
POUR MIEUX COMPRENDRE LA PERIODE COLONIALE EN AFRIQUE
L'AFRIQUE PORTUGAISE ET BELGE
Depuis plusieurs siècles, hors des ports de la côte, la quasi totalité de la population ne représentait pour les Portugais qu'une «marchandise virtuelle» ou, au mieux, une force de travail. L'Acte colonial de Salazar, en 1930, codifia l'unification de l'administration et des finances soumises au contrôle direct de la métropole par l'intermédiaire d'un gouverneur général, placé au sommet d'une hiérarchie administrative paperassière et d'une réputation souvent douteuse dont le chef de village (Regulo) représentait, tout au bas de l'échelle, le seul élément indigène, chargé d'exécuter les exigences coloniales; 98% de la population était soumise au régime de l'indigénat (impôt, travail obligatoire, châtiments corporels...).
Durant l'année 1908, la colonisation
en Afrique centrale fut sévèrement critiquée par un
mouvement humanitaire : cette protestation venaient de la presse, des églises
missionnaires, des diplomates appartenant au service consulaire... Cette
protestation visait surtout les possessions portugaises et belges.
Les vastes territoires portugais
étaient dominés par des concessions à des entreprises
dont les activités ressemblaient à celles qui avaient tiré
leur richesse du Congo profitant d'un contrôle étatique minimum.
L'Etat «indépendant»
du Congo que les conseillers de Léopold II pour les affaires commerciales
et militaires avaient réussi à tailler au coeur de l'Afrique
au cours des années 1880, était dans une large mesure sa
propriété personnelle, en égard au fait qu'il ne s'agissait
ni d'un véritable état gouverné par ses propres habitants,
ni d'une colonie gouvernée pour le compte du peuple belge. Le Trésor
National belge ne fournissait pas de crédit spécial pour
résoudre le déficit fiscal permanent qu'entraînait
la gestion des territoires africains du Roi.
En vue de récupérer
les coûts de ses investissements personnels dans son aventure coloniale,
Léopold louait certaines possessions coloniales à des compagnies
organisées comme des entreprises libres qui lui versaient une redevance
en échange de la liberté d'extraction des richesses naturelles
et d'exploitation des ressources humaines..
La crise du Congo de 1908 eut pour
cause essentielle le fait que Léopold trouvait de plus en plus difficile
de faire face au coût de l'administration de don territoire et de
tirer des profits réels pour lui-même et pour ses associés,
sans utiliser les procédés de coercision et de rapine qui
avaient été instaurés au Congo par les premiers exploitants
du pays.
Les agents de Léopold utilisaient
des moyens violents pour forcer les villageaois à poursuivre la
dangeureuse chasse aux éléphants producteurs d'ivoire; les
trafiquants d'ivoire d'origine turque, venus d'Egypte et du Soudan, terrorisaient
la population des limites septentrionales de la forêt équatoriale.
Les rapts de femmes et d'enfants, retenus prisonniers jusqu'à ce
que les parents mâles de ceux-ci aient procuré assez d'ivoire
pour payer une rançon, étaient alors d'une pratique oficiellement
pratiquée par l'Etat léopoldien. A mesure que la zone d'ivoire
se restreignait aux régions du continent les moins peuplées
et les plus inaccessibles, le degré de violence atteint pour obliger
la population à découvrir les derniers éléphants
subsistants atteignit de nouvelles proportions.
A la fin du 19ème siècle,
l'industrie mécanique et l'industrie électrique commencèrent
à causer une nouvelle demande de caoutchouc brut pour la fabrication
de pneus et des isolants de câbles électriques. Les agents
prospecteurs de Léopold s'apercurent que le caoutchouc pouvait être
tiré de la forêt équatoriale. Ils utilisèrent
non seulement des hommes, mais également des femmes et des enfants
pour explorer les coins les plus reculés et les plus dangeureux
des territoires sauvages, à la recherche de toutes les plantes qui
pouvaient produire du caoutchouc. Ces agents firent des bénéfices
au début mais, à la fin du siècle, le pric du caoutchouc
commença à baisser du fait de l'étalissement de plantations
régulières en Asie. Les agents de Léopold obligèrent
les personnes à rechercher les plantes au plus profond de la forêt
: les viullageois qui n'arrivaient pas à réunir le quota
imposé étaient sévèrement battus. Certains
villageois étaient mutilés de façon honteuse : on
leur coupait publiquement les mains, ce qui provoquait une peur mortelle
chez leurs camarades, et ainsi les obligeait à négliger leurs
familles et leurs récoltes. Les atrocités du Congo furent
connues du monde entier et dévoilées surtout par le consul
britannique au Congo, Roger Casement, et un mouvement de réforme
congolais mobilisa avec succès l'opinion mondiale contre l'exploitation
que Léopold n'avait pas réussi à freiner.
En 1908, le Parlement belge décida
que l'on ne pouvait confier une colonie à la seule autorité
du roi, le Congo fut annexé par le gouvernement et devint le Congo
belge. On introduisit alors un minimum de démocratie.
La principale raison qui amenaient
les colonisateurs portugais à s'emparer de territoires africains
étaient de se saisir des richesses naturelles susceptibles d'être
importées au Portugal pour enrichir la mère patrie. La colonisation
devait donc se faire à un prix aussi modique que possible; nombre
de colons envoyés en Angola étaient des forçats ayant
un passé judiciaire et politique, qui arrivaient à contre-coeur
en Afrique pour accroître la présence européenne et
fournir au moindre prix une main d'oeuvre utile à l'administration
coloniale et aux compagnies privées.
La question de créer une
économie coloniale profitable, utilisant une main d'oeuvre libre
s'avéra aussi difficile en Angola portugais que dans le Congo de
Léopold. Etant donné que les responsables des travaux publiques
et les propriétaires de plantations privées ne désiraient
pas offrir un salaire qui aurait attiré des demandeurs d'emplois
pour travailler à la construction de routes et au défrichement
des terres, le gouvernement colonial institua les lois sur le vagabondage
qui obligeaient les habitants à travailler pour leurs patrons coloniaux,
même si les salaires fixés étaient insuffisants à
leur assurer une vie sociale et familiale décente. Les personnes
requises étaient forcées d'entretenir les pistes pour les
caravanes qui se dirigeaient loin vers l'intérieur, afin d'y trouver
le caoutchouc et l'ivoire que ramenaient les porteurs. Des ouvriers non
volontaires, sous-payés et sous-alimentés, essayaient de
façon constante de fuir cette pénible servitude. Certans
d'entre eux trouvaient refuge dans des asiles cloturés, que contruisaient
les chefs des villages qui n'étaient pas encore sous domination
coloniale.
La force armée était
utilisée pour retrouver les travailleurs en fuite comme s'il s'agissait
d'esclaves et les missionnaires protestants devaient s'efforcer de ne pas
protester ouvertement, de peur que le droit de prêcher dans cette
colonie officiellement catholique, ne leur fut retiré. Néanmoins,
la résistance des Africains opposa tant de difficultés à
la création d'une économie de plantation à l'intérieur
des terres que le Portugal porta ses efforts vers la réactivation
de l'encien système de plantation sur les îles côtières
de Sao Tomé et de Principe. Cette politique eut pour conséquence
de réinstaurer le commerce des esclaves, sous une forme nouvelle.
Le renouveau des plantations de
Sao Tomé était basé sur une modification de la culture.
Le café céda la place à la culture du cacao. Au plus
fort de leur activité, les plantations employaient 40 000 travailleurs,
ce qui nécessitait l'entrée d'environ 4000 nouveaux travailleurs
chaque année pour remplacerceux qui mouraient; la grande majorité
provenait d'Angola. Il s'agissait d'esclaves qui avaient été
capturé à l'intérieur des terres, et que l'on amenait
à la côte en troupes, enchainés les uns aux autres
au moyen d'entraves de bois. Ils étaient ensuite vendus à
des négriers qui les expédiaient vers les îles; ils
étaient astreint à servir sur les plantations pendant une
période de 5 ans mais aucun ne regagnait jamais le continent. A
l'issue de chaque période de 5 ans, les survivants sous contrat
étaient supposés être automatiquement requis pour une
période supplémentaire de 5 ans, sans qu'on leur demande
leur avis.
Le territoire de Sao Tomé
arriva à un degré maximum de crise l'année où
Léopold perdit son empire, et où le Portugal fut obligé
de garantir que les futurs travailleurs immigrés recevraient le
droit de retourner sur le continent, à l'issue de leur contrat.
Les petites puissances coloniales
- la Belgique et le Portugal - adoptèrent une politique qui consistait
à donner en location de vastes sections de leurs économies
coloniales, ou même de larges portions de leurs territoires coloniaux
à des compagnies privées. Celles-ci étaient souvent
soutenues par les grandes puissances coloniales - telles la Grande-Bretagne
et la France - et c'est ainsi que celles-ci acquérir une énorme
possibilité d'investissement dans ces régiosn d'Afrique qu'elles
ne contôlaient pas par une colonisation directe.
Les conséquences de ce système
de colonisation relevant d'entreprises privées s'avèrèrent
oppressives à l'extrême et elles comportaient une sinistre
similitude avec les systèmes d'exploitation qui avaient prévalu
dans les domaines royaux du Congo de Léopold.
Non seulement les hommes étaient
astreints à travailler pour les compagnies, ou leur sous-traitants,
mais les femmes étaient obligées de fournir des quantités
de riz et de coton sur leurs propres productions agricoles.
Dans les années 1930, les
populations du Mozambique étaient probablement plus opprimées
par leurs patrons coloniaux que dans n'importe laquelle des autres colonies
d'Afrique.
Au Mozambique, comme les mineurs
étaient forçés de travailler pour des salaires extrêmement
précaires et n'avaient pas la possibilité de se plaindre
de leur mauvais état de santé et des règles de sécurité,
il était possible à la compagnie minière de faire
de substantiels profits, aux puissantes entreprises coloniales d'obtenir
du combustible à bas prix et aux machines à vapeur qui amenaient
la production jusqu'au plateau africain de Rhodésie d'utiliser le
charbon local au lieu d'entretenir des arbres pour avoir du bois comme
cela se faisait en Angola.
A partir des années 1920,
l'Angola devint un important producteur de diamants, plus particulièrement
destinés au commerce de la joaillerie. Les diamants prirent une
importance telle qu'ils occupèrent la seconde place après
le café, parmi les exportations de l'Angola. Les populations du
nord-est qui parlaient le Lunda devinrent les prisonniers d'un état
dans l'état travaillant dans les mines, dans des conditions très
strictes qui empêchaient toute possibilité de vol (puis c'est
le pétrole qui l'emporta sur les diamants à la suite de la
découverte du gisement de Cabinda).
En ce qui concerne le Congo belge,
les revenus de l'exploitation minière et la répartition des
parts qui étaient distribuées fournirent l'essentiel des
activités. L'Etat octroyait aux compagnies une relative liberté
pour la protection des réserves naturelles et l'exploitation de
la main d'oeuvre ouvrière, au point que la Société
Générale en vint à contrôler 60% de la totalité
des investissements et constitua un empire financier pratiquement autonome
au coeur d'un état colonial faible. Les directeurs maintenaient
des relations privilégiées avec les administrateurs et les
politiciens à la fois dans la colonie et en Belgique même.
Les profits que tiraient l'administration de ces 60 000 ouvriers
africains étaient de plus en plus utilisés à des réinvestissements
en Belgique. La compagnie avait également des liens étroits
avec l'église catholique qui jouait un rôle stabilisateur
de la main d'oeuvre, en augmentant chez les Africains une acceptation obéissante
et disciplinée de l'autorité hiérarchique coloniale.
Le développement de l'activité
minière comme centre de l'enttrprise coloniale au Congo avait de
vastes répercussions sur la société rurale. Les recrutements
de main d'eouvre et les fournisseurs de produits alimentaires étendaient
leurs activités au sein de communautés diverses et poussaient
à leur transformation. Des villages furent morcelés et leurs
habitants furent amenés à s'établir le long de nouvelles
routes, de rivières différentes et de lignes ferroviaires.
Des paysans vinrent travailler sur des plantations vivrières où
les cultures locales étaient surtout destinées à nourrir
les mineurs en fonction de leur régime habituel. Les contraintes,
les punitions et la violence formaient le cadre habituel de l'expérience
coloniale après l'annexion belge, même si les horreurs extrêmes
de la mutilation étaient remplaçés par l'usage du
fouet pour forcer les travailleurs à augmenter le rythme de leur
travail.
L'activité ralentie n'était
pas seulement le résultat d'un certain refus, de manques de motivation
pour le travail et d'une nourriture insuffisante, mais également
le résultat de maladies qui se développaient au sein de ces
nouvelles concentrations de populations.
Des troubles de comportement psychique
affectaient aussi des sujets coloniaux terrorisés, qui avaient été
capturés, et amenés de force enchainés, jusqu'aux
mines.
Des communautés entières
étaient détruites ou éliminées à mesure
que se développaient chez elle la misère, la pauvreté
ou la contestation.
Le vieux monde colonial du 17ème
siècle était dominé par des planteurs établis
dams les îles tropicales, qui comptaient sur le travail des esclaves
pour la production du coton, du sucre et du tabac. Au 20ème siècle,
les puissances coloniales adoptèrent fréquemment une politique
économique assez différente. Au lieu de déplacer des
individus, ils s'emparaient de communautés africaines autochtones,
sur un territoire donné et continental plutôt qu'insulaire.
De plus, ils forçaient les cultivateurs locaux à faire des
cultures choisies par le colonisateur. Ces cultures n'étaient pas
nécessairement celles qui auraient apporté de meilleures
profits aux cultivateurs, mais plutôt celles qui étaient les
plus profitables pour les colons en matière d'exportations.
L'introduction de l'argent dans
la société rurale fut l'un des changements les plus importants
apportés par la colonisation. Au Congo, le changement se produisit
peu de temps après la fin du système Léopoldien de
l'accumulation de produits qui n'étaient pas rationnellement organisés.
L'argent fut introduit pour payer aux villageois leur production; mais
cet argent ne restait pas longtemps entre les mains des paysans. Il ne
fournissait pas une base à l'établissement de la consommation,
car les pièces de monnaie coloniale furent bientôt dévaluées
sous le poids des taxes qui les dépréciaient. En fait, la
taxation ne fut pas introduite pour payer les servives, mais plutôt
pour forcer les fermiers à augmenter leurs gains en développant
la production coloniale.
L'émergence d'une classe de producteurs africains capables d'acheter leurs propres terres, d'organiser leurs propres marchés er de profiter des possibilités économiques ne se développa pas avant la fin de la période coloniale. Une attitude négative devant le système de containte plutôt qu'une acceptation volontaire et une initiative organisée, caractérisèrent l'agriculture du Congo pendant la période coloniale belge.
En Angola, une partie du capitale
investi dans les plantations angolaises était des capitaux belges
et une part importante des terres agricoles qui produisaient les cultures
coloniales longeait la voie ferrée atlantique reliant le Congo au
port de Benguela.
La production principale de l'Angola
était le café qui avait été introduit au 19ème
siècle par des commerçants brésiliens.
En Angola, les premières
plantations modèles utilisaient la main d'eouvre des esclaves sous
le contrôle de condamnés blancs..!! Ces plantations connurent
une période de grande prospérité dans les années
1890 durant lesquelles les territoire les plus accessibles furent arrachés
par la force à leurs propriétaires africains. Puis, après
1890, la production déclina, car des épidémies de
variole et de maladie du sommeil dévastèrent le nord de l'Angola.
Le mal fut introduit dans le pays
par les colonnes de porteurs mercennaires
utilisés non seulement
par les Belges et les Portugais, mais aussi par les colons français
dans la basse vallée du fleuve, par les marchands de tissu hollandais
qui traversaient l'Angola et par les planteurs britanniques qui possédaient
des intérêts dans la production du café.
Quand l'épidémie s'etteignit
d'elle même, le café ne reprit pas son importance passée
immédiatement et les producteurs coloniaux essayèrent de
diversifier leurs cultures et de ne pas dépendre d'une monoculture
dont les prix étaient en premier affectés par les résultats
des producteurs concurrents d'Amérique du Sud entre autres.
La culture qui provoqua une révolte
anti-coloniale féroce et qui conduisit finalement à la fin
de l'administration coloniale en Angola, fut celle du coton. En 1945, la
culture imposée de coton fut considérée comme une
cause de l'attitude des paysans qui négligèrent les cultures
vivrières au point qu'une sérieuse famine s'en suivit.
Au Mozambique, les agriculteurs
traditionnels furent peu à peu contraints de limiter leurs terres
cultivables, de clore leurs possessions, se privant ainsi de la possibilité
de faire paître leur bétail et de planter pour trouver du
combustible sur leurs terres communales traditionnelles. Celles-ci furent
transformés en plantations et les cultivateurs qui naguère
vivaient en autosuffisance devinrent des travailleurs agricoles dépendant
pour leurs salaires de diverses compagnies; un contexte de prolétarisation
s'instaura, encouragé à la fois par les capitaux français
et britanniques sur un territoire officiellement portugais.
RACE, CLASSES ET ORIGINES ETHNIQUES AU CONGO :
L'une des qusetions fondamentales
de l'histoire coloniale en Afrique centrale concerne la formation de classes
qui avait pour origine les attitudes ethniques. Cette question devient
particulièrement intéressante qiand on songe au Congo belge
où le secteur des activités minières et industrielles
amena le développement d'une population urbaine dans laquelle on
pouvait s'attendre à des formes de mobilité sociale. Celle-ci
était entriné de deux façons. D'abord, la population
blanche se réservait pour elle-même la plupart des tâches
qui amenaient considération sociale et salaires. La seconde manière
qui empêcha la formation de classes eut pour cause la division de
la population africaine en divers groupes ethniques. La politique belge
se sutuait entre le fait de voir dans ces ethnies le moyen de diviser la
population en petits groupes qui pouvaient être controlés
plus facilement et en mélangeant ceux-ci, de façon qu'il
n'existe aucune masse ouvrière liés par une solidarité
ethnique autonome.
Comme dans toute société
coloniale, la majorité des individus colonisés ont un sentiment
d'identité, façe à la présence étrangère.
Ce sentiment joua un rôle décisif dans la limitation de l'influence
européenne. Il n'y eut cependant pas de front uni des colonisés
contre les colonisateurs.
Jusqu'au début des années
1950, l'économie congolaise fut marquée par la prépondérance
de l'agriculture traditionnelle. Les étrangers créèrent
de nouveaux systèmes de production avec de nouvelles techniques
et de nouvelles règles de travail, ainsi que de nouvelles fonctions
contrastant avec les normes de travail traditionnelles. On peut alors montrer
une division fondamentale quin opposaient ceux qui travaillaient dans des
emplois définis par les européens aux habitants pauvres des
campagnes, les Bashenzi, exclus de l'expansion coloniale.
Le développement d'une main
d'oeuvre stable se produisit, à des degrés divers, dans différentes
régions et diverses entreprises au Congo belge. Des camps de travail
temporaires, avec des conditions de logement médiocres, de pauvres
conditions sanitaires et un système de fourniture en eau déplorable
causèrent une forte mortalité. Les compagnies améliorèrent
la situation à partir des années 1920, pour former la base
d'une classe laborieuse et efficace augmentée d'une main d'oeuvre
temporaire mobile. Les services médicaux proposés à
cette main d'oeuvre stabilisée furent améliorés, bien
que la mortalité resta fort élevée parmi les travailleurs
temporaires. A mesure que la main d'oeuvre stable prit de l'importance,
les méthodes de contrôle évoluèrent et, au lieu
de la violence brutale qui pesait sur les premiers travailleurs coloniaux,
de nouvelles formes d'organisation collevctives furent imaginées
par les compagnies minières. Des équipes de travail furent
crées, selon un modèle genre boyscout, de solidarité
et de discipline (à l'initiative des Missions Catholiques).
Cela n'empêcha pas les grêves
contre les conditions de travail : la grêve de 1941 au Katanga, dans
les mines, provoqua la mort de 48 grévistes et un bon nombre d'ouvriers
fut blessé pae des coups de barres de fer).
Le groupe d'employés du Congo
qui furent les plus près de former une classe sociale distincte
furent les employés de l'Administration. Il devinrent une force
essentielle des mouvements politiques qui se développèrent
pendant les années précédant l'indépendance.
Les travailleurs de l'Adminsitration se divisait ainsi : ou bien ils formaient
les porte-parole de la société africaine dans son ensemble,
ou bien ils se limitaient à la défense de leur statut semi-privilégié
à l'intérieur de l'univers colonial. La catégorie
des employés administratifs étaient connues sous la dénomination
des «évolués» et leur condition ambivalente les
conduidit à osciller entre leur situstion de collaborateurs et de
protestataires, partagés qu'ils étaient entre le plaisir
de leur statut reconnu et d'avoir un salaire, et la souffrance de se voir
dédaignés et d'être des jouets entre les mains des
Blancs. En Belgique même, les tenants de l'opinion libérale
et les socialistes du monde ouvrier ne témoignaient pas baeucoup
de sympathie pour les aspirations des Noirs. Le préjugé racial
était si fort au Congo qu'il causa un ressentiment qui amena dans
les années 1950 à la radicalisation de la politique coloniale.
Cette virulence fut l'un des facteurs qui rendirent si aigus les conflits
de la décolonisation au Congo en 1960.division de la société
coloniale sur le plan ethnique, était le signe avant-coureur de
confrontations plus violentes à la période coloniale. Les
identités ethniques de la période coloniale étaient
néanmoins différentes de celles du passé. Elles étaient
toujours liées à la condition de la situation coloniale,
à la différence des vieux sentiments ethniques précédents
qui ignoraient les divisions coloniales. A Elisabethville, les premières
associations urbaines furent des associations villageoises. L'ensemble
territoriale de Lubumbashi était formé de deux associations
régionales qui se qualifiaient elles-mêmes de Belges, par
exemple les Belges de Baluba et les Belges de Kabinda.
Les Bemba du Congo et ceux de Rhodésie
septentrionale développèrent des identités séparées,
tels les Lunda du Congo et ceux de l'Angola. Dans chaque cas, néanmoins,
une identité ethnique apparut, indiquant quelques aspects de la
conscience existante, mais ni totalement basée sur la classe ni
totalement basée sur la culture, de par le caractère de chacun.
A l'intérieur des territoires fixés par les frontières
coloniales, de nouveaux systèmes d'occupation des terres et des
nouvelles divisions de travail se développèrent, augmentant
les sentiments d'identité ethnique. Les Luba du Kasaï en vinrent
à se voir associés à des fonctions dans les chemins
de fer et dans les industries du Katanga.
Dans .l'histoire sociale du Congo,
la solidarité entre frères de races était généralement
plus forte que la solidarité de classes. Peu à peu, l'autorité
coloniale commença à prendre conscience des problèmes
et encouragea les divisions existantes. L'union minière basa l'organisation
des camps sur le mélange des origines ethniques. La compagnie voulait
créer une nouvelle tribu d'ouvriers, les Tshanga Tshanga, avec l'idée
de mélanger des gens d'origine différente.
L'armée, elle aussi, mélangeait
les recrues de différentes régions. Cela amena des mutineries
(en 1944, dans des camps militaires d'Elisabethville...). La panique qui
se fit jour alors dans l'administration fit apparaître la vulnérabilité
du géant colonial. Celui-ci avait réduit à rien le
pouvoir dominant des chefs et la puissance de cohésion des ethnies
mais cela apparut, temporairement au début, chaque fois que la société
coloniale empêchait les plus profondes aspirations de se donner libre
cours.
ASSIMILATION ET SEGREGATION EN ANGOLA :
Le système colonial de l'Afrique
portugaise se transforma pratiquement en un ensemble marqué par
la ségrégation sociale et la dissimulation raciale tout à
la fois. Sous la vieille monarchie portugaise un nombre significatif de
sujets noirs avaient reçu des postes d'influences et de responsabilité
dans les colonies. Il n'y avait qu'un nombre insuffusant d'immigrants blancs
pour assurer les tâches démocratiques, pour diriger et commander
la milice et gérer les entreprises commerciales. Une importante
communauté créole se développa, sa culture mélait
les coutumes africaines avec le style de vie des colonisateurs. Après
l'établissement de la république en 1910, un nombre important
de petits fonctionnaires blancs et des commerçants également
blancs vinrent se fixer aux colonies avec l'espoir d'y trouver des possibilités
qui leur avaient été refusées en Europe; cela priva
de leurs postes de travail et des opportunités d'affaires les noirs
et les créoles métissés. La pratique de la discrimination
raciale ne fut pas exclusivement observée, ni rendue légale,
selon les habitudes dans l'Afrique belge et dans l'Afrique britannique
et, théoriquement, la loi permit aux Africains assimilés
d'acquérir le statut politique que l'on accordait automatiquement
à toute personne blanche. Les Blancs, cependant, n'avaient pas besoin
d'être instruits pour se voir reconnus en tant que «civilisés»,
mais pour les Noirs, pour être exemptés des réglements
restrictifs du code indigène, il fallait porter des costumes européens,
parler et écrire le portugais de la métropole et aussi accepter
les pratiques religieuses catholiques. Une fois reconnus officiellement,
ils pouvaient demander la qualité officielle de citoyens assimilés.
Un seul groupe était prisonnier
de ce type complexe de législation raciale et sociale, il s'agissait
de cette population de race mêlée dont les pères étaient
blancs, alors que leurs mres étaient de race noire, et qui ne pouvaient
pas prétendre automatiquement au statut de civilisés.
Vers la fin de la période
coloniale, seulement 2% des Angolais avaient acquis le statut d'assimilés
et ils étaient surpassés dans la proportion de 2 ou 3 contre
1 par les Blancs nouvellement arrivés à la colonie qui se
montraient particulièrement violents dans leur prétention
é être considérés comme supérieurs à
cause de leur qualité de blancs. Les assimilés se rendirent
compte que sous le système dictatorial de Salazar (1925), ils ne
pouvaient pas participer automatiquement à la vie politique; cela
était réservé aux échelons les plus élevés
des citoyens privilégiés qui avaient témoigné
au dictateur une loyauté absolue.
La pire oppression raciale qui se
manifestait pour ceux qui n'avaient pas le statut de citoyens fut le travail
forçé (Salazar continua à l'imposer). On estimait
que, en 1960, quand les autres puissances coloniales avaient, depuis longtemps,
abandonné la levée obligatoire de travailleurs et étaient
sur le point d'accorder l'indépendance politqiue à leurs
sujets coloniaux, le travail forçé continuait à être
l'épine dorsale de l'économie coloniale en Angola. Sur 5
millions d'habitants, 1 200 000 étaient considérés
comme des individus physiquement capables par leur âge au travail
et 475 000 d'entre eux étaient arrachés à leur propre
environnement et forcés à travailler dans le secteur colonial,
propriété des Blancs.
Parmi les hommes, presque la moitié
d'entre eux étaient des travailleurs obligatoires, recrutés
d'office et qui travaillaient 12 mois d'affilée en échange
d'un salaire de subsistance qui ne leur permettaient pas de supporter le
coût de l'existence des gens qui dépendaient d'eux. Le système
exerçait une pression négative sur les salaires, car les
hommes s'engageaient à travailler pour une paie minimale, préférant
cette option au risque d'être pris de force comme travailleur obligatoire.
Cela amena beaucoup d'hommes, sans doute plus de 200 000, à s'enfuir
au delà des frontières pour aller travailler en Afrique anglaise,
française et essentiellement belge. Ceux qui cherchaient à
échapper au système essayaient aussi de trouver du travail
dans les grandes villes; mais un système de surveillance autorisait
la police à faire des descentes dans les quartiers misérables
pour ramener les campagnards dans leurs villages d'origine. Le contrôle
intérieur qui s'opéra dans les villes empêcha non seulement
la formation d'un prolétariat urbain, mais aussi donna leur chance
aux immigrants blancs analphabètes et au chômage, venus du
Portugal.
Les chances que les immigrants blancs
saisirent dès leur arrivée en Afrique causèrent le
renvoi des immigrants noirs ruraux de leur place de travail dans l'économie
urbaine. Même l'ancienne activité de la pêche africaine
connut la concurrence des blancs qui s'empara du marché lucratif
du poisson.
Quand en Angola, la population blanche
reprit le petit commerce, fut crée une classe à part qui
se différenciait non seulement de celle qu'on trouvait dans les
colonies belges ou anglaises, mais qui était différente de
la structure commerciale que l'on observait dans les colonies portugaises.
En Guinée-Bissau par exemple,
les Créoles du Cap-Vert vinrent s'installer sur le terriroire comme
commerçants et au Mozambique, des Indiens occupèrent les
places commerciales d'où les Africains locaux avaient été
chassé. En Angola, le manque de qualification des Africains dans
le secteur privé autant que l'absence de qualification dans le secteur
public permit cette concurrence. Tandis que les habitants «évolués»
au Congo occupaient des emplois dans les administrations, le contraire
se produisit en Angola où les immigrants devenaient des guichetiers
et des comptables de niveau inférieur. On sait ce que cela produisit
lors de l'indépendance : un manque critique de personnel qualifié.
Dans la province de Luanda, les
Africains étaient employés en grande proportion dans les
emplois domestiques, dans l'industrie de la construction avec seulement
une petite proportion d'artisans oeuvrant dans les zones pauvres qui entouraient
la ville. Le salaire de la main d'eouvre féminine était plus
bas que celui des hommes. Même les familles ayant deux salaires s'acharnaient
à atteindre un niveau minimum de subsistance; la qualité
des logements était catastrophique.
La possibilité de s'échapper
par une promotion sociale fut constamment contrecarré par un manque
de connaissances.
L'un des traits caractéristiques
de la colonisation portugaise était l'orgueilleuse certitude affichée
par les colons, persuadés qu'ils avaient vu se développer
un classe sociale lusotropicale qui entremêlait les racines africaines
avec la culture portugaise. Le concept, importé par les sociétés
multiraciales du Brésil, essayait de justifier la continuation de
la domination étrangère en niant l'accusation de racisme
qui était reproché aux Portugais. Cette propagande n'eut
aucune chance de succès.. Les colonies portugaises allaient progressivement
ressembler à l'Afrique du sud par leur composition raciale plutôt
que de prendre l'aspect des nouvelles sociétés qui se développaient
en Afrique française et britannique. Les préjugés
raciaux qui étaient apparus pendant le 20ème siècle
s'intensifièrent dans les années 1950. Des femmes blanches
commençèrent d'arriver dans les colonies en plus grand nombre,
et chassèrent les concubines noires qui étaient habituellement
recherchées par les hommes. Elles tournèrent leur colère
contre les enfants illégitimes d'unions passagères et aucune
propagande gouvernementale ne put vaincre la réalité de cet
intense racisme. ce racisme rendit le déclenchement de la révolution
angolaise extrêmement violent et fut à l'origine du fait que
tellement de sang fut versé.
LE MOZAMBIQUE ET LA DIMENSION ASIATIQUE DU COLONIALISME
La colonie du Mozambique dans l'Afrique
orientale, comme les colonies britanniques de la bordure maritime de l'Océan
Indien, devait une partie de son expérience coloniale à l'immigration
venue d'Asie. Cette immigration était fondée sur 1000 ans
de commerce avec la Chine et l'Inde, et sur l'utilisation d'Indiens christiannisés
venus de Goa pour constituer des territoires, que les Portugais développèrent
au Zambèze à partir du 16ème siècle, quand
ils remplacèrent progressivement les musulmans, de langue swahili,
originaire du Mozambique central. La présence asiatique se développa
encore avec les invasions militaires de la fin du 19ème siècle,
quand les armées portugaises d'Europe, renforcées par les
cipayes indiens, firent la conquête des voieux établissements
créoles de la vallée. Les immigrants asiatiques devienrent
un élément important dans la compexité sociale de
ce pays, ce qui le distingue fondamentalement de l'Angola.
En Angola, les vieux créoles
noirs et de langue portugaises, avaient été initialement
choisis comme membres de la colonie et s'étaient vu attribuer des
responsabilités dans l'adiminsitration des territoires conquis.
Au Mozambique, les créoles des vieux Etats primitifs le long du
Zambèze furent éliminés et, à leur place, une
classe moyenne coloniale de fonctionnaires indiens et de policiers fut
amenée dans le territoire.
Plus significatif encore, la communauté
indienne fournit une classe de commerçants en Afrique orientale
pourtugaise comme cela se produisit plus au nord, à Zanzibar, ainsi
que dans les territoires voisins de l'Afrique orientale britannique et
allemand.
Bien que les Asiatiques aient joui
de certains privilèges et de possibilités économiques
différents de celle des Mozambicains indigènes et noirs,
ils subissaient la pression continue de groupes grandissants d'immigrants
blancs. Le gouvernement n'était pas en mesure de leur fournir des
emplois, ils étaient désireux de gagner leur vie dans le
secteur commercial.
L'une des conséquences de
la croissance d'une classe moyenne qui se distinguait de la majorité
de la population noire et des colons blancs privilégiés fut
la lenteur de l'évolution politique caractéristique du Mozambique.
Au Mozambique, la communauté
asiatique n'était pas aussi bien intégrée dans la
vie politique, bien que certains asiatiques aient rejoint les partis politiques
et y jouassent des rôles prépondérants durant les dernières
années de la période coloniale et au début de l'indépendance.
La division raciale des cadres instruits était un facteur qui enpêchait
le développement politique. Les Mozambicains, qui régulièrement
quittaient le pays, n'étaient pas en mesure de jouer un rôle
actif dans le développement de la communauté et, pendant
une grande partie de la période coloniale, environ un quart de million
de gens physiquement aptes allèrent travailler en Afrique du Sud.
Aussi la société rurale était-elle dominée
par des femmes, des enfants et des migrants en retraite. Les Mozambicains
qui allaient vers les villes, à la recherche de meilleures chances,
étaient en nombre limité comme en Angola par les conditions
préférentielles données aux immigrants blancs. La
préférence raciale eut des conséquences lointaines
et la société urbaine ne put évoluer selon des lois
marquées par des questions de classes mais selon des délimitations
ethniques. Les quelques Mozambicains qui n'arrivaient pas à obtenir
un statut supérieur devinrent les porte-parole de leurs frères
de race plutôt que de leurs semblables des classes moyennes. Le premier
chef distinct parmi les Africains fut le journaliste Joao Albasini. Sa
presse raillait les prétentions des privilégiés blancs
parmi les immigrants et il cherchait à développer le concept
d'un nationalisme intégré pour le Mozambique.
De 1930 jusqu'aux années 1970,
le Portugal fut en fait un Etat policier et ses colonies souffrirent de
la double oppression de réglements étrangers et de moeurs
politiques dictatoriales soutenues par la police de sureté qui muselait
la liberté de parole que la presse d'Albasini avait essayé
d'établir. C'est seulement dans les années 1950-1960 que
quelques écrits coloniaux commençèrent d'être
publiés et diffusés. De courts récits révélèrent
ce que certains ressentaient quand leurs chefs vendaient leurs âmes
au recruteur de travailleurs; ils parlaient de l'intense douleur physique
du travail, qui augmentait encore à l'heure la plus chaude, quand
ils sarclaient les champs de canne à sucre; ils déploraient
les horreurs du harcèlement sexuel quand les familles étaient
incapables de protéger leurs filles des attentions abusives des
régisseurs de ferme.
Les années 1950 virent les
confrontations raciales s'aggraver au Mozambique. Des travailleurs portugais
presque illetrés trouvèrent fermés les portes de leur
eldorado américain; aussi le gouvernement de Salazar les encouragea
à s'embarquer pour l'Afrique. Les premiers arrivés défièrent
la communauté indienne et les chassèrent des lieux ou ils
avaient trouvé le sucre, mais plus tard, de nouveaux arrivants durent
chercher d'autres débouchés dans ce qui avait été
traditionnellement les lieux africains des marchés de l'emploi.
Comme la population blanche s'élevait à plus de 100 000,
les immigrants commençèrent à s'emparer des professions
tenues par les Noirs comme les employés de maison, les boulangers,
les conducteurs d'autobus...
Cette confrontation urbaine ne fut
pas celle qui finalement servit d'étincelle à la rebellion
armée qui devait déclencher la guerre coloniale au Mozambique.
Cette confrontation se déroula parmi les travailleurs agricoles
qui n'avaient pas été payés de leur travail dans les
champs de coton.
HERITAGE DU COLONIALISME BELGE ET PORTUGAIS EN AFRIQUE :
- imposition de la langue du colonisateur
- en termes économiques,
la plus grande transformation fut l'introduction d'une monnaie d'abord
uniquement coloniale et ensuite nationale dans chacune des trois colonies
du Zaïre, d'Angola et au Mozambique. L'économie monétaire
fut introduite pour faciliter l'introduction de main d'oeuvre nouvelle,
l'exportation de nouvelles marchandises, l'augmentation des droits de douane,
le développement des échanges commerciaux.
- les colonisateurs européens
retirèrent d'Afrique des quantités considérables de
minéraux bruts, mais ils n'investirent pas une partie significative
de ces produits qui auraient pu transformer les colonies en partenaires
commerciaux véritables, qui auraient ajouté de la valeur
à ce qu'ils produisaient et ainsi leur donner la richesse nécessaire
à l'achat de produits plus sophistiqués de l'industrie européenne.
Après la décolonisation, l'attention de la Belgique et du
Portugal se détourna de l'Afrique vers d'autres marchés.
La Grande-Bretagne et la France possédaient chacune 36% du territoire de l’Afrique, 47% de la population étaient sujets britanniques, 27% sujets français : l’Afrique était donc un continent anglais et français. Les possessions britanniques d’Afrique occidentale étaient bien mieux loties, économiquement parlant. Les 4 colonies britanniques fournissaient la moitié de la production mondiale de cacao, de coton et de minéraux. Les colonies françaises furent longtemps déficitaires : elles n’avaient pratiquement aucune autonomie financière (décisions financières prises à Paris).
LE MYTHE DE L'ASSIMILATION : L'AFRIQUE FRANCAISE :
Cette phrase résume bien la
réalité de la situation coloniale française : «
beaucoup d’assujetissement, très peu d’autonomie, un soupçon
d’assimilation ». Il n’y eut pas francisation de l’AOF, simplement
suppression des structures politiques proprement africaines pour y substituer
structures coloniales et enseignement colonial.
Convaincus de la supériorité
de la civilisation occidentale et de la portée universelle de la
culture française, les coloniaux lançèrent dès
le XIXème siècle l'idée confuse d'un empire qui, sous
la paix française, viseraient à transcender la contradiction
entre démocratie et colonisation par la transformation de quelques
cent millions de sujets en autant de citoyens aux valeurs et aux droits
métropolitains.
En Afrique, le seul essai d'assimilation
fut ébauché dans les 4 communes libres du Sénégal
qui élisaient un député à l'Assemblée
française depuis 1848, furent dotées d'institutions municipales
à l'instar de celles de la France et dont les habitants reçurent
la faculté d'acquérir la nationalité française
à condition de se soumettre à ses lois. Cette mesure fut
aussi mal accueillie par les colons menacés dans leurs prérogatives
que par les Africains, qui récusaient le postulat implicite de leur
infériorité culturelle et raciale. Jusqu'en 1946, toutes
les luttes politiques de l'Afrique française furent grevées
par ce problème de la citoyenneté revendiquée par
le reste des Africains au grand dam de l'administration.
Celle-ci avait substitué
à la thèse de l'assimilation, celle de l'association, qui
n'était pas sans présenter des analogies avec l'Indirect
Rule. En fait, la doctrine coloniale continua d'être profondément
imprégnée de la tendance assimilatrice et centralisatrice
de l'administration directe. Il s'agissait d'une centralisation fédérale,
imposée pour servir les intérêts français et
seulement indirectement ceux des différents territoires.
Si l'idéal était de
supprimer les grands chefs en faveur de fonctionnaires français
et de réduire la portée de leur autorité au niveau
du village, les faits restèrent cependant plus nuancés. L'administration
commença par se servir du pouvoir traditionnel chaque fois que les
structures locales s'y prétaient : le roi Agoliagbo du Dahomey fut
conservé jusqu'en 1900; l'empire Mossi, d'abord morcelé,
fut finalement replacé sous l'autorité du Moro Naba utilisé
comme cheval de bataille contre le radicalisme d'Houphouët-Boigny
(1947).
Cette politique fut particulièrement
sensible en milieu musulman, car on pensait depuis Faidherbe, que l'islam
représentait un jalon utilisable entre le barbarisme et la culture
française. Les Français craignaient cependant le «panislamisme»
mais utilisaient volontiers les musulmans (en tant qu'intermédiaires,
interprètes...), qui présentaient l'avantage d'être
letrés et dont la loi écrite paraissait plus accessible que
les coutumes locales.
Le meilleur exemple de cet Indirect
Rule «à la française» est l'essor de la secte
Mouride au Sénégal, fondée par le cheikh Amadou Bamba
(1850-1927). Cette secte fut d'abord combattu par les Français qui
exilèrent Bamba de 1895 à 1907. A sa mort, il comptait 100
000 fidèles : ses successeurs organisèrent autour de Diourbel
et de Touba un véritable Etat centralisé fondé sur
la production arachidière, dont ils garantirent la survie par un
loyalisme à toute épreuve qui leur assurait la protection
de l'administration. Celle-ci passa désormais par l'autorité
quasi-féodale des marabouts pour transmettre ses directives.
L'intervention coloniale avait transformé
la notion de pouvoir. Ce fut encore plus net en pays animiste où,
après avoir dans un premier temps travaillé à éliminer
les chefs récalcitrants, l'administration songea à pallier
la pénurie de ses effectifs en s'attachant leur concours, sans pour
autant renoncer au gouvernement direct incarné, depuis 1910, par
le Code de l'Indigénat, qui permettait à l'administateur
de statuer seul sur les délits mineurs (jusqu'à 15 jours
de prison).
Ces nouveaux chefs administratifs
de canton ou de village différaient totalement des chefs de naguère.
Choisis, en principe, en fonction de leur rang, mais surtout de leur docilité,
et transformés en petits fonctionnaires mal payés, ils devaient
se contenter d'assurer la transmission entre le commandant de cercle et
les populations dont ils exigeaient des contributions jusqu'alors inconcevables.
Méprisés et haïs par les villageois, ils furent parfois
doubler par l'héritier véritable et clandestin de la tradition,
là où le niveau de désagrégation de la société
le permettait encore. Ils entrèrent en conflit, après la
guerre, avec la nouvelle génération de l'élite instruite
qui réclama leur suppression au profit de réelles réformes
institutionnelles et politiques. Le chef devait donc percevoir des impôts
mais il devait les reverser entièrement à l’administration;
il vivait d’un salaire qu’on lui supprimait au moindre manquement : il
était donc un simple exécutant de l’administration française.
Il n’était pas rare qu’il soit dépourvu de toute légitimité
traditionnelle. Après la fin de la domination française,
la position des chefs s’effondra contrairement à ce qui se passa
du coté britannique.
Pour mieux comprendre ce que représentait
les chefs traditionnels pour les autorités françaises, citons
la circulaire de 1917 du gouverneur général Van Vollenhoven
: « Les chefs n’ont aucun pouvoir propre, d’aucune espèce
car il n’y a pas deux autorités dans le cercle, l’autorité
française et l’autorité indigène; il n’y en a qu’une.
Le chef indigène n’est qu’un instrument, un auxilliaire. Le recours
à la chefferie ne s’inspire pas de l’intérêt des chefs.
Ceux-ci ne sont pas d’anciens souverains dont nous voulons ménager
les trônes; les trônes ou bien n’existaient pas ou bien ont
été renversé par nous et ne seront pas relevés.
Ces raisons s’inspirent uniquement de l’intérêt des populations
soumises à notre autorité. Entre nous et ces populations,il
doit y avoir un truchement; c’est le chef qui est ce truchement ».
Ou encore citons ce rapport de l’inspecteur des colonies Maret en 1930
: « Il n’est pas le continuateur de l’ancien roitelet indigène...même
quand il y a identité de personne, il n’y a plus rien de commun
entre l’état de choses ancien et le nouveau. Le chef de canton,
fut-il le descendant du roi avec lequel nous avons traité, ne détient
aucun pouvoir propre ».
Les principaux états africains,
royaume de Ségou, de Sikasso, Etat de Samory, ont été
militairement détruits au tournant du siècle. Seul subsistait
la royauté mossi, réduit à un rôle purement
rituel.
L'ORGANISATION FRANCAISE DANS LES COLONIES :
En 1902-1904, la capitale de l'AOF
(Afrique occidentale française) fut Dakar. Sous les ordres du Gouverneur
Général, pouvant seul correspondre avec le Ministre des Colonies,
se trouvaient plaçés les lieutenants-gouverneurs (plus tard
gouverneurs) des 5 colonies : Sénégal, Guinée, Côte
d'Ivoire, Dahomey, et un vaste ensemble appelé d'abors Sénégambie
et Niger, puis Haut-Sénégal et Niger, d'où se détachèrent
deux colonies nouvelles : en 1911 le Niger, en 1918 la Haute-Volta. Le
Togo, acquis comme mandat en 1919, fut tantôt réuni à
l'AOF, tantôt autonome. La Mauritanie, territoire en 1903, devint
colonie en 1920. Les budgets locaux étaient alimentés par
des impôts directs.
Chaque colonie était divisée
en cercles, et ceux-ci en subdivisions, commandés les uns et les
autres par des administrateurs des colonies, dotés de tous les pouvoirs
et de toutes les responsabilités (adminsitration, police, développement
économique...). Au début, ces administrateurs sont souvent
des anciens officiers puis, de plus en plus, des élèves de
l'Ecole Coloniale, voués à l'Afrique.
Sous leurs ordres sont plaçés
les chefs indigènes, chefs de villages, de cantons, parfois coiffés
de chefs supérieurs (l'empereur du Mossi..). On a généralement
respecté les institutions antérieures, mais elles perdent
progressivement leur caractère sacré en devenant des rouages
administratifs. Le Français utilise les hiérarchies, mais
sans les consolider. On aboutit le plus souvent à l'administration
directe, soit que les chefs soient devenus simples agents de transmission,
soit que l'on est à faire à des anarchies où l'administrateur
doit être en contact avec les villages.
L'assimilation n'a triomphé
que pendant de courtes périodes; en Afrique occidentale, seuls étaient
dans ce cas les comptoirs de Saint-Louis et de Gorée;plus tard,
ce privilège fut étendu à Dakar et Rufisque. Ces «4
communes» élurent un député, un conseil général
et des conseils municipaux, tout en conservant leur statut civil antérieur.
Le mot d'association avait remplacé celui d'assimilation : cela
voilait mal un simple conservatisme. A part d'infime exception des 4 communes,
tous les indigènes de l'AOF étaient sujets français,
sans droits politiques. Les citoyens français, en dehors des 4 communes,
n'en avaient guère plus, car il n'existait ni représentants
au Parlement, ni assemblées locales. La législation résultait
de décrets préparés par le ministre, ou d'arretés
des gouverneurs.
Auprès de ceux-ci, des conseils de gouvernement, composés de hauts fonctionnaires et de quelques membres nommés (dont un ou deux africains) n'avait qu'un rôle consultatif effacé pour certains actes administratifs. Les africains ont été en outre soumis au Code de la l'indigénat (punition administrative dans certains cas, surtout le non-paiement de l'impôt), à une justice indigène, présidée par l'administrateur, aux prestations (impôt de travail pour les routes), et, dans certaines régions, à des réquisitions de main-d'oeuvre donnant lieu à des abus. L'impôt s'appliquait à tous, mais pour certains peuples, surtout dans les anarchies, cette rémunération durement ressentie provoqua bien des révoltes avant que l'habitude en fût prise.
Le système était donc, dans son ensemble, essentiellement administratif et autoritaire. Aucune évolution doctrinale ne se dessinait chez les gouvernants. Mais en pratique, le tempérament français assimilateur jouait dans différents domaines : l'école en français, service militaire, africains fonctionnarisés, développement des villes, autant de nouveautés poussant au dégagement des cadres traditionnels et à une certaine francisation. Les partis de gauche en France avaient conservé vaguement l'idéal d'ouvrir aux noirs la citoyenneté française ; en fait, aucune réalisation importante n'alla dans ce sens. Ainsi l'assimilation n'a pas été sérieusement tenté; le mot d'ordre lancé par Mangin en 1918 : "la France de 100 millions d'habitants" n'est qu'une illusion patriotique. Les Français n'ont pas tenté ce que les romains avaient réussi en Gaule ; ils ont eu moins de temps certes mais aussi moins de volonté et d'intérêt suivi. Les colonies, possessions flattant l'orgueil national mais lointaines et abandonnées aux spécialistes, été laissées à peu près sans crédits et sans conceptions d'avenir.
L'ORGANISATION BRITANNIQUE DANS LES COLONIES
L'Angleterre n'a pas, comme la France,
une revanche militaire à prendre ; la gloire des armes a moins de
place dans sa colonisation que le commerce. Autour des comptoirs bien placé
: Zambie, Freetown, La Côte de l'Or, les bouches du Niger, les Anglais
ont rassemblé des colonies plus ou moins vastes, mais généralement
peuplées, et bien arrosées. Les communications se développeront
suivant les axes du commerce. Les dépenses administratives seront
réduites au minimum par l'utilisation des chefs. Peu de souci d'urbanisme
; l'enseignement est laissé aux missions ou marabouts. Aucune idée
d'assimilation possible. De plus, on retrouve trois traits permanents de
la politique britannique : 1) l'empirisme : l'anglais se méfie des
grandes constructions a priori ; il n'avance que pas à pas, suivant
les circonstances et les besoins. 2) le conservatisme, avec le goût
des institutions traditionnelles : la cavalerie, les monarchies brillantes,
les formes médiévales. 3) le libéralisme : ne pas
gêner le développement naturel, tout au plus le contrôler
et l'orienter ; respecter les autonomies locales. Tout cela est valable
au Royaume-Uni comme en Afrique.
De là le respect des chefs,
de leur prestige religieux, de leurs cadres ; de là les faibles
effectifs de l'administration britannique et la décentralisation
des pouvoirs. La législation est faite par ordonnance des gouverneurs,
appuyé par des Conseils Exécutif et Législatif, composés
de hauts fonctionnaires avec des membres nommés (européens,
chefs, puis quelques élu).
La pratique du gouvernement indirect
(Indirect Rule) est inspiré de l'Inde où il a servi et de
l'Ouganda ou il a restauré des royaumes, et aussi de la modicité
des budgets dans des pays encore sans économie monétaire
: il faut maintenir les chefs pour assurer l'ordre a peu à peu de
frais et abolir seulement les coutumes oppressives (esclavage) ; dans un
deuxième stade, il faut associer les chefs au gouverneur, dont ils
seront les délégués, c'est-à-dire non plus
des tyrans archaïques, mais des autorités indigènes,
pilier de l'ordre nouveau et du progrès. Ils sont dotés de
tribunaux, de budgets, de services techniques ; leur prestige, sous un
contrôle et des conseils britanniques discrets, doit être soigneusement
maintenu.
Les Britanniques mettaient en place
un chef autochtone en qualité d’autorité exerçant
le droit traditionnel, autorisé à rendre la justice et à
percevoir des impôts qu’il partageait avec l’administration, ce qui
lui permettait tout à fait, s’il n’était pas suffisamment
surveillé, de s’enrichir et de se créer une clientèle
personnelle.
Lugard a développé
sa doctrine dans un livre "Dual Mandate in British Tropical Africa" en
1922 et l'a appliqué à tout le Nigeria (1900-1906); il écrit
: " l'effort doit être d'empêcher la dénationalisation,
de développer le pays suivant les lignes indigènes". L'Europe,
conclue t'il, a en Afrique un double mandat : la développer à
son bénéfice, et assurer le progrès des Africains.
Le lugardisme triompha dans le Nigeria
du Nord où les émirs peuls devinrent ses associés
convaincus. Le "Dual Mandate" inspira la politique coloniale britannique
un peu partout.
Dans le sud-ouest du Nigeria, régi
par des chefferies tempérées de la démocratie, et
surtout dans le sud-est, pays d'anarchies vigoureuses, l'application forcée
de la doctrine de Lugard entraîna des troubles. La difficulté
se révela plus encore avec les évolués (educated)
formés dans les Universités anglaises ou américaines,
les commerçants, les riches planteurs. Ces nouvelles couches, surtout
dans les villes, réclamaient la participation aux affaires; ces
couches sociales n'étaient pas appréciées par Lugard.
LE GOUVERNEMENT DE L'AFRIQUE BRITANNIQUE EN 1914
Il y avait deux grands empires européens en Afrique au début du XXème siècle, l'empire britannique et l'empire français. Les Français se référaient aux grands penseurs du XVIIIème siècle, qui croyaient que, comme on venait de découvrir les lois régissant le monde naturel, on pouvait, par la seule raison, découvrir les lois qui règlent les sociétés humaines. Les Français n'hésitaient pas à croire que le meilleur service qu'ils pouvaient rendre au reste de l'humanité serait de répandre ces idées à travers leur empire, ce qu'ils appelaient leur mission civilisatrice. L'idée assurait que le Sénégalais ou le Polynésien pouvait absorber les idées intellectuelles des Lumières aussi bien que n'importe quel Européen et qu'à la fin, ils assimileraient la culture française, envoyant même des députés les représenter à Paris.
Les Britanniques, au contraire, se tournaient vers la tradition d'Edmund Burke, le grand critique de la Révolution Française. Burke ne croyait pas qu'on puisse recréer une société selon des lois scientifiques. La Société était un organisme vivant, qui unissait le passé à l'avenir. L'idée permanente de toutes ses interventions était son respect de la tradition, sa croyance que chaque société contient la forme de gouvernement qui lui convient le mieux. La marque initiale du gouvernement britannique en Afrique tropicale ne devait pas être l'assimilation mais le gouvernement indirecte. Les idées de Burke étaient en accord avec celles de la loi commune anglaise. Cette loi unit l'Empire, non seulement les colonies de peuplement, mais, même ces régions où les principes du gouvernement indirect ont permis aux populations indigènes de conserver leur propre droit coutumier pour les usages quotidiens. La garantie d'un gouvernement responsable était le signe de la rpéférence britannique pour la manière de gouverner l'empire. Là où le système français tendait vers la centralisation, l'objectif britannique était de l'accorder aussi largement que possible à ses différents composants. Mais jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, cela signifia inévitablement un transfert de responsabilité à des Blancs qui gouvernaient le pays.
Les intérêts africains devaient donc avoir la priorité : la position des britanniques étaient celle de curateur (trustees). Idéalement, la relation devrait être mutuellement bénéfique comme l'avait exposé Lugard, dans son Dual Mandate, un livre largement répandu. Les Européens avaient accès aux ressources de l'Afrique pour le bénéfice de toute l'humanité..!! En retour, ils introduiraient les Africains, qui avaient été si malheureusement retardés par les circonstances historiques ou pour d'autres raisons, aux bénéfices de la civilisation moderne, de l'instruction, de la médecine et de la prospérité économique. Malheureusement, la réalité était plus compliquée : les territoires avaient été acquis au milieu des circonstances confuses du scramble (jeu). En fait, la grande majotité de l'Afrique anglaise fut toujours sériusement sous-capitalisée. Les capitalistes britanniques furent lents à y investir. Les avantages économiques ou autres, de nombreuses régions, n'éatient pas apparus immédiatement; ils demandaient en outre beaucoup d'investissements, et le projet d'une infrastructure convenable avant qu'elle ne puisse devenir profitable.
La Grande-Bretagne n'avait jamais
demandé un tribut au sens d'une subvention directe de ses colonies,
mais aussi les contribuables britanniques n'eussent jamais accepté
d'avoir à soutenir les colonies. Des aides modestes avaient été
nécessaires pour installer les gouvernements coloniaux et, en vérité,
elles furent bien modestes : 10 000 livres par an pour créer l'administration
au Nyasaland, 50 000 en Ouganda.Bientôt il fut établi que
les colonies devaient se financer elles-mêmes. Cela signifiait donc
l'impôt. Dans le but de payer des impôts, les Africains durent,
soit développer les cultures spéculatives qu'ils pouvaient
vendre, ou alors accepter un travail salarié. Les cultures spéculatives
signifiaient exportation, et la demande de salaires signifiait une fourniture
de travail pour les infrastructures nécessaires, les routes, les
chemins de fer et les ports. Au début de la période coloniale,
ces travaux furent des travaux forcés, fourni au lieu des impôts,
bien que les Anglais n'aient jamais fait un usage général
de ce système comme les Allemands par exemple. Ce n'est qu'en 1929
que le gouvernement britannique accepta la responsabilité dE fournir
des fonds pour développer les colonies, fourniture distinctes des
dispositions pour faciliter les emprunts, rendus possibles depuis 1899.
Vers 1938, 4 millions de livres sterling seulement avaient été
allouées aux colonies britanniques d'Afrique.
L'idéal était le trusteeship,
exercé le plus souvent par l'administration directe. A part d'économiser
la puissance des forces britanniques, ils signifiait d'éviter tout
impact étranger sur la manière africaine de vivre.
De toutes les manières, les
Anglais ne perdaient jamais de vue le fait que, bien que ne doutant pas
de pouvoir apporter un bon gouvernement à l'Afrique, leur but premier
était le commerce et que de bonnes relations commerciales pouvaient
être développes avec les partenaires africains, sans détruire
totalement les régimes politiques africains. Néanmoins, la
présence coloniale ne pouvait agir autrement qu'en dérangeant
la société africaine et en provoquant résistance et
défi.
CONSERVATISME ET AUTORITARISME :
Les parties jouées entre les
puissances européennes signifiaient que les lignes frontières
avaient été traçées dans les chancelleries
en Europe; très souvent, par méfiance, on avait traçé
des lignes droites qui correspondaient peu aux réalités sur
le terrain. Elles tranchaient les axes de communication et des unités
économiques naturelles; elles coupaient des tribus et des groupes
ethniques entre des juridictions de puissances européennes différentes;
elles recollaient ensemble des tribus qui avaient peu de choses en commun
et même pouvaient être d'anciennes ennemies.
Dans l'ensemble, là où
les systèmes politiques traditionnels étaient dispersés
à l'extrême, ou bien depuis longtemps déja imprégnés
d'occidentalisme (pays Yoruba et Fanti), l'Indirect Rule, pratiquée
par les Anglais, fut un échec. Les populations réfutèrent
l'autorité des Warrants Chiefs (Nigeria), Paramount Chiefs (Ghana)
ou Official Headmen (Kenya) - étrangement analogues aux chefs de
canton de l'administration française - investis par la puissance
coloniale de pouvoirs que la coutume ne leur avait jamais reconnus. Les
élites reprochèrent aux chefs traditionnels (Obas Yoruba
ou chefs Akan du Ghana) d'incarner les intérêts de la fraction
la plus inculte et la plus rétrograde de l'aristocratie, et à
l'Indirect Rule de prôner le respect des coutumes dans le seul but
de maintenir la barrière raciale.
Directe ou indirecte, respectueuse ou non des traditions locales, la domination coloniale dénatura partout et en profondeur les structures politiques. Les seules différences tangibles entre l'Indirect Rule et l'assimilation ne furent sans doute pour les Africains ni économiques, ni mêmes politiques mais culturelles : à l'impérialisme culturel français s'opposait le mor d'ordre britannique d'avoir à respecter l'intégrité des valeurs traditionnelles. C'est parce que les francophones se sentirent directement menacés dans leur être même («Faites que chaque enfant - recommandait-on aux instituteurs - soit un vrai français de langue, d'esprit, de vocation...»), qu'ils réagirent par un mouvement de nationalisme culturel né de la volonté d'opposer à l'universalisme français l'affirmation de leur identité à prétention également universelle : la négritude.
La clef de voute du système
colonial fut l'administrateur de brousse que le paysan africain, ne s'y
trompant pas, surnomma en territoire français le «commandant».
Même dans les zones les plus attachés à l'Indirect
Rule, comme au Nigeria, où celles où l'administrateur se
désintéressait de la vie quotidienne en brousse, comme au
Congo belge, le progrès de l'occupation et des techniques se traduisit
par la multiplication des chefs blancs - administrateurs, agronomes, ingénieurs
ou médecins. Car, à de rares exceptions près, jusqu'au
lendemain de le seconde guerre mondiale nulle part les Africains ne furent
admis, sauf exception, aux grades supérieurs du service colonial.
Même si l'on organisa une
justice indigène chargée de tenir compte des lois coutumières
(tribunaux indigènes au Kenya, tribunaux de chefferies et de territoire
belges composés de juges africains....), l'administrateur, généralement
président d'office, conserva le droit d'intervenir. Cette justice
officielle imprégnée du Code européen ne s'inspirait
que de très loin du droit coutumier, aussi bien par les cas qui
lui étaient soumis que par la façon de les trancher. En outre,
même en Nigeria du nord où les émirs jouirent de privilèges
judiciaires exceptionnels, le président exerçait un contrôle
indirect en confirmant les nominations et les sentences. Mais surtout,
chargé de recenser la population imposable, de faire percevoir les
tributs, de recruter les prestataires et d'assurer la production des biens
d'exportation, l'administrateur exerçait une tâche redoutée.
Le système engendra de multiples abus, surtout au début du
siècle (mépris du Noir, châtiments corporels brutaux,
exécutions sommaires...) dont certains firent scandale (campagne
anti-congolaise, travail forcé en Angola...).
Il serait cependant injuste de faire
de l'administration coloniale un bilan exclusivement négatif. Mais
le fait est qu'avant guerre les populations rurales n'étaient guère
en mesure d'en percevoir les éléments positifs. L'expansion
agricole et monétaire des années 20 s'était écroulée
à la crise. La misère était à son comble. Le
Colonial Development Act britannique de 1929, première et timide
tentative d'aide au développement, mais toujours orientée
dans la perspective de l'intérêt métropolitain, se
solda par un apport total outremer - trop restreint pour exercer une quelconque
influence - de 6 millions et demi de livres dont près de la moitié
en prêts, ce qui ne fit qu'aggraver les problèmes financiers
des colonies en alourdissant le service de la dette.
En résumé, la seule
note optimiste était offerte par l'oeuvre sanitaire et éducative.
Il faut savoir que le premier tiers
du siècle s'était traduit par une série de catastrophes
démographiques dont l'essor conïncida avec la mise en place
du système colonial. La mobilité de la population favorisa
les épidémies (grippe espagnole en 1919-1920, peste bovine,
variole, fièvre jaune...). Jusqu'à l'entre guerre, l'administration
fut à peu près impuissante. C'est à partir des années
30 que les premiers efforts sanitaires amorçèrent un démarrage
démographique spectaculaire (efforts conséquents en Ouganda
où le budget consacré à la santé passa entre
1919 et 1938 de 24% à 50%; efforts aussi en AOF et AEF où
les hôpitaux avaient en 1938 examinés près de 4 millions
d'individus). Le nombre de lits réservés aux Africains restaient
cependant ridiculement faible, surtout en Afrique britannique où
sévissait plus sévèrement la ségrégation
médicale : environ 1 pour 4000 en Ouganda, 1 pour 12 000 au Nigeria...
Le personnel africain fut, comme
dans tous les domaines, très rare : 186 médecins auxilliaires
formés à Dakar, 14 au Nigeria, 8 en Gold Coast...!!
En ce qui concerne l'enseignement,
on peut dire que jusqu'à la première guerre mondiale, celui-ci
fut entièrement le fait des missionnaires, et le resta au XXème
siècle dans les pays où dominaient une idéologie paternaliste
(Congo belge) ou ségrégationniste (Afrique australe et orientale),
préoccupé au premier chef d'inculquer les préceptes
religieux et la vertu du travail, paraissait assurer le maintien des valeurs
garantes de conservatisme et d'ordre social : en 1958, les missions belges
déclaraient 5,4 millions de chrétiens (dont 80% de catholiques).
Si les musulmans furent, dans l'ensemble,
réfractaires à l'évangélisation, de même
que certains peuples animistes qui lui opposèrent un renouveau de
leurs cultes ancestraux (tel le mouvement Bwiti au Gabon), d'autres en
revanche, embrassèrent volontiers la nouvelle religion. Le cas des
Ibo du Nigeria qui, peu sensibles, auparavant à l'effort missionnaire
entrepris depuis 1857, répondirent au régime colonial par
une conversion brutale et massive, est exemplaire : ce peuple réceptif
aux innovations eût tôt fait de saisir le traitement préférentiel
réservé aux villages chrétiens (exemptés de
patrouilles ou de recrutement forcé). Ils optèrent donc pour
les Pères catholiques : ils trouvaient dans les églises,
moins un instrument d'évangélisation que l'assurance d'une
formation à l'occidentale garante d'avantages sociaux à long
terme.
Au Kenya, en revanche, où
les missions incarnaient la suprématie blanche, Masaï et Kikuya
s'unirent, en 1928-1933, pour résister au mouvement lancé
par la CMS contre la clitoridectomie.
L'enseignement, dont le but avoué
était la conquête intellectuelle et morale des peuples qui
venaient d'être soumis par la force, visait seulement à doter
d'un embryon d'instruction les auxilliaires de la colonisation et redoutait
de semer dans les esprits des idées subversives.
En 1939, l'instruction restait le
fait d'une infime minorité; l'Afrique occidentale britannique représentait
un cas privilégié. Chaque territoire possédait plusieurs
écoles secondaires et l'on comptait, dans la seule Afrique occidentale,
trois établissements d'enseignement supérieur.
En raison de la séparation
de l'église et de l'Etat, les écoles missionnaires jouèrent
en territoire français un rôle beaucoup plus limité
(5000 élèves en AOF et guère plus de 1000 en AEF,
contre 20 000 pour la seule Gold Coast en 1920). En 1938, l'enseignement
public comptait en AOF 70 000 enfants pour quelques 12 millions d'habitants
et à peine 10 000 en AEF, pour 5 millions d'habitants. Il existait
8 écoles primaires supérieures et seulement 2 établissements
secondaires, tous deux au Sénégal.
Le milieu coutumier continuait d'enseigner
aux jeunes générations, par une initiation ponctuée
de complexes rites de passage, le savoir des Anciens sur l'environnement
villageois, les techniques agricoles, artisanales ou commerciales en usage
et l'héritage culturel transmis par voie orale. Les pays musulmans
ne connaissaient pas seulement les écoles coraniques (en AOF, 80
000 enfants en 1945) dont les occodentaux raillaient les procédés
mémotechniques; des marabouts célèbres, émules
d'Ousman dan Fodio, regroupaient des disciples venus de loin étudier
les sciences traditionnelles de l'islam.
De ces effectifs extrêmement
réduits se détacha une élite restreinte, profondément
acculturée, gagnée au mode de vie et de penser européen.
Inexistante dans les colonies portugaises et belges (6 africains seulement
avaient des titres universitaires à l'indépendance), elle
fut en Afrique française siffisamment réduite pour être,
jusqu'à la seconde guerre mondiale, absorbée sans danger
par le système colonial, tout en contribuant à répandre
autour d'elle le culte du diplôme. En Afrique britannique, l'élite,
admise dans les services techniques coloniaux, mais exclue du monde des
affaires et légalement écartée des responsabilités
administratives au profit des chefs coutumiers, ressentit durement sa frustration.
Elle se réfugia alors dans les professions libérales (juristes,
médecins, enseignants...), lança dès le XIXème
siècleune presse dynamique et les premiers fervents du nationalisme
surgirent (Blyden, Horton...).
Avant la seconde guerre mondiale,
leur portée fut cependant moins importante que celle de la masse
des salariés (instituteurs, artisans qualifiés...). Dans
certains cas, ceux-ci représentaient la totalité de l'élite
(Afrique centrale). Cette classe moyenne exerça une influence déterminante
grâce à sa mobilité sociale et à son rôle
d'intermédiaire entre le milieu européen, l'élite
africaine et la paysannerie exaspérée par la misère.
Familiarisée avec la bureaucratie
et l'économie moderne tout en gardant le contact avec la brousse,
la classe moyenne fut à la base des premières organisations
professionnelles qui fleurirent un peu partout entre 1920 et 1940 (comités
exécutifs de notables en Afrique française, regroupements
de mineurs ou d'agriculteurs en Afrique britannique...).
Il ne faut pas sous-estimer l’importance
de l’impôt sur les têtes et sur les cases recouvré par
les fonctionnaires indigènes de l’époque coloniale. Il était
parfois tellement élevé qu’il absorbait totalement ou du
moins dans une proportion inquiétante les revenus des Africains.
Lors de la crise économique mondiale, les recettes de l’impôt
perçu sur les Blancs baissèrent de deux tiers, alors que
celle de l’impôt perçu sur les Africains restèrent
au même niveau, ce qui signifie que ce sont eux qui supportèrent
le poids de la crise. En AOF, en 1940, la charge fiscale s’élevait
toujours à 40%.
L’ECONOMIE COLONIALE
Initialement, en Afrique, l’essentiel
était de disposer du facteur de production sol (il fallait tirer
le plus vite possible profit des richesses naturelles en exploitant brutalement
les indigènes et sans faire le moindre investissement dans le pays).
Comme dans la plupart des cultures non européennes, la propriété
du sol sans limitation, sur le modèle du droit romain, n’existait
pas. Mais il n’existait pratiquement pas non plus de terres n’appartenant
à personne, mais un système complexe où un grand nombre
de groupes et d’individus pouvaient revendiquer la propriété.
L’administration coloniale avait tendance à décréter
propriété de l’état toute terre qui semblait ne pas
avoir de propriétaire, et à la céder à des
colons blancs ou à des sociétés d’investissement.
Elle pouvait aussi instaurer la propriété privée du
sol pour les Africains, ce qui signifiait alors enregistrement, imposition
fiscale et autres désagréments, et se concluait souvent par
la nécessité de vendre à des créanciers ou
à des acheteurs blancs. Quelques exceptions se sont produites où
l’on a respecté les traditions africaines en matière de propriété
(exemple en Ouganda). Au Togo et au Cameroun, des conflits éclatèrent
car les propriétaires de plantations s’arrogeaient les terres les
plus fertiles. Mais il faut savoir que lorsque l’on conservait la propriété
rurale africaine, ce n’était nullement pour en rester à une
économie de subsistance, mais bien pour que les paysans africains
cultivent des plantes commercialisables destinées au marché
mondial. Face à cela, il y avait les entreprises des colons blancs
et les plantations des sociétés d’investissement, qui pouvait
être des fermes d’élevage ou se consacrer également
aux cultures commerciales. Leur corollaire, c’est la politique d’expropriation,
ou un procédé plus subtil, la création de terres réservées,
qui ne laisse d’autre alternative aux autochtones que de travailler chez
les Européens.
En 1913, le coton, la laine, le
caoutchouc, le maïs, l’huile de palme, le cacao et l’arachide ne constituent
que 20,2% des exportations africaines, en 1935, on passe à 25,14%,
alors que 53,5% et 55,9% des recettes de l’exportation proviennent de l’or,
des diamants et du cuivre. L’Afrique était donc une colonie minière.
La répartition des investissements
reflétait la géographie de la production. Les investissements
publics, presqu’aussi importants que ceux du secteur privé, ne pouvaient
compenser le fait que l’on investissait pas là où l’insuffisance
des capitaux freinait l’expansion, pourtant indispensable. Cela s’explique
par le fait que durant la période coloniale, les investisseurs publics
et privés avaient placé leur argent essentiellement dans
le secteur d’exportation au sens large. Il s’en suivit un développement
exclusivement orienté vers le commerce extérieur, c’est à
dire répondant aux intérêts économiques de l’Europe
et non pas de l’Afrique, en d’autres termes, un développement typique
de l’économie coloniale. On le remarque aujourd’hui encore en regardant
une carte consacrée au plus important des investissements publics,
la construction de chemins de fer. On a construit tout un réseau
de voies secondaires aboutissant dans les grands ports, et qui répondait
non pas aux besoins du continent, mais à ceux de son exploitation
par l’Europe.
Pour les budgets des Etats européens, l’Afrique a été sans exception une opération à perte, alors qu’au contraire, le secteur privé a réalisé d’énormes bénéfices, dont on ne sait par contre pas grand chose quant à leur volume et à leurs retombées économiques dans les différentes métropoles. Cela tient en particulier à la structure des firmes. Le commerce avec l’Afrique a vu commencer avant l’heure l’époque des multinationales. Exemple le groupe Unilever, spécialisé dans la margarine et le savon, qui opérait surtout en Afrique tropicale : firme anglaise à l’origine, il se transforma bientôt en multinationale et commença à pénétrer le marché des colonies françaises. L’importance de l’Afrique lui venait de son rôle de fournisseur de matières premières. Parmi les autres géants, citons la Compagnie française de l’Afrique occidentale et la Société commerciale de l’Ouest africain.
L’exploitation des colonies supposait
la mise en valeur d’une solide infrastructure. Ce serait une erreur de
penser que les métropoles firent de l’Afrique un domaine privilégié
d’expansion. Elles se contentèrent d’assurer l’ouverture progressive
du pays par des voies ferrées, des pistes et des ports, afin d’évacuer
les ressources minérales ou, à défaut, les produits
tropicaux fournis par des populations clairsemées, affaiblies par
les endémies et désorientées par le bouleversement
de leurs structures sociales.
Avant 1900, il est probable que
le total des investissements étrangers en Afrique sud-saharienne
n’excédait pas 275 millions de livres, pour leur quasi-totalité
d’origine britannique et surtout détenus par l’Afrique du sud, qui
assurait à elle seule 72,4% de la valeur totale des exportations
du continent (le % de Blancs était le plus élevé d’Afrique).
De 1900 à 1913, le flux des
capitaux doubla, toujours en faveur de l’Afrique du sud, à la suite
notamment de l’effort de reconstruction consécutif à la guerre
anglo-boer. Il continuait néanmoins de représenter une part
infime des investissements extérieurs des grandes puissances ( à
peine plus du dixième pour la Grande-Bretagne, moins de 2% pour
la France). C’est seulement entre les deux guerres que le reste du continent
bénéficia d’un financement d’origine étrangère.
Mais le total des capitaux placés en Afrique noire représentait
encore à peine plus du quart des investissements extérieurs
britanniques. La France avait investi au moins dix fois plus au Maghreb.
En 1936, le capital investi (% capital
total en Afrique noire) était de 77% pour l’Afrique britannique
contre 5,7% en Afrique française et 5,4% en Afrique portugaise (11,7%
pour le Congo belge y compris le Ruanda et Burundi); l’investissement public
(% investissement total du territoire) était de 47,7% pour l’Afrique
britannique contre 60% à l’Afrique française et 27,7% pour
l’Afrique portugaise.
Le capital investi par tête
d’habitant en 1936 était de 17,5 livres pour l’Afrique britannique
contre 4 pour l’Afrique française et 9,8 pour l’Afrique portugaise
(le Congo belge=13 livres avec le Ruanda et Burundi). (données selon
Frankel).
Outre l’importance relative de l’Union
sud-africaine et la prépondérance écrasante des investissements
(77%) et du commerce (supérieur à 80%) des territoires britanniques,
on constate que seuls les pays miniers ont attiré les capitaux,
ainsi que l’on peut le vérifier par le capital investi par tête
d’habitant.
On est frappé par l’importance
des capitaux publics, qui représentaient près de la moitié
du total des investissements en territoire britannique, et plus de la moitié
du coté français.Le cas portugais s’explique par les faibles
capacités de la métropole, relayée par les investissements
anglais; celui du Congo belge par le système des concessions très
favorables aux capitaux privés.
A l’opposé, la part de l’état
était écrasante en Afrique orientale et en AEF, c’est à
dire précisement dans les colonies les plus démunies. Ce
n’est pas un hasard : ce rôle moteur de l’état dans l’économie
était révélatrice d’un continent pauvre, qui n’inspirait
pas encore confiance et où le secteur privé avait pris l’habitude
de laisser à la puissance publique la charge des énormes
dépenses d’équipement.
Selon les périodes et les
régions, on peut distinguer schématiquement 4 types d’exploitation
: jusqu’à la première guerre mondiale prévalut ce
que l’on peut appeler l’économie de pillage (exception Afrique du
sud en raison des richesses minières). L’Afrique orientale connut
une médiocre économie de plantation animée par les
colons, tandis qu’en Afrique occidentale se poursuivit jusqu’en 1974 l’économie
de traite liée à la petite production indigène.
Partout, l’impact coloniale se tarduisit
par un bond des exportations et par la crise d’adaptation des structures
traditionnelles. Les Africains sont alors entrés de gré ou
de force dans l’économie mondiale : ils ont participé à
la révolution économique, touchés par l’expansion
du numéraire, la généralisation du salariat et l’afflux
vers les nouveaux centres urbains.
L’économie de pillage :
C’est en AEF, mieux encore qu’au
Congo belge, que l’économie de pillage atteignit les limites de
l’absurde. Dans cette zone, le problème était d’exploiter
au moindre coût un immense territoire, en grande partie forestier,
difficilement pénétrable et qui offrait des richesses naturelles
abondantes, rénumératrices et immédiatement exploitables
: l’ivoire et le caoutchouc. L’Etat français partagea près
de 70 000 Km2 entre 40 énormes concessions (1899). Un capital global
appelé d’à peine 40 millions de francs-or apparaissait dérisoire
face aux énormes investissements nécessaires en hommes, en
argent et en travaux d’infrastructure. Ces sociétés, protégés
par un cahier des charges d’une incroyable négligence, se révélèrent
à l’usage comme des affaires exclusivement commerciales préoccupées
de tirer le maximum de profit dans le court terme. L’objectif, dont le
monopole garantissait l’opportunité, était d’importer les
marchandises les plus médiocres et les plus surévaluées
possible contre des produits à peine rémunérés.
Les Africains, qui refusèrent d’intervenir de leur plein gré,
y furent contraints par le travail forcé imposé par le biais
d’in impôt de capitation payable en nature (en produits de cueillette).
La distorsion entre la rigueur de
l’exploitation et la médiocrité des résultats
fut soulignée par l’échec financier des firmes, qui compensaient
par des marges bénéficaires démesurées la médiocrité
du volume des échanges (2000 tonnes de caoutchouc exportées
en 1907, année de pointe, alors que le kilo était acheté
un franc au producteur et côté au moins 15 francs sur le marché
mondial).
Exemple de l’Oubangui-Chari : l’économie
de pillage fut exercée de façon implacable. Il s’agissait
d’entreprises commerciales, qui ne firent aucun investissement d’aucune
sorte, qui n’avaient donc rien à amortir et ne pratiquèrent
aucun autofinancement : les bénéfices étaient a peu
près intégralement versés aux actionnaires. Ces entreprises
pouvaient donc s’arrêtre du jour au lendemain, avec le minimum de
pertes : c’est ce qui se produisit dès que les super-profits d’avant
guerre furent révolus.
Face au manque de capitaux et à
l’insuffisance du peuplement, le seul recours avait été la
contrainte, avec toutes ses séquelles : régime de terreur,
famines, passivité ou révoltes de villageois hors d’état
de répondre à ce que l’on exigeait d’eux.
Avant 1914, la quasi-totalité
des capitaux furent investis dans l’équipement ferroviaire et son
complément, l’aménagement portuaire.
L’exploitation minière :
Par sa précocité et
sa rentabilité, la révolution minière d’Afrique du
sud détermina l’orientation définitive de l’exploitation
coloniale de l’ensemble du continent. De 1867 à 1936, la valeur
de la production diamantifère de l’Union (320 millions de livres)
excéda celle de tous les autres minerais africains réunis,
malgré la modicité des apports de capitaux étrangers
(moins de 20 millions de livres) : non seulement les investissements furent
assurés par autofinancement, mais une partie considérable
des profits servit à équiper les mines d’or du Witwatersrand.
Celles-ci furent le moteur de la modernisation du pays. A la différence
du diamant, l’exploitation aurifère (de 1886 à 1965 rapporta
6 milliards de livres) impliquait, dans l’état le plus rétrograde
de l’Union, la mise en place d’une industrie à haute technicité
exigeant en abondance capitaux, main d’eouvre, équipement et moyens
de transport.
Partout, les métropoles cherchèrent
fièvreusement à imiter le développement sud-africain.
L’industrie extractive représentait à la veille de la seconde
guerre mondiale plus de la moitié des exportations africaines.
L’économie de plantation :
Avant 1914, les expériences
les plus positives de colonisation agricole furent celles des Allemands
au Cameroun, où l’activité des sociétés de
plantation crées à la fin du siècle contrastait avec
l’échec de leurs compagnies concessionnaires voisines.
Mais la situation devint dramatique
à la suite de la grande crise. L’indice du cours des produits coloniaux,
très sensibles aux fluctuations mondiales, tomba en 1934 (sur la
bse 100 en 1927-1929) à 18,7 pour l’huile de palme et à 10,4
pour le caoutchouc. La valeut totale des exportations congolaises chuta
de près des deux tiers...!! On préféra, pour un temps,
se rabattre sur le système du métayage qui confiait aux Africains
l’entretien et la cuillette des plantations, à charge pour eux de
subir seuls le contrecoup à l’achat de la détérioration
des prix.
Ce fut dans les pays à fort
colonat blanc que l’économie de plantation connut sa plus grande
expansion; l’Afrique du sud représente le meilleur exemple : si
les Boers pratiquèrent systématiquement la spoliation des
terres en rejetant les Africains dans les réserves (vers 1874, au
Natal, 8000 Blancs possédaient près de 2,5 millions d’hectares),
leur agriculture resta tournée vers l’autosubsistance. Le manque
de capitaux paralysa la modernisation nécessaire au profit d’uen
exploitation extensive à faible rendement. Seuls le Kenya, dépourvu
de toute autre ressource, consacra dans les années 20 une masse
de capitaux relativement consédérable à la mise en
valeur intensive de ses vastes plantations de maïs, de caféiers
et de sisal. D’où l’extrême dissymétrie entre un secteur
traditionnel particulièrement défavorisé, où
plus de deux millions d’Africains relégués dans les réserves
assuraient moins de 20% des exportations du pays, et un colonat restreint
de 17 000 Européens, dont 2000 à peine détenteurs
des terres les plus
fertiles.
Après l’intermède
catastrophique de la grande crise, les progrès de l’agriculture
africaine (maïs) et la pénétration accrue de l’économie
de marché dans le secteur traditionnel contribuèrent à
durcir la position des colons : ils imposèrent un dualisme politique
d’autant plus rigoureux qu’il correspondait de moins en moins à
la réalité économique.
L’économie de traite :
Le contrate entre les structures
agraires du Kenya et de l’Ouganda illustre bien la capacité des
Africains à participer, sous un régime différent,
à la vie économique du territoire. Dans ce dernier pays,
où le nombre des agriculteurs blancs n’excédaient pas une
centaine vers 1920, la production de coton puis de café reposa exclusivement
sur le paysannat africain et, malgré la modicité des apports
financiers extérieurs, connut entre les deux guerres un essor remarquable.
Mais nulle part mieux qu’en Afrique occidentale ne fut exercé ce
que l’on peut appeler l’économie de traite : terme magique en terre
africaine, car la traite règle toute l’activité économique,
fait circuler les hommes et l’argent, anime les villes, les marchés
pendant les mois qui suivent la fin de la période pluvieuse et les
récoltes. Le producteur reste toujours essentiellement africain..on
installe des comptoirs et des escales où ces produits (arachides,
coton, café, cacao..) sont rassemblés et où le Noir
pourvu d’argent achète la pacotille d’importation.
Economie singulièrement primitive
et paresseuse...la traite consiste à rassembler et à drainer
vers les ports les produits du pays qui sont exportés bruts, à
répartir en échange les produits fabriqués.
On comprend dès lors, la
médiocrité des capitaux mis en oeuvre (moins de 15% du total
d’Afrique noire) aussi bien par les firmes « expatriés »
d’import-export que par les petits commerçants et transporteurs.
Ceux-ci se recrutèrent, dans un premier temps surtout parmi les
Africains héritiers des populations courtières...Haoussa,Bamiléké...puis,
de plus en plus, chez des Portugais, Grecs et surtout Libano-Syriens qui
s’emparèrent à l’ouest du contrôle du commerce de détail
comme les Indiens en Afrique orientale.
Quelques firmes géantes établirent sur de vastes territoires, par absorbtion ou par accord tacite, un monopole de fait qui leur permit d’imposer des prix d’achat dérisoires ce qui laissa les paysans désarmés. Telles furent l’United African C° (branche africaine d’Unilever) qui assurait en 1940 40% du commerce extérieur du Nigeria ou du coté français, la CFAO et la SCOA qui représentaient en 1945 plus de la moitié du total de la capitalisation boursière de l’Afrique noire française et 84,4% de celle des firmes commerciales. Le seul effort fourni fut porté sur l’infrastructure d’évacuation des produits; dans ce but, l’AOF fut autorisée à contracter une série d’emprunts (200 millions de francs or avant 1914, 2650 millions courants entre les deux guerres). Le résultat fut d’alourdir exagérement le service de la dette (40% des dépenses ordinaires du budget fédéral) au moment précis où la chute des cours paralysait les ressources de la Fédération fondées sur le revenu des taxes douanières.
La situation économique coloniale
soulignait les risques de la dépendance exclusive vis à vis
du marché mondial, dans le cadre de la monoculture la mieux adaptée
à chaque territoire aux dépens même de la production
vivrière.
Echappaient seuls aux risques les
plus graves, grâce à leurs ressources minières, le
Sierra Leone (diamant) et surtout la Gold Coast (premier exportateur mondial
de cacao depuis 1911) dont l’or assurait, en 1936, 44% de la valeur des
exportations.
LES AFRICAINS ET LA COLONISATION
L’économie occidentale impliquait,
par destruction ou par contamination, le bouleversement des structures
antérieures. Même si le nombre de gens effectivement touché
resta longtemps limité (en 1950, on estimait en Afrique framçaise
l’effectif des salsriés à 2% seulement de la population),
l’impact colonial modifia toutes les shpères de de la vie africaine.
Le nouveau cadre socio-politique facilita, à l’intérieur,
les déplacements de population et le groupement en de nouvelles
unités, notamment dans les villes, centres du commerce colonial
et de l’administration. Les paysans entrèrent dans le circuit d’exportation
désormais dominé par les firmes européennes et les
internédiaires libanais, grecs ou indiens. L’autorité politique
traditionnelle fut supplantée par le droit imposé par les
métropoles. Les croyances se transformèrent au contac de
l’islam et du christiannisme. Une minorité croissante participa
au mode de vie et de pensée occidental. Bref, les Africains furent
progressivement amenés au contact quotidien de l’homme blanc et
de l’économie monétaire.
Mais la situation coloniale, définie
par cet affrontement, fut une situation de crise.
LES CONTRAINTES (Résumé)
- l’expropriation des terres : en
Afrique équatoriale, l’expropriation des communautés paysannes
avait commencé avec la distribution des concessions; le droit des
Africains avait été écarté car ils ne connaissaient
pas la propriété privée, seule admise par le code
métropolitain; les juristes de l’époque ignorèrent
le rôle du chef de terre, dont l’existence était pourtant
attestée. On s’appuya sur l’abondance relative des terres, sur le
mythe de la fertilité des sols de la zone forestière, enfin
sur les densités très faibles des populations et leur mobilité
pour élaborer la thèse des « terres vacantes et sans
maître » dont la propriété revenait à
l’Etat. Les compagnies jouirent de l’absolu privilège d’un propriétaire
exclusif, et rénumérèrent les Africains non sur la
base des valeurs des produits, mais seulement de leur travail de récolte.
Les concessionaires de l’AEF reçurent 700 000 Km2.
Certes, les droits des Africains
étaient en principe sauvegardés par la constitution de réserves
villageoises. Mais, ou bien ils fallait accorder à chaque village
la totalité des territoires sur lesquels les habitants avaient pérégriné
au cours de leur histoire et il ne restait guère de parcelle vacante
dans toute la colonie, ou bien il ne fallait attribuer que les emplacements
effrectivement occupés, et l’on condamnait sciemment à la
misère les générations suivantes devenues plus nombreuses.
En AEF, faute de réussir à délimiter les terres réservées,
on estima provisoirement à 6% de la récolte moyenne de la
Société les produits dont les Africains pouvaient s’estimer
propriétaires. En fait, le monopole imposait aux producteurs de
livrer encore au concessionnaire le produit de leurs réserves dont
le bénéfice, remis au chef du village, ne leur revenait même
pas.
Le Congo belge généralisa,
entre les deux guerres, le système inauguré avec la Société
Lever en 1911 : celui des zones de protection où les sociétés
recevevaient, contre l’engagement de moderniser leur équipement,
le monopole de l’achat à bas prix des produits agricoles aux paysans,
celui de leur traitement et du recrutement de la main d’oeuvre. On aboutit
ainsi à un véritable partage foncier entre les grandes firmes
: zones de l’huile, du coton, du café...L’AEF créa des privilèges
analogues pour l’achat du caoutchouc et du coton.
- le travail forcé et les
cultures obligatoires : la pénurie de main d’oeuvre fut généralisée
sur tout le continent jusque dans les années 30; cette phrase d’un
sergent de Fort-Jackson en 1891 résume bien la situation : «
Comment un homme peut-il attendre de ses travailleurs une tenue décente,
de l’honneteté et un mode de vie civilisé, pour 10 shilings
par mois pour lui et toute sa famille...je suis convaincu que si les salaires
étaient plus raisonnables, le marché du travail n’en serait
pas là ».
En quête d’une main d’oeuvre
abondante à bon marché, les colons préférèrent
réclamer l’institution du travail forcé...en principe, les
métropoles s’y refusèrent. Le travail forcé resta
largement pratiqué sous la forme des prestations ou par le
biais de l’impôt de capitation. Les prestations reprenaient en l’amplifiant
la coutume traditionnelle du travail dû au chef pour les travaux
communs du village, transposée au niveau de « l’intérêt
général ». Mais les chefs, dotés d’un pouvoir
administratif subalterne plus étendu, eurent tendance à en
abuser à leur profit.
Malgré ses dénégations
l’administration fut le premier demandeur de travail forcé. L’Etat
indépendant organisa pour son chantier ferroviaire la réquisition
de plusieurs milliers d’hommes, conduits au poste de recrutement enchaînés
et engagés de 3 à 7 ans pour 3 à 6 F par mois plus
la nourriture.
Entre les deux guerres, l’administration
exerça surtout sa pression sur les cultures obligatoires. Au Congo
belge, le système des cultures gouvernementales avait été
introduit en 1897. L’obligation des champs de coton compta parmi les charges
les plus lourdes et les plus redoutées de la paysannerie. En 1938,
200 000 familles travaillaient sur les champs de l’Etat qui couvraient
plus d’un million d’hectares, la moitié en cultures vivrières
et le reste en cultures d’exportation.
- l’impôt : comme l’administration
refusait de cautionner officiellement le travail forcé, et qu’il
ne suffisait pas de créer de nouveaux besoins pour mettre au travail
des populations désorientées par la destructuration de leur
système social et affaiblies par la sous-alimentation chronique
et les endémies, la coercition née de l’impôt apparut,
aux théoriciens du début du siècle, comme l’instrument
nécessaire de la mise en valeur car elle devait permettre, à
la fois, de remplir les caisses de la colonie et d’obliger les paysans
à gagner de l’argent.
L’impôt de case ou de capitation
apparut à peu près en même temps partout. Il fut d’abord
payable en nature ou en travail et le resta parfois, faute d’ouverture
sur l’économie monétaire, jusqu’en 1945. Les taxes existaient
auparavant mais sous une forme collective, imposée à un lignage
où le chef veillait à son équitable répartition.
La taxe individuelle, en revanche, laissait sans recours le paysan ou l’éleveur
pauvre qui pouvait se trouver contraint de se défaire de son unique
vache. Seuls les chefs en tirèrent profit. Certains reprirent l’idée
à leur compte et imposèrent, grâce à l’Indirect
Rule, des taxes personnelles. Tous furent intéressés à
la perception et s’opposèrent, dans la décennie suivante,
à la remise directe de l’impôt à la caisse régionale
: le chef perdit alors ses prérogatives pour devenir un employé
salarié.
L’extension de l’impôt suscita
effectivement la création de marchés et le progrés
de l’économie d’échanges. Nombreux furent ceux qui durent
partir au loin chercher du travail. Mais, entre les deux guerres, l’impôt
augmenta plus vite que les revenus.
En 1940, la SCOA constatait encore
que la moitié des gains des Africains étaient absorbés
par l’impôt. L’impôt contribua aussi à propager certains
non sens-économiques (telle, entre les deux guerres, faute de produits
de remplacament, la cueillette meurtrière et inutile du caoutchouc
sauvage de la Compagnie forestière au Congo), ou bien à grever
facheusement l’avenir en promouvant la monoculture côtonnière
au moment où la surproduction amorçait la dépréciation
continue du produit.
Enfin, l’impôt et le travail
forcé, supports de la monoculture d’exportation, contribuèrent
à faire dangeureusement délaisser les cultures vivrières
qui, entièrement laissées aux mains des Africains, n’avaient
reçu aucune amélioration technique. Le problème était
grave quand la plupart des hommes travaillaient au loin. Il devint tragique
lorsqu’en 1914-1918 la France exigea de ses colonies un effort de guerre
disproportionné à leurs capacités, en organisant,
à la fois, la conscription de 200 000 hommes et l’intensification
des produits stratégiques ou de cultures vivrières destinées
à l’exportation. La famine qui s’ensuivit démontra la fragilité
de l’équilibre d’un pays que la traite épuisait, en dépit
du gonflement des chiffres d’exportation.
Partout, l’effort de guerre, les
cultures obligatoires, les recrutements forcés de travailleurs et
les effets de l’inflation (avilissement du pouvoir d’achat acentué
par les hausses de la capitation) accélérèrent les
déplacements de population et la désorganisation des rythmes
vivriers générateurs, à leur tour, de famines et de
révoltes qui agirent comme autant d’entraves à l’essor du
pays.
LES MUTATIONS SOCIALES EN AFRIQUE :
Pendant la période coloniale,
des couches et des groupes sociaux nouveaux apparurent, outre les travailleurs
salariés, de nouvelles élites occidentalisées, dont
une partie entra au service de l’administration coloniale et une autre
s’orienta vers les professions libérales. La domination coloniale
a aussi déclenché une augmentation rapide de la population
africaine. Il semble que la baisse de la mortalité n’a pas été
le facteur déterminant, car le système de santé resta
médiocre jusqu’au milieu du XXème siècle. On pense
plutôt à une augmentation de la fécondité due
à l’amélioration de l’espérance de vie.
La population se concentra là
où l’appelait l’espoir de trouver un travail et de subvenir à
ses besoins, dans les plantations, dans les mines, dans les centres administratifs
et dans les ports.
Les travailleurs saisonniers ont
certainement donné le signal, et les familles suivirent. Cette migration
se fit surtout à destination des nouveaux centres urbains; de 1850
à 1950, l’Afrique connut un processus d’urbanisation largement supérieur
à la moyenne mondiale : cependant, un grand nombre des villes d’Afrique
n’offrait pas un travail régulier aux nouveaux arrivants mais, dans
le meilleur des cas, un travail occasionnel. Cette précarité
eut pour corollaire l’apparition d’immenses bidonvilles.
Pour ceux qui savent l’anglais, je vous conseille de lire ces livres :
- A.G Hopkins : Two essays on underdevelopment
« From modernisation to underdevelopment » et « colonial
economies in Africa » 1979
L’auteur expose les thèses
d’Andre Gunder Frank : les structures de dépendance crées
par le monde capitaliste ont produit et maintiennent le sous-développement
dans les pays du Tiers-Monde. Le colonialisme a laissé la place
au néo-colonialisme qui lie les multinationales étrangères
aux bourgeoisies nationales.
On voit ici que l’on rentre dans
un autre débat, tout aussi intéressant.
- L.H Gann et Peter Duignan : Burden
of empire, an appraisal of western colonialism in Africa south of the Sahara
Développement ou exploitation
en Afrique, vue de l’impérialisme par Lénine, débat
colonial...

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier