Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Articles de la presse internationale
ARTICLES TIRES DE LA PRESSE INTERNATIONALE

Une passion villageoise

DANS beaucoup de pays africains, l'indépendance et le développement se sont accompagnés de la déréliction des sociétés rurales les plus traditionnelles. D'autant que les responsables politiques se sont acharnés contre des systèmes de vie et de pensée jugés trop autonomes. Le roman en partie autobiographique de Victor Bouadjio, douloureuse et habile chronique d'une mort villageoise, arrive à point pour rendre justice à ces communautés aujourd'hui déchues en qui une part du génie de l'Afrique s'est pourtant longtemps incarnée.

Le chemin de croix, la lente descente aux enfers de Touni, village de l'Ouest camerounais, est également la passion d'un monde et la fin d'une époque. Au centre de ce drame, situé dans les années 50 et 60, il y a le clan, véritable entité vivante dont les frémissements et les souffrances hantent un livre touchant au fantastique. C'est avec l'implantation coloniale qu'a commencé, en réalité, le martyre de cette communauté, symbole de celui de toute la paysannerie traditionnelle africaine.

Parce que les Français et les Anglais "se sont partagé le pays comme une igname", les structures communautaires traditionnelles s'effritent lentement, à Touni comme ailleurs, sous les coups de boutoir du gomna (administrateur colonial) et de la "civilisation". Le travail forcé (du temps des Allemands), qui a ouvert la vallée et tué beaucoup de réquisitionnés; l'impôt, qui a contraint les paysans à se procurer du numéraire; l'école, qui dévalorise le savoir traditionnel et "éloigne les enfants des coutumes"; l'attrait de la ville, enfin, et de ses facilités : tout cela a laminé l'autorité du notable, Miaffo, et fait vaciller son monde, dominé par le surnaturel et ses signes. Face aux séductions de la "nouvelle vie", bien fragiles sont en effet les valeurs de cette société totémique, rigide et paisible, fondée sur le respect de Dieu et des ancêtres, sur une étroite complicité avec la nature et sur l'autorité d'un Too (père), chef de clan. Pour une "petite folie", l'achat d'un coupon de tergal, qui vaut "autant que des pagnes pour quatre ou cinq femmes", pour un peu d'huile d'arachide, un morceau de pain, ce "gâteau" que l'on déguste "par petites bouchées, paupières closes, pour que dure le plaisir", certains paysans se laissent happer par le "changement".

C'EST alors le départ à la ville ou l'adoption de la monoculture du café, dont la rente se révèle calamiteuse puisque les prix sont fixés au plus bas par l'acheteur colonial. Précipité soudain, presque contre son gré, dans le maelström de la lutte anticolonialiste (qui fut violente au Cameroun) puis "révolutionnaire", le clan, désormais conduit par le fils de Miaffo, Nkam, devient une proie que se disputent dans le sang homme du gomna et "inconnus" (dits aussi "le Vent"), partisans brutaux de l'autodétermination. Harcelée, grugée, la communauté s'apercevra, mais trop tard, qu'entre la force bestiale des cantou (soldats) du pouvoir et la violence des "sinistres" (révolutionnaires qui tuent jusqu'aux chiens au nom de la liberté) elle n'aurait pas dû choisir. Ne s'agissait-il pas, en fait, de la même mise à mort ("Le gomna, le Vent et nous, c'est comme le mortier, le pilon et le grain."): celle du monde rural saisi par des forces dogmatiques voulant faire son bonheur malgré lui, quitte à l'anéantir.

A ce premier roman, réussi malgré certaines maladresses, l'auteur, jeune informaticien travaillant en France, entend donner une suite. Elle sera attendue avec d'autant plus d'intérêt que cette odyssée est un peu celle de toutes les sociétés rurales dans le monde actuel.

Crise et peuplement

Terrible et édifiant inventaire des multiples crises qui frappèrent le Nord-Cameroun, région de grande diversité naturelle et ethnique, que la passionnante thèse d'Etat d'Alain Beauvilain. Si les crises alimentaires sont provoquées par la sécheresse, par les invasions acridiennes, elles sont parfois aussi le fait de la violence des hommes, des guerres et des pillages. Autres fléaux, les épidémies (variole, méningite, choléra, grippe, etc.), dont l'administration coloniale tente d'enrayer l'effroyable mortalité par des mesures de vaccination forcée et des campagnes d'assainissement (éradication de la maladie du sommeil). Aides d'urgence (créées dans les années 30) et timides réformes culturales sont reprises par l'Etat camerounais et développées de manière "volontariste"... ce qui, cependant, n'atténuera en rien les désastreuses conséquences de la crise climatique de 1983-1985, ni le désarroi économique actuel dont l'auteur dresse un sombre constat.

Comment le pouvoir freine l'ouverture (1991)

RÉSISTANCE des régimes en place, inextricables difficultés économiques: de nombreux obstacles se dressent sur la voie du changement en Afrique. Le mois dernier, au Togo, le président Eyadema a bien été contraint de convoquer une conférence nationale, à quoi se refusait toujours le pouvoir au Cameroun. L'aspiration à la démocratie gagne pourtant du terrain en ce pays, comme partout ailleurs sur le continent.

Comme d'autres pays africains, le Cameroun vit depuis quelques mois dans la tourmente d'une démocratisation âprement négociée entre les différents acteurs sociaux, et dont les effets risquent d'effilocher durablement son tissu économique et de menacer son unité socio-politique. Dans ce territoire où le mouvement nationaliste prit la forme d'une lutte armée contre l'occupant français dès le début des années 50 (1), le processus de libéralisation se heurte à de nombreuses résistances.

Actuel chef de l'Etat, M. Paul Biya, cinquante-huit ans, fut longtemps le principal collaborateur du premier président de la République, Ahmadou Ahidjo, avant de lui succéder en novembre 1982. Son accession à la magistrature suprême avait suscité de nombreux espoirs; aujourd'hui, après neuf ans d'un pouvoir chaotique et néopatrimonial (quinze gouvernements et plusieurs tentatives de coups d'Etat militaires), s'appuyant sur les mêmes hommes, sur les mêmes structures de répression (2), il subit une vague de contestation à la mesure de son impopularité, qui l'a contraint à des concessions.

A la fin de l'année dernière, l'Assemblée nationale, où siègent encore les cent quatre-vingts députés du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), l'ancien parti unique, a adopté un ensemble de lois visant à traduire concrètement des slogans qui étaient restés creux. Lors d'une session dite "des libertés", une quarantaine de textes ont été ainsi votés, fixant le cadre institutionnel d'un jeu politique pluraliste et d'une réglementation libérale de l'activité économique (3). L'ordonnance de 1962 sur la "subversion" a été abrogée, le multipartisme que prévoyait la Constitution a été enfin reconnu, et la loi sur la communication sociale a allégé la procédure de création des médias privés, même si elle a officialisé la censure.

Paradoxalement, la floraison des titres de la presse privée, que le pouvoir présente comme étant la principale preuve de sa volonté de libéralisation, se traduit par une bipolarisation de l'espace médiatique, et par un quasi-unanimisme dans le ton et les thèmes traités. D'un côté, des journaux à petit tirage, dits indépendants mais animés et financés par le pouvoir politique, et dont la stratégie consiste à "tribaliser" à l'extrême le débat, en agitant en permanence l'épouvantail de la répression et de la guerre civile (4); de l'autre, les hebdomadaires à fort tirage de Douala, dont les prises de position rejoignent pour l'essentiel les revendications des principaux partis d'opposition (5).

La lecture des titres de première page permet de mesurer l'inquiétude qui règne dans le pays: "Chasse à l'homme à Makak", titre à la une le Combattant; "Descente aux enfers", annonce Challenge Hebdo sur quatre colonnes; "Biya installe l'armée au pouvoir...", écrit le Messager sur cinq colonnes; "Aïe! Doct... Quoi?", s'interroge International News Hebdo en bandeau, sur cinq colonnes, faisant allusion au doctorat... honoris causa décerné par l'université du Maryland (Etats-Unis) à M. Paul Biya le 5 mai (6). Ces titres reflètent le catastrophisme ambiant et tendent à accréditer l'hypothèse d'une implacable montée des tensions sociales devant déboucher tôt ou tard sur des tragédies du même type que celles qui entachèrent l'accession du Cameroun à l'indépendance (7).

En réalité, les difficultés actuelles du régime ont débuté l'année dernière. Pour avoir voulu créer un parti politique, l'ancien bâtonnier Yondo Black et quelques personnalités de Douala sont arrêtées en février 1990, jugées et condamnées à des peines allant jusqu'à cinq ans de prison. Au même moment, M. John Fru Ndi, libraire de Bamenda (province anglophone du Nord-Ouest), et M. Siga Asanga, maître de conférence à l'université de Yaoundé, déposent un dossier de légalisation d'un parti d'opposition à la préfecture de la Mezam, le Social Democratic Front (SDF).

En mai 1990, ils organisent une marche pacifique dans les rues de Bamenda; interdite par les autorités, celle-ci dégénère en un affrontement entre la foule et l'armée, qui se solde par six morts. L'émotion suscitée par l'affaire prend une telle ampleur que le gouvernement est obligé d'assouplir ses positions.

Ainsi, après avoir rejeté l'idée de multipartisme, le président Biya annonce, le 28 juin 1990, lors d'un congrès tenu à Yaoundé, l'avènement d'"une éventuelle concurrence" à ses "camarades" du RDPC. M. Yondo Black et d'autres prisonniers politiques sont libérés en août, et une commission est formée dans le but de préparer la session parlementaire de novembre 1990, censée construire un cadre institutionnel plus juste.

En février 1991, l'écrivain contestataire Mongo Beti, qui vit en France depuis 1959, effectue un séjour de huit jours au pays, après un exil de plus de trente ans. Les conférences qu'il doit prononcer à Douala et à Yaoundé sont interdites; la presse officielle et la télévision d'Etat organisent une campagne de dénigrement contre "ce touriste français de passage (8)". En mars, les chauffeurs de taxi et les vendeurs à la sauvette, qui représentent la frange la plus importante des acteurs économiques, se rebellent; les premiers exigent la diminution du prix du carburant, la fin des tracasseries policières dont ils sont victimes et la diminution des taxes; les seconds demandent à accéder simplement à plus de respectabilité. En avril, des étudiants de l'université de Yaoundé se mettent en grève à leur tour.

Peu habitué à ce type de mouvements de foule, le pouvoir réprime de manière désordonnée, procède à l'arrestation des personnes supposées être à l'origine des manifestations, ce qui provoque régulièrement des troubles violents dans de nombreuses villes - des bâtiments administratifs et des autobus sont incendiés, des barricades sont dressées dans les rues, des cartons rouges stipulant "Paul Biya doit partir" sont brandis par des bandes de jeunes, des tracts appelant à la guerre tribale sont diffusés, et des listes noires indiquant les noms des personnalités condamnées à mort circulent sous le manteau...

Pour reprendre la maîtrise du jeu politique, le président Paul Biya nomme un premier ministre en avril, annonce la dissolution prochaine de l'Assemblée nationale et l'organisation d'élections pluralistes avant la fin de cette année. Mais le choix de M. Sadou Hayatou comme nouveau chef du gouvernement inquiète; l'homme ne dispose pas d'un capital de confiance et il a reconduit dans l'équipe ministérielle M. Joseph Owona (enseignement et recherche scientifique), M. Augustin Kontchou Kuomegni (information et culture) et M. Gilbert Andze Tsoungui (administration territoriale), trois hommes dont les manifestants demandaient le départ. De plus, en mai, le chef de l'Etat a nommé au poste de délégué général à la sûreté nationale le très redoutable Jean Fochive, qui s'était illustré par sa brutalité sous la présidence d'Amadou Ahidjo et a éloigné de la capitale Yaoundé les généraux dont il doute de la loyauté.

La perspective d'une épreuve de force

SUR les vingt-cinq partis d'opposition existant début juin 1991, vingt-deux se sont réunis en une coordination nationale pour exiger la tenue d'une conférence nationale souveraine, dont les décisions seraient immédiatement exécutoires.

Mais, pour l'instant, trois seulement ont prouvé une puissante capacité de mobilisation populaire: l'Union des populations du Cameroun (UPC), vieux parti nationaliste de gauche, plusieurs fois interdit, mais toujours bien implanté, et qui pourrait constituer une solution de rechange au RDPC s'il n'était victime de ses querelles internes et de ses problèmes de direction; le SDF, parti centriste que l'on croyait être un "parti d'anglophones" à cause de l'origine de ses principaux animateurs, mais qui s'est révélé bien implanté aussi dans le littoral et dans tout le Nord du pays; l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), animée par M. Samuel Eboua, ancien proche collaborateur d'Ahidjo, et dont la direction regroupe essentiellement la bourgeoisie déchue de l'ancien pouvoir.

Si l'on excepte quelques manifestes et professions de foi ronéotypés, souvent rédigés dans un style redondant et ampoulé, aucun de ces partis n'a encore publié un véritable programme de gouvernement. Ce qui pousse les nombreux déçus à adhérer aux associations de défense des droits de l'homme qui se sont créées durant les six derniers mois. Intégrées à la coordination de l'opposition, celles-ci se montrent d'ailleurs plus pugnaces que les chefs de parti, trop occupés à se "surveiller".

Les événements récents tendent à indiquer que les principaux acteurs du jeu politique s'engagent dans une logique de guerre. Le président Paul Biya ayant rejeté l'idée d'une conférence nationale qui, seule, serait susceptible de désamorcer les tensions, les uns et les autres semblent s'accommoder de la perspective d'une épreuve de force. Aux menaces de sécession (9) et de tribalisme agitées par le pouvoir politique pour discréditer les partis les mieux structurés, répondent la démagogie et le populisme de certains opposants.

Dans cette atmosphère particulièrement tendue, les chances de reprise économique sont plus qu'hypothétiques. Longtemps considéré, à tort, comme un modèle de développement parce qu'il enregistrait un taux de croissance annuel de l'ordre de 7 %, le Cameroun subit, depuis 1986, les effets pervers d'une politique ayant tout misé sur l'exportation de quelques matières premières (café, cacao, coton, bois et pétrole). La chute des revenus de l'Etat, amplifiée par des blocages structurels inhérents à l'organisation du financement de l'économie, a conduit les autorités à négocier en septembre 1988 un accord de confirmation avec le Front monétaire international, alors que M. Paul Biya avait déclaré à plusieurs reprises que son pays ne passerait jamais sous les fourches Caudines de l'organisation. Arrivé à échéance en mars 1990, cet accord a été prorogé au 30 juin 1990. Depuis cette date, des discussions ont été engagées pour un nouveau programme d'ajustement structurel.

Mais celles-ci achoppent sur les chiffres fournis par les autorités de Yaoundé, sur le volume admissible des dépenses publiques, et sur la stratégie d'accroissement des recettes. Si les deux parties sont d'accord sur les grands axes de la politique économique à appliquer après l'obtention du nouveau prêt (désengagement de l'Etat dans tous les secteurs d'activité non prioritaires, accélération de la politique de privatisation, déréglementation, compression des dépenses publiques, mise en place effective de la zone franche industrielle de Douala, diminution des droits de douane, mais création de nouveaux impôts, hausse des tarifs de certains produits de première nécessité), les difficultés demeurent nombreuses. Et les experts américains estiment que les statistiques fournies par les autorités sont notablement surévaluées, et travestissent les contingences de la réalité socio-politique quotidienne.

A cela s'ajoutent d'autres blocages liés à la nature du système monétaire, à la déliquescence du système bancaire, aux faiblesses d'un appareil industriel extraverti, aux archaïsmes d'une administration encore omniprésente, à l'étroitesse du marché intérieur, à la rigidité du cadre institutionnel défini par des accords supranationaux mal négociés, à l'inexistence d'une réelle volonté politique tendant à dynamiser le secteur informel, et à l'incapacité des agents économiques actuels à offrir des emplois à une population active de près de quatre millions d'hommes (10), essentiellement composée de jeunes.

Dans un tel contexte, les engagements pris par l'Etat auprès des bailleurs de fonds en vue de restaurer la confiance n'ont pas été tenus. Les contrats de performances initiés par la Caisse centrale de coopération économique dans le cadre de l'opération de réhabilitation des entreprises publiques n'ont jamais été appliqués, la trésorerie publique ne permettant pas au gouvernement d'honorer sa signature. Depuis juin 1988, la dette intérieure (200 milliards de francs CFA environ) n'a fait l'objet d'aucun paiement; et l'échéancier de la dette extérieure (5 milliards de dollars), rééchelonnée par le Club de Paris en mai 1989, sera sans doute revu durant les prochains mois, puisque la capacité de remboursement du Cameroun s'est notablement réduite depuis deux ans.

Sous la houlette du FMI et de la Banque mondiale, le gouvernement croit avoir trouvé une nouvelle panacée dans le libéralisme absolu et la déréglementation. Mais, outre la fragilité du système économique national, qui hypothèque la réussite de cette option, il faudra gérer les pesanteurs d'une administration calquée sur le modèle issu de l'Etat jacobin, et ne s'accommodant ni des prégnances de la mentalité "traditionnelle" ni des habitudes culturelles communes à la majorité des acteurs sociaux (11).

Notes:
(1) Cf. Richard Joseph, le Mouvement nationaliste au Cameroun, Karthala, Paris, 1986.
(2) Voir Achille Mbembe, "Les hoquets du changement et les pesanteurs de la continuité au Cameroun", le Monde diplomatique, juin 1984.
(3) Ces textes ont été regroupés dans un volume publié par le gouvernement, Cameroun, droits et libertés, Sopecam, décembre 1990.
(4) Il s'agit notamment du journal le Patriote, dont l'éditorialiste, M. Jean Mboudou, est commissaire de police au CENER (police politique), et de Peuple d'Afrique, dont le directeur de la publication est le député RDPC Grégoire Owona.
(5) Selon des chiffres fournis par les distributeurs, le bi-hebdomadaire le Combattant est tiré en moyenne à 30 000 exemplaires par semaine; Challenge Hebdo à 40 000 et le Messager à 50 000.
(6) Le Combattant, n° 501, 3 juin 1991; Challenge Hebdo, n° 33, 22 mai; le Messager, n° 230 du 30 mai; International News Hebdo, n° 128, 27 mai.
(7) Sur les événements ayant marqué l'accession du pays à l'indépendance, lire Jean-François Bayard, l'Etat au Cameroun, FNSP, Paris, 1979.
(8) Reportage de la Cameroun Radio Television, le 2 mars 1991.
(9) Des rumeurs savamment entretenues accusent le SDF de prôner une partition du pays. Or la charte de ce parti réaffirme "la foi en l'unité du Cameroun", et deux de ses principaux fondateurs, MM. Albert Mukong et Gorji Dinka, ont été mis à l'écart par la direction actuelle pour s'être simplement prononcés publiquement pour un retour au système fédéral tel qu'il était en vigueur entre 1961 et 1972.
(10) Les chiffres varient d'une source officielle à l'autre. Cette estimation provient du rapport de synthèse cité dans la note 3.
(11) Lire, sur cet aspect de la question, Daniel Etounga-Manguelle, L'Afrique a-t-elle besoin d'un programme d'ajustement culturel? (voir ci-contre le compte rendu).

Comment Djéki chassa la tyrannie (1994)

AU commencement des sociétés humaines était un homme, Njambé (dont le nom rappelle celui du dieu créateur de l'Univers), qui alla chercher à l'ouest une épouse. De leur union naquirent plusieurs fils et surtout, après une grossesse de deux ans, un être extraordinaire. Avant de donner la vie à cet enfant "équipé", Djéki, sa mère Engomé enfante les instruments (flèches, machettes, haches, onguent magique rendant invisible... et surtout un fétiche-oracle, Ngalo) qu'il avait fabriqués durant la gestation. Investi de pouvoirs invincibles, Djéki, "né sur des tessons de bouteilles", après s'être fait remarquer dans un tournoi, surmonte une à une les épreuves lancées par son père. Il lui faut capturer un crocodile, et maîtriser ainsi symboliquement l'espace aquatique, affronter l'oiseau gigantesque Kombo et devenir le dispensateur des fruits du palmier, et donc de la nourriture dans la communauté, construire avant l'orage une grande habitation familiale (il bénéficie pour cela de l'aide des herbes et des arbres) et s'affirmer digne de succéder au père. Le "petit bout d'homme" doit aussi attraper vingt-cinq hirondelles en se transformant en hirondelle géante et montrer, par là même, son pouvoir sur le monde des airs ("merci, merci, merci", lui crient les oiseaux quand il les relâche). Enfin, il terrasse dans une lutte impitoyable l'homme le plus fort du village, ce qui équivaudrait à abattre la tyrannie et à faire régner la paix et l'harmonie dans sa société. On le voit, de multiples lectures de ce récit sont possibles: ethno-sociologique, politique, historique, littéraire, psychanalytique (le père s'exclame sans cesse, accablé: "Est-ce possible qu'il me dépasse vraiment, cet enfant que j'ai engendré?").

ENREGISTRÉE en 1969, cette oeuvre, savoureuse, clairement, posément construite, où le merveilleux et les prodiges de toutes sortes abondent, mais sans frénésie, regorge de métaphores parfois modernes (allusions au chemin de fer, aux bennes, aux avions). Aux défis du père initiateur répondent les tours et les victoires provocantes du fils, conseillé par son fétiche Ngalo, dans une dynamique significative. Car la sagesse finit par l'emporter. Après avoir trouvé ses qualités de héros, de maître avisé des éléments et d'homme de pouvoir(s), Djéki-la-Njambé peut prétendre à la succession de son père. Njambé, le chef de lignage, se soumet. Ne constate-t-il pas, fataliste: "A partir d'aujourd'hui, mon fils (...), je sais que tu es notre chef de famille." Ainsi les cadets (un proverbe dwala dit: "Etre petit n'est pas une maladie") succèdent-ils à leur aînés, pour la gloire du lignage qui, selon Jo Diboko Kollo, "durera éternellement".

On connaît les efforts faits par la collection des "Classiques africains" pour mettre à la portée du public cultivé de grands textes de la tradition africaine. Souci de la présentation des oeuvres, soin de l'appareil critique, respect presque maniaque du texte guident les éditeurs qui recueillent, transcrivent et annotent ces classiques, considérés à juste titre comme partie intégrante du patrimoine de l'humanité. Défis et prodiges ne fait pas exception à cette règle. De ce récit épique commun à plusieurs sociétés ­ dites "bo-mbongo" ­ de la côte du Cameroun, il nous est donné ici une subtile version dwala, choisie en raison de sa cohérence et de l'art consommé du conteur, Jo Diboko Kollo, qu'accompagnent divers musiciens et danseurs.

LE CAMEROUN EN CRISE (1999)

" Au voleur! " A ce cri d'alarme, la foule se redresse et essaie de deviner où se déroule l'action. Une commerçante abandonne ses beignets, un papa sa bière, un apprenti ses outils, les clients les étals, et tous, en un seul mouvement, se dirigent au coeur des événements. S'ils repèrent une personne qui prend la fuite, ils lui tombent dessus et l'arrêtent dans sa course. Et la " fête " commence. Chacun donne son coup. La victime s'écroule à terre et attend la mon. Le papa, excellent père de famille par ailleurs, donne des coups de poing et crie vengeance; la maman, Si douce cinq minutes auparavant, donne des coups de pied et s'en va chercher le bâton. Parfois, sur les blessures sanguinolentes, un homme plein d'initiative verse de l'eau bouillante.

Ensuite, une fois la victime décédée, car telle est la fatale issue la plupart du temps, tout le monde se sépare et retourne vaquer à ses occupations, comme Si rien ne s'était passé. Seuls les plaisanteries et les commentaires signalent qu'un événement insolite a ponctué le calme de la journée. Le corps reste exposé pendants plusieurs jours, parfois attaché à un poteau spécialement érigé dans certains quartiers. Puis les services municipaux, la police ou les militaires viennent le retirer.

Parfois, une fois l'exécution accomplie, la foule, étonnée et curieuse,
prend que la victime est innocente du petit délit duquel on l'accusait. par exemple, elle a eu la malchance de courir ou même de presser le pas quand le cri "Au voleur! "a retenti; ou alors, il s'agissait d'un jeune qui pénétrait dans la cour d'une maison, en pleine nuit, discrètement, pour rendre visite à sa dulcinée; ou encore, c'est un mari jaloux, un  "concurrent ") qui a trouvé le bon moyen de se débarrasser de son rival…la plupart du temps, la victime n'a pas le temps de s'expliquer avant de s'écrouler sous les coups de la justice populaire.
Quant aux " vrais coupables ", qui sont-ils? De quels méfait sont-ils les auteurs?

En général, ce sont des jeunes hommes (les rares femmes victimes ne sont pas tuées), voire des adolescents. il s'agit de petits voleurs qui pénètrent dans les maisons pour soutirer de maigres économies, volent à l'étal d'un commerçant, arrachent le sac d'une maman, ou, pour les mieux organisés, dévalisent en pleine nuit les magasins ou les entrepôts. Ce ne sont pas de " grands voleurs ", car ceux qui réussissent dans cette voie sont loin des quartiers populaires et de la justice qui s'y exerce... Les quelques francs CFA ainsi récoltés permettent à ce jeune de survivre la journée, voire parfois le mois, quand le butin est conséquent.

Mais on est aussi parfois éloigné de l'image de la douce victime, de l'agneau obligé de voler pour survivre, et qui, jusqu'à sa mise à mort, est victime de l'incompréhension de ses " frères". Le cas est fréquent de petits voleurs organisés en bande qui, une fois livrés à la police, achètent leur libération et retournent dans le quartier se venger de ceux qui les ont dénoncés et attrapés.

Lorsqu'on interroge la population sur ce phénomène, les mêmes explications reviennent. Selon elle, cette justice populaire n'existait pas auparavant - avant la crise des années 80 que la dévaluation du CFA a aggravé , ou tout du moins n'était pas Si fréquente. Mais, comme désormais la police est profondément corrompue, ou est perçue comme telle, les habitants estiment qu'il n'y a plus moyen d'obtenir justice. A la police ou au tribunal, celui qui gagne, c'est " celui qui met en compte plus de moyens financiers ". Un bandit achète sa libération et se pavane le soir même dans son quartier: " A la gendarmerie, le voleur donne l'argent, repart, et vient te tuer au quartier "

Enfin, et surtout, l'exécution est justifiée par la peur. Les bandits, s'ils sont livrés à la police, donc s'ils sont épargnés, se vengent en assassinant tous ceux qu'ils estiment responsables de leur mésaventure. Pour illustrer ces propos, il est possible d'écouter Agate:
" Avant, quand on arrête le voleur; on le tape et on l'amène au commissariat. Actuellement, on ne mène plus ces voleurs-là au commissariat Dès qu'on l'attrape, on le tue! On le tue! (...) Avant, quand on l'amène au commissariat, on l'enferme, on le laisse, et puis dès qu'il sort, il recommence encore, donc le mieux c 'est de tuer (...) pour plus revenir nous embêter "

Dans une analyse plus générale, on peut déceler d'autres facteurs explicatifs à ce phénomène. Tout d'abord, comme le dit la population elle même, la défaillance de l'autorité gouvernementale, qui n'assure plus ses fonctions dans le domaine judiciaire. Comme l'a bien démontré René Girard, l'une des principales fonctions des autorités est d'exercer la vengeance réclamée par ceux qui s'estiment victimes- et qui le sont, selon les auteurs qui font force de loi dans la société considérée.
Ce besoin de vengeance est volontairement déféré à l'autorité judiciaire par chaque citoyen par souci de préserver la paix dans la société. La vengeance est institutionnalisée afin qu'aucun acteur ne l'exerce individuellement: ainsi est brisé' le cercle vicieux de la vengeance et de la contre vengeance qui, par la violence, brise l'unité du groupe social Mais comme, à Douala, les autorités n'exercent plus cette fonction de vengeance institutionnalisée, en bref, comme pour chaque citoyen il n'y a plus moyen d'obtenir justice, la population exerce elle-même ses " prérogatives ".

Selon Eric de Rosny, anthropologue vivant depuis plusieurs décennies sur place, la bastonnade peut représenter la matérialisation d'un fantasme présent chez la plupart; tuer, détruire le sorcier. Le voleur symbolise à lui seul le Mal, et il faut l'éliminer. Cet acte de vengeance et de libération, contenu au plus profond de l'être, que l'on doit en temps normal maîtriser à tout prix pour ne point s'exposer à une quelconque vengeance maléfique, peut enfin, grâce au subterfuge du bouc émissaire, se dévoiler et s'accomplir.
Selon Michael Singleton, qui observe les mêmes scènes à Dakar, la répulsion viscérale devant le vol serait une réaction instinctive dans une société où domine l'esprit du don. " Prendre "gratuitement", et avec violence si nécessaire, contredit ce "donner" qui serait le fondement même de toute vie en société. Se voir volé de ce qu 'on aurait pu éventuellement donner n 'est rien à côté du fait d'être dépouillé de l'en soi et du pour soi sans quoi on n 'est rien. Le  vrai vol serait cette véritable profanation sacrilège de l'identitaire. " Le vol est une agression non seulement matérielle, mais aussi et surtout statutaire, car la personne est symboliquement dépouillée de ce qui lui permet d'affirmer ou de conquérir un statut dans la société (apparence d'un statut, possibilité de donner).
Mais surtout la victime est un bouc émissaire qui permet de réaffirmer le lien social. La population vit la crise de plein fouet, elle souffre quotidiennement et cherche vainement des raisons à cette accumulation de malheurs et à cette déchéance. Il faut se venger, trouver des responsables. Une victime se présente: elle doit payer pour tous les malheurs et pour tous les autres responsables que l'on ne peut pas attraper (les autres voleurs, et notamment les " grands ", qui sont Si bien protégés, et àqui, par le simple fait qu'ils sont des " grands ", l'on doit le respect). Ces petits voleurs étant reniés par leur propre famille, la population ne craint pas, en les exécutant, de s'attirer une contre-vengeance. C'est le bouc émissaire idéal, celui que l'on sacrifie sans craindre ensuite un quelconque inconvénient
Et cet victime, que l'on sacrifie sur l'autel de la justice  permet de réaffirmer le lien social entre les participants. La plupart des habitants - quelles que soient la condition sociale, la religion, l'ethnie - se retrouvent ensemble, regroupés physiquement pour condamner unanimememt une action. La victime est le symbole de cette unité chaque jour mise à mal. Le lien social se crée alors contre quelquechose, et la mise à mort est le symbole de cette unité - éphèmère - recouvrée. C'est pour cela que la majorité cherche à participer. Tous, et pas seulement la victime du vol, ajoutent une pierre à l'édifice. Chacun donne son coup et participe physiquement à la mise à mort - déja par simple fait d'être spectateur. La bastonnade esr un formidable moyen qui permet à tous de se sentir habitant, responsables et acteurs de la vie de la cité.
Car au delà des raisons invoquées ou des explications fournies, la principale cause de ce déchainement  de violence réside dans une crise économique qui n'en finit pas, depuis plus d'une décénnie, de disloquer les sociétés africaines.

A ce désir de justice, les gens ajoutent l'argument de l'exemple. Il faut en exécuter quelques-uns et exposer leur corps pour faire réfléchir et contenir les autres. Marie-Madeleine, commerçante au Marché Congo, affirme qu'il n'y a plus de voleurs, " parce qu'on les a trop menacés, ils se sont enjuis. (...) La majorité mourait ".
Parfois, lorsque les voleurs sont trop nombreux, il s'établit un véritable statu quo. Les commerçants du Marché central, par exemple, veulent se protéger des délits et bastonnent, pour l'exemple, les petits voleurs qui s'en prennent à leurs marchandises. Mais tuer tous les voleurs - ils sont connus - risquerait d'exposer les commerçants connus eux-aussi et facilement localisables, à de mortelles représailles. Il existe alors un accord tacite: si un voleur vole un commerçant, les autres lui tombent dessus; s'il s'en prend à un passant, personne n a rien vu. Les voleurs ont ainsi toujours un " marché" qu'ils peuvent exploiter sans danger.

LA DECHEANCE INTELLECTUELLE (1999)

Longtemps présenté comme le pays le plus prometteur d'Afrique en raison de la variété de ses milieux naturels, de la relative densité de son peuplement, de ses élites de formation moderne, le Cameroun connaît, depuis une dizaine d'années, une "descente aux enfers" économique et morale. Succédant au président Ahmadou Ahidjo en 1982, M. Paul Biya a rapidement déçu les espoirs de démocratisation placés en lui, et l'ouverture au multipartisme en 1991 n'a guère allégé l'atmosphère délétère qui marque le pays depuis son accession à l'indépendance en 1960.

Une certaine liberté d'expression permet toutefois, bien que dans d'étroites limites, la publication d'analyses critiques de la part de la fraction de l'élite qui résiste encore à a tentation de l'exil. C'est cette petite marge de manoeuvre que s'est efforcé d'élargir le Forum des universitaires chrétiens, en publiant à Yaoundé une courageuse brochure (" La misère intellectuelle au Cameroun ", 1997) dénonçant la " déchéance inquiétante de la pensée ", notamment an milieu universitaire.
Ce petit groupe d'enseignants chercheurs formule un diagnostic très dur. L'émulation qui, naguère, poussait les élites à rivaliser par la fréquence et le sérieux de leurs publications n'est plus qu'un souvenir: la recherche quotidienne des expédients permettant la simple survie matérielle mobilise toutes les énergies d'un personnel dont le pouvoir d'achat a été divisé par trois ou quatre en quelques années. Et les universités, dépourvues de véritables bibliothèques et affaiblies par l'absentéisme d'enseignants à la fois découragés et financièrement aux abois, ne peuvent plus assurer que sur le papier leur mission de formation.
La cause principale de cette déliquescence réside, d'après le Forum des universitaires chrétiens, dans une radicale "faillite de l'élite ", encore pénétrée, près de quatre décennies après l'indépendance, d'une " mentalité d'auxiliaire " de puissances occidentales aussi puissamment admirées en profondeur que stigmatisées dans les discours. Mais cette faillite est aussi morale, l'élite ignorant toute éthique susceptible de contrebalancer les aspirations égocentriques, comme les propensions régionalistes et claniques de ses membres. Elle découle également d'une véritable "culture de l'enfermement" conduisant à décliner certaines offres étrangères d'échanges inter-universitaires, à interrompre l'approvisionnement des bibliothèques en ouvrages et périodiques scientifiques, à contraindre les intellectuels à l'unanimisme ou à l'exil (dénigrement public, arrestations arbitraires, condamnations par des magistrats eux-mêmes menacés, assassinats).

Quant au comportement des autorités universitaires - désignées par le gouvernement -, il révèle une totale indifférence à la qualité et à la réalité même des formations dispensées: les modifications autoritaires du régime des études se succèdent an toute incohérence, les cours sont fréquemment annulés au dernier moment sous divers prétextes, le recteur lui-même envisageant froidement la délivrance de "doctorats bidon". Enfin, les frais de scolarité versés par les étudiants , actuellement 50 000 francs CFA, soit un montant supérieur au SMIG mensuel sont détournés au vu et au su de tous, tel recteur en ayant, par exemple, exigé le versement non pas entre les mains de l'agent comptable mais directement auprès d'une banque de son choix

Une telle situation ne peut, enfin, qu'avoir de désastreuses conséquences à long terme sur l'avenir du pays. L'absence de matériel, l'état d'abandon des locaux, la démoralisation des enseignants et la nécessité qui leur est faite de chercher leur survie dans divers expédients ne peuvent que dégrader dramatiquement la qualité de la formation de la jeunesse, et substituer à une saine émulation pour l'excellence un systématique esprit de tricherie et de corruption. La pauvreté et l'incohérence des formations dispensées, souvent limitées à l'apprentissage par coeur de notes de cours confuses, vont naturellement se traduire par la piètre qualité de diplômés inaptes à participer au développement du pays, comme cela est déjà perceptible dans le secteur de la santé. Nulle surprise dès lors à ce qu'une population en plein désarroi se retourne vers les sectes et la sorcellerie, à ce que des agents publics ignorent toute notion de bien commun, ni à ce que les mécanismes démocratiques, en l'absence de toute formation des citoyens, ne puissent fonctionner...

L'invocation - de tout temps rituelle de la part de l'élite dirigeante - des responsabilités des "grandes puissances a, et notamment de la France, aujourd'hui coupables d'avoir imposé une démocratisation du régime et une dévaluation du franc, ne peut tenir lieu de politique. Le redressement du pays passe, pour le Forum des universitaires chrétiens, par la libéralisation résolue du mouvement associatif, terreau premier de toute responsabilisation et de toute formation, et par une idée du bien commun; il passe aussi, bien sûr, par la libération de la pensée. Car, comme l'écrit l'un des plus brillants intellectuels camerounais, agrégé de l'Université française, demeuré contre vents et marées dans son pays, " le désert de la pensée est [pour l'Afrique] la cause essentielle de la déliquescence de ses cultures, de la ruine de ses civilisations, de son enlisement matériel". Il reste toutefois à se demander si ce désert de la pensée n'est pas surtout, profondément, la marque de la blessure intime de peuples que l'omniscience et l'omnipotence de l'homme blanc continuent, chaque jour et à chaque instant, de fasciner, d'humilier et d'inhiber de manière insurmontable...

Source :
Le Monde Diplomatique 1987-1997


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