Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
BILAN ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

Le coup d'Etat du 25 juillet a ramené l'ancien président Pierre Buyoya au pouvoir après sa défaite à l'élection de juin 1993. En réaction, les pays de la région ont imposé un embargo économique au pays, exigeant l'ouverture d'un dialogue entre l'armée, à majorité tutsie, et les rebelles hutus. Mais les putschistes ont réclamé la levée préalable des sanctions qui frappent durement ce pays enclavé, dont les échanges transitent par les ports tanzaniens et kenyans. L'offensive des rebelles tutsis dans l'est du Zaïre, à partir de septembre, a privé la guérilla hutue, présente sur tout le territoire burundais mais sans grands moyens d'action, d'une importante base arrière.

Du fait des troubles, on estime que 40% des petits producteurs attachés aux cultures d'exportation sont aujourd'hui exilés ou déplacés. A la chute de la production s'ajoutent les difficultés croissantes, du fait de l'insécurité, de collecter le café et le thé, les attaques des usines de traitement par la guérilla et l'impossibilité d'exporter, en raison de l'embargo régional, à moins d'user de la contrebande. mais avant même l'imposition des sanctions, les réserves en devises, estimées à 200 millions de dollars début 1996, diminuaient déjà de 10 millions de dollars par mois. Aujourd'hui, le Burundi ne subsiste que grâce à la  contrebande -notamment de carburant -avec le Rwanda et la Tanzanie..
Malgré les caisses vides du Trésor, l'armée a encore intégré 5 000 recrues pour faire face à la guérilla, et le budget de la défense -35% du total en 1995 risque encore de gonfler.

Les espoirs d'une solution négociée à la guerre civile ont été sérieusement compromis avec l'annulation des pourparlers burundais prévus à Arusha en août 1997 sous l'égide du « sage africain » et médiateur Julius Nyerere. Le refus du major Buyoya d'y participer, pour ne pas mécontenter l'aile dure de son parti, a conduit les pays de la région à prolonger l'embargo économique qu'ils ont imposé au Burundi après le coup d'Etat de juillet 1996. La rébellion hutue est présente sur tout le territoire, mais ne semble pas en mesure de s'imposer à l'armée tutsie qui, pour ôter à la guérilla son soutien populaire, a regroupé dans des camps trois cent mille villageois hutus qui vivent dans des conditions déplorables.
L'embargo régional est loin d'être totalement respecté, et le Burundi a réussi à importer suffisamment de carburant pour couvrir ses besoins militaires et énergétiques. Quant aux exportations, on estime que 65%, des 25 000 tonnes de café récoltées sur la saison 1996-1997 ont pu sortir du pays. Malgré tout, les effets de l'embargo se font sentir, et les autorités ont obligé, début 1997, tous les fonctionnaires à acquitter un « impôt solidarité » équivalent à 6% de leur salaire et, en novembre, la banque centrale a décidé de restreindre encore l'accès aux devises, de plus en plus rares et désormais réservées uniquement à l'importation de produits « essentiels».
 

Les pourparlers inter-burundais de paix n'avaient pas, fin 1998, « atteint un stade irréversible », selon un officiel tanzanien, et les pays de la région maintenaient donc l'embargo économique, en vigueur depuis le coup d'Etat du major Buyoya en juillet 1996, mais peu respecté. En juin 1998, ce dernier s'est fait introniser président, avec l'appui de responsables du Frodebu, le parti hutu vainqueur des élections de 1993, en échange de quelques postes ministériels et de la promesse d'une réforme de l'armée contrôlée par la minorité tutsie.
Puis le président Pierre Buyoya a fait approuver par les députés une Constitution de transition, avant de modifier la composition du Parlement, ce qui a eu pour effet d'annuler définitivement le résultat du scrutin de 1993. Devant ce qui apparaît comme un partage du pouvoir entériné par les principaux partis politiques, les donateurs ont déclaré qu'ils étaient prêts à reprendre leur coopération avec le Burundi et ont demandé la levée des sanctions.
Ecartés de l'accord multipartite, les mouvements rebelles ont intensifié leurs actions armées, mais sans ébranler les forces régulières, qui restent sur le pied de guerre. L'insécurité oblige un demi million de personnes, soit 9% de la population, à vivre dans 300 camps de réfugiés. Une étude de la FAO a montré que les prix dans la capitale ont augmenté de 120% depuis l'instauration de l'embargo. La consommation d'électricité a augmenté en 1997, du fait de la diminution des sabotages sur les lignes à haute tension, et l'activité économique a repris.
 

L'année 1999 avait commencé de manière prometteuse pour le Burundi. Les bailleurs du Burundi réunis à New York, en janvier, avaient décidé de reprendre leur aide au pays, même s'ils envisageaient de la limiter à « l'humanitaire élargi » et de placer le Burundi en observation pendant une année. Le 23 janvier, les chefs d'État et de gouvernement de la région ont décidé de lever les dernières sanctions de l'embargo qu'ils avaient instauré au lendemain du coup d'État du major Pierre Buyoya, en 1996. Présentée comme un satisfecit décerné à Pierre Buyoya pour son implication dans les négociations de paix inter-burundaises organisées à Arusha, en Tanzanie, cette mesure n'a résolu aucun des problèmes du pays. Les Burundais n'ont vu aucune amélioration après la levée de cet embargo, considéré d'ailleurs comme non respecté. L'économie du pays « se dégrade profondément et rapidement », a estimé le ministre des finances en présentant le projet de budget 2000 au Parlement. Conséquence de la pénurie de devises, le franc burundais s'est effondré, le dollar passant de 240 francs burundais, en 1993, à 620 en 1999, pour le taux officiel, et s'échangeant à 1200 francs burundais sur le marché parallèle. Dans le même temps, certains produits de base comme le sucre ont disparu des marchés.

Les négociations de paix d'Arusha, en Tanzanie, qui laissaient entrevoir une solution pacifique avec la signature d'un accord à la fin de l'année, se sont trouvées dans l'impasse, après la mort de Julius Nyerere, qui en était l'instigateur. La situation intérieure s'est gravement dégradée à partir de juillet lorsque la rébellion hutue, appuyée par des rebelles rwandais, a quitté ses bases de la République démocratique du Congo ou de Tanzanie pour lancer une vague d'attaques dans la région de Bujumbura dont les quartiers périphériques ont été touchés à plusieurs reprises. Pour couper la rébellion de la population, l'armée à dominante tutsie a déclenché une opération de regroupement dans des camps des civils de la région de Bujumbura. Plus de 260000 personnes, des Hutus pour la plupart, ont été placés dans l'un des trente « sites de protection », selon la terminologie officielle.

2000

Arraché à l'issue de négociations aux forceps et signé le 28 août 2000 entre le gouvernement, l'Assemblée et les partis d'opposition tutsis et hutus, l'accord d'Arusha aurait dû marquer le retour de la paix pour le Burundi. En dépit des efforts du médiateur, Nelson Mandela, les signataires ont obtenu, pour prix de leur paraphe, des corrections au texte d'origine si nombreuses qu'elles en atténuent la portée. L'accord ne résout clairement aucun des points cruciaux que sont la désignation de la personnalité devant conduire la transition vers des élections démocratiques, la recomposition de l'armée, jusque-là dominée par les Tutsis, ou encore le système électoral.

Comme les deux principaux groupes rebelles hutus ont refusé d'être associés au processus, relançant au contraire la guerre, notamment dans le sud du pays et dans certains quartiers de la capitale, la paix d'Arusha demeure théorique. Dans ce contexte de guerre, les espoirs du pays demeurent limités, à cause des dépenses militaires (probablement plus de 60% du budget), des récoltes gâchées par les combats ou des inquiétudes des investisseurs et des bailleurs de fonds.

Toutefois, la croissance est parvenue à se hisser à 2 %, performance due essentiellement à la production record de thé, qui devrait atteindre 8 146 tonnes (pour un chiffre d'affaires de 99 millions de francs, en hausse de 66 % par rapport à 1999), mais aussi grâce au café, qui a compensé une récolte médiocre par une réexportation discrète de sacs en provenance de la République démocratique du Congo. Les exportations, dans l'ensemble, se sont maintenues à un niveau correct, mais ce ne sont ni les ressources agricoles, en baisse de 3 %, ni même le petit secteur industriel dont les ambitions et les moyens sont limités qui peuvent espérer sortir le Burundi de la crise dans laquelle i] se débat depuis le début de la guerre civile en 1993 et depuis le gel de la plupart des programmes d'aide internationaux après le coup d'Etat de l'actuel président de la République, le major Pierre Buyoya, en 1996.

Cette situation économique est jugée « intenable » par le représentant de la Banque mondiale à Bujumbura. La dette extérieure pour l'année 2000 représente, en effet, 190% du PIB et le pays ne compte, en réserve de devises, que l'équivalent de huit jours d'importations. Avec un processus de paix en berne, le robinet financier étranger reste obstinément fermé. D'autant que, selon un responsable d'un des principaux bailleurs de fonds du Burundi, une partie importante des fonds déjà versés restent « inemployés », l'incertitude générale poussant les responsables politiques à l'immobilisme.

Source :
Bilan de Monde, 1997-2001


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier