Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
PRESSE INTERNATIONALE

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Points de repère

POPULATION: 327 000 habitants (tous les chiffres, sauf mention contraire, sont de 1985.

PNB/HAB.: 430 dollars.

AIDE PUBLIQUE AU DÉVELOPPEMENT/HAB.: 194 dollars (1984), Origine de l'aide, y compris l'assistance alimentaire (entre 1975 et 1984): États-Unis, OPEP, Suède, Pays-Bas, RFA, PNUD, France.

ESPÉRANCE DE VIE: soixante-quatre ans (1984).

TAUX DE MORTALITÉ INFANTILE: 76 %o (1983).

PRAGMATISME ET VOLONTÉ D'INDÉPENDANCE, 1987
Le singulier cheminement du Cap-Vert

BESSIS SOPHIE

ARCHIPEL perdu en plein Atlantique à 400 kilomètres à l'ouest de Dakar, et ancienne colonie portugaise devenue indépendante en 1975, le Cap-Vert est un Etat singulier en Afrique. Extrêmement pauvre, le pays a néanmoins réussi à sortir du stade de la survie; il fait actuellement figure de laboratoire du développement. Dépendant à 90 % de l'aide extérieure, il est cependant parvenu à renforcer son indépendance.

Sous la direction d'un parti unique à la gestion prudente et qui a laissé se développer une certaine vie démocratique, le Cap-Vert reste un cas atypique. Trop sans doute pour avoir valeur d'exemple.

Ils ne sont pas très grands mais enfin, ils ont poussé, interrompant de leurs taches vertes l'étendue noire de la pierraille. Chaque acacia vivant est une victoire, et on le soigne ici comme on le ferait d'un enfant. Il a plu, il est vrai, à la saison dernière, et le Cap-Vert commence, en partie du moins, à mériter son nom. Mais, si l'on n'avait pas planté avec acharnement, l'eau si longtemps attendue n'aurait arrosé que la roche. Tandis que la désertification avance à grands pas sur le continent voisin, elle recule dans cet archipel perdu en plein Atlantique. Cette timide transformation du paysage donne la mesure du travail accompli en dix ans: pour la première fois depuis l'indépendance, les dirigeants de cet Etat lilliputien estiment que leur pays est sur la voie du développement, et ce jugement prend tout son sens lorsqu'on sait combien ils se gardent de céder à l'autosatisfaction.

Pourtant, rien ne laissait prévoir, le 5 juillet 1975, quand le drapeau portugais fut définitivement amené après cinq siècles de présence, que cette poussière d'îles au large du Sénégal, dont neuf sont habitées, serait considérée, onze ans plus tard, comme une des rares expériences africaines de développement en voie de réussite. Quittant les maquis de Guinée-Bissau et les capitales qui les avaient accueillis, les dirigeants du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), orphelins depuis deux ans d'Amilcar Cabral, viennent prendre possession d'un archipel dont ils sont presque tous originaires et dont ils connaissent l'insondable pauvreté: un peu d'agriculture à Santiago, l'île la plus vaste et la plus proche de la côte africaine, à Fogo sur les pentes du volcan, à Sao-Antao dans les étroites vallées qui entaillent les montagnes, à Sao-Nicolau; ailleurs, un peu de pêche et d'exploitation du sel; aucune ressource qui permette un décollage. Les quelque trois cent mille Capverdiens qui viennent d'accéder au rang de nation vivent des mandats que leur envoient les émigrés disséminés aux quatre coins du monde, aussi nombreux à l'étranger que les citoyens demeurés au pays.

Point de richesses, tout au plus peut-on parler de quelques atouts: un niveau d'éducation nettement supérieur à la moyenne africaine dans cette population largement métissée dont les Portugais ont fait un vivier d'employés et de petits cadres pour assurer l'administration de leur empire africain; une homogénéité culturelle et sociale qui évite au pouvoir d'avoir à arbitrer des conflits d'intérêts au lendemain de l'indépendance.

Le Cap-Vert, d'ailleurs, n'a pas vocation à l'isolement: des liens organiques l'unissent à la Guinée-Bissau voisine gouvernée par le même parti, et l'on envisage de réaliser par étapes l'unité entre les deux pays. Mais cet espoir est vite balayé: en novembre 1981, un coup d'Etat chasse Luiz Cabral du pouvoir à Bissau et renvoie dans leur archipel d'origine les nombreux cadres capverdiens qui peuplent les instances dirigeantes guinéennes. Le coup est rude pour des dirigeants nourris par la mystique de l'unité forgée dans la lutte. Ils s'y résignent et tentent d'expliquer à leur peuple qu'il lui faut désormais cheminer seul.

Le pays s'est déjà mis au travail: de 1976 à 1980, le produit intérieur brut (PIB) a augmenté en termes réels de 11 % par an et l'investissement annuel a été multiplié par 3,5, tandis que la consommation s'est accrue de 40 %. Les conditions de vie se sont améliorées partout. Sont-ce les lourdes et austères maisons construites de blocs de pierre volcanique, la propreté méticuleuse des rues et des abords des demeures, l'absence d'enfants au ventre ballonné qui font la différence? On a déjà l'impression, au début des années 80, d'observer une société qui n'en est plus au stade de la survie et qui manifeste d'autres besoins que ceux de la simple subsistance.

Mais l'émigration, toujours aussi forte, ne parvient pas à réduire un chômage qui frappe près du tiers de la population active, la production agricole locale satisfait à peine 10 % des besoins nationaux, les exportations ne couvrent que 11 % des importations: les chiffres sont là pour rappeler que le Cap-Vert présente tous les caractères d'un pays sous-développé.

Avant de se lancer dans une politique de planification à long terme, l'équipe dirigeante, nourrie de culture marxiste, s'attache toutefois à organiser l'Etat avec prudence et réalisme. Ce pragmatisme régulièrement réaffirmé, cette dialectique constante entre le possible et le souhaitable, sont des caractéristiques majeures de l'élite politique capverdienne où se côtoient les vétérans de la lutte de libération et les jeunes cadres ayant plus tardivement rejoint ses rangs, les anciens employés de l'administration portugaise qui ont lu Lénine et Cabral dans les maquis et les diplômés des grandes écoles occidentales. Même en politique étrangère, les affinités idéologiques sont difficiles à discerner, et si les énormes ambassades d'Union soviétique et de Chine contrastent avec la relative modestie de celles des Etats-Unis ou du Portugal, les relations avec Washington sont au beau fixe. Praia a trop besoin de l'Occident pour se risquer à l'indisposer par un alignement trop tranché.

Quand le parti unique encourage la vie démocratique

SUR le plan intérieur, l'organisation des pouvoirs est un savant dosage entre des exigences contraires: le régime de parti unique auquel tenait l'équipe dirigeante a été instauré, et le PAIGC, devenu Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV) après la rupture avec la Guinée, est officiellement chargé de conduire le peuple vers des lendemains meilleurs. Mais si l'on trouve ses cellules dans la plus modeste des localités, si tout personnage de quelque importance en est membre, il ne s'est pas efforcé de régenter autoritairement la société, et ses "organisations de masse" n'enrôlent pas dans leurs rangs la totalité d'une jeunesse qui juge avec une étonnante liberté l'action du régime.

La Constitution promulguée en 1979 donne au PAICV le privilège de choisir les candidats à la députation, qui n'en sont d'ailleurs pas forcément membres. Mais, au cours de véritables "primaires" qui se déroulent dans tout le pays, la population participe largement au choix de ses représentants. Fait unique sous ces latitudes, le monopartisme n'a pas tué toute vie démocratique. Si les dirigeants sont entourés d'un réel respect, on chercherait en vain les traces d'un quelconque culte de la personnalité du président ou du premier ministre. Il est vrai que l'hommage constant à la mémoire d'Amilcar Cabral joue comme un garde-fou: le seul culte licite est celui officiellement voué au "fondateur de la nationalité", comme on appelle le dirigeant défunt.

Mais la permanence d'un régime de parti unique ne risque-t-elle pas de scléroser une société qui a fait preuve jusqu'ici d'une étonnante créativité? Cette question fait elle-même partie du débat politique, et, si l'appareil du parti n'apparaît pas pressé d'abandonner sa prééminence, les plus hauts responsables de l'Etat affirment volontiers que le monopartisme correspond à la providentielle homogénéité ethnique, culturelle et sociale du pays, mais que si le développement des contradictions internes le rend un jour caduc, le pluripartisme s'imposera de lui-même.

"Le parti unique nous fait gagner du temps, mais l'essentiel est de doter l'Etat d'une légitimité", soulignent-ils. L'évolution constatée depuis l'indépendance semble d'ailleurs consolider la prépondérance de ce dernier sur le parti, et l'Etat se sent désormais suffisamment solide pour commencer d'accorder une réelle autonomie de gestion aux différentes îles, sans craindre que cette évolution ne favorise l'émergence de contre-pouvoirs. Ceux-ci, au demeurant, existent déjà: dans ce pays profondément catholique, la puissante hiérarchie ecclésiastique dispose d'une presse qui ne fait guère preuve de tendresse envers le régime. La récente polémique autour de la loi dépénalisant l'avortement a montré qu'elle n'hésitait pas à "monter au créneau". Débats salutaires qui obligent souvent le gouvernement à s'expliquer sur le sens de ses initiatives.

Ayant habilement su jusqu'ici composer avec le réel, le pouvoir capverdien est également parvenu à ne pas tirer sa légitimité de la seule lutte de libération, mais à l'"actualiser" sans cesse en s'efforçant de répondre aux nouvelles aspirations engendrées par onze ans d'indépendance... et en tenant la gageure de demeurer "propre": malgré la faiblesse des rémunérations dans la haute fonction publique, la corruption est ici un phénomène à peu près inconnu. Cette honnêteté peu commune a non seulement permis aux dirigeants d'être acceptés par leur peuple, mais a séduit les donateurs.

En 1982, en effet, est lancé le premier plan de développement dont le succès dépend à 90 % du financement extérieur. Il ne se réduit pourtant pas à un catalogue de projets soumis au bon vouloir des bailleurs de fonds, mais s'efforce de jeter les bases d'une politique économique destinée avant tout à réduire la dépendance vis-à-vis de l'étranger. Trois secteurs doivent, selon les planificateurs, absorber les deux tiers de la formation de capital fixe prévue pour la période 1982-1986: le développement rural, l'industrie et les transports et communications.

Dans le domaine agricole, la persistance de la sécheresse n'a guère permis d'obtenir des succès spectaculaires, et le déficit céréalier est une donnée structurelle de l'économie capverdienne: la production de riz et de blé est nulle, celle de maïs est dérisoire par rapport aux besoins; dans les meilleurs conditions possibles, le pays pourrait produire 15 500 tonnes de céréales pour une consommation estimée à près de 71 000 tonnes en 1986.

En couvrant 70 % des besoins d'importations, l'aide alimentaire a joué un rôle majeur, permettant de substantielles économies en devises et fournissant de la nourriture en quantité suffisante à l'ensemble de la population. Mais, mis à part quelques cas exceptionnels, elle n'est pas octroyée gratuitement. Le gouvernement a perfectionné comme nulle part ailleurs le système "vivres contre travail", son objectif étant de réduire par ce biais le chômage rural et de freiner l'exode vers les villes. L'aide a permis d'employer des dizaines de milliers de ruraux désoeuvrés à la protection du fragile écosystème montagneux: partout terrasses et diguettes ont été édifiées pour empêcher l'érosion.

Le réseau routier existant a également été rénové, tandis que de nouvelles routes étaient ouvertes dans les îles les plus cloisonnées. Pendant la morte saison agricole, on peut ainsi voir des théories d'hommes et de femmes transportant des pavés pour en revêtir les chaussées. Car, puisque seule la pierre existe en abondance, c'est en pierre que toutes les routes sont construites. Dans le domaine industriel, les résultats sont plus mitigés: tentant de valoriser l'exceptionnelle situation géographique du pays, le gouvernement s'est lancé dans la construction de chantiers de réparation navale à Mindelo, la seconde ville du pays, mais la crise de la navigation internationale n'a pas permis de rentabiliser le plus gros projet industriel réalisé au cours du 1er plan.

Croissance trop rapide de la population

EN termes financiers, celui-ci a été réalisé à 67 %, mais si le rapport du PIB aux dépenses est passé de 48 % en 1977-1979 à 67 % en 1984, accroissant le taux d'autosuffisance de l'économie, 3 000 emplois permanents seulement ont été créés au lieu des 6 000 prévus, et les exportations n'ont atteint que 28 millions de dollars au lieu des 42 millions espérés. L'aide étrangère, qui s'est montée à 260,5 millions de dollars pour la période 1982-1985, a assuré 80 % de l'investissement.

La population a largement bénéficié des résultats obtenus: le taux de scolarisation s'est massivement accru, bien que l'analphabétisme reste important chez les adultes; la couverture sanitaire de base est assurée; on mange partout à sa faim et, grâce au développement de l'irrigation et à l'augmentation de la productivité agricole, l'autosuffisance est aujourd'hui acquise pour le manioc, les tubercules, les cultures maraîchères et le petit élevage.

Mais, tout en affichant leur satisfaction, et sans être insensibles aux compliments que leur prodiguent les bailleurs de fonds, les autorités ne voient pas l'avenir sans une certaine inquiétude. Le Cap-Vert a réussi la gageure de dépendre à 90 % de l'étranger tout en renforçant son autonomie de décision grâce à une gestion judicieuse des apports extérieurs. Mais de nouvelles contraintes apparaissent: la croissance trop rapide de la population risque de remettre en cause un progrès social durement acquis; l'étroitesse d'un marché intérieur réduit à moins de 350 000 personnes interdit tout développement industriel d'envergure; la faiblesse des ressources accroît le chômage, tandis que le besoin croissant d'aide extérieure creuse le déficit du budget et celui de la balance des paiements, contenus jusqu'ici dans des limites raisonnables. Le pays doit rentabiliser ses maigres avantages comparatifs, donc s'ouvrir davantage sur l'extérieur, tout en empêchant l'accélération d'un processus de différenciation sociale pour le moment très limité. Le pari est d'autant plus difficile à tenir que les revenus tirés de l'émigration et de l'aérodrome de Sal qui servait d'escale aux avions sus-africains en route pour l'Europe et l'Amérique jusqu'à l'instauration du boycottage par les Etats-Unis ont fortement diminué.

Le 11e plan, qui couvre la période 1986-1990, se propose donc de réduire les déficits en encourageant les activités exportatrices grâce à la promulgation d'un code des investissements libéral, de limiter les dépenses publiques tout en accroissant l'offre d'emplois, d'encourager le secteur privé et les investissements étrangers tout en maintenant le pouvoir d'achat. Il met l'accent sur le développement du tourisme et de la pêche et sur la rentabilisation de l'aérodrome de Sal et des chantiers navals de Mindelo. Plusieurs actions sont prévues au chapitre des économies: la croissance des dépenses de l'administration devra être inférieure à 5 % par an, les subventions à la consommation des produits et services de base seront réduites, tandis que les couches les plus favorisées de la population devront assumer une plus grande part des dépenses d'éducation et de santé. Mais il n'est pas évident que l'opinion l'accepte. L'annonce d'une réforme de l'enseignement introduisant une sélection à l'entrée de chaque cycle a déjà provoqué au début de décembre 1986 une flambée de colère chez les jeunes de Mindelo, ville traditionnellement frondeuse, qui ont manifesté dans la rue leur mécontentement.

Le IIe plan a été présenté aux donateurs lors d'une table ronde qui les a réunis à Praia en décembre dernier, et tous se sont déclarés prêts à renforcer leur assistance en acceptant les critères définis par le gouvernement. Philanthropie? Pas tout à fait. Le Cap-Vert semble faire pour les pays du Nord et les organisations multilatérales office d'alibi: ne représentant aucun enjeu stratégique ou économique important, mais réputé sérieux, il peut être aidé intelligemment sans que son développement menace quelque intérêt que ce soit, et on le présente volontiers comme la vitrine d'une coopération exemplaire. Son atypie géographique, économique et ethnique est pour lui la meilleure garantie de la poursuite de l'aide.

Quoi qu'il en soit, le processus de développement entamé en 1975 ne semble plus pouvoir faire l'économie d'un certain nombre de distorsions. Telle est, selon les gouvernants, la rançon du mieux-être. Sauront-ils éviter, toutefois, qu'elles n'engendrent des frustrations porteuses d'orages? Après celle de la survie, une seconde victoire qui aboutirait à créer une prospère économie de services et d'échanges sans sacrifier l'idéal égalitaire et l'exigence démocratique achèverait de singulariser le Cap-Vert dans un ensemble ouest-africain avec lequel il aspire pourtant à resserrer ses liens pour rompre un isolement douloureusement ressenti.

Les Africains, quant à eux, observent ce singulier archipel en se demandant quelle étrange alchimie a pu lui donner tant d'énergie, des dirigeants qui n'ont pas peur de leur peuple et la possibilité d'envisager l'avenir sans désespoir. Trop petit pour être jalousé ou avoir valeur d'exemplarité, le Cap-Vert fait aujourd'hui figure de laboratoire du développement. Au-delà de sa puissante spécificité insulaire, c'est peut-être là que réside sa plus grande originalité.

Dossier: Afrique des malédictions, espoirs des Africains, 1993
Le Cap-Vert, terre d'exil

DEGIOANNI BERNARD

LA guerre du Golfe aura joué un mauvais tour au Cap-Vert: en janvier 1991, le Parti africain de l'indépendance du Cap-Vert (PAICV) a abandonné le pouvoir au profit du Mouvement pour la démocratie (MPD), dans l'indifférence générale. Le PAICV mettait fin sans violences à dix-huit années d'un régime monolithique en se conformant aux résultats des premières élections législatives pluralistes organisées depuis l'indépendance en 1975.

Aujourd'hui, deux ans après cette victoire, le MPD, né spontanément en pleine campagne électorale, continue à se structurer. "Il faut transformer le MPD en parti de gouvernement", affirme le premier ministre, M. Carlos Veiga qui a procédé, le 10 mars dernier, à un troisième remaniement ministériel pour couper court aux dissensions internes. Le ministre des affaires étrangères, M. Jorde Carlos Fonseca, chef de file de la tendance radicale, a été limogé. Le PAICV joue sur le mécontentement populaire. "Trop de promesses ont été faites et peu ont été tenues", affirme son secrétaire général, M. Pedro Pires, ancien premier ministre. Le PAICV revendique l'initiative de l'instauration du multipartisme en 1990 et des réformes économiques que le MPD applique.

Fin janvier 1993, M. Veiga a annoncé la privatisatsion des principales entreprises d'Etat, à l'exception, notamment, de l'Agence de sécurité aérienne (ASA) et de la Société d'électricité et des eaux (ELECTRA), considérées comme "stratégiques". Toutefois, sous la pression sociale, il est revenu sur sa décision de réduire de moitié les effectifs de la fonction publique, estimés à 12 000 personnes. Aucun fonctionnaire ne sera engagé en 1993 et des incitations financières au départ devraient être annoncées.

Le PAICV ne pardonne pas au MPD de "nier l'histoire du Cap-Vert et d'effacer les traces de la lutte victorieuse pour l'indépendance". M. Pires cite le changement du drapeau national, le projet de modifier l'hymne national et le remplacement des statues et des noms de rues évoquant les personnalités qui conduisirent le pays à l'indépendance. Le régime marxiste imposé par le PAICV, au lendemain de cette indépendance, n'a jamais été totalitaire. Le Cap-Vert n'a jamais eu de prisonniers politiques. Il est aussi le seul pays d'Afrique qui ne connaisse pas la corruption. Non pas parce qu'il est pauvre, mais parce que les gens y sont honnêtes. La pauvreté, on la combat par l'exode: sur une population d'un million de personnes, 700 000 vivent à l'étranger. LE Cap-Vert reçoit 85 millions de dollars par an au titre de l'aide extérieure, ce qui représente le montant le plus élevé d'Afrique si on le rapporte au nombre d'habitants. Sans industrie, ni commerce, ni matières premières, il fait partie des pays les moins avancés (PMA). Sa production vivrière, constituée de maïs et de haricots, ne couvre que 15 % des besoins. Il lui faut donc compter sur une aide alimentaire structurelle. Les denrées fournies par la communauté internationale sont revendues par l'Etat pour faire face à ses obligations sur le plan intérieur. Une partie des revenus provient des fonds envoyés par les Cap-Verdiens exilés, soit 20 % du PIB (qui varie entre 500 et 700 dollars par an et par habitant), et des droits d'atterrissage perçus à l'aéroport international de l'île de Sal où, même au plus fort de l'apartheid, les avions sud-africains se posaient. La dette extérieure est de 130 millions de dollars.

Reste enfin l'éternelle question: le Cap-Vert est-il un pays africain? A Praia, la capitale, les maisons ocres, bleues, jaunes, roses, regroupées autour des places, font penser au sud de l'Europe. Au XVe siècle, les Portugais en ont été les premiers habitants. Il a ensuite servi de plaque tournante pour la traite des Noirs entre l'Afrique et l'Amérique. Les dix îles ont été aussi une escale maritime, ce qui a accentué cette étonnante palette de couleurs de peau que l'on voit dans les rues, et qui vont du blanc clair au noir ébène. Les musiques cap-verdiennes - le founana, la coladeira et la mazurka - font penser à l'Amérique latine.

Source :
Le Monde Diplomatique, 1987-1997


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier