Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Botswana, Géopolitique
GEOPOLITIQUE DU PAYS

Cet État enclavé d'Afrique australe s'étend principalement sur la cuvette dite du Kalahari. Celle-ci est souvent considérée comme un désert, mais l'aridité y est bien moins forte qu'au Sahara ou que dans le désert de Namib sur la côte de Namibie. Une steppe assez abondante couvre 70 % de la surface du Botswana. Dans le Nord se trouvent des étendues marécageuses (Okavango et Makarikari) alimentées par des cours d'eau descendant de plateaux d'Angola. Mais ces ressources hydrauliques ne sont pas utilisées par des populations bushmen ¨ qui vivent surtout de chasse et de cueillette.

Le Botswana ne compte que 1,4 million d'habitants, principalement des Tswana ¨, concentrés dans la partie méridionale où se trouvent les terres aisément cultivables.

En dépit de cette population modeste, le pays a toujours occupé une part importante dans les rivalités stratégiques entre les Anglais et les Boers en Afrique australe à la fin du XIXe siècle (¨Afrique du Sud). Pour éviter la jonction des républiques boers avec la colonie allemande du Sud-Ouest africain, les Britanniques passèrent des accords avec les trois grands chefs tswana en 1855, et le territoire de l'actuel Botswana devint officiellement un protectorat britannique en 1895 sous le nom de Bechuanaland.

Il semblait tellement certain, après la guerre des Boers, que ce territoire serait appelé à intégrer l'Union sud-africaine que les territoires tswana conquis par les Boers ne furent pas réaffectés au Bechuanaland et continuèrent de faire partie du Transvaal ou de la province du Cap. D'où la séparation actuelle entre le Botswana (indépendant depuis 1966) et l'ex-bantoustan ¨ du Bophuthatswana ¨ désormais réintégré à l'Afrique du Sud, séparation qui provoque de temps en temps des conflits au niveau gouvernemental mais qui indique à quel point l'intégration régionale est poussée. Au nord-est du pays, les populations kalanga débordent de la même façon des deux côtés de la frontière avec le Zimbabwe. Si cela a pu engendrer quelques difficultés lors du mouvement de dissidence au Matabeleland, le passage de la frontière, notamment à cause de sa grande plasticité, ne pose pas de problèmes spécifiques. Gaborone, la capitale du Botswana, se trouve juste de l'autre côté de la frontière d'Afrique du Sud ¨.

Cette localisation géographique particulière et la faiblesse du peuplement expliquent largement l'attitude toujours duale des dirigeants du Botswana dans les affaires d'Afrique australe. Le Botswana est extrêmement dépendant économiquement de l'Afrique du Sud et de ses entreprises, et pourtant il était hostile à la politique d'apartheid ¨. Il est ainsi membre de la Southern Africa Custom Union (SACU), sorte d'union douanière, mais aussi de la Southern Africa Development Coordination (SADC) qui associe les États d'Afrique australe, hostiles à la politique d'apartheid.

Une enclave stable

Sur le plan interne, le Botswana apparaît au contraire comme l'un des États les plus stables du continent africain, et, ce qui est encore plus remarquable, comme l'un des rares à avoir su organiser un système politique démocratique stabilisé comme le confirment les élections législatives de 1994. Composée à près de 90 % de Tswana, la population est essentiellement rurale (80 %) et intégrée dans l'un ou l'autre des huit grands clans du pays : Bakgatla, Bakwena, Bamangwato, Bamatele, Bangwaketse, Barolong, Batawana et Batlokwa. Les Bamangwato représentent à eux seuls le quart de la population du pays et, distançant largement les autres clans, parviennent à maintenir leur contrôle du pouvoir depuis l'indépendance.

En réalité, s'il existe entre ces clans un conflit régionaliste  ¾ les Bangwaketse au sud et les Barolong se considèrent notamment comme marginalisés ¾, l'association au pouvoir domine la vie politique. Les rivalités claniques paraissent assez peu significatives, ne serait-ce que parce que le parti au pouvoir a réussi, par des systèmes d'alliances très complexes, à se constituer une véritable base régionale et à associer à son pouvoir l'essentiel des élites traditionnelles et modernes tswana. Avec un taux de croissance économique de l'ordre de 8 % l'an et des réserves financières très importantes provenant notamment de l'exploitation des gisements d'or et de diamants, le pouvoir dispose de ressources sérieuses à redistribuer.

Reste le problème des relations entre le Botswana et la population de l'ex-Bophuthatswana composée en grande partie de Tswana du clan des Bangwaketse qui, s'ils étaient réunis à ceux du Botswana, formeraient alors le clan le plus important démographiquement. Jusque-là les relations très tendues entre les responsables des deux territoires permettaient de négliger ce risque. Le renforcement prévisible de l'intégration régionale si la négociation en Afrique du Sud est menée à terme pourrait bien relancer le problème, même si les Tswana sud-africains sont beaucoup plus polarisés par l'agglomération de Johannesburg ¨ que par les mannes financières purement hypothétiques que le Botswana pourrait leur offrir.

De leur côté, les États-Unis, selon toute apparence, perçoivent le Botswana comme une enclave suffisamment stable pour servir de base d'observation militaire privilégiée pour le reste de la région et notamment l'Afrique du Sud et l'Angola.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion

Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier