Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Perspectives et Conclusions
PERSPECTIVES ET CONCLUSIONS

L'Érythrée, après avoir arraché son indépendance à l'occupant éthiopien, aborde une nouvelle ère de son histoire. Un problème crucial se pose dès cette étape de la reconstitution nationale, celui d'un développement économique réussi, devant être le support du processus démocratique et permettant d'effacer, en conséquence, les séquelles de décennies d'oppression. Dès sa mise en place, le gouvernement érythréen a opté sur le plan économique pour l'ouverture, en encourageant la libre entreprise et souhaitant bénéficier de l'apport des investissements tant étrangers que nationaux dans le cadre d'une économie mixte.
L'Érythrée ne manque pas d'atouts. Certes, la plupart des fermes performantes gérées par des Italiens ont régressé du temps des occupants éthiopiens, mais le secteur traditionnel s'est maintenu tant bien que mal. Les régions agricoles, notamment le haut plateau et les vallées du Gash et du Sétit, conservent leur importance dans l'activité économique du pays. Les autres ressources de l'Êrythrée demeurent l'élevage, assez développé dans les régions du Sahel et du Barka et dans les plaines à la frontière de l'Ethiopie. Selon des estimations de 1991, l'Érythrée dispose d'environ deux millions d'ovins et de caprins, de plus d'un million de bovins et de quelque cent mille dromadaires. Les populations des îles de Dahlak et des côtes de la Dankalie pourront bénéficier des richesses de la mer. A cela s'ajoutent les ressources minières et énergétiques déjà évoquées.
En revanche, le domaine industriel reste précaire. Tant le secteur public que le secteur privé souffrent d'un manque de gestionnaires et d'équipements. Pour y remédier, le gouvernement a adopté en décembre 1991 un code d'investissement pour stimuler les activités d'import-export, d'autant que le pays est doté d'importants ports tels Massaoua et Assab qui, même endommagés par la guerre, demeurent opérationnels. En matière de télécommunications, d'énergie électrique, de santé et d'enseignement, le pays reste insuffisamment équipé.
Selon les experts des diverses agences de l'ONU et de la CEE présents sur le terrain, il ne devrait pas être difficile de rattraper le temps perdu. Les dirigeants érythréens disposent pour édifier l'Etat, et pour réaliser le relèvement indispensable, d'atouts et d'appuis extérieurs non négligeables. Mais, à défaut d'équilibre, ces atouts et appuis peuvent devenir un facteur de contraintes.
L'indépendance liquide le passé colonial, mais elle ne résout pas le problème du sous-développement, à savoir les oppositions entre les secteurs nationaux inégalement pourvus et intégrés au processus du marché mondial. C'est le fiasco qu'ont connu de nombreux pays du Tiers monde. Néanmoins la bourgeoisie nationale, longtemps subjuguée par les puissants moyens financiers étrangers, ne peut que demander les moyens de son développement qui lui manquent. Cela aussi l'engage dans la reconstruction nationale.
Nous avons auparavant développé et analysé ce qui constitue le principal atout du Mouvement de libération érythréen, à savoir le puissant enracinement d'un sentiment national répondant aussi bien à la réalité historique, à la dialectique de la lutte contre le colonialisme et l'occupation éthiopienne, qu'à la composition politicosociale d'un peuple subissant le sous-développement, et que l'histoire de sa longue lutte a amené au seuil des temps modernes sans pour autant lui laisser le temps d'y pénétrer. Atout majeur que cette unité nationale s'imposant, soudée et potentialisée par la victoire. Les masses populaires n'ont reculé devant aucun sacrifice. Si elles sont prêtes à en faire autant pour l'Erythrée indépendante, seront-elles payées de retour en conséquence ? C'est là une grande question.

Le président Afwerki incarne une politique de paix, d’ouverture à la coopération et au bon voisinage. Le nouvel Etat devrait avoir plus de poids au sein des instances régionales et internationales, de par sa stabilité et la discipline du peuple érythréen. Rares sont les peuples accédant à l’indépendance qui ont fait preuve d’une aussi grande maturité politique que le peuple érythréen.
Le mouvement national érythréen a précipité la chute du régime impérial éthiopien. Ce faisant, le FPLE n’a pas manqué d’inspirer politiquement et militairement les nationalistes tigréens et oromos en Ethiopie quand ils ont lancé leur mouvement de libération ; de même, le Front démocratique et révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE) a bénéficié d’importants soutiens de la part du FPLE pour défaire le régime de Mengistu.
La cohésion nationale et la solidité de l’Erythrée nouvelle nécessitent la prudence sur le plan national : le peuple érythréen ne pourrait imaginer un seul instant revivre une fédération bis avec l’occupant d’hier. Afwerki est particulièrement attaché à son pays, sans pour autant se laisser entraîner par un nationalisme démesuré.

La souveraineté de l’Etat a été proclamé le 24 Mai 1993 : la déclaration solennelle d’indépendance a été lue par Issaias Afwerki, premier président de l’état érythréen. Depuis le 20 Mai 1993, le pays est doté d’un Conseil national érythréen composé de 104 membres (l’Erythrée est divisée en 10 provinces, chacune avec un gouverneur, un Conseil régional et une région de statut autonome pour Asmara sous l’autorité d’un maire) lequel a élu Afwerki président du Conseil national, chef du gouvernement et commandant suprême des forces armées. Le consensus autour de cette première pièce de l’édifice du pouvoir sera suivi par la mise en place de nouvelles structures politiques (nous verrons lesquelles plus loin).
Selon le président érythréen, un comité indépendant composé de juristes, d’historiens, de sociologues et de politologues sera chargé de mettre en œuvre un projet de constitution pour le pays, sur la base du pluralisme politique, le respect des droits de l’homme, de l’indépendance des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
Le FPLE s’apprêtait en 1994 à devenir un parti comme l’exige le nouveau contexte de l’Erythrée indépendante. Les partis d’opposition seront alors à même de se faire connaître à la condition, comme le souligne le président, d’évacuer les références à caractère confessionnel et régionaliste. Un état naissant, pays en développement, a besoin d’une structure politique forte, sans que pour autant celle-ci soit synonyme de parti unique.
Des solutions nouvelles doivent être trouver, toujours en collaboration avec le peuple.
L’histoire coloniale contemporaine de l’Erythrée est marquée par une série remarquable de ruptures qui impliquent la nécessité d’une transformation profonde de la société. La stagnation aggravée par l’irruption des facteurs extérieurs (colonialisme, guerre) a crée des phénomènes de blocage : non seulement l’équilibre économique et social entre villes et campagnes, entre côte et intérieur, entre plaines et haut-plateau, s’est trouvé rompu au profit de la coercition extérieure, mais la société rurale elle-même a été minée par des éléments de dégradation, voire de dissolution.
L’harmonieuse répartition entre nomades et sédentaires s’est effacée progressivement face au grand et complexe exode rural, tantôt contraint, tantôt spontané.
La prochaine étape du développement de l’Erythrée doit être préparée par une éducation active, ouverte au dialogue et orientée vers la responsabilité sociale et politique. Il faudra accueillir des idées nouvelles tout en préservant les valeurs ancestrales. Ces éléments de la vie politique constituent les chaînons de la démocratie. On doit y rencontrer ouverture, dynamisme et dialogue, par opposition aux systèmes rigides, autoritaires et totalitaires où l’on ne rencontre que monologue, indifférence et inertie.

Voici un mail que j'ai reçu d'un lecteur de mon site en Mars 1999, remarquez que ce mail contrebalance ce que j'ai écrit sur l'Erythrée !!

Les réserves que j'émettais dans le message que je vous avais envoyé, concernent le fait que l'Erythrée est présentée dans votre site, comme étant un pays "original" au plan interieur, en ce sens où la corruption est
moindre voire quasiment inexistante et que la condition des femmes évoluedepuis leur implication dans la lutte contre les différentes troupesd'occupation. Il s'avère que les constatations que j'ai pu faire, et que je
vis encore parfois, me font penser que l'érythrée, est loin d'être un payssans corruption, il me semble même que la corruption et la délation sontdepuis plusieurs années monnaie courante: l'arrivée à l'aéroport d'Asmara, où le débarquement au port de messawa en sont les exemples les plus marquants.Quant à la condition des femmes je vous invite à tenter de visiter les prisons, après établissez vos rapports, et vous verrez que les femmes non seulement représentent 30 à 40 % des effectifs de prisonniers, mais qu'en plus les motifs de leurs emprisonnements sont de deux natures en générale:  premier motif: secret defense ou etablissement du motif en cours.... deuxième motif: des raisons qui tournent autour des revendications égalitaires entre hommes et femmes (mariages forçés, demandes de divorces, création d'entreprises......). Il y a un monde d'incompréhension entre l'image naïve honnête et combattante que donne le gouvernement erythréen au monde, (bien qu'elle se ternisse avec le temps!)et la réalité dans les camps militaires, dans les prisons, et en règle générale dans ce pays qui est selon moi l'une des dictatures les plus dangereuses de la sous-région...Issaïas Afework n'est pas homme à partager le pouvoir, il avait promis des elections pour l'année 1996 au plus tard...ceux qui eurent le courage de lui rappeler ses promesses croupissent aujourd'hui par ce,taines en prison...parmi eux, une majorité d'anciens combattants, je parle de véritables anciens du EPLF, ceux qui sont montés à l'assaut de l'ennemi armes à la main, pas d'Issaïas et de toute sa bande qui n'ont jamais touché un fusil...Eh oui, trouvez une seule personne qui se rappelle d'Issaïas arme à la main face à l'ennemi, croyez-moi c'est très difficile, et ce serait un scoop pour toute la communauté erythréenne et
ethiopienne de la diaspora! Encore une fois, l'erythree est un exemple comme un autre , en peut-être plus dur de régime africain qui rêve d'expansionnisme car la seule raison d'être de son chef, est la guerre,
sans guerre il disparait....n'oubliez pas la purge qu'il y a eu dans les rangs du EPLF au début des années 80, issaïas en était à l'origine, il ne s'en est jamais caché, il a juste dit par la suite qu'i avait commis une petite erreur et s'est excusé pour ça...une erreur qui a coute la vie à plusieurs milliers de jeunes combattants(es)...voilà le vrai visage de l'érythree, je préfèrerais qu'il en soit autrement, la réalité n'est pourtant pas celle, idéale, de resistants purs et durs, nourris de rêves démocratiques, mais bien celle d'un pays en proie à la terreur que lui inflige i.afework, et aujourd'hui à la guerre à nouveau contre l'ethiopie....un pays où la famine existe , un pays où la guerre religieuse renait peu à peu, un pays où toute opposition politique est supprimée (dans tous les sens du terme!).


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