Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse géopolitique
ANALYSE GEOPOLITIQUE

Ancien territoire de l'Afrique-Équatoriale française (AÉF), l'Oubangui-Chari a accédé à l'indépendance en 1960 sous la dénomination de République centrafricaine. C'est un des États les plus enclavés du continent. Le port de Douala, le moins difficilement accessible, se trouve au Cameroun, à 1 500 km ; et la voie transéquatoriale vers Pointe Noire, via le Congo, est devenue peu praticable. Mais c'est cette position centrale qui confère à la République centrafricaine (RCA) un intérêt stratégique pour la France qui y entretient à Bangui et à Bouar deux de ses principales bases militaires africaines utilisées notamment pour des interventions aériennes au Tchad. Le maintien de la présence militaire française est au coeur des relations, parfois difficiles, entre la République centrafricaine et son ancienne métropole. De 1966 à 1979 Jean Bédel Bokassa, président puis empereur, a défrayé la chronique par ses foucades et ses excentricités qui ont paralysé le développement d'un pays ne disposant que de faibles ressources.

De la traite des esclaves à l'indépendance

La RCA se présente comme un espace ouvert, sans unité physique particulière. Formée de plateaux et du bombement de la dorsale oubanguienne qui sépare les bassins du Congo et du Tchad, couverte de forêts au sud et de savanes au nord, elle a été balayée par des migrations successives de populations soudanaises, et ravagée par la traite esclavagiste arabe qui a laissé la moitié orientale du pays quasiment déserte.

Les sultans négriers du Mbomou servaient de relais vers le Bahr el Ghazal ; les lieutenants de Rabah tinrent le pays jusqu'à l'installation française dans les dernières années du XIXe siècle. Passablement brassées, les populations de la Centrafrique comprennent de nombreux groupes ethniques souvent proches les uns des autres. Il est commun de distinguer les  gens de savane  réputés frustes et travailleurs, et les  gens du fleuve  plus ouverts et anciennement scolarisés ; le sango, langue véhiculaire des gens du fleuve devenue véritable langue nationale, a reçu en 1991 un statut de langue officielle au côté du français.

L'Oubangui-Chari, abandonné aux compagnies concessionnaires jusqu'à la Première Guerre mondiale, a connu la colonisation sans doute la plus brutale d'Afrique française et une économie de pillage et de culture forcée. Les abus poussèrent le pays baya à la révolte (1928-1934). L'administration coloniale ne s'inquiéta que tardivement de développer un territoire isolé où les colons faisaient la loi, ignorant Brazzaville dans une attitude de provincialisme conservateur.

De 1946 à 1959  date de sa mort dans ce qu'il est convenu d'appeler un  accident  d'avion la vie politique a été dominée par Barthélemy Boganda. Ce prêtre constamment réélu député à l'Assemblée nationale fut une grande figure africaine. Voyant venir l'éclatement de l'AÉF avec les indépendances, il s'efforça de constituer un État d'Afrique centrale avec le Congo et le Tchad (le Gabon y étant résolument hostile). Sa mort mit un terme à cette tentative de freiner le processus de  balkanisation; les colons conservateurs ne pouvaient que s'en réjouir. De ce rêve unitaire n'est resté que le nom de l'État.

Les années Bokassa

A l'indépendance, David Dacko, candidat de la France, fut porté à la présidence de la République. Il en fut chassé la nuit de la Saint-Sylvestre 1965 par Bokassa. Cet ancien sous-officier de l'armée française, colonel au moment du coup d'État, finira par s'auto-proclamer maréchal. Hanté par la crainte des complots, il fit éliminer tous ceux qu'il suspectait de pouvoir s'opposer à lui. Sa mégalomanie culmina lors du sacre du 4 décembre 1976 dont le cérémonial imitait celui de Napoléon Ier. Ce faste indécent dans un pays pauvre ne fut pas réprouvé par la France officielle, qui apporta son aide financière au régime Bokassa.

Les années de règne impérial virent une dégradation des conditions de vie de la population, qui supportait de moins en moins les excès de celui qu'on finit par appeler l' ogre de Berengo , du nom du palais construit dans sa région de la Lobaye. L'agitation se développa dans la capitale, Bangui, et culmina en août 1979 avec la révolte scolaire : des centaines d'élèves furent internés à la prison de Ngaragba où, selon Amnesty International, 150 d'entre eux devaient périr. Après qu'une  mission africaine d'information  eut déclaré Bokassa responsable des massacres, Paris ne pouvait plus longtemps le couvrir et préféra prendre les devants : le 20 septembre les militaires français occupaient Bangui et réinstallaient l'ancien président Dacko au pouvoir.

Les relations complexes et très personnalisées entre l'Élysée et la Centrafrique eurent des conséquences sur la vie politique française : l'affaire des diamants de Bokassa a empoisonné la fin du septennat de Valéry Giscard d'Estaing. Exilé en Côte-d'Ivoire et en France, Bokassa tenta un retour rocambolesque à Bangui en 1987. Jugé et condamné à mort, sa peine a été commuée en détention à perpétuité.

Après une période confuse succédant aux années de dictature, une junte militaire porta André Kolingba au pouvoir en 1981. Celui-ci a depuis lors renforcé son autorité et instauré un nouveau parti unique, le Rassemblement démocratique centrafricain (RDC). Bien qu'elle n'ait pas occupé le devant de la scène, la RCA n'échappe pas aux revendications démocratiques, et la contestation s'est emparée de Bangui, les courants d'opposition réclamant multipartisme et conférence nationale. Dans un climat de graves difficultés économiques favorisant notamment une importante délinquance juvénile urbaine, l'organisation d'une élection présidentielle en octobre 1992 a été des plus confuses (les résultats en ont été annulés. A la faveur de cette situation trouble, des partisans de Bokassa n'hésitent pas à faire à nouveau entendre leurs voix. C'est d'ailleurs Ange-Félix Patassé, ancien Premier ministre de l'empereur Bokassa, qui remporte la nouvelle élection présidentielle organisée en août 1993.

On ne voit pas d'issue prochaine à la crise politico-économique. Il n'y a guère de miracle à espérer dans un pays souffrant d'enclavement et aux ressources limitées. Les cultures d'exportation d'origine coloniale, café et coton, sont en déclin tandis que le diamant fait l'objet d'une active contrebande au détriment des finances de l'État. Celui-ci ne dispose même pas de recettes nécessaires à la couverture de ses propres besoins de fonctionnement : à plus d'une reprise la France a payé les fins de mois et consenti des remises de dette. Sans doute est-ce le prix du maintien à Bangui et à Bouar, mais pour combien de temps ?

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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