juillet, le Bénin a obtenu l'assurance que sa dette extérieure, tous créanciers confondus, serait réduite de près du tiers, au travers de l'initiative renforcée PPTE. En parallèle, un appui de 285 millions de francs a été consenti par le FMI.

Phénomène plus important peut être que cette bienveillance multilatérale, les Béninois semblent reprendre confiance dans la signature de leur Etat. En avril 2000, un emprunt obligataire de cinq ans a permis au Trésor de lever 50 millions de francs en deux semaines. Donnée marquante, les ressortissants nationaux ont réalisé 60 % du montant des souscriptions. Ce n'est finalement pas un mince succès lorsque l'on se rappelle qu'un rapport officiel évalue les détournements de fonds publics entre 1996 et 1999 à pas moins de 700 millions de francs...

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier