Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Botswana, aspects économiques et sociaux ASPECTS ECONOMIQUES ET SOCIAUX

1996

 Le Botswana a accru sa puissance militaire en 1996. Il a procédé a' l'achat d'armes et de matériels pour un montant presque équivalent a celui du budget consacré à la défense jusqu'à présent. le gouverInement de Ketumile Masire a notamment annoncé l'acquisition d'avions de chasse et de plusieurs dizaines de chars de combat Officiellement destinées au «contrôle des frontières » et à « la lutte contre le braconnage des animaux », les dépenses d'armement du Botswana inquiètent ses voisins, à commencer par la Namibie. Un différend frontalier oppose en effet les deux pays depuis de nombreuses années.
Ces dépenses sont d'autant plus surprenantes que le président Masire avait jusqu'à présent consacré tous ses efforts financiers au maintien de la prospérité économique du Botswana. Le chef de l'état a également jeté le trouble dans le jeu politique en confirmant qu'il songeait à se retirer. Cette déclaration ouvre la course à la succession entre les deux principaux candidats, le président du Parti démocratique du Botswana au pouvoir, Pona Tshego Kediltilwe, et le vice-président du gouvernement et ministre des finances,Mogae. Ce dernier gardien de la rigueur économique, est le maître d'oeuvre du 8ème plan de développement national qui doit entrer en vigueur au début de 1997. le principal objectif de ce plan est d'encourager les investissements étrangers ainsi que de développer et diversifier le secteur privé. L'Assemblée nationale a adopté dans ce sens, en août la fin du monopole de la société nationale des télécommunications. Le gouvernement s'appuie sur une conjoncture favorable dans l'ensemble. L'inflation stagne autour de 10 %, et le chômage demeure élevé (plus de 20%) mais la croissance continue de progresser à un rythme annuel de 5 %. les exportations de diamants, première richesse du pays, en constituent le moteur principal. Au premier semestre 1996, elles ont augmenté de plus de 8% pour atteindre un montant de 2,75 milliards de dollars. Et la capacité de production de diamants du Botswana devrait encore augmenter avec l'instauration de la semaine continue de travail.

1997

Le président Ketumile Masire a annoncé, en novembre, son départ volontaire de la vie politique. Après dix-sept ans au pouvoir le chef de l'Etat a justifié sa décision par le souhait de donner sa chance à une nouvelle génération de dirigeants. M. Masire se retirera en mars 1998 et sera remplacé, jusqu'aux élections de 1999, par le ministre des finances et vice-président Festus Mogae. Sous la pression de l'opposition, la réforme constitutionnelle adoptée quelques semaines auparavant prévoit que le prochain chef de l'Etat pourra seulement prétendre à deux mandats de cinq ans.
A la tête du pays depuis 1980, M. Masire, lui, avait été réélu à trois reprises. Salué pour sa gestion avisée des richesses en diamants du Botstvana, il a fait de ce petit Etat semi désertique un exemple de prospérité et de stabilité pour toute l'Afrique. M. Masire a confirmé celte bonne réputation en renonçant de lui-même au pouvoir Il s'est ainsi rangé à l'avis des jeunes de la formation dirigeante, le Parti démocratique du Botswana (BDP), qui s'inquiétaient de l'usure de son pouvoir.
En effet, l'image de M. Masire s'était ternie ces derniers mois tant auprès de la population du Botswana qu'à l'étranger Une brusque augmentation des achats d'armement et un projet de loi renforçant le contrôle de la presse y ont notamment contribué. La persistance d'un fort taux de chômage (entre 20 % et 30 % de la population active) explique aussi la baisse de popularité de M. Masire.
La situation économique reste pourtant bonne dans l'ensemble. La croissance a encore augmenté par rapport à 1996 pour atteindre les 6 %. La production de diamants en est toujours le principal facteur. En hausse avec 18 millions de carats extraits, elle représente environ un tiers du PIB et 90 % des recettes d'exportations. Sous la houlette du futur président, M. Mogae, le gouvernement a profité de cette conjoncture favorable pour poursuivre sa politique d'ouverture et de libéralisation de l'économie. Plusieurs lois ont été votées ou annoncées en 1997 afin, notamment, d'attirer les investissements étrangers. Mais la progression

1998

Le ministre des finances et vice-président Festus Mogae est officiellement devenu, le 1er avril, le nouveau président du Botswana. Il remplace Ketumile Masire, qui avait annoncé, en novembre 1997, son départ de la vie politique après dix-sept ans au pouvoir D'emblée, le nouveau chef de l'Etat a tenu à affirmer sa fidélité à l'héritage de bonne gestion et de démocratie de son prédécesseur. Cette déclaration d'intention a quelque peu été ternie, en septembre, par l'intervention militaire du Botswana au Lesotho, aux côtés de l'Afrique du Sud.
  Deux cents soldats dépêchés par Gaborone ont prêté main-forte au contingent sud-africain déployé à Maseru pour venir en aide au gouvernement du Lesotho, déstabilisé par une situation d'anarchie entretenue par l'armée. En la matière, le Botswana n'a fait que servir de caution régionale à une opération destinée avant tout à protéger les intérêts de Pretoria.
Quelle que soit la légitimité de cette opération, le Botswana n'en demeure pas moins un exemple de performance économique sur le continent africain. Un rapport de la Banque mondiale estime que la croissance du secteur industriel botswanais de ces dernières années est la plus importante au monde devant celle des « tigres »asiatiques. Grâce à la gestion avisée des richesses en diamants du pays, les réserves en devises atteignaient 1,75 milliard de dollars (10,5 milliards de francs) au premier semestre, soit le plus haut niveau par habitant dans le monde.
Le Botswana reste tributaire des vicissitudes du marché mondial du diamant, et il a enregistré en 1998 un ralentissement de sa croissance, qui devrait se situer autour de 3 %, contre 7 % en 1997. Afin de ne plus dépendre uniquement du diamant, le président Mogae a annoncé son intention de diversifier l'économie, en direction du tourisme notamment. A l'approche des élections de 1999, il se donne également pour objectif de réduire les inégalités sociales et d'assurer une meilleure redistribution des richesses. Malgré sa bonne santé économique, le Botswana compte plus de 20 % de la population active au chômage, et une bonne partie de ses habitants vivent dans la pauvreté.

1999

Sans surprise, le président Festus  Mogae, qui avait achevé le mandat du père de l'indépendance, Ketumile Masire, transmis en avril 1998 après dix-sept ans de pouvoir, a été élu confortablement à l'issue d'un scrutin régulier et pluraliste, le 16 octobre. La victoire du Botswana Democratic Party a été acquise malgré les critiques formulées contre un taux de chômage de 21% et contre l'absence d'un plan de lutte contre la pauvreté qui affecte plus de 40 % de la population, surtout en milieu rural. Un rapport officiel sur la sécurité alimentaire du pays estime à 13 % la proportion d'enfants de moins de cinq ans qui souffrent de malnutrition.
Le BOP a engrangé les dividende d'un bilan positif en termes macroéconomiques. L'économie, qui a connu en 1998, pour la première fois depuis 1990, un déficit de la balance des paiements, a enregistré une croissance du PIB de 7% en 1999. Ce bon résultat est dû au redressement des cours du diamant (72,5% des recettes d'exportations en 1998), après une chute de 30 % l'année précédente. L'entrée en production, au début de l'an 2000, de la mine d'Orapa, exploitée par Oebswana, le joint-venture entre l'Etat et le géant De Beers, devrait augmenter de 33 % la production et la porter à 26 millions de carats, confortant le Botswani comme deuxième producteur mondial en volume et premier en valeur.

A moyen terme, le Botswana a donc des chances de continuer à engranger de confortables excédents commerciaux et budgétaires. Mais, échaudé par la crise du diamant de 1998, le gouvernement veut encourager la diversification de l'économie de ce pays classé  « meilleur risque » en Afrique pour les exportateurs et les investisseurs par le consultant français Nord-Sud Export. Cette diversification est en bonne voie : la stabilité politique, la quasi-absence d'insécurité et l'appartenance du Botswana à la même union douanière que l'Afrique du Sud ont incité en 1999 cinq groupes textiles mauriciens et indiens à s'implanter dans le pays. Malgré quelques difficultés passagères, le constructeur sud-coréen Hyundai estime avoir fait le bon choix en s'installant dans ce pays où les coûts de production sont de 10% inférieurs à ceux du marché-cible d'Afrique du Sud.
Quelques ombres demeurent: la sécheresse a aggravé le déficit céréalier et accru les difficultés d'approvisionnement en eau du bétail essentiellement bovin. En outre, le contentieux territorial avec la Narnjbie voisine, dont l'enjeu est le partage des eaux du delta intérieur de l'Okavango, a été soumis à la Cour internationale de justice de La Haye.

2000

L'épidémie de sida menace la prospérité du pays qui détient le record mondial de séropositivité (un habitant sur cinq). Selon une étude commandée par le ministère des finances, dans dix ans, le PIB sera de 31 % inférieur aux projections faites sur la base d'une absence du fléau.

La gravité de la situation est telle que le président Festus Mogae a inauguré une agence spécialisée chargée de la prévention dans un pays où, dans les milieux ruraux, cette maladie est encore trop souvent attribuée à la sorcellerie.

Toutefois, le PIB devrait progresser de 80 % au cours de la prochaine décennie, si les investissements productifs augmentent significativement. En 2000, le PIB s'est accru d'environ 10 %, en grande partie grâce à une augmentation de 15% du secteur minier, largement imputable au doublement de la production de la mine de diamants d'Orapa. Mais la diversification hors de ce secteur, qui procure plus de 70 % des recettes d'exportation, n'est pas chose aisée, comme l'a montré la fermeture en 2000 de l'usine de montage Hyundai.

Le pays aborde 2001 avec des réserves de change de plus de 45,6 milliards de francs, représentant l'équivalent de plus de deux ans d'importations. !I continue d'attirer les capitaux étrangers, notamment sud-africains. Chacun est convaincu que le Botswana est, en Afrique australe, le pays qui a les meilleures chances d'affronter avec succès le défi de l'intégration régionale. Sa fiscalité favorable aux investisseurs, mais aussi sa stabilité politique et la qualité de sa gestion des affaires publiques, qui a fait l'objet en septembre d'un éloge du président Bill Clinton, constituent ses principaux atouts.

Cela n'empêche pas les cas de corruption, mais le système judiciaire veille: en l'an 2000, des officiers ont été sanctionnés; une société de construction a obtenu gain de cause dans un litige l'opposant à l'administration ; le ministre du logement et de la propriété foncière a été mis sur le grill par la presse pour avoir alloué des terrains à un ami personnel sans respecter les procédures.

Un autre gage de stabilité est la sagesse d'une diplomatie, récompensée de sa décision d'éviter le recours aux armes pour régler avec la Namibie voisine le contentieux territorial relatif au partage des eaux du delta intérieur de l'Okavango : la Cour internationale de justice de La Haye a rendu une ordonnance qui lui était favorable à la fin 1999. Ces succès ne sauraient occulter que 40 % des habitants vivent en deçà du seuil de pauvreté et que l'accès aux ressources en eau reste difficile pour une grande partie de la population.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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