Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Articles de la presse africaine
ARTICLES EXTRAITS DE LA PRESSE AFRICAINE DEPUIS 1997

Octobre 1997

 Initialement prévue pour septembre, la présidentielle a été reportée au mois d'octobre. Face à une opposition qui appelle au boycott, on assiste là à un véritable forcing de la part du pouvoir qui voudrait en finir au plus vite avec un scrutin qu'il est sûr de remporter. Sans avoir résolu le contentieux né des dernières législatives du mois de juin, et dans un climat politique particulièrement tendu, sur fond de tensions sociales et de difficultés économiques persistantes, le pouvoir s'apprête à affronter une opposition qui désormais se déploie sur de multiples fronts, y compris le front armé. Ainsi, une certaine opposition "radicale", qui a définitivement renoncé à croire aux vertus d'un scrutin régulier au Cameroun, choisit désormais les voies de 1'intimidation armée. On signale notamment l'existence d'un groupe armé camerounais, basé au Tchad, composé de 2 835 hommes. On précise également que, pour l'heure, les hommes de rang de ce groupe ignorent officiellement le théâtre des opérations auxquelles ils se préparent. Les services du Renseignement camerounais sont également parfaitement informés des activités de "groupes séparatistes anglophones" dont la base arrière est signalée au Nigeria (un conflit frontalier se prolonge entre ce pays et le Cameroun). Des contacts auraient été récemment établis à Paris entre ces hommes que l'on dit "particulièrement aguerris" et des marchands d'armes. Avec ces tensions, le Cameroun risque de compléter la liste des pays qui font actuellement de l'Afrique centrale le point chaud du continent.

Février 1998:

Le chef de l'état a remporté l'élection présidentielle sans les problèmes qu'on aurait pu voir et tient à montrer qu'il garde le contrôle des initiatives. La nouvelle équipe gouvernementale et les proches collaborateurs de celui qui a encore 7 ans devant lui ne marque en aucun cas une rupture.
Au milieu de noms inconnus au bataillon, ou du lot d'éléments à caser pour maintes raisons - répartition ethnique ou régionale, tributs à payer à diverses obédiences - quelques personnalités méritent une mention spéciale.

Hamidou Marafat. C'est le nouveau secrétaire général de la présidence, un poste de pouvoir grisant et périlleux. Sous Paul Biya, l'astuce consiste à parer à ses légendaires absences sans lui donner l'impression de le remplacer, ni de vouloir "prendre sa place". Un homme a particulièrement défrayé la chronique à ce poste: le Pr. Titus Edzoa, qui avait sombré dans un affairisme enragé. Il est actuellement en prison. Hamidou Marafat, qui succède à Amadou Ali, un homme originaire du nord, comme lui, est précédé par une flatteuse réputation de discrétion et d'efficacité. Cela fait longtemps qu'il était déjà dans l'ombre un des plus proches conseillers du président.
Amadou Ali. Avec Marafat, il fait partie de la "Garde nordiste" du président. Il est nommé ministre d'Etat chargé de la Défense. En quelques années, il est devenu un des hommes de confiance d'un chef d'Etat qui pratique allégrement l'alliance "nord-sud". E René Owona. Secrétaire général adjoint. Cet homme cultivé et effacé est avant tout l'un des meilleurs économistes du gouvernement.  Ancien ministre du Développement industriel, il a été longtemps conseiller spécial, fonction qu'il continuera sans doute d'exercer à son nouveau poste officiel.
Edouard Akame Mfoumou. Il a été pleinement reconduit dans ses fonctions de ministre d'Etat chargé des Finances, alors que certaines "affaires" révélées par la presse ont pu faire croire qu'il risquait la disgrâce. Les excellents résultats qu'il a obtenus dans les négociations avec les institutions monétaires internationales ont remis les pendules à l'heure et rappelé la longue et solide carrière au service de l'Etat que l'homme a déjà derrière lui.
Martin Belinga  Eboutou.
Longtemps directeur du protocole, puis du cabinet civil, ce diplomate a été affecté à ses premières amours, la diplomatie. Il est désormais ambassadeur du Cameroun auprès de l'ONU à Washington.
Grégoire Owona
Venu de la société civile et peu sectaire, cet ancien chef d'entreprise a mis son sens de la répartie et du concret au service du RDPC, le parti de Paul Biya,  il a occupé le poste de secrétaire général adjoint. Désormais, il goûte à la fonction ministérielle dans le rôle de chargé des relations avec le parlement.
Augustin Kontchou Kouomengni
Ministre d'Etat chargé des Affaires étrangères. Après avoir été ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, fonction qu'il remplissait de manière fort percutante, le voilà chargé de la diplomatie d'un pays dont le rayonnement n'a cessé de décliner. Malgré les détracteurs, il a prouvé Sa loyauté au "régime du renouveau" dont il sait défendre le bilan en toute circonstance même les plus délicates.
Joseph Owona. Cet infatigable bosseur va devoir dompter des Lions...
L'entrée au gouvernement d'un des principaux chefs de l'opposition, Bello Bouba Maïgari, ancien premier ministre d'Ahidjo, a bien entendu provoqué la colère des radicaux. Néanmoins, la physionomie du pouvoir ne change pas de manière dratique; il devient surtout plus stable.
Homme des plus secrets, Paul Biya reste largemment méconnu de ses compatriotes et de ses pairs après 16 années de pouvoir. Les conseils de ministres sont rares et les audiences très comptées, pouratnt la machine cameroun tourne....Paul Biya ne pratique pas de pouvoir familial, n'entretient pas de réseau, ce que l'on peut apprécier ou déplorer, et ne fréquente pas ses homologues dont certains se plaignent publiquement. Il aurait néanmoins un bon contact avec Eyadéma, avec lequel il a échangé des visites.

Mars 1998

Le 15 janvier 1998, une décision de justice rendue à Douala a débouté l'Etat du Cameroun de sa demande d'annulation de l'acte notarié portant cession des 12 % détenus par l'ex-Office national de commercialisation des produits de base (ONCPB) dans le capital de la Société de développement du coton (Sodécoton), au profit d'une structure privée, la Société mobilière d'investissement du Cameroun (Srnic). C'est le tout premier verdict des trois procès intentés en justice, à la fin de mars 1995, par l'Etat du Cameroun contre certaines sociétés publiques et la Smic, à propos des 49 % de ses actions cédées à cette dernière.
L'affaire Sodécoton, faut-il le rappeler, remonte au 14 janvier 1995. L'ex-premier ministre, Simon Achidi Achu, informe alors Justin Ndioro, ministre chargé de l'Economie et des Finances, de la notification falte par le chef de l'Etat pour la vente de la totalité des actions détenues par l'Etat dans la Sodécoton. La notification de l'accord présidentiel sera aussi faite aux responsables de l'ex-ONCPB, de la Société nationale d'investissement (SNI) et de la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures
(CSPH). Ces trois sociétés publiques représentaient les intérêts de l'Etat, dans le capital social de l'entreprise productrice de fibre blanc à Garoua.
L'opération d'achat faite par la Smic, et qui paraît anodine, sera pourtant dénoncée, le 30 mars 1995. Et par la voix du ministre de l'Economie et des Finances. Motif invoqué la transaction a ignoré, d'après le communiqué du ministère, la procédure en vigueur en matière de privatisation des entreprises publiques et parapubliques. Une procédure qui exige le lancement d'un appel d'offres pour la sélection des repreneurs potentiels. De plus, le ministère déclare que la cession s'est déroulée à l'insu même du directeur général de la Sodécoton. Autant d'arguments pour justifier l'annulation de la transaction passée entre l'Etat et la Smic.
Mais, l'argument déterminant qui a justifié cette annulation est la sous-estimation du prix de rachat des actions de l'Etat dans le capital de la Sodécoton. Lors de la création de la société en mai 1974, le titre valait 10000 F CFA. Mais, depuis lors, elle s'est considérablement développée. Lorsque l'Etat envisage de privatiser la Sodécoton en 1994 pour la rendre encore plus efficace, il y injecte la bagatelle de 48 milliards de F CFA pour apurer ses dettes et autres arriérés de paiement. L'opération s'avère bénéfique car l'entreprise réalise un chiffre d'affaires de plus de 60 milliards de F CFA et dégage de substantiels bénéfices. Du coup, la valeur de l'entreprise augmente considérablement. Au point que sa capitalisation représente, à l'heure actuelle, plusieurs fois ce qu'elle était il y a vingt ans.
Le cours de l'action devrait se situer, selon les experts, entre 40000 et 70000 F CFA. Or, la Smic - dont les propriétaires sont principalement de grands
dignitaires du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir, et des notables du Grand Nord camerounais où est implantée la Sodécoton - a racheté les actions de l'Btat à un cours nettement inférieur.
Pour éviter la spoliation de l'Etat, le président Paul Biya était intervenu vigoureusement à la mi-mars 1995 pour arrêter la transaction. Dans la foulée, il avait signé, le 29 mars suivant, un décret pour réorganiser la Mission de réhabilitation des entreprises du secteur public et para-public. Depuis lors, les opérations de privatisation ne sont plus directement rattachées au ministère de l'économie et des Finances, mais sont placées sous l'autorité du président de la République.
Mais, certains observateurs voient en l'annulation du rachat des actions de l'Etat par la Smic la main invisible de la Compagnie française de développement des fibres textiles (CFDT). Ils affirment que cette dernière n'aurait pas du tout apprécié l'opération. Ils brandissent comme preuve la visite éclair de deux jours au Cameroun de l'ex-ministre français chargé de la Coopération, Rernard Debré, à la veille de la décision du gouvernement camerounais d'annuler la transaction.
La Smic estime cependant que tout s'est déroulé dans la légalité et saisit la justice. Après moult tergiversations, le tribunal vient de lui donner gain de cause. Mais, dans l'attente des deux autres verdicts, les bailleurs de fonds piaffent d'impatience. Et pour cause : le processus de privatisation de la Sodécoton accuse un grand retard. Selon des sources proches du ministère de l'Economie et des Finances et de la mission résidente de la Banque mondiale, la mise en vente de la société était prévue pour le 31 décembre 1997. Affaire à suivre...

CRÉÉE LE 10 mai 1974, la Société de développement du coton du Cameroun (Sodécoton) est une société d'économie mixte au capital de 4,529 milliards de F CFA réparti en 452900 actions de 10900 F CFA chacune. Il est détenu par le trésor public (22 %), trois entreprises publiques - la SM (25 %), la CSPH et l'ex-ONCPB (12 % chacun) - et la société française CH)T (39 %).
La Sodécoton a pour objet principal de promouvoir la culture du coton, de produire de l'huile et des tourteaux et, d'une façon générale, de contribuer à la modernisation de l'agriculture.
Implantée dans le Nord-Cameroun, elle emploie 1500 salariés et fait vivre plus de 200990 familles dans une région qui compte 3 millions d'habitants. Elle dispose d'un outil de production performant composé principalement de huit usines d'égrenage et de deux huileries.
La Sodécoton produit quelque 153000 tonnes de coton-graine, 63000 tonnes de fibres, 76900 tonnes de graines à triturer, 11,5 millions de litres d'huile et 35000 tonnes de tourteaux. Son chiffre d'affaires dépasse 60 milliards de F CFA. Ses principaux marchés se situent en Extrême-Orient où elle exporte, bon an mal an, 57000 tonnes de fibres de coton.

C'est la révolution dans les institutions supérieures du Cameroun. A la fin janvier 1998, les critères de recrutement des enseignants, ainsi que ceux régissant leur avancement, ont été définis par un arrêté du ministre chargé de l'enseignement supérieur, Jean-MarieAtangana Mébara. D'après ce texte, tout postulant à la carrière d'enseignant devra être désormais titulaire d'au moins un diplôme d'ingénieur de conception. Et à défaut, avoir satisfait à l'examen de fin de première année de doctorat, pour ce qui est du grade d'assistant.
Parallèlement, l'accès au grade supérieur sera dorénavant soumis à l'approbation du Conseil consultatif des institutions universitaires (CCIU). L'arrêté ministériel précise que le postulant à l'échelon supérieur devra produire au moins deux rapports scientifiques au CCIU et obtenir l'avis favorable de 3 enseignants spécialisés dans la discipline choisie. Pour justifier la portée de la mesure, le ministère de l'Enseignement supérieur a évoqué le souci de l'Etat d'améliorer le profil de carrière ainsi que la situation des enseignants. La nouvelle a été accueillie favorablement dans les milieux universitaires.
Pour un professeur d'économie à l'université de Douala, " l'arrêté ministériel augure certainement des lendemains meilleurs. Nous avons l'impression que l'ère du mépris et de la clochardisation des hommes du temple du savoir va disparaître
Finis donc les aléas des promotions dites " normales " et " exceptionnelles
 qui, selon le personnel enseignant, avaient instauré un climat délétère au sein des institutions universitaires d'une part, et entre celles-ci et leur organisme de tutelle, d'autre part.

LITIGE CAMEROUN-NIGERIA

Les premières audiences sur le litige frontalier entre le Nigéria et le Cameroun ont eu lieu devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) de La Haye en mars. Ce litige dont l'enjeu, depuis plusieurs années, est la presqu'île de Bakassi, est-il enfin sur la voie de la résolution? Il serait grand temps. Ce différend a envenimé les rapports entre les deux voisins, des rapports pourtant bons de tous les autres points de vue, et ce depuis presque quarante ans. On peut croire que le Nigeria et le Cameroun n'ont jamais vraiment voulu se faire la guerre, meme lorsqu'ils y semblaient tout à fait prêts, comme en mai
1991.
L'histoire qui a produit ce différend a également créé beaucoup de facteurs d'unité entre les deux pays. l'a minorité anglophone du Cameroun des provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se souvient des quarante ans d'union administrative avec le Nigéria, suite àla guerre de 1914-18 et à la division entre la France et la Grande-Bretagne de l'ancienne colonie allemande du Kamerun. Quand l'heure des indépendances est venue, une partie du Cameroun sous tutelle britannique - British Northern Cameroons - choisit dans un référendum l'union définitive avec le Nigéria, ce qui provoqua un ressentiment aigu de la part du gouvernement du Cameroun ex-français dirigé par Ahmadou Ahidjo. Mais le British Southern Cameroons choisit l'union avec le Cameroun francophone pour devenir dès le 1er octobre 1961 le Cameroun Occidental.
Les Anglophones ont gardé, depuis, des liens très diversifiés avec le Nigéria tout en renforçant leurs liens avec le reste du Cameroun réunifié. Surtout ceux de la génération qui a connu l'administration britannique, laquelle ne faisait pratiquement pas de séparation entre le territoire sous mandat ou sous tutelle d'une part et le Nigéria d'autre part. Bon nombre d'éminents Camerounais anglophones ont été formés dans les universités nigérianes. Solomon Muna fut d'abord ministre au Nigéria, avant de devenir vice-président du Cameroun.
Ces liens existent toujours. Des Camerounais ont continué d'aller travailler et étudier au Nigéria - et il est intéressant de noter que l'actuel ministre des Affaires Etrangères du Nigéria chargé du dossier Bakassi, Tom Ikimi, a fait ses études secondaires à Buéa. Il y a jusqu'à 2 millions de Nigérians au Cameroun, surtout au Cameroun Occidental et dans la grande capitale économique de Douala. Le gouvernement camerounais ne les a jamais inquiétés, ce qui contraste avec les  grandes  expulsions d'étrangers africains du Nigéria en 1983 et en 1985. Il a été bien dit que l'unité africaine  politiquement recherchée par les dirigeants existe déjà dans la
vie quotidienne des populations africaines. Cela est particulièrement très vrai pour le Nigéria et le Cameroun. La longue frontière est traversée sans cesse de part et d'autre. Les visas sont abolis depuis plus de 20 ans entre les ressortissants des deux pays. De plus, il est très facile de traverser la frontière clandestinement et beaucoup l'ont fait pour plusieurs raisons, notamment l'extrême difficulté d'obtenir un passeport camerounais sous Ahidjo et la fermeture par le Nigéria de toutes ses frontières entre 1984 et 1986. Cette fermeture était assez théorique dans le sens Nigéria-Cameroun; comme toujours depuis des années, circulaient des marchandises ainsi que des voyageurs, et des voitures de fabrication nigériane étaient de fabrication nigériane étaient conduites au Cameroun pour être vendues clandestinement. La contrebande la plus connue depuis plusieurs années est celle de l'essence nigériane appelée "fédéral", vendue au Cameroun jusqu'aux portes de la raffinerie nationale de Limbé dont elle concurrence gravement les ventes. Au nord, il y une zone officieuse de libre circulation de biens et de personnes couvrant des régions du Nigéria, du Cameroun et du Tchad.
Sans aller jusqu'à admirer la contrebande, on doit toujours rappeler les nombreux liens quotidiens entre ces deux pays qui ont tous de bonnes raisons de chercher une résolution du litige sur la presqu'île Bakassi.
Bakassi est en effet un groupe d'îlots couverts de palétuviers au milieu de nombreuses criques débouchant dans la mer de la Baie d'Ambas. Il couvre environ 1,000 km2. Ses habitants, peu nombreux, sont des pécheurs dont on peut croire qu'ils connaissent beau-coup mieux les eaux de la région que les différentes versions du tracé de la frontière internationale.
l'a raison de l'incertitude que la CIJ est appelée à résoudre vient de l'histoire coloniale. Avant la guerre de 1914-18, aucun accord sur ce qui était alors la frontière coloniale anglo-allemande n'avait été ratifié, et les travaux de délimitation qui avaient cependant été faits ne s'étaient pas étendus jusqu'à la région marihme. Plus tard, pendant toute l'époque du Mandat et du Tutelle les Britanniques qui administraient leur portion du Cameroun comme partie intégrante du Nigéria ne se souciaient pas du tout d'une frontière sans importance pour eux, mais destinée à redevenir une frontière internationale en1961.

Comme dans d'autres cas de litiges frontaliers africains les gouvernements indépendants laissaient aller la situation incertaine pendant quelque temps. Mais en 1974, le Nigéria fit renaître la question de la frontière en étendant ses eaux territoriales maritimes à l'époque où l'essor de la production pétrolière du Nigéria, que les débuts de la production camerounaise allaient suivre en 1977, fit croire que la région de Bakassi est riche en pétroles: une idée qui domine les arguments d'un côté et de l'autre jusqu'alors. Le président Ahidjo alla parler du différend avec le général Yakubu Gowon, alors chef d'état nigé rian, à Kano en août 1974, ensuite à Lagos, ensuite en juin 1975 à Maroua au Cameroun.
Ce qui tut annoncé après ces entretiens fut un accord de s'abstenir de toute recherche de pétrole dans une zone large de quatre kilomètres située à deux kilomètres des deux côtés de la frontière. Cet accord était évidemment insuffisant pour la région où on n'était pas d'accord sur la frontière. A ce propos il a souvent été dît depuis que les deux chefs d'état conclurent un accord secret qui, d'après certaines rumeurs aurait fixé la frontière du côté nigérian de Bakassi. On n'a jamais annoncé officiellement une telle décision et Gowon l'a démentie. 'S'il y a eu une telle décision en faveur du Cameroun le Nigéria l'a évidemment violée, car ses forces armées occupent la plupart du territoire disputé maintenant.
D'après l'histoire officieuse, Gowon aurait cédé le territoire au Cameroun en récompense du soutien d'Ahidjo au gouvernement fédéral nigérian dirigé par Gowon pendant la guerre civile de 1967-70. S'il n'a effectivement pas fait ce geste, on peut dire du côté camerounais que le Nigéria aurait dû le faire, qu'il devrai t le faire depuis, parce qu'effectivement, le président Ahidjo accordait un soutien réel au gouvernement nigérian pendant la guerre du Biafra.
On doit rappeler à cet égard qu'au temps de cette guerre, le gouvernement Ahidjo ne s'était pas départi de son amertume dû à la décision du British Northern Cameroons de se joindre au Nigéria. Il avait porté plainte devant la CIJ contre un référendum qu'il estimait truqué. Sans succès (en effet, ce n'est pas la première fois que ces deux pays se retrouvent devant cette instance). En 1968, Ahidjo pouvait toujours parler de "nos frères séparés de la terre-mère". Mais il choisit néanmoins le côté du gouvernement nigérian contre le Biafra, allant historiquement à l'encontre de la grande sympathie de l'opinion publique camerounaise - anglophone et francophone - pour le Biafra... Et ce, en dépit du vibrant soutien de la France aux Biafrais. Le gouvernement du Général de Gaulle, dont le principal exécutant en politique africaine était feu Jacques Foccart, a sans doute cherché àramener le Cameroun du côté du Biafra. Foccart ne l'a pas directement avoué dans ses mémoires mais il y a reconnu qu'Ahidjo était "ombrageur en tout ce qui touchait à la souveraineté nationale". Ahidjo l'a montré à propos de la guerre biafraise.
En mai1981, la mort de cinq soldats nigérians au combat avec les forces camerounaises à Bakassi provoqua une crise qui vit monter des passions guerrières au Nigeria. En offrant les excuses officielles du Cameroun et en récompensant les familles des soldats
morts Ahidjo évita une confrontation grave ans que le litige frontalier soit résolu pour
autant. Pendant cette crise de 1981, et encore en mai 1996, le Cameroun
chercha de l'aide militaire de la France avec laquelle il avait maintenu des relations cordiales malgré les désaccords  déjà  cités. D'une méfiance globale envers la France, le Nigeria protesta contre cette "ingérence" française.
Peu après sa prise du pouvoir, le régime militaire du général Sani Abacha envoya des renforts à Bakassi en décembre 1993. Une nouvelle confrontation dangereuse entre les forces des deux pays s'ensuivit avec quelques escarmouches, et le Cameroun décida alors (février 1994) de chercher une résolution du litige par la Cour Internationale. Il y a eu des tentatives de médiation aussi. L'OUA nomma le président Eyadéma du Togo comme son médiateur entre le Cameroun et le Nigéria. Il y eut aussi une tentative plus insolite de la part de l'ancien PDG d'Elf Aquitaine, Loïk Le Floch-Prigent, qui d'après ses célèbres révélations, voulait réconcilier les deux pays mais en fut empêché par le premier ministre français Edouard Balladur, pas favorable à une pareille "diplomatie parallèle". Cette proposition de l'ancien PDG d'Elf peut se comprendre à cause de l'importance de la production de pétrole pour cette société dans les deux pays; en 1981, il avait tremblé pour la sécurité de ses installations camerounaises proches de la frontière en cas de guerre. Il est assez probable que la presqu'île disputée près des zones de production pétrolières marines et terrestres du Nigéria, du Cameroun et de la Guinée Equatoriale recèle des ressources pétrolières. Les pétroliers (dont EIf, assurément) attendent le règlement du litige pour l'exploration de Bakassi.
La réaction du Nigéria face au recours  du Cameroun à la CH est étonnante. Il a voulu refuser de porter l'affaire devant le tribunal de La Haye et, en mars, son représentant est allé jusqu'à tenter de récuser la compétence de la CH dans l'affaire Bakassi. Son argument sera sans doute rejeté, mais on doit se demander pourquoi le gouvernement Abacha l'a soutenu avec tant de ténacité. Son avis selon lequel la CH ne doit pas examiner cette affaire parce que les deux parties du litige en discutent entre eux depuis 24 ans n'a pas de sens. Pour les états comme pour les individus, la justice civile est là justement pour les cas où les deux parties n'ont pas réussi à régler un problème entre eux. La CH a réglé d'autres litiges frontaliers africains: entre la Libye et le Tchad, entre le Sénégal et la Guinée-Bissau. Pourquoi le Nigeria veut-il refuser sa juridiction?
Les anglophones soutiennent du coté camerounais Paul Biya

INVESTISSEMENT FRANÇAIS AU CAMEROUN:

Le Centre français du commerce extérieur (CFCE) a organisé dans ses locaux parisiens un séminaire sur le Cameroun. Thème : "Vers ne reprise économique saine et
durable, propice à l'investissement". Le gouvernement camerounais a pris
la mesure de cet événement car la France est le premier investisseur étranger du pays. "les investissements français représentent plus de 20% des capitaux investis dans l'économie du pays, lit-on dans un document remis aux participants, et plus de la moitié des investissements étrangers. " Forte d'une trentaine de personnes, la délégation officielle camerounaise était conduite par le Premier ministre, Peter Mafany Musonge. Il était accompagné de neuf ministres de son gouvernement. Pas moins  Plusieurs représentants du secteur privé camerounais ont également fait le déplacement de Paris, dont James Onobiono, président de Sitabac, M. Soheng, assureur, Françoise Foning, présidente de l'association des femmes d'affaires africaines, Kadji Defosso, industriel. Plusieurs responsables d'entreprises publiques aussi, tel M. Cyrille Etoundi, PDG de Cameroon Airlines, et des représentants de la Société immobilière du Cameroun.
C'est donc à une véritable opération de séduction que se sont livrés les officiels camerounais à l'endroit des investisseurs potentiels et des exportateurs français. Un programme copieux attendait les participants, qui ont tout de même payé 1800 francs français (180 000 Fcfa). D'abord, la matinée a été consacrée à la présentation de l'état actuel de l'économie camerounaise, des réformes déjà entreprises et restant à entreprendre, et des projets en cours et à venir. Peter Mafany Musonge a rappelé son passé de chef d'entreprise "Je suis un des vôtres, a-t-il déclaré aux
entrepreneurs presents". Il a plus insisté sur la bonne tenue des fondamentaux de 1'écono mie camerounaise, qui conduit a un regain de confiance entre le gouvernement et le secteur privé le fait que la mise en oeuvre du cinquième programme d' ajustement structurel (1997-2000) se déroule normalement selon le Fond monétaire international, est un argument de poids pour le gouvernement. Rappelons que ce programme prévoit de porter la croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel à 5% par an au moins, de contenir l'inflation aux environs de 2% par an et de stabiliser le déficit extérieur courant aux alentours de 2% du PIB,
Parmi les éléments qui freinent  l'investissement  au Cameroun, on trouve en bonne place la corruption et le coût des facteurs de production. Beaucoup d'entrepreneurs se plaignent du coût des dépenses inhérentes à l'eau, l'électricité et au téléphone. Sur ce point, le ministre d'Etat chargé du Développement industriel et commercial, Bello Bouba Maigari, s'est voulu rassurant. "Le gouvernement camerounais a opté pour une réforme et une adaptation du cadre législatif et réglementaire, ainsi que et des Coûts des facteurs de production en vue de répondre aux exigences du nouveau contexte de l'économie mondiale."
Un point a également été fait sur le programme de privatisation du gouvernement et sur les efforts d'intégration régionale, respectivement par le ministre de l'économie et des
Finances, Edouard Akamé Mfoumou et son homologue des Investissements publics et de l'amenagement du territoire, Justin Ndioro. Douze entreprises dont la Camair devraient basculer du côté privé d'ici à la fin du plan triennal. Elles constituent autant d'opportunités d'affaires pour es entrepreneurs français. Mais pour attirer davantage d'investisseurs, le Cameroun devrait combler son retard immense en matière d'infrastructure. de communication. Ce qui aura un impact positif sur l'intégration régionale, Après un déjeuner-débat en présence de Peter Mafany Musonge, au cours duquel des ministres dits "techniques" (Postes et télécommunication), Transports, Forets, Eau, Agriculture et Tourisme) ont pris la parole, l'après-midi a été réservé aux entretiens individuels. Bien que certains s'interrogent sur le coût et les retombées d'une telle opération, on peut néanmoins constater que des contacts ont été noués. Seront-ils suivi d'effet?
Ce séminaire a néanmoins permis à Akamé de préciser la position du gouvernement camerounais sur les incertitudes que fait peser l'avènement de l'euro sur le franc CFA depuis que se pose la question du passage à l'euro, il y a comme une fébrilité qui s 'est emparée de tout le monde. Beaucoup en sont venus à parler de dévaluation du franc CFA. La dévaluation, a-t-il poursuivi, est utilisée comme un outil pour permettre le redressement de certaines imperfections. Grâce aux effets de la première dévaluation, les économies de la région sont fortes 5,1% de croissance en termes réels (en 1997) pour le Cameroun. Si on ajoute le taux d'inflation, on avoisine les 10%. Rien ne devrait militer en faveur d'une mesure de réaménagement monétaire qui aurait pour conséquence de revoir la valeur du franc CF~ Plus on se confond en assurances et en démentis, a-t-il ironisé, plus l'inquiétude est grande." Avant de conclure que le gouvernement camerounais était opposé à une quelconque dévaluation du franc CFA.

LE SUCRE DE YAOUNDE

L'AFRiQUE A déjà commençé à tirer profit de la mondialisation en regroupant ses forces dans les secteurs sensibles. La production et la commercialisation du sucre -produit très concurrentiel - sont de ceux-là.
Ainsi, les responsables de six sociétés sucrières du Cameroun, du Gabon, du Congo et du Tchad se sont retrouvés dans la capitale politique camerounaise, à Yaoundé, du 3 au 5juin 1998, pour dresser un état des lieux de la filière et envisager l'avenir ensemble, dans la perspective de la mondialisation.
La production sucrière repose sur des méthodes de culture archaïques sans commune mesure avec les ambitions affichées par les gouvernements.
L'exemple du Cameroun est éloquent. Selon le directeur général de la Société sucrière du Cameroun (Sosucam), Louis Yinda, la moissonneuse-batteuse reste une denrée rare. La coupe encore du domaine de la machette. L'utilisation des plants de cannes à sucre à cycle végétatif court est ignorée en l'absence d'un institut de recherche approprié. Seul le Tchad dispose d'un outil de ce genre, mais qui répond plus aux exigences des cultures de zone sahélienne. Le personnel souffre dans la plupart des cas d'une formation inadéquate.
Conséquences de toutes t ces entraves : la production sucrière n'a jamais véritablement décollé. En 1996-1997, elle a eté d'environ 160000 tonnes pour une demande globale de près de 240000 tonnes soit un gap de 80000 tonnes
Une situation qui a oblige les opérateurs économiques de la sous-région à importer du sucre européen subventionné. En raison des coûts de production très élevés dans les Etats, ces importations ont provoqué une stagnation des ventes. "Certaines sociétés s'en sont tirées d'ailleurs avec d'énormes pertes en termes financiers ", a expliqué Louis Yinda. Plusieurs résolutions ont été adoptées à Yaoundé.
Elles ont laissé transparaître une volonté commune de réaliser des économies d'échelle. " Face aux défis de la mondialisation, a souligné Moussa Faki de la Société nationale du Sucre -Tchad (Sonasu - Tchad), il n'est plus raisonnable pour chaque entreprise de rester dans son petit coin. Car en onctionnant de façon isolée, nous courons le risque de disparaître."
Joignant la parole aux actes, Moussa Faki a déclaré devoir mettre à la disposition des autres membres du groupement le centre de formation de la Sonasu.
La plus grande innovation de Ces assises reste le programme, certes ambitieux, de mécaniser les usines. Ce programme se fera graduellement4 d'un Etat à un autre, compte tenu des moyens financiers colossaux à dégager. Un label de qualité pour faire face à la concurrence européenne sera créé, en même temps qu'un institut de recherche installé
au cameroun

JUSTICE INTERNATIONALE ET LITIGE CAMEROUN-NIGERIA

NIGERIA O - Cameroun 1. Ce n'est pas du football, ce n'est pas un jeu. L'affaire est grave : elle concerne le conflit frontalier, maritime et terrestre, qui oppose Abuja et Yaoundé, et que le Cameroun a porté devant la Cour internationale de justice (CU) de La Haye, malgré les réserves du Nigeria qui estimait la Cour internationale incompétente et les demandes camerounaises irrecevables. Après de longues délibérations, la CIJ a finalement donné raison au Camerou en se déclarant, le 11juin 1998, compétente pour examiner désormais sur le fond, le différend porté devant elle.
Elle a aussi jugé recevables les demandes du Cameroun.
Cette décision, saluée comme une " première victoire " par la presse camerounaise mais qui ne porte pas sur le fond, ouvre désormais la voie à une longue bataille juridique qui va se prolonger plusieurs mois.
C'est dans une requête du 29 mars 1994 que le Cameroun avait demandé à la CU de juger quel est le détenteur légitime de la presqu'île de Bakassi et de certaines îles du lac Tchad, et de définir le tracé de la frontière terrestre et maritime entre lui et le Nigeria. Le 13 décembre 1995, le Nigeria avait soulevé 8 exceptions préliminaires mettant on cause la compétence de la Cour Les audiences publiques concernant ces " exceptions préliminaires " s'étaient tenues entre le 2 et le 11 mars 1998.
Pour justifier son arrêt, la CIJ a notamment considéré que le fait que les deux Etats aient tenté de résoudre leur différend de façon bilatérale n'impliquait pas que l'un ou l'autre ait exclu la possibilité de porter celui-ci devant la Cour. Il n'existe ni dans la Charte de l'()nu, ni ailleurs en droit international, de règle selon laquelle l'épuisement des négociations diplomatiques serait un préalable à la saisine de la Cour.
Depuis février 1994, des affrontements armés entre les deux pays ont fait dans la région de Bakassi des dizaines de morts et un nombre indéterminé de prisonniers de guerre de chaque côté. La CIJ va maintenant fixer les délais pour la suite de la procédure sur le fond. L'arrêt définitif sur le fond n'interviendra pas avant de longs mois.

NOMINATION DES GOUVERNEURS (Aout 1998)

Depuis la formation du nouveau gouvernement en
décembre 1997, les observateurs de la scène camerounaise attendaient un vaste mouvement touchant les gouverneurs de province. Il faut dire que trois d'entre eux avaient fait leur entrée au sein du gouvernement dirigé par Peter Mafany Musonge : Enam
Ename Samson, gouverneur de l'Adamaoua, en qualité de ministre de l'administration territoriale; Mouchipou Seydou, gouverneur de l'Extrême-Nord, comme ministre des PTT; Bell Luc René, gouverneur de l'Ouest, comme délégué général à la Sûreté nationale.
Depuis décembre, l'attente a été longue, mais pas inutile, puisque c'est une véritable secousse qui a ébranlé la Haute Administration publique, le 17juillet1998, lorsque le président Paul Biya a fait ses choix. Seuls trois gouverneurs ont en effet été maintenus, dont un seul au même poste Gounoko Haounaye, dans la province du Nord. Oumarou Koué quitte la province du Centre pour celle du Sud. Il est remplacé à son poste par Sigfried David Etamé, qui quitte la province de l'Est. Les sept autres gouverneurs, tous jeunes et anciens préfets, sont des nouveaux venus à ces postes stratégiques.
La grande nouveauté est qu'il s'agit d'un mouvement plus politique qu'admnistratif . En effet, un savant dosage a été effectué, à l'image de celui qui avait prévalu lors de la formation du gouvernement, afin que chaque province ait l'un de ses ressortissants à un poste de gouverneur C'est la province du Centre qui fait les frais de ce rééquilibrage (elle ne dispose plus que d'un poste de gouverneur pour ses ressortissants, contre trois précédemment), au profit des provinces de l'Est et de l'Adamaoua. Autre leçon importante à tirer de ces nominations le départ du vétéran de l'Administration camerounaise, Koungou Edima Ferdinand, jusqu'alors gouverneur du Littoral.
Depuis le 17juillet1998, c'est donc un ressortissant du Littoral qui est gouverneur du Centre, en la personne de Sigfried David Etamé Massoma. Un fils de la province du Sud devient gouverneur du Littoral : Emmanuel Ebang Otong (un ancien directeur des affaiires politiques). Victor Yéné Ossomba, originaire du Centre, devient gouverneur de l'Extrême-Nord.
Amadou Tidjani, de l'Adamaoua, est le gouverneur de l'Ouest. Adrien Koumbo Jomague, natif de l'Ouest, est. le nouveau gouverneur du Nord-Ouest. Acham Peter Cho, natif du Nord-Ouest. prend son poste dans le Sud-Ouest. Bernard Claude Bend, de l'Est, prend la direction de l'Adamaoua. Martin Tanyidiku Bayee Arikai, un enfant du Sud-Ouest, devient le gouverneur de l'Est. Enfin, Oumarou Koué, originaire du Nord, est le gouverneur de la provincc du Sud.

PIPELINE TCHAD-CAMEROUN

Après de nombreux contretemps, dont la Banque mondiale et le Tchad se renvoient la responsabilité sous l'oeil goguenard des pétroliers, le projet d'oléoduc entre Doba et le port Camerounais de Kribi devrait être approuvé dans les prochains mois. Les administrateurs de la Banque auraient dû se prononcer sur le projet en décembre 1998, mais plusieurs dossiers n'étant pas encore bouclés, la réunion a été repoussée au mois d'avril de cette année. Encore s'agit-il d'une hypothèse optimiste certains fonctionnaires sont convaincus qu'elle ne se tiendra pas avant le mois de juin, voire de septembre.
Tout le monde attend la décision de la Banque mondiale avant de se lancer. Le Tchad et le Cameroun n'ont pas le choix leurs participations financières dans les sociétés d'exploitation, la Tchad Oil Transportation Company (Totco) et la Cameroon Oil Transportation Company (Cotco), dépendent directement de l'institution. La Banque doit, en effet, consentir un prêt de 46 millions de dollars à N'Djamena pour lui permettre d'acquérir 15 % de Totco et 5 % de Cotco, et un prêt de 69 millions de dollars à Yaoundé, montant de la participation camerounaise au capital de Cotco (8,5 %). L'attitude du consortium pétrolier, composé de l'américaine Exxon (40 %), de l'anglo-néerlandaise Shell (40 %) et de la française Elf (20 %), est plus ambiguè. Ces compagnies ne cessent de répéter qu'elles n'entreprendront rien tant que la Banque mondiale n'aura pas donné son feu vert, alors qu'elles pourraient très bien passer outre : elles financent, à elles seules, 70 % de l'exploitation. Il n'en reste pas moins vrai que les pétroliers ont besoin de la Banque, appelée à servir de caution politique face aux gouvernements tchadien et camerounais, de caution environnementale face aux associations écologistes et de caution financière pour les banques qui envisagent d'avancer des fonds au consortium.
Tout est donc suspendu au vote des administrateurs...
Si ces derniers tardent à se décider, c'est essentiellement pour deux raisons. D'abord, tout projet approuvé par la Banque doit respecter un certain nombre de critères environnementaux, ce qui n'est pas encore le cas de l'oléoduc entre le Tchad et le Cameroun. À partir d'une étude commandée au cabinet britannique Dames and Moore, les pétroliers ont élaboré un stratégie environnementale et un plan de compensation pour les personnes qui devront être déplacées ou expropriées de leurs terres. Ces documents ont été soumis à la Banque, qui a rendu ses conclusions à la fin du mois d'août. A la surprise générale, les experts émettent de sérieuses réserves, l'ouvrage ne leur paraissant pas " remplir les conditions d'un projet Banque mondiale". Ils mettent notamment en cause le tracé de l'oléoduc (" les solutions de rechange n'ont pas été assez étudiées"), et s'inquiètent de l'impact sur les sites naturels (" en particulier la vallée de Mbere, la forêt de Deng Deng et la côte de Kribi ") et de ses conséquences pour les populations (" celles qui vivent dans la forêt, mais également les fermiers bantous établis à proximité du futur ouvrage "). L'alerte a été suffisamment sérieuse pour qu'une délégation composée de cadres d'Exxon et de hauts fonctionnaires tchadiens et camerounais se précipite à Washington pour défendre le projet.

A près trois jours de consultations confidentielles, un participant a révélé que "plusieurs propositions avaient été avancées en vue d'atténuer l'impact de
l'oléoduc sur l'environnement ". Le tracé pourrait, en particulier, être partiellement renégocié. Aujourd'hui, la grande majorité des problèmes sont, semble-t-il, en voie de règlement, même Si certains phénomènes, comme les fuites le long de l'oléoduc, sont a priori insolubles.
Parallèlement à ces débats sur l'environnement, d'autres négociations, à la fois plus cruciales et plus secrètes, ont eu lieu. La Banque mondiale veut, en effet, s'assurer que les revenus du pétrole serviront réellement au développement du
Tchad. Comme l'explique un fonctionnaire de l'institution:
" La mission de la Banque est de réduire la pauvreté. Nous ne pouvons financer un projet qui s'écarte de cet objectif. " Il s'agit donc de contrôler l'utilisation des recettes du pétrole. Celles-ci devraient provenir de la redevance payée par le consortium sur ses revenus et de la fiscalité. Calculées sur la base d'un baril à 15 dollars, elles seraient de l'ordre de 2,7 milliards de dollars. Seul problème, le baril est descendu sous la barre des 10 dollars et le pétrole de Doba est actuellement évalué à 8 dollars le baril. Si cette tendance se confirmait, les revenus du Tchad se réduiraient comme peau de chagrin, puisqu'il est prévu que les taxes soient purement et simplement suspendues en cas d'affaissement brutal des cours.
Si, à l'inverse, les prix du brut venaient à remonter, le Tchad se retrouverait avec un énorme pactole à gérer. Pour sensibiliser les responsables tchadiens au problème du gaspillage des dividendes du pétrole, la Banque mondiale a invité des fonctionnaires du Venezuela, du Koweit et d'ailleurs à leur exposer les solutions mises en oeuvre par leurs pays respectifs. Très vite, deux
modèles de gestion se sont imposés. Dans le premier - de type, Si l'on veut, " koweitien " -, l'argent est déposé dans une série de comptes à l'étranger. Le
second est, en revanche, directement inspiré de l'expérience du Lesotho, qui a créé un compte spécial, séparé du budget de l'Etat, pour gérer les revenus de ses barrages hydroélectriques. Pourtant, les Tchadiens ne sont favorables ni à l'une ni à l'autre de ces méthodes. Plutôt que de se voir imposer une solution de l'extérieur, ils ont préféré innover et proposent de répartir les revenus du pétrole comme suit: 80 % iraient à la santé, l'éducation, les infrastructures et le développement rural, 15 % serviraient à payer les fonctionnaires, les soldats et le service de la dette et 5 % reviendraient à la préfecture du Logome oriental, où se trouvent les champs de Doba. Cette dernière disposition vise à prévenir une dérive de type Ogoniland. Cette région du Nigeria subit, comme l'on sait, tous les inconvénients de l'exploitation pétrolière sans jamais bénéficier des revenus qu'elle dégage. L'utilisation des dividendes pétroliers serait surveillée par le Parlement et par un comité composé de dix membres, comprenant, outre plusieurs membres du gouvernement, des opposants et des représentants de la société civile. La proposition de loi est actuellement débattue au Parlement.
Ces dispositions seront-elles suffisantes pour empêcher que le Tchad ne ressemble, dans dix ans, au Nigeria ou au Congo ? " Impossible d'être sûr à 100 %, répond un responsable de la Banque mondiale. A un moment ou à un autre, il va falloir faire un saut dans l'inconnu. " Cc saut devrait donc avoir lieu dans le courant de cette année, une fois le tracé de l'oléoduc renégocié, les plans de compensation bouclés et l'ordonnance sur la redistribution des revenus votée. Que se -passerait-il en cas de nouveaux contretemps ? De source tchadienne, on indique que la population s'impatiente et que de nouveaux délais pourraient avoir des conséquences imprévisibles. Il n'est toutefois pas question de renoncer au projet et de tenter d'évacuer le pétrole de Doba par la Méditerranée, via la Libye. D'abord parce qu'un tel itinéraire augmenterait considérablement les coûts de construction. Or l'oléoduc Doba-ICribi, long de i 050 km, revient déjà à 1,2 milliard de dollars. Pour atteindre la Méditerranée, il faudrait traverser plus de 2 000 km de terrain difficile, dans des conditions climatiques épouvantables les réserves des champs de Doba - 1 milliard de barils - ne justifient pas un tel investissement.
Selon toute vraisemblance, c'est donc par Kribi que sera évacué le brut tchadien. Et lorsque les réserves seront épuisées, l'oléoduc pourra servir à évacuer le pétrole d'autres champs, situés plus à l'Est. D'importantes campagnes de prospection sont en effet engagées dans toute la région, et il n'est pas exclu que, dans cinquante ans, le lac Tchad devienne une zone aussi convoitée que les côtes angolaises.

FONDATION CHANTAL BIYA :

Comment mettre à profit la position et le statut social que confère le titre de première dame? C'est la question à laquelle un certain
  nombre d'épouses de chefs d'Etat africains s'efforcent de donner une réponse, en fonction de leur expérience et  aussi de leur envie de défendre les franges les plus exposées des populations. C'est ainsi que pour jouer un rôle dans les secteurs sociaux, en faveur des enfants, des handicapés ou plus simplement des défavorisés, organisations non gouvernementales, associations et fondations fleurissent ces dernières années sur le continent.
Depuis qu'elle est devenue la première dame du Cameroun, en avril 1994, Chantal Biya s'est elle aussi trouvé un rôle de premier plan à jouer dans l'action caritative. Elle a ainsi décidé de consacrer une part importante de son temps à ceux de ses concitoyens qui en ont le plus besoin les mères, les enfants et les populations déshéritées du Cameroun.
Pour centraliser les idées qui ont jailli dans son esprit, et aussi pour leur impulser l'énergie indispensable à leur concrétisation, une envie et un besoin ont vite percé : ceux de créer une fondation qui porterait son nom. L'idée, qui n'est peut-être pas originale, est en tout cas diablement efficace. Organisée sous un cadre juridique favorable aux activités d'intérêt général, cette activité peut trouver les ressources dont elle a besoin auprès des personnes physiques et morales et financer des services qui viennent profiter à ceux qui en sont privés.
Le 23 février 1999, le rêve caressé par Chantal Biya est devenu réalité, avec l'inauguration du siège social de la fondation qui porte son nom à Yaoundé. L'événement a drainé beaucoup de monde, rue Henri-Dunan, sur le prolongement des installations du principal établissement hospitalier du pays, l'hôpital central de Yaoundé. A 11 heures, en première ligne aux côtés de l'épouse du chef de l'Etat, président de la Fondation, deux invitées spéciales  Jeannette Brutelle Duba, présidente fondatrice du Centre d'études politiques et de société (CEPS) de France, et Franca Garcia, présidente de l'Association des épouses des ambassadeurs africains aux Etats-Unis et aux Nations unies.
Si la première est venue dans la capitale politique du Cameroun présider la cérémonie de remise du prix décerné par le CEPS au lauréat 1998, Paul Biya, cinq jours plus tôt, la seconde est l'un des tout premiers généreux bienfaiteurs de la Fondation Chantal-Biya. L'association qu'elle préside avait en effet offert un chèque de 2000 dollars en octobre 1994, à New York, au profit des oeuvres de la première dame du Cameroun. Egaiement remarqué à la tribune officielle ce jour-là, le gratin politique et économique local tous les ministres en charge des secteurs sociaux, une forte représentation de l'organisation des femmes du parti au pouvoir (le Rassemblement démocratique du
peuple camerounais), dont Chantal Biya est la présidente d'honneur, ainsi que des opérateurs industriels d'envergure comme Fotso Victor, Louis Yinda, le directeur général de la Sosucam dont la gestion avisée lui a permis de reprendre la Cameroon Sugar Company (Camsuco), Tagne Olivier, un homme d'affaires propriétaire d'une grande clinique privée à Yaoundé, Mbayen René, un gestionnaire au bras long qui a porté Camship, la société qu'il dirige depuis des années, vers des eaux favorables, ou encore le président des élites Bandjoun de Yaoundé.
Le siège social de la Fondation Chantal-Biya, imposant bâtiment de trois niveaux, que l'on inaugurait ce 23 février 1999, est en fait un don du gouvernement à la première dame. Incapable financièrement de terminer la construction de ce bâtiment depuis une bonne dizaine d'années, le ministère de la Santé publique avait approché l'épouse du chef de l'Etat avec l'espoir de réaliser une double opération: achever un chantier qui agrandit et modernise les installations de l'hôpital central de Yaoundé et offrir à la toute jeune mais dynamique fondation un cadre de travail digne de ses missions et à la hauteur de ses ambitions.
Pari tenu, pari gagné, puisque, grâce à ses ressources collectées avec un grand sens de l'organisation et de l'innovation, l'immeuble inauguré fin février en impose, à la fois par son envergure et par les équipements qu'il abrite : 4 300 m2 de superficie occupée, une vingtaine de couveuses ultramodernes, 250 lits pour le Centre Mère et Enfant inauguré dans la foulée, un personnel médical entièrement dévoué à la cause de la Fondation, dont plusieurs médecins de haut niveau.
La Fondation Chantal Biya tient aussi un centre médical à Mvomeka'a, village natal du chef de l'état : ce centre administre des soins tout en assurant un rôle d'éducation des populations.

Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier