
BILAN ECONOMIQUE ET SOCIAL
Le Mouvement pour la démocratie (MPD) du président Mascarenhas et du premier ministre Carlos Veiga a
remporté les élections législatives et présidentielle de décembre 1995 et février 1996, battant pour la seconde
fois consécutive le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV) et garantissant ainsi la stabilité
politique de l'archipel.
Si l'on prend en considération la totale absence de ressources naturelles de l'archipel, le Cap-Vert affiche une
santé économique insolente, avec une croissante annuelle d'environ 4%, depuis quatre ans. La création d'une
zone franche et la mise sur pied d'une structure d'accueil pour les investisseurs étrangers témoignent d'une
volonté de libéralisation qui se manifeste également par la privatisation de plusieurs Société d'Etat, dont celle
des télécommunications cédée en partie à la compagnie portugaise de téléphone.
Mais cette situation repose essentiellement sur les transferts de fonds opérés en direction de l'archipel par la
communauté émigrée qui compte 700000 membres résidant pour la plupart au Portugal et aux Etats Unis. Ce
sont ces transferts, auxquels s'ajoutent l'aide internationale, qui permettent au Cap-Vert de maintenir en état
les infrastructures nécessaires à la vie sur ces îles à la terre ingrate: l'accès à l'eau potable n'est ainsi possible
que grâce à la construction de stations de désalinisation de l'eau de mer. La question se pose donc de savoir si
la diminution enregistrée de l'aide internationale sera compensée par un flux d'investissements étrangers.
Dépourvues de toutes ressources naturelles, luttant en permanence contre la sécheresse, les îles du Cap-Vert
peuvent pourtant s'enorgueillir d'abriter les habitants les plus riches d'Afrique de l'Ouest. Cette prospérité est
relative, puisque le PIB par habitant dépasse à peine 1 000 dollars et que le chômage touche le quart de la
population active. Elle est aussi totalement dépendante de l'extérieur, le taux de couverture des importations
n'étant que de 5 % alors que la balance des paiements est très largement excédentaire grâce aux transferts de
fonds en provenance de la diaspora. Un demi million de Cap-Verdiens vivent en effet en exil, plus que la
population demeurée sur l'archipel.
Mais il faut également reconnaître que la politique libérale du gouvernement porte ses fruits. Des entreprises
portugaises de confection et de chaussures se sont établies au Cap-Vert et plusieurs investisseurs européens
ont lancé des projets touristiques. Un important programme de privatisation devrait toucher dans les mois à
venir la compagnie aérienne, instrument indispensable de communication entre les îles, et Electra, qui fournit
l'archipel en électricité et en eau dessalée.
La politique budgétaire, qui limite le déficit à moins de 5 % du PIB, permet au Cap-Vert d'entretenir d'excellentes
relations avec les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds, qui soutiennent
particulièrement les initiatives de lutte contre la sécheresse.
A l'écart des bouleversements qui agitent le continent, le petit archipel lusophone continue sur la voie d'un développement lent, handicapé par son isolement et le manque de ressources en eau, financé par les transferts de fonds venus des communautés établies au Portugal et aux Etats-Unis dont le nombre dépasse celui des Cap-Verdiens vivant dans l'archipel. Depuis le 5 juillet 1998, la monnaie cap-verdienne est liée à l'escudo portugais sur le modèle des liens unissant le franc CFA au Trésor français. Cette nouvelle convertibilité devrait favoriser les investissements internationaux. Ceux ci restent modestes en raison de la petite taille des entreprises offertes à la privatisation, mais le gouvernement n'a pas dévié de sa ligne libérale et la compagnie aérienne, après les banques, les complexes touristiques et les entreprises agroalimentaires, devrait être privatisée en 1999.
En dehors de l'agriculture de subsistance sinistrée par le manque d'eau, l'activité économique se concentre autour du tourisme et de la pêche. Le Cap-Vert dispose d'une zone économique très étendue et encore sous-exploitée, contrairement aux régions côtières d'Afrique de l'Ouest. Quant au tourisme, 45 000 personnes ont visité le CapVert en 1997, un chiffre encore modeste, mais les autorités prévoient que le secteur devrait passer de 3 % à 4,5 % des ressources en devises d'ici à l'an 2000.
Le tumulte guerrier de l'extrême Ouest africain épargne ce petit archipel lusophone. Son insolite quiétude lui
vaut un oubli qui n'est compensé que par la renommée de Cesaria Evora. En février 2000, le choix du nouveau
premier ministre -Antonio Gualberto do Rosario, l'actuel numéro deux du gouvernement, et Iacinto Santos, le
maire de la capitale, Praia, sont en lice -devrait y susciter un peu d'animation.
Par sa « normalité », le Cap-Vert a fini par forcer un certain respect. A la Banque mondiale, on s'enthousiasme
pour ses « incroyable, » performances. Ainsi, en 1999, la croissance économique devrait atteindre 8% bien que
l'inflation soit contenue à 3 %. Les caisses de l'Etat ont bénéficié des privatisations réussies du secteur pétrolier
ou des télécommunications. D'ici à 2002, vingt-trois entreprises publiques devraient être cédées.
Cette vertu libérale ne sert aucunement, comme trop souvent chez ses voisins, à masquer l'indigence d'une
politique sociale. Le programme national de développement 1997-2000 semble connaître des résultats plutôt
encourageants en termes de lutte contre la pauvreté. Les grands chantiers se multiplient: aéroports, ports de
pêche, établissements scolaires, etc. Mais les besoins restent immenses : près de 60% des Cap-Verdiens n'ont
toujours pas accès à l'eau courante et 70% sont privés d'électricité.
2000
En remportant les élections municipales de février 2000, le Parti africain pour l'indépendance du Cap-Vert (PAICV, ex-marxiste) a probablement posé le premier jalon d'un retour aux affaires en 2001. Ainsi, le premier ministre Carlos Veiga a cédé face aux coups de boutoir de cette opposition ragaillardie, en démissionnant le 2 octobre 2000. Le scrutin présidentiel de février 2001 tient en haleine le monde politique, alors que les écueils s'accumulent: la flambée dévastatrice des cours du pétrole, la dépréciation de la monnaie nationale -une parité fixe est établie entre les escudos cap-verdien et portugais depuis 1998 et une possible éruption volcanique.
Pourtant, l'archipel tire mieux son épingle du jeu que ses voisins. Son revenu annuel par habitant reste ainsi le plus élevé d'Afrique de l'Ouest. Le BTP a connu une belle progression, grâce au lancement de grands projets d'infrastructures, financés par les bailleurs de fonds internationaux. Le pays est devenu une destination de délocalisation de l'industrie textile et de la chaussure. Des investisseurs touristiques portugais, espagnols et italiens s'implantent en nombre. Un dynamisme significatif, certes, mais insuffisant pour résorber un taux de chômage de 25%.
Source :
Le Bilan du Monde, 97-2001

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier