Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Afrique coloniale partie V
LES GRANDES ETAPES DES DIFFERENTES COLONISATIONS EN AFRIQUE

Le contact des anciennes sociétés noires avec les Européens leur a été fatal, même si l'hégémonie de ceux-ci a été de faible durée. Si, dans la plupart des cas, ils n'ont pas eu l'intention de s'attaquer au patrimoine traditionnel - sauf en ce qui concerne des pratiques qu'ils jugeaient inacceptables:  le sacrifice humain, l'anthropophagie, les ordalies - étant techniquement et économiquement plus développés, ils pensaient qu'il n'y avait qu'une civilisation: la leur, et que les seuls besoins légitimes étaient les leurs.
En cette époque, dite moderne, les nations européennes ressentent des besoins de plusieurs ordres: nécessité de donner un espace vital à un surplus de population, désir de consommer des denrées exotiques et en particulier des épices, obligation de satisfaire un certain esprit d'aventures, de remplir une mission civilisatrice ou religieuse, de conquérir des marchés Commerciaux ou de poursuivre une politique de prestige.
Ces divers mobiles apparaissent parfois mêlés, parfois l'un d'eux est nettement dominant.

Afrique portugaise

Les Portugais, qui n'ont pas besoin de terres pour une population peu nombreuse ou de débouchés pour une industrie encore très peu développée, se lancent à la découverte de l'Afrique principalement par ardeur à répandre la religion chrétienne, ardeur qui s'était forgée et nourrie dans les luttes de la "Reconquista". Bientôt les Portugais étant entraînés plus loin qu'ils ne le souhaitaient à l'origine sont obligés de s'occuper d'administrer ou tout au moins de contrôler des territoires vastes, lointains et au climat inhospitalier.
En Afrique, comme ailleurs, Lisbonne accepte facilement le brassage ethnique, la fusion des sangs blanc et noir: le baptême étant le facteur d'égalisation. Dans les premières décennies Si les notables africains acceptent de se faire chrétiens ils sont ipso facto portugais, leur titres étant même reconnus: il y a des marquis de Pemba, des ducs de Sogno, etc.
Les textes administratifs désignent les territoires africains par le mot  provilice, ils n'useront du vocable colonie que tardivement et sous influence anglosaxonne.
Cet état d'esprit dure tellement que, malgré toutes les difficultés, l'acte colonial de 1930 rappelle que les Noirs de culture occidentale sont considérés comme des nationaux: la caste administrative dans l'Angola et le Mozambique est d'ailleurs majoritairement métissée. Hélas, la métropole manque de moyens et de personnel volontaire pour s'en aller aider au développement des peuples d'Afrique, aussi lui faut-il utiliser les services de fonctionnaires ou de membres du clergé ayant quelques difficultés avec leur hiérarchie et dépêcher outre-mer des condamnés politiques européens dits degradados.
Par ailleurs les mœurs des Blancs ne peuvent que rarement servir de modèle, l'instauration et la poursuite de la traite, avec la corruption, les guerres, les trahisons qu'elle entraîne, contribuent d'ailleurs à ruiner leur prestige mais aussi celui des chefs noirs qui s'y adonnent allègrement. Enfin le manque de ressources financières fait que le développement économique ne peut que très rarement suivre.
A toutes ces difficultés s'ajoute, au XIXème siècle, la volonté farouche qu'a la Grande-Bretagne d'interdire la liaison terrestre des deux grandes entités lusitano africaines; l'influence que les pasteurs protestants anglais et allemands exerce dans les territoires de l'Afrique australe et centrale qui s'oppose, elle aussi à celle - assez diffuse à vrai dire - des trop rares missionnaires portugais; enfin, dans le dernier tiers du siècle, les ambitions à peine dissimulées dii roi des Belges Léopold Il porteraient volontiers sur des territoires angolais. La conférence de Berlin édicte, en outre, que la reconnaissance historique, l'exploration commerciale et même scientifique ne suffisent pas à justifier des prétentions sur un hinterland mais qu'il faut une occupation effective du terrain.
Or le Portugal n'a pas de forces suffisantes. A l'abolition de l'esclavage, l'Angola, par exemple, compte 1 832 Blancs (dont seulement 150 femmes), 5 770 mulâtres, 292 270 Africains libres et 86 708 esclaves. La plupart des Européens et de leurs descendants vivent à Luanda qui fut la perle de I 'Atlantique sud mais qui est en voie de dépérissement. Les autres sont à Benguela où réside une seule femme blanche.

Vers 1845 des Portugais, venus du Brésil, s'installent au Sud, à Mossamédès. Un peu plus tard des marins partis de l'Algarve avec leurs familles créent dans l'extrême-sud quelques villages de pêcheurs.
Caconda, fondée en 1682 sur le plateau de Bi hé, au climat tempéré, n'abrite plus en 1878 que quelques dizaines de métropolitains, mais elle est une communauté de mulâtres prospère.
Dans les dernières années du XIXème siècle arrivent encore des familles paysannes pauvres du Minho, de l'Algarve et même de Madère.
Le nombre des colons portugais, bas en Angola l'est plus encore en Mozambique. Vers le milieu du siècle la présence portugaise n'est maintenue, sur la côte de l'océan Indien que par des métis d'Africains et surtout par des "Goanais" venus du comptoir de la côte occidentale de l'Inde. Dans les terres ne se rencontrent plus que quelques commerçants et des Prazeros de Goa. Les prazeros étaient de grandes propriétés données, jadis, a ceux qui avaient exploré l'intérieur et qui avaient reçu le droit de percevoir l'impôt et de faire travailler les indigènes que, très théoriquement, ils devaient protéger - le système aboli en 1834 subsiste alors encore plus ou moins légalement.
La beauté de la vieille capitale Mozambique, établie depuis 1508, est encore grande mais Sofala et Quelimane ne sont plus entretenues Sena et Tete, sur le fleuve Zambèze, ne sont plus que de vagues comptoirs, eux qui furent de florissants marchés où les commerçants portugais ou goanais achetaient aux peuples du Monomotapa principalement l'or et l'ivoire.
Vers 1885, trois compagnies essaient de revitaliser ces régions en les ouvrant à la colonisation blanche mais la sécurité n'y est pas suffisante et dés I 890 l'autorité portugaise ne se maintient guère que sur quelques points du littoral.
Les peuples africains du Mozambique sont des Bantou mais ils ont été bousculés et morcelés par la conquète Shona, d'abord, puis au XIXème par les raids des Nugni (Ngoni) eux-mêmes déclenchés par les opérations des guerriers zoulou de Chaka. Sur la côte ils ont été anciennement islamisés et donc inscrits dans l'aire de culture Swahili.
En Angola, les Bantou centraux (Kikongo, Kimbundu) avaient été assujettis aux royaumes du Kongo et du Ngola peu avant l'arrivée des Européens. Les peuples de l'intérieur étaient - au moment de l'entrée en scène des Portugais - en pleine migration et les Lunda Tchokwe émigrant du Katanga par suite de guerres dynastiques n'étaient pas encore parvenus à leur habitat actuel.
Récemment installés, les souverains du Kongo et du Ngola doivent demander le secours de leur nouvel allié européen contre des groupes belliqueux qui s'at36
taquent à leurs vassaux les plus lointains, ce qui ne tarde pas à leur faire perdre leur indépendance.
L'aide du Portugal ne parvient pas cependant à faire régner la paix dans ces territoires trop grands, trop difficiles d'accès et trop infestés par des maladies diverses.
La traite n'arrange pas les choses, car elle ébranle, de proche en proche, toutes les sociétés noires; chacun des sobas voulant profiter des avantages qu'elle procure se lance contre son voisin qui résiste. La guérilla se généralise ainsi, elle rend toute reconnaissance périlleuse et contraint à des répressions innombrables.
Résider dans l'intérieur du pays devient quasiment impossible et s'y rendre pour commercer exige le paiement de redevances à tous les chefs dont le territoire est traversé. L'insécurité s'installe, les esclaves s'enfuient, les criminels et autres délinquants cherchent refuge en brousse. Le désordre s'aggrave et trouve un certain encouragement dans la colonie voisine du Sud-Ouest africain allemand, laquelle espère pouvoir s'agrandir sur les débris d'une possession mitoyenne en difficulté.

Au Mozambique les intrigues de la compagnie de Cecil Rhodes' compliquent encore les choses car celle-ci négocie avec le chef de Gaza (entre Limpopo et Pungwe) l'établissement d'un protectorat britannique.
Nommé commissaire royal en 1894 Antonio Enes entreprend la reconquête: tout le pays au sud du Zambèze, à part la région de Barue, est pacifié entre 1900 et 1902 - les Yao du Nyassa ne reconnaissant l'autorité de Lisbonne qu'en 1912.
Bien que l'administration coloniale portugaise soit basée, depuis toujours, sur l'égalité des hommes dans les droits mais aussi dans les devoirs, la pratique s 'écarte trop souvent de ces généreux principes.
Inspirés par les théories de Cecil Rhodes les gouverneurs de l'Angola et du Mozambique pensent alors que le meilleur moyen de transformer l'indigène est de le faire travailler, quitte même à le contraindre.
Au début du XXème siécle une certaine autonomie se dessine pour le Mozambique (1907):
Les responsabilités des gouverneurs sont désormais bien définies et fort étendues en matière d'administration locale et de politique indigène Des adjoints sont â la tête des districts qui ont sous leurs ordres les administrateurs des concelhos (la où résident des Blancs) et des circonscriptions civiles (la où il n'y a que des indigènes).

La même réforme est tentée en Angola entre 1907 et 1913 dans les régions pacifiées.
La loi de 1914 sur l'autonomie administrative des colonies se préoccupe de l'amélioration du sort des indigènes.
A la lin du conflit mondial, le Portugal est encore moins apte après qu'avant la Grande Guerre à soutenir l'effort financier exigé par cette politique. La Banque d'outre-mer est en telle difficulté que la banque-route menace la colonie en 1926, au moment où la république lusitanienne s'effondre.
Le nouveau régime donne au Portugal l'Afrique comme une justification morale et une raison d'être. Il réaffirme que les territoires africains sont partie intégrante du pays, à la fois solidaires entre eux et aussi de la métropole.
Malheureusement le manque de ressources empêche la mise en valeur des territoires d'outre-mer et oblige à consentir à l'implantation de sociétés capitalistes métropolitaines ou même étrangères. Ainsi l'exploitation du sous-sol est-elle, depuis 1917, confiée à la Diamang, société à capital international, tandis que la prospection du pétrole est, en Angola, en 1955 attribuée à la Petrofina belge.
Le modèle portugais reste basé sur le fait que Lisbonne ne veut pratiquer ni une politique de domina-lion ni une politique d'éducation orientée vers une constitution indépendante et étrangère. Ainsi s'exprime le président Salazar, en 1956, qui poursuit: " Le Portugal s 'est efforcé de s 'unir sinon de se fondre avec les peuples découverts et de constituer avec eux les éléments intégrants d'une seule et même patrie. "
Depuis 1951 les habitants de l'outre-mer sont citoyens s'ils remplissent certaines conditions : ils doivent savoir lire, parler correctement le portugais, avoir un casier judiciaire vierge, produire deux témoignages de moralité et un certificat médical. Ils peuvent prendre part à l'élection du président de la République et élisent 8 députés: 3 pour l'Angola, 3 pour le Mozambique, 1 pour la Guinée et I pour Sâo Tomé et Principe. Le ministre de l'Outre-Mer s'occupe de toutes les questions affectant les intérêts supérieurs de la politique nationale ou de ceux qui sont communs à plus d'une province. Sur place un gouverneur général nommé pour quatre ans par le Conseil des ministres dispose du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif; il est assisté par un secrétaire qu'il nomme, par un conseil législatif et un conseil de gouvernement.
A la tête des districts des gouverneurs sont chargés de la protection des indigènes et de toutes les tâches administratives et économiques. Aux échelons inférieurs: dans les concelhos l'administrateur gère les services municipaux en accord avec les municipalités.
Dorénavant les hauts et moyens fonctionnaires sortent de l'Institut d'Outre-mer jusqu'au grade d'administrateur les fonctionnaires sont recrutés localement par examen, ils doivent avoir fait cinq ans d'études secondaires.

Une insurrection éclate en 1961 en Angola. La plupart des chefs de celle-ci ont été formés dans les écoles des missions, car l'Eglise catholique s'est vue, dès le XVIème siècle, chargée de la santé des âmes, de l'esprit et de l'hygiène des populations d'outre-mer.
Depuis la fin du siècle dernier des missionnaires étrangers viennent aider leurs collègues portugais: des Bénédictins français, des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, des frères allemands du Verbe divin ou des trappistes venus du Natal. Respectueux des dispositions des accords de Berlin (1885) le Portugal ouvre ses possessions aux missions protestantes: la société missionnaire baptiste anglaise arrive ainsi en 1888 au Congo.
Il y a peu d'écoles publiques, l'instruction est le plus souvent confiée aux missions. Elle comporte plusieurs niveaux: un enseignement rudimentaire de trois ans est destiné a tous ceux à qui leur ignorance ou la connaissance imparfaite de la langue portugaise interdit d'entrer directement û l'école primaire qui est le second niveau. Existent enfin des classes. secondaires:
5 lycées existent en Angola, 3 au Mozambique, quelques établissements privés classiques, techniques et professionnels complètent le dispositif. Des écoles normales forment des instituteurs pour le niveau rudimentaire. Enfin les études supérieures se font au Portugal.

Les missions fournissent un gros effort dans les domaines de la santé et de l'assistance.
Existent dans les villes 15 hôpitaux publics et 62 privés;
67 dispensaires et postes de secours sommairement équipéssont situés en brousse. En 1959 se trouvent en Angola 226 médecins dont 72 â Luanda et 531 infirmiers.

Un Institut de médecine tropicale à Lisbonne a entrepris des recherches sur la maladie du sommeil et la lèpre qui ont été fort efficaces en Angola. Il existe en outre quelques hôpitaux des compagnies privées notamment de la Diamang ou du chemin de fer de Benguela.
Désertes à l'arrivée des Portugais les îles du Cap-Vert (à 600 km de la côte) ont été peuplées par des métropolitains et par les esclaves qu'ils y ont amenés. Les îles sont une province portugaise. Ayant peu de ressources, les Cap-Verdiens, tous métis, qui le peuvent, entrent dans l'administration où ils réussissent bien.
Inhabitées elles aussi, les îles de Sito Tomé, de Principe de Fernando Po, d'Annobon devinrent au début du XVI siècle le centre de la domination lusitanienne de la côte. Il n'y a guère qu'un millier de Blancs; les 60 000 Noirs sont très divers: civilizados (métis et petits artisans), descendants d'esclaves libérés et enfin contractuels venus d'Angola.
Tel est, sommairement décrit, l'état des colonies négro-portugaises à la veille des guerres d'indépendance qui éclatent à Luanda en 1961, au Mozambique en 1964.

Afrique française

La tendance des Français à l'intellectualisme les porte à légiférer dans l'abstrait, à élaborer des systèmes dans lesquels il leur faut parfois faire entrer les faits et à négliger les organisations spontanées. Fondant leur droit sur des principes d'une valeur absolue et toujours attachés au postulat de l'égalité entre les hommes qui fut la première revendication de 1789, ils ont pour idéal l'assimilation même Si le but à atteindre est lointain.
Mais leur penchant pour la psychologie, leur envie de connaître et de comprendre autrui les amènent, le cas échéant, à adapter leurs doctrines aux situations et à assouplir leur rationalisme. Ils ne le font pas sans mal et renoncent difficilement à leur vieil idéal, d'autant plus que le désir de rallier, de convaincre et le besoin de faire confiance les poussent à la recherche de cette unité que leur histoire leur fait apparaître comme la justification de leurs efforts.
C'est ainsi que le statut de citoyen est accordé aux habitants des quatre communes sénégalaises: Saint-Louis, Gorée, Rufisque, Dakar qui élisent et envoient un député au parlement métropolitain de 1848 à1852, puis sans discontinuer à partir de 1871 - ce qui permit aux Sénégalais de se dire français depuis plus longtemps que les Savoyards et les Niçois.
Tous les autres Africains sont sujets français et restent provisoirement sans droits politiques; les métropolitains résidant dans les colonies n'en ont pas davantage, car ils n'ont pas de représentants au Parlement et qu'il n'existe pas d'assemblées locales.
On ne se fait guère d'illusions; le chemin sera long et en attendant il faut gouverner, gérer, enseigner tout comme sur le territoire européen.
Des conseils de gouvernement sont composés de fonctionnaires et de membres nommés dont quelques-uns sont africains. Les gouverneurs exercent l'autorité, dépendant d'abord du ministère de la Marine puis, à partir de 1894, de celui des Colonies.
Depuis 1885 existe, à Paris, une Ecole coloniale, école civile qui recrute ses élèves par concours et qui forme les administrateurs de la France d'outre-mer.

En 1895 l'Afrique occidentale est dirigée par un gouverneur général qui est gouverneur du Sénégal; il y a un gouverneur pour chacune des colonies qui dépendent de lui et qui, au fil des ans, sont assez souvent remaniées; quatre au début du siècle, elles sont huit en 1920: Sénégal, Guinée, Côte-d'Ivoire, Dahomey, Soudan, Haute-Volta, Mauritanie et territoire du Niger.
En 1908 l'autre ensemble africain français quelque peu hétéroclite est regroupé en fédération de l'Afrique équatoriale française. Les Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari et Tchad sont administrés chacun par un lieutenant-gouverneur soumis à l'autorité du gouverneur général.
Un ministère des Colonies réunit les énergies jusqu'alors dispersées et peut élaborer des plans d'action plus cohérents. Il est servi par des gouverneurs constitués en un corps hiérarchisé et des administrateurs formés spécialement pour être en contact avec les populations.
Peu à peu tous les services sont créés sur le modèle de la métropole. Ainsi une organisation judiciaire est établie au Sénégal dès 1854, le système douanier l'est en 1881, les Travaux publics en 1885, et en 1901 un décret fonde la banque de l'AOF.
Le système est essentiellement administratif et relativement autoritaire. En pratique. de tempérament assimilateur, les Français créent des écoles dans leur langue. imposent un service militaire, forment des fonctionnaires africains, ce qui cause involontairement mais inévitablement une certaine détérioration des structures traditionnelles.
La métropole n'accordant que parcimonieusement des eré dits de développement, l'AEF accepte qu à l'image du Congo léopoldien de grandes sociétés concessionnaires apportent des capitaux privés. n en résulte bientôt des abus criants allant de l'accaparement des denrées au recrutement forcé de porteurs.

A partir de 1910 le nombre des concessions est diminué et leurs territoires réduits. En 1913 il en reste dix, contrôlant seulement 330 km2. L'administration est établie, des agglomérations naissent: Libreville, Brazzaville, Fort-Lamy ou Bangui. L'assistance médicale gratuite emploie 45 médecins.
Des missions catholiques et protestantes, en général françaises, s'installent dans les pays du Sud où elles fondent des écoles primaires.

Les gouvernements français s'intéressent aux peuples et aux productions de ceux dont l'histoire lui a confié l'administration. L'idée que cet empire pourrait procurer des bénéfices économiques ne fait que très lentement son chemin. Pour la France la colonisation est d'abord une opération politique. C'est seulement après coup qu'on en voit les fruits économiques, par exemple le détournement du commerce soudanais qui jusqu'alors dirigé vers Tripoli, peut, dorénavant, gagner Saint-Louis du Sénégal.
Un parti colonial, animé par le ministre Étienne, devient influent; la presse nationale fait place aux problèmes coloniaux; des écrivains: Pierre Loti puis Claude Farrère, entre autres, s'intéressent aux splendeurs des terres lointaines; on commence à exalter les mérites et le dévouement de missionnaires comme Lavigerie et ses Pères Blancs, d'instituteurs, mais aussi de découvreurs et de militaires. Cependant les socialistes restent opposés à l'administration par la France de ses territoires d'outre-mer; au parlement la politique coloniale est plus souvent critiquée que louée. Après la Grande Guerre les entreprises d'outre-mer sont toujours à peu près ignorées par l'opinion publique.
La construction de chemins de fer arracherait l'intérieur des terres a leur isolement et permettrait l'évacuation des quelques produits exportables. Mais les frais et les difficultés d'établissement sont tels qu'en 1940 il n'y aura pas plus de 3 800 km de voies ferrées en AOF. Cependant les principaux centres sont reliés entre eux: on va de Dakar à Bamako, de Conakry à Kankan, de Lomé à Blitta, d'Abidjan aux limites de la HauteVolta et de Cotonou à Parakou d'où part la grande artère commerciale du Niger. De 1922 à 1934 le chemin de fer Congo-Océan est construit dans des régions montagneuses et forestières. Malheureusement pour ce faire il a fallu recourir à des contingents de travailleurs forcés.
En 1931 l'AOF bénéficie de 50000 km de routes de qualité médiocre mais accessibles aux camions sauf en période d'inondation. L'AEF est moins avantagée, la forêt, au sud, étant difficile à pénétrer et reprenant vite ses droits sur une artère insuffisamment entretenue.
A partir de 1925 un service postal aérien régulier existe entre Casablanca et Dakar. A la déclaration de guerre, en 1939, il faut seulement quatre jours pour se rendre de Paris à Abidjan. L'Europe et l'Afrique se rapprochent, d'autant plus que le trafic portuaire augmente considérablement par Dakar et Conakry.

L'État se charge des infrastructures, des services sanitaires, vétérinaires, agricoles, géologiques. Les particuliers européens investissent quelques capitaux dans des affaires commerciales, beaucoup moins dans les plantations (ivoiriennes ou guinéennes). Les Africains ont la charge du travail salarié qui remplace partout la réquisition pratiquée dans les débuts de l'Occupation.
L'économie est évidemment soumise à la Métropole qui achète parfois - pour des raisons politiques - les denrées coloniales au-dessus des cours mondiaux. En 1938 l'AOF exporte en France 78 % de ce qu'elle produit, elle importe 80 % de ce qu'elle consomme.
Après la crise économique mondiale, au moment où la production repart et peut s'exporter grâce au chemin de fer, c'est la guerre qui bloque tous les projets: ainsi le barrage de Sansanding, sur le Niger, mis en œuvre par l'Office du Niger, n'est achevé qu'en 1947; en Guinée les plantations de bananes se multiplient; en Côte-d'Ivoire le cacao se développe de façon spectaculaire; le Dahomey exploite principalement les palmeraies du Sud. Quant a la Haute-Volta ses ressources ne suffisent pas à nourrir une population nombreuse qui doit aller s'employer dans les mines et les plantations de la Gold Coast et de la Côte-d'Ivoire.
C'est seulement après la fin du conflit mondial que l'outillage étant enfin arrivé, des chantiers forestiers peuvent s'ouvrir au Congo. Du coton est planté en Oubangui et au sud-ouest du Tchad; dans le nord du Gabon on produit du cacao dont la culture est populaire, car elle enrichit les planteurs.
Par contre les mines d'AEF qui avaient éveillé des espoirs se révèlent décevantes; la plus grande production est celle du bois, au Gabon, en particulier de l'okoumé dont le déroulage fait un bois idéal pour la fabrication du contre-plaqué (on en exporte 380000 t en 1931). A la veille de la deuxième guerre l'économie de l'AEF démarre lentement.

La plus grande partie du Cameroun, allemand jusqu'en 1916, est depuis lors administrée par la France qui en a reçu mandat au traité de Versailles. Un gouverneur gère le pays, la capitale est fixée à Yaoundé mais la grande ville commerciale reste Douala.
En  1939 il y a 700 fonctionnaires métropolitains et 2000 indigènes. Une économie diversifiée se développe: cacao, café, palmistes, arachides, etc. A côté des compagnies européennes existent à Douala des entreprises africaines.
Les missions des Pères du Saint-Esprit ont succédé à celles des Pallotins allemands. Ils créent des écoles qui, en 1936, comptent 92 000 élèves - les écoles laïques en comptent 9000. Le français est la langue officielle. Le seul enseignement secondaire est celui des séminaires, mais il y a des écoles professionnelles et administratives. L'assistance médicale est gratuite.

La deuxième guerre mondiale amène une certaine prospérité. Le colonel Leclerc ayant pris le pouvoir en 1940, une armée camerounaise est créée qui participera aux opérations d'Afrique du nord, le matériel britannique à destination de l'Egypte débarque à Douala.
La population de l'AOF augmente, irrégulièrement sans doute, mais les chiffres, pour les périodes anciennes sont-ils fiables?

En 1938 le Sénégal compte I 700000 habitants avec une capitale qui approche les 100000 citadins. La Guinée dépasse les 2 millions, sa capitale atteint 30000 habitants, à la fin de la guerre. Le Soudan, en 1936, a 2 800000 habitants dont 4500 Européens. La Haute-Volta, politiquement stable, est très peuplée. La population totale de la Côte-d'ivoire est alors estimée à i 700000 dont 3 000 métropolitains qui dominent l'administration et l'économie. Forestiers et planteurs dynamiques sont déjà organisés dans des chambres de commerce et d'agriculture. Au Togo et au Dahomey le peuplement est particulièrement faible dans le Nord; ni Lomé, ni Cotonou ne sont d'importantes cités.
En AEF, les choses sont complexes, car les territoires sont particulièrement hétérogènes. Si le Cameroun atteint 2 400000 habitants vers 1935, le Congo est, dans le Sud, victime d'un mauvais état de santé:

paludisme, parasitisme, malnutrition font des ravages tout comme la maladie du sommeil. Cependant les services médicaux se développent et l'état sanitaire de la population s'améliore. Les zones de forêt, cependant, stagnent.
L'exode rural peuple les villes et alimente les chantiers.
Dans l'Oubangui-Chari tout le nord du territoire, autrefois razzié par les esclavagistes de la côte orientale, est à peu près désert. Le nord du Tchad n'est pas beaucoup mieux mais la colonie qui est deux fois et demie plus grande que la France compte 2 700000 âmes.
L'enseignement progresse dans toutes les villes mais il n'atteint pas 10% de la jeunesse, dans l'ensemble du Sénégal pourtant, en 1931, seul pays à disposer d'établissements secondaires: lycées à Saint-Louis et à Dakar, école Wîlliam-Ponty pour former des instituteurs et d'où sortiront nombre des dirigeants (les futures républiques africaines. Existe aussi une école de
médecine qui délivre un diplôme de médecin  africain. Quelques élèves particulièrement doués poursuivent des études supérieures en France à l'image de Lamine Gueye qui devient magistrat et de Léopold Sedar Sengor, agrégé de lettres.

Assurément on se rend compte qu'il faudrait doser prudemment et adapter l'enseignement aux traditions locales, aux aptitudes et aux besoins des Africains mais aussi aux exigences de la métropole. Une telle adaptation, qui aurait dû se faire pour chaque colonie aurait demandé un long travail de recherches puis de mise au point. Aussi se contente-t-on souvent de modifications formelles et de l'enseignement assimilateur poursuivi sous un léger habillage local.
Dans tous les territoires la scolarisation des filles est en retard sur celle des garçons.
Dès les années 1930 il est clair que Si l'on veut élever les populations, sans révolutions, jusqu'au niveau du monde moderne, l'éducation doit se proposer un double objectif: préparer des auxiliaires et des cadres moyens pour les services publics et les grandes entreprises, et répandre dans la masse des notions simples et les rudiments des connaissances indispensables pour les temps nouveaux. Dans ce dernier cas il conviendrait de ne pas déraciner les élèves mais de leur donner le goût et les moyens de rendre plus profitables les occupations courantes dans leur groupe et plus agréable leur vie quotidienne.
Pour la formation des élites il convient, pense-t-on, d'être plus ambitieux et de dépasser le niveau d'un enseignement élémentaire et prévoir à la fois une culture générale relativement étendue et, dans certains cas, une solide formation professionnelle.
Les Français choisissent d'enseigner dans leur propre langue. Il faut dire que, dans leur domaine africain, il leur aurait été assez difficile de valoriser une langue indigène aux dépens d'une autre, sans avoir à affronter de fâcheuses réticences.
Au Sénégal, l'islam est implanté depuis le XIème siècle; il prend une importance grandissante surtout chez les Ouolof où la secte Tidjanya draine une grande ferveur mystique. Les Mourides, eux, prêchent la sanctification par le travail.
Au XIXème siècle, le catholicisme progresse chez les Sérères animistes, les Pères du Saint-Esprit ayant repris une mission interrompue par la Révolution française. La mère Javouhey, fondatrice des Soeurs Saint-Joseph de Cluny, réussit, en 1817, à ouvrir un établissement pour les filles.

Dans la zone sahélienne l'Islam est divisé en sectes qui se disputent souvent et pas seulement en matière théologique. Il a tendance à se développer pendant la période coloniale, la France rêvant longtemps de conclure un pacte avec lui parce que la religion musulmane, avec son code moral et sa docilité envers l'autorité lui paraît plus proche du rationalisme occidental que ces multiples foyers de ferveur animiste, bien adaptée à la vie des paysans noirs mais difficile à appréhender dans la multiplicité de ses formes et le secret de ses rites.

La politique musulmane de la France est pleine de contradictions. Elle entoure de déférence l'Islam dont cependant elle surveille l'expansion tandis qu'elle ignore ces petites religions dont les dieux sont nombreux et les cérémonies cachées.
Le christianisme s'implante discrètement dans les territoires où il se heurte à une religion musulmane conquérante. Cependant, en Haute-Volta, dès 1901, les Pères Blancs créent des écoles et suscitent des vocations. En Guinée, les missions des Pères du Saint-Esprit, installées depuis le XVIII siècle, jouent un grand rôle dans l'enseignement de la jeunesse. Les Spiritains prennent, après la Révolution française, en charge la côte africaine; au Dahomey ils obtiennent du roi d'Abomey une déclaration de tolérance. Ils rayonnent sur le Togo ayant remplacé les Pères allemands du Verbe Divin. En 1957 on compte là
225000 chrétiens dont 180000 catholiques tandis qu'au Dahomey on en dénombre 150000.
Au Cameroun, juste après la fin de la deuxième guerre mondiale, les Pères du Saint-Esprit voient affluer les candidats au baptême. Une ferveur presque identique fait affluer les Camerounais dans les églises protestantes.
En pays Bacongo on voit prospérer des mouvements messianiques: le kimbanguisme (1921) ou le kakisme (1929) qui sont des formes de lutte contre la sorcellerie.
C'est à partir de la fin du XVIII' siècle qu'au sein du protestantisme, en plein mouvement de réveil, se fonde une société missionnaire baptiste à Londres en 1792, une société des missions à Bâle en 1815, une société des misions évangéliques à Paris en 1824.
Sur le continent noir ces organisations se tournent d'abord vers les territoires où ont été regroupés les esclaves libérés: Sierra Leone et Liberia. Un lien se crée ainsi entre la lutte pour l'abolition de l'esclavage et le protestantisme.
En 1862 une société d'évangélisation des colonies prend pour champ d'action le Sénégal.
La situation des missions dépendant de l'attitude religieuse des gouvernants, on conçoit que, dans les territoires français il y ait parfois des tensions. Cependant il est rare qu'il y ait hostilité de principe entre les représentants des religions chrétiennes et ceux de l'Autorité: les uns et les autres ayant le sentiment de travailler a la transmission d'une même forme de civilisation.

L'enseignement de la langue et des valeurs françaises, le message des missionnaires qui vont d'ailleurs former bon nombre des chefs de la décolonisation, l'envoi sur les champs de bataille européens de jeunes engagés - principalement sénégalais et soudanais
l'exemple parfois déplorable d'affairistes et d'accapareurs font évoluer les mentalités.
La situation se tend quand la bureaucratie qui pèse sur la métropole étouffe les colonies, quand l'insuffisance des moyens mis à la disposition du ministre ne permet pas de maîtriser les problèmes urbains multipliés par l'afflux de tous ceux qui, en brousse, rêvent d'améliorer leur sort et celui de leur famille, quand le Parti communiste, à ciel ouvert ou souterrainement, anime une action incessante afin d'affaiblir les puissances capitalistes.
Jamais avare de sujets de disputes, l'intelligentsia parisienne, à peu près unanimement anticoloniale, se partage entre ceux qui prétendent que les colonies coûtent trop cher et ceux qui assurent qu'elles sont pillées par leurs métropoles.
L'écho de ces querelles parvient en Afrique noire par le truchement des étudiants, venus de plus en plus nombreux poursuivre des études supérieures en France. Ceux-ci ressentent aussi, douloureusement, la disparité des niveaux de vie des colonisateurs et des colonisés. N'ayant pas connu les famines, les guerres tribales et les épidémies dévastatrices d'autrefois, ils ne voient pas l'effort d'équipement consenti par la France pour édifier les hôpitaux, des dispensaires et des maternités, ni celui fourni par les enseignants, ni celui consacré à la construction de routes, des voies ferrées et pour établir des dessertes aériennes. Ce sont eux et non le petit peuple, obscurément satisfait d'une amélioration modeste mais certaine, qui ne tarderont pas à revendiquer.
La guerre de 1939-1945 va bouleverser cet immense mais fragile ensemble.

Afrique britannique

Pour la Grande-Bretagne la gloire des armes tient moins de place dans sa colonisation que le commerce. En Afrique le domaine anglais est immense, il a de
considérables potentialités, mais il est relativement disparate.  L'empirisme britannique s'accommode d'ailleurs bien des diverses situations héritées de l'histoire.
A l'Ouest, Gambie, Sierra Leone, Côte-de-l'Or, Nigeria à l'origine simples comptoirs commerciaux, développent des communications suivant les axes du commerce mais ne peuvent entrer en relation les uns avec les autres que par la voie maritime. Les missionnaires suivent les marchands: dès la fin du XVIIIème siècle la secte de Claphan choisit la Sierra Leone comme territoire d'accueil pour les esclaves libérés.
Cette double activité amène Londres à ce qu'elle ne souhaitait pas: la création de colonies. Ainsi en Gold Coast, les Anglais se bornent à repousser les attaques des Ashanti contre leurs alliés Fanti (1873) mais ils sont peu à peu entraînés à annexer tout le pays pour mettre fin à des troubles incessants (1895). Ainsi, encore, le gouvernement anglais est obligé de soutenir la National 4frican Company qui développe ses activités sur le bas Niger et se heurte à la Compagnie Française d'Afrique équatoriale.
A la conférence de Berlin, le délégué britannique réussit à faire admettre les droits particuliers de son pays sur l'estuaire du grand fleuve et la liberté d'y établir un règlement de navigation.
Des circonstances de cette implantation s'ensuivent quelques caractéristiques, notamment une gestion économique qui s'efforce d'utiliser les autorités locales se bornant à les chapeauter et à les contrôler. Un tel principe  quand il est possible de l'appliquer - permet à l'administration britannique d'employer de faibles effectifs et de décentraliser les pouvoirs: la législation étant faite par ordonnances des gouverneurs. Ceux-ci sont assistés par des conseils exécutif et législatif composés de hauts fonctionnaires et de membres nommés dont quelques chefs indigènes.

L'Afrique australe est colonisée presque à contrecœur. D'abord simple escale sur la route des Indes elle est occupée, avant tout, pour contrebalancer l'influence des colons hollandais. Enfin un vaste domaine est conquis à cause, sans doute, des éblouissants trésors de son sous-sol, à cause des diverses ambitions coloniales qui se font alors jour, à cause de l'habileté, de la clairvoyance et de l'audace de Cecil Rhodes, à cause, enfin, de l'engrenage dans lequel les Anglais sont entraînés par leurs conflits avec les Boers
Au fur et à mesure des conquêtes sur les Africains et sur les descendants des Hollandais, des colonies sont créées. Quelques dates rappellent la constitution de ce vaste ensemble:
en 1814 le Cap est acheté à la Hollande pour 5 millions de livres sterling;
en 1841 le Natal est annexé;
en 1871 le district diamantifère de Kimberley l'est à son tour;
en 1875 le Traansvaal devient colonie et peu après le Zoulouland;
en 1884 l'Angleterre place sous sa souveraineté le Bechouanaland;
en 1888 elle établit son protectorat sur le Mashonaland.

La Grande-Bretagne ayant accordé, dès 1853, des institutions représentatives à sa colonie du Cap, Cecil Rhodes en devient premier ministre (1890-1895).
En 1891 la pénétration portugaise de l'arrière-pays du Mozambique est enrayée au mépris de la convention accordant des droits sur l'hinterland aux nations installées sur la côte.
En 1906 et 1907 le Transvaal et l'Orange reçoivent une autonomie administrative.
En 1909 une constitution: la South African Bih, mise au point après consultation des parlements locaux et de celui de Londres, établit une Union sud-africaine composée de quatre colonies autonomes: le Cap, le Natal, l'Orange et le Transvaal et des protectorats sur les Bechouanaland, Bassoutoland et Swaziland qui pourraient être placés sous l'autorité du pouvoir exécutif de l'Union. Au niveau fédéral un parlement composé de deux chambres siège au Cap et décide des questions intéressant l'Union. Le pouvoir exécutif est exercé par le Gouverneur général représentant de l'autorité britannique et pour un conseil de dix membres résidant à Prétoria. Un premier ministre est chargé de la politique intérieure, une cour suprême siège à Bloemfontein (capitale de l'orange).

Déjà de graves problèmes se font jour: la première loi de ségrégation territoriale date de 1913. Elle attribue 8 % du territoire aux native, ce qui est manifestement insuffisant; la communauté indienne s'accroît dans des proportions inquiétantes et son activité industrieuse et commerciale paraît Si redoutable qu'au Transvaal elle est soumise à des mesures discriminatoires contre lesquelles s'élève Gandhi..En juin 1914 un compromis est trouvé qui met une sourdine aux revendications indiennes.
La Grande Guerre accentue les tendances de l'Union à l'indépendance, car elle oblige l'Afrique australe à ne compter que sur elle-même et sur ses ressources naturelles.
Après quelques réticences l'Union sud-africaine participe au conflit aux côtés de la Grande-Bretagne: ce sont les Boers du Transvaal qui font la conquête du Sud-Ouest africain allemand, achevée en 1915. C'est d'ailleurs à l'Afrique du Sud et non à l'Angleterre qu'en 1921 est donné mandat d'administrer la colonie germanique.
Une conférence impériale, cette même année, reconnaît le statut de Self Governing Dominion à l'Union sud-africaine. Dès lors celle-ci ne songe plus à s'éloigner de la métropole: Smuts siège dans le cabinet de guerre britannique tandis qu'Herzog déclare:
"Il n'y a plus désormais qu'une union, librement consentie, de l'Angleterre et des 6 dominions qui coopèrent amicalement et forment pour ainsi dire leur propre société des nations."
Le statut de Westminster voté en 1931 par le Parlement de Londres fait disparaître toutes les différences. Ainsi est-il affirmé qu'une loi s'appliquant à un dominion ne peut être votée à Londres, qu'il n'y a plus de limitation dans les pouvoirs des parlements des dominions. Il est cependant stipulé que la Nouvelle-Zélande, l'Australie et le Canada ne pourront modifier la constitution dans le sens de la centralisation... le statut n'est pas une constitution. L'unité du Commonwealth repose sur la libre coopération des membres et sur l'idée neuve de la divisibilité de la monarchie (le roi étant souverain de chacun des pays).
Cependant subsistent des dépendances qui, sous des noms divers: colonies de la couronne, établissements, protectorats, sont placées sous l'autorité du Colonial Office.
L'Afrique orientale juxtapose, aux bords de la mer Rouge et de l'océan Indien, de vastes pays, aux peuples, aux reliefs et aux climats divers.
Au XIXème siècle les Portugais occupent toujours la côte du Mozambique dans l'intérieur duquel ils envoient des colonnes de commerçants, d'explorateurs et de militaires. Le reste du littoral est à nouveau rangé sous l'autorité des imams de Mascate et de leur délégué: le sultan de Zanzibar. L'Abyssinie indépendante sombre dans l'anarchie; le Haut Nil est aux mains de despotes indigènes du Sennar, du Kordofan puis du vice-roi d'Égypte: Mehemet-Ali (1821-1840).
L'Angleterre commerce dans l'océan Indien, elle ne peut donc rester indifférente à ce qui se passe sur les rivages africains.
En 1822-1823 le capitaine Owen lui acquiert les protectorats de Barava, Mombasa et de quelques autres points côtiers. A partir de 1844 elle affermit sa tutelle sur Zanzibar: son consul fait office de premier ministre du sultan. En 1884, elle se substitue à l'Égypte pour le contrôle de Zeila et de Berbera, en Somalie (il faut dire que depuis 1882 elle est maîtresse
au Caire). Avec sa possession d'Aden elle peut désormais fermer la mer Rouge. Elle s'engage dans la pénétration du Soudan nilotique où règne une grande agitation attisée par les négriers arabes et ou un saint homme Mohamed Ahmed, proclamé Mahdi, déclare la guerre à l'armée égyptienne.
Se développe une période de conflits politiques avec la France qui s'installe sur le détroit de Bab el Mandeb puis à Djibouti (1888), avec l'italie qui se met en quête d'une installation en Afrique orientale et avec l'Allemagne qui jette son dévolu sur Zanzibar et sur l'intérieur du pays.
A la Deutsche Ostafrika Gesellschaft, les Anglais opposent l'Imperial British East Afrika qui reçoit des droits souverains. Les deux compagnies rivalisent d'audace pour la possession de l'intérieur. L'Allemagne est bien placée dans cette compétition mais à la retraite de Bismark la Grande-Bretagne sait profiter des hésitations du jeune empereur Guillaume 11.
La Rhodésie, la Zambie, le Malawi, appelés jusqu'en 1964 Rhodésie du Sud, du Nord, et Nyassaland, sont entrés dans l'orbite britannique à la fin du XIXème siècle lorsque la conférence de Berlin et les ambitions de l'Allemagne ont précipité la course à l'hinterland africain.
Cecil Rhodes et ses agents s'installent dans les terres des Shona (Mashona) et des N'Debélé (Matabélé) au nord du Limpopo. Ils empêchent ainsi les Portugais de réaliser leur projet de réunir l'Angola au Mozambique et les Allemands d'unir l'Est à l'Ouest africains. Déjà des missionnaires écossais s'efforcent d'évangéliser les peuples environnant le lac Nyassa.
Leur présence permet aux Britanniques d'évincer les Portugais dont les droits historiques étaient cependant incontestables.
Tandis que Rhodes poursuit son implantation, le fils du pasteur Moffat, résident
britannique à Bulawayo en 1888, persuade le roi des N'Debélé à signer une convention l'obligeant à ne conclure aucun traité sans en avertir le haut-commissaire du Cap. En 1889 la Compagnie britannique d'Afrique du Sud reçoit -par charte - le droit d'administrer son territoire. Le 12 septembre 1890 le drapeau britannique est hissé à Fort-Salisbury, mais pour occuper le territoire il faut d'abord écraser la révolte des N'Debélé et des Shona leurs sujets (1896). Les représailles sont sans pitié et les Africains en restent frappés de stupeur.
En 1898 la même compagnie se fait reconnaître une concession sur le haut Zambèze, la vallée des Barotse constituant le protectorat du Barotseland qui jouira d'une certaine autonomie.
En 1909 les deux parties de la Rhodésie du Nord sont soumises au même régime et un protectorat, créé en 1911, dépend du Colonial Office. C'est en 1931 que les premières tonnes de cuivre sont extraites et exportées. Les colons arrivent, dès lors, de l'Afrique du Sud et de Grande-Bretagne. L'agriculture donnant de médiocres résultats les problèmes fonciers n'ont pas la même acuité qu'ils présentent chez sa voisine.
La Rhodésie du Sud située sur les hautes terres et jouissant d'un climat presque tempéré devient fatalement un pays de Blancs. Ceux-ci établissent, comme en Afrique du Sud, un système basé sur la couleur de la peau: la terre est enlevée aux tribus et les hommes noirs n'ont pas d'autres ressources que de devenir mineurs ou bien ouvriers agricoles.
Le gouvernement britannique crée les premières réserves en 1898.
Déjà la Rhodésie a un Conseil législatif dans lequel, peu à peu, les colons deviennent majoritaires. En septembre 1923 elle devient colonie de la Couronne et non pas dominion puisqu'elle n'obtient pas la direction de sa politique extérieure. Mais elle se voit reconnaître un gouvernement responsable devant une chambre de 30 membres élus par les civilisés,
c'est-à-dire par ceux qui savent lire et écrire l'anglais et qui ont un mode de vie convenable.

En 1930 le Land Apportionment Act partage le sol: 48 605 898 acres allant aux Européens et 28 933 362 acres aux Africains mais ceux-ci qui sont plus de 900000 en 1927 s'accroissent rapidement et la terre qui leur est attribuée s'épuise de façon accélérée. Après la deuxième guerre mondiale Il faut prendre des décisions, mais celles-ci comportent tant d'aspects négatifs que les dirigeants africains, notamment Joshua Nkomo, y voient "un artifice pervers visant a... déraciner les Africains".
Le Nyassaland s'est ouvert aux activités de la chartered en 1891, son protectorat est proclamé au printemps suivant. En 1904 il est placé sous la responsabilité du Colonial Office.
La beauté des paysages n attire pas les Européens qui. à la veille de la Grande Guerre, ne sont pas 5 000. Les Africains (environ 2 millions et demi) sont, eux, trop nombreux pour les ressources du pays. La presque totalité de la production agricole reste aux mains des Africains. Les voies de communication sont insuffisantes et jusqu'en 1935 ce petit pays reste enclavé puisqu'il faut prendre le bac pour traverser le Zambéze afin de rejoindre le chemin de fer de Sena à Beria.
En l'absence de vie industrielle et d'ouvriers blancs les relations interraciales sont plus faciles que dans les Rhodésies.
Les écoles sont l'œuvre des missions. L'une d'elles, à Blantyre, forme de bons techniciens, en quatre ans d'études.
L'administration est sous l'autorité d'un gouverneur assisté d'un Conseil législatif et d'un Conseil exécutif. Tous les membres, officiels et privés, sont nommés, les intérêts africains sont depuis 1907 confiés à un missionnaire.

Par une convention de 1899 l'Angleterre se voit reconnaître toute la vallée du Nil et celles de ses affluents. Le Soudan devient une province anglo-égyptienne, la situation géographique et l'importance économique n'ayant pas échappé à la métropole. La Grande-Bretagne possède le Somaliland, fort agité jusque vers 1910 par un marabout de l'Ogaden, l'île de Socotora, sentinelle sur la route des Indes et les trois protectorats sur Zanzibar, sur l'Est africain et l'Ouganda formés avec les acquisitions de l'Imperial British East African Cie dont la charte a été rachetée en 1893.
Des accords sont signés avec le Toro, l'Ankole et le Bunyoro de 1900 à 1903. Tous Ces protégés dépendent du Colonial Office.
Il faut attendre 1920 pour que le pays situé entre l'Ouganda et l'océan Indien devienne colonie du Kenya. Il était auparavant et depuis 1901 un protectorat que son commissaire Sir Charles Eliott s'efforce de transformer en colonie de peuplement blanc. Après la venue de Lord Delamère et du capitaine Grogan, la politique britannique dans l'Est africain est orientée pour un demi-siècle.
La frontière, déplacée vers l'ouest, le futur Kenya va jusqu'au mont Elgon et aux rives du lac Victoria. Une fois la pacification accomplie sur les Masai, les Nandi, les Kikuyu et les Gisu.
A la veille de la Grande Guerre la population est partagée en groupes fort inégaux; les Africains du nombre de 2 millions et demi à 3 millions appartiennent a diverses races: nilotiques, bantu, nilo-hamitiques; les Arabes peu nombreux à peine 20 000 sont presque tous métisses les Indiens sont immigrés certains sont venus pour travailler a la construction du chemin de fer de l'Ouganda mais la plupart hindouistes, musulmans, goanais, descendent d'ancêtres résidant a la Côte d'Afrique parfois depuis des siècles. Enfin des colons, peu nombreux, parlent haut et ont des porte paroles puissants, en particulier Lord Hindlip qui siège a. la chambre des Lords.
La terre, dans les hauteurs de l'Ouest, est monopolisée par les Blancs; elle est attribuée par des baux de 999 ans, décision entérinée en 1915 par l'ordonnance sur les terres de la Couronne.
Les Africains sont, dès lors, cantonnés dans des réserves. Quant aux Indiens, l'accès à la propriété leur est quasiment interdit.
Les activités commerciales se développent et Nairobi devient une ville.

Des colons, très virulents, continuent à s'opposer à la représentation des non-Blancs. Il faut attendre 1927 pour qu'un Indien puisse être élu au Conseil législatif. A partir de 1930, les Africains, et en particulier les Kikuyu - formés dans les écoles des missions - réclament une réforme foncière, le développement de l'enseignement et une représentation au Conseil.
L'agitation grandit, des églises fleurissent unissant le messianisme biblique, la magie, la croyance aux esprits et un fanatisme anti-blanc dont la violence inquiéterait Si le gouvernement était bien renseigné. Mais parce qu'il y a deux administrations: celle des réserves et celle de la colonisation, l'information reste fragmentaire. Peut-être aussi, dans les réserves, les chefs nommés par l'Autorité coloniale, n'osent-ils pas avouer que leur influence est battue en brèche par celle des associations contestataires.
Dès lors et à partir de ce territoire la décolonisation est en marche.
C'est dans une partie de l'Ouganda qu'est mis au point le système d'indirect rule, système qui ne peut exister que dans des royaumes africains structurés, dont les chefs traditionnels reconnus et confirmés par la puissance protectrice deviennent les cadres du protectorat. Il en est ainsi dans le Bouganda et à un moindre degré dans le Toro et l'Ankole
Chez les Nilotiques du nord du territoire les fonctionnaires britanniques pratiquent l'administration directe.
Pendant la Grande Guerre le commissaire pour la province orientale et le directeur de l'Agriculture, s'opposant à l'accaparement des terres par les Blancs, réussissent à faire admettre que tout le sol relève de la Couronne et que les chefs reçoivent des salaires. C'est alors que commence à prospérer la culture du coton.
Les missions, en particulier celles des Pères Blancs, prennent en main l'enseignement et l'assistance médicale, notamment la lutte contre la maladie du sommeil.
En 1920 sont créés un Conseil législatif et un Conseil exécutif. En 1926 le leader indien Amin siège dans le premier qui se réunit à Entebbe mais ne réussit pas à étendre son influence. Une agitation paysanne se développe chez les Ganda contre le travail forcé; elle prend appui sur des sectes religieuses, en particulier sur l'Eglise des Ahamalaki et sur le mouvement Babaka pour s'opposer aux autorités établies.
Bien que constitutionnellement presque indépendant, le Bouganda reste sous la domination britannique en matière administrative: les chefs les plus élevés dans la hiérarchie sont, en effet, susceptibles d'être remerciés s'ils ne répondent plus aux besoins d'une administration soucieuse de s'adapter aux exigences économiques.

Entre les deux guerres diverses tentatives sont faites pour que les territoires de l'Afrique orientale britannique s'unissent. Les colons du Kenya étant farouchement opposés à une fédération dans laquelle ils seraient noyés, plusieurs commissions élaborent
entre 1923 et 1929  des projets d'union.
Il faut l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne et la peur d'une éventuelle rétrocession du Tanganyika pour que les Kenya, Ouganda, Nyassaland, Rhodésies et Tanganyika consentent à des réunions annuelles de gouverneurs, à la fusion de certains services et à des discussions sur les problèmes importants: communication, transport, enseignement, industrialisation...
Fruit d'intentions variées: commerçants, militaires, de prestige ou de stratégie, le domaine africain de la Grande-Bretagne est gouverné de façons diverses.
Le système de l'indirect rule, inauguré par Lugard au Bouganda, poursuivi par lui dans les émirats de la Nigeria septentrionale, n'est guère appliqué ailleurs et même pas tenté dans les colonies de peuplement. Intégrer les Africains dans un système d'administration britannique suppose, en effet, qu'existent des Etats et des autorités locales assez fortes pour se faire respec60
ter et obéir. C'est ainsi que Lugard doit y renoncer dans le Sud nigerian, que Cameron ne peut l'appliquer dans l'ancien Tanganyika allemand, car dans l'un et l'autre pays les populations n'avaient pas constitué d'États stables. Par ailleurs, dans le meilleur des cas, les chefs reconnus par les Anglais ne le sont pas forcément par les Africains - leur rétribution par l'impôt qu'ils sont chargés de collecter ne les rend, en effet, guère populaires.
Dans les possessions côtières de l'Afrique occidentale l'Angleterre élabore peu à peu une politique coloniale, reconnaissant les droits politiques des indigènes évolués, c'est-à-dire appartenant aux classes moyennes.
Dans les colonies de peuplement, au contraire, le pouvoir économique et politique est réservé aux Blancs.
Partout, cependant, les colons anglais sont assurés de certaines garanties.
Dans l'ensemble chaque territoire est dirigé par un gouverneur assisté d'un conseil. Lorsqu'il obtient d'avoir un parlement, celui-ci peut voter des lois mais celles-ci ne sont applicables qu'après approbation du gouverneur Elles peuvent encore être rendues inopérantes par un veto royal.
Ce régime est d'inspiration plus libérale que celui des autres colonies européennes. L'Empire britannique repose sur des idéaux positifs; les institutions libres sont ses principes vitaux; la coopération libre est son         instrument'. paix, sécurité et progrès sont ses buts, proclame en 1931 le statut de Westminster, mais selon les vicissitudes de l'histoire et les conditions d'appropriation des terres les statuts individuels tout comme ceux des groupes raciaux diffèrent considérablement.

La colonisation belge

Lorsque Stanley traverse l'Afrique équatoriale d'est en ouest, découvre les sources du Congo et rencontre les négriers arabes acharnés à capturer le plus possible de jeunes et beaux hommes noirs, le roi Léopold Il règne sur la Belgique.
En 1876, après une conférence de géographes tenue à Bruxelles, le souverain belge décide la fondation d'une Association internationale africaine dont le principal objet est défini comme l'abolition de la traite des Noirs.
L'AIA lance tout de suite des expéditions: au comité français, sous la direction de Savorgnan de Brazza est dévolue la tâche dc reconnaître la côte occidentale de cet immense bassin; au comité allemand revient l'occupation des territoires de la côte orientale; le comité belge, après une tentative infructueuse à partir de Zanzibar, décide de s'adjoindre les services et l'expérience de Stanley et fonde un Comité d'études du Haut-Congo.
L'expédition de 1879 est un succès, le comité belge devient l'Association internationale du Congo qui commence à occuper le terrain en em~iétant, d'ailleurs, sur les zones d'influence des autres Etats. Ces rivalités entraînent la convocation de la Conférence de Berlin (1884-1885) qui remet de l'ordre et reconnaît un Etat indépendant du Congo.
Le 30 avril 1885 Léopold Il est autorisé par le parlement belge à devenir le souverain de ce nouvel Etat, grand comme quatre fois et demie la France et dont la seule unité est d'ordre hydrographique: le Congo et ses affluents.
Des deux côtés de l'Équateur, dans la cuvette congolaise, c est le domaine de la grande forêt. De part et d'autre de celle-ci c'est la savane humide avec des galeries forestières au sud sur le plateau du Katanga est la brousse sèche.
Les peuples qui habitent cet immense domaine sont en grande majorité bantou: ceux qui résident dans la forêt pratiquent la chasse, la cueillette, parfois des cultures itinérantes. Dans les savanes et la brousse, l'agriculture est plus aisée et plus productive, de vastes royaumes féodaux ont pu se constituer sur une base matrilinéaire. Au nord dans les savanes de l'Oubangui et de ses affluents des peuples ne parlant pas de langues bantou ont formé des royaumes guerriers. Des commerçants se sont établis sur le fleuve: ainsi les Bangala qui transportent les productions de l'un a l'autre des secteurs.

En 1889, le roi Léopold Il lègue à la Belgique son royaume africain, dont la plus grande partie est occupée en 1900.
Lentement l'idée coloniale fait son chemin; parce que l'Angleterre s'efforce d'accréditer des rumeurs sur de fâcheux procédés d'exploitation du Congo, l'annexion par la Belgique en est votée en 1908.
La jeune métropole devient dès lors un centre actif d'études coloniales.
En 1914, pour défendre la colonie contre les visées allemandes, les troupes belges s'avancent presque jusqu'à l'océan Indien, ce qui vaudra à la Belgique de recevoir, à la fin de la guerre, mandat de la Société des Nations pour administrer le Ruanda et le Burundi.
Dans l'intervalle le chemin de fer de Matadi, sur l'estuaire à Léopoldville, encore modeste, cité sur le Stanley Pool, étant achevé en 1898, toutes sortes de compagnies, certaines à chartes commerciales, agricoles et minières, s'enracinent dans le pays.
Il faut un effort important du gouvernement belge pour imposer de justes limites au profit et pour orienter les métropolitains vers des œuvres de colonisation.
L'amélioration du sort des indigènes est prévue dans le cadre de leurs traditions: la Belgique s'interdit, en effet, l'assimilation. Les missions catholiques dont l'action est admise et soutenue sont attentives à distinguer conversion et européanisation.
Au point de vue administratif le Congo est régi par des décrets royaux.
Le souverain est assisté d'un Conseil colonial de 14 membres dont 6 parlementaires. Sur place il est représenté par un gouverneur général assisté d'un vice-gouverneur et de gouverneurs de provinces, lesquels ont autorité sur les administrateurs dc districts et de territoires. Au niveau inférieur subsistent les chefferies indigènes.
Depuis 1922 existe, à Léopoldville, un Conseil de gouvernement à voix consultative qui est composé de chefs de services. Des notables belges résidant dans la colonie peuvent être invités à ses séances de travail. Dans chaque province, un Comité régional fonctionne avec des règles analogues.
Aux degrés des chefferies et des secteurs on trouve des tribunaux coutumiers; au degré supérieur est le tribunal de l'administrateur, assisté de notables,
Une commission permanente présidée par le procureur général de la cour d'appel est composée de membres nommés (fonctionnaires, missionnaires, colons), veille à la protection des indigènes et à l'amélioration de leurs conditions de vie.
La force publique est formée de volontaires commandés par des officiers belges: une partie en forme l'armée, une autre la police.
L'enseignement est surtout l'œuvre des missions. Au niveau primaire, il se donne dans la langue vernaculaire - toujours dans l'intention de ne pas déraciner les indigènes. Aprés la deuxième guerre mondiale, on compte prés de 1 million d'élèves dans les écoles catholiques et plus de 200 000 chez les protestants. Le français et le néerlandais sont enseignés dans les écoles d'Etat qui forment les fonctionnaires. Le latin s'apprend dans les séminaires. L'Université Lovanium, à directi9n catholique, est créée près de Léopoldville en 1954, celle d'Elisabethville en 1956.

Il y a moins de 150000 musulmans, exclusivement dans l'est du pays.
Les missions chrétiennes développent largement leur action. On compte 800000 protestants et 4500000 catholiques quand le premier évêque congolais est consacré en 1956.
La concession des meilleures terres aux Européens, la nécessité de payer un impôt, l'attraction et l'obtention de salaires entraînent un fort exode rural et un développement des villes. Les besoins des mines et des plantations obligent, en outre, à des migrations importantes; plus de 3000000 de Congolais vivent hors de leur groupe d'origine, malgré les intentions initiales.
Ce grand nombre d'hommes détribalisés a des conséquences incalculables: l'économie moderne remplace les modes traditionnels de subsistance. La solidarité tribale disparaît, elle est remplacée par celle des églises et de groupes mystiques qui apparaissent dès les années 1920.
La colonisation belge a bonne conscience: elle a sauvé les Africains de l'oppression de despotes locaux et du trafic des négriers arabes ou arabisés. Elle les conduira à la civilisation au rythme lent qui convient. Elle est le fruit d'une attitude paternaliste.
Les salaires donnent aux Congolais un niveau de vie sensiblement plus élevé que celui de leurs voisins, mais l'instruction étant plutôt technique que générale, il n'y a que tardivement formation d'élites capables d'assumer des tâches d'autorité.
C'est en 1950 que se crée l'association des Bakongo ayant une vague intention d'unification avec les frères des colonies française et portugaise.
En 1955 l'institut colonial d'Anvers prévoit qu'une durée de trente ans sera nécessaire pour former une classe dirigeante capable d'assumer le pouvoir. A ce moment déjà l'évolution des territoires français et britanniques est amorcée: la loi cadre de 1956 remet les gouvernements locaux à des ministres africains, la Gold Coast devient indépendante et prend le nom de Ghana.
En 1957 une première émeute éclate au stade de Léopoldville... c'est le début de l'émancipation.

La colonisation allemande

Dans l'Ouest.    Bien qu'en 1871 Bismarck ait déclaré: "Je ne suis pas un colonial", le chancelier est amené à s'intéresser aux actions de l'Association coloniale allemande et de la Société pour la colonisation allemande fondées en 1881 et en 1884. Sous sa houlette, ces deux sociétés fusionnent et deviennent en 1887 la Deutsche Kolonial Gesellschaft.
L'Allemagne s'installe alors largement sur les côtes du Golfe de Guinée. En 1884, le Dr Nachtigal est nommé par Bismark haut commissaire impérial en Afrique occidentale. Appuyé par une cannonière il conclut des traités avec les princes indigènes de la Côte et peu à peu il place sous protectorat allemand tous les territoires des rivages qui deviendront le Togo et le Cameroun.
L'intérieur est reconnu, des postes fondés, le Togo allemand est ainsi cosntitué après entente avec la France en 1897 et l'Angleterre en 1899. Il compte 85 000 Km2. Le gouverneur réside à Lomé, sur la côte.
La politique coloniale est méthodique : au nord les cercles sont interdits aux Européens non officiels, même après la pacification des pays Konkomba, Gondja et Dagomba. L'autorité des chefs y est renforcée ou crée. A l'ouest, au centre et au sud, des planifications de cocotiers, de palmiers à huile sont établis et développés. Trois lignes de chemin de fer sont installées : une sur la côte, une vers Palimé, l'autre vers Atakpamé.
Les missions protestantes et catholiques sont appuyés par des éléments africains ou métis venus du Brésil. En 1914, il y a 20 000 catholiques et plus de 20 000 enfants sont scolarisés, mais l'enseignement ne dépasse pas le sud du territoire.
Quand éclate la guerre en 1914, les Français entrent à Anecho, les Anglais à Lomé. Ensemble ils se dirigent vers le nord que les administrateurs des deux pays occupent. Le 26 Août, le gouverneur allemand se rend. Le traité de Versailles fait passer Lomé et Palimé dans la zone française qui restera protestorat. L'Angleterre rattache sa partie du Togo à sa colonie de Gold Coast.

Dans l'Est.   Un accord anglo-allemand intervenu en 1886 reconnaît la souveraineté du sultan de Zanzibar sur une bande côtière et partage l'intérieur on sphères d'influence depuis la côte jusqu'au lac Victoria.
L'année suivante une convention germano-lusitanienne donne la Rovurna comme limite septentrionale au Mozambique.
La Société allemande d'Afrique orientale de Peters jette les bases de ce qui va devenir les possessions du Tanganyika, du Ruanda et du Burundi, après l'échec des révoltes arabes d'Aboushiri (1888) et swahili de Bwana Heri (1890-1891), révoltes causées plus encore par la crainte de voir disparaître la source de profits que représente le trafic négrier que par la brutalité de la conquête.
Celle-ci n'est pas facile. Il y tira toute l'énergie de Guillaume Il qui assume le pouvoir à partir de 1890 et se fait l'apôtre de la fameuse Weltpolitik, des droits du peuple-maîrre, du peuple qui a Dieu avec lui. Si les Chagga sont soumis en 1892 et les Nyamwezi en 1893, il faut sept ans (de 1891 à 1898) pour vaincre la résistance des fiche dont le grand chef se suicide plutôt que de tomber aux mains de ses ennemis. Les Maniema ne sont pacifiés qu'en 1898 et le roi de ne se rend qu'en 1903.
Après des représailles sanglantes, les premières années du gouverneur Von Gotzen (1901-1906) marquent une certaine libéralisation. Cependant en 1905 un soulèvement dit magi-magi enflamme le sud du pays, animée par les redoutables Ngoni. Les troupes allemandes regroupées pratiquent la destruction des villages et des récoltes.
En octobre 1907, on se bat encore, une effroyable misère s'installe, mais il n'y aura plus de révoltes, les Africains ayant compris que la magie est impuissante contre les mitrailleuses.
Le gouvernement allemand se rend compte que la hâte de la mise en valeur et la brutalité des méthodes ne sont pas de bons moyens de colonisation.
Et ce d'autant plus qu'à la même époque il est affronté à la grande révolte des Herero du Sud-Ouest africain.
En janvier 1914 le général von Lettow est nommé en Afrique orientale. Il s'efforce avec une armée qui ne dépassera jamais 16000 hommes, d'immobiliser le plus longtemps possible, le plus grand nombre possible de troupes ennemies loin des champs de bataille européens. Malgré ses qualités de tacticien, en 1916 il ne gère plus qu'une étroite bande au sud entre Rufiji et Rovuma. A la fin de 1917 il passe au Mozambique puis après une brève contre-offensive (août 1918) il se trouve en Rhodésie du Nord au moment de la signature de l'armistice.
L'Est africain allemand, malgré une politique autoritaire de plantations de sisal, de café, de coton ou de caoutchouc - selon les possibilités locales -' malgré la construction du chemin de fer et les subventions accordées a la Compagnie de navigation reliant l'Allemagne à la colonie, ne fournit guère que 4 % des besoins de la Métropole en produits coloniaux et n'absorbe pas l'excédent de la population allemande: en 1913 il n'y a que 4 107 Allemands dont 822 colons et planteurs, les autres étant fonctionnaires d'autorité et militaires.
Par contre la scolarisation progresse: un peu plus de 35 000 enfants fréquentent l'école en 1911, et l'évangélisation se poursuit: la colonie compte 130000 catholiques et il 000 protestants.

Pour résoudre le problème de l'avenir du territoire africano-germanique, le général Smuts, commandant en chef des forces britanniques, trouve la solution d'un mandat confié par la Société des Nations sur la colonie allemande, rebaptisée Tanganyika.
En 1917 le Colonial Office doit admettre le principe de l'élection de certains membres du Conseil législatif par les adultes européens. Celui-ci est créé en
1926.
Sir Donald Cameron, le gouverneur qui arrive en 1925, veut éviter une détribalisation rapide. Il veut que les chefferies fassent elles-mêmes l'adaptation des lois et des coutumes. L'ordonnance de 1929 sur les tribunaux indigènes redonne aux autorités tribales l'exercice du judiciaire. Mais les chefs étant aussi responsables de la perception des impôts sur lesquels ils sont rétribués sont contestes...

Daus le Sud-Ouest africain :  Ce pays aride est parcouru de longue date par les missionnaires et les marchands britanniques, mais en 1840 la Société des missions de Londres ayant cédé ses droits à la Société des missions rhénanes, ce sont des Allemands qui, dès lors, évangélisent les peuples. En 1883 un marchand de Brême: Luderitz se fait céder par quelques chefs locaux la baie d'Angra Pequena pour y construire un port.
Dès 1885 Bismarck accorde sa protection officielle à l'établissement. Berlin doit intervenir directement devant l'incapacité financière et administrative de la Deutsche Kolonial Gesellschaft.
En 1891 le protectorat est déclaré mais les résistances à l'occupation sont vives: le chef des Nama: Witboi lutte de 1888 à 1894; les Rerero entrent en guerre en 1904. Il faut des canons et des mitrailleuses pour vaincre 70000 guerriers dont à peine le tiers est armé de fusils. La répression est féroce... seuls survivent ceux qui peuvent fuir dans le sud de l'Angola ou le nord de l'Afrique australe. A peine le Nord est-il pacifié que de nouveau les Nama se soulèvent.
Les découvertes minières: cuivre au Nord autour de Tsumeb, diamant dans les districts de Luderitz et de Pomona, métaux rares, font un pays riche de ce territoire au sol ingrat et dont l'élevage était, à l'aube de la colonisation, la seule ressource.
La SDN ayant donné à la République sud-africaine le mandat de l'administrer, Prétoria insiste à diverses reprises pour l'annexer. En 1925 elle en fait sa 5 province.
Fn 1949 encore le gouvernement de l'Afrique du Sud s'oppose a' ce que le territoire soit placé sous tutelle et refuse d'admettre l'entrée des enquéteurs internationaux. Il développe dans ce qui deviendra la Namibie, sa politique d'apartheid en faisant des foyers nationaux à partir des réserves que les Allemands avaient commencé à constituer.

En 1962; 73 000 Blancs laissent à 430000 indigènes 1/20 du territoire! Le Nord est particulièrement pauvre. Les graviers de la côte entourant l'embouchure du fleuve Orange sont particulièrement riches en diamants. La Namibie d'aujourd'hui est le sixième producteur de cuivre, elle possède la plus grande mine de plomb de l'Afrique et produit du zinc, de l'argent, du cadmium, du vanadium et du germanium.
Depuis 1995 l'intégration politique et administrative est accomplie: les électeurs blancs étant représentés au parlement de l'Afrique sud-africaine et le Parlement de Windhoek n'étant plus qu'un conseil provincial.

Dans les années 60 la population noire s'organise dans la South Wesi Africa People 's Organisation (SWAPO) qui en 1965 entreprendra la lutte contre Prétoria.

La colonisation italienne

A la fin du XIXème siècle l'Italie peut enfin profiter de sa position méditerranéenne pour penser à devenir une puissance coloniale mais elle est très en retard sur les autres compétiteurs et ne dispose pas, comme l'Allemagne de grandes ressources matérielles.
Après un échec en Tunisie, le président du Conseil CRISPI décide de réaliser une opération sur l'Abyssinie qui pourrait absorber une partie de son trop plein de population.
L'Italie compte alors procéder par extension d'influence à partir de ses positions d'Assab, de Massoua (Massaua) et d'Asmara qui deviendront en 1890 l'Erythrée.

En 1889 l'Italie ébauche un protectorat mais le négus Ménélik revenant sur l'engagement qu'il a signé dc "paix perpétuelle et d'amitié constante" soulève le pays. C'est en 1896 le désastre d'Adoua.
Crispi doit démissionner et l'Italie se tourne vers la Tripolitaine où elle a depuis longtemps des intérêts commerciaux. On est on 1911-1912 mais deux ans plus tard une révolte des Senoussi, soutenus par les Ottomans, ramène les troupes italiennes à la Côte.
C'est dans une situation critique qu'en 1922 le fascisme trouvera l'outre-mer.
Ayant pacifié la Cyrénaique et la Tripolitaine et en avoir fait la Libye, le gouvernement décide de chercher en Afrique orientale le débouché colonial qui lui manque. Il conclut un accord de protectorat sur la Côte somalienne en bordure de l'océan Indien et du golfe d'Aden. A partir de 1905 l'Italie gère directement le pays qui devient colonie.
En 1920 l'Angleterre cède à l'Italie une vaste bande: le Djoubaland qui séparait la Somalie italienne du Kenya.
En 1930, le ras Taffari: Makonen est couronné empereur sous le nom d'Hailé-Sélassié.
Des incidents se produisant très souvent aux frontières de l'Éthiopie, frontières d'ailleurs imprécises, les Italiens décident d'intervenir. La question est compliquée, car le royaume du Négus est membre de la Société des Nations depuis 1923. L'Angleterre essaie de temporiser mais, brusquement, le 3 octobre 1935 les Italiens attaquent, à partir de l'Erythrée. Le 6 octobre ils s'emparent d'Adoua, d'Axoum (Aksoum) et de Makallé (Makalé).
Venant du nord et de l'est, les troupes dirigées par le maréchal Badoglio resserrent brusquement l'étau en mars 1936, au moment même ou un coup de force d'Hitler réoccupant la Rhénanie détourne l'attention des Européens. Le 5 mai Badoglio entre à AddisAbeba, le Négus se réfugie en Europe.
Le 12 mai Mussolini notifie aux puissances l'annexion de l'Éthiopie.
Les territoires et les peuples tombent sous la souveraineté du royaume d'Italie dont le souverain assure le titre d'empereur d'Éthiopie pour lui-même et pour ses successeurs.
Les puissances s'inclinent.
L'Afrique orientale italienne se compose de l'Abyssinie, de l'Érythrée et de la Somalie.
Elle est divisée en 5 gouvernements, eux-mêmes subdivisés en commissariats, résidences et vice-résidences. Elle est dirigée par un gouverneur général qui porte le titre de vice-roi et qui est assisté de deux organes consultatifs; un Conseil du gouvernement qu'il préside et qui est composé des plus hauts fonctionnaires en poste dans le pays et la Consulta générale dont font partie 6 citoyens italiens choisis par le vice-roi parmi les agriculteurs, les commerçants et les industriels et 6 notables africains
L'enseignement est donné en italien et dans les langues locales voire même en arabe.
Des colons italiens arrivent, des industries sont créées et surtout des travaux routiers considérables rendent la pénétration du pays plus facile.

En 1940 Mussolini ayant déclaré la guerre à la France et à l'Angleterre, les Anglais attaquent la possession italienne; en 1941 ils battent les Italiens et remettent sur son trône le négus Hailé Sellasié, conservant  l'administration  de  l'Ogaden  et  de l'Erythrée.
En 1962 l'empereur éthiopien rattache à son royaume ce dernier territoire, mais commence une guérilla menée par le Front de Libération de l'Erythrée. La situation reste agitée et troublée plus ou moins sporadiquement jusqu'en 1974 ou le Front passe à des opérations de guerre.


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier