Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Botswana, etude du pays de 1982 à 1997
ETUDE DU PAYS DE 1980  A 1997

Le Botswana (850 000 habitants), est un État de 600 000 km², dont les parties centrales et occidentales correspondent au désert du Kalahari. La grande majorité des habitants appartient à l'ethnie bantoue des Tswanas, que l'on retrouve aussi en Afrique du Sud, dans le bantoustan du Bophutatswana. La capitale, Gaborone, ville neuve et moderne - dont le seul building reste pourtant celui de la compagnie Debswarz, filiale de la De Beers - compte 60 000 habitants. Elle s'est substituée à Mafeking, ancienne capitale du protectorat britannique du Bechuanaland, située en territoire sud-africain.

Les Batswanas sont avant tout des éleveurs, organisés en huit régions tribales dotées chacune d'un bourg-capitale. Les autres centres urbains sont des centres d'extraction minière: nickel, cuivre, diamants, exportés dans la CEE (53% des exportations en 1982) et aux États-Unis (20%). La principale source de devises est le diamant, extrait de trois mines principales sous le contrôle de la société à capitaux sud-africains Debswana, qui accroît très rapidement ses investissements. Les grandes sociétés internationales (Shell, CDF, Total) s'intéressent aux énormes ressources de charbon du Kalahari et un projet de chemin de fer transkalahari est à l'étude. Il devrait être raccordé au réseau de Namibie, mais les Sud-africains le bloquent, sauf à la condition de pouvoir y participer. Or ils ne manquent pas de moyens de pression: 87% des importations viennent d'Afrique du Sud, dans le cadre de l'Union douanière sud-africaine ; 30 000 Batswanas y travaillent, dont 25 000 mineurs ; les liaisons aériennes et ferroviaires et l'information (télévision) dépendent de Pretoria ; les régions méridionales frontalières sont encore aux mains des fermiers sud-africains.

Grâce à son potentiel minier et à sa proximité de la Namibie, le Botswana bénéficie d'une aide internationale importante (États-Unis, RFA, Chine, Nouvelle-Zélande, fonds saoudiens et Koweitis) habilement gérée par le président Quett Masire et ses ministres, entourés d'une équipe de conseillers hollandais. Par le biais de la "Botswana Development Corporation", une économie mixte se met en place, et finance de vastes projets: abattoirs de Lobatse, industries, projets agricoles du delta intérieur de l'Okavango.

Gaborone est le siège de la SADCC, Southern Africa Development Coordination Conférence, qui regroupe neuf États de la "ligne de front", dans une tentative d'intégration économique visant à atténuer la dépendance vis-à-vis de l'Afrique du Sud.

Le Botswana (environ 900 000 habitants, sur un territoire grand comme la France, en grande partie désertique) abrite dans sa capitale Gaborone le siège de la SADCC (Southern Africa Development Coordination Conference, organisation économique qui regroupe les neuf États de la "ligne de front", créée pour faire face à la domination sud-africaine), mais demeure très dépendant de son voisin. Le président Quett Masire est tenu, de peur de représailles, de déclarer que son pays n'abrite pas de membres de l'ANC, tout en tolérant le transit de réfugiés. Le régime est dirigé par le Parti démocratique du Botswana. La dépendance vis-à-vis de l'Afrique du Sud se marque par les 87% d'importations qui en proviennent, le rôle important des revenus des mineurs botswanais qui travaillent dans les mines sud-africaines (14 000, nombre en diminution) et la présence de sociétés sud-africaines qui utilisent le Botswana comme relais (le pays appartient à l'union douanière sud-africaine, SACU).

Les trois quarts de la population sont des paysans, qui ont été durement éprouvés par la sécheresse depuis 1982 (chute de la production agricole de 52 000 tonnes en 1981 à moins de 10 000 en 1983). Les recettes des exportations de viande constituent la seconde grande ressource du pays, après les matières premières minérales, et notamment une production de 10 millions de carats de diamants (troisième producteur mondial), sous le contrôle de Debswana (filiale de De Beers et de l'État). Le diamant représente deux tiers des recettes d'exportations et la balance des paiements est largement tributaire des cours mondiaux, avec un redressement en 1982 et 1983. Les importantes réserves charbonnières du Kolahari sont prospectées par des sociétés internationales, l'objectif étant d'atteindre cinq millions de tonnes d'exportations par an.

Le Botswana n'a qu'une industrie très marginale (9 500 emplois en 1981) et le grand souci du Plan 1979-85 est de créer des emplois pour les quelque 13 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, ainsi que la formation de main-d'oeuvre qualifiée (taux d'accroissement naturel: 3,3%). De grands projets sont en cours: aéroport de Gaborone, centrale électrique, financés par la Banque mondiale. Le président Masire a annoncé pour 1984 des élections "à un certain moment de l'année".

Pour la troisième année consécutive, le Botswana (1 million d'habitants), pays légèrement plus grand que la France (600 370 kilomètres carrés), a souffert durement de la sécheresse en 1984. Les conséquences ont été dramatiques pour l'agriculture, secteur qui emploie 75% de la population active. La production de céréales, qui avait chuté de 25% entre les années 1981-1982 et 1982-1983, a accusé une nouvelle baisse de 25% entre 1983 et 1984. Elle est passée de 60 000 tonnes en 1981 à seulement 9 700 tonnes en 1984. Une goutte d'eau par rapport aux 150 000 tonnes de sorgho et de maïs nécessaires à la consommation nationale.

Grâce à un programme d'aide alimentaire de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et des aides diverses venant des États-Unis, du Canada et de la CEE, les Batswanas ont pu recevoir le minimum de nourriture nécessaire à leur survie.

Le cheptel (bovins et caprins), une des principales ressources de cet ancien protectorat britannique, est passé de 3,5 millions de têtes en 1974 à 2,8 millions en 1984. La viande continue cependant à être la seconde source de devises. Le premier poste des exportations est occupé par le commerce du diamant (le Botswana est le troisième producteur mondial). 12,9 millions de carats ont été extraits en 1984 des mines de Jwaneng, d'Orapa et de Letlhakane, procurant au pays 430 millions de dollars de recettes sur les ventes opérées par la De Beers Botswana (filiale de De Beers et de l'État).

Les mines de cuivre et de nickel de Selebi Pikwe ont encore une fois, en 1984, été déficitaires, malgré une augmentation de la production (18 216 tonnes de nickel, 20 261 tonnes de cuivre, 223 tonnes de cobalt). Les projets d'exploitation de soude (environ 350 000 tonnes par an) et de charbon (réserves de 17 milliards de tonnes) se sont heurtés à des difficultés d'acheminement (il n'existe qu'une voie ferrée qui appartient à la Compagnie nationale des chemins de fer du Zimbabwé) et aux intérêts de l'Afrique du Sud, elle-même gros producteur de charbon et ayant des projets d'exploitation de soude.

Le Botswana dépend très largement de son puissant voisin. Au début de 1985, une dizaine de milliers de Botswanais y travaillaient, et 85% de ses importations provenaient du pays de l'apartheid ou transitaient par lui. Il est membre de l'Union douanière sud-africaine (Southern African Customs Union - SACU) et si sa monnaie, le pula, ne fait pas partie de la zone rand, elle lui est tout de même très liée. Le pula a été dévalué de 5,07% en juillet 1984, et de 15% en 1985. S'appuyant sur cette dépendance économique, Pretoria n'a pas hésité à faire régulièrement pression sur le gouvernement libéral de Gaborone pour qu'il accepte de signer un pacte de non-agression.

Le Botswana, qui a toujours été une terre d'asile pour les réfugiés, a accueilli dans le camp de Dukwe, près de Francistown, ou même à Gaborone, un certain nombre de Zimbabwéens, et de Sud-Africains qui luttent contre l'apartheid. Bien que le président de la République, M. Quett Masire (âgé de soixante ans en 1985) ne se fasse pas d'illusions sur sa capacité à défendre ses frontières avec les 3 000 hommes de son armée, il a refusé jusqu'en 1985 de se plier au souhait du gouvernement de Pretoria dont il critique la politique. Les 13 et 14 juin, des commandos sud-africains ont lancé des raids meurtriers contre les installations de l'ANC à Gaborone, sous prétexte que l'organisation anti-apartheid utilisait le territoire botswanais comme "voie d'infiltration" vers l'Afrique du Sud.

Gaborone est le siège de la Conférence de coordination du développement sud-africain (Southern African Development Coordination Conference - SADCC) qui regroupe l'Angola, le Botswana, le Lésotho, le Malawi, le Mozambique, le Swaziland, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwé dans une sorte de marché commun d'Afrique australe. La cinquième conférence de la SADCC s'est tenue du 5 au 6 juillet 1984, sans que rien de très concret en soit sorti.

Ilot de calme dans une zone de tourmente, le Botswana a aussi connu la contestation, particulièrement dans les villes où la population est exacerbée par le chômage et les privilèges des Blancs. Aux élections en septembre 1984, le Parti démocratique du Botswana (BDP), parti conservateur soutenant le président, a certes emporté 29 sièges sur 34, mais le Front national, à tendance marxiste, a obtenu 4 sièges (il en avait 2) à Gaborone. Le Parti du peuple, également de gauche, a conservé son siège à Francistown.

Le Botswana, malgré ses difficultés économiques et la pression sud-africaine, a maintenu en 1985 et 1986 une ligne indépendante en Afrique australe.

Après le raid meurtrier mené le 13 juin 1985 par l'armée sud-africaine sur la capitale, Gaborone (qui est aussi le siège de la SADCC, la Conférence de coordination du développement de l'Afrique australe, symbole de l'indépendance économique vis-à-vis de Prétoria), le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné les Sud-Africains à payer des réparations. Les dégâts divers entraînés par leurs incursions ont été évalués, pour les neuf pays de la SADCC, à 10 milliards de dollars depuis 1980. Le Botswana a continué cependant, tout en refusant à l'ANC (Congrès national africain) l'utilisation de son territoire, d'accueillir des réfugiés, mais jusqu'à quand? (En août 1985, certains d'entre eux ont été priés de quitter le pays.)

Le Botswana, qui est l'une des rares démocraties africaines où coexistent plusieurs partis, connaît à la fois succès économiques et difficultés structurelles. Grâce aux revenus du diamant (avec la mine de Jwaneng, 70% des recettes d'exportation), il peut s'enorgueillir d'un revenu de 1 000 dollars par habitant. Il a dissocié l'évolution de sa monnaie, le pula, de celle du rand sud-africain. Toutefois, le pays souffre d'un sous-emploi endémique et il a connu en 1985 une nouvelle année de sécheresse malgré un très appréciable programme de lutte contre ce fléau. Alors que le Botswana compte parmi les six pays africains qui nécessitent une aide d'urgence, Prétoria n'a pas cessé ses menaces d'intervention.

La capitale du Botswana, Gaborone, située à un quart d'heure de route de la frontière sud-africaine, a été une nouvelle fois en 1986 la cible de l'armée de Prétoria. Le 19 mai, l'armée sud-africaine a attaqué par hélicoptère des maisons censées être occupées par des membres du Congrès national africain (ANC) d'Afrique du Sud. Le même jour, Lusaka (Zambie) et Hararé (Zimbabwé) étaient également attaquées par les forces sud-africaines.

En novembre 1986, puis de nouveau au début de 1987, les militaires sud-africains ont lancé de nouvelles accusations contre le Botswana, affirmant qu'il servait de voie d'infiltration pour les guérilleros de l'ANC. Et en avril 1987, une voiture piégée explosait à Gaborone, faisant trois morts ; l'attentat a été attribué aux services sud-africains. Autre pression: en février 1987, le chemin de fer reliant le Botswana aux ports sud-africains a été temporairement bloqué par le Bophuthatswana, un bantoustan sud-africain rendu indépendant par Prétoria et qui cherchait à se faire reconnaître.

Malgré ces pressions, le président du Botswana, Quett Masire, fort d'une prospérité économique due au diamant et de sa bonne image internationale, a réaffirmé à l'occasion du vingtième anniversaire de l'accession de son pays à l'indépendance qu'il refuserait de signer un accord de sécurité avec l'Afrique du Sud, à l'instar des pactes signés par le Swaziland et le Mozambique. "L'Afrique du Sud ne négocie pas honnêtement. Un accord avec elle ne vaudrait même pas le papier sur lequel il serait signé", a-t-il dit.

Avec un peu plus d'un million d'habitants, le Botswana reste sous l'influence de son puissant voisin, l'Afrique du Sud. Son armée de 3 000 hommes (face à 110 000 soldats sud-africains) a de nouveau été en butte, en 1987-1988, aux menaces de Prétoria: le prétexte en reste l'infiltration, via le Botswana, de maquisards africain a abouti à l'assassinat de quatre "terroristes" dans la banlieue de Gaborone. Pourtant, le président Quett Masire maintient une ligne indépendante et refuse toujours la signature d'un accord avec Prétoria ; les élections partielles de l'été 1987 ont confirmé la stabilité du régime.

Certes, sa dépendance économique reste étroite: 81% des importations viennent d'Afrique du Sud, où travaillent 15% de sa population active, mais le Botswana, actif membre de la SADCC (Conférence de coordination pour le développement de l'Afrique australe) a conclu un accord commercial avec l'URSS en mai 1987. L'économie est toujours dominée par le diamant, qui, avec le cuivre et la viande, constitue l'essentiel des exportations et permet l'équilibre de la balance extérieure ; les 13 millions de carats de la production de gemmes expliquent le doublement, entre 1976 et 1986, du revenu par habitant.

En juillet 1987, un important accord a été conclu entre la société de Beers (et sa filiale botswanaise, la Debswana) et l'État botswanais ; ce dernier, en échange de ses stocks de gemmes, est entré dans les instances dirigeantes de la puissante firme et a consolidé les intérêts du pays sur le marché mondial.

En dépit de ses efforts pour diversifier ses relations commerciales avec le Zimbabwé (renégociation et signature le 9 septembre de l'accord douanier préférentiel, achat de 570 wagons en avril, rachat des chemins de fer [juillet] et participation dans l'exploitation des réserves de carbonates de soude du Sua Pan), le Botswana demeure très largement dépendant de l'Afrique du Sud. Accusé par celle-ci de servir de lieu de transit pour les guérilleros du Congrès national africain (ANC), le pays a souffert en 1988 des actions anti-ANC de l'armée sud-africaine sur son territoire. Des discussions sur la sécurité mutuelle des deux pays ont été organisées en décembre 1988.

Le développement des capacités productives du pays (exploitation de nouvelles mines de diamant, nickel, carbonate de soude et or) est réalisé par les multinationales sud-africaines et leurs filiales. Ce système productif assure au Botswana un PIB moyen purement théorique par habitant de 2 800 pulas, un excédent permanent de la balance des paiements et la constitution de réserves représentant, en 1988, 30 mois d'importation. Pour autant le pays connaît dans ses zones urbaines des problèmes de chômage et de logement qui ont fait perdre au parti au pouvoir (Parti démocratique du Botswana, BDP), de nombreux sièges municipaux. Le budget 1988 a tenté de remédier à ces difficultés et au mécontentement des étudiants et collégiens (manifestations du 15 octobre), en débloquant des fonds au profit de l'investissement et de la construction de logements.

L'année 1989-1990 aura été marquée essentiellement par les cinquièmes élections législatives de l'histoire du pays. Dans un climat social morose marqué notamment par une crise du logement, une montée du chômage urbain et une insatisfaction croissante des étudiants (fermeture de l'Université en janvier 1990), le parti au pouvoir depuis 1966, le Parti démocratique du Botswana (BDP), a réussi à maintenir son quasi-monopole. Il a remporté 31 des 34 sièges à pourvoir, ne laissant à son principal rival, le Front national du Botswana (BNF), que 3 mandats. En réalité, en nombre de voix et au niveau des élections locales qui se déroulaient le même jour, le BDP a connu un certain tassement de ses positions électorales et de son audience, surtout dans les zones urbaines.

Presque totalement dépendant de son puissant voisin sud-africain, le pays a continué, grâce à ses ressources minières notamment, à connaître le taux de croissance le plus élevé d'Afrique sur la période 1970-1990 et à accroître ses réserves en devises (102 millions de dollars fin 1988). L'annonce de la mise en exploitation d'une nouvelle mine de cupro-nickel et de la découverte de champs pétrolifères devrait encore renforcer la bonne santé de cette économie dans le désert.

En 1990-1991, le pays a continué de connaître une stabilité et une prospérité très rares sur le continent. Pour l'essentiel, les ressources du Botswana proviennent de l'exploitation minière et de l'élevage bovin. Cependant, et en dépit de nouvelles prospections dans le nord-est du pays et d'une politique de valorisation in situ des produits miniers, ces ressources ont commencé à ne plus suffire pour faire face à elles seules aux besoins du pays. Au premier trimestre 1990, les revenus miniers à l'exportation ont chuté de près de 18% par rapport à 1989. Il est vrai aussi que la compétitivité de l'économie s'est trouvée affectée par la dépréciation constante du rand et du dollar zimbabwéen par rapport au pula.

Le Botswana s'est engagé dans de grands programmes de construction de routes pour faire communiquer dans les meilleures conditions tous les pôles du pays et pour relier le Botswana à ses voisins de la SADCC (Conférence de coordination pour le développement de l'Afrique australe). Il s'agit aussi pour le gouvernement de tenter de mieux contrôler les populations rurales et de raffermir son emprise électorale sur elles après les élections législatives d'octobre 1989.

Avec un taux de croissance annuel moyen de près de 4% dans les vingt dernières années, des réserves en devises égales à seize mois d'importation et un budget qui a connu, en 1991, son premier déficit en dix ans, le Botswana a continué de bénéficier d'une situation économique rare en Afrique. En contrepartie, le pays a été désavantagé par une monnaie nationale très forte par rapport à celles de ses voisins, et n'a pas été éligible à certains crédits de la BAD (Banque africaine de développement).

Le renouvellement de l'accord de commercialisation de la production de diamants (60% des revenus de l'État et 40% de son PIB) avec la De Beers et le développement des capacités de production et de valorisation du produit constituent une garantie pour l'avenir de l'économie du pays.

La situation politique s'est, en revanche, dégradée. Une étrange affaire de construction de bases militaires secrètes devant servir aux États-Unis a miné le crédit du pays dans la région. L'imbrication des intérêts économiques et politiques en matière foncière a conduit au développement de la corruption, débouchant sur la démission de plusieurs ministres. Enfin, l'augmentation du chômage et la grève sans précédent organisée par le syndicat des employés journaliers d'entreprises publiques ont accru un malaise social que les autres partis ont tenté d'exploiter en se regroupant en un front uni, le Front progressiste du peuple botswanais (BPPF).

Détenteur, toutes catégories confondues, du record de croissance depuis le début des années soixante-dix (8% l'an en moyenne), le Botswana s'est cependant trouvé affecté par la crise économique mondiale. Son taux d'inflation est demeuré élevé (13%) et le chômage a connu une augmentation importante (190 000 demandeurs d'emplois en 1992), venant grossir le nombre des mécontents vivants en milieu urbain et renforcer l'opposition politique. Plusieurs entreprises textiles ont dû réduire leur activité. Les affaires de corruption, portant notamment sur la gestion des ressources foncières du pays ont accru le malaise social et entraîné la démission ou l'éviction de plusieurs membres du gouvernement.

Le pays a conforté sa position d'allié privilégié des États-Unis en Afrique australe (construction d'une importante base militaire et développement de relations militaires entre les deux pays). Il est, en effet, apparu comme une zone de stabilité dans une région où les mutations sud-africaines et angolaises ont multiplié les risques d'instabilité.

Le pouvoir en place n'a cessé de se précariser en 1993-1994. Les principaux partis politiques d'opposition, et notamment le Front national du Botswana, ont exigé des réformes du système électoral sous peine de boycottage des prochaines législatives

fixées à fin 1994. Les scandales financiers et fonciers liés au Parti démocratique du Botswana gouvernemental ont repris après le retour à des postes de responsabilité de deux ministres limogés pour corruption. La réduction du taux de croissance a imposé d'engager des reconversions économiques importantes.

L'installation prochaine de troupes américaines sur la base secrète de Molepolole a semblé devoir confirmer le pays dans sa position de pôle de stabilité au sein de la région et pouvoir lui procurer un surplus de revenus.

Le président Quett Masire espérait bien raffermir son pouvoir en ordonnant la dissolution du Parlement le 26 août 1994. Or, les scandales de corruption, l'urbanisation rapide et les difficultés économiques du pays sont venues s'ajouter à l'usure dont souffre le pouvoir en place depuis 1966. Le Parti démocratique du Botswana a réussi à conserver la majorité parlementaire tout en perdant dix nouveaux sièges au profit du Front national du Botswana, qui bénéficie d'une forte audience dans les grandes villes et parmi les salariés et les jeunes.

Si le Parti démocratique est resté majoritaire face au Front national, il a dû cependant accepter en novembre 1995 de limiter le mandat présidentiel à deux exercices de cinq ans, sur proposition de l'opposition. En revanche, le président Quett Masire est demeuré inflexible quant à la peine de mort, encore appliquée malgré les protestations. Les étudiants ont été à l'avant-garde du mécontenement qui, en février, a pris la forme d'émeutes devant l'Assemblée nationale. La situation économique ne s'est guère améliorée, avec un fort déficit public que l'État tente de pallier par un appel aux investissements étrangers.

La succession du président Quett Masire, âgé de soixante et onze ans, a animé les débats politiques tant au sein du Parti démocratique que dans les rangs du Front national, principal parti d'opposition. Cependant, le président n'a pas envisagé son départ, désirant auparavant rétablir pour son parti, lors des élections générales de 1999, une assise plus confortable à l'Assemblée, où le Front national détient 13 des 40 sièges depuis 1994. L'opposition s'est appuyée sur les conflits internes au Parti démocratique, et surtout sur une dégradation sensible des conditions économiques. L'économie nationale est restée dépendante de l'extraction du diamant dont l'exploitation représente le tiers du PIB et près de la moitié des recettes publiques. La récession a touché le pays, qui connaissait depuis dix ans une croissance annuelle supérieure à 10 %. La diminution des dépenses publiques et le développement d'un secteur privé ont été fixés comme objectifs du prochain plan national, afin de permettre une diversification des activités économiques. Un programme de privatisation a ainsi débuté, durant l'été 1996, au sein des principales entreprises publiques (transports aériens, télécommunications). L'aridité du territoire s'est renforcée du fait des dernières sécheresses, provoquant un exode rural massif et une très forte croissance urbaine. Les projets de détournement des eaux de l'Okavango se heurtent aux réticences des écologistes. Ils sont également à l'origine de tensions accrues avec le voisin namibien, qui entend lui aussi profiter des ressources du fleuve frontalier.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998

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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier