Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse économique de 1996 à 1998


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996

Malgré un climat social tendu en raison du retard (de trois mois à
un an) dans le versement des salaires aux fonctionnaires, et la grève des enseignants du primaire et du secondaire en février, le gouvernement centrafricain est arrivé à convaincre le FMI de signer, le 22 mars, un pré-accord. Lancer l'appel d'offres pour la privatisation de Petroca, qui importe et commercialise les produits pétroliers, appliquer le nouveau statut de la fonction publique, qui prévoit de réduire les salaires de 20 à 30 %: Si Bangui remplit ces préalables, le pré-accord sera présenté pour approbation au conseil d'administration du Fonds en juin. L’Etat pourra ainsi faire face à son tragique manque de liquidités.
Mais, lasse d'attendre, une partie de l'armée s'est mutinée à Bangui, en avril réclamant ses arriérés. Tout est rentré dans l'ordre après le déploiement de militaires français, le versement de trois mois de solde et la garantie qu'aucune poursuite ne sera engagée. Le ~8 mal cependant, 200 soldats ont de nouveau tenté de s'emparer de positions stratégiques dans la capitale. Huit jours de rébellion se sont accompagnés cette fois de pillages, provoquant le départ des ressortissants étrangers, et, de nouveau, l'intervention des Eléments français d'assistance opérationnelle (FFAO).
Le 26 mai, le chef de l'Etat a annoncé un accord avec les mutins et la formation d'un gouvernement d'union nationale (GUN). le 5 juin, un protocole d'accord fixant les grandes lignes d'un programme minimum commun (PMC) a été signé par tous les partis, y compris le Codepo (Conseil démocratique des partis d'opposition) et la formation de l'ancien président André Kolingba. le 6 juin, l'ambassadeur de Centrafrique à Paris, jean-Paul Ngoupandé, a été nommé premier ministre. Il a formé le gouvernement sans la participation du Codepo et s'est fixé comme priorités de réunir les états généraux de la défense nationale, de remettre le pays au travail et de renouer avec les partenaires internationaux.
Les deux mutineries ont réduit la croissance économique du pays de 7 % à 2 % et coûté 25,2 milliards de francs CFA (20 milliards au secteur privé, 2,2 au secteur parapublic et 3 au secteur public), a indiqué en août M. Ngoupandé, précisant que les 63 milliards de francs CFA de recettes de l'Etat prévues par le déficit budgétaire de mars devraient être ramenés à 35 milliards. Le premier ministre souhaite la tenue début 1997, d'une
table ronde des bailleurs de fonds du pays à Genève. Ce qui devrait être facilité par la signature, le 12 novembre à Bangui, d'une nouvelle lettre d'intention du gouvernement vis-à-vis du FMI et de la Banque mondiale.
Mais le 16 novembre, une nouvelle mutinerie, plus dure que les précédentes, a éclaté à Bangui...
 

1997

Le premier semestre 1997 a encore été marqué par de violents affrontements entre les militaires centrafricains mutinés et les forces restées fidèles au président de la République, Ange-Félix Patassé. L'envoi d'une force d'interposition interafricaine, la Misab (Mission interafricaine de surveillance des accords de Bangui), a permis de ramener le calme, au prix d'interventions très violentes des contingents sénégalais et tchadiens, qui n'ont guère fait le détail entre mutins et civils.
Bénéficiant dorénavant d'un blanc-seing des Nations unies, la Misab devrait demeurer à Bangui jusqu'aux prochaines échéances électorales, prévues pour le second semestre de 1998. Une présence d'autant plus nécessaire que la France aura d'ici là retiré ses troupes. Les bases de Bouar et de Bangui vont donc fermer, ce qui devrait faire baisser de 2,5 % le PIB, commerçants et entreprises ayant annoncé leur intention de quitter le pays en même temps que les soldats français. Les mois à venir s'annoncent donc difficile pour la République centrafricaine, toujours en délicatesse avec les institutions financières internationales. Les retards de salaires dans la fonction publique et les forces armées restent considérables, alors que les besoins en équipement sont immenses.
Le pays ne manque pourtant pas de ressources. Mais les diamants sont exportés pour la plupart en fraude, malgré une tentative d'organisation du marché, avec une Bourse du diamant et la création d'organisations de collecteurs. D'autre part, les produits agricoles (coton, café, bétail) sont sous-exploités, faute de circuits de commercialisation efficaces, un état de fait encore aggravé par l'insécurité qui règne dans ce pays entouré de voisins aussi instables que menaçants.
 

1998

Les trois mutineries de 1996 et 1997 ont durablement affecté
l'activité économique et le fonctionnement de l'administration Centrafricaine, en dépit d'une réconciliation entre les insurgés, l'opposition et le pouvoir imposée par la communauté internationale et formalisée par la Signature d'un pacte le 5 mars 1998.
L'accord signé avec le FMI le 1er juillet - une facilité d'ajustement structurel renforcé (FASR) d'un montant d'environ 66 millions de dollars (390 millions de francs français) - ouvre cependant la voie à un redressement qui devrait favoriser la relance de l'aide financière et de la coopération économique. Le programme du FMI a notamment pour objectif de maintenir un taux de croissance moyen du PIB réel de 5 % par an, pendant sa durée d'application (1998-2000), de stabiliser l’inflation à 2,5 % et de ramener le déficit des comptes courants extérieurs à5 % du PIB d'ici à l’an 2000. Il vise aussi à améliorer les finances publiques et à accélérer le programme de privatisation des entreprises publiques.
Le gouvernement espère parvenir à boucler rapidement la privatisation de la société du pétrole. Trois lots ont d'ores et déjà été retenus pour Elf, Total et Shell. L'appel d'offres pour la privatisation de ta compagnie d'électricité devrait être lancé à la fin du premier trimestre 1999.
Le gouvernement a obtenu de ses créanciers bilatéraux, membres du Club de Paris, un important rééchelonnement de sa dette extérieure prévoyant l'annulation des échéances à hauteur de 67 %. Cette restructuration porte sur un montant total de quelque 26 millions de dollars (155 millions de francs français) et couvre 90 % des paiements dus au Club de Paris entre juillet 1998 et juin 2001.

1999

La réélection du 19 septembre 1999 d'Ange-Félix Patassé pour un second mandat de six ans, avec 51,6% des suffrages, a certes provoqué la contestation de la plupart des concurrents malheureux, mais sans qu'aucun franchisse le pas de la violence.
Tout dépendait de l'attitude de l'ancien président André Kolingba, arrivé deuxième avec près de 20 % des voix. Ce général dispose de solides appuis au sein de l'armée. Conscient de sa fragilité, le président Patassé a accueilli avec soulagement la prorogation du mandat de la mission des Nations unies jusqu'au 15 février 2000. Ce délai supplémentaire devrait permettre au chef de l'Etat d'achever la « restructuration » des forces armées, ce qui en clair signifie la rééquilibrer ethniquement.
En reconduisant Anicet-Georges Dologuélé, l'interlocuteur préféré des institutions de Bretton Woods, à la tête du gouvernement, le chef de l'Etat a cédé aux amicales pressions des bailleurs de fonds. Depuis fin octobre, son gouvernement dispose d'un prêt d'ajustement structurel de la Banque mondiale d'un montant de 20 rnillions de dollars (120 millions de francs). A la mi-novembre, ce sont des performances pJutôt honorables qui ont été présentées à une mission d'évaluation du FMI. Pour 1999, la progression du PIB atteindrait 5 %, tandis que l'inflation ne devrait guère dépasser 2 %. En outre, un plan national de lutte contre la pauvreté a été validé par le gouvernement en avril 1999, l'indice de développement humain établi par les Nations unies de la Centrafrique restant l'un des dix plus médiocres au monde. Mais à court terme, l'Etat est avant tout attendu sur la réforme d'une filière coton en pleine déconfiture. Il en va du gagne-pain d'un tiers des Centrafricains.

2000

Douze, seize, vingt, vingt-neuf mois de cumul d'arriérés de salaires : les fonctionnaires ne savent plus jusqu'où ira leur détresse. Le gouvernement a tenté, un temps, de combler le gouffre; mais les caisses de l'Etat demeurent désespérément vides. Fin octobre, les six fédérations syndicales de la fonction publique ont appelé à un « mouvement de désobéissance civile ». Le souvenir des mutineries militaires de 1997-1998 reste d'autant plus vivace que les troupes onusiennes de maintien de la paix (Minurca) ont quitté le pays en février 2000. Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est déclaré, en juillet dernier, « gravement préoccupé » par les violations des droits de l'homme commises.

Dans un récent entretien à l'Agence France-Presse, le président Ange-Félix Patassé a préféré rendre les institutions de Bretton Woods « responsables » des maux économiques qui assaillent son pays. Sous forme de réplique courtoise, le FMI constate des progrès économiques et financiers « limités ». Toutefois, la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) estime que la Centrafrique a renoué avec la croissance grâce à la fermeté des prix des diamants bruts et des bois tropicaux, ainsi qu'au redressement des cours du coton fibre. Aussi, le revenu réel par habitant augmenterait il de 1 % en 2000, contre une baisse de 1,7% l'année précédente.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier