Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Pour mieux comprendre la période coloniale en Afrique
POUR MIEUX COMPRENDRE LA PERIODE COLONIALE EN AFRIQUE

L'AFRIQUE PORTUGAISE ET BELGE

Depuis plusieurs siècles, hors des ports de la côte, la quasi totalité de la population ne représentait pour les Portugais qu'une «marchandise virtuelle» ou, au mieux, une force de travail. L'Acte colonial de Salazar, en 1930, codifia l'unification de l'administration et des finances soumises au contrôle direct de la métropole par l'intermédiaire d'un gouverneur général, placé au sommet d'une hiérarchie administrative paperassière et d'une réputation souvent douteuse dont le chef de village (Regulo) représentait, tout au bas de l'échelle, le seul élément indigène, chargé d'exécuter les exigences coloniales; 98% de la population était soumise au régime de l'indigénat (impôt, travail obligatoire, châtiments corporels...).

Durant l'année 1908, la colonisation en Afrique centrale fut sévèrement critiquée par un mouvement humanitaire : cette protestation venaient de la presse, des églises missionnaires, des diplomates appartenant au service consulaire... Cette protestation visait surtout les possessions portugaises et belges.
Les vastes territoires portugais étaient dominés par des concessions à des entreprises dont les activités ressemblaient à celles qui avaient tiré leur richesse du Congo profitant d'un contrôle étatique minimum.
L'Etat «indépendant» du Congo que les conseillers de Léopold II pour les affaires commerciales et militaires avaient réussi à tailler au coeur de l'Afrique au cours des années 1880, était dans une large mesure sa propriété personnelle, en égard au fait qu'il ne s'agissait ni d'un véritable état gouverné par ses propres habitants, ni d'une colonie gouvernée pour le compte du peuple belge. Le Trésor National belge ne fournissait pas de crédit spécial pour résoudre le déficit fiscal permanent qu'entraînait la gestion des territoires africains du Roi.
En vue de récupérer les coûts de ses investissements personnels dans son aventure coloniale, Léopold louait certaines possessions coloniales à des compagnies organisées comme des entreprises libres qui lui versaient une redevance en échange de la liberté d'extraction des richesses naturelles et d'exploitation des ressources humaines..
La crise du Congo de 1908 eut pour cause essentielle le fait que Léopold trouvait de plus en plus difficile de faire face au coût de l'administration de don territoire et de tirer des profits réels pour lui-même et pour ses associés, sans utiliser les procédés de coercision et de rapine qui avaient été instaurés au Congo par les premiers exploitants du pays.
Les agents de Léopold utilisaient des moyens violents pour forcer les villageaois à poursuivre la dangeureuse chasse aux éléphants producteurs d'ivoire; les trafiquants d'ivoire d'origine turque, venus d'Egypte et du Soudan, terrorisaient la population des limites septentrionales de la forêt équatoriale. Les rapts de femmes et d'enfants, retenus prisonniers jusqu'à ce que les parents mâles de ceux-ci aient procuré assez d'ivoire pour payer une rançon, étaient alors d'une pratique oficiellement pratiquée par l'Etat léopoldien. A mesure que la zone d'ivoire se restreignait aux régions du continent les moins peuplées et les plus inaccessibles, le degré de violence atteint pour obliger la population à découvrir les derniers éléphants subsistants atteignit de nouvelles proportions.

A la fin du 19ème siècle, l'industrie mécanique et l'industrie électrique commencèrent à causer une nouvelle demande de caoutchouc brut pour la fabrication de pneus et des isolants de câbles électriques. Les agents prospecteurs de Léopold s'apercurent que le caoutchouc pouvait être tiré de la forêt équatoriale. Ils utilisèrent non seulement des hommes, mais également des femmes et des enfants pour explorer les coins les plus reculés et les plus dangeureux des territoires sauvages, à la recherche de toutes les plantes qui pouvaient produire du caoutchouc. Ces agents firent des bénéfices au début mais, à la fin du siècle, le pric du caoutchouc commença à baisser du fait de l'étalissement de plantations régulières en Asie. Les agents de Léopold obligèrent les personnes à rechercher les plantes au plus profond de la forêt : les viullageois qui n'arrivaient pas à réunir le quota imposé étaient sévèrement battus. Certains villageois étaient mutilés de façon honteuse : on leur coupait publiquement les mains, ce qui provoquait une peur mortelle chez leurs camarades, et ainsi les obligeait à négliger leurs familles et leurs récoltes. Les atrocités du Congo furent connues du monde entier et dévoilées surtout par le consul britannique au Congo, Roger Casement, et un mouvement de réforme congolais mobilisa avec succès l'opinion mondiale contre l'exploitation que Léopold n'avait pas réussi à freiner.
En 1908, le Parlement belge décida que l'on ne pouvait confier une colonie à la seule autorité du roi, le Congo fut annexé par le gouvernement et devint le Congo belge. On introduisit alors un minimum de démocratie.

La principale raison qui amenaient les colonisateurs portugais à s'emparer de territoires africains étaient de se saisir des richesses naturelles susceptibles d'être importées au Portugal pour enrichir la mère patrie. La colonisation devait donc se faire à un prix aussi modique que possible; nombre de colons envoyés en Angola étaient des forçats ayant un passé judiciaire et politique, qui arrivaient à contre-coeur en Afrique pour accroître la présence européenne et fournir au moindre prix une main d'oeuvre utile à l'administration coloniale et aux compagnies privées.
La question de créer une économie coloniale profitable, utilisant une main d'oeuvre libre s'avéra aussi difficile en Angola portugais que dans le Congo de Léopold. Etant donné que les responsables des travaux publiques et les propriétaires de plantations privées ne désiraient pas offrir un salaire qui aurait attiré des demandeurs d'emplois pour travailler à la construction de routes et au défrichement des terres, le gouvernement colonial institua les lois sur le vagabondage qui obligeaient les habitants à travailler pour leurs patrons coloniaux, même si les salaires fixés étaient insuffisants à leur assurer une vie sociale et familiale décente. Les personnes requises étaient forcées d'entretenir les pistes pour les caravanes qui se dirigeaient loin vers l'intérieur, afin d'y trouver le caoutchouc et l'ivoire que ramenaient les porteurs. Des ouvriers non volontaires, sous-payés et sous-alimentés, essayaient de façon constante de fuir cette pénible servitude. Certans d'entre eux trouvaient refuge dans des asiles cloturés, que contruisaient les chefs des villages qui n'étaient pas encore sous domination coloniale.

La force armée était utilisée pour retrouver les travailleurs en fuite comme s'il s'agissait d'esclaves et les missionnaires protestants devaient s'efforcer de ne pas protester ouvertement, de peur que le droit de prêcher dans cette colonie officiellement catholique, ne leur fut retiré. Néanmoins, la résistance des Africains opposa tant de difficultés à la création d'une économie de plantation à l'intérieur des terres que le Portugal porta ses efforts vers la réactivation de l'encien système de plantation sur les îles côtières de Sao Tomé et de Principe. Cette politique eut pour conséquence de réinstaurer le commerce des esclaves, sous une forme nouvelle.
Le renouveau des plantations de Sao Tomé était basé sur une modification de la culture. Le café céda la place à la culture du cacao. Au plus fort de leur activité, les plantations employaient 40 000 travailleurs, ce qui nécessitait l'entrée d'environ 4000 nouveaux travailleurs chaque année pour remplacerceux qui mouraient; la grande majorité provenait d'Angola. Il s'agissait d'esclaves qui avaient été capturé à l'intérieur des terres, et que l'on amenait à la côte en troupes, enchainés les uns aux autres au moyen d'entraves de bois. Ils étaient ensuite vendus à des négriers qui les expédiaient vers les îles; ils étaient astreint à servir sur les plantations pendant une période de 5 ans mais aucun ne regagnait jamais le continent. A l'issue de chaque période de 5 ans, les survivants sous contrat étaient supposés être automatiquement requis pour une période supplémentaire de 5 ans, sans qu'on leur demande leur avis.
Le territoire de Sao Tomé arriva à un degré maximum de crise l'année où Léopold perdit son empire, et où le Portugal fut obligé de garantir que les futurs travailleurs immigrés recevraient le droit de retourner sur le continent, à l'issue de leur contrat.

Les petites puissances coloniales - la Belgique et le Portugal - adoptèrent une politique qui consistait à donner en location de vastes sections de leurs économies coloniales, ou même de larges portions de leurs territoires coloniaux à des compagnies privées. Celles-ci étaient souvent soutenues par les grandes puissances coloniales - telles la Grande-Bretagne et la France - et c'est ainsi que celles-ci acquérir une énorme possibilité d'investissement dans ces régiosn d'Afrique qu'elles ne contôlaient pas par une colonisation directe.
Les conséquences de ce système de colonisation relevant d'entreprises privées s'avèrèrent oppressives à l'extrême et elles comportaient une sinistre similitude avec les systèmes d'exploitation qui avaient prévalu dans les domaines royaux du Congo de Léopold.
Non seulement les hommes étaient astreints à travailler pour les compagnies, ou leur sous-traitants, mais les femmes étaient obligées de fournir des quantités de riz et de coton sur leurs propres productions agricoles.
Dans les années 1930, les populations du Mozambique étaient probablement plus opprimées par leurs patrons coloniaux que dans n'importe laquelle des autres colonies d'Afrique.
Au Mozambique, comme les mineurs étaient forçés de travailler pour des salaires extrêmement précaires et n'avaient pas la possibilité de se plaindre de leur mauvais état de santé et des règles de sécurité, il était possible à la compagnie minière de faire de substantiels profits, aux puissantes entreprises coloniales d'obtenir du combustible à bas prix et aux machines à vapeur qui amenaient la production jusqu'au plateau africain de Rhodésie d'utiliser le charbon local au lieu d'entretenir des arbres pour avoir du bois comme cela se faisait en Angola.
A partir des années 1920, l'Angola devint un important producteur de diamants, plus particulièrement destinés au commerce de la joaillerie. Les diamants prirent une importance telle qu'ils occupèrent la seconde place après le café, parmi les exportations de l'Angola. Les populations du nord-est qui parlaient le Lunda devinrent les prisonniers d'un état dans l'état travaillant dans les mines, dans des conditions très strictes qui empêchaient toute possibilité de vol (puis c'est le pétrole qui l'emporta sur les diamants à la suite de la découverte du gisement de Cabinda).
En ce qui concerne le Congo belge, les revenus de l'exploitation minière et la répartition des parts qui étaient distribuées fournirent l'essentiel des activités. L'Etat octroyait aux compagnies une relative liberté pour la protection des réserves naturelles et l'exploitation de la main d'oeuvre ouvrière, au point que la Société Générale en vint à contrôler 60% de la totalité des investissements et constitua un empire financier pratiquement autonome au coeur d'un état colonial faible. Les directeurs maintenaient des relations privilégiées avec les administrateurs et les politiciens à la fois dans la colonie et en Belgique même. Les profits que tiraient l'administration  de ces 60 000 ouvriers africains étaient de plus en plus utilisés à des réinvestissements en Belgique. La compagnie avait également des liens étroits avec l'église catholique qui jouait un rôle stabilisateur de la main d'oeuvre, en augmentant chez les Africains une acceptation obéissante et disciplinée de l'autorité hiérarchique coloniale.
Le développement de l'activité minière comme centre de l'enttrprise coloniale au Congo avait de vastes répercussions sur la société rurale. Les recrutements de main d'eouvre et les fournisseurs de produits alimentaires étendaient leurs activités au sein de communautés diverses et poussaient à leur transformation. Des villages furent morcelés et leurs habitants furent amenés à s'établir le long de nouvelles routes, de rivières différentes et de lignes ferroviaires. Des paysans vinrent travailler sur des plantations vivrières où les cultures locales étaient surtout destinées à nourrir les mineurs en fonction de leur régime habituel. Les contraintes, les punitions et la violence formaient le cadre habituel de l'expérience coloniale après l'annexion belge, même si les horreurs extrêmes de la mutilation étaient remplaçés par l'usage du fouet pour forcer les travailleurs à augmenter le rythme de leur travail.
L'activité ralentie n'était pas seulement le résultat d'un certain refus, de manques de motivation pour le travail et d'une nourriture insuffisante, mais également le résultat de maladies qui se développaient au sein de ces nouvelles concentrations de populations.
Des troubles de comportement psychique affectaient aussi des sujets coloniaux terrorisés, qui avaient été capturés, et amenés de force enchainés, jusqu'aux mines.
Des communautés entières étaient détruites ou éliminées à mesure que se développaient chez elle la misère, la pauvreté ou la contestation.

Le vieux monde colonial du 17ème siècle était dominé par des planteurs établis dams les îles tropicales, qui comptaient sur le travail des esclaves pour la production du coton, du sucre et du tabac. Au 20ème siècle, les puissances coloniales adoptèrent fréquemment une politique économique assez différente. Au lieu de déplacer des individus, ils s'emparaient de communautés africaines autochtones, sur un territoire donné et continental plutôt qu'insulaire. De plus, ils forçaient les cultivateurs locaux à faire des cultures choisies par le colonisateur. Ces cultures n'étaient pas nécessairement celles qui auraient apporté de meilleures profits aux cultivateurs, mais plutôt celles qui étaient les plus profitables pour les colons en matière d'exportations.
L'introduction de l'argent dans la société rurale fut l'un des changements les plus importants apportés par la colonisation. Au Congo, le changement se produisit peu de temps après la fin du système Léopoldien de l'accumulation de produits qui n'étaient pas rationnellement organisés. L'argent fut introduit pour payer aux villageois leur production; mais cet argent ne restait pas longtemps entre les mains des paysans. Il ne fournissait pas une base à l'établissement de la consommation, car les pièces de monnaie coloniale furent bientôt dévaluées sous le poids des taxes qui les dépréciaient. En fait, la taxation ne fut pas introduite pour payer les servives, mais plutôt pour forcer les fermiers à augmenter leurs gains en développant la production coloniale.

L'émergence d'une classe de producteurs africains capables d'acheter leurs propres terres, d'organiser leurs propres marchés er de profiter des possibilités économiques ne se développa pas avant la fin de la période coloniale. Une attitude négative devant le système de containte plutôt qu'une acceptation volontaire et une initiative organisée, caractérisèrent l'agriculture du Congo pendant la période coloniale belge.

En Angola, une partie du capitale investi dans les plantations angolaises était des capitaux belges et une part importante des terres agricoles qui produisaient les cultures coloniales longeait la voie ferrée atlantique reliant le Congo au port de Benguela.
La production principale de l'Angola était le café qui avait été introduit au 19ème siècle par des commerçants brésiliens.
En Angola, les premières plantations modèles utilisaient la main d'eouvre des esclaves sous le contrôle de condamnés blancs..!! Ces plantations connurent une période de grande prospérité dans les années 1890 durant lesquelles les territoire les plus accessibles furent arrachés par la force à leurs propriétaires africains. Puis, après 1890, la production déclina, car des épidémies de variole et de maladie du sommeil dévastèrent le nord de l'Angola.
Le mal fut introduit dans le pays par les colonnes de porteurs mercennaires utilisés non seulement par les Belges et les Portugais, mais aussi par les colons français dans la basse vallée du fleuve, par les marchands de tissu hollandais qui traversaient l'Angola et par les planteurs britanniques qui possédaient des intérêts dans la production du café.
Quand l'épidémie s'etteignit d'elle même, le café ne reprit pas son importance passée immédiatement et les producteurs coloniaux essayèrent de  diversifier leurs cultures et de ne pas dépendre d'une monoculture dont les prix étaient en premier affectés par les résultats des producteurs concurrents d'Amérique du Sud entre autres.

La culture qui provoqua une révolte anti-coloniale féroce et qui conduisit finalement à la fin de l'administration coloniale en Angola, fut celle du coton. En 1945, la culture imposée de coton fut considérée comme une cause de l'attitude des paysans qui négligèrent les cultures vivrières au point qu'une sérieuse famine s'en suivit.
Au Mozambique, les agriculteurs traditionnels furent peu à peu contraints de limiter leurs terres cultivables, de clore leurs possessions, se privant ainsi de la possibilité de faire paître leur bétail et de planter pour trouver du combustible sur leurs terres communales traditionnelles. Celles-ci furent transformés en plantations et les cultivateurs qui naguère vivaient en autosuffisance devinrent des travailleurs agricoles dépendant pour leurs salaires de diverses compagnies; un contexte de prolétarisation s'instaura, encouragé à la fois par les capitaux français et britanniques sur un territoire officiellement portugais.

RACE, CLASSES ET ORIGINES ETHNIQUES AU CONGO :

L'une des qusetions fondamentales de l'histoire coloniale en Afrique centrale concerne la formation de classes qui avait pour origine les attitudes ethniques. Cette question devient particulièrement intéressante qiand on songe au Congo belge où le secteur des activités minières et industrielles amena le développement d'une population urbaine dans laquelle on pouvait s'attendre à des formes de mobilité sociale. Celle-ci était entriné de deux façons. D'abord, la population blanche se réservait pour elle-même la plupart des tâches qui amenaient considération sociale et salaires. La seconde manière qui empêcha la formation de classes eut pour cause la division de la population africaine en divers groupes ethniques. La politique belge se sutuait entre le fait de voir dans ces ethnies le moyen de diviser la population en petits groupes qui pouvaient être controlés plus facilement et en mélangeant ceux-ci, de façon qu'il n'existe aucune masse ouvrière liés par une solidarité ethnique autonome.
Comme dans toute société coloniale, la majorité des individus colonisés ont un sentiment d'identité, façe à la présence étrangère. Ce sentiment joua un rôle décisif dans la limitation de l'influence européenne. Il n'y eut cependant pas de front uni des colonisés contre les colonisateurs.
Jusqu'au début des années 1950, l'économie congolaise fut marquée par la prépondérance de l'agriculture traditionnelle. Les étrangers créèrent de nouveaux systèmes de production avec de nouvelles techniques et de nouvelles règles de travail, ainsi que de nouvelles fonctions contrastant avec les normes de travail traditionnelles. On peut alors montrer une division fondamentale quin opposaient ceux qui travaillaient dans des emplois définis par les européens aux habitants pauvres des campagnes, les Bashenzi, exclus de l'expansion coloniale.

Le développement d'une main d'oeuvre stable se produisit, à des degrés divers, dans différentes régions et diverses entreprises au Congo belge. Des camps de travail temporaires, avec des conditions de logement médiocres, de pauvres conditions sanitaires et un système de fourniture en eau déplorable causèrent une forte mortalité. Les compagnies améliorèrent la situation à partir des années 1920, pour former la base d'une classe laborieuse et efficace augmentée d'une main d'oeuvre temporaire mobile. Les services médicaux proposés à cette main d'oeuvre stabilisée furent améliorés, bien que la mortalité resta fort élevée parmi les travailleurs temporaires. A mesure que la main d'oeuvre stable prit de l'importance, les méthodes de contrôle évoluèrent et, au lieu de la violence brutale qui pesait sur les premiers travailleurs coloniaux, de nouvelles formes d'organisation collevctives furent imaginées par les compagnies minières. Des équipes de travail furent crées, selon un modèle genre boyscout, de solidarité et de discipline (à l'initiative des Missions Catholiques).
Cela n'empêcha pas les grêves contre les conditions de travail : la grêve de 1941 au Katanga, dans les mines, provoqua la mort de 48 grévistes et un bon nombre d'ouvriers fut blessé pae des coups de barres de fer).
Le groupe d'employés du Congo qui furent les plus près de former une classe sociale distincte furent les employés de l'Administration. Il devinrent une force essentielle des mouvements politiques qui se développèrent pendant les années précédant l'indépendance. Les travailleurs de l'Adminsitration se divisait ainsi : ou bien ils formaient les porte-parole de la société africaine dans son ensemble, ou bien ils se limitaient à la défense de leur statut semi-privilégié à l'intérieur de l'univers colonial. La catégorie des employés administratifs étaient connues sous la dénomination des «évolués» et leur condition ambivalente les conduidit à osciller entre leur situstion de collaborateurs et de protestataires, partagés qu'ils étaient entre le plaisir de leur statut reconnu et d'avoir un salaire, et la souffrance de se voir dédaignés et d'être des jouets entre les mains des Blancs. En Belgique même, les tenants de l'opinion libérale et les socialistes du monde ouvrier ne témoignaient pas baeucoup de sympathie pour les aspirations des Noirs. Le préjugé racial était si fort au Congo qu'il causa un ressentiment qui amena dans les années 1950 à la radicalisation de la politique coloniale. Cette virulence fut l'un des facteurs qui rendirent si aigus les conflits de la décolonisation au Congo en 1960.division de la société coloniale sur le plan ethnique, était le signe avant-coureur de confrontations plus violentes à la période coloniale. Les identités ethniques de la période coloniale étaient néanmoins différentes de celles du passé. Elles étaient toujours liées à la condition de la situation coloniale, à la différence des vieux sentiments ethniques précédents qui ignoraient les divisions coloniales. A Elisabethville, les premières associations urbaines furent des associations villageoises. L'ensemble territoriale de Lubumbashi était formé de deux associations régionales qui se qualifiaient elles-mêmes de Belges, par exemple les Belges de Baluba et les Belges de Kabinda.

Les Bemba du Congo et ceux de Rhodésie septentrionale développèrent des identités séparées, tels les Lunda du Congo et ceux de l'Angola. Dans chaque cas, néanmoins, une identité ethnique apparut, indiquant quelques aspects de la conscience existante, mais ni totalement basée sur la classe ni totalement basée sur la culture, de par le caractère de chacun. A l'intérieur des territoires fixés par les frontières coloniales, de nouveaux systèmes d'occupation des terres et des nouvelles divisions de travail se développèrent, augmentant les sentiments d'identité ethnique. Les Luba du Kasaï en vinrent à se voir associés à des fonctions dans les chemins de fer et dans les industries du Katanga.
Dans .l'histoire sociale du Congo, la solidarité entre frères de races était généralement plus forte que la solidarité de classes. Peu à peu, l'autorité coloniale commença à prendre conscience des problèmes et encouragea les divisions existantes. L'union minière basa l'organisation des camps sur le mélange des origines ethniques. La compagnie voulait créer une nouvelle tribu d'ouvriers, les Tshanga Tshanga, avec l'idée de mélanger des gens d'origine différente.
L'armée, elle aussi, mélangeait les recrues de différentes régions. Cela amena des mutineries (en 1944, dans des camps militaires d'Elisabethville...). La panique qui se fit jour alors dans l'administration fit apparaître la vulnérabilité du géant colonial. Celui-ci avait réduit à rien le pouvoir dominant des chefs et la puissance de cohésion des ethnies mais cela apparut, temporairement au début, chaque fois que la société coloniale empêchait les plus profondes aspirations de se donner libre cours.

ASSIMILATION ET SEGREGATION EN ANGOLA :

Le système colonial de l'Afrique portugaise se transforma pratiquement en un ensemble marqué par la ségrégation sociale et la dissimulation raciale tout à la fois. Sous la vieille monarchie portugaise un nombre significatif de sujets noirs avaient reçu des postes d'influences et de responsabilité dans les colonies. Il n'y avait qu'un nombre insuffusant d'immigrants blancs pour assurer les tâches démocratiques, pour diriger et commander la milice et gérer les entreprises commerciales. Une importante communauté créole se développa, sa culture mélait les coutumes africaines avec le style de vie des colonisateurs. Après l'établissement de la république en 1910, un nombre important de petits fonctionnaires blancs et des commerçants également blancs vinrent se fixer aux colonies avec l'espoir d'y trouver des possibilités qui leur avaient été refusées en Europe; cela priva de leurs postes de travail et des opportunités d'affaires les noirs et les créoles métissés. La pratique de la discrimination raciale ne fut pas exclusivement observée, ni rendue légale, selon les habitudes dans l'Afrique belge et dans l'Afrique britannique et, théoriquement, la loi permit aux Africains assimilés d'acquérir le statut politique que l'on accordait automatiquement à toute personne blanche. Les Blancs, cependant, n'avaient pas besoin d'être instruits pour se voir reconnus en tant que «civilisés», mais pour les Noirs, pour être exemptés des réglements restrictifs du code indigène, il fallait porter des costumes européens, parler et écrire le portugais de la métropole et aussi accepter les pratiques religieuses catholiques. Une fois reconnus officiellement, ils pouvaient demander la qualité officielle de citoyens assimilés.
Un seul groupe était prisonnier de ce type complexe de législation raciale et sociale, il s'agissait de cette population de race mêlée dont les pères étaient blancs, alors que leurs mres étaient de race noire, et qui ne pouvaient pas prétendre automatiquement au statut de civilisés.

Vers la fin de la période coloniale, seulement 2% des Angolais avaient acquis le statut d'assimilés et ils étaient surpassés dans la proportion de 2 ou 3 contre 1 par les Blancs nouvellement arrivés à la colonie qui se montraient particulièrement violents dans leur prétention é être considérés comme supérieurs à cause de leur qualité de blancs. Les assimilés se rendirent compte que sous le système dictatorial de Salazar (1925), ils ne pouvaient pas participer automatiquement à la vie politique; cela était réservé aux échelons les plus élevés des citoyens privilégiés qui avaient témoigné au dictateur une loyauté absolue.
La pire oppression raciale qui se manifestait pour ceux qui n'avaient pas le statut de citoyens fut le travail forçé (Salazar continua à l'imposer). On estimait que, en 1960, quand les autres puissances coloniales avaient, depuis longtemps, abandonné la levée obligatoire de travailleurs et étaient sur le point d'accorder l'indépendance politqiue à leurs sujets coloniaux, le travail forçé continuait à être l'épine dorsale de l'économie coloniale en Angola. Sur 5 millions d'habitants, 1 200 000 étaient considérés comme des individus physiquement capables par leur âge au travail et 475 000 d'entre eux étaient arrachés à leur propre environnement et forcés à travailler dans le secteur colonial, propriété des Blancs.
Parmi les hommes, presque la moitié d'entre eux étaient des travailleurs obligatoires, recrutés d'office et qui travaillaient 12 mois d'affilée en échange d'un salaire de subsistance qui ne leur permettaient pas de supporter le coût de l'existence des gens qui dépendaient d'eux. Le système exerçait une pression négative sur les salaires, car les hommes s'engageaient à travailler pour une paie minimale, préférant cette option au risque d'être pris de force comme travailleur obligatoire. Cela amena beaucoup d'hommes, sans doute plus de 200 000, à s'enfuir au delà des frontières pour aller travailler en Afrique anglaise, française et essentiellement belge. Ceux qui cherchaient à échapper au système essayaient aussi de trouver du travail dans les grandes villes; mais un système de surveillance autorisait la police à faire des descentes dans les quartiers misérables pour ramener les campagnards dans leurs villages d'origine. Le contrôle intérieur qui s'opéra dans les villes empêcha non seulement la formation d'un prolétariat urbain, mais aussi donna leur chance aux immigrants blancs analphabètes et au chômage, venus du Portugal.

Les chances que les immigrants blancs saisirent dès leur arrivée en Afrique causèrent le renvoi des immigrants noirs ruraux de leur place de travail dans l'économie urbaine. Même l'ancienne activité de la pêche africaine connut la concurrence des blancs qui s'empara du marché lucratif du poisson.
Quand en Angola, la population blanche reprit le petit commerce, fut crée une classe à part qui se différenciait non seulement de celle qu'on trouvait dans les colonies belges ou anglaises, mais qui était différente de la structure commerciale que l'on observait dans les colonies portugaises.
En Guinée-Bissau par exemple, les Créoles du Cap-Vert vinrent s'installer sur le terriroire comme commerçants et au Mozambique, des Indiens occupèrent les places commerciales d'où les Africains locaux avaient été chassé. En Angola, le manque de qualification des Africains dans le secteur privé autant que l'absence de qualification dans le secteur public permit cette concurrence. Tandis que les habitants «évolués» au Congo occupaient des emplois dans les administrations, le contraire se produisit en Angola où les immigrants devenaient des guichetiers et des comptables de niveau inférieur. On sait ce que cela produisit lors de l'indépendance : un manque critique de personnel qualifié.
Dans la province de Luanda, les Africains étaient employés en grande proportion dans les emplois domestiques, dans l'industrie de la construction avec seulement une petite proportion d'artisans oeuvrant dans les zones pauvres qui entouraient la ville. Le salaire de la main d'eouvre féminine était plus bas que celui des hommes. Même les familles ayant deux salaires s'acharnaient à atteindre un niveau minimum de subsistance; la qualité des logements était catastrophique.

La possibilité de s'échapper par une promotion sociale fut constamment contrecarré par un manque de connaissances.
L'un des traits caractéristiques de la colonisation portugaise était l'orgueilleuse certitude affichée par les colons, persuadés qu'ils avaient vu se développer un classe sociale lusotropicale qui entremêlait les racines africaines avec la culture portugaise. Le concept, importé par les sociétés multiraciales du Brésil, essayait de justifier la continuation de la domination étrangère en niant l'accusation de racisme qui était reproché aux Portugais. Cette propagande n'eut aucune chance de succès.. Les colonies portugaises allaient progressivement ressembler à l'Afrique du sud par leur composition raciale plutôt que de prendre l'aspect des nouvelles sociétés qui se développaient en Afrique française et britannique. Les préjugés raciaux qui étaient apparus pendant le 20ème siècle s'intensifièrent dans les années 1950. Des femmes blanches commençèrent d'arriver dans les colonies en plus grand nombre, et chassèrent les concubines noires qui étaient habituellement recherchées par les hommes. Elles tournèrent leur colère contre les enfants illégitimes d'unions passagères et aucune propagande gouvernementale ne put vaincre la réalité de cet intense racisme. ce racisme rendit le déclenchement de la révolution angolaise extrêmement violent et fut à l'origine du fait que tellement de sang fut versé.

LE MOZAMBIQUE ET LA DIMENSION ASIATIQUE DU COLONIALISME

La colonie du Mozambique dans l'Afrique orientale, comme les colonies britanniques de la bordure maritime de l'Océan Indien, devait une partie de son expérience coloniale à l'immigration venue d'Asie. Cette immigration était fondée sur 1000 ans de commerce avec la Chine et l'Inde, et sur l'utilisation d'Indiens christiannisés venus de Goa pour constituer des territoires, que les Portugais développèrent au Zambèze à partir du 16ème siècle, quand ils remplacèrent progressivement les musulmans, de langue swahili, originaire du Mozambique central. La présence asiatique se développa encore avec les invasions militaires de la fin du 19ème siècle, quand les armées portugaises d'Europe, renforcées par les cipayes indiens, firent la conquête des voieux établissements créoles de la vallée. Les immigrants asiatiques devienrent un élément important dans la compexité sociale de ce pays, ce qui le distingue fondamentalement de l'Angola.
En Angola, les vieux créoles noirs et de langue portugaises, avaient été initialement choisis comme membres de la colonie et s'étaient vu attribuer des responsabilités dans l'adiminsitration des territoires conquis. Au Mozambique, les créoles des vieux Etats primitifs le long du Zambèze furent éliminés et, à leur place, une classe moyenne coloniale de fonctionnaires indiens et de policiers fut amenée dans le territoire.
Plus significatif encore, la communauté indienne fournit une classe de commerçants en Afrique orientale pourtugaise comme cela se produisit plus au nord, à Zanzibar, ainsi que dans les territoires voisins de l'Afrique orientale britannique et allemand.
Bien que les Asiatiques aient joui de certains privilèges et de possibilités économiques différents de celle des Mozambicains indigènes et noirs, ils subissaient la pression continue de groupes grandissants d'immigrants blancs. Le gouvernement n'était pas en mesure de leur fournir des emplois, ils étaient désireux de gagner leur vie dans le secteur commercial.

L'une des conséquences de la croissance d'une classe moyenne qui se distinguait de la majorité de la population noire et des colons blancs privilégiés fut la lenteur de l'évolution politique caractéristique du Mozambique.
Au Mozambique, la communauté asiatique n'était pas aussi bien intégrée dans la vie politique, bien que certains asiatiques aient rejoint les partis politiques et y jouassent des rôles prépondérants durant les dernières années de la période coloniale et au début de l'indépendance. La division raciale des cadres instruits était un facteur qui enpêchait le développement politique. Les Mozambicains, qui régulièrement quittaient le pays, n'étaient pas en mesure de jouer un rôle actif dans le développement de la communauté et, pendant une grande partie de la période coloniale, environ un quart de million de gens physiquement aptes allèrent travailler en Afrique du Sud. Aussi la société rurale était-elle dominée par des femmes, des enfants et des migrants en retraite. Les Mozambicains qui allaient vers les villes, à la recherche de meilleures chances, étaient en nombre limité comme en Angola par les conditions préférentielles données aux immigrants blancs. La préférence raciale eut des conséquences lointaines et la société urbaine ne put évoluer selon des lois marquées par des questions de classes mais selon des délimitations ethniques. Les quelques Mozambicains qui n'arrivaient pas à obtenir un statut supérieur devinrent les porte-parole de leurs frères de race plutôt que de leurs semblables des classes moyennes. Le premier chef distinct parmi les Africains fut le journaliste Joao Albasini. Sa presse raillait les prétentions des privilégiés blancs parmi les immigrants et il cherchait à développer le concept d'un nationalisme intégré pour le Mozambique.

De 1930 jusqu'aux années 1970, le Portugal fut en fait un Etat policier et ses colonies souffrirent de la double oppression de réglements étrangers et de moeurs politiques dictatoriales soutenues par la police de sureté qui muselait la liberté de parole que la presse d'Albasini avait essayé d'établir. C'est seulement dans les années 1950-1960 que quelques écrits coloniaux commençèrent d'être publiés et diffusés. De courts récits révélèrent ce que certains ressentaient quand leurs chefs vendaient leurs âmes au recruteur de travailleurs; ils parlaient de l'intense douleur physique du travail, qui augmentait encore à l'heure la plus chaude, quand ils sarclaient les champs de canne à sucre; ils déploraient les horreurs du harcèlement sexuel quand les familles étaient incapables de protéger leurs filles des attentions abusives des régisseurs de ferme.
Les années 1950 virent les confrontations raciales s'aggraver au Mozambique. Des travailleurs portugais presque illetrés trouvèrent fermés les portes de leur eldorado américain; aussi le gouvernement de Salazar les encouragea à s'embarquer pour l'Afrique. Les premiers arrivés défièrent la communauté indienne et les chassèrent des lieux ou ils avaient trouvé le sucre, mais plus tard, de nouveaux arrivants durent chercher d'autres débouchés dans ce qui avait été traditionnellement les lieux africains des marchés de l'emploi. Comme la population blanche s'élevait à plus de 100 000, les immigrants commençèrent à s'emparer des professions tenues par les Noirs comme les employés de maison, les boulangers, les conducteurs d'autobus...
Cette confrontation urbaine ne fut pas celle qui finalement servit d'étincelle à la rebellion armée qui devait déclencher la guerre coloniale au Mozambique. Cette confrontation se déroula parmi les travailleurs agricoles qui n'avaient pas été payés de leur travail dans les champs de coton.

HERITAGE DU COLONIALISME BELGE ET PORTUGAIS EN AFRIQUE :

- imposition de la langue du colonisateur
- en termes économiques, la plus grande transformation fut l'introduction d'une monnaie d'abord uniquement coloniale et ensuite nationale dans chacune des trois colonies du Zaïre, d'Angola et au Mozambique. L'économie monétaire fut introduite pour faciliter l'introduction de main d'oeuvre nouvelle, l'exportation de nouvelles marchandises, l'augmentation des droits de douane, le développement des échanges commerciaux.
- les colonisateurs européens retirèrent d'Afrique des quantités considérables de minéraux bruts, mais ils n'investirent pas une partie significative de ces produits qui auraient pu transformer les colonies en partenaires commerciaux véritables, qui auraient ajouté de la valeur à ce qu'ils produisaient et ainsi leur donner la richesse nécessaire à l'achat de produits plus sophistiqués de l'industrie européenne. Après la décolonisation, l'attention de la Belgique et du Portugal se détourna de l'Afrique vers d'autres marchés.

La Grande-Bretagne et la France possédaient chacune 36% du territoire de l’Afrique, 47% de la population étaient sujets britanniques, 27% sujets français : l’Afrique était donc un continent anglais et français. Les possessions britanniques d’Afrique occidentale étaient bien mieux loties, économiquement parlant. Les 4 colonies britanniques fournissaient la moitié de la production mondiale de cacao, de coton et de minéraux. Les colonies françaises furent longtemps déficitaires : elles n’avaient pratiquement aucune autonomie financière (décisions financières prises à Paris).

LE MYTHE DE L'ASSIMILATION : L'AFRIQUE FRANCAISE :

Cette phrase résume bien la réalité de la situation coloniale française : « beaucoup d’assujetissement, très peu d’autonomie, un soupçon d’assimilation ». Il n’y eut pas francisation de l’AOF, simplement suppression des structures politiques proprement africaines pour y substituer structures coloniales et enseignement colonial.
Convaincus de la supériorité de la civilisation occidentale et de la portée universelle de la culture française, les coloniaux lançèrent dès le XIXème siècle l'idée confuse d'un empire qui, sous la paix française, viseraient à transcender la contradiction entre démocratie et colonisation par la transformation de quelques cent millions de sujets en autant de citoyens aux valeurs et aux droits métropolitains.
En Afrique, le seul essai d'assimilation fut ébauché dans les 4 communes libres du Sénégal qui élisaient un député à l'Assemblée française depuis 1848, furent dotées d'institutions municipales à l'instar de celles de la France et dont les habitants reçurent la faculté d'acquérir la nationalité française à condition de se soumettre à ses lois. Cette mesure fut aussi mal accueillie par les colons menacés dans leurs prérogatives que par les Africains, qui récusaient le postulat implicite de leur infériorité culturelle et raciale. Jusqu'en 1946, toutes les luttes politiques de l'Afrique française furent grevées par ce problème de la citoyenneté revendiquée par le reste des Africains au grand dam de l'administration.
Celle-ci avait substitué à la thèse de l'assimilation, celle de l'association, qui n'était pas sans présenter des analogies avec l'Indirect Rule. En fait, la doctrine coloniale continua d'être profondément imprégnée de la tendance assimilatrice et centralisatrice de l'administration directe. Il s'agissait d'une centralisation fédérale, imposée pour servir les intérêts français et seulement indirectement ceux des différents territoires.
Si l'idéal était de supprimer les grands chefs en faveur de fonctionnaires français et de réduire la portée de leur autorité au niveau du village, les faits restèrent cependant plus nuancés. L'administration commença par se servir du pouvoir traditionnel chaque fois que les structures locales s'y prétaient : le roi Agoliagbo du Dahomey fut conservé jusqu'en 1900; l'empire Mossi, d'abord morcelé, fut finalement replacé sous l'autorité du Moro Naba utilisé comme cheval de bataille contre le radicalisme d'Houphouët-Boigny (1947).

Cette politique fut particulièrement sensible en milieu musulman, car on pensait depuis Faidherbe, que l'islam représentait un jalon utilisable entre le barbarisme et la culture française. Les Français craignaient cependant le «panislamisme» mais utilisaient volontiers les musulmans (en tant qu'intermédiaires, interprètes...), qui présentaient l'avantage d'être letrés et dont la loi écrite paraissait plus accessible que les coutumes locales.
Le meilleur exemple de cet Indirect Rule «à la française» est l'essor de la secte Mouride au Sénégal, fondée par le cheikh Amadou Bamba (1850-1927). Cette secte fut d'abord combattu par les Français qui exilèrent Bamba de 1895 à 1907. A sa mort, il comptait 100 000 fidèles : ses successeurs organisèrent autour de Diourbel et de Touba un véritable Etat centralisé fondé sur la production arachidière, dont ils garantirent la survie par un loyalisme à toute épreuve qui leur assurait la protection de l'administration. Celle-ci passa désormais par l'autorité quasi-féodale des marabouts pour transmettre ses directives.

L'intervention coloniale avait transformé la notion de pouvoir. Ce fut encore plus net en pays animiste où, après avoir dans un premier temps travaillé à éliminer les chefs récalcitrants, l'administration songea à pallier la pénurie de ses effectifs en s'attachant leur concours, sans pour autant renoncer au gouvernement direct incarné, depuis 1910, par le Code de l'Indigénat, qui permettait à l'administateur de statuer seul sur les délits mineurs (jusqu'à 15 jours de prison).
Ces nouveaux chefs administratifs de canton ou de village différaient totalement des chefs de naguère. Choisis, en principe, en fonction de leur rang, mais surtout de leur docilité, et transformés en petits fonctionnaires mal payés, ils devaient se contenter d'assurer la transmission entre le commandant de cercle et les populations dont ils exigeaient des contributions jusqu'alors inconcevables. Méprisés et haïs par les villageois, ils furent parfois doubler par l'héritier véritable et clandestin de la tradition, là où le niveau de désagrégation de la société le permettait encore. Ils entrèrent en conflit, après la guerre, avec la nouvelle génération de l'élite instruite qui réclama leur suppression au profit de réelles réformes institutionnelles et politiques. Le chef devait donc percevoir des impôts mais il devait les reverser entièrement à l’administration; il vivait d’un salaire qu’on lui supprimait au moindre manquement : il était donc un simple exécutant de l’administration française. Il n’était pas rare qu’il soit dépourvu de toute légitimité traditionnelle. Après la fin de la domination française, la position des chefs s’effondra contrairement à ce qui se passa du coté britannique.
Pour mieux comprendre ce que représentait les chefs traditionnels pour les autorités françaises, citons la circulaire de 1917 du gouverneur général Van Vollenhoven : « Les chefs n’ont aucun pouvoir propre, d’aucune espèce car il n’y a pas deux autorités dans le cercle, l’autorité française et l’autorité indigène; il n’y en a qu’une. Le chef indigène n’est qu’un instrument, un auxilliaire. Le recours à la chefferie ne s’inspire pas de l’intérêt des chefs. Ceux-ci ne sont pas d’anciens souverains dont nous voulons ménager les trônes; les trônes ou bien n’existaient pas ou bien ont été renversé par nous et ne seront pas relevés. Ces raisons s’inspirent uniquement de l’intérêt des populations soumises à notre autorité. Entre nous et ces populations,il doit y avoir un truchement; c’est le chef qui est ce truchement ». Ou encore citons ce rapport de l’inspecteur des colonies Maret en 1930 : « Il n’est pas le continuateur de l’ancien roitelet indigène...même quand il y a identité de personne, il n’y a plus rien de commun entre l’état de choses ancien et le nouveau. Le chef de canton, fut-il le descendant du roi avec lequel nous avons traité, ne détient aucun pouvoir propre ».
Les principaux états africains, royaume de Ségou, de Sikasso, Etat de Samory, ont été militairement détruits au tournant du siècle. Seul subsistait la royauté mossi, réduit à un rôle purement rituel.

L'ORGANISATION FRANCAISE DANS LES COLONIES :

En 1902-1904, la capitale de l'AOF (Afrique occidentale française) fut Dakar. Sous les ordres du Gouverneur Général, pouvant seul correspondre avec le Ministre des Colonies, se trouvaient plaçés les lieutenants-gouverneurs (plus tard gouverneurs) des 5 colonies : Sénégal, Guinée, Côte d'Ivoire, Dahomey, et un vaste ensemble appelé d'abors Sénégambie et Niger, puis Haut-Sénégal et Niger, d'où se détachèrent deux colonies nouvelles : en 1911 le Niger, en 1918 la Haute-Volta. Le Togo, acquis comme mandat en 1919, fut tantôt réuni à l'AOF, tantôt autonome. La Mauritanie, territoire en 1903, devint colonie en 1920. Les budgets locaux étaient alimentés par des impôts directs.
Chaque colonie était divisée en cercles, et ceux-ci en subdivisions, commandés les uns et les autres par des administrateurs des colonies, dotés de tous les pouvoirs et de toutes les responsabilités (adminsitration, police, développement économique...). Au début, ces administrateurs sont souvent des anciens officiers puis, de plus en plus, des élèves de l'Ecole Coloniale, voués à l'Afrique.

Sous leurs ordres sont plaçés les chefs indigènes, chefs de villages, de cantons, parfois coiffés de chefs supérieurs (l'empereur du Mossi..). On a généralement respecté les institutions antérieures, mais elles perdent progressivement leur caractère sacré en devenant des rouages administratifs. Le Français utilise les hiérarchies, mais sans les consolider. On aboutit le plus souvent à l'administration directe, soit que les chefs soient devenus simples agents de transmission, soit que l'on est à faire à des anarchies où l'administrateur doit être en contact avec les villages.
L'assimilation n'a triomphé que pendant de courtes périodes; en Afrique occidentale, seuls étaient dans ce cas les comptoirs de Saint-Louis et de Gorée;plus tard, ce privilège fut étendu à Dakar et Rufisque. Ces «4 communes» élurent un député, un conseil général et des conseils municipaux, tout en conservant leur statut civil antérieur. Le mot d'association avait remplacé celui d'assimilation : cela voilait mal un simple conservatisme. A part d'infime exception des 4 communes, tous les indigènes de l'AOF étaient sujets français, sans droits politiques. Les citoyens français, en dehors des 4 communes, n'en avaient guère plus, car il n'existait ni représentants au Parlement, ni assemblées locales. La législation résultait de décrets préparés par le ministre, ou d'arretés des gouverneurs.

Auprès de ceux-ci, des conseils de gouvernement, composés de hauts fonctionnaires et de quelques membres nommés (dont un ou deux africains) n'avait qu'un rôle consultatif effacé pour certains actes administratifs. Les africains ont été en outre soumis au Code de la l'indigénat (punition administrative dans certains cas, surtout le non-paiement de l'impôt), à une justice indigène, présidée par l'administrateur, aux prestations (impôt de travail pour les routes), et, dans certaines régions, à des réquisitions de main-d'oeuvre donnant lieu à des abus. L'impôt s'appliquait à tous, mais pour certains peuples, surtout dans les anarchies, cette rémunération durement ressentie provoqua bien des révoltes avant que l'habitude en fût prise.

Le système était donc, dans son ensemble, essentiellement administratif et autoritaire. Aucune évolution doctrinale ne se dessinait chez les gouvernants. Mais en pratique, le tempérament français assimilateur jouait dans différents domaines : l'école en français, service militaire, africains fonctionnarisés, développement des villes, autant de nouveautés poussant au dégagement des cadres traditionnels et à une certaine francisation. Les partis de gauche en France avaient conservé vaguement l'idéal d'ouvrir aux noirs la citoyenneté française ; en fait, aucune réalisation importante n'alla dans ce sens. Ainsi l'assimilation n'a pas été sérieusement tenté; le mot d'ordre lancé par Mangin en 1918 : "la France de 100 millions d'habitants" n'est qu'une illusion patriotique. Les Français n'ont pas tenté ce que les romains avaient réussi en Gaule ; ils ont eu moins de temps certes mais aussi moins de volonté et d'intérêt suivi. Les colonies, possessions flattant l'orgueil national mais lointaines et abandonnées aux spécialistes, été laissées à peu près sans crédits et sans conceptions d'avenir.

L'ORGANISATION BRITANNIQUE DANS LES COLONIES

L'Angleterre n'a pas, comme la France, une revanche militaire à prendre ; la gloire des armes a moins de place dans sa colonisation que le commerce. Autour des comptoirs bien placé : Zambie, Freetown, La Côte de l'Or, les bouches du Niger, les Anglais ont rassemblé des colonies plus ou moins vastes, mais généralement peuplées, et bien arrosées. Les communications se développeront suivant les axes du commerce. Les dépenses administratives seront réduites au minimum par l'utilisation des chefs. Peu de souci d'urbanisme ; l'enseignement est laissé aux missions ou marabouts. Aucune idée d'assimilation possible. De plus, on retrouve trois traits permanents de la politique britannique : 1) l'empirisme : l'anglais se méfie des grandes constructions a priori ; il n'avance que pas à pas, suivant les circonstances et les besoins. 2) le conservatisme, avec le goût des institutions traditionnelles : la cavalerie, les monarchies brillantes, les formes médiévales. 3) le libéralisme : ne pas gêner le développement naturel, tout au plus le contrôler et l'orienter ; respecter les autonomies locales. Tout cela est valable au Royaume-Uni comme en Afrique.
De là le respect des chefs, de leur prestige religieux, de leurs cadres ; de là les faibles effectifs de l'administration britannique et la décentralisation des pouvoirs. La législation est faite par ordonnance des gouverneurs, appuyé par des Conseils Exécutif et Législatif, composés de hauts fonctionnaires avec des membres nommés (européens, chefs, puis quelques élu).

La pratique du gouvernement indirect (Indirect Rule) est inspiré de l'Inde où il a servi et de l'Ouganda ou il a restauré des royaumes, et aussi de la modicité des budgets dans des pays encore sans économie monétaire : il faut maintenir les chefs pour assurer l'ordre a peu à peu de frais et abolir seulement les coutumes oppressives (esclavage) ; dans un deuxième stade, il faut associer les chefs au gouverneur, dont ils seront les délégués, c'est-à-dire non plus des tyrans archaïques, mais des autorités indigènes, pilier de l'ordre nouveau et du progrès. Ils sont dotés de tribunaux, de budgets, de services techniques ; leur prestige, sous un contrôle et des conseils britanniques discrets, doit être soigneusement maintenu.
Les Britanniques mettaient en place un chef autochtone en qualité d’autorité exerçant le droit traditionnel, autorisé à rendre la justice et à percevoir des impôts qu’il partageait avec l’administration, ce qui lui permettait tout à fait, s’il n’était pas suffisamment surveillé, de s’enrichir et de se créer une clientèle personnelle.
Lugard a développé sa doctrine dans un livre "Dual Mandate in British Tropical Africa" en 1922 et l'a appliqué à tout le Nigeria (1900-1906); il écrit : " l'effort doit être d'empêcher la dénationalisation, de développer le pays suivant les lignes indigènes". L'Europe, conclue t'il, a en Afrique un double mandat : la développer à son bénéfice, et assurer le progrès des Africains.
Le lugardisme triompha dans le Nigeria du Nord où les émirs peuls devinrent ses associés convaincus. Le "Dual Mandate" inspira la politique coloniale britannique un peu partout.
Dans le sud-ouest du Nigeria, régi par des chefferies tempérées de la démocratie, et surtout dans le sud-est, pays d'anarchies vigoureuses, l'application forcée de la doctrine de Lugard entraîna des troubles. La difficulté se révela plus encore avec les évolués (educated) formés dans les Universités anglaises ou américaines, les commerçants, les riches planteurs. Ces nouvelles couches, surtout dans les villes, réclamaient la participation aux affaires; ces couches sociales n'étaient pas appréciées par Lugard.

LE GOUVERNEMENT DE L'AFRIQUE BRITANNIQUE EN 1914

Il y avait deux grands empires européens en Afrique au début du XXème siècle, l'empire britannique et l'empire français. Les Français se référaient aux grands penseurs du XVIIIème siècle, qui croyaient que, comme on venait de découvrir les lois régissant le monde naturel, on pouvait, par la seule raison, découvrir les lois qui règlent les sociétés humaines. Les Français n'hésitaient pas à croire que le meilleur service qu'ils pouvaient rendre au reste de l'humanité serait de répandre ces idées à travers leur empire, ce qu'ils appelaient leur mission civilisatrice. L'idée assurait que le Sénégalais ou le Polynésien pouvait absorber les idées intellectuelles des Lumières aussi bien que n'importe quel Européen et qu'à la fin, ils assimileraient la culture française, envoyant même des députés les représenter à Paris.

Les Britanniques, au contraire, se tournaient vers la tradition d'Edmund Burke, le grand critique de la Révolution Française. Burke ne croyait pas qu'on puisse recréer une société selon des lois scientifiques. La Société était un organisme vivant, qui unissait le passé à l'avenir. L'idée permanente de toutes ses interventions était son respect de la tradition, sa croyance que chaque société contient la forme de gouvernement qui lui convient le mieux. La marque initiale du gouvernement britannique en Afrique tropicale ne devait pas être l'assimilation mais le gouvernement indirecte. Les idées de Burke étaient en accord avec celles de la loi commune anglaise. Cette loi unit l'Empire, non seulement les colonies de peuplement, mais, même ces régions où les principes du gouvernement indirect ont permis aux populations indigènes de conserver leur propre droit coutumier pour les usages quotidiens. La garantie d'un gouvernement responsable était le signe de la rpéférence britannique pour la manière de gouverner l'empire. Là où le système français tendait vers la centralisation, l'objectif britannique était de l'accorder aussi largement que possible à ses différents composants. Mais jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, cela signifia inévitablement un transfert de responsabilité à des Blancs qui gouvernaient le pays.

Les intérêts africains devaient donc avoir la priorité : la position des britanniques étaient celle de curateur (trustees). Idéalement, la relation devrait être mutuellement bénéfique comme l'avait exposé Lugard, dans son Dual Mandate, un livre largement répandu. Les Européens avaient accès aux ressources de l'Afrique pour le bénéfice de toute l'humanité..!! En retour, ils introduiraient les Africains, qui avaient été si malheureusement retardés par les circonstances historiques ou pour d'autres raisons, aux bénéfices de la civilisation moderne, de l'instruction, de la médecine et de la prospérité économique. Malheureusement, la réalité était plus compliquée : les territoires avaient été acquis au milieu des circonstances confuses du scramble (jeu). En fait, la grande majotité de l'Afrique anglaise fut toujours sériusement sous-capitalisée. Les capitalistes britanniques furent lents à y investir. Les avantages économiques ou autres, de nombreuses régions, n'éatient pas apparus immédiatement; ils demandaient en outre beaucoup d'investissements, et le projet d'une infrastructure convenable avant qu'elle ne puisse devenir profitable.

La Grande-Bretagne n'avait jamais demandé un tribut au sens d'une subvention directe de ses colonies, mais aussi les contribuables britanniques n'eussent jamais accepté d'avoir à soutenir les colonies. Des aides modestes avaient été nécessaires pour installer les gouvernements coloniaux et, en vérité, elles furent bien modestes : 10 000 livres par an pour créer l'administration au Nyasaland, 50 000 en Ouganda.Bientôt il fut établi que les colonies devaient se financer elles-mêmes. Cela signifiait donc l'impôt. Dans le but de payer des impôts, les Africains durent, soit développer les cultures spéculatives qu'ils pouvaient vendre, ou alors accepter un travail salarié. Les cultures spéculatives signifiaient exportation, et la demande de salaires signifiait une fourniture de travail pour les infrastructures nécessaires, les routes, les chemins de fer et les ports. Au début de la période coloniale, ces travaux furent des travaux forcés, fourni au lieu des impôts, bien que les Anglais n'aient jamais fait un usage général de ce système comme les Allemands par exemple. Ce n'est qu'en 1929 que le gouvernement britannique accepta la responsabilité dE fournir des fonds pour développer les colonies, fourniture distinctes des dispositions pour faciliter les emprunts, rendus possibles depuis 1899. Vers 1938, 4 millions de livres sterling seulement avaient été allouées aux colonies britanniques d'Afrique.
L'idéal était le trusteeship, exercé le plus souvent par l'administration directe. A part d'économiser la puissance des forces britanniques, ils signifiait d'éviter tout impact étranger sur la manière africaine de vivre.
De toutes les manières, les Anglais ne perdaient jamais de vue le fait que, bien que ne doutant pas de pouvoir apporter un bon gouvernement à l'Afrique, leur but premier était le commerce et que de bonnes relations commerciales pouvaient être développes avec les partenaires africains, sans détruire totalement les régimes politiques africains. Néanmoins, la présence coloniale ne pouvait agir autrement qu'en dérangeant la société africaine et en provoquant résistance et défi.

CONSERVATISME ET AUTORITARISME :

Les parties jouées entre les puissances européennes signifiaient que les lignes frontières avaient été traçées dans les chancelleries en Europe; très souvent, par méfiance, on avait traçé des lignes droites qui correspondaient peu aux réalités sur le terrain. Elles tranchaient les axes de communication et des unités économiques naturelles; elles coupaient des tribus et des groupes ethniques entre des juridictions de puissances européennes différentes; elles recollaient ensemble des tribus qui avaient peu de choses en commun et même pouvaient être d'anciennes ennemies.
Dans l'ensemble, là où les systèmes politiques traditionnels étaient dispersés à l'extrême, ou bien depuis longtemps déja imprégnés d'occidentalisme (pays Yoruba et Fanti), l'Indirect Rule, pratiquée par les Anglais, fut un échec. Les populations réfutèrent l'autorité des Warrants Chiefs (Nigeria), Paramount Chiefs (Ghana) ou Official Headmen (Kenya) - étrangement analogues aux chefs de canton de l'administration française - investis par la puissance coloniale de pouvoirs que la coutume ne leur avait jamais reconnus. Les élites reprochèrent aux chefs traditionnels (Obas Yoruba ou chefs Akan du Ghana) d'incarner les intérêts de la fraction la plus inculte et la plus rétrograde de l'aristocratie, et à l'Indirect Rule de prôner le respect des coutumes dans le seul but de maintenir la barrière raciale.

Directe ou indirecte, respectueuse ou non des traditions locales, la domination coloniale dénatura partout et en profondeur les structures politiques. Les seules différences tangibles entre l'Indirect Rule et l'assimilation ne furent sans doute pour les Africains ni économiques, ni mêmes politiques mais culturelles : à l'impérialisme culturel français s'opposait le mor d'ordre britannique d'avoir à respecter l'intégrité des valeurs traditionnelles. C'est parce que les francophones se sentirent directement menacés dans leur être même («Faites que chaque enfant - recommandait-on aux instituteurs - soit un vrai français de langue, d'esprit, de vocation...»), qu'ils réagirent par un mouvement de nationalisme culturel né de la volonté d'opposer à l'universalisme français l'affirmation de leur identité à prétention également universelle : la négritude.

La clef de voute du système colonial fut l'administrateur de brousse que le paysan africain, ne s'y trompant pas, surnomma en territoire français le «commandant». Même dans les zones les plus attachés à l'Indirect Rule, comme au Nigeria, où celles où l'administrateur se désintéressait de la vie quotidienne en brousse, comme au Congo belge, le progrès de l'occupation et des techniques se traduisit par la multiplication des chefs blancs - administrateurs, agronomes, ingénieurs ou médecins. Car, à de rares exceptions près, jusqu'au lendemain de le seconde guerre mondiale nulle part les Africains ne furent admis, sauf exception, aux grades supérieurs du service colonial.
Même si l'on organisa une justice indigène chargée de tenir compte des lois coutumières (tribunaux indigènes au Kenya, tribunaux de chefferies et de territoire belges composés de juges africains....), l'administrateur, généralement président d'office, conserva le droit d'intervenir. Cette justice officielle imprégnée du Code européen ne s'inspirait que de très loin du droit coutumier, aussi bien par les cas qui lui étaient soumis que par la façon de les trancher. En outre, même en Nigeria du nord où les émirs jouirent de privilèges judiciaires exceptionnels, le président exerçait un contrôle indirect en confirmant les nominations et les sentences. Mais surtout, chargé de recenser la population imposable, de faire percevoir les tributs, de recruter les prestataires et d'assurer la production des biens d'exportation, l'administrateur exerçait une tâche redoutée. Le système engendra de multiples abus, surtout au début du siècle (mépris du Noir, châtiments corporels brutaux, exécutions sommaires...) dont certains firent scandale (campagne anti-congolaise, travail forcé en Angola...).
Il serait cependant injuste de faire de l'administration coloniale un bilan exclusivement négatif. Mais le fait est qu'avant guerre les populations rurales n'étaient guère en mesure d'en percevoir les éléments positifs. L'expansion agricole et monétaire des années 20 s'était écroulée à la crise. La misère était à son comble. Le Colonial Development Act britannique de 1929, première et timide tentative d'aide au développement, mais toujours orientée dans la perspective de l'intérêt métropolitain, se solda par un apport total outremer - trop restreint pour exercer une quelconque influence - de 6 millions et demi de livres dont près de la moitié en prêts, ce qui ne fit qu'aggraver les problèmes financiers des colonies en alourdissant le service de la dette.
En résumé, la seule note optimiste était offerte par l'oeuvre sanitaire et éducative.
Il faut savoir que le premier tiers du siècle s'était traduit par une série de catastrophes démographiques dont l'essor conïncida avec la mise en place du système colonial. La mobilité de la population favorisa les épidémies (grippe espagnole en 1919-1920, peste bovine, variole, fièvre jaune...). Jusqu'à l'entre guerre, l'administration fut à peu près impuissante. C'est à partir des années 30 que les premiers efforts sanitaires amorçèrent un démarrage démographique spectaculaire (efforts conséquents en Ouganda où le budget consacré à la santé passa entre 1919 et 1938 de 24% à 50%; efforts aussi en AOF et AEF où les hôpitaux avaient en 1938 examinés près de 4 millions d'individus). Le nombre de lits réservés aux Africains restaient cependant ridiculement faible, surtout en Afrique britannique où sévissait plus sévèrement la ségrégation médicale : environ 1 pour 4000 en Ouganda, 1 pour 12 000 au Nigeria...
Le personnel africain fut, comme dans tous les domaines, très rare : 186 médecins auxilliaires formés à Dakar, 14 au Nigeria, 8 en Gold Coast...!!

En ce qui concerne l'enseignement, on peut dire que jusqu'à la première guerre mondiale, celui-ci fut entièrement le fait des missionnaires, et le resta au XXème siècle dans les pays où dominaient une idéologie paternaliste (Congo belge) ou ségrégationniste (Afrique australe et orientale), préoccupé au premier chef d'inculquer les préceptes religieux et la vertu du travail, paraissait assurer le maintien des valeurs garantes de conservatisme et d'ordre social : en 1958, les missions belges déclaraient 5,4 millions de chrétiens (dont 80% de catholiques).
Si les musulmans furent, dans l'ensemble, réfractaires à l'évangélisation, de même que certains peuples animistes qui lui opposèrent un renouveau de leurs cultes ancestraux (tel le mouvement Bwiti au Gabon), d'autres en revanche, embrassèrent volontiers la nouvelle religion. Le cas des Ibo du Nigeria qui, peu sensibles, auparavant à l'effort missionnaire entrepris depuis 1857, répondirent au régime colonial par une conversion brutale et massive, est exemplaire : ce peuple réceptif aux innovations eût tôt fait de saisir le traitement préférentiel réservé aux villages chrétiens (exemptés de patrouilles ou de recrutement forcé). Ils optèrent donc pour les Pères catholiques : ils trouvaient dans les églises, moins un instrument d'évangélisation que l'assurance d'une formation à l'occidentale garante d'avantages sociaux à long terme.
Au Kenya, en revanche, où les missions incarnaient la suprématie blanche, Masaï et Kikuya s'unirent, en 1928-1933, pour résister au mouvement lancé par la CMS contre la clitoridectomie.

L'enseignement, dont le but avoué était la conquête intellectuelle et morale des peuples qui venaient d'être soumis par la force, visait seulement à doter d'un embryon d'instruction les auxilliaires de la colonisation et redoutait de semer dans les esprits des idées subversives.
En 1939, l'instruction restait le fait d'une infime minorité; l'Afrique occidentale britannique représentait un cas privilégié. Chaque territoire possédait plusieurs écoles secondaires et l'on comptait, dans la seule Afrique occidentale, trois établissements d'enseignement supérieur.
En raison de la séparation de l'église et de l'Etat, les écoles missionnaires jouèrent en territoire français un rôle beaucoup plus limité (5000 élèves en AOF et guère plus de 1000 en AEF, contre 20 000 pour la seule Gold Coast en 1920). En 1938, l'enseignement public comptait en AOF 70 000 enfants pour quelques 12 millions d'habitants et à peine 10 000 en AEF, pour 5 millions d'habitants. Il existait 8 écoles primaires supérieures et seulement 2 établissements secondaires, tous deux au Sénégal.
Le milieu coutumier continuait d'enseigner aux jeunes générations, par une initiation ponctuée de complexes rites de passage, le savoir des Anciens sur l'environnement villageois, les techniques agricoles, artisanales ou commerciales en usage et l'héritage culturel transmis par voie orale. Les pays musulmans ne connaissaient pas seulement les écoles coraniques (en AOF, 80 000 enfants en 1945) dont les occodentaux raillaient les procédés mémotechniques; des marabouts célèbres, émules d'Ousman dan Fodio, regroupaient des disciples venus de loin étudier les sciences traditionnelles de l'islam.

De ces effectifs extrêmement réduits se détacha une élite restreinte, profondément acculturée, gagnée au mode de vie et de penser européen. Inexistante dans les colonies portugaises et belges (6 africains seulement avaient des titres universitaires à l'indépendance), elle fut en Afrique française siffisamment réduite pour être, jusqu'à la seconde guerre mondiale, absorbée sans danger par le système colonial, tout en contribuant à répandre autour d'elle le culte du diplôme. En Afrique britannique, l'élite, admise dans les services techniques coloniaux, mais exclue du monde des affaires et légalement écartée des responsabilités administratives au profit des chefs coutumiers, ressentit durement sa frustration. Elle se réfugia alors dans les professions libérales (juristes, médecins, enseignants...), lança dès le XIXème siècleune presse dynamique et les premiers fervents du nationalisme surgirent (Blyden, Horton...).
Avant la seconde guerre mondiale, leur portée fut cependant moins importante que celle de la masse des salariés (instituteurs, artisans qualifiés...). Dans certains cas, ceux-ci représentaient la totalité de l'élite (Afrique centrale). Cette classe moyenne exerça une influence déterminante grâce à sa mobilité sociale et à son rôle d'intermédiaire entre le milieu européen, l'élite africaine et la paysannerie exaspérée par la misère.
Familiarisée avec la bureaucratie et l'économie moderne tout en gardant le contact avec la brousse, la classe moyenne fut à la base des premières organisations professionnelles qui fleurirent un peu partout entre 1920 et 1940 (comités exécutifs de notables en Afrique française, regroupements de mineurs ou d'agriculteurs en Afrique britannique...).
Il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’impôt sur les têtes et sur les cases recouvré par les fonctionnaires indigènes de l’époque coloniale. Il était parfois tellement élevé qu’il absorbait totalement ou du moins dans une proportion inquiétante les revenus des Africains. Lors de la crise économique mondiale, les recettes de l’impôt perçu sur les Blancs baissèrent de deux tiers, alors que celle de l’impôt perçu sur les Africains restèrent au même niveau, ce qui signifie que ce sont eux qui supportèrent le poids de la crise. En AOF, en 1940, la charge fiscale s’élevait toujours à 40%.

L’ECONOMIE COLONIALE

Initialement, en Afrique, l’essentiel était de disposer du facteur de production sol (il fallait tirer le plus vite possible profit des richesses naturelles en exploitant brutalement les indigènes et sans faire le moindre investissement dans le pays). Comme dans la plupart des cultures non européennes, la propriété du sol sans limitation, sur le modèle du droit romain, n’existait pas. Mais il n’existait pratiquement pas non plus de terres n’appartenant à personne, mais un système complexe où un grand nombre de groupes et d’individus pouvaient revendiquer la propriété. L’administration coloniale avait tendance à décréter propriété de l’état toute terre qui semblait ne pas avoir de propriétaire, et à la céder à des colons blancs ou à des sociétés d’investissement. Elle pouvait aussi instaurer la propriété privée du sol pour les Africains, ce qui signifiait alors enregistrement, imposition fiscale et autres désagréments, et se concluait souvent par la nécessité de vendre à des créanciers ou à des acheteurs blancs. Quelques exceptions se sont produites où l’on a respecté les traditions africaines en matière de propriété (exemple en Ouganda). Au Togo et au Cameroun, des conflits éclatèrent car les propriétaires de plantations s’arrogeaient les terres les plus fertiles. Mais il faut savoir que lorsque l’on conservait la propriété rurale africaine, ce n’était nullement pour en rester à une économie de subsistance, mais bien pour que les paysans africains cultivent des plantes commercialisables destinées au marché mondial. Face à cela, il y avait les entreprises des colons blancs et les plantations des sociétés d’investissement, qui pouvait être des fermes d’élevage ou se consacrer également aux cultures commerciales. Leur corollaire, c’est la politique d’expropriation, ou un procédé plus subtil, la création de terres réservées, qui ne laisse d’autre alternative aux autochtones que de travailler chez les Européens.
En 1913, le coton, la laine, le caoutchouc, le maïs, l’huile de palme, le cacao et l’arachide ne constituent que 20,2% des exportations africaines, en 1935, on passe à 25,14%, alors que 53,5% et 55,9% des recettes de l’exportation proviennent de l’or, des diamants et du cuivre. L’Afrique était donc une colonie minière.
La répartition des investissements reflétait la géographie de la production. Les investissements publics, presqu’aussi importants que ceux du secteur privé, ne pouvaient compenser le fait que l’on investissait pas là où l’insuffisance des capitaux freinait l’expansion, pourtant indispensable. Cela s’explique par le fait que durant la période coloniale, les investisseurs publics et privés avaient placé leur argent essentiellement dans le secteur d’exportation au sens large. Il s’en suivit un développement exclusivement orienté vers le commerce extérieur, c’est à dire répondant aux intérêts économiques de l’Europe et non pas de l’Afrique, en d’autres termes, un développement typique de l’économie coloniale. On le remarque aujourd’hui encore en regardant une carte consacrée au plus important des investissements publics, la construction de chemins de fer. On a construit tout un réseau de voies secondaires aboutissant dans les grands ports, et qui répondait non pas aux besoins du continent, mais à ceux de son exploitation par l’Europe.

Pour les budgets des Etats européens, l’Afrique a été sans exception une opération à perte, alors qu’au contraire, le secteur privé a réalisé d’énormes bénéfices, dont on ne sait par contre pas grand chose quant à leur volume et à leurs retombées économiques dans les différentes métropoles. Cela tient en particulier à la structure des firmes. Le commerce avec l’Afrique a vu commencer avant l’heure l’époque des multinationales. Exemple le groupe Unilever, spécialisé dans la margarine et le savon, qui opérait surtout en Afrique tropicale : firme anglaise à l’origine, il se transforma bientôt en multinationale et commença à pénétrer le marché des colonies françaises. L’importance de l’Afrique lui venait de son rôle de fournisseur de matières premières. Parmi les autres géants, citons la Compagnie française de l’Afrique occidentale et la Société commerciale de l’Ouest africain.

L’exploitation des colonies supposait la mise en valeur d’une solide infrastructure. Ce serait une erreur de penser que les métropoles firent de l’Afrique un domaine privilégié d’expansion. Elles se contentèrent d’assurer l’ouverture progressive du pays par des voies ferrées, des pistes et des ports, afin d’évacuer les ressources minérales ou, à défaut, les produits tropicaux fournis par des populations clairsemées, affaiblies par les endémies et désorientées par le bouleversement de leurs structures sociales.
Avant 1900, il est probable que le total des investissements étrangers en Afrique sud-saharienne n’excédait pas 275 millions de livres, pour leur quasi-totalité d’origine britannique et surtout détenus par l’Afrique du sud, qui assurait à elle seule 72,4% de la valeur totale des exportations du continent (le % de Blancs était le plus élevé d’Afrique).
De 1900 à 1913, le flux des capitaux doubla, toujours en faveur de l’Afrique du sud, à la suite notamment de l’effort de reconstruction consécutif à la guerre anglo-boer. Il continuait néanmoins de représenter une part infime des investissements extérieurs des grandes puissances ( à peine plus du dixième pour la Grande-Bretagne, moins de 2% pour la France). C’est seulement entre les deux guerres que le reste du continent bénéficia  d’un financement d’origine étrangère. Mais le total des capitaux placés en Afrique noire représentait encore à peine plus du quart des investissements extérieurs britanniques. La France avait investi au moins dix fois plus au Maghreb.
En 1936, le capital investi (% capital total en Afrique noire) était de 77% pour l’Afrique britannique contre 5,7% en Afrique française et 5,4% en Afrique portugaise (11,7% pour le Congo belge y compris le Ruanda et Burundi); l’investissement public (% investissement total du territoire) était de 47,7% pour l’Afrique britannique contre 60% à l’Afrique française et 27,7% pour l’Afrique portugaise.
Le capital investi par tête d’habitant  en 1936 était de 17,5 livres pour l’Afrique britannique contre 4 pour l’Afrique française et 9,8 pour l’Afrique portugaise (le Congo belge=13 livres avec le Ruanda et Burundi). (données selon Frankel).
Outre l’importance relative de l’Union sud-africaine et la prépondérance écrasante des investissements (77%) et du commerce (supérieur à 80%) des territoires britanniques, on constate que seuls les pays miniers ont attiré les capitaux, ainsi que l’on peut le vérifier par le capital investi par tête d’habitant.
On est frappé par l’importance des capitaux publics, qui représentaient près de la moitié du total des investissements en territoire britannique, et plus de la moitié du coté français.Le cas portugais s’explique par les faibles capacités de la métropole, relayée par les investissements anglais; celui du Congo belge par le système des concessions très favorables aux capitaux privés.
A l’opposé, la part de l’état était écrasante en Afrique orientale et en AEF, c’est à dire précisement dans les colonies les plus démunies. Ce n’est pas un hasard : ce rôle moteur de l’état dans l’économie était révélatrice d’un continent pauvre, qui n’inspirait pas encore confiance et où le secteur privé avait pris l’habitude de laisser à la puissance publique la charge des énormes dépenses d’équipement.

Selon les périodes et les régions, on peut distinguer schématiquement 4 types d’exploitation : jusqu’à la première guerre mondiale prévalut ce que l’on peut appeler l’économie de pillage (exception Afrique du sud en raison des richesses minières). L’Afrique orientale connut une médiocre économie de plantation animée par les colons, tandis qu’en Afrique occidentale se poursuivit jusqu’en 1974 l’économie de traite liée à la petite production indigène.
Partout, l’impact coloniale se tarduisit par un bond des exportations et par la crise d’adaptation des structures traditionnelles. Les Africains sont alors entrés de gré ou de force dans l’économie mondiale : ils ont participé à la révolution économique, touchés par l’expansion du numéraire, la généralisation du salariat et l’afflux vers les nouveaux centres urbains.

L’économie de pillage :

C’est en AEF, mieux encore qu’au Congo belge, que l’économie de pillage atteignit les limites de l’absurde. Dans cette zone, le problème était d’exploiter au moindre coût un immense territoire, en grande partie forestier, difficilement pénétrable et qui offrait des richesses naturelles abondantes, rénumératrices et immédiatement exploitables : l’ivoire et le caoutchouc. L’Etat français partagea près de 70 000 Km2 entre 40 énormes concessions (1899). Un capital global appelé d’à peine 40 millions de francs-or apparaissait dérisoire face aux énormes investissements nécessaires en hommes, en argent et en travaux d’infrastructure. Ces sociétés, protégés par un cahier des charges d’une incroyable négligence, se révélèrent à l’usage comme des affaires exclusivement commerciales préoccupées de tirer le maximum de profit dans le court terme. L’objectif, dont le monopole garantissait l’opportunité, était d’importer les marchandises les plus médiocres et les plus surévaluées possible contre des produits à peine rémunérés. Les Africains, qui refusèrent d’intervenir de leur plein gré, y furent contraints par le travail forcé imposé par le biais d’in impôt de capitation payable en nature (en produits de cueillette).
La distorsion entre la rigueur de l’exploitation  et la médiocrité des résultats fut soulignée par l’échec financier des firmes, qui compensaient par des marges bénéficaires démesurées la médiocrité du volume des échanges (2000 tonnes de caoutchouc exportées en 1907, année de pointe, alors que le kilo était acheté un franc au producteur et côté au moins 15 francs sur le marché mondial).
Exemple de l’Oubangui-Chari : l’économie de pillage fut exercée de façon implacable. Il s’agissait d’entreprises commerciales, qui ne firent aucun investissement d’aucune sorte, qui n’avaient donc rien à amortir et ne pratiquèrent aucun autofinancement : les bénéfices étaient a peu près intégralement versés aux actionnaires. Ces entreprises pouvaient donc s’arrêtre du jour au lendemain, avec le minimum de pertes : c’est ce qui se produisit dès que les super-profits d’avant guerre furent révolus.
Face au manque de capitaux et à l’insuffisance du peuplement, le seul recours avait été la contrainte, avec toutes ses séquelles : régime de terreur, famines, passivité ou révoltes de villageois hors d’état de répondre à ce que l’on exigeait d’eux.
Avant 1914, la quasi-totalité des capitaux furent investis dans l’équipement ferroviaire et son complément, l’aménagement portuaire.

L’exploitation minière :

Par sa précocité et sa rentabilité, la révolution minière d’Afrique du sud détermina l’orientation définitive de l’exploitation coloniale de l’ensemble du continent. De 1867 à 1936, la valeur de la production diamantifère de l’Union (320 millions de livres) excéda celle de tous les autres minerais africains réunis, malgré la modicité des apports de capitaux étrangers (moins de 20 millions de livres) : non seulement les investissements furent assurés par autofinancement, mais une partie considérable des profits servit à équiper les mines d’or du Witwatersrand. Celles-ci furent le moteur de la modernisation du pays. A la différence du diamant, l’exploitation aurifère (de 1886 à 1965 rapporta 6 milliards de livres) impliquait, dans l’état le plus rétrograde de l’Union, la mise en place d’une industrie à haute technicité exigeant en abondance capitaux, main d’eouvre, équipement et moyens de transport.
Partout, les métropoles cherchèrent fièvreusement à imiter le développement sud-africain. L’industrie extractive représentait à la veille de la seconde guerre mondiale plus de la moitié des exportations africaines.

L’économie de plantation :

Avant 1914, les expériences les plus positives de colonisation agricole furent celles des Allemands au Cameroun, où l’activité des sociétés de plantation crées à la fin du siècle contrastait avec l’échec de leurs compagnies concessionnaires voisines.
Mais la situation devint dramatique à la suite de la grande crise. L’indice du cours des produits coloniaux, très sensibles aux fluctuations mondiales, tomba en 1934 (sur la bse 100 en 1927-1929) à 18,7 pour l’huile de palme et à 10,4 pour le caoutchouc. La valeut totale des exportations congolaises chuta de près des deux tiers...!! On préféra, pour un temps, se rabattre sur le système du métayage qui confiait aux Africains l’entretien et la cuillette des plantations, à charge pour eux de subir seuls le contrecoup à l’achat de la détérioration des prix.
Ce fut dans les pays à fort colonat blanc que l’économie de plantation connut sa plus grande expansion; l’Afrique du sud représente le meilleur exemple : si les Boers pratiquèrent systématiquement la spoliation des terres en rejetant les Africains dans les réserves (vers 1874, au Natal, 8000 Blancs possédaient près de 2,5 millions d’hectares), leur agriculture resta tournée vers l’autosubsistance. Le manque de capitaux paralysa la modernisation nécessaire au profit d’uen exploitation extensive à faible rendement. Seuls le Kenya, dépourvu de toute autre ressource, consacra dans les années 20 une masse de capitaux relativement consédérable à la mise en valeur intensive de ses vastes plantations de maïs, de caféiers et de sisal. D’où l’extrême dissymétrie entre un secteur traditionnel particulièrement défavorisé, où plus de deux millions d’Africains relégués dans les réserves assuraient moins de 20% des exportations du pays, et un colonat restreint de 17 000 Européens, dont 2000 à peine détenteurs des terres les plus
fertiles.
Après l’intermède catastrophique de la grande crise, les progrès de l’agriculture africaine (maïs) et la pénétration accrue de l’économie de marché dans le secteur traditionnel contribuèrent à durcir la position des colons : ils imposèrent un dualisme politique d’autant plus rigoureux qu’il correspondait de moins en moins à la réalité économique.

L’économie de traite :

Le contrate entre les structures agraires du Kenya et de l’Ouganda illustre bien la capacité des Africains à participer, sous un régime différent, à la vie économique du territoire. Dans ce dernier pays, où le nombre des agriculteurs blancs n’excédaient pas une centaine vers 1920, la production de coton puis de café reposa exclusivement sur le paysannat africain et, malgré la modicité des apports financiers extérieurs, connut entre les deux guerres un essor remarquable. Mais nulle part mieux qu’en Afrique occidentale ne fut exercé ce que l’on peut appeler l’économie de traite : terme magique en terre africaine, car la traite règle toute l’activité économique, fait circuler les hommes et l’argent, anime les villes, les marchés pendant les mois qui suivent la fin de la période pluvieuse et les récoltes. Le producteur reste toujours essentiellement africain..on installe des comptoirs et des escales où ces produits (arachides, coton, café, cacao..) sont rassemblés et où le Noir pourvu d’argent achète la pacotille d’importation.
Economie singulièrement primitive et paresseuse...la traite consiste à rassembler et à drainer vers les ports les produits du pays qui sont exportés bruts, à répartir en échange les produits fabriqués.
On comprend dès lors, la médiocrité des capitaux mis en oeuvre (moins de 15% du total d’Afrique noire) aussi bien par les firmes « expatriés » d’import-export que par les petits commerçants et transporteurs. Ceux-ci se recrutèrent, dans un premier temps surtout parmi les Africains héritiers des populations courtières...Haoussa,Bamiléké...puis, de plus en plus, chez des Portugais, Grecs et surtout Libano-Syriens qui s’emparèrent à l’ouest du contrôle du commerce de détail comme les Indiens en Afrique orientale.

Quelques firmes géantes établirent sur de vastes territoires, par absorbtion ou par accord tacite, un monopole de fait  qui leur permit d’imposer des prix d’achat dérisoires ce qui laissa les paysans désarmés. Telles furent l’United African C° (branche africaine d’Unilever) qui assurait en 1940 40% du commerce extérieur du Nigeria ou du coté français, la CFAO et la SCOA qui représentaient en 1945 plus de la moitié du total de la capitalisation boursière de l’Afrique noire française et 84,4% de celle des firmes commerciales. Le seul effort fourni fut porté sur l’infrastructure d’évacuation des produits; dans ce but, l’AOF fut autorisée à contracter une série d’emprunts (200 millions de francs or avant 1914, 2650 millions courants entre les deux guerres). Le résultat fut d’alourdir exagérement le service de la dette (40% des dépenses ordinaires du budget fédéral) au moment précis où la chute des cours paralysait les ressources de la Fédération fondées sur le revenu des taxes douanières.

La situation économique coloniale soulignait les risques de la dépendance exclusive vis à vis du marché mondial, dans le cadre de la monoculture la mieux adaptée à chaque territoire aux dépens même de la production vivrière.
Echappaient seuls aux risques les plus graves, grâce à leurs ressources minières, le Sierra Leone (diamant) et surtout la Gold Coast (premier exportateur mondial de cacao depuis 1911) dont l’or assurait, en 1936, 44% de la valeur des exportations.

LES AFRICAINS ET LA COLONISATION

L’économie occidentale impliquait, par destruction ou par contamination, le bouleversement des structures antérieures. Même si le nombre de gens effectivement touché resta longtemps limité (en 1950, on estimait en Afrique framçaise l’effectif des salsriés à 2% seulement de la population), l’impact colonial modifia toutes les shpères de de la vie africaine. Le nouveau cadre socio-politique facilita, à l’intérieur, les déplacements de population et le groupement en de nouvelles unités, notamment dans les villes, centres du commerce colonial et de l’administration. Les paysans entrèrent dans le circuit d’exportation désormais dominé par les firmes européennes et les internédiaires libanais, grecs ou indiens. L’autorité politique traditionnelle fut supplantée par le droit imposé par les métropoles. Les croyances se transformèrent au contac de l’islam et du christiannisme. Une minorité croissante participa au mode de vie et de pensée occidental. Bref, les Africains furent progressivement amenés au contact quotidien de l’homme blanc et de l’économie monétaire.
Mais la situation coloniale, définie par cet affrontement, fut une situation de crise.

LES CONTRAINTES (Résumé)

- l’expropriation des terres : en Afrique équatoriale, l’expropriation des communautés paysannes avait commencé avec la distribution des concessions; le droit des Africains avait été écarté car ils ne connaissaient pas la propriété privée, seule admise par le code métropolitain; les juristes de l’époque ignorèrent le rôle du chef de terre, dont l’existence était pourtant attestée. On s’appuya sur l’abondance relative des terres, sur le mythe de la fertilité des sols de la zone forestière, enfin sur les densités très faibles des populations et leur mobilité pour élaborer la thèse des « terres vacantes et sans maître » dont la propriété revenait à l’Etat. Les compagnies jouirent de l’absolu privilège d’un propriétaire exclusif, et rénumérèrent les Africains non sur la base des valeurs des produits, mais seulement de leur travail de récolte. Les concessionaires de l’AEF reçurent 700 000 Km2.
Certes, les droits des Africains étaient en principe sauvegardés par la constitution de réserves villageoises. Mais, ou bien ils fallait accorder à chaque village la totalité des territoires sur lesquels les habitants avaient pérégriné au cours de leur histoire et il ne restait guère de parcelle vacante dans toute la colonie, ou bien il ne fallait attribuer que les emplacements effrectivement occupés, et l’on condamnait sciemment à la misère les générations suivantes devenues plus nombreuses. En AEF, faute de réussir à délimiter les terres réservées, on estima provisoirement à 6% de la récolte moyenne de la Société les produits dont les Africains pouvaient s’estimer propriétaires. En fait, le monopole imposait aux producteurs de livrer encore au concessionnaire le produit de leurs réserves dont le bénéfice, remis au chef du village, ne leur revenait même pas.
Le Congo belge généralisa, entre les deux guerres, le système inauguré avec la Société Lever en 1911 : celui des zones de protection où les sociétés recevevaient, contre l’engagement de moderniser leur équipement, le monopole de l’achat à bas prix des produits agricoles aux paysans, celui de leur traitement et du recrutement de la main d’oeuvre. On aboutit ainsi à un véritable partage foncier entre les grandes firmes : zones de l’huile, du coton, du café...L’AEF créa des privilèges analogues pour l’achat du caoutchouc et du coton.

- le travail forcé et les cultures obligatoires : la pénurie de main d’oeuvre fut généralisée sur tout le continent jusque dans les années 30; cette phrase d’un sergent de Fort-Jackson en 1891 résume bien la situation : « Comment un homme peut-il attendre de ses travailleurs une tenue décente, de l’honneteté et un mode de vie civilisé, pour 10 shilings par mois pour lui et toute sa famille...je suis convaincu que si les salaires étaient plus raisonnables, le marché du travail n’en serait pas là ».
En quête d’une main d’oeuvre abondante à bon marché, les colons préférèrent réclamer l’institution du travail forcé...en principe, les métropoles s’y refusèrent. Le travail forcé resta largement pratiqué sous la forme des prestations  ou par le biais de l’impôt de capitation. Les prestations reprenaient en l’amplifiant la coutume traditionnelle du travail dû au chef pour les travaux communs du village, transposée au niveau de « l’intérêt général ». Mais les chefs, dotés d’un pouvoir administratif subalterne plus étendu, eurent tendance à en abuser à leur profit.
Malgré ses dénégations l’administration fut le premier demandeur de travail forcé. L’Etat indépendant organisa pour son chantier ferroviaire la réquisition de plusieurs milliers d’hommes, conduits au poste de recrutement enchaînés et engagés de 3 à 7 ans pour 3 à 6 F par mois plus la nourriture.
Entre les deux guerres, l’administration exerça surtout sa pression sur les cultures obligatoires. Au Congo belge, le système des cultures gouvernementales avait été introduit en 1897. L’obligation des champs de coton compta parmi les charges les plus lourdes et les plus redoutées de la paysannerie. En 1938, 200 000 familles travaillaient sur les champs de l’Etat qui couvraient plus d’un million d’hectares, la moitié en cultures vivrières et le reste en cultures d’exportation.

- l’impôt : comme l’administration refusait de cautionner officiellement le travail forcé, et qu’il ne suffisait pas de créer de nouveaux besoins pour mettre au travail des populations désorientées par la destructuration de leur système social et affaiblies par la sous-alimentation chronique et les endémies, la coercition née de l’impôt apparut, aux théoriciens du début du siècle, comme l’instrument nécessaire de la mise en valeur car elle devait permettre, à la fois, de remplir les caisses de la colonie et d’obliger les paysans à gagner de l’argent.
L’impôt de case ou de capitation apparut à peu près en même temps partout. Il fut d’abord payable en nature ou en travail et le resta parfois, faute d’ouverture sur l’économie monétaire, jusqu’en 1945. Les taxes existaient auparavant mais sous une forme collective, imposée à un lignage où le chef veillait à son équitable répartition. La taxe individuelle, en revanche, laissait sans recours le paysan ou l’éleveur pauvre qui pouvait se trouver contraint de se défaire de son unique vache. Seuls les chefs en tirèrent profit. Certains reprirent l’idée à leur compte et imposèrent, grâce à l’Indirect Rule, des taxes personnelles. Tous furent intéressés à la perception et s’opposèrent, dans la décennie suivante, à la remise directe de l’impôt à la caisse régionale : le chef perdit alors ses prérogatives pour devenir un employé salarié.
L’extension de l’impôt suscita effectivement la création de marchés et le progrés de l’économie d’échanges. Nombreux furent ceux qui durent partir au loin chercher du travail. Mais, entre les deux guerres, l’impôt augmenta plus vite que les revenus.
En 1940, la SCOA constatait encore que la moitié des gains des Africains étaient absorbés par l’impôt. L’impôt contribua aussi à propager certains non sens-économiques (telle, entre les deux guerres, faute de produits de remplacament, la cueillette meurtrière et inutile du caoutchouc sauvage de la Compagnie forestière au Congo), ou bien à grever facheusement l’avenir en promouvant la monoculture côtonnière au moment où la surproduction amorçait la dépréciation continue du produit.
Enfin, l’impôt et le travail forcé, supports de la monoculture d’exportation, contribuèrent à faire dangeureusement délaisser les cultures vivrières qui, entièrement laissées aux mains des Africains, n’avaient reçu aucune amélioration technique. Le problème était grave quand la plupart des hommes travaillaient au loin. Il devint tragique lorsqu’en 1914-1918 la France exigea de ses colonies un effort de guerre disproportionné à leurs capacités, en organisant, à la fois, la conscription de 200 000 hommes et l’intensification des produits stratégiques ou de cultures vivrières destinées à l’exportation. La famine qui s’ensuivit démontra la fragilité de l’équilibre d’un pays que la traite épuisait, en dépit du gonflement des chiffres d’exportation.
Partout, l’effort de guerre, les cultures obligatoires, les recrutements forcés de travailleurs et les effets de l’inflation (avilissement du pouvoir d’achat  acentué par les hausses de la capitation) accélérèrent les déplacements de population et la désorganisation des rythmes vivriers générateurs, à leur tour, de famines et de révoltes qui agirent comme autant d’entraves à l’essor du pays.

LES MUTATIONS SOCIALES EN AFRIQUE :

Pendant la période coloniale, des couches et des groupes sociaux nouveaux apparurent, outre les travailleurs salariés, de nouvelles élites occidentalisées, dont une partie entra au service de l’administration coloniale et une autre s’orienta vers les professions libérales. La domination coloniale a aussi déclenché une augmentation rapide de la population africaine. Il semble que la baisse de la mortalité n’a pas été le facteur déterminant, car le système de santé resta médiocre jusqu’au milieu du XXème siècle. On pense plutôt à une augmentation de la fécondité due à l’amélioration de l’espérance de vie.
La population se concentra là où l’appelait l’espoir de trouver un travail et de subvenir à ses besoins, dans les plantations, dans les mines, dans les centres administratifs et dans les ports.
Les travailleurs saisonniers ont certainement donné le signal, et les familles suivirent. Cette migration se fit surtout à destination des nouveaux centres urbains; de 1850 à 1950, l’Afrique connut un processus d’urbanisation largement supérieur à la moyenne mondiale : cependant, un grand nombre des villes d’Afrique n’offrait pas un travail régulier aux nouveaux arrivants mais, dans le meilleur des cas, un travail occasionnel. Cette précarité eut pour corollaire l’apparition d’immenses bidonvilles.

Pour ceux qui savent l’anglais, je vous conseille de lire ces livres :

- A.G Hopkins : Two essays on underdevelopment « From modernisation to underdevelopment » et « colonial economies in Africa » 1979
L’auteur expose les thèses d’Andre Gunder Frank : les structures de dépendance crées par le monde capitaliste ont produit et maintiennent le sous-développement dans les pays du Tiers-Monde. Le colonialisme a laissé la place au néo-colonialisme qui lie les multinationales étrangères aux bourgeoisies nationales.
On voit ici que l’on rentre dans un autre débat, tout aussi intéressant.

- L.H Gann et Peter Duignan : Burden of empire, an appraisal of western colonialism in Africa south of the Sahara
Développement ou exploitation en Afrique, vue de l’impérialisme par Lénine, débat colonial...


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier