Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Benin 1999
CE QUI S'EST PASSE EN 1999 :

En Janvier 1999, le FMI approuvait un prêt au plus faible taux d'intérêt de 14 millions de dollars au Bénin. Cela afin d'aider les réformes économiques engagées au Bénin ces derniers temps. Le FMI a déclaré que le gouvernement était prêt à privatiser les entreprises et le service publique. Il a prédit un taux de croissance de 5% pour les prochaines années et dit que presque 20% des revenus prélevés sur les impots iraient au remboursement de la dette.
La Commission Nationale Indépendante Electorale a annonçé en Février que les élections législatives prévues en Mars seraient conduites sur la base d'un bulletin de vote unique pour tous les partis. Les votants voteront pour un parti ou candidat de leur choix sur un bulletin unique qui englobera les emblèmes de tous les partis enregistrés pour les élections.
Cette forme de votation est simple et moins cher. Les élections sont prévues pour le 28 Mars :
ce sont les troisièmes organisées depuis le début du processus démocratique engagé après la conférence nationale de Février 1990 au Bénin (5,5 millions d'habitants).
L'Assemblée Nationale du Bénin comprend 83 députés élus pour 5 ans alors que le président est élu pour 5 ans.
Toujours en Février, on apprenait la naissance d'un parti politique marxiste : celui-ci s'appelle « Le parti Communiste Marxiste-Léniniste du Bénin », mené par Magloire Yansunnu. Le 6 Mars, on apprenait que les élections seraient repoussées de deux jours pour éviter de conïncider avec les festivités religieuses. Les élections auront donc lieu le 30 Mars.
La date du 28 coïncidait avec des vacances importantes des musulmans ainsi qu'avec le festival Palm Sunday des chrétiens. La commission électorale a annonçé que 35 partis politiques et coalitions prendraient part à ces élections.
On attend  environ 3 millions de votants pour le 30 Mars. Environ 3000 candidats de 36 partis participeront à ces élections : celles-ci auront pour base la représentation proportionnelle.

Ces élections représentent avant tout un test de popularité pour le président Kérékou, un ancien marxiste qui a dirigé le pays de 1972 (coup d'état) jusqu'à 1990 (il aété obligé de céder le pouvoir à cause du mécontentement populaire : crise économique et parti unique) puis réélu en 1996 (en 1990, Nicephore Soglo est élu chef du gouvernement). Sous Soglo, l'inflation fut galopante, le chômage augmenta malgré les réformes économiques ce qui amena le peuple à demander le retour de Kérékou ( à son retour, Kérékou a entamé des réformes libérales).
Le 30 Mars, on n'a pas remarqué de scènes de violences mais certains bureaux de vote manquaient de bulletins et de matériel.
Le 1er Avril, on apprenait que selon les premières estimations, le parti d'opposition de la Renaissance avait une légère avance, principalement à Cotonou ou il pourrait gagner 7 des 9 sièges à pourvoir. Les deux autres sièges iraient au Parti Démocratique du Renouveau.
Dans le sud-est, le Parti Social Démocrate (mené par Bruno Amossou, membre de la coalition présidentielle) pourrait gagner une majorité dans les 11 sièges à pourvoir.
Pour résumé, on ne perçoit pas beaucoup de différences entre l'opposition et la majorité : cela pourrait signifier un nombre égal de sièges au Parlement, ce qui avait été le cas à la dernière élection
Le 22 Mars, on apprenait la mort de l'évêque de Cotonou, Isidore de Souza, qui avait joué un rôle important afin d'amener le Bénin vers la démocratie et le multipartisme.
L'évêque avait présidé la Conférence nationale en 1990 qui avait conduit à l'introduction de la politique multipartite.
C'est dire si cet homme représentait pour les Béninois quequ'un d'exceptionnel : certains parlent de catastrophe pour le pays.
Il faut encore savoir qu'il existe plus de 100 partis politiques au Bénin.

Partis politiques dans la mouvance présidentielle :
PSD : 8 députés mené par Bruno Amoussou
FAR-ALAFIA : 3 députés mené par Sacca Kinna
CAR-DUNYA : 8 députés mené par Albert Sina-Toko
MERCI : 1 député mené par Sévérin Adjovi
MADEP : 0 député mené par Séfou Fagbohoun
CMD : 0 député mené par Yacouba Fassassi
ENSEMBLE : 1 député mené par Albert Tévoéddjré
RPR : 5 députés
Plusieurs petits partis

Dans l'opposition :
PRD : 19 députés mené par Adrien Houngbédji
RB : 15 députés mené par Nicéphore Soglo (parti de "Renaissance du Bénin")
NCC : 1 député mené par François Tankpinou
NGR : coalition de 3 partis 0 député
Plusieurs petits partis

Pour ceux qui savent l'anglais, lisez cette analyse : (LA SUITE EN FRANCAIS PLUS LOIN)

Lagos - More than 110 political parties jostles for the people's mandate in the second post military legislative elections in Benin Republic. Seidi Mulero reports from Cotonou and Porto-Novo Choco-Choco.

On a gagne (come what may, we shall win!). That phrase, a mixture of Goun and French languages, is the slogan of the PRD, the political party led by Barrister Adrien Houngbedji, the ex-Beninois prime minister.

As you are reading this piece, that slogan is renting the air in Cotonou, Porto-Novo and other parts of Benin Republic. For members and supporters of the PRD, the party must win the majority of the 83 seats in the country's national assembly, on 28 March when the country will be having its second post-military legislative elections.

But the PRD is far from being the only political party now shouting all over the country that it has won. There are at least, 110 others. Though Benin may not be rich in pecuniary terms, it is not because it cannot produce enough political parties. In fact, money and the numbers of parties, it seems, are inversely proportional.

At the last count, there were 111 parties, thus being an average of one party for 50,000 inhabitants or less than the crowd at the Oshodi motor park in Lagos on any sunny afternoon. But some of those parties are already forming alliances to context the coming election. Among the credible parties, apart from the PRD, are the Renaissance du Benin (RB) led by Mrs.

Rosine Soglo, wife of former president, Nicephore Soglo, the PSD belonging to Bruno Amoussou, the outgoing National Assembly president and the RDD Nassara, an important party from the northern part of the country. They form the core of the national assembly.

Others include the NCC, MERCI etc. A party worth mentioning is the Communist and Marxist-Leninist Party of Benin (PCMB) which has, for a long time, remained silent at its participation in the election. To be qualified for election as a deputy (member of parliament), a Beninois by birth must have lived the last 12 months "uninterruptedly" on the national territory while a Beninois by naturalisation must have so lived in the last 10 years.

He or she must not be below 25 years. Like the government of Nicephore Soglo did in 1995, the regime in power has, in the last six months, been wooing the electorate through various projects. The Cotonou-Porto Novo road rehabilitation is very much on and one needs only to be blind not to be impressed by bulldozers going and coming along the 32 kilometres road.

Even the railway line between the two cities which had been abandoned since 1990 has been rehabilitated and put back to use. Inside Porto-Novo, the political capital, which looks like a glorified village after three decades of abandonment by successive governments, one or two major roads are also being tarred. This is very important because Porto-Novo doubles as headquarters for the Oueme province; and though the province has not produced any president since 1965, it is the one which crowns and removes any leader by voting for or against him. Apart from government, all the parties that fielded candidates for the election were engaged in noisy electioneering campaign in the last two weeks-the official period for the campaign-and even before.

According to a "very confidential" note in Le Citoyen, a Cotonou-based daily, various items such as rice are being distributed to woo the electorate. And in some parties, you cannot be selected as candidate unless you are a millionaire and own a car-so that you can foot the bill of the election. Government, as expected, did use the power of incumbency against the opposition parties.

For instance, a party known as NADEP was created in 1997 by a Yorubaman (of the Anago stock), a billionaire business magnate, Sefou Fagbohun. Many in Benin believe the billionaire who is a friend to Mathieu Kerekou was sponsored to create the party as a ploy to weaken Adrien Houngbedji in his stronghold, the old Oueme province now subdivided into two. NADEP has made itself the mouthpiece of the Anangos and has been shouting against perceived marginalisation.

Observers in Benin say the purpose was just to prove that while Houngbedji was Prime minister (1996 to 98), he did not take proper care of the Anangos. Whether the allegation is true or not, immediately after the party was formed, President Mathieu Kerekou changed all the Sous-Prefets (districts heads) of the Plateau region and replaced them with people favourable to the MADEP.

When, on 26 January 1999, some sympathisers or members of the PRD rioted in the streets "without permission," in the small town of Pobe, the district head, Mr. Djiman Fachola ordered his soldiers to shoot at sight and many got wounded.

A day later, 12 suspects were arrested and taken to Porto-Novo and sentenced to three months suspended jail sentence. The fighting did not spare the state institutions as well. An example is the country's Independent National Electoral Commission (CENA), an ad hoc institution which springs up with each election and winds up after.

But this year, government set up what it called "Secretariat Administratif Permanent (SAP) of the electoral commission. According to the law which set it up, whereas SAP is the permanent institution that will be in charge of the logistics and other ground works, the commission proper is to deal with specific elections, proclaim its results and wind up. This has created a power tussle between the commission-CENA and SAP.

For instance, the former, last month, sued the executive arm of government which set up the SAP. But the fighting is not only among the political parties and the institutions, it is intra-party as well. In the last two years, many members of the main parties defected; that was one of the causes of the uninterrupted rise in the number of the political parties. The RB accounts for most of the internal wranglings, with big shots running out uninterruptedly.

Understandably so. Recall, when the party was in power, it was in vogue to belong to it, at least, one has to make ends meet. That was why President Soglo used to say that "the deer will always come to the river for drinking water." But since Soglo lost the 1996 presidential election, the course of the river (the national cake) no longer passes through his house or his party secretariat. Hence, the strong desertion in the ranks of the RB. And it was the same political hustings that made many deputies leave the legislative for the executive once they are offered more lucrative positions such as that of minister or director general of a big state-owned corporation.

Under the 1991-95 legislature, a total of 15.62 per cent of the deputies left the house for greener pastures. From 1995 to 1999, the figure rose to 30.48 per cent.

So, when he got elected in 1996, President Kerekou didn't have any political party but it did not take much time for him to get many parties to support his actions in the national assembly. As the current legislators prepare to vacate their seats for the incoming ones, the consensus in Benin is that though they might have worked well, the impact was not felt positively on the conditions of living of the masses. In an interview granted TEMPO, Rigobert Ladipo, a member of the outgoing parliament, said one of the handicaps that faced the parliament was that many who were highly-competent left in search of greener pastures. Two, those young graduates who could work well were limited because most of them are still unemployed whereas, to run for the position of deputy, one needs plenty of money. Commenting on the chances of the various parties in the Sunday election, Le Mational, a Cotonou-based daily reports that the Kerekou government and its supporters did not fulfill their promises to the electorate.

Among the plethora of promises the ruling coalition made are that they would create 20,000 jobs yearly, give each school child a subsidy of 4,000 CFA francs (about US $8) each month, clear salary arrears owed workers and create training centres for youth. None has been implemented. Worse still, the phenomenon of corruption is eating deep into the fabrics of the society.

For instance, the managers of the Cotonou Port Authority, the Benin-Niger Joint Railway Corporation-OCBN, the Vegetable Fat Producing Factory (SONICOG) and the Onigbolo Cement Company had, at one time or the other in the last two years, been indicted for having embezzled huge sums of money whereas the masses suffer chasm of destitution. In an interview with the daily L'Aurore, Mr. Jean-Baptiste Monkotan, a political science lecturer at the Abomey-Calavy University, says the party which will come out victorious in Sunday election will, as usual, be the highest bidder among the sons of the soil in the various localities.

Apart from those two factors-money and ethnicity-the lecturer does not see why any party should win and the others lose because the difference among the more than one hundred parties is not clear. "In terms of programmes for improving the leaving conditions of the people, I do not know how one party differs from the other," he says.

Apart from the communist party which he likened to "a particularly retarded australopithecus," he says, all of them are chop-chop parties: "they all say the same thing. We have a commercialised democracy.

We have at the administrative level, a system of administrative multipartyism and at the ideological and sociological level, a one-party system in which the party has been fragmented into various electoral clubs." That, explains Monkotan, is why the Beninois economy is not working and the parliament spent the last eight years making political laws instead of the ones which could better the lots of the people. Talking about carpet-crossing which is a daily occurrence on the slippery political terrain in Benin, he says, it is not inherently bad if it were done on principle, which is not the case. For him, what is bad is the monetarisation and the tribalisation of politics.

The worst thing that could happen, said Monkotan, is the voting rights granted to members of the armed forces and those of paramilitary organisations. That, according to him, had undermined the very existence of the state and what matters today, in the politicians' estimation, is not what is good for the nation as a whole, but what is good for which ethnic grouping.

"Nobody now fears the state, for it no longer exists. What many fear today is what will this ethnic group or that tribe say." And wait for it, Kerekou, a born-again Christian believes: "a minister may be a bandit but if he is able to realise 50 per cent of the projects under his ministry, for me, he is a good minister!" The statement left many Beninois gasping for breath.

In other words, in next Sunday's election, head or tail, the politicians win. But the nation loses.

Dernières nouvelles sur les résultats des élections de 1999 :

Benin opposition in slim election win :

Benin's government may have lost the elections by a single seat, provisional results show. Observers described procedures as 'fair'.

RESULTS of the March 30 legislative elections show the opposition squeaking through with just a one-seat majority in Benin's National Assembly.
According to figures made public by the Independent National Election Commission, 42 of 83 parliamentary seats were won by the opposition, while 41 went to parties close to president Mathieu Kerekou.

The largest seats, 27, was won by Benin Renaissance, the party of former President Nicephore Soglo, who ruled the west African country from 1991 to 1996.

The Democratic Renewal Party of former Prime Minister, Adrien Hougbedji, won 11 seats, and the Star Alliance, a coalition of half a dozen opposition parties, walked off with 4 seats.

Among the parties considered to be close to President Karekouis Fard Alafia which won 10 seats. The Social Democratic Party of outgoing Assembly Speaker Bruno Amoussou carried off 9 seats.

Another 22 seats were shared among ten other parties in league with the president.

The results are still provisional since they should first be approved by the Constitutional Court, within the next few days, to become official.
Observers says it is still too early to attribute a majority to the opposition since there may be some new alliances in the post-electoral period.

''The results of the March 30, 1999 elections were very close. Neither the opposition nor the president's side can, given the results, claim that they've got the majority in Parliament'', read an opinion in Le Matinal, a daily independent newspaper in the capital Cotonou on Apr 3.

''What's certain is that seconds after the results are released, both camps will begin their quest to convince the most marginal members of the opposing camp to jump ship and join the other side'', Le Matinal said.

Robert Dossou of the Star Alliance told IPS that ''the Alliance is firmly part of the opposition group.''

''We are most certainly not with the president,'' he said, adding that, most members of the Alliance had already formed a bloc to support former President Soglo when he was in office.

According to the Independent National Election Commission, 60 percent of the eligible voters participated in the elections that proceeded smoothly. The polling was also described by international observers as ''free and fair''.

''The March 30 elections were democratic, transparent, honest and legitimate'', a communique from the International French-speaking Observer Mission to the elections said.

The Study and Research Group on Democracy and Economic and Social Development in Africa (GERDDES-AFRIQUE) agreed. It said the vote took place ''under condusive environment, and that it should be recognised as having been open and honest''.

Benin is the first Francophone country to have had a smooth transition toward democracy. The path to multi-party democracy was paved in 1990 when the Conference of Vital National Forces, terminated Benin's Marxist regime.

Since 1991, Benin has held two presidential and three legislative elections.

Compared to its neighbours Togo, Nigeria and Burkina Faso, Benin is considered an oasis of political stability in the region.

VICTOIRE DE L'OPPOSITION :

Avec trente-neuf députés contre quarante-deux à  l'opposition sur les quatre-vingt-trois que compte l'Assemblée - y compris deux élus indépendants -,la mouvance présidentielle rassemblée autour de Mathieu Kérékou sauve les meubles, Si l'on s'en tient à une appréciation purement arithmétique. D'autant plus que les nombreux conflits sociaux qui ont rythmé le début de la campagne électorale prédisaient le pire. Le 15 mars, les syndicats des enseignements primaire, secondaire et supérieur avaient débrayé pendant quarante-huit heures. Motifs de la grogne la mauvaise organisation de journées de réflexion sur leur méfier et le non-paiement de certaines indemnités qui leur sont dues. De leur côté, les syndicats des infirmiers d'Etat et sages-femmes du secteur public s'étaient insurgés contre le "laxisme" du gouvernement face à la prolifération anarchique des écoles privées qui ne remplissent pas, selon eux, les conditions requises pour former des agents de santé.

POUR MIEUX SE FAIRE ENTENDRE, SIX DE leurs dirigeants avaient, le 17 mars, appelé leurs adhérents à cesser le travail pendant deux jours. Pour ne pas être en reste, le syndicat des travailleurs du Port autonome de Cotonou (Syntrapac) avait déclenché le même jour une grève d'avertissement de soixante-douze heures pour protester contre les méthodes de travail de la société de gestion des opérations portuaires informatiques (Sogopi). Ils estiment qu'elles ne permettent pas d'optimiser les recettes du port et demandent la résiliation du contrat qui les lie au port. Enfin, le 18 mars, l'ORTB (Office de radio télévision béninois) bruissait de menaces de grève. Les revendications des salariés portaient sur le statut juridique de l'Office, l'application 'judicieuse" de leur statut particulier et le paiement des primes de techniciens aux travailleurs non-agents permanents de l'Etat.

Bref, la situation sociale était Si agitée que l'éditorialiste du quotidien indépendant de Cotonou, le Citoyen, n'hésitait pas à écrire: "En fait, ces grèves, qui n 'ont rien d’intempestif mettent profondément en cause le gouvernement et portent au jour son incroyable impotence face aux crises sociales qu'il se montre incapable de prévoir, de gérer ou de désamorcer". Et d'anticiper, dans un article titré "Chronique d'une défaite annoncée", sur l'échec des amis du chef de l'Etat, le général Mathieu Kérékou: "Avec le départ du PRD (Parti du renouveau démocratique) de Me Adrien Houngbédji, il est certain que la mouvance présidentielle a du souci à se faire et qu’elle est déjà consciente de sa déroute électorale ». Une déroute qui n’a pas eu véritablement lieu, malgré tous les nuages qui s'étaient accumulés dans le ciel du régime. Entre-temps, pour contrer Adrien Houngbédji - son ancien Premier ministre passé depuis juin 1998 dans l'opposition - dans l'Ouémé, fief électoral de ce dernier, Mattieu Kérékou, obligé de se rabattre sur les avantages possibles de l'argument régionaliste, avait suscité et encouragé la création par un autre fils de la région, le richissime homme d'affaires Séfou Fagbohoun, du Madep (Mouvement africain pour la démocratie et le progrès). Un parti qui, pour sa première sortie électorale, se hisse au cinquième rang des trente-cinq formations candidates, avec six élus.

LES MÊMES CAUSES PRODUISANT LES mêmes effets, un autre proche du Président, le président de l'Assemblée nationale sortante, Bruno Amoussou, originaire du Mono (Sud-Ouest) a fait main basse, grâce à son parti, le PSD (Parti social-démocrate), sur la quasi-totalité des suffrages sur ses terres avec neuf élus. La très bonne performance du Fard Alafia et du Car Dunya, partis de la mouvance présidentielle dans le Nord du pays, dont Mathieu Kérékou est originaire, confine une persistance du motif régionaliste dans le vote d'une partie des électeurs. Cependant Si, surie plan purement comptable, les troupes du chef de l'Etat ont fait de la résistance, grâce aussi, il faut bien le dire, àun découpage très avantageux des circonscriptions, il n'en reste pas moins qu'elles ont perdu la majorité au Parlement. Sans compter que sur le plan psychologique, l’opposition. a incontestablement pris un ascendant sur elle.

Le coup risque d'être d'autant plus rude à encaisser que les scrutins au Bénin ont tendance à obéir à une logique. La coalition majoritaire au Parlement a souvent gagné la présidentielle. Nicéphore Soglo en avait fait l'amère expérience en 1996 (même Si son parti avait obtenu une majorité relative). L'incessante et impitoyable guérilla parlementaire menée par ses adversaires avait à l'époque bloqué un certain nombre de ses réformes, le mettant ainsi en situation inconfortable vis-à-vis des bailleurs de fonds. Pour s'en sortir, il avait dû recourir à l'arme très impopulaire des ordonnances. Un Nicéphore Soglo qui reste l'adversaire le plus redoutable de Mathieu Kérékou pour la présidentielle de 2001 et qui sort grand vainqueur du scrutin législatif. Son thème de campagne ("Comparez votre niveau et vos conditions de vie actuels à ceux que vous aviez sous mon mandat"), scandé à satiété, a fait mouche. Résultat, avec vingt-sept députés, la Renaissance du Bénin devient la première formation au Parlement. Non seulement elle fait le plein des voix dans le Zou (centre du pays), son fief de prédilection - Nicéphore Soglo est originaire d'Abomey - mais, tel un rouleau compresseur, elle lamine tous ses adversaires à Cotonou où elle rafle sept sièges sur neuf. Etant donné l'importance démographique de l'agglomération de la capitale économique, cela risque de peser lourd dans la balance lors du scrutin présidentiel.

FAIT IMPRESSIONNANT, LA RENAISSANCE du Bénin fait des percées étonnantes en dehors de ses bases traditionnelles, en particulier dans le Nord. Plus humiliant pour Mathieu Kérékou, Cotonou a administré une véritable gifle à des ministres symboles de son gouvernement, tels que le sémillant Séverin Adjovi, actuel détenteur du portefeuille de la Culture et de la Communication et président du Merci (Mouvement pour l'engagement et le réveil des citoyens), et son homologue de la Jeunesse et des Sports, le bondissant Christian Lagnindé, président du Map (Mouvement pour une alternative du peuple). Jeune (la trentaine), très fier de sa personne et friand des déclarations choc ("Je suis un capitaliste. Mon rêve ce n'est pas la misère, c'est la richesse."), ce dernier est par ailleurs propriétaire de LC2 (Lagnindé Christian 2), la seule chaine de télévision privée, dont il s'est servi sans vergogne pour faire sa campagne. Il était censé drainer le vote de nombreux jeunes dans le camp de Mathieu Kérékou... Et Naffianiel Bah, vice-président de la Renaissance du Bénin, d'ironiser au lendemain du scrutin: "Ma première réflexion est celle-ci: des gens se sont présentés à Mathîeu Kérékou comme ayant un fief électoral Et ce dernier les a nommés ministres. Les élections ont montré qu'ils ne représentent que leur ombre: ils sont tombés comme des châteaux de cartes." Le vice-président de la Renaissance du Bénin reste pourtant très modéré dans la victoire : "Vous savez, tous ceux qui sont dans l’opposition aujourd’hui se réclament d’une opposition constructive. Donc, il n 'y a pas de danger pour le Bénin. Les lois passeront tant qu'elles seront justifiées. Mais le contrôle de l'action du gouvernement pourrait être intensifié, et c'est une disposition de notre Constitution."

Si, dans l'opposition, la Renaissance du Bénin jubile, le PRD de M' Adrien Houngbédji fait la grimace. Et pour cause. Celui qui avait quitté avec fracas son poste de Premier ministre l'année dernière perd plus du tiers de ses effectifs, passant de dix-neuf députés dans l'ancienne Assemblée à onze. Bien sûr, dans l'Ouémé, comme on l'a vu, l'habile président "Caméléon" lui a glissé dans les pattes le milliardaire Séfou Fagbohoun. Mais cela n'explique pas tout. Dans sa livraison du 3 mars, les Echos du joui; faisant allusion au malaise au sein du PRD né de la confection de la liste des candidats retenus par Adrien Houngbédji et Moucharaf Gbadamassi, respectivement président et vice-président du parti, avait prédit ce revers: "Il a toujours été reproché au président du PRD une certaine suffisance qui, fatalement, le pousse à verser dans une autocratie grotesque aux conséquences désastreuses. Il ne serait pas étonnant que ces excès d'autoritarisme ne masquent des difficultés réelles à gérer les contradictions profondes que couve le PRD depuis sa fracassante démission du gouvernement (...). L'unité du mouvement, fortement ébranlée, sera désormais la cible privilégiée des partis concurrents qui n 'auront plus beaucoup de mal à en exploiter les fissures..."
Un gouvernement passablement fragilisé, un PRD suffisamment ébranlé pour ne pas être trop exigeant dans d'éventuelles négociations pour 2001: à moins que le "Caméléon" ne réalise d'ici là des miracles sur le plan économique et social, ces législatives ouvrent à nouveau pour Nicéphore Soglo un boulevard dans la course à la présidentielle. Sauf énorme impair de sa part

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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier