Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE GEOPOLITIQUE
ANALYSE GEOPOLITIQUE

État enclavé d'Afrique sahélienne, l'ancienne Haute-Volta a été rebaptisée Burkina Faso,  Patrie des hommes intègres , le 4 août 1984, jour anniversaire du coup d'État réalisé l'année précédente par le capitaine Thomas Sankara. Les citoyens voltaïques sont du même coup devenus des Burkinabés. Des densités de population élevées par rapport à la médiocrité des ressources naturelles ont fait de ce pays, dont le produit national brut (PNB) dépasse à peine 300 dollars par an, un foyer d'émigration, principalement en direction de la Côte-d'Ivoire.

Pure création coloniale, il a été découpé au centre de la boucle du Niger, en plein coeur de l'ancienne Afrique-Occidentale française (AOF) et n'a pas toujours bénéficié d'une identité bien définie. Après la conquête française, il fit partie du territoire du Haut-Sénégal-Niger, avant de devenir colonie autonome en 1919. Celle-ci devait être démantelée en 1932 au bénéfice du Soudan français (Mali) et surtout de la Côte-d'Ivoire pour faciliter les recrutements de main-d'oeuvre.

La Haute-Volta retrouva en 1947 son autonomie et ses frontières, mais les délimitations internes à l'AOF n'ayant pas été définies avec une précision suffisante, après les indépendances en 1960, un contentieux opposa Haute-Volta et Mali à propos de la bande frontalière dite de l' Agacher  que l'on pensait  ce qui n'a pas été confirmé  riche en minerais. Un semblant de  guerre  tint les deux protagonistes en haleine entre 1974 et 1975, puis à nouveau en décembre 1985, avant que le différend soit porté devant la Cour internationale de justice de La Haye. La décision notifiée en 1986 a été acceptée par le Burkina Faso bien qu'elle lui fût défavorable.

Un pays sahélien enclavé, une terre d'émigration

Le centre de gravité du Burkina Faso est constitué par le pays mossi, que le découpage colonial a augmenté à l'est d'une périphérie mal différenciée avec le Niger voisin, et à l'ouest du haut bassin de la Volta noire et de sa capitale régionale Bobo Dioulasso. Les Mossi qui représentent à peu près la moitié d'une population composée d'une soixantaine d'ethnies sont les héritiers de royaumes constitués vers la fin du XVe siècle : le Wogodogo, qui a donné son nom à la capitale, Ouagadougou, et le Yatenga. Leurs chefs, les naba, privés aujourd'hui de pouvoirs officiels, conservent une autorité morale. L'institution de la chefferie est restée vivante et fait des Mossi un groupe efficacement structuré.

La vitalité des encadrements n'est pas étrangère à la réussite de leurs migrations dirigées vers le sud-ouest du pays, zone de délestage du centre surpeuplé, ou vers la Côte-d'Ivoire (¨bobo (peuple)). La colonisation agricole de terres vierges, comme celle par exemple des vallées des Voltas assainies par les programmes d'éradication de l'onchocercose, modifie la géographie humaine du pays à l'avantage des Mossi. La cohabitation entre migrants et autochtones n'a pas engendré jusqu'ici de graves conflits mais n'est pas à l'abri de tensions, en particulier pour le contrôle foncier.

Si, depuis l'indépendance, la vie politique a été émaillée de coups d'État, les régimes successifs, principalement militaires, n'ont pu exercer un contrôle totalitaire sur une société civile équilibrée, qui a ses propres modes de fonctionnement. Les politiques ont toujours dû composer avec des syndicats combatifs et une chefferie qui a conservé son prestige. Dans une population à majorité plus ou moins animiste, la classe marchande, en majorité musulmane, fait bon ménage avec une minorité chrétienne scolarisée exerçant une forte influence dans les affaires publiques.

La paysannerie, enfin, masse considérable dans un pays peu urbanisé, amortit vite les  vagues  venant de la capitale. C'est ainsi que la révolution dans laquelle Sankara tenta d'entraîner son pays, avant d'être assassiné en 1987, n'a pas eu véritablement prise sur un monde paysan qui obéit à ses propres règles.

Depuis l'élimination de cette figure de l'idéalisme révolutionnaire par son compagnon et successeur Blaise Compaoré, le Burkina Faso pratique un empirisme politique pour faire face aux défis du développement. Une population laborieuse représente un atout certain, mais qui compense difficilement le manque de ressources et le handicap de l'enclavement. Le Burkina Faso reste dépendant de son voisin ivoirien, principal débouché maritime (voie ferrée Abidjan-Ouagadougou) et terre d'accueil pour son surplus de main-d'oeuvre. La crise économique ivoirienne et la tentation xénophobe qu'elle contient pèseront sur l'avenir du Burkina Faso d'ores et déjà confronté au problème des retours.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion

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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier