Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE PAYS EN UN CLIN D'OEIL
LE PAYS EN UN CLIN D'OEIL

Burundi, officiellement république du Burundi, pays enclavé d'Afrique centrale, situé dans la région des Grands Lacs. Le Burundi partage ses frontières avec le Rwanda au nord, la Tanzanie à l'est et au sud, et la République démocratique du Congo à l'ouest, le lac Tanganyika et la Ruzizi servant de frontière naturelle avec ce pays. Couvrant 27 834 km², le Burundi, ancien Urundi, est l'un des plus petits pays du continent africain. Sa capitale est Bujumbura. La démocratisation du régime, depuis 1992, s'est accompagnée d'une violente reprise du conflit entre Tutsi et Hutu. Les massacres entre ces communautés ont marqué l'histoire du pays depuis son indépendance.

Relief et hydrographie
Le Burundi, constitué en grande partie de hauts plateaux et de collines, se situe à une altitude moyenne de 1 520 m, sur la ligne de séparation des eaux du Nil et du Congo. L'altitude s'abaisse vers l'est et le sud-ouest. La frontière occidentale du pays, formée par la rivière Ruzizi et le lac Tanganyika, fait partie de la Rift Valley. Les principales rivières sont la Ruzizi, la Malagarazi et la Ruvubu qui constitue la source du Nil la plus méridionale.

Climat
Le climat est tropical, frais en altitude. La température annuelle moyenne est de 21,1°C sur les plateaux, et de 24,4°C dans la Rift Valley. La saison sèche s'étend de mai à août, le pays connaissant des périodes de sécheresse.

Faune et flore
Une savane très peu arborée recouvre l'essentiel du pays. Les défrichements et le surpâturage ont considérablement réduit les forêts. Les arbres les plus communs sont l'eucalyptus, importé pour combattre l'érosion et fixer le sol, l'acacia dans les savanes orientales et le palmier à huile dans les plantations. La faune est variée : hippopotames, crocodiles, phacochères, léopards et antilopes.

Démographie
En 1998, la population était estimée à 5 537 387 habitants. Avec près de 199 habitants au km2, le Burundi connaît l'une des plus fortes densités d'Afrique. Le taux de croissance annuel de la population au début des années quatre-vingt-dix s'élevait à 3 p. 100, la mortalité infantile atteignant 101 p. 1 000. La moitié de la population a moins de 15 ans. La population est rurale à 92 p. 100, mais les villages sont rares car l'habitat est dispersé sur les collines, dont chacune constitue un ensemble social et administratif traditionnel. La population de réfugiés hutu ayant fui le Rwanda depuis 1994 est estimée par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à 70 000 personnes, et celle des personnes déplacées du fait de la guerre civile bien supérieure.
Le Burundi ne compte que deux villes d'importance : Bujumbura, la capitale - où les affrontements, depuis 1992, entre Hutu et Tutsi, ont provoqué une partition de fait -, située sur le lac Tanganyika, qui a également une fonction portuaire essentielle (272 600 habitants en 1986)?; et Gitega (95 300 habitants), qui est l'ancienne résidence royale.

Langues et religions
Les communautés les plus importantes sont les agriculteurs hutu (85 p. 100 de la population totale) et les éleveurs tutsi (environ 14 p. 100). Les Twa, groupe de Pygmées, représentent moins de 1 p. 100 de la population. Tous parlent les deux langues officielles, le kirundi, la langue bantoue locale et le français. Le swahili, la langue véhiculaire des marchands, est largement pratiquée. Les deux tiers des Burundais sont des chrétiens, le plus souvent catholiques?; 20 p. 100 pratiquent la religion traditionnelle animiste. Il existe également une minorité musulmane (2 p. 100 de la population).

Éducation
Le taux d'alphabétisation en 1995 est de 35,4 p 100. Si l'école est gratuite pour les enfants de sept à douze ans, elle n'est pas obligatoire. Selon les statistiques du ministère de l'Éducation burundais, plus de 600 000 enfants étaient scolarisés dans le primaire en 1990, mais seulement 35 000 dans le secondaire et 3 500 dans le supérieur. L'université du Burundi (fondée en 1960), située à Bujumbura, est le plus grand établissement d'enseignement supérieur. Le chômage et le manque de formation professionnelle des 15-25 ans constituent un problème préoccupant. Sans emploi, les jeunes, dans les villes, forment des bandes de pillards ou rejoignent les milices extrémistes.

Institutions et vie politique
Jusqu'en 1966, le pays était gouverné par un monarque tutsi, le mwami, et avait déjà connu une vie politique agitée. Devenu une république en 1966, le Burundi est alors gouverné par un régime militaire, appuyé sur un parti unique, l'Union pour le Progrès national (Uprona), dominé par les Tutsi. Après un coup d'État, en 1987, le régime s'ouvre progressivement aux Hutu. Une nouvelle Constitution, approuvée par référendum en mars 1992, instaure un régime semi-présidentiel multipartite et multiethnique, avec un président élu pour cinq ans au suffrage universel indirect. Un partage des responsabilités s'opère entre le Front pour la démocratie au Burundi (Frodébu), à dominante hutu, majoritaire à l'assemblée législative, et l'Uprona, l'ancien parti unique, à dominante tutsi. Le président de la République, élu par l'Assemblée, est issu du Frodébu, le Premier ministre étant désigné au sein de l'Uprona.
Cette répartition, qui visait à réconcilier les deux communautés, s'est heurtée aux extrémistes, et  s'est traduite par une accentuation du clivage entre Hutu et Tutsi, dégénérant à plusieurs reprises en affrontements meurtriers.

ÉCONOMIE
Le Burundi, pays essentiellement agricole, est l'un des plus pauvres du monde. L'économie subit les conséquences des troubles politiques. En 1997, le produit national brut (PNB) était estimé à 1 milliard de dollars, le revenu annuel moyen par habitant s'établissant à 140 dollars. La dette extérieure s'élevait à plus d'un milliard de dollars en 1993.

Agriculture
Les cultures vivrières, occupant les trois quarts des surfaces cultivées, sont le haricot sec, le maïs, le sorgho, le manioc, la patate douce, la banane, la fève et le pois. La principale culture industrielle est le café, dont la remontée du cours, en 1994, a permis au Burundi de payer les fonctionnaires et d'assurer le service de la dette. Le coton est progressivement supplanté par le thé, dont l'exportation procure des revenus non négligeables. La possession de grands troupeaux de bovins par les pasteurs tutsi revêt une importance culturelle et sociale. Les bovins n'ont cependant qu'un faible poids économique, le surpâturage contribuant, en revanche, dramatiquement à l'érosion des sols. La pisciculture est très développée et la pêche est pratiquée dans les rivières et dans les lacs.

Mines et industries
L'activité minière est très réduite. Elle est axée principalement sur le kaolin et sur l'exploitation de petits gisements d'or et de minerai d'étain. D'importantes réserves d'uranium, et surtout de nickel, demeurent inexploitées. L'activité industrielle première est celle de la transformation alimentaire, le pays cherchant à substituer la production nationale aux importations.
L'énergie consommée est à 90 p. 100 produite localement par les barrages hydroélectriques de Rwegura et de Mugere.

Échanges
L'unité monétaire est le franc du Burundi. Le commerce extérieur est très déséquilibré, la valeur des importations étant deux fois supérieure à celle des exportations. Le café participe pour 75 p. 100 aux recettes d'exportation; viennent ensuite le coton, le thé et le cuir. Le textile et les produits pétroliers sont importés, surtout d'Europe occidentale.
Le Burundi ne dispose pas de voies ferrées et le réseau routier, d'environ 5 900 km, consiste, pour l'essentiel, en pistes non revêtues. L'essentiel du commerce est effectué par bateau via la Tanzanie, la Zambie et la République démocratique du Congo en transitant par le port de Bujumbura, situé à la pointe nord du lac Tanganyika. La contrebande en provenance de la République démocratique du Congo est en outre très importante. Bujumbura est doté de l'unique aéroport international du pays.
Le gouvernement dirige un service de radio et de télévision?; un quotidien et deux hebdomadaires sont diffusés dans le pays.

HISTOIRE
Des traces d'occupation humaine vieilles de 10 000 ans ont été mises au jour au bord du lac Tanganyika. Il semble que les Pygmées (peut-être les ancêtres des Twa) occupaient déjà le pays à l'arrivée des agriculteurs (peut-être des Bantous) au premier millénaire auquel correspondent les premiers vestiges de métallurgie du fer.
Les pasteurs tutsi s'installent dans la région au XVe siècle en imposant un système féodal, dans lequel ils dominent politiquement les Hutu, comme au Rwanda voisin. Ils instaurent ainsi un système de castes et de clientèle fondé sur la possession du bétail. Cette société féodale est dirigée par un roi, le mwami, mais les structures politiques et sociales ne sont pas aussi rigides qu'au Rwanda. Le mwami ne dispose pas d'un pouvoir absolu et les divers clans royaux, les ganwa, intriguent pour le contrôle du pouvoir. Les mariages entre Hutu et Tutsi sont également plus courants au Burundi, où les Hutu jouissent en outre d'une plus grande autonomie économique. Par son ouverture sur le lac Tanganyika et la proximité de la grande route d'Afrique centrale vers Zanzibar, le Burundi est plus au fait des idées nouvelles que son frère jumeau du nord.

Colonisation
Le Burundi est colonisé par l'Allemagne dans les années 1880 sous son appellation locale d'Urundi, puis intégré à l'Afrique-Orientale allemande, avec le Rwanda (appelé Ruanda par les colonisateurs). Les troupes belges du Congo s'emparent des deux petits pays au cours de la Première Guerre mondiale avec l'aide des Britanniques et constituent le territoire du Ruanda-Urundi avec Usumbura (aujourd'hui Bujumbura) comme capitale. Placé sous mandat belge par la Société des Nations (SDN) en 1923, le Ruanda-Urundi est maintenu sous tutelle belge par l'Organisation des Nations unies (ONU) après la Seconde Guerre mondiale. Le colonisateur belge a mis en place, dès 1925, un régime d'indirect rule favorisant l'aristocratie tutsi (voir Colonisation). Il institutionnalise également le clivage entre les deux communautés, l'origine ethnique devenant l'un des critères d'identification administrative des personnes.

De la monarchie à la république militaire
Le 1er juillet 1962, le Burundi accède à l'indépendance et devient une monarchie constitutionnelle, membre des Nations unies. Cette indépendance se réalise sous des auspices défavorables. En octobre 1961, l'assassinat du prince héritier Rwagasore, qui prônait une participation de toutes les communautés au pouvoir, suivi de celui du Premier ministre (hutu) Pierre N'Gendandunwe, marque le début de l'instabilité politique, durant laquelle se succèdent coups d'État des militaires tutsi, insurrections hutu suivies de massacres massifs des insurgés (en 1965, 1972, 1988 et 1992). La révolution antiféodale au Rwanda voisin pousse en effet les Hutu à revendiquer le partage du pouvoir.
En juillet 1966, le mwami Mwambutsa IV est déposé par les militaires qui le remplacent par son fils, le moderniste Ntare V. Quatre mois plus tard, le capitaine Michel Micombero prend le pouvoir, proclame la république et est nommé président. Il tente notamment de diminuer l'influence de l'Église. En novembre 1976, Micombero est évincé par un coup d'État qui mène au pouvoir le général Jean-Baptiste Bagaza. La paix entre les Tutsi, au pouvoir, et la majorité hutu demeure précaire tandis que la nouvelle Constitution de 1981 consacre le parti unique. Élu au cours d'une élection pour laquelle il est le seul candidat, en 1984, Bagaza est déposé par un nouveau coup d'État en septembre 1987 et remplacé par le major Pierre Buyoya, chef d'un comité militaire de salut national. Le nouveau dirigeant affirme sa volonté d'établir un système plus égalitaire entre les communautés, manifestée par la libération des prisonniers politiques et par le retour à la liberté de culte. Cependant, en août 1988, de nouveaux massacres de Hutu ensanglantent le pays.

Démocratisation et guerre civile
Une nouvelle Constitution instaurant le multipartisme est ratifiée par un référendum en mars 1992. En juin 1993, des élections démocratiques portent au pouvoir Melchior N'Dadaye, un Hutu, membre du Frodebu, élu avec 60 p. 100 des voix. Il est assassiné un mois plus tard lors d'une tentative de putsch par des militaires tutsi, déclenchant une nouvelle vague de violence qui chasse des milliers de Hutu vers le Rwanda voisin. Cyprien Ntaryamira, un autre Hutu, succède à N'Dadaye et tente de mettre un terme à la répression menée par l'armée dominée par les Tutsi. Mais il est tué à son tour, en même temps que le président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, leur avion ayant été atteint par un ou deux missiles antiaériens à l'aéroport de Kigali (Rwanda) le 6 avril 1994. Sylvestre Ntibantunganya, ancien président de l'Assemblée nationale, assume les fonctions de président tandis que des massacres massifs visant Tutsi et Hutu modérés ensanglantent le Rwanda voisin et menacent de gagner le Burundi. Depuis, ce pays est en proie à une guerre civile larvée. En mars 1996, le rapporteur spécial des Nations unies, chargé d'enquêter sur la situation au Burundi, estimait à 15 000 morts, en 1995, le nombre des victimes d'un «génocide au compte-gouttes», touchant plus particulièrement les élites hutu (instituteurs, infirmiers, etc.). L'organisation Amnesty International dénonce, de son côté, les conditions dans lesquelles vivent les 70 000 réfugiés rwandais dans les camps du Burundi. Selon elle, 1 500 réfugiés seraient tués chaque mois par les forces de sécurité burundaises ou par les milices tutsi. En juillet 1996, l'ancien président Pierre Buyoya prend le pouvoir et chasse le président hutu. Les pays voisins, suivis par la communauté internationale, décrètent un embargo tandis que la rébellion hutu gagne plusieurs régions du pays. Cet embargo, qui touche surtout les plus pauvres et enrichit ceux qui l'étaient déjà, est levé en janvier 1999. Le pouvoir développe alors une politique de «villagisation» en regroupant les populations hutu en hameaux mais sans autre effet que d'accentuer le mécontentement populaire.

Les conflits qui ont ensanglanté le Rwanda et le Congo ont eu des effets directs sur la guerre civile au Burundi, les réfugiés hutu partageant le même sort que ceux des pays voisins et soutenant leurs rébellions respectives ainsi que les insurgés ougandais. En 1997, le massacre des 300 000 réfugiés hutu rwandais du Kivu par les troupes rwandaises alliées à Kabila a touché également des réfugiés burundais. Ceux-ci étaient nombreux aussi en Tanzanie, où leur présence a suscité de fortes tensions entre les deux pays. Les négociations, qui ont eu lieu en juin 1998 à Arusha (Tanzanie) sous la médiation de l'ancien président tanzanien Julius Nyerere, ont tenté d'élaborer un «programme général de gouvernement de transition» impliquant les belligérants, mais sans les convaincre suffisamment. Le partage du pouvoir hutu reste essentiel pour la majorité, tandis que la mainmise sur l'armée demeure primordiale pour la minorité tutsi. En quatre ans, la guerre civile au Burundi a fait près de 200 000 morts.

Source :
Microsoft Encarta


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier