
PERSPECTIVES ET CONCLUSIONS
L'Érythrée, après
avoir arraché son indépendance à l'occupant éthiopien,
aborde une nouvelle ère de son histoire. Un problème crucial
se pose dès cette étape de la reconstitution nationale, celui
d'un développement économique réussi, devant être
le support du processus démocratique et permettant d'effacer, en
conséquence, les séquelles de décennies d'oppression.
Dès sa mise en place, le gouvernement érythréen a
opté sur le plan économique pour l'ouverture, en encourageant
la libre entreprise et souhaitant bénéficier de l'apport
des investissements tant étrangers que nationaux dans le cadre d'une
économie mixte.
L'Érythrée ne manque
pas d'atouts. Certes, la plupart des fermes performantes gérées
par des Italiens ont régressé du temps des occupants éthiopiens,
mais le secteur traditionnel s'est maintenu tant bien que mal. Les régions
agricoles, notamment le haut plateau et les vallées du Gash et du
Sétit, conservent leur importance dans l'activité économique
du pays. Les autres ressources de l'Êrythrée demeurent l'élevage,
assez développé dans les régions du Sahel et du Barka
et dans les plaines à la frontière de l'Ethiopie. Selon des
estimations de 1991, l'Érythrée dispose d'environ deux millions
d'ovins et de caprins, de plus d'un million de bovins et de quelque cent
mille dromadaires. Les populations des îles de Dahlak et des côtes
de la Dankalie pourront bénéficier des richesses de la mer.
A cela s'ajoutent les ressources minières et énergétiques
déjà évoquées.
En revanche, le domaine industriel
reste précaire. Tant le secteur public que le secteur privé
souffrent d'un manque de gestionnaires et d'équipements. Pour y
remédier, le gouvernement a adopté en décembre 1991
un code d'investissement pour stimuler les activités d'import-export,
d'autant que le pays est doté d'importants ports tels Massaoua et
Assab qui, même endommagés par la guerre, demeurent opérationnels.
En matière de télécommunications, d'énergie
électrique, de santé et d'enseignement, le pays reste insuffisamment
équipé.
Selon les experts des diverses agences
de l'ONU et de la CEE présents sur le terrain, il ne devrait pas
être difficile de rattraper le temps perdu. Les dirigeants érythréens
disposent pour édifier l'Etat, et pour réaliser le relèvement
indispensable, d'atouts et d'appuis extérieurs non négligeables.
Mais, à défaut d'équilibre, ces atouts et appuis peuvent
devenir un facteur de contraintes.
L'indépendance liquide le
passé colonial, mais elle ne résout pas le problème
du sous-développement, à savoir les oppositions entre les
secteurs nationaux inégalement pourvus et intégrés
au processus du marché mondial. C'est le fiasco qu'ont connu de
nombreux pays du Tiers monde. Néanmoins la bourgeoisie nationale,
longtemps subjuguée par les puissants moyens financiers étrangers,
ne peut que demander les moyens de son développement qui lui manquent.
Cela aussi l'engage dans la reconstruction nationale.
Nous avons auparavant développé
et analysé ce qui constitue le principal atout du Mouvement de libération
érythréen, à savoir le puissant enracinement d'un
sentiment national répondant aussi bien à la réalité
historique, à la dialectique de la lutte contre le colonialisme
et l'occupation éthiopienne, qu'à la composition politicosociale
d'un peuple subissant le sous-développement, et que l'histoire de
sa longue lutte a amené au seuil des temps modernes sans pour autant
lui laisser le temps d'y pénétrer. Atout majeur que cette
unité nationale s'imposant, soudée et potentialisée
par la victoire. Les masses populaires n'ont reculé devant aucun
sacrifice. Si elles sont prêtes à en faire autant pour l'Erythrée
indépendante, seront-elles payées de retour en conséquence
? C'est là une grande question.
Le président Afwerki incarne
une politique de paix, d’ouverture à la coopération et au
bon voisinage. Le nouvel Etat devrait avoir plus de poids au sein des instances
régionales et internationales, de par sa stabilité et la
discipline du peuple érythréen. Rares sont les peuples accédant
à l’indépendance qui ont fait preuve d’une aussi grande maturité
politique que le peuple érythréen.
Le mouvement national érythréen
a précipité la chute du régime impérial éthiopien.
Ce faisant, le FPLE n’a pas manqué d’inspirer politiquement et militairement
les nationalistes tigréens et oromos en Ethiopie quand ils ont lancé
leur mouvement de libération ; de même, le Front démocratique
et révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE) a bénéficié
d’importants soutiens de la part du FPLE pour défaire le régime
de Mengistu.
La cohésion nationale et
la solidité de l’Erythrée nouvelle nécessitent la
prudence sur le plan national : le peuple érythréen ne pourrait
imaginer un seul instant revivre une fédération bis avec
l’occupant d’hier. Afwerki est particulièrement attaché à
son pays, sans pour autant se laisser entraîner par un nationalisme
démesuré.
La souveraineté de l’Etat
a été proclamé le 24 Mai 1993 : la déclaration
solennelle d’indépendance a été lue par Issaias Afwerki,
premier président de l’état érythréen. Depuis
le 20 Mai 1993, le pays est doté d’un Conseil national érythréen
composé de 104 membres (l’Erythrée est divisée en
10 provinces, chacune avec un gouverneur, un Conseil régional et
une région de statut autonome pour Asmara sous l’autorité
d’un maire) lequel a élu Afwerki président du Conseil national,
chef du gouvernement et commandant suprême des forces armées.
Le consensus autour de cette première pièce de l’édifice
du pouvoir sera suivi par la mise en place de nouvelles structures politiques
(nous verrons lesquelles plus loin).
Selon le président érythréen,
un comité indépendant composé de juristes, d’historiens,
de sociologues et de politologues sera chargé de mettre en œuvre
un projet de constitution pour le pays, sur la base du pluralisme politique,
le respect des droits de l’homme, de l’indépendance des pouvoirs
législatif, exécutif et judiciaire.
Le FPLE s’apprêtait en 1994
à devenir un parti comme l’exige le nouveau contexte de l’Erythrée
indépendante. Les partis d’opposition seront alors à même
de se faire connaître à la condition, comme le souligne le
président, d’évacuer les références à
caractère confessionnel et régionaliste. Un état naissant,
pays en développement, a besoin d’une structure politique forte,
sans que pour autant celle-ci soit synonyme de parti unique.
Des solutions nouvelles doivent
être trouver, toujours en collaboration avec le peuple.
L’histoire coloniale contemporaine
de l’Erythrée est marquée par une série remarquable
de ruptures qui impliquent la nécessité d’une transformation
profonde de la société. La stagnation aggravée par
l’irruption des facteurs extérieurs (colonialisme, guerre) a crée
des phénomènes de blocage : non seulement l’équilibre
économique et social entre villes et campagnes, entre côte
et intérieur, entre plaines et haut-plateau, s’est trouvé
rompu au profit de la coercition extérieure, mais la société
rurale elle-même a été minée par des éléments
de dégradation, voire de dissolution.
L’harmonieuse répartition
entre nomades et sédentaires s’est effacée progressivement
face au grand et complexe exode rural, tantôt contraint, tantôt
spontané.
La prochaine étape du développement
de l’Erythrée doit être préparée par une éducation
active, ouverte au dialogue et orientée vers la responsabilité
sociale et politique. Il faudra accueillir des idées nouvelles tout
en préservant les valeurs ancestrales. Ces éléments
de la vie politique constituent les chaînons de la démocratie.
On doit y rencontrer ouverture, dynamisme et dialogue, par opposition aux
systèmes rigides, autoritaires et totalitaires où l’on ne
rencontre que monologue, indifférence et inertie.
Voici un mail que j'ai reçu d'un lecteur de mon site en Mars 1999, remarquez que ce mail contrebalance ce que j'ai écrit sur l'Erythrée !!
Les réserves que j'émettais
dans le message que je vous avais envoyé, concernent le fait que
l'Erythrée est présentée dans votre site, comme étant
un pays "original" au plan interieur, en ce sens où la corruption
est
moindre voire quasiment inexistante
et que la condition des femmes évoluedepuis leur implication dans
la lutte contre les différentes troupesd'occupation. Il s'avère
que les constatations que j'ai pu faire, et que je
vis encore parfois, me font penser
que l'érythrée, est loin d'être un payssans corruption,
il me semble même que la corruption et la délation sontdepuis
plusieurs années monnaie courante: l'arrivée à l'aéroport
d'Asmara, où le débarquement au port de messawa en sont les
exemples les plus marquants.Quant à la condition des femmes je vous
invite à tenter de visiter les prisons, après établissez
vos rapports, et vous verrez que les femmes non seulement représentent
30 à 40 % des effectifs de prisonniers, mais qu'en plus les motifs
de leurs emprisonnements sont de deux natures en générale:
premier motif: secret defense ou etablissement du motif en cours.... deuxième
motif: des raisons qui tournent autour des revendications égalitaires
entre hommes et femmes (mariages forçés, demandes de divorces,
création d'entreprises......). Il y a un monde d'incompréhension
entre l'image naïve honnête et combattante que donne le gouvernement
erythréen au monde, (bien qu'elle se ternisse avec le temps!)et
la réalité dans les camps militaires, dans les prisons, et
en règle générale dans ce pays qui est selon moi l'une
des dictatures les plus dangereuses de la sous-région...Issaïas
Afework n'est pas homme à partager le pouvoir, il avait promis des
elections pour l'année 1996 au plus tard...ceux qui eurent le courage
de lui rappeler ses promesses croupissent aujourd'hui par ce,taines en
prison...parmi eux, une majorité d'anciens combattants, je parle
de véritables anciens du EPLF, ceux qui sont montés à
l'assaut de l'ennemi armes à la main, pas d'Issaïas et de toute
sa bande qui n'ont jamais touché un fusil...Eh oui, trouvez une
seule personne qui se rappelle d'Issaïas arme à la main face
à l'ennemi, croyez-moi c'est très difficile, et ce serait
un scoop pour toute la communauté erythréenne et
ethiopienne de la diaspora! Encore
une fois, l'erythree est un exemple comme un autre , en peut-être
plus dur de régime africain qui rêve d'expansionnisme car
la seule raison d'être de son chef, est la guerre,
sans guerre il disparait....n'oubliez
pas la purge qu'il y a eu dans les rangs du EPLF au début des années
80, issaïas en était à l'origine, il ne s'en est jamais
caché, il a juste dit par la suite qu'i avait commis une petite
erreur et s'est excusé pour ça...une erreur qui a coute la
vie à plusieurs milliers de jeunes combattants(es)...voilà
le vrai visage de l'érythree, je préfèrerais qu'il
en soit autrement, la réalité n'est pourtant pas celle, idéale,
de resistants purs et durs, nourris de rêves démocratiques,
mais bien celle d'un pays en proie à la terreur que lui inflige
i.afework, et aujourd'hui à la guerre à nouveau contre l'ethiopie....un
pays où la famine existe , un pays où la guerre religieuse
renait peu à peu, un pays où toute opposition politique est
supprimée (dans tous les sens du terme!).

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier