Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
DE 1982 A 1998

LE PAYS DE 1982 A 1998

Le Cap-Vert (0,3 millions d'habitants), cet archipel aride et extrêmement peuplé (plus de 80 ha/km² en moyenne, et beaucoup plus dans certaines îles) situé à 450 km à l'ouest de Dakar, se caractérise par une ancienne et considérable émigration de ses habitants, notamment vers les colonies portugaises d'Afrique (Angola, Mozambique), où ils ont joué un rôle important dans le développement des luttes pour l'indépendance. Cela explique l'orientation marxiste du parti au pouvoir et le soutien de l'URSS, de Cuba et de la RDA. Les ressources de l'archipel sont fort limitées, mais les Cap-Verdiens installés à l'étranger envoient des sommes relativement importantes aux membres de leur famille restés au pays.

Le Cap-Vert (335 000 habitants) est un archipel très peuplé à 450 kilomètres de Dakar, mais qui ne parvient pas à nourrir sa population: il y a sensiblement autant de Cap-Verdiens dans les Iles du Cap-Vert qu'à l'étranger (États-Unis, Brésil, Portugal, Europe, Afrique,...). Un tiers du revenu moyen par habitant (500 dollars environ en 1983) est ainsi fourni par les transferts de fonds des émigrés. En 1983, l'archipel du Cap-Vert a été de nouveau victime de la sécheresse, comme les autres pays de la zone sahélienne. Seule l'aide internationale permet à ce petit pays de survivre, en contribuant pour près de 50% à son produit intérieur brut et pour environ 80% à son approvisionnement alimentaire.

La capitale Praia a joué un rôle politique important en 1983 en favorisant les rencontres entre l'Angola et l'Afrique du Sud: il est vrai que l'Afrique du Sud connaissait le chemin de l'archipel puisque, au temps de la colonisation portugaise, elle y avait construit un aérodrome dans l'île de Sal pour la South African Airways, boycottée par l'Afrique noire.
Le Cap-Vert (320 000 habitants) est un archipel très peuplé - plus de 80 habitants au km² - mais qui dépend pour plus de 80% des importations alimentaires pour nourrir sa population. Traditionnellement, les Cap-Verdiens ont été condamnés à émigrer, après y avoir été "encouragés" par la puissance coloniale portugaise, avant l'indépendance. En 1985, on estimait à 500 000 le nombre de Cap-Verdiens vivant à l'étranger, en Afrique, en Europe, mais surtout aux États-Unis. Cette émigration assure, par le transfert de ses revenus économisés, plus du tiers du revenu national. Le Cap-Vert dépend par ailleurs de l'aide internationale pour les denrées alimentaires, comme pour ses investissements. Il a été à l'origine des "tables rondes" avec les pays donateurs et bailleurs de fonds, formule qui a ensuite été transformée et généralisée par la Banque mondiale dans les autres pays en développement.

Le Cap-Vert pratique également un système original de "capitalisation" de l'aide alimentaire qui consiste à affecter le produit de sa vente directe sur le marché local à un fonds d'investissement pour financer les projets de reboisement ou d'hydraulique rurale. M. Pedro Pires, Premier ministre depuis 1975, a fêté en 1985 le dixième anniversaire de l'indépendance du Cap-Vert.

Le Cap-Vert, situé à 630 kilomètres au large de Dakar, est un archipel de dix îles dont neuf sont habitées. 20% seulement des terres sont cultivables. Le pays compte 330 000 habitants, mais au début de 1985, on dénombrait environ 600 000 Cap-Verdiens vivant à l'étranger. Les mandats que ces émigrés envoient au pays représentent le tiers du revenu national. Le Cap-Vert dépend presque exclusivement de l'extérieur pour l'alimentation de sa population et pour ses investissements. Le pays fait partie de la Communauté économique pour le développement des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et du Comité inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS).

Le président Aristide Pereira, chef du parti unique, le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICU), a été réélu à la tête du pays le 13 janvier 1986, pour un nouveau mandat de cinq ans. Le Premier ministre Pedro Pires a été également reconduit dans ses fonctions par l'Assemblée nationale. Les deux hommes dirigent le pays depuis son indépendance en 1975.

Depuis son accession à l'indépendance (1975), le Cap-Vert a lancé un vaste programme de reboisement qui a mobilisé dix-sept mille paysans. Ce programme a été financé par les États-Unis, la Suède, l'Autriche, la France, la RFA et la CEE. Vingt-sept mille hectares ont été plantés. Pour l'année 1986, le gouvernement avait prévu de faire planter trois millions d'arbres sur cinq cents hectares.

L'aéroport international Amilcar Cabral de l'île de Sal est le principal poumon économique du pays: taxes d'aéroport, recettes provenant de l'entretien au sol des avions en escale, carburant... Les sanctions américaines contre l'Afrique du Sud dans le domaine des transports aériens ont été une véritable catastrophe pour le gouvernement de Praïa, car la compagnie sud-africaine South African Airways a suspendu ses quatre vols hebdomadaires en direction des États-Unis. Le Cap-Vert a perdu ainsi environ 300 000 dollars par mois.

Le 19 décembre 1986, l'Assemblée nationale populaire a adopté le deuxième plan de développement (1986-1990) qui prévoit notamment la création de 10 500 emplois. Le montant global des investissements prévus est de 33,375 milliards d'escudos Cap-Verdiens financés par emprunts (31,6%) et par les recettes de l'aéroport de Sal et les transferts monétaires de la diaspora (600 000 Cap-Verdiens vivent à l'étranger et 300 000 au pays).

Différentes initiatives ont eu pour but de réguler la politique alimentaire et économique du pays. C'est ainsi que le Conseil économique a créé, le 17 octobre 1987, un Fonds de stabilisation et de sécurité alimentaire (FESA) et que, le 15 octobre 1987, le Japon a mis à la disposition du Cap-Vert une aide financière de 25 millions FF destinée à combler son déficit alimentaire par l'achat et l'acheminement de riz et à relancer la pêche artisanale. Cette aide japonaise a été particulièrement appréciée par les autorités de Praia du fait de l'importance de la pêche dans l'économie du pays. Celle-ci mobilise en effet 1 173 barques dont 30% sont équipées de moteurs, et 50 bateaux de pêche industrielle ; elle emploie 3 306 personnes et apporte au pays 12 000 tonnes de poisson par an dont 9 000 tonnes produites par la pêche artisanale.

Par ailleurs, en février 1988, la France a accordé au gouvernement cap-verdien une aide de 4,2 millions FF destinée à accroître la capacité d'émission de la radio et à faire redémarrer les émissions de la télévision commencées en 1986 et qui venaient d'être arrêtées faute de moyens.

L'année 1988 a été marquée par la tenue en novembre du IIIe congrès du PAICV (Parti africain de l'indépendance du Cap-Vert). Préparé et attendu depuis longtemps, cet événement a permis de mesurer le chemin parcouru depuis l'indépendance. Son ambition était surtout d'envisager un futur. Le Cap-Vert, petit pays qui vit principalement de l'aide internationale, doit trouver des solutions pour être moins dépendant de celle-ci. Le régime capverdien qui est souvent cité comme référence pour ses efforts de développement et pour le pragmatisme de ses dirigeants, devrait ainsi connaître des changements qui se feront sans doute graduellement et en douceur. Ainsi, la préparation d'un code des investissements a été engagée et des facilités pourraient être données à des entreprises qui voudraient s'installer sur ces îles. Aristides Maria Peirera, chef de l'État et secrétaire général du Parti, n'a pas caché qu'il ne souhaitait pas rester longtemps au pouvoir. Qu'en sera-t-il dans une équipe où les différences idéologiques sont notoires? Le grand défi du Cap-Vert sera également démographique. Il reste bien entendu la solution de l'émigration, un acte qu'il faut faire accepter comme positif à ceux qui partent et qui restent si attachés à leur île natale. Les relations avec le Portugal ont repris de manière dynamique.

Après la tenue, en 1988, du troisième congrès du PAICV (Parti africain de l'indépendance du Cap-Vert), un processus d'ouverture démocratique a été annoncé en 1990. Celui-ci prévoit une révision de la Constitution devant aboutir à limiter le rôle dirigeant du parti au pouvoir, ainsi que des élections législatives qui renouvelleront l'Assemblée nationale populaire ; celle-ci, à son tour, élira le président de la République et désignera un Premier ministre.

Parallèlement à ses efforts pour attirer les investissements extérieurs, le pays a continué de bénéficier de l'aide internationale: américaine au plan alimentaire (maïs, riz) pour une valeur de 3,5 millions de dollars, et française (adduction d'eau potable pour la capitale), pour une valeur de 10 millions de francs. La Chine a entamé la construction d'un palais du gouvernement dans une zone nouvelle de Praia.

Enfin, le Cap-Vert a annoncé qu'il était disposé à nouer des relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud si des changements démocratiques s'y confirmaient.

Le pays a vécu une alternance politique radicale avec l'effacement du Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV) et l'arrivée au pouvoir de l'opposition incarnée par le Mouvement pour la démocratie (MPD). La démocratisation s'est amorcée en avril 1990. Sous la pression de l'opposition, le PAICV a annoncé des élections législatives et présidentielles au suffrage universel. Les premières ont eu lieu en janvier 1991 et ont vu la déroute du parti au pouvoir, le MPD remportant plus des deux tiers des 79 sièges à pourvoir. Les secondes se sont déroulées en février et ont confirmé le choix fait par les électeurs un mois auparavant: le candidat du PAICV, le président Aristides Pereira, a été battu par celui du MPD, Antonio Mascarenhas Monteiro, ancien juge à la Cour suprême, qui est donc devenu chef de l'État. Cette alternance par la voie électorale a constitué une première en Afrique.

Au plan économique, le Cap-Vert s'est vu attribuer, en avril 1990, 32,4 millions de dollars dans le cadre de la convention Lomé IV pour l'urbanisation de Praia, la capitale.

La situation politique cap-verdienne a été marquée en 1991-1992 par la présentation d'un avant-projet de Constitution renforçant les pouvoirs de l'Assemblée nationale mais limitant l'influence du président de la République dans la conduite de la politique générale. L'ancien parti unique, le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV), évincé du pouvoir en 1991, s'est transformé en Parti "social-démocrate".

Au plan économique, la campagne agricole 1991-1992 a été très mauvaise. Le déficit vivrier a été partiellement comblé grâce à l'aide internationale. Un plan de développement du secteur piscicole a été élaboré par le gouvernement.

La coopération avec les États-Unis a été renforcée, notamment en ce qui concerne la lutte contre le trafic de drogue dont l'Afrique de l'Ouest est désormais considérée comme une plaque tournante. Des relations diplomatiques au niveau consulaire ont été établies avec l'Afrique du Sud en novembre 1991.

Deux ans après son arrivée au pouvoir par la voie des urnes, le Mouvement pour la démocratie (MPD) a décidé d'accélérer les réformes économiques, en annonçant, en janvier 1993, la mise en oeuvre d'un processus de libéralisation générale. Étalé sur une période de quatre ans, il a été prévu que celui-ci s'accompagne d'une réduction de 50% des effectifs de la fonction publique (12 000 agents); "sans qu'il y ait licenciements". Il a par ailleurs été annoncé l'ouverture d'un débat national sur l'avortement, légalisé dans les années quatre-vingt.

Praïa a encore consolidé ses relations avec les États-Unis qui se sont engagés, dans le cadre d'un programme pluriannuel (1992-1996), à fournir annuellement au Cap-Vert 15 000 à 20 000 tonnes de produits alimentaires. La construction d'un aéroport international dans la capitale semble, enfin, être entrée dans sa phase active, grâce, en particulier, à un prêt de 9 millions de dollars (28% du coût total) accordé en août 1992, par la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA).

La libéralisation de l'économie a suivi son cours avec l'accélération de la privatisation des entreprises d'État, le gouvernement ayant autorisé, en juin 1993, les investisseurs étrangers à prendre le contrôle des entreprises à privatiser en leasing, pour une durée de cinquante ans. En janvier 1994, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) a accordé, en plus des 37 millions de dollars américains déjà mis à la disposition du pays, un prêt de 8 millions de dollars couvrant 80% du coût total d'un projet d'amélioration des transports.

Au plan politique, les dissensions au sein du Mouvement pour la démocratie (MPD), le parti au pouvoir, ont été à l'origine d'un remaniement ministériel le 4 mars 1994, les deux nouveaux ministres - de la Justice et de la Santé - n'appartenant pas au MPD. Un ministère supplémentaire a, par ailleurs, été créé, celui de l'Emploi, de la Jeunesse et de la Promotion sociale.

Premier pays d'Afrique où l'alternance est sortie du verdict des urnes, en 1991, le Cap-Vert a perdu de son exemplarité. Les luttes intestines qui minent le Mouvement pour la démocratie (MPD, au pouvoir depuis les élections législatives du 13 janvier 1991) ont en effet provoqué, en décembre 1994, un nouveau remaniement ministériel - le sixième en quatre ans. Une dissidence du MPD est même entrée en opposition, en fondant, en mai 1994, le Parti pour la convergence démocratique (PCD).

La campagne électorale a bel et bien commencé, deux ans avant les élections générales prévues pour 1996, le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV, ex-parti unique) espérant bien, à cette occasion, revenir aux affaires. L'opposition a notamment critiqué l'ultra-libéralisme d'un gouvernement qui n'est pas parvenu à endiguer le chômage (25% de la population active), à améliorer le système éducatif (28,4% d'illettrés) et à attirer des capitaux étrangers. Très attendus pour le développement de la pêche, du tourisme et la reprise d'entreprises publiques privatisées, les rares investisseurs se limitent encore à la diaspora cap-verdienne (700 000 émigrés), deux fois plus nombreuse que la population résidant dans l'archipel.

Sorti victorieux en 1991 de la première expérience africaine d'alternance démocratique, le président Antonio Mascarenhas Montero s'est retrouvé, le 18 février 1996, seul candidat à sa succession... Ainsi un fort taux d'abstention (60 %) a-t-il marqué sa réélection, sans enjeu. Au pouvoir depuis 1991, le Mouvement pour la démocratie (MPD) a remporté 50 des 72 sièges du Parlement, à l'issue des élections législatives du 17 décembre 1995. A nouveau battu lors des élections municipales, le 21 janvier 1996, le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV, ex-parti unique), principale formation d'opposition, n'a pas jugé utile de présenter un candidat pour l'élection présidentielle.

Tandis que les réformes économique libérales se sont poursuivies, près de la moitié des 400 000 habitants de l'archipel ont continué de vivre en dessous du seuil de pauvreté; leur subsistance dépendait, de plus en plus, d'une diaspora (700 000 personnes) particulièrement nombreuse aux États-Unis.

Comme la Guinée-Bissau, le Cap-Vert, ancienne colonie portugaise, est entré dans la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), créée le 17 juillet 1996 à Lisbonne. Il souhaitait également devenir membre de l'Agence de la francophonie (ex-Agence de coopération culturelle et technique), avec l'objectif affiché de "nouer des relations avec un plus grand nombre de pays" - et d'éventuels bailleurs de fonds. Le consensus avec l'opposition recherché sur cette question par le Mouvement pour la démocratie (MPD, au pouvoir) ne s'est pas fait, en raison d'un climat politique tendu.

Engagé dans la voie libérale, ce petit pays est l'un des rares, dans la sous-région, à n'avoir pas signé de programme d'ajustement structurel avec la Banque mondiale. L'inflation s'est maintenue à 6 % en 1996 (6,2 % en 1995), et le déficit budgétaire est passé de 14 % à 4,4 % du PIB. Mais le Cap-Vert est demeuré l'une des plaques tournantes du trafic de cocaïne en Afrique de l'Ouest.

Source :
L'Etat du monde, 1982-1998


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier