Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Botswana, presse internationale
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DEPUIS qu'il est affranchi de la domination britannique (l'accession à l'indépendance remonte à 1966), le Botswana est, fait exceptionnel, une vraie démocratie où les élections se tiennent régulièrement, avec la participation de plusieurs formations politiques. Le Parti démocratique du Botswana, au pouvoir, a toujours, certes, remporté les élections à une forte majorité; toutefois, le gouvernement tient compte des critiques de l'opposition et des députés de base de la majorité.

Avant chaque grand changement de politique, des commissions présidentielles sont chargées d'enquêter dans tout le pays auprès de la population. Parfois, d'autres formes de participation du public sont sollicitées, telles des campagnes d'écoute radiophonique. La plupart des membres de la classe dirigeante possèdent du bétail et en exportent, et c'est là un élément très important car ces dirigeants sont bien déterminés à sauvegarder la rentabilité de cette denrée d'exportation d'origine rurale (sous la forme de viande de boeuf désossée et réfrigérée).

Le Botswana est le pays qui a connu la croissance la plus rapide au monde depuis 1966. La découverte d'importants gisements de minerais, dans un espace économique aussi réduit (diamants, surtout, mais aussi composé naturel de cuivre et de nickel), ne pouvait que favoriser une intense croissance du PNB. Le boom minier a été judicieusement mis à profit pour l'économie. Alors qu'ailleurs, le plus souvent, les revenus de telles ressources naturelles sont vite dilapidés, le Botswana les a bien gérés. Le taux de change réel n'a pas augmenté et les exportations de produits non traditionnels ont grossi rapidement. D'impressionnantes statistiques macro-économiques ont certes pu cacher un développement inégal. Mais de gros efforts ont été faits en matière de santé, d'éducation et autres services publics de même qu'en faveur de l'infrastructure, pratiquement inexistante au départ. C'était bien le moins qui se puisse attendre de la part d'un gouvernement disposant de revenus en constant accroissement. Mais ce dernier a aussi réduit les inégalités dans l'accès aux services publics, il a su éviter d'accorder de trop grosses subventions aux populations urbaines. Par exemple, les sociétés fournissant l'eau et l'électricité ont su tirer des bénéfices de leurs actifs. En revanche, le logement a été subventionné.

Pendant quelque vingt ans, l'emploi dans le secteur formel a crû de 10 % à 11 % l'an, de sorte que le chômage a commencé à diminuer au milieu des années 80. En 1991, l'emploi dans le secteur formel s'est accru de 24 300 postes, tandis que la force de travail augmentait, elle, de 13 000 personnes. La même année, les femmes représentaient 34 % des effectifs de ce secteur. C'est là une donnée qui contribue, avec l'amélioration des soins de santé primaire et l'égalité entre filles et garçons dans l'éducation, au rapide déclin du taux de fécondité. Celui-ci est tombé de 6,9 en 1965 à 4,7 en 1990.

Malgré ses succès économiques, le Botswana reste un pays dépendant à plusieurs titres. En raison même de l'importance des exportations de diamants - qui en 1991 représentaient 80 % des ventes à l'étranger, - l'économie est sensible aux fluctuations des cours mondiaux. Par exemple, en 1992, le quota des exportations a été réduit de 25 % en raison de la faiblesse du marché. D'autre part, l'Afrique du Sud fournit presque 80 % des importations, le Botswana étant membre de l'Union douanière de l'Afrique australe dont le tarif extérieur commun a été établi en fonction des intérêts sud-africains. Pour l'acheminement de ses produits, le pays dépend des routes de transit traversant l'Afrique du Sud et, pour l'écoulement de ses produits manufacturés, il est tributaire des marchés de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe. Dans les mines, les grands investissements sont le fait de sociétés sud-africaines. Dans les autres secteurs, également, les investissements étrangers sont principalement sud-africains et, dans une moindre mesure, zimbabwéens.

Mais cette dépendance est aussi une interdépendance. Car l'Afrique du Sud ne souhaite pas perdre les revenus de son commerce avec le Botswana, largement bénéficiaire, ni ceux du transit en provenance de son voisin. La balance commerciale du Zimbabwe affiche un net surplus avec le Botswana. Pour son approvisionnement en cendre de soude, l'Afrique du Sud dépend d'une mine nouvellement exploitée au Botswana.

Plus tard, quand les exportations de produits miniers se ralentiront, il faudra bien trouver d'autres moyens de payer la note des importations qui, elles, ne diminueront pas. Pour l'heure, les exportations de produits manufacturés sont réduites et, d'ailleurs, elles se sont durement ressenties de la dépréciation du dollar zimbabwéen. Les dépenses du gouvernement pourront, certes, encore engendrer de la croissance pendant quelques années, le temps que l'expansion du secteur manufacturier vienne assurer la relève. A condition toutefois que les incertitudes actuelles sur les marchés régionaux soient levées. Le Botswana devrait en réalité continuer à attirer les investissements étrangers en raison de plusieurs facteurs favorables: le contrôle des changes y est négligeable, les infrastructures fonctionnent et le pays jouit de la stabilité politique. Néanmoins, rien de tout cela n'est une garantie totale pour l'avenir. La nouvelle phase de développement suppose une délicate période de transition pendant laquelle le rythme de la croissance devra se ralentir. Les déclarations gouvernementales témoignent d'une prise de conscience de ce problème, mais peu de choses ont changé jusqu'ici. Reste que les raisons fondamentales de la bonne gestion économique observée dans le passé n'ont pas disparu: ni la forte influence des exportateurs de denrées d'origine rurale, ni le bon fonctionnement de la démocratie, ni une très réelle conscience du fait que les mauvaises politiques économiques menées ailleurs en Afrique sont d'un coût très élevé pour la société. A quoi s'ajoute la réputation méritée d'un gouvernement bien dirigé, qui sait prendre des décisions mûrement réfléchies, à l'aide de sérieuses analyses préalables.

Source :
Le Monde Diplomatique 1987-1997

Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier