Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE PAYS EN UN CLIN D'OEIL
LE PAYS EN UN CLIN D'OEIL

Cap-Vert (Cabo Verde en portugais), pays insulaire, appelé officiellement république du Cap-Vert, situé dans l'océan Atlantique, à plus de 500 km au large du cap Vert, la pointe la plus occidentale de l'Afrique. L'archipel est constitué de dix îles et de cinq îlots. Au nord, les îles au vent (Barlavento) comprennent Santo Antão, São Vicente, São Nicolao, Sal et Boa Vista. Au sud, São Tiago (ou Santiago), Brava, Fogo et Maio forment les îles sous le vent (Sotavento). La république du Cap-Vert couvre une superficie totale de 4 033 km². Sa capitale est Praia. Elle a été le premier État africain à connaître une véritable alternance politique à l'issue d'élections démocratiques, en janvier 1991.

LE PAYS ET SES RESSOURCES
D'origine volcanique, la plupart des îles du Cap-Vert se caractérisent par un relief montagneux. Seules les îles Sal, Boa Vista et Maio ont un relief peu marqué. Le pic Fogo (2 829 m), situé sur l'île de Fogo, point culminant de l'archipel, est le seul volcan encore en activité, sa dernière éruption remonte à 1951. L'archipel est soumis à un climat sahélien, c'est-à-dire à un climat subtropical aride. La température moyenne oscille entre 20 et 25°C. Le climat est entièrement conditionné par les vents, l'alizé du nord-est, peu humide, l'harmattan chaud et sec qui souffle de l'est, d'octobre à juin, et la mousson humide de l'Atlantique qui souffle en été et amène la pluie salvatrice. Les précipitations annuelles, concentrées durant la période d'août à octobre, n'excèdent pas 230 mm. Depuis 1968, l'archipel connaît de fréquentes sécheresses. La dernière remonte à 1994. La végétation, essentiellement arbustive, est clairsemée. La faune se limite à des lézards, des singes, des chèvres sauvages et des oiseaux. Les ressources minérales sont peu importantes : la pouzzolane, extraite des anciennes coulées de lave, est utilisée dans l'industrie du ciment ou sert d'isolant thermique. Les terres cultivables, soumises depuis des siècles à une agriculture intensive et aux aléas du climat sont dans l'ensemble peu productives.

POPULATION ET SOCIÉTÉ
En 1998, la population cap-verdienne est estimée à 399 857 habitants, dont plus de 50 p. 100 est concentré sur l'île de São Tiago. La densité moyenne est de 99 habitants par km², elle atteint 779 habitants au km2. Plus de 700 000 Cap-Verdiens vivent à l'étranger, aux États-Unis (250 000) ou en Europe. La population est essentiellement composée de métis descendants des anciens esclaves africains et des colonisateurs européens, les créoles (blancs) représentent 2 p. 100 de la population. La langue officielle est le portugais?; mais les Cap-Verdiens parlent une langue véhiculaire, le crioulo (créole portugais), forgé à partir du portugais et de différentes langues d'Afrique. La religion dominante est le catholicisme, pratiqué par 98 p. 100 de la population?; le protestantisme est pratiqué par moins d'1 p. 100 de la population.
Plus de la moitié de la population (57 p. 100) habite les centres urbains, dont les principaux sont Praia, la capitale, établie sur l'île de São Tiago, et Mindelo, sur São Vicente.

Institutions et vie politique
Devenant indépendant en 1975, l'archipel du Cap-Vert constitue un État unitaire avec la Guinée-Bissau, l'ancienne colonie portugaise la plus proche. Cet État est dirigé par le parti unique qui avait catalysé les sentiments nationalistes, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC), mouvement d'orientation marxiste. En 1980, les deux pays se séparent et le PAIGC se scinde en deux mouvements. La section cap-verdienne (PAICV) demeure parti unique jusqu'en 1990, date à laquelle est introduit le multipartisme. Le Mouvement pour la démocratie, parti d'opposition, est au pouvoir depuis 1991. La Constitution cap-verdienne, révisée depuis, présente une grande originalité : en raison du poids des émigrés dans la vie économique et politique du pays, ceux-ci élisent 6 députés à l'Assemblée législative et ne peuvent perdre leur nationalité s'ils se font naturaliser dans un pays étranger : on peut ainsi être citoyen cap-verdien tout en résidant à l'étranger.

Culture
Les îles du Cap-Vert ont donné naissance à une intéressante littérature de langue portugaise. Dès 1936, la revue Claridade est fondée. Elle publie des œuvres d'écrivains comme Baltasar Lopes. Plus proche de nous, l'écrivain Germano Almeida forge une œuvre originale. Le Cap-Vert connaît aussi des formes musicales à part entière, comme la morna (littéralement : nostalgie), un style musical sophistiqué emprunt de saudadismo, qui est au Cap-Vert ce que le fado est au Portugal. Cesaria Evora, Morgadinho et Teofilo Chantre en sont les meilleurs représentants. Le niveau culturel est plus élevé que dans les autres anciens territoires portugais, ce qui a valu à de nombreux Cap-Verdiens d'occuper des postes de petits fonctionnaires dans ces territoires à l'époque coloniale, mais aussi d'être à l'avant-garde de la lutte anti-coloniale.

ÉCONOMIE
Malgré de faibles atouts économiques, le Cap-Vert est le pays le plus riche de l'Afrique du Sahel, grâce aux revenus de l'émigration et à l'aide internationale, qui représentent plus d'un tiers du produit intérieur brut (PIB). En 1997, le PIB s'élève à 425,4 millions de dollars, soit un revenu annuel par habitant de 1 060 dollars. Le taux de croissance de l'économie cap-verdienne se maintient depuis 1985 autour de 4 p. 100, mais ce taux ne rend pas compte des déséquilibres économiques. Malgré ses handicaps, le Cap-Vert refuse de signer un plan d'ajustement structurel avec la Banque mondiale, qui entraînerait une hausse du chômage, touchant aujourd'hui 26 p. 100 de la population active.
En dépit des aléas climatiques et des sols globalement peu productifs, l'agriculture constitue la première activité de l'archipel. Elle occupe plus de la moitié de la population active et contribue pour 15 p. 100 au produit national brut. Maïs, patates douces, haricots et manioc, cultivés dans les vallées plus humides, sont les principales cultures vivrières. Le café, la canne à sucre et les bananes sont cultivés, dans les zones irriguées, pour l'exportation. La balance agricole est cependant traditionnellement déficitaire : 216 millions de dollars en 1996. De fait, 80 à 90 p. 100 des besoins alimentaires des îles sont couverts par les importations et l'aide alimentaire internationale. La pêche est peu développée, alors que les eaux sont très poissonneuses. Les exportations de poisson et de produits de la pêche sont en baisse constante depuis 1990 (1 000 t en 1993).

L'industrie se limite au raffinage du sucre, à la conserverie du poisson, à la fabrication de cigares et à la distillation de liqueurs. Les ports de Mindelo, sur l'île de São Vicente, et de Porto-Novo, sur l'île de Santo Antão, constituent des escales transatlantiques pour l'approvisionnement des navires en carburant. L'île de Sal abrite un aéroport international. Ce sont ces activités de service et les transferts de fonds des émigrés qui dominent l'économie. La monnaie du pays est l'escudo du Cap-Vert.

HISTOIRE
Les îles du Cap-Vert étaient probablement inhabitées lorsque les Portugais y abordent en 1456. Leur découverte est sujette à controverse, tantôt attribuée à des navigateurs vénitiens et génois, tantôt à des navigateurs portugais. Elles ont en revanche été fréquentées de longue date par les pêcheurs sénégalais. En 1460, le navigateur Diogo Gomes prend possession de l'archipel au nom du Portugal. Celui-ci devient domaine de la Couronne, après que les droits portugais sur les îles eurent été consacrés par le traité de Tordesillas, en 1494. Terre de marins, recrutés dès le XVIIe siècle pour la pêche à la baleine, escale pour les navires portugais en route vers le Brésil, le Cap-Vert devient également un important centre de la traite des Noirs vers l'Amérique?; le commerce des esclaves d'Afrique occidentale vers le Nouveau Monde transite essentiellement par le Cap-Vert. Les colons de l'archipel font également venir des esclaves du continent africain pour les faire travailler dans les plantations. Le peuplement des îles est tardif, São Vicente restant inhabitée jusqu'en 1727 et Sal jusqu'en 1781. L'abolition définitive de la traite en 1866 puis le détachement de la Guinée-Bissau en 1879 détruisent l'économie des îles et entraînent une forte émigration : émigration libre vers les États-Unis et forcée vers les colonies portugaises d'Angola et de São Tomé et Principe.

Cette émigration permanente est liée aux sécheresses meurtrières (16 au cours du XIXe siècle) que connaît l'archipel. La plus meurtrière est celle qui a sévi de 1831 à 1833 et qui a fait 30 000 morts. C'est dans l'exil que s'est constitué le nationalisme cap-verdien, dont le père fondateur est Eugénio Tavares (1867-1930), homme politique et fin compositeur de mornas. Les métis cap-verdiens ont également joué un rôle important dans les autres colonies portugaises d'Afrique : en Angola et au Mozambique, où ils sont souvent employés comme cadres administratifs en raison de leur niveau d'éducation élevé. L'indigénat n'a pas été appliqué aux îles du Cap-Vert. Néanmoins, les sécheresses du début du siècle (1903-1904, 1914), la fascisation du régime de la métropole avec l'arrivée au pouvoir des militaires en 1926 puis de l'Estado Novo de Salazar, la limitation de l'immigration aux États-Unis et en Europe interdisent toute autonomisation du pays. Le Cap-Vert connaît une des périodes les plus noires de son histoire dans les années quarante. Les portes de l'Amérique fermées, le quadrillage policier des Portugais, les famines successives (1941-1942, 1946-1948) qui tuent, selon certains historiens, environ 20 000 personnes (sur 150 000 habitants) dans l'indifférence générale, car le pays est fermé aux étrangers, entraînent des départs clandestins massifs de Cap-Verdiens vers le Sénégal, puis dans les années cinquante et soixante, vers l'Europe, notamment vers la France, les Pays-Bas et la Belgique, où se forment la plupart des cadres du mouvement indépendantiste. L'actuel président de la République est issu des Cap-Verdiens qui ont émigré en Belgique.

En 1951, à l'instar des autres possessions portugaises, le Cap-Vert devient un territoire d'outre-mer. Cinq ans plus tard, en septembre 1956, Amilcar Cabral, un ingénieur agronome cap-verdien né au Cap-Vert, formé à l'université de Lisbonne, fonde le parti africain pour l'Indépendance de la Guinée portugaise (future Guinée-Bissau) et du Cap-Vert (PAICG). À partir de 1959, il s'engage dans la lutte armée contre le colonisateur. Le mouvement, bien qu'Amilcar Cabral ne soit pas lui-même marxiste, prend une orientation nationaliste révolutionnaire et marxisante qui s'accentue après son assassinat à Conakry en janvier 1973. S'appuyant sur des sanctuaires situés en territoire sénégalais et en Guinée, la guérilla réussit à contrôler les deux tiers de la Guinée-Bissau, tandis qu'au Cap-Vert, le mouvement reste clandestin.
En 1975, après la révolution des Œillets au Portugal, le Cap-Vert et la Guinée-Bissau accèdent à l'indépendance et constituent un État commun, dirigé par Luis Cabral, le frère d'Amilcar. Des frictions opposent cependant assez vite îliens et continentaux. Après la séparation des deux pays, lors du coup d'État du 14 novembre 1980 en Guinée-Bissau, l'archipel est maintenu sous le régime du parti unique. Le Cap-Vert, bien qu'appartenant à la mouvance communiste, se rapproche des pays occidentaux - il dépend toujours de leur aide - et de l'Afrique du Sud. L'aérodrome de Sal sert notamment de lieu de ravitaillement aux avions sud-africains interdits d'escale dans les autres aéroports africains, en raison du boycottage lancé contre le régime d'apartheid. Une très forte opposition au régime se manifeste quand le PAICV décide d'autoriser l'avortement et de mettre en œuvre une réforme agraire. L'opposition se regroupe autour de l'Église catholique et du journal Terra Nova, tandis que les émigrés font pression économiquement sur le régime en cessant de rapatrier leur devises (en moyenne, 20 000 escudos par habitant entre 1990 et 1994).

En 1990, le PAICV accepte d'organiser des élections libres, persuadé de les remporter. Les élections démocratiques du 13 janvier 1991 sont finalement remportées par le Mouvement pour la démocratie (Movimento para a Democracia, MPD), le premier parti d'opposition dirigé par Carlos Veiga. Le 17 février 1991, Antonio Mascarenhas Monteiro est élu président de la République. En 1996, de nouvelles élections sont encore remportées par le MPD. L'élection présidentielle est la prochaine échéance électorale prévue pour 2001. Le président de la République, Antonio Mascarenhas Monteiro, et le chef du gouvernement, Carlos Veiga, gèrent une situation délicate. Économiquement, le pays dépend toujours de la diaspora cap-verdienne. La création en 1986 de l'IAPE (Instituto de apoio e proteção ao emigrante, «Institut pour le soutien et la protection des émigrants») et l'ouverture de comptes spéciaux pour drainer l'argent des émigrés et créer des infrastructures économiques ont permis une légère amélioration de la situation économique dans les îles les plus pauvres comme Boa Vista, Santo Antão et Maio, sans pour autant freiner les départs de population. L'agriculture est toujours incapable de subvenir aux besoins des Cap-Verdiens : en 1994, la sécheresse a détruit presque toutes les récoltes et en 1995, une invasion de criquets migrateurs a ravagé les cultures. Les récoltes des deux dernières années ont été médiocres. Sur le plan international, le Cap-Vert fait partie, depuis juillet 1996, de la Communauté des pays de langue portugaise, et ses 40 000 émigrés vivant au Portugal ont obtenu le droit de vote aux municipales dans ce pays soucieux d'éloigner son ancienne colonie des tentations de l'adhésion à la Communauté francophone.

Source :
Microsoft Encarta


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier