Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996
Sur le plan politique, l'année a  été marquée par un changement de premier ministre. Longtemps membre de la haute administration de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), Kadré Désiré Ouédraogo est un technocrate qui poursuivra la politique d'ajustement structurel à laquelle le Burkina Faso s'est rallié à l'issue de sa période révolutionnaire. Et les derniers soubresauts, en 1996, des luttes de clans qui ont longtemps déchiré les artisans de la révolution de 1983 n'ont fait que témoigner de l'achèvement d'un processus de normalisation déjà ancien.
L'organisation à Ouagadougou du 19' sommet franco-africain a été l'occasion de grands travaux d'urbanisme que la rigueur budgétaire aurait sans cela interdit. Le président Biaise Compaoré a pu présenter à ses hôtes un pays calme et stable, dont la croissance économique (entre 4% et 5 %) a nettement dépassé l'accroissement démographique. Lc Burkina Faso profite toujours des effets de la dévaluation de 1994, qui lui permettent d'exporter son bétail vers la Côte-d'Ivoire. Les activités traditionnelles -mines d'or et culture du coton -sont en bonne santé. Toutefois, malgré l'excellente réputation de son administration, qui compte parmi les moins corrompues du continent, le Burkina Faso peine toujours à attirer les investisseurs, comme en témoignent les difficultés que rencontre le programme de privatisations. Et la baisse de l'aide publique au développement interdit au gouvernement de se substituer au secteur privé pour relancer l'investissement.
 

1997
Dix ans après la mort de Thomas Sankara, le président-capitaine qui transforma la Haute-Volta en Burkina Faso, le pays coule des jours tranquilles. Fidèle à une tradition de rigueur budgétaire qui remonte aux années 60, le Burkina est l'un des pays les moins endettés de la région. Si l'on ajoute à cette orthodoxie une gestion efficace de l'appareil d'Etat, on comprendra que Ouagadougou entretienne d'excellentes relations avec les institutions financières internationales, malgré une réticence certaine à procéder aux privatisations chères à la Banque mondiale. C'est ainsi que le ministre de l'économie a écarté l'idée de céder la compagnie du téléphone aux investisseurs privés. Quant à la distribution de l'eau, elle est considérée comme un enjeu stratégique qui doit rester sous le contrôle de l'Etat.
Privé de ressources minières, sans secteur industriel, le Burkina Faso reste presqu'entièrement dépendant de son agriculture, qui est elle-même à la merci des pluies. Un hivernage trop sec, en 1997, devrait ramener la croissance du PIB de 7 ,1% en 1996 à 4,1% en 1997. La sécheresse a toutefois relativement épargné la zone cotonnière, et la récolte devrait battre tous les records. A l'instar du Mali et du Bénin voisins, le Burkina tirera une grande partie de ses recettes du coton. En revanche, le secteur minier, dont on attend beaucoup, en est toujours au stade de la prospection. Comme tout le Sahel, le Burkina Faso est riche en or et sans doute en zinc, mais aucune nouvelle mine n'a été mise en exploitation cette année. Quant au secteur secondaire, il est pour l'instant quasi inexistant, à part le bâtiment.
Cette fragilité économique n'empêche le pays de s'activer sur la scène internationale. En 1998, le Burkina doit accueillir la Coupe d'Afrique des nations de football puis le sommet de l'OUA, ce qui permettra d'améliorer les infrastructures, surtout dans la capitale. En décembre, l'élection présidentielle devrait voir la victoire du sortant, Blaise Compaoré, dont la candidature ne fait guère de doute puisqu'il a fait adopter un amendement constitutionnel supprimant ]a limitation des mandats présidentiels.

1998
Sans surprise, Blaise Compaoré a été réélu le 15 novembre à la tête de l'Etat burkinabé, le scrutin ayant été boycotté par les adversaires du président sortant. fi est vrai que le
« pays des hommes intègres » fait figure de modèle dans la région par la rigueur de la gestion de l'Etat et des deniers publics, et par la stabilité de sa vie sociale et politique. Cette réussite ne peut masquer le dénuement du pays, dont sont conscientes les autorités. Plus du quart de la population vit en dessous du seuil d'extrême pauvreté (environ 320 francs de revenu annuel), et près de la moitié en dessous du seuil de pauvreté (410 francs), la moitié de la population ne mange pas à sa faim. Le début de 1998, qui correspondait à la période de soudure entre deux récoltes' après une mauvaise saison des pluies, a été durement ressenti. En 1998, les pluies ont été plus abondantes grâce, affirment les autorités, au recours à l'ensemencement chimique des nuages, technique contestée par certains météorologistes.
La croissance reste assez faible, inférieure à 5 %. La modicité de ces résultats s'explique par la rareté des richesses naturelles. Des deux grands produits d'exportation, le premier, le coton, a connu une année médiocre en termes de cours pendant que le prix de l'autre, l'or, restait au plus bas. Les 5 % de croissance apparaissent comme une performance plus qu'honorable si on la rapporte aux contraintes extérieures et climatiques, mais ce chiffre reste insuffisant pour sortir du cycle de la pauvreté.
Le Burkina Faso devra faire face à de nouveaux défis. La mise en place d'un tarif douanier commun aux pays de l'Union économique et monétaire d'Afrique de l'Ouest (Uemoa) privera le pays d'une partie de ses recettes fiscales et soumettra les entreprises locales à la concurrence de leurs homologues ivoiriennes. Un autre aspect de l'intégration régionale inquiète les autorités burkinabées. Plusieurs millions de travailleurs émigrés, pour la plupart dans l'agriculture ivoirienne, permettent à des villages entiers de survivre grâce aux revenus que ceux-ci leur font parvenir. Le projet de réforme foncière en Côte-d'Ivoire interdirait aux étrangers, et donc aux Burkinabés, de devenir propriétaires des terres qu'ils exploitent, ce qui fait redouter à Ouagadougou un mouvement de retour que l'économie nationale aurait du mal à supporter.

1999
Douze ans après être arrivé au  pouvoir à l'occasion d'un coup d'Etat qui a coûté la vie à son frère d'armes, le capitaine Thomas Sankara, le président burkinabé, BIaise Compaoré, a vu pour la première fois en 1999 son régime ouvertement contesté. A peine un mois après sa réélection à la présidence, lors d'un scrutin boycotté par les principaux partis d'opposition, l'assassinat, le 13 décembre 1998, du journaliste Norbert Zongo a déclenché une vague de manifestations sans précédent (un rapport publié par une commission indépendante conclue que plusieurs membres de la garde présidentielle sont impliqués dans le meurtre de Zongo). La mise en place d'une commission d'en quête internationale sur les circonstances de la mort de Norbert Zongo a été suivie de la constitution d'un « comité des sages », qui a surpris l'opinion publique en ne ménageant pas le régime et recommandant, entre autres, un gouvernement d'union nationale et de nouvelles élections législatives. Les ministres considérés comme les plus durs du régime ont quitté le gouvernement, mais seuls quelques petits partis ont accepté de participer à la gestion du pays. A la fin de l'année 1999, deux commissions ont été mises en place, l'une chargée de préparer des élections législatives avec des règles du jeu qui fassent enfin l'unanimité et l'autre d'aider à la « réconciliation nationale ».
Ce travail, auquel doit participer toute la classe politique, devrait permettre de dissoudre l'assemblée au printemps 2000 et d'organiser de nouvelles élections avec un mode de scrutin plus favorable à l'opposition. L'apaisement des tensions politiques se déroule dans un climat économique plutôt favorable. Depuis plusieurs années, la production céréalière bénéficie de bonnes pluviométries assurant une sécurité alimentaire minimale dans ce pays qui a déjà connu disettes et famines. L'inflation, estimée en 1998 à 5 % devrait être inférieure à 4% en 1999. La croissance, qui a atteint en 1998 quelque 6,2 %, devrait se stabiliser autour de 5,7% pour 1999 et 2000. Globalement satisfait de l'application de son précédent programme, le FMI a signé avec le gouvernement en septembre dernier un nouvel accord accompagné d'un prêt de 53,8 millions de dollars (323 millions de francs) sur trois ans pour la période 1999-2002. Le Burkina s'est engagé à faire entrer en vigueur le principe de l'avancement au mérite dans la fonction publique, une réforme plusieurs fois rejetée par les syndicats. Il doit accélérer la privatisation de l'Office national des télécommunications (Sonatel) et de la compagnie aérienne Air Burkina et ouvrir à des privés le capital de la Société des fibres et textiles (Sofitex). Ces nouvelles réformes ne seront pas faciles à faire accepter par les travailleurs, qui ont l'impression de payer un lourd tribut aux programmes d'ajustement structurels qui se succèdent.
Au cours d'une conférence de presse donnée par l'ONU Sida, le Dr N'Tounga a déclaré qu'au cours du dernier semestre de 98, on a dénombré 13 000 cas de sida au Burkina : la prévalence générale est de 7% (le sida est la première cause de mortalité au Burkina).
Citons pour terminer Zongo qui écrivait ceci à propos du président quand l'Assemblée nationale avait adopté un texte constitutionnel permettant à Compaoré de se présenter à vie à l'élection présidentielle : " Comment fera le président pour s'imposer aux intellectuels qui appréhendent les dimensions de sa dictature et le drame qu'elle représente pour notre peuple ? Une seule solution s'impose à lui : emprisonner, tuer, faire disparaitre ". La mort suspecte de Zongo s'ajoute à celle de deux opposants, probablement morts sous la torture : Guillaume Sessouma et Dabo Boukary !!
Fin Octobre 99, Compaoré remaniait son gouvernement en y intégrant des membres de l'opposition : Burkina Greens et Ram Ouedraogo, leaders du Parti écologique et Congo Kabore, leader du Mouvement pour la tolérance.

2000

La confiance affichée des bailleurs de fonds dans la bonne gestion du gouvernement burkinabé contraste avec le climat de défiance qui règne dans le pays depuis l'assassinat en décembre 1998 du journaliste Norbert Zongo. Les manifestations contre l' « impunité » qui se sont succédé depuis cette date sont de moins en moins violentes, mais le climat social n'en reste pas moins tendu.

L'année universitaire 1999-2000 a dû être invalidée par les autorités académiques après cinq mois de grève des étudiants, et la réforme de l'enseignement supérieur proposée en novembre 2000 a jeté des milliers de lycéens dans les rues, soutenus par une partie du corps enseignant. L'opposition a une nouvelle fois boycotté les élections municipales, largement remportées par le parti du président Biaise Compaoré, qui se taille déjà la part du lion à l' Assemblée nationale.

Le gouvernement d'ouverture, formé fin 2000, n'a finalement associé que des petits partis sans réelle influence. L'opposition radicale pose toujours des conditions à sa participation à la vie politique; en particulier, elle exige l'aboutissement de l'enquête judiciaire sur la mort de Norbert Zongo. Ce dernier a été assassiné alors qu'il enquêtait sur la mort du chauffeur du frère cadet du chef de l'Etat, torturé à mort par des éléments de la garde présidentielle qui ont été condamnés en août 2000 à des peines allant jusqu'à vingt ans de prison.

Une commission d'enquête indépendante sur la mort de Norbert Zongo avait désigné ces mêmes militaires comme de « sérieux suspects ». Le Burkina n'en reste pas moins cité en exemple par les bailleurs de fonds, qui soulignent la bonne gouvernance dont fait preuve le gouvernement. Félicité en mars 2000 par des parlementaires de l'Union européenne, le pays a bénéficié quelques mois plus tard, de la part du FMI et de la Banque mondiale, d'une réduction de sa dette extérieure de près de 3 milliards de francs. Le ministère des finances affiche un certain optimisme pour l'année 2001, tablant sur une croissance supérieure à 6% et un excédent budgétaire, pour la sixième année consécutive, d'environ 480 millions de francs.

Ces prévisions pourraient cependant être revues à la baisse compte tenu des mauvaises performances durant l'année 2000 de l'agriculture et du secteur minier. La saison des pluies a été catastrophique, annonçant un déficit céréalier important pour 2001. Le déficit pluviométrique risque d'avoir des conséquences sur l'élevage qui se pratique de façon extensive. Les zones de sécheresse se sont étendues dans l'ouest du pays, affectant la production cotonnière. La filière, qui avait réalisé des bénéfices ces deux dernières années, pourrait être tout juste à l'équilibre en 2001. Quand à la production d'or, autre source de devises, elle ne cesse de baisser, et les investissements qui avaient repris ces dernières années se sont taris.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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