
ARTICLES PARUS DANS LA PRESSE INTERNATIONALE AFRICAINE EN 1998 :
LES CADRES MIS EN CAUSE : (mars 1998)
Phénomène pas forcément nouveau dans l’administration
et les sociétés d'Etat, le détournement de deniers
publics et la corruption ont pris une ampleur toute particulière
ces derniers mois au Bénin. En l'espace de quelques semaines, les
directeurs généraux des plus grandes sociétés
d'Etat ont ainsi été relevés de leurs fonctions entre
août et novembre 1997 pour diverses malversations, surfacturations,
signatures abusives de contrats avec des prestataires de services, agréments
irréguliers... alors même qu'ils venaient à peine de
goûter aux délices de leurs fonctions.
Ils avaient été nommés en remplacement d'autres
directeurs généraux - suspectés d'appartenir à
l'opposition - dont on ne connaîtra sans doute jamais le vrai bilan.
Car les cérémonies de passation de service, dans ces cas,
prennent souvent l'allure d'une véritable prise de pouvoir, et ne
donnant lieu à aucun bilan chiffré.
Dans la plupart des cas, les faits officiellement reprochés
aux responsables mis en cause ne sont jamais publiés. Et les poursuites
judiciaires n'aboutissent pas in fine. L'impunité étant de
mise, le cycle reprend. Mais au-delà des conséquences économiques
évidentes (réticence des partenaires étrangers à
investir dans les secteurs concernés, rapports conflictuels entre
sympathisants des ex-directeurs généraux et les nouveaux
venus, blocage des activités..) liées à cette série
de limogeages, c'est de façon unanime que les observateurs indépendants
ont relevé une bien curieuse procédure de nomination des
cadres béninois à la tête des sociétés
d'Etat.
Depuis la Conférence nationale de février 1990, à
l'instar des fonctions ministérielles, ce sont en effet les formations
politiques membres de la mouvance présidentielle qui proposent des
personnalités de leurs formations parmi lesquelles le chef de l'Etat
est tenu de nommer les directeurs généraux des sociétés
d'Etat et les responsables de certaines directions dites « juteuses
» de l'administration publique.
De fait, les nouveaux promus se prennent en quelque sorte pour des
ministres-bis, susceptibles de se passer des directives de leurs ministres
de tutelle dans la conduite des affaires dont ils ont la gestion. Surtout
Si le ministre de tutelle n'est pas de la même formation politique
que le directeur général. Ainsi naissent les conflits d'autorité
qui se sont multipliés ces derniers mois.
Cette tendance affichée à la politisation de l'administration
publique a pour corollaire une dépendance étroite des directeurs
généraux par rapport à la formation politique qui
les a recommandés ou placés à ce poste. Après
tout, il convient de ne pas déplaire au chef, et de créer
notamment toutes les facilités nécessaires aux autres membres
du parti (chefs d'entreprise, opérateurs économiques...)
pour leur faire bénéficier de certains passe-droits. D'où
l'autorisation hâtive donnée par certains directeurs généraux
à des prestataires de services, des contrats signés parfois
avec des non-professionnels pour intervenir dans des domaines qu'ils ne
connaissent pas. Quelquefois, par personnes ou parents interposés,
le bénéficiaire du contrat est en réalité le
directeur général ou le ministre lui-même.
CAMPAGNES ÉLECTORALES
Dans de nombreux cas, les directions générales de certaines sociétés d'Etat au Bénin font l'objet de toutes sortes de tractations et de marchandages politiques, étant donné que certains chefs de parti politique pensent, peut-être à juste titre, qu'elles constituent un compte bancaire bien garni d'où ils pourraient tirer l'argent nécessaire à leurs campagnes électorales. Le plus extraordinaire est qu'ils l'affichent sans ambages. C'est la face cachée du pluralisme démocratique apaisé.
Au début de la formation de son premier gouvernement en avril
1996, le président Mathieu Kérékou, qui avait donné
l'impression de prendre conscience de cette situation, proposait comme
solution un scénario devant permettre aux formations politiques
de bénéficier d'une sorte de subvention annuelle afin d'affronter,
en toute légalité, les échéances électorales.
Ce projet, qui a même été récupéré
par des organismes internationaux et certaines fondations opérant
au Bénin, a été le thème de plusieurs forums
organisés dans le pays en vue d'amener les formations politiques
à comprendre davantage ce qu'il comporte de bénéfique.
Aboutira-t-il un jour? Difficile de le dire, surtout que, visiblement,
les formations politiques de la mouvance présidentielle, qui ont
d'ores et déjà leur système de financement propre,
n'ont en réalité aucun intérêt à ce qu'une
formation rivale de l'opposition bénéficie de façon
officielle d'un financement de l'Etat.
D'autant que le phénomène ne date pas d'aujourd'hui.
Autrement dit, la bonne volonté affichée par le président
Mathieu Kérékou est loin d'être concluante. Et pour
cause! Malgré la décision prise en Conseil des ministres
de nommer
désormais de nouveaux directeurs généraux «
compétents, intègres et patriotes », il a été
relevé par la presse indépendante du Bénin que, à
une exception près, les nouveaux directeurs généraux
nommés en janvier l998 pour remplacer ceux qui ont été
limogés « appartiennent tous à la formation politique
de leur ministre de tutelle ». C'est dire que le président
de la République semble avoir été mis en minorité
dans sa démarche de dépolitiser quelque peu l'administration
publique.
DÉBATS À HUIS CLOS
Le récent atelier organisé à la mi-janvier 1998,
à Cotonou, par la Banque mondiale sur la corruption illustre la
préoccupation des institutions financières internationales
sur cette question. Même Si, de façon officielle (les débats
ayant été menés à huis clos), le Bénin
n'a pas été mis en cause. Il est vrai que le Bénin
n'est pas encore arrivé au stade de certains autres pays où
la corruption semble avoir été érigée en système
d'Etat
Une cellule dite de moralisation de la vie publique a même été
créée en 1996 par la présidence de la République
et il est demandé à tous les citoyens victimes ou ayant connaissance
de cas de corruption de lui en faire part sans hésitation. Le fait
que ce soit une structure présidentielle rend son action, il est
vrai, moins crédible, donnant l'impression aux yeux de nombre de
Béninois qu'il s'agit d'un trompe-l'œil.
CARENCE DU SYSTEME PENITENCIER :
Chaque année, la capacité d'accueil des prisons
béninoises diminue et l'administration judiciaire - dont le personnel
se réduit par les départs à la retraite non-compensés
- éprouve des difficultés à traiter, dans les délais
prévus, les dossiers des prévenus. Conséquence
la principale prison du pays, la prison civile de Cotonou, construite sous
la colonisation pour accueillir quelque 400 prisonniers, en compte aujourd'hui
près de 2000. En dehors des prisonniers dits "de luxe ", la plupart
sont logés à la même enseigne. Seuls les femmes et
les mineurs bénéficient d'un traitement un peu plus clément.
Divisés en appartements dont le plus envié semble être
"la maison blanche" qui abrite les personnalités et les cadres de
l'Etat et du secteur privé (la plupart arrêtés pour
gestion frauduleuse), la prison civile de Cotonou est incontestablement
le symbole du système carcéral
Malgré l'aspect imposant de la bâtisse qui se dresse en
plein quartier périphérique de Cotonou, les conditions de
vie ne sont pas des meilleures.
Les repas servis aux détenus de la prison civile de Cotonou
sont non seulement de mauvaise qualité mais aussi de quantité
réduite. Les prisonniers ayant des parents ou des amis capables
de les nourrir bénéficient d'une assistance non-négligeable.
Le budget alloué par l'Etat aux administrations pénitentiaires
pour nourrir les prisonniers étant insuffisant, les gardiens, malgré
les risques évidents, n'hésitent pas à admettre parents
et proches à l'intérieur de la prison pour apporter de la
nourriture à certains détenus. C'est ainsi qu'à certaines
heures de la journée et de la soirée, les abords des prisons
sont animés par ces visiteurs qui négocient leur entrée.
De véritables batteries de cuisine sont parfois installées,
notamment à la prison civile de Cotonou, qui permettent à
des femmes détenues de faire librement la cuisine et parfois même
de vendre des repas à d'autres détenus.
ABSENCE DE SOINS MÉDICAUX
La liberté de mouvement, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur des prisons, est souvent totale pour bon nombre de prisonniers
qui savent pactiser avec les gardiens. Il arrive même que des prisonniers
aient des relations avec leurs épouses. Certains détenus
qui se prétendent guérisseurs ou guides religieux parviennent
même à gagner l'estime de leurs geôliers et deviennent
de véritables " super-maîtres " à l'intérieur
de la prison. Les cas de brimades ne manquent pas entre prisonniers.
Comme le reconnaît Saïdou Agbantou, avocat et président
de la Commission des droits de l'homme du Bénin, les soins médicaux
à l'intérieur des prisons, notamment celle de Cotonou, qui
est la plus grande du pays, sont pratiquement inexistants. L'infirmerie
de cette prison est incapable de faire face aux maladies atteints de graves
maladies comme la tuberculose, qui fait des ravages en milieu carcéral.
Depuis plusieurs années déjà, aucun prisonniers ne
décède des suites de mauvais traitements mais les maladies
contagieuses qui se développent à l'intérieur des
prisons en raison du surpeuplement pénitentiaire causent des ravages.
Toutes sortes de transactions se font à l'intérieur des
prisons. Le système D s'est particulièrement développé,
au point que, dans certains cas, il est parfois inutile de sortir pour
s'approvisionner. Même en cocaïne! C'est dire, selon certains
détenus, que les prisons du pays constituent une " école
" qui, au lieu de contribuer au redressement des délinquants, participe,
dans une certaine mesure, à leur dégradation.
MODERNISER LA JUSTICE
Des organisations non-gouvernementales (ONG) humanitaires et des mouvements
catholiques tentent, à leur manière, de limiter les dégâts
en fournissant à l'administration pénitentiaire des vivres,
des médicaments et en prenant en charge les enfants de détenus.
Même s'il n'est pas évident que les dons fournis dans ce cadre
aillent tous aux destinataires, cela allège la souffrance de certains
détenus et permet aux responsables des prisons de faire face à
certaines maladies bénignes.
Sollicité par les responsables du ministère de la Justice
pour apporter son appui à un ambitieux programme visant à
améliorer l'efficacité des juridictions du pays et à
construire de nouvelles prisons, le Programme des Nations unies pour le
développement (Pnud) a été sensibilisé à
cette situation. Il a ainsi donné son accord pour participer à
la réfection de certains tribunaux, comme celui de Porto-Novo, construit
sous la colonisation et tombé en ruines, et pour contribuer à
la modernisation des mécanismes de fonctionnement de la justice
béninoise.
Ce programme concerne également les prisons, dont certaines
ont été agrandies. Il vise aussi à mettre en place
au niveau des huit tribunaux du pays des bibliothèques de taille
moyenne; le ministère de la Justice disposera pour sa part d'une
grande bibliothèque. Toutes seront dotées d'ouvrages de droit,
de formulaires et de recueils de jurisprudence, d'encyclopédies,
de répertoires, de jurisclasseurs et de revues spécialisées.
Cette démarche pourrait, à terme, créer les conditions
tant souhaitées afin de faciliter le traitement rapide des cas de
prévenus non encore jugés mais placés en détention.
DEMISSION DU PREMIER MINISTRE : (Juin 1998)
Les émissaires dépêchés des capitales étrangères, notamment Lomé et Libreville, n'ont pas réussi à «ramener à la raison» Adrien Houngbédji qui a claqué la porte du gouvernement de Mathieu Kérékou au cours du week-end du 8 mai, tout en créant la surprise chez ses alliés, même Si d'aucuns s'y attendaient. Les tractations menées en dernière heure n'ont pas abouti. Parti avec ses trois ministres et pas des moindres, le Premier ministre démissionnaire a préféré ne pas revenir sur le navire des quatorze forces politiques coalisées contre l'ex-président Nicéphore Soglo, il y a de cela vingt-cinq mois. A l'annonce de sa sortie, Sévérin Adjovi, l'ex-ministre de la Défense qui feint l'étonnement, devait opiner: « Je n'étais pas informé; j’ai vu le Premier ministre hier tard avec le chef de l'Etat et je n'ai pas eu l'impression qu'il y avait quelque chose qui pouvait l'amener à donner sa démission. Quand on est soucieux de l'unité nationale comme l'est le chef de l'Etat, le général Mathieu Kérékou, il est évident que le consensus est souvent recherché. Mais le consensus n'est pas facile a gérer; on ne peut pas être au gouvernement et insulter le gouvernement tout le temps alors que vous êtes la pierre angulaire de ce gouvernement, vous êtes le Premier ministre ! Cela devait l'amener depuis longtemps à donner sa démission, il ne l'a pas donné. Maintenant, il le fait à partir du moment ou on lui propose certainement de diminuer le nombre de portefeuilles qu'il avait au gouvernement ou éventuellement de changer de portefeuille. J'aurai souhaité qu'il soit parti une semaine avant. pas au moment de la formation du gouvernement. Ce n'est pas une démission pour moi. fi est parti parce qu'il n'a plus ses intérêts immédiats dans ce gouvernement».
A suivre ces paroles véhémentes, il y avait du remaniement
dans l'air quand un différend a surgi entre Kérékou
et Houngbédji, puis on n'est pas tombé d'accord. Ramener
de quatre à deux les ministères occupés par le PRD
(parti du renouveau démocratique) de Houngbédji et lui «sucrer»
la primature... Tel était l'objectif du chef de l'Etat. Des conditions
que Me Houngbédji - partie prenante de la victoire électorale
de Kérékou ne pouvait accepter. En bon rusé, dit-on,
le Kaméléon président a monté ce plan habile
pour décourager le PRD, lequel a, de son côté, créé
la sur-
prise en prenant les devants de cette bataille pour les ministères
sensibles. Un départ qui lui aura toutefois valu un temps l'attention
des «missionnaires» de bons offices venus tenter une médiation.
Kérékou proposait à Houngbédji de le transformer
en simple ministre d'Etat chargé des petites et moyennes entreprises.
Un avocat qui a une autre idée de son rôle préféra
ne pas se contenter d'une présence gouvernementale au rabais. Il
s'en est allé.
Mal comprise, sa sortie inattendue a par ailleurs donné des idées
aux éléments de la garde présidentielle affectés
à la sécurité de la primature. Ajoutant leur grain
de zèle dans la partie, ces derniers empêchèrent un
moment le démissionnaire d'accéder à ses bureaux.
Ce à quoi la colère désapprobatrice du président
Kérékou a mis un terme avec des sanctions àla clé.
Pour combler le vide, Mathieu Kérékou a formé
un gouvernement de 18 membres où l'on retrouve 5 personnalités
de l'équipe précédente et qui procède d'un
équilibre régional. Le poste de Premier ministre - cet avatar
de la course électorale de 1996 - a bel et bien disparu. Créée
dans le sillage de la victoire de Kérékou Il, la fonction
avait été taillée sur mesure pour Me Houngbédji,
en guise de récompense électorale et n'était que le
fruit d'une alliance circonstancielle.
Si la fin de la primature est une délivrance réciproque
pour les alliés d'hier, elle l'est davantage pour le leader du PRD
qui n'avait jamais pu jouir d'une position confortable en ce lieu. L'événement
a le mérite de clarifier le jeu.
Placé dans une situation doublement étrange, Houngbédji
conjuguait des forces et faiblesses.
Troisième candidat au premier tour de la présidentielle
de mars 1996, il avait, par son report de voix assassin, donné au
second round une impulsion décisive à la victoire du Kaméléon
face à Soglo, le président sortant qui le courtisait à
l'époque jusqu'aux larmes, se souvient-on encore. Très sollicité
à l'entre-deux-tours, il était l'homme incontournable, épaulé
par un fort contingent de députés à l'Assemblée
nationale. Forgée à sa dimension, sa primature est alors
installée dans l'ancien Hall des Congrès de Cotonou; seulement,
elle était sans assise constitutionnelle réelle. Et c'est
tout le paradoxe de sa faiblesse. Le poste de Premier ministre n'existant
pas dans les textes béninois. Au fil du temps, les titres dont l’affublent
l'opinion publique et la malice populaire ne manqueront pas: chef d'exécutif
virtuel pour les uns, "Premier ministre Kpayo" (c'est à dire dévalué)
pour les autres, Houngbédji se disait lui même «chargé
de la coordination gouvernementale», prenant toujours soin de rappeler
les prérogatives de Kérékou (chef de l'Etat et chef
du gouvernement), évitant de laver le linge sale sur la place.
Discret, l'homme s'est employait à taire les dissensions gouvernementales,
minimisait les incidents ou dissipait à chaque occasion les rumeurs.
il n'en perdait pas une pour réaffirmer son soutien au président.
«Il n 'y a pas de frictions. Nous travaillons dans un esprit d'équipe
et de cohérence. Cela n'empêche pas que chacun fasse de la
politique avec son tempérament. Ma foi, l'art de la politique, c'est
aussi de gérer ces petites situations. Mais personne n'a jamais
constaté au sein du gouvernement et dans son fonctionnement des
conflits. Je suis Premier ministre chargé de la coordination gouvernementale»,
disait-il. Pourtant, sa position bâtarde et ambiguë ne lui donnait
guère les coudées franches et l'exposait à tous les
mauvais coups destinés à l'exécutif. Son autorité
effective posait problème. Elle n'était pas toujours reconnues
par ses collègues-concurrents du gouvernement où sont tapis
quelques futés renards comme celui de Drègbé en la
personne d'Albert Tévoèdjré (ministère du Plan)
ou encore Sévérin Adjovi, l'ex-titulaire de la Défense.
Des peaux de bananes pouvaient être glissées à tout
instant, histoire de limiter son action.
Puis les choses s'accélèrent avec l'ampleur et les contre-coups
de la crise énergétique que traverse le pays plongé
dans l'obscurité du fait de la sécheresse du barrage
hydroélectrique d'Akos3ombo du Ghana voisin, fournisseur du
courant. Au moment où l'on recherche des solutions pour palier au
manque, des conflits éclatent au grand jour. Le Premier ministre
met à l'index les transactions coupables du ministre des mines,
Emmanuel Gobu (proche du président de l'Assemblée) en vue
de l'acquisition de groupes électrogènes. Mais, il n'est
pas soutenu par le président Kérékou qui rétablit
les contrats qu'il avait annulés. Tout a été mis en
œuvre pour le pousser vers la porte.
Autre camouflet, le ministère de la Justice contrôlé
par le PRD n'était-il pas sur la liste des ministères dont
on tenait à le priver ? La récente audition au tribunal de
Bruno Amoussou - président de l'Assemblée nationale, personnage
haut placé dans l'Etat -accusé d'avoir mené dans le
passé l'ancienne Banque commerciale du Bénin à la
faillite, a suscité quelques agacements. Houngbédji l'allié
dérangeait.
C'est à la veille d'un nouveau mouvement de grève des
travailleurs qu'il a rendu son tablier, refusant de prendre encore des
coups à la place d'une l'équipe divisée. «Il
ne peut servir indéfiniment des intérêts qui se servent
de lui» a confié un militant du PRL) pour lequel, son leader
n'a pas dît le dernier mot. En effet, Houngbédji dispose d'une
capacité de rebondissement.
A la chambre, ses parlementaires constituent la deuxième force
de l'hémicycle et du pays. Avec la RB (Renaissance du Bénin)
de Nicéphore et Rosine Soglo, des perspectives d'alliances se nouent
déjà à l'horizon. Début mai, dans un meeting
à Bohicon (fief des Soglo), Houngbédji alias «Tchoco-Tchoco»
tendait la main à la RB, en y mêlant de façon stratégique
le label Kaméléon : «Nous sommes prêts à
négocier avec nos adversaires d'hier à condition qu'ils nous
démontrent qu'ils ont changé. Ils peuvent se joindre à
nous pour qu'ensemble nous aidions à la réussite du quinquennat
du général Kérékou». Une chose est sûre,
cet appel va au-delà du mandat de l'actuel président. Dans
l'effervescence de la démission où circulaient les émissaires
envoyés chez Houngbédji, parmi lesquels l'ambassadeur de
France, un représentant de la RB aussi a été perçu.
Cela n'a pas tardé, mais rien n'a filtré. Toutefois à
l'ombre, on se positionne déjà pour les grandes manoeuvres
de 2001, date des prochaines présidentielles, les seules qui comptent
désormais pour Adrien Houngbédji.
PRECAMPAGNE A COTONOU : (juillet 1998)
Pour certains responsables de la principale formation politique de l'opposition,
la Renaissance du Bénin (RB, dirigée par Rosine Soglovieyra,
l'épouse de l'ancien
chef de l'Etat), la victoire aux prochaines échéances
électorales dépendra de la façon dont sera exploitée,
sur le terrain, la crise sociale. Les discrètes campagnes de sensibilisation
qui ressemblent fort à une tentative de gagner du temps, vont dans
ce sens. Mais, en misant sur la crise sociale née de la hausse des
prix des ~ produits de première nécessité, les diri~
geants de la RB ne commettent-ils pas les mêmes erreurs que par le
passé, celles qui ont conduit à la défaite de 1996?
La victoire est déjà de notre côté.
Pour s'en convaincre, il suffit de faire un tour dans les marchés
du pays pour constater ce que coûtent les produits, même locaux
», martèle avec conviction Marc Hountondj, instituteur et
« militant engagé» de la RB. Comme s'il suffisait que
le niveau de l'inflation soit élevé pour assurer la victoire
de l'opposition. Ici, beaucoup se souviennent comment, en 1995, les responsables
de la RB, alors parti au pouvoir, avaient misé sur les relatives
bonnes performances de l'économie pour assurer une victoire confortable
aux élections tant législatives que présidentielle.
On connaît la suite.
L'expérience avait pourtant prouvé qu'au Bénin,
pays dont plus de 80 % des
habitants sont analphabètes, les programmes des candidats donnent
une part trop belle aux promesses électorales. Et, bien qu'interdit
par la loi électorale, l'achat des consciences, qui se manifeste
par de petits cadeaux offerts aux paysans, est souvent déterminant.
C'est aussi l'origine de l'assise des candidats dans les villages ou les
quartiers.
Donnant la priorité à un discours un peu trop intellectuel
- et surtout truffé de chiffres -' l'opposition actuelle agit comme
Si elle ignorait les réalités sociologiques du pays. Si elle
manifeste un certain plaisir à observer les dissensions enregistrées
au sein de la mouvance présidentielle - qui ne manquent pas -, elle
entretient ses propres contradictions par journaux interposés. En
effet, une lutte de clans et d'intérêts a vu le jour au sein
de la RB. Certains de ses responsables cherchent de plus en plus à
se positionner, en cas de... victoire.
«Très sûrs d'eux, les responsables de la RH n'aiment
pas collaborer en cette période de précampagne électorale,
alors que l'heure est au regroupement tactique au sein de la mouvance présidentielle
», note avec dégout le responsable d'une petite formation
se réclamant de l'opposition. La RH est un parti dont les conditions
de naissance ne favorisent pas une quelconque ouverture. Aux yeux de la
classe politique locale, très peu de responsables sont, pourrait-on
dire, «renaissancistes » de conviction. Ce qui n'est pas pour
surprendre, dans un pays où la transhumance politique » a
pris une ampleur peu ordinaire. Les vrais patrons de la RB sont incontestablement
Rosine Soglo Vieyra et son époux le président Nicéphore
Soglo, qui dirigent le parti au gré de leurs humeurs, c’est-à-dire
continuer une société dans laquelle ils détiendraient
la majorité des actions.
NAISSANCE DE BANQUES COMMUNAUTAIRES : (juillet 1998)
Crée en 1983 par le professeur Eusèbe Alihonou, agrégé
en gynécologie, le Projet de Pahou (PDS), devenu de développement
sanitaire plus tard Centre régional
pour le développement de la santé (Crédésa),
a opté pour une « approche participative de développement
durable ». Afin d'aider les femmes rurales à faire face aux
problèmes de santé, le Crédésa a élaboré
une stratégie visant à leur donner un niveau de connaissance
élevé, par l'intermédiaire d'un programme d'alphabétisation
et de formation.
De plus, avec le soutien de partenaires que sont la fondation américaine
Ford, le gouvernement néerlandais, le Centre canadien de recherche
pour le développement international (CRDI) et le Catholic Relief
Service (CRS), des banques communautaires ont vu le jour Elles permettent,
notamment aux femmes, de bénéficier de petits crédits.
Ces banques communautaires visent l'autopromotion des populations rurales
dans leur milieu grâce à un système intégré
de crédit épargne géré par les bénéficiaires
elles-mêmes. Les raisons ayant abouti à cette option sont
multiples manque de moyens financiers suffisants pour saisir les opportunités
génératrices de revenus; sécurité alimentaire
très faible; environnement sanitaire souffrant d'un manque d'hygiène
et d'eau potable ; taux très élevé d’analphabétisme.
Une première expérience de banque communautaire a porté
sur l'une des localités les plus pauvres du sud du Bénin,
en l'occurrence un petit village de la zone de Ouidah (Gankpé),
situé à près de 30 kilomètres de Cotonou. Ce
village regroupe environ 5 200 habitants ayant des revenus très
faibles. Les crédits alloués aux bénéficiaires
vont de 15000 à 100000 F CFA au maximum (150 à1 000 FF) Afin
d'éviter que ce système ne maintienne les femmes bénéficiaires
dans une situation de dépendance financière à l'égard
des ressources externes, une épargne égale à 20 %
du capital prêté est exigée au départ. Le cycle
dure six mois.
D'ores et déjà, quelque 26 banques ont été
installées. L'effectif des bénéficiaires est actuellement
de 1478 personnes dont 1 210 femmes. Le taux de remboursement est de 99
%. Très modeste, le montant des prêts mis à la disposition
des bénéficiaires est de 56 millions de F CFA. Mais une épargne
moyenne de quelque 17 millions de F CFA a été mobilisée
par l'ensemble des banques communautaires.
TENTATIVE DE RELANCE DE LA PRODUCTION D’OIGNON : (juillet 1998)
Principal produit au nord du pays et dans le Sud-Mono, l'oignon cultivé
au Bénin présente un
intérêt certain, en raison notamment de sa forte capacité
de résistance aux intempéries. Sa conservation est moins
exigeante que celle d'autres variétés concurrentes. Il peut
ainsi rester stocké pendant des semaines sans pour autant présenter
le moindre signe de pourrissement.
Pour autant, les techniques traditionnelles de conservation utilisées
par les producteurs sont peu fiables et ne permettent pas de profiter pleinement
de la production. Plus de 40 % des oignons récoltés, reconnaît
Dame Comian, responsable de cette filière à l'Institut national
de recherche agricole du Bénin (lnrab), sont gaspillés faute
de moyens adéquats de conservation.
De ce fait, les producteurs d'oignon ont eu tendance à abandonner
cette production durant ce~ dernières. années. Résultat
: l'oignon commence à manquer sur les marchés locaux. La
quantité produite ne dépasse guère les 35 000 tonnes
par an. Sur le conseil de spécialistes, certains producteurs s'adonnent
uniquement à la variété dite béninoise, dont
les qualités sont multiples. De petite taille, l'oignon d'origine
béninoise est légèrement plus foncé que les
autres variétés.
L'Inrah, qui bénéficie de l'appui technique de la FAO,
assure que la filière de l'oignon a un avenir certain, à
condition qu'une véritable politique soit élaborée.
Des études sont en cours pour réorganiser la filière.
Dans le nord du pays, où la production totale se révèle
plus importante, les techniciens de l'Inrab mettent l'accent sur des techniques
de conservation mieux adaptées au milieu rural. Cette démarche
vise à minimiser l'énorme perte enregistrée chaque
année par les producteurs.
PROBLEMES DE FRAUDE AUX DOUANES : (Juillet 1998)
Pays aux ressources naturelles limitées, le Bénin utilise
les recettes douanières comme principal moyen de mobilisation de
fonds pour son Trésor public. Le budget général de
I'Etat ne peut être bouclé sans l'appui de l'administration
douanière, puisque les recettes que celle-ci engendre sont systématiquement
budgétisées. Toutefois, le système de fraude qui se
développe, malgré toutes les dispositions prises jusque-là,
provoque un manque à gagner de près de 98 % au Trésor.
L'affairisme aurait ainsi gagné tous les services de l’administration
douanière qui, eux aussi, sont confrontés à des difficultés
certaines.
Depuis plus d'une dizaine d'années, à l'instar de tous
les services de l'Administration, ceux des douanes se comportent un peu
comme un enfant abandonné. Le gel du recrutement de fonctionnaires
ne manque pas d'avoir des conséquences sur les services de la douane.
Pour cause de décès ou de départ à la retraite,
les effectifs continuent de diminuer de manière inquiétante.
Le manque chronique d'infrastructures ainsi que le manque de moyens de
communications constituent un frein au bon fonctionnement de l'administration
douanière.
Les autorités de tutelle, à divers niveaux, restent convaincues
que pour mieux affronter la fraude douanière, il conviendrait, pour
le moment, de doter les services de la douane des moyens nécessaires
à leur bon fonctionnement. «Ainsi, la douane pouffa, mieux
que par
le passé, contribuer à l'accroissement des ressources
budgétaires dont l'Etat a besoin pour faire face à ses dépenses
de souveraineté et accroître le mieux-être des populations
», affirme le ministre des Finances, Abdoulaye Bio Tchané.
Avant la fin de l'année en cours, plusieurs mesures sont ainsi
envisagées informatisation des grandes unités frontalières
(Malanville, Hilla-Condji, Kraké, Igolo); achèvement de la
connexion S ydonia-Portware (système douanier automatisé)
entre les principales recettes douanières du pays; établissement
d'un fichier-valeurs grâce à la connexion Sydonia-Bivac; installation
à la Direction générale des douanes et droits indirects
de l'unité informatique centrale en vue de la mise en réseau
des services centraux
Un accent particulier continuera à être mis sur l'encadrement
et la restructuration de la recette des douanes de Cotonou-Port, qui réalise
à elle seule 85 % des recettes douanières au Bénin.
GROS PLAN SUR KEREKOU : (Août 1998)
En démocratie, peut-on gouverner un pays avec un groupe de personnes
issues de formations dont le poids représente à peine 20
% de l'électorat (si l'on tient compte des résultats des
dernières élections législatives et présidentielle)
?
C'est le pari risqué que tente le général Mathieu
Kérékou en formant son nouveau gouvernement. Un pari d'autant
plus osé qu'il prend aussi des allures de repli sur soi. Témoin,
le retour au premier plan d'anciens barons du PRPB (Parti révolutionnaire
pour le Bénin) et de personnalités élevées
dans le sérail de la dictature marxiste-léniniste de sinistre
mémoire de son premier régime. C'est le cas en particulier
de Daniel Tawema, nouveau ministre de l'Intérieur et de l’Administration
territoriale. Ancien directeur de cabinet de Mathieu Kérékou
de 1983 à 1989, il sera ministre des Affaires étrangères
et de la Coopération d'août 1989 à mars 1990. Quant
à Ousmane Batoko, ancien militant zélé du PRPB, lui
aussi fut ministre à deux reprises entre 1972 et 1990. Demeuré
conseiller à la présidence de la République, il hérite
du redoutable portefeuille de la Fonction publique et de la Réforme
administrative. Pierre Osho, fidèle de première heure, ancien
directeur de cabinet de Kérékou - on dit ironiquement de
lui que son parti politique s'appelle Mathieu Kérékou -,il
ne cesse de monter en puissance. Il troque son maroquin des Affaires étrangères
contre celui de la Défense. Auréolé du rôle
de porte-parole du gouvernement dont il devient l'officieux numéro
un. Cette coloration PRPB est à peine tempérée par
la nomination de quelques technocrates.
Le professeur-assistant de géographie John Igué devient ministre des Petites et Moyennes entreprises. C'est au professeur agrégé de droit privé et ancien vice-recteur dc l'université nationale du Bénin, Conceptia Ouensou, Antillaise de naissance, qu'échoit le ministère de l'Education nationale. Abdoulaye Bio Tchané, directeur des crédits à la BCEAO àDakar, est nommé ministre des Finances.
Composés de 18 membres issus pour la plupart de sept petits partis
politiques, le gouvernement formé le 14 mai dernier n'est plus soutenu
que par vingt-sept députés suries quatre-vingt-deux que compte
l'Assemblée nationale. La démission, le 8 mai dernier, de
l'ancien Premier ministre Adrien Houngbèdji et de trois ministres
de son parti, le PRD (Parti pour le renouveau démocratique), avec
dix-neuf élus, a réduit à la portion congrue la coalition
hétéroclite qui avait permis à Mathîeu Kérékou
de reconquérir la présidence à i 'élection
de mars 1996.
Kérékou de reconquérir la présidence à
l'élection de mars 1996.
Résultat, au Parlement, l'opposition au chef de l'Etat compte
désormais cinquante et un députés dont dix-neuf sont
membres de la Renaissance du Bénin, le parti de l'ancien président
Nicéphore Soglo. "Le « Caméléon » a peut-être
opté pour une confrontation avec les politiciens après avoir
recherché pendant deux ans le consensus", analyse un diplomate étranger
en poste à Cotonou (capitale économique du pays). Mais un
tel choix est-il réaliste dans un pays en proie à une crise
sociale aiguë ?
Depuis novembre 1997, les fonctionnaires multiplient les grèves.
ils reprochent au gouvernement
de ne pas tenir compte de leurs revendications salariales dans son
projet de budget de 1998. Ils exigent le paiement des arriérés
de salaires de 1996. Et rejettent avec la dernière énergie
le projet gouvernemental de "l'avancement au mérite".
PAS plus TARD que le 11 Mai dernier, les cinq centrales syndicales qui
regroupent l'ensemble des agents de la fonction publique avaient à
nouveau débrayé pour réclamer le paiement immédiat
des arriérés d'augmentation des salaires acquis en 1992,
soit 5 milliards de francs CFA (50 millions de francs français).
Le 20 avril dernier, le syndicat national des enseignements techniques
et professionnel (SNETP) a déclenché un mouvement de grève
de soixante-douze heures. Débrayage suivi à 100 % au lycée
technique Coulibaly de Cotonou. Motif de la grogne: une demande de formation
pédagogique pour les professeurs adjoints titulaires d'une maîtrise,
afin qu'ils puissent être reclassés dans le corps des professeurs
certifiés. Le jeudi 5 avril dernier, de nombreuses organisations
paysannes ont organisé une marche de protestation contre la "politisation
à outrance" de leurs différentes structures.
Seule bonne nouvelle pour les Béninois, la régularisation
progressive dela situation énergétique. Depuis quatre semaines,
les coupures d'électricité, les délestages atteignent
moins de quatre heures par jour, alors qu'il y a deux mois, ils pouvaient
durer parfois jusqu'à treize heures par jour. Mais les Béninois
oublieront-ils pour autant aussi facilement la gestion chaotique de cette
crise d'énergie par l'ancien gouvernement et par Mathieu Kérékou
lui-même ?
Rappelons les faits.
Depuis plusieurs semaines, une sécheresse exceptionnelle sévit
au Burkina Faso, au Ghana, au Nord du Togo et du Bénin. Résultat,
le barrage d'Akossomho, situé au Ghana et qui alimente en énergie
ce dernier pays, le Togo et le Bénin, tourne au ralenti. Du coup,
ces trois pays traversent une crise énergétique très
sévère et sont contraints d'opérer des délestages
ayant une incidence directe sur la vie quotidienne, mais aussi des conséquences
économiques et sociales. Trois semaines après le premier
délestage, le niveau de production industrielle avait chuté
de 25 % au Bénin. Les entreprises ne tournaient, dans le meilleur
des cas, qu'à 15 % de leur capacité. La Sobetex (Société
béninoise de textile), Cimbenin (Ciment du Bénin) et bien
d'autres avaient mis une partie de leur personnel au chômage technique.
LE GOUVERNEMENT Avait organisé une cellule de crise dirigée
par le Premier ministre de l'époque, Adrien Houngbédji. Emmanuel
Gobu, alors ministre des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique, avait
proposé un plan d'action en deux points réhabilitation de
deux anciennes centrales hydroélectriques et achat de groupes électrogènes.
Le gouvernement a sollicité l'aide de bailleurs de fonds, notamment
de la Banque mondiale, qui ont accepté d'étudier favorablement
le dossier. Le directeur de la Société béninoise de
l'électricité et de l'eau (SBEE, Corenthin Kohoué,
en accord avec Emmanuel Gobu, son ministre de tutelle, opta pour la formule
de location achat, et conclut, à hauteur de 2,5 milliards de F CFA
(25 mil-lions de FF), un contrat de six mois avec la société
française Aggreko, spécialisée dans la location de
groupes électrogènes.
A-t-il été berné? A-t-il tenté de tricher?
Toujours est-il que quatre jours après son installation, le groupe
électrogène de Dassa-Zoumé (centre du pays) cesse
de fonctionner. Un des directeurs départementaux ainsi que des cadres
de la SBEE s'indignent et informent le chef de l'Etat de la vétusté
des générateurs, censés être neufs. Ce dernier
demande la création d'une commission d'enquête. Les investigations,
au grand dam du directeur de la SBEE et de son ministre de tutelle, Emmanuel
Gobu, donnent, semble-t-il raison aux cadres plaignants. La cellule de
crise fait siennes les conclusions de la commission d'enquête et
en donne un compte rendu au conseil des ministres. Sur proposition du Premier
ministre, qui, en l'occurrence, exécutait les instructions du chef
de l'Etat, le gouvernement décide de résilier unilatéralement
le contrat avec Aggreko. La polémique devient règlement de
compte politique, quand, à l'occasion d'une retentissante conférence
de presse le 9 avril, le Premier ministre, Adrien Houngbédji, s'en
prend publiquement au ministre des Mines, en tirant à boulets rouges
sur sa gestion du dossier. Pire, il ne fait rien pour couper court aux
bruits de malversation financière, voire de détournement
de fonds qui commencent à circuler. Il entretient même un
flou artistique qui laisse planer tous les doutes.
Le 18 avril dernier, Bruno Amoussou, président de l'Assemblée
nationale, président fondateur du Parti social-démocrate
-dont sont membres Emmanuel Gobu et Corenthin Kohoué -passe à
la contre-attaque : "La crise énergétique s'est transformée
en crise politique, et le seul objectif est de nous détruire," Plus
grave, on raconte que le ministre des Mines, de l'Energie et de l'Hydraulique
et le directeur général de la SBEE (Société
béninoise de l'Electricité et d'Eau )
veulent en profiter pour s’enrichir, enrichir leur parti politique
le PSD (Parti social-démocrate). Emmanuel Gobu, pour ceux qui n'auraient
pas bien compris la cible visée, se fait plus précis : "La
cellule de crise est tout sauf une cellule de crise énergétique.
C'est une cellule scandaleuse, un comité de crise PRD" (Parti pour
le renouveau démocratique), en l'occurrence, le parti du Premier
ministre Adrien Houngbédji. Et de citer des membres du comité
tels que Godffroy Chékété, Cyrille Faboumi, Emile
Paraiso (ancien directeur de la SBEE), Phîlippe Hounkpatin, Jean-Marie
Zinzindohoué et Roufai Tamama (prédécesseur direct
de l'actuel directeur général de la SBEE), effectivement
tous membres du PRD. Adrien Houngbédji avait-il effectivement, en
s'attaquant à Emmanuel Gobu et à Corenthin Kohoué,
voulu déstabiliser leur parti le PSD (Parti social démocrate)
et son président Amoussou Bruno, son ennemi intime? Ou bien ce dernier
pour couvrir ses protégés - Emmanuel Gobu et Corenthin Kohoué
pris la main dans le sac dans une affaire frauduleuse - essaie t-il de
noyer le poisson en criant au complot politique?
NOUVEAU COUP DE THÉÂTRE LE 30AVRIL dernier. Exit la résiliation
du contrat signé avec Aggreko. Mathieu Kérékou effectue
un virage à 180 degrés, reçoit à la présidence
Christophe Jacquin, le directeur général de la société
Aggreko et renégocie directement avec lui.
Pour ses zélateurs les volte-face répétées
du président de la République reflètent les limites
et les carences de la cellule de crise: "Un aréopage d'anciens directeurs
généraux de la SBEE aigris", selon le Point au quotidien,
un journal local. Et Si le vrai problème du Bénin venait
tout simplement du manque de qualités de chef de son général-président
? Bruno Amoussou, président de l'Assemblée nationale et pourtant
très proche de Mathieu Kérékou, n'avait-il pas pu
vu juste quand il avait confié, il y a peu au Monde diplomatique
"Kérékou est un rassembleur mais un piètre gestionnaire"
?
RESTRICTION DES ACCES AUX MEDIAS : (Août 1998)
Selon les nouvelles dispositions de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), les partis politiques auront désormais accès à la radio et à la télévision publiques en fonction du nombre de leurs députés à l'Assemblée nationale. Ce qui n'était pas le cas jusqu’au 17 juin 1998 date a laquelle la décision a été prise. Cette démarche se justifierait pour permettre une meilleure répartition des temps d’antenne tout au long d'une législature et pour éviter que des partis politiques satellites répondant en réalité au nom d'une seule et même d'une seule et même personne ne prennent d'assaut les médias publics lors des périodes de campagne électorale. Ainsi, « le temps de passage à l'antenne est fixé, pour le compte de chaque parti politique, à deux minutes par député et par mois tant à la radio qu'à la télévision, quelle que soit la langue de communication utilisée». La loi dispose désormais que font l'objet de reportages classiques, suivant les possibilités matérielles et techniques de couverture des médias, les congrès, les meetings, les conférences publiques, les conférences dc presse et autres manifestations publiques organisées par les formations politiques, toutes tendances confondues, représentées ou non à l’Assemblée nationale.
Tout en dispensant le chef de l'Etat des contraintes liées aux
répartitions d'horaires fixées - si bien évidemment
ce dernier intervient en sa qualité de président de la République,
garant de l'unité nationale les nouvelles dispositions prévoient
cependant que «les interventions du président de la République
en sa qualité de chef de parti sont comptabilisées dans la
tranche horaire mensuelle affectée à sa formation politique
et traitées comme telles ».
Mais il est souvent difficile de faire la différence, dans bien
des cas, entre le discours d'un président de la République
« garant de l'unité nationale » et un président
de la République futur candidat Certes, les autres institutions
républicaines (Cour constitutionnelle, Conseil économique
et social...) bénéficient presque des mêmes avantages
que le président de la République.
La société civile béninoise n'est pas laissée
pour compte dans les nouvelles dispositions réglementant l'accès
aux médias publics. Il lui est ainsi attribué, « à
travers les associations, les organisations non-gouvernementales, les syndicats,
les corps de métiers régulièrement constitués,
un forfait mensuel de soixante minutes à la radio et de soixante
minutes à la télévision, toutes langues confondues».
Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier