
CES CONFLITS QUI DECHIRENT L'AFRIQUE A L'AUBE DE L'AN 2000
PARTIE I
Le panafricanisme n'est plus ce qu'il était. Le continent a troqué ses perspectives d'unité contre de nouvelles solidarités en forme de tirs groupés. L'Afrique connaît ses premiers grands conflits entre Etats. D'Angola en Ethiopie, le prisme de la guerre froide s'est évaporé. Malgré les velléités d'ingérences extérieures, occidentales mais aussi mercenaires, les conflits africains apparaissent dans toute la crudité de leurs racines internes. Celles-ci se ramifient en enjeux de pouvoirs, à la tête de l'Etat, mais aussi au niveau local, entre populations de souches différentes, sur le modèle de la tempête d'Afrique centrale. Cela contribue à l'extension géographique des conflits, autre constante de l'Afrique d'aujourd'hui, hantée par la question de frontières, qui empiète sur les aires d'influences économiques et communautaires.
En tracer de nouvelles ne suffit
pas non plus à empêcher les affrontements, Si l'on en juge
par la guerre de « souveraineté » entre Asmara et Addis-Abeba,
cinq ans après la très consensuelle émancipation érythréenne
de l'Ethiopie. Quant au géant soudanais, il menace de ne jamais
recoller les morceaux de sa déchirure.
L'idéologie du panafricanisme
s'est fracassée sur les rivalités promises par l'émergence
de figures de proues régionales. Les communautés économiques
africaines piétinent, en partie pour des raisons similaires. Lorsqu'elles
se lancent dans la gestion des conflits, à l'instar de la SADCC
en Afrique australe ou la Cédéao en Afrique de l'Ouest, le
grincement des rouages régionaux révèle de menaçants
tiraillements. Les pays, qui disposent « naturellement »d'une
stature de meneur de jeu, comme l'Afrique du Sud ou le Nigeria, agacent,
lorsqu'ils jouent au médiateur. Ils inquiètent jusqu'à
leurs obligés dans leur rôle de gendarme régional.
Pourtant, peu de postulants se bousculent
pour le rôle de gardien de la paix,coûteux et risqué.
En revanche, de Lomé à Pretoria, en passant par Ouagadougou,
Lusaka ou même Kigali, les candidats médiateurs sont légion.
Certains, comme le Libyen Khadafi,
mélangent les genres, quitte à remanier leurs alliances.
Il est vrai que ces dernières sont aussi volatiles et changeantes
que les mobiles de ceux qui les contractent. A l'instar des guerres, les
alliances aussi cachent des querelles parfois plus lourdes de conséquences
que les conflits ouverts.
Le duel entre le MPLA d'Eduardo
Dos Santos et l'Unita de Jonas Savimbi conditionne les relations de l'Angola
avec ses voisins et en particulier sa guerre au Congo-Kinshasa. Des préoccupations
tout aussi jusqu'au-boutistes animent le Rwanda et le Burundi. L'Ouganda
fixe, pour sa part, des horizons moins univoques. Chacun de ces quatre
pays a exporté une partie de sa guerre civile au Congo, également
stratégique pour le Soudan. D'autres, comme le Zimbabwe, la Namibie
ou le Tchad, guerroient au Congo en quête de bonne fortune ou en
guise de diversion. A l'ouest du continent, en Guinée Bissau, le
combat des chefs a bourgeonné comme une métastase du conflit
qui oppose Dakar à ses indépendantistes de Casamance.
Au total, le risque de balkanisation
des Etats et des régions est plus fort que jamais. Les contentieux
s'exportent ou se régionalisent, avec des soldats africains sans
frontières, mais aussi du fait d'alliances réelles ou suspectées.
Ainsi, par exemple, la hiérarchie
nigériane de la force d'interposition ouest-africaine, l'Ecomog
accuse le Burkina de collusion avec le Liberia derrière la rébellion
de Sierra-Leone.
En se ponant sur le terrain de la
guerre, alliances et différends stigmatisent l'émiettement
du continent en confrontations fracassantes, improductives, mais sûrement
pas incontournables.
Le Congo-Kinshasa est le théâtre
privilégié d'au moins cinq guerres et k bientôt trois
alliances concurrentes. Depuis que la mèche rwandaise du génocide
de 1994 a fait exploser la poudrière régionale, ce ne sont
plus des forces israéliennes, françaises ou marocaines qui
sautent sur Entebbe ou Kolwezi mais des troupes africaines qui se déploient
et se combattent dans le Kivu, autour de Kinshasa ou dans le Shaba, et
bombardent Kisangani. Elles sont mobilisées sur des objectifs propres
à chacun des Etats impliqués. De fait, la stabilité
du puzzle régional ne dépend pas seulement du règlement
des litiges qui opposent certains Etats entre eux ou certains groupes d'alliés
les uns aux autres. La paix de l'ensemble passe surtout par la résolution
de chacun des conflits nationaux qui motivent en particulier, outre le
Congo, le Rwanda, le Burundi, l'Angola et, dans une moindre mesure, l'Ouganda,
qui se démarque de plus en plus de Kigali, tout en restant dans
le camp des t adversaires du régime Kabila et de ses alliés
angolais, zimbabwéens, namibiens ou tchadiens, pour ne citer que
ceux qui ont officiellement pris les armes à ses côtés.
Nul doute que l'intervention de
l'Angola au Congo-Kinshasa a été déterminante dans
la tournure de la guerre d'août 1998. Mais le MPLA au pouvoir à
Luanda s'est engagé aux côtés de Laurent-Désiré
Kabila pour des raisons strictement angolaises. Son objectif est de détruire
l'Unita dont le Congo est un sanctuaire traditionnel. Dans
ce contexte, le choix du camp Kabila donnait à Luanda des grandes
latitudes militaire et diplomatique chez son voisin du Nord. Il lui semblait
aussi plus aisé de recueillir une caution internationale en assistant
le pouvoir en place qu'en traitant avec ses adversaires.
Mais surtout, le régime angolais
écartait à Kinshasa la tentation de céder aux sirènes
de Jonas Savimbi. Dans cette configuration, Luanda ne s'est pas encombré
de mettre les formes vis-à-vis de ses alliés rwandais et
ougandais de la veille. Tout au plus Mig et blindés angolais ont-ils
laissé une chance de battre retraite aux soldats rwandais piégés
à l'ouest du Congo après leur entrée en lice du 24
août 1998.
Mais Luanda n'a aucun intérêt
à multiplier les fronts. Le régime angolais répugne
notamment à s'embourber dans la province orientale du Kivu. Sa propre
guerre lui suffit. Elle est d'ailleurs très mal engagée.
La promenade annoncée par son commandement militaire s'est rapidement
trouvée en mal de fantassins et sa flotte aérienne n'en finit
pas de piquer du nez. Défaut d'information ou aveuglement
vindicatif, Luanda a donc cru réussir là où l'armée
du MPLA et ses alliés cubains et soviétiques ont échoué
en plus de vingt ans de conflit. Il est vrai qu'à l'époque,
les EtatsUnis et l'Afrique du Sud se trouvaient en face. Mais depuis leur
lâchage, Jonas Savimbi s'est cherché de nouveaux partenaires.
La géographie des combats a tenu lieu d'opportunisme obligé
et rien d'autre ne prédestinait certains acteurs à jouer
la carte Unita.
La nouvelle donne tactique est bien
embrouillée. Kigali est aujourd'hui suspecte de collusion
avec Savimbi.
Luanda accuse aussi, à l'autre
bout du continent, le président burkinabé, Blaise Compaore
qui préside l'OUA de favoriser ses approvisionnements
militaires.
Force est de constater que l'armée
gouvernementale angolaise n'a pas été en mesure de maintenir
une présence décisive dans les terres du Kasai diamantifère
ou surtout du Shaba congolais qui l'intéresse stratégiquement.
En fin de compte, l'Unita a rapidement et solidement réassorti ses
équipements militaires. C'est elle qui contrôle désormais
la quasi-totalité de la frontière congolaise avec l'Angola.
A leur échelle, la réédition par le Rwanda et l'Ouganda
du scénario utilisé, il y a à peine de deux ans, ressemble
sinon à une erreur, au moins à un échec stratégique
majeur. D'autant plus que ni l'un ni l'autre n'est parvenu à résoudre
le problème de sécurisation des frontières ni même
à liquider ses adversaires nationaux. Sur ce point, ils auraient
d'ailleurs de meilleures raisons de ne s'en prendre qu'à eux-mêmes,
compte tenu de leur prédominance militaire au Congo pendant la période
d'état de grâce avec Kabila.
En tout cas, leur deuxième
guerre éclair n'a pas eu lieu et aujourd'hui Kigali et Kampala ne
sont pas davantage satisfaits qu'hier de leur nouveau cheval de Troie congolais,
le Rassemblement congolais pour la démocratie, le RCD. Fin 1998
déjà, Kampala a pris du champ vis-à-vis d'une rébellion
congolaise hétérogène qui ne parvient pas à
s'attacher les populations congolaises du chaudron oriental. En revanche,
le pragmatique Museveni s'est rapproché de Jean-Pierre Bemba, le
fils de l'ancien patron des patrons zaïrois, Bemba Saolona. Ce dernier
a fait allégeance à Kinshasa tandis que son fils Jean-Pierre
risque son patrimoine dans le maquis des mécontents du régime
Kabila. Ces derniers sont légion, en particulier dans les rangs
des anciens dignitaires du régime Mobutu en mal de restauration.
Ils ont placé leurs oeufs dans tous les paniers, ceux des divers
groupes rebelles ou ralliés à Kabila.
La notoriété de leurs
fortunes aidant, ils battent plus facilement que d'autres le rappel de
leurs anciens féaux. Jean-Pierre Bemba vise notamment ceux de la
province de l'Equateur, dont le fortuné homme d'affaires se souciait
fort peu au temps du Mobutisme triomphant. Visiblement, Kampala apprécie
davantage cet ancrage comme un gage de succès que comme un handicap
« idéologique".
Sans doute l'Ouganda s'accommoderait-il d'une nouvelle main de fer avec Kinshasa pour peu qu'elle tienne la maison en ordre et ne lui cherche pas noise? Le Rwanda en revanche s'enferre dans une fuite en avant militariste, malgré son échec pour accompagner la nouvelle rébellion à Kinshasa. Il est vrai que la menace que représentent leurs ennemis intimes, installés à l'est du Congo, est vitale pour Kigali mais pas pour Kampala. Leur amitié se fissure sur leurs objectifs d'Etat, pour ne pas parler des batailles rangées qui opposent leurs seigneurs de guerre autour des filons congolais les plus juteux.
Le feu continue à se propager en Afrique centrale. Par ricochet sur l'Ouganda, la guerre du Soudan trouve également des prolongements divers au Congo. Pour sa part, la Centre-Afrique, maillon faible, se contente de servir de discrète plaque tournante. Son commandement militaire est dépêché par Kinshasa pour prendre le front nord à revers.
En revanche, très officiellement,
mais par Tchadiens interposés, Tripoli finance une part de la logistique
militaire consentie au régime Kabila. Enfin, des rivalités
diplomatiques et économiques se drapent dans la solidarité
régionale pour justifier la présence d'uniformes namibiens
ou zimbabwéens sous la bannière du Congo de Laurent-Désiré
Kabila. Cela fait beaucoup de bottes étrangères dans un pays
laminé par des décennies de Mobutisme et ravagé matériellement,
mais aussi dans ses valeurs, par deux guerres qui ont succédé
à un maelstroem infernal de réfugiés. Cela dessine
un jeu de mikado régional trop instable pour espérer en retirer
la moindre pièce sans faire bouger les autres. A l'autre bout du
continent, la boucherie du Sierra-Leone rappelle qu'aucun peuple n'a l'exclusivité
de la barbarie, que l'indignation est fortement proportionnelle à
la sélectivité des intérêts. Pour mettre à
genoux les rebelles du Front révolutionnaire uni, le Ruf de Foday
Sankoh, et les amener à Lomé afin de s'accorder sur une promesse
de cessez-le-feu, il aura fallu toute la détermination du gendarme
nigérian.
Dans cette entreprise militaire,
d'Abacha à Obasanjo, Lagos a choisi d'obtenir la reddition de la
rébellion pour restaurer durablement le président Amhad Tejan
Kabbah.
Fort de cet appui décisif,
ce dernier se montre peu enclin à la négociation, malgré
les difficultés de l'Ecomog à pour suivre son nettoyage au-delà
de la capitale. Toutefois, sous l'égide du Président Eyadéma
du Togo, les belligérants ont pu trouver en juin dernier un accord
pour un cessez-le-feu et un gouvernement d'union nationale. Un espoir de
paix, mais encore très fragile.
Olusegun Obasanjo va devoir faire
ses preuves au plan intérieur, où les défis ne manquent
pas. Mais il ne peut vraiment lâcher Freetown sans résultat
consistant. En même temps, comme ses prédécesseurs
- depuis Ibrahim Babangida et l'éclatement de la guerre du Liberia
en décembre 1989-, le président Obasanjo va devoir jouer
du balancier entre des voisins qui décidément ne sont pas
tous sur la même longueur d'onde.
Le Nigeria les laisse se concerter sur les décisions qu'il applique en général seul. Mais Lagos vient aussi de fustiger à haute voix les présidents Taylor du Liberia et Compaore du Burkina comme « des chefs d'Etats rebelles », selon le mot cruel du commandant en chef nigérian de l'Ecomog qui les a accusés de soutenir le Rut En effet, de nombreux indices indiquent que du Liberia en Sierra-Leone, la guerre a sauté les frontières. Au plan intérieur, le conflit de Sierra-Leone s'est éclairci avec l'éclipse du tombeur du président Kabbah, Johnny Paul Koroma, au profit de l'état-major du RUF. Mais à l'extérieur, l'avenir s'est assombri avec les incursions rebelles sierra-léonaise en Guinée-Conakry, alliée de Freetown et coincée entre deux zones de circulation intensive des armes.
Le conflit bissau-guinéen
avait éclaté le 7 juin 1998, après que le président
Vieira ait limogé le chef d'état-major de l'armée
bissauguinéenne, le général Ansumane Mané.
Il l'accusait d'être impliqué dans un trafic d'armes destiné
à approvisionner les rebelles de Casamance. De fait, la mangrove
bissau-guinéenne abrite toute sorte de trafics. Sans eux, aucun
des chiffres du produit intérieur brut n'explique la petite poignée
de fortunes commerciales qui hantent les ailées du pouvoir. En bas
de l'échelle, cette contrebande tous azimuts offre un débouché
« naturel » aux soldats sans solde de Guinée-Bissau.
Dans ce désordre érigé
de longue date en système, les deux anciens guérilleros,
Vieira et Mané étaient associés, au moins par leur
silence ou leur impuissance. Par ailleurs, leur différend n'était
pas vraiment fondé sur des divergences strictement politiques, inspirées
par exemple par des projets de société concurrents.
Pourtant, le chef de l'Etat a finalement
décidé de sacrifier le chef d'état-major sur l'autel
de sa lune de miel avec Dakar. Les promesses d'exploitation conjointe de
pétrole off shore ne sont peut être pas indifférentes
à cet épisode. Finalement le président Vieira a perdu
la main. Quant au Sénégal, entré en lice pour cause
de Casamance, il a dû déchanter quant à sa propre capacité
militaire.
En avril 1999, le général
Mané a été lavé de tout soupçon par
une commission de l'Assemblée nationale populaire de Guinée-Bissau.
Les parlementaires ont d'ailleurs retourné une partie des accusations
contre le président Vieira
Entre-temps, Dakar avait accusé
les séparatistes du MFDC, le Mouvement des forces démocratiques
de Casamance, de combattre en Guinée-Bissau aux côtés
des troupes de Mané.
Une médiation gambienne s'était
conjuguée aux efforts de la Cédéao pour aboutir à
la promesse d'un règlement politique en Guinée-Bissau, par
la voie d'élections présidentielles. Le retrait des troupes
sénégalaises devait être compensé par l'envoi
d'un contingent de l'Ecomog chargé de surveiller la zone frontalière
entre les deux pays.
En février 1999, une rencontre
spectaculaire entre le président sénégalais Abdou
Diouf et l'autorité morale de la rébellion casamançaise,
l'abbé Augustin Diamacoune, avait semblé préluder
à une nouvelle approche de ce conflit de dix-sept ans. Mais trois
mois plus tard, le canon tonnait à nouveau dans le chef-lieu de
Casamance, une pluie de roquettes s'abattait sur Ziguinchor et un communiqué
officiel de l'armée sénégalaise indiquait qu'elle
avait « vigoureusement riposté aux attaques » de colonnes
de rebelles casamançais et « pourchassé les éléments
aînés qui ont franchi la frontière en direction de
la Guinée-Bissau ».
En même temps, le gouvernement
sénégalais dénonçait « vigoureusement
i 'ingérence flagrante et inacceptable » du Premier
ministre bissau-guinéen, Francisco Fadul en visite à
Dakar qui selon la presse sénégalaise aurait prôné
« un référendum pour la Casamance ». Un
raccourci intempestif selon Francisco Fadul qui assurait en
retour que Bissau « n 'a aucune intention de s'immiscer dans les
affaires internes du Sénégal » mais que « la
Guinée-Bissau est disposée à aider le Sénégal
pour trouver une solution heureuse au problème de Casamance. »
Une semaine plus tard, le 7 mai 1999, le général Ansumane
Mané déposait le président Vieira. En sous-estimant
le nationalisme anti-sénégalais de ses administrés,
ce dernier avait déjà perdu d'avance un scrutin qui promettait
de légitimer son tombeur.
Ansumane Mané n'a pas pris
le risque d'attendre. Mais l'enjeu principal du combat de chefs bissau-guinéen
est ailleurs. il menace de repasser par Dakar.
Quitte à abandonner la Somalie
à guerre contre elle-même, la corne de l'Afrique aurait pu
espérer un début de stabilisation avec la fin de la guerre
d'Ethiopie et l'indépendance de l'irréductible Erythrée.
C'était trop attendre des amitiés de maquis tissées
contre l'ennemi commun. C'était aussi compter sans le choc des nationalismes.
En froid avec le régime «
militaro» islamiste de Khartoum, Asmara s'était déjà
illustrée en décembre 1995 par une diplomatie de la canonnière
à l'encontre du Yemen. La pomme de discorde tenait à une
poignée d'îlots de l'archipel des Hanish éparpillés
en mer Rouge jusqu'à l'embouchure du détroit de Bab-El Mandeb.
Dans ce dernier conflit, la Cour internationale de la Haye avait finalement
coupé la poire en deux, rendant aux Yéménites la Grande
Hanish, que l'histoire coloniale lui avait accordée, et conservant
aux pécheurs érythréens le droit d'accès à
ses rochers halieutiques.
La bisbille avec le Soudan a, pour
sa part, donné lieu à une valse hésitation sur fond
de guerre avec l'Ethiopie. Début mai 1999, Khartoum s'était
en effet chaudement félicité d'un accord dit de Doha, qui
organisait le rétablissement des relations bilatérales entre
les deux pays, rompues en décembre 1994. Le général
président soudanais, Omar El-Béchir, trouvait là une
respiration régionale très attendue par son régime
en quarantaine diplomatique. Du coup, il pouvait aussi espérer qu'en
échange de sa propre retenue vis à vis des opposants de l'Erythrée,
celle-ci n'accueillerait plus les siens sur son territoire. Khartoum accuse
en effet Asmara de donner un appui logistique aux rebelles sudistes de
l'Armée de libération du peuple du Soudan, la SPLA.
A ses frontières sud, celle-ci bénéficie également de la bienveillance de Kampala. Au sud-est, en revanche, la nasse se referme grâce à l'impuissance complaisante de Bangui mais surtout à l'amitié nouvelle de Kinshasa pour Khartoum. Finalement, l'accord de Doha a été remis en question quelques jours plus tard par le président érythréen, Issalas Meworki. La question reste suspendue aux destinées de l'Erythrée sur le front éthiopien. L'avenir n'est guère riant. En avril 1999, Addis Abeba a marqué des points militaires décisifs, enfonçant le front de l'Erythrée qui traîne toujours les pieds devant un cessez-le-feu.
Les premiers accrochages, entre douaniers,
remontent au 6 mai 1998, sur la frontière commune à l'Erythrée
et l'Ethiopie qui court sur près de mille kilomètres. L'enjeu
affiché d'Asmara tient à quelques arpents de terres rocailleuses
qu'elle revendique dans les zones de Badme et de Shraro, au nord-ouest
éthiopien. Dès le début, le vice-président
rwandais, Paul Kagame et le président ougandais, Yoweri Museveni,
avaient offert leurs bons offices au nom de leur amitié avec les
deux parties.
Début juin 1998, un plan
de paix rwando américain prévoyait déjà le
retrait des troupes érythréennes, la démilitarisation
de la zone frontière et des négociations sur son tracé.
L'OUA a depuis lors repris le flambeau, son président en exercice,
Blaise Compaore, offrant en vain d'accueillir une rencontre au Burkina,
en octobre 1998.
Depuis, Asmara a dû se replier
de Badine sous les bombardements éthiopiens. L'Erythrée continue
à solliciter de nouvelles médiations, celle de son ancien
adversaire yéménite notamment.
En février 1999 déjà.
le président Ah Abdallah Saleh du Yemen avait invité Addis
Abeba et Asmara à venir négocier à Sanaa. L'Ethiopie
préfère en rester au plan de 1' OUA. Mais il est clair que
pour Addis Abeba, la vraie dimension du conflit ne porte pas sur les territoires
enclavés de Badine qu'elle aurait pu espérer récupérer
avec moins de fracas. Là où le bât blesse l'Ethiopie,
c'est du côté de la mer dont l'accès lui est fermé
depuis l'indépendance de l'Erythrée. A l'usage, le port fraîchement
érythréen de Dire Dawha ne s est pas avéré
aussi consensuel que promis. Cette question des débouchés
maritimes risque d'obérer durablement les relations entre
l'Ethiopie et l'Erythrée.
En revanche, elle intéresse
d'une autre manière le minuscule Djibouti qui pourrait alors avoir
à se passer de son bouclier français. Cinquième branche
d'une étoile somalienne brisée mais toujours inquiétante,
l'ancien Territoire des Afar et des Issa pourrait alors se tourner vers
un parrain éthiopien. Entre balkanisation et recomposition, l'Afrique
orientale aussi cherche sa voie.
La guerre que l'Angola conduit au Congo ne relève pas de la guerre du Congo, même si elle a des effets sur cette dernière et se fait avec l'assentiment du régime Kabila, dont elle règle - au passage - quelques problèmes ponctuels. La guerre inter-angolaise est un conflit principal en soi qui se prolonge sur plusieurs théâtres extérieurs. Dans les deux Congo, en particulier, mais aussi, d'une autre manière, en Zambie, autre base arrière historique de l'Unita. Ceci explique les déboires du président Frederik Chiluba dans le volet angolais du conflit d'Afrique centrale, alors qu'il a été mandaté, pour traiter le volet congolais, comme médiateur, au titre de la Communauté de développement d'Afrique australe, la SADCC (Southern African Development Coordination Conference ; 1980).
Celle-ci avait été
sollicitée par le président Kabila dès août
1998. Et c'est ainsi que le Zimbabwe, la Namibie et l'Angola avaient répondu
à l'appel et envoyé des troupes.
L'Ouganda et le Rwanda ne font pas
partie de la SADCC. L'ancien groupement régional organisé
en 1980 pour contrer l'emprise économique de l'Afrique du Sud de
l'apartheid intègre désormais Pretoria. Mais la puissance
industrielle régionale fait toujours de l'ombre à ses voisins.
Le Zimbabwe en particulier s'en émeut aujourd'hui comme hier. C'est
l'une des raisons du désaccord qui a immédiatement opposé
son président Roben Mugabe à Nelson Mandela sur la question
du Congo au sein de la SADCC.
Lors de la réunion ad hoc
de l'organisation régionale, qui s'est tenue les 18 et 19 août
1998, à Rarare, capitale du Zimbabwe, Robert Mugabe s'est fait le
chef de file du camp des interventionnistes angolais et namibien, contre
l'avis de Nelson Mandela, partisan lui d'une solution diplomatique et politique
au Congo. Deux jours plus tard, des renforts militaires arrivaient au Congo
sous l'étendard SADCC.
Kinshasa commençait à
jeter l'opprobre sur Pretoria en suggérant que les mercenaires sud-africains
étaient pour quelque chose dans l'avancée rebelle. Depuis,
le Congo attend toujours l'offensive finale annoncée par Laurent
Désiré Kabila et le Zimbabwe a enregistré des mutineries.
Les Zimbabwéens soumis à
la diète de la crise économique acceptent de moins en moins
que leurs soldats aillent se faire tuer au Congo. Ils ne sont pas les derniers
à pointer du doigt les intérêts miniers de la famille
Mugabe dans le Shaba. Quant à l'Afrique du Sud, Mandela est bien
décidé à ne pas laisser la pelote des conflits régionaux
gâcher sa retraite. Thabo Mbeki prend le relais. De leur côté,
le Mozambique, la Tanzanie et la Zambie ont aussi exprimé leur préférence
pour une solution autre que militaire. Lusaka, mais aussi Victoria Falis,
le célèbre site méridional zambien, ont accueilli
diverses tentatives ratées de conciliation. Frederik Chiluba poursuit
ses efforts de médiation, mais il est désormais au banc des
accusés de l'Angola qui dénonce un trafic d'armes entre son
entourage et Jonas Savimbi.
L'immense et très poreux
territoire zambien servait déjà de base arrière à
l'Unita sous Kenneffi Kaunda, plus brillant sur les estrades de la ligne
de front que performant dans le bouclage de ses frontières. La Namibie
aussi a beaucoup servi de lieu de passage et de trafics à l'Unita.
Mais rien ne prédispose aujourd'hui Sam Nujoma à se montrer
conciliant avec ses diables du temps de l'apartheid. Et pour sa part, il
sait bien le leadership sud-africain incontournable.
Pour la première fois, l'autorité
morale de Nelson Mandela a été remise en question, et cela
dans sa propre région où l'Afrique du Sud subit une sorte
de quarantaine diplomatique. « Il est hors de question que l'Afrique
du Sud s 'embarque dans une intervention militaire en République
Démocratique du Congo », avait déclaré, le 20
août 1998, le chef d'Etat sortant, se fondant sans doute sur l'analyse
de la situation congolaise mais se rappelant aussi sûrement la cuisante
aventure du Lesotho.
En intervenant, en septembre 1998,
dans le minuscule Lesotho, réservoir d'eau et de mineurs pour l'Afrique
du Sud et enclave indépendante par quelque bizarreries de l'histoire
coloniale, la grande armée de Pretoria a cassé beaucoup d'oeufs,
pour un résultat peu probant. Afin de ramener l'ordre à Maseru,
après une mutinerie en forme de coup d'Etat, l'Afrique du Sud de
Mandela avait, elle aussi, déjà invoqué la SADCC.
Et comme ce n'était pas vraiment
le cas, elle avait tenté d'en faire la preuve en entrant au Lesotho
avec un petit contingent du Botswana ami, l'un des quatorze membres de
l'organisation régionale qui d'ailleurs se range aujourd'hui encore
derrière Pretoria dans l'affaire du Congo. Le retrait des troupes
sud-africaines et botswanaises devait être achevé le 20 mai
1999. Mais entre-temps, l'expédition sud-africaine a fait contre
elle l'unanimité des Basotho, humiliés dans leur nationalisme
de montagne sourcilleux.
A peine sorti de ses ennuis judiciaires
internationaux, Muammar Khadafi s'est offert un tour d'Afrique à
domicile avec un défilé d'hôtes début avril
1999. L'homme au petit livre vert a toujours su délier sa bourse
militaire pour peu que les foyers ainsi allumés ou entretenus servent
sa cause ou ce qui pourrait en tenir lieu. Mais il ne dédaigne pas
non plus se poser en pompier. Tripoli s'est prévalu le 18 avril
1999 d'un accord de cessez-le-feu entre Kinshasa, Kampala et Ndjamena.
Mais l'accord de Syrte a surtout été l'occasion pour le Tchad
de se retirer du jeu. Le 30 avril,
Ndjamena annonçait le rapatriement
de ses troupes. Le 15 mai suivant, un nouveau sommet élargissait
le cercle au Rwanda, représenté par son vice-président
et ministre de la Défense, Paul Kagame. Tripoli avait également
invités à Syrte les présidents du Burkina, du Tchad,
de Centrafrique, d'Erythrée et de Gambie ainsi que le Tanzanien
Julius Nyerere (médiateur au Burundi), l'Algérien Ahmed Ben
Bella et le Sénégalais Mustapha Niasse qui est l'émissaire
des Nations unies au Congo-Kinshasa.
Les Grands Lacs ne sont pas terra incognita pour le chef de l'Etat libyen. il avait promis, en son temps, monts et merveilles à l'Ougandais Idi Amin Dada, après la rupture de ce dernier, en mars 1972, avec les Israéliens, qui l'avaient aidé à prendre le pouvoir l'année précédente. Par la suite, le fantasque libyen a fait assaut de ses charmes musclés pour se mettre en bons termes avec Yoweri Museveni qui a appris pour sa part à garder la tête froide. Le colonel Khadafi s'est également montré prolixe avec l'austère général rwandais, Paul Kagame. Mais c'est à Kabila, autre vieille connaissance, que le président libyen a offert ses services logistiques, scellant sa réconciliation avec Ndjamena dans une cause commune qui lui évite du coup de mettre sa propre armée à contribution. Pôle important pour la mise en circulation des armes, Tripoli veille aussi depuis des lustres aux conflits qui émergent ou qui durent en Aflique de l'Ouest. A l'issue du premier épisode du bras de fer bissau-guinéen, le Sénégal avait reçu en lot de consolation la promesse d'un verrouillage militaire de sa province irrédentiste, la Casamance. Début novembre 1998, alors que les troupes sénégalaises étaient accusées d'avoir la main un peu trop lourde de l'autre côté de la frontière, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Jacques Baudin, déclarait que son pays avait « atteint ses objectifs en Guinée Bîssau ». Manière sans doute de fermer le ban. Aujourd'hui, c'est le retour à la case départ.
C'est également un camouflet
pour la Cédéao (Communauté Economique des Etats d’Afrique
de l’Ouest ; 1973) et pour son bras armé, 1'Ecomog, accusé
au début du deuxième épisode bissau-guinéen
de n'avoir nullement pris les précautions d'usage pour désarmer
et cantonner les troupes des ex belligérants, repartis sur le sentier
de la guerre.
A l'exception du Togo dont le président
assure la présidence tournante de la Cédéao, peu de
pays de la région s'étaient portés volontaires auprès
de l'Ecomog pour le casse-tête bissau-guinéen. il en va de
même en Sierra-Leone, où le Nigeria dispose seulement d'un
petit renfort guinéen (Guinée-Konakry). En revanche, sur
ce dossier comme sur le précédent, la région est relativement
assidue sur le terrain diplomatique. Côte d'ivoire en tête,
malgré les soupçons qui pèsent sur la nature exacte
de ses relations avec la rébellion sierra-léonaise du Ruf.
Celles que les Américains ont lancées à l'encontre
du Liberia sont en revanche précises. Mais le choc le plus rude
a été pour le Burkina, dénoncé comme un parrain
du Ruf, avec détails à l'appui, par un Nigeria qui, au nom
de l'Ecomog, a fait sienne la guerre de Sierra Leone. On n'ose imaginer
ce qu'il adviendrait des relations entre Ouagadougou et Lagos Si le Nigeria
voyait la victoire la plus totale lui échapper à Freetown.
En attendant, l'Ecomog mène la guerre à huis clos, n'hésitant
pas à chasser les témoins les plus humanitaires lorsque la
nécessité d'une offensive se fait sentir.
En 1961, à l'aube des indépendances
africaines, un secrétaire général des Nations unies,
Dag Hammarskold, disparaissait dans un accident d'avion en forme d'assassinat,
alors qu'il avait décidé de répondre au SOS du président
Kasavubu du Congo-Kinshasa et de son Premier ministre Patrice Lumumba.
L'unité du Congo était
alors lourdement menacée par des appétits étrangers
contrariés par l'affranchissement du poids lourd d'Afrique centrale.
Quelque quarante ans plus tard,
autre innovation africaine dc cette fin de siècle, l'Onu se voit
rudement congédiée d'Angola, sans même pouvoir sérieusement
enquêter sur la disparition de fonctionnaires internationaux dans
des avions abattus à proximité des champs de bataille. A
cette occasion, les deux belligérants se sont livrés à
leurjeu de ping-pong diplomatique habituel, mais cette fois, sur le dos
de l'Onu.
Luanda aurait sans doute préféré
rester en grâce auprès d'une instance internationale, dominée
par l'Occident, qui a soutenu l'Unita pendant des lustres, pour cause de
conflit Est-Ouest. Mais la fin de la guerre froide ayant renversé
la donne, la priorité du régime angolais est plus que jamais
la liquidation de l'Unita. Lui-même empêtré dans ses
enjeux politico-affairistes, le mouvement de Jonas Savimbi a d'ailleurs
fait tout ce qu'il fallait pour se mettre au ban de la diplomatie internationale.
Mais, après avoir récupéré une fraction de
l'Unita - et non des moindres - disposée à des accommodements
civils, Luanda a décrété terroriste et hors la loi
son principal cosignataire des accords de Lusaka. C'était aller
un peu vite en besogne et attendre un peu trop de l'Onu. Après notamment
l'entreprise de nettoyage militaire lancée au CongoBrazzaville l'année
précédente. L'Onu était restée muette. Mais
cette fois, le président Dos Santos attendait d'elle la consécration
explicite de la réouverture de la guerre et en particulier de sa
chasse à Savimbi. L'Onu a déjà reconnu et sanctionné
ce dernier pour ses infractions au plan de paix de 1994. Mais changer de
partenaire en cours d'accord n'est pas un usage international reconnu et,
surtout, c'est un exercice difficile à manier Mais Luanda ne renonce
pas à sa lutte finale, jusqu'aux prochaines tentatives de règlement
négocié. L'unité nationale n'est pas pour demain.
L'armée gouvernementale angolaise
tente de contrôler les cités. L'Unita se réserve les
campagnes. Les Angolais éparpillés dans leur immense pays
se divisent en autant de micro sociétés, de bouts du monde
à l'écart des ruines des anciennes métropoles
régionales. Derrière le combat de chefs angolais, se profilent
de profondes fractures régionales. Elles expliquent déjà
la rivalité entre le MPLA au pouvoir et l'Unita.
D'autres se traduisent par les aspirations indépendantistes des Cabindais, par exemple, ou par la démarche fédéraliste d'autres communautés. C'est le cas notamment du Parti de la rénovation sociale qui se réclame des Lunda Tchokwe majoritaires à l'est et au nord-est de l'Angola, dans les provinces diamantifères de Lunda Sul et de Lunda Norte et dans celle de Moxico. Le PRS dispose d'un siège de député et souhaite la création d'un Etat fédéral d'Angola.
Il rappelle que, comme jadis, les
Angolais des deux provinces Lunda et les Congolais du Shaba font allégeance
à un roi commun, le roi Mwantyanvwa qui vit au Congo. Les Bakongo
angolais vont plus loin. Ils sont organisés en plusieurs mouvements
réprimés par Luanda. Fin avril dernier, l'un d'eux demandait
dans une lettre ouverte au Parlement la création « d'un Etat
autonome du Congo ». Etat qui regrouperait les provinces de Uije,
de Zaïre (province du nord angolais) et le nord de la province de
Bengo.
Au Congo-Brazzaville, une autre
guerre des chefs les oppose à des compatriotes souvent tout aussi
frustrés qu'eux dans leurs espérances d'une vie meilleure.
Ils se traitent en étrangers, à coup de mortier et de noms
d'oiseaux, offrant au passage le ventre mou de leur frontière à
des corps véritablement étrangers et casqués de surcroît:
contingent angolais ou soldats et miliciens de l’ancien régime rwandais.
Pour l'heure, ces renforts ne s'avèrent pas décisifs pour
le général Sassou Nguesso. Mais point n'est besoin d'être
grand clerc pour prédire qu'au Congo-Brazzaville, ce ne sont pas
les nationaux de l'un ou l'autre bord qui l'emporteront.
L'état des forces militaires
fidèles au régime Kabila demeure une équation à
multiples inconnues. A la veille du 2 août 1998, Laurent-Désiré
Kabila disposait de 140000 hommes. Il promettait une armée multipliée
par deux ou trois, confortée par des Comités de défense
populaires, des milices armées. Le nombre et la détermination
des unités de l'armée régulière, ralliées
à la chute de Mobutu, posent toujours question. Mais au moins, la
troupe était-elle formée de soldats professionnels, ce qui
est rarement le cas des anciennes recrues congolaises de l'AFDL, l'Alliance
des forces démocratiques pour la libération du Congo, qui
avait installé Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa
en mai 1997. Mais surtout, Laurent-Désiré Kahila fourbit
son fer de lance katangais. Les observateurs évaluent à quelque
10000 ces combattants rentrés de l'exil angolais, où Mobutu
avait chassé leurs pères ou grands-pères. Ces soldats
sont épaulés par une division présidentielle de quelque
8000 hommes, en majorité des Balubakat comme Laurent-Désiré
Kabila.
Leur recrutement n'est pas
facteur d'unité nationale. A l'est, l'emploi des Mai Mai - guerriers
traditionnels des diverses communautés « autochtones »
-ne l'est pas davantage. Les Mai Mai, comme les autres populations du Kivu,
conduisent à l'un ou l'autre camp en fonction du thermomètre
des relations des différentes communautés entre elles mais
aussi avec les occupants rwandais et leurs poulains congolais du Kivu.
Pour faire bonne mesure, le président congolais a également
tiré quelques marrons du feu régional, des troupes très
fortement motivées, pour ne pas dire des desperados, survivants
de l'armée et des milices de l'ancien régime rwandais, toujours
en première ligne dans l'est congolais.
A ce melting pot, s'ajoute à
l'occasion des hommes de la rébellion armée burundaise. Toute
évaluation serait hasardeuse. Mais l'on peut risquer que ces supplétifs
nationaux et étrangers représentent au minimum plusieurs
dizaines de milliers d'hommes. En face, les quelque 60000 hommes de l'armée
rwandaise ont vu arriver de nouvelles recrues hutu, tirées des prisons
du génocide et spécialement destinées à la
guerre au Congo. Kigali à remis son armement aux normes d'une guerre
qui marque des points au sol, à grands renforts de fantassins donc
et dans certains cas avec l'appui de blindés, du volet aérien
du déplacement des troupes, avec attaques ou répliques. L'Ouganda
assure sagement la garde des aéroports des métropoles conquises.
Cela n'a pas empêché les bombardements de l'aviation zimbabwéenne
sur Goma, le 11 mai 1999. Ils ne sont pas de nature à venir à
bout des soldats qui courent sous le couvert des forêts voisines.
Mais ils peuvent vider les villes de leurs populations civiles. Globalement,
elles rejettent tous ces rebelles qui se disputent le pouvoir sur leur
dos. Au Congo-Kinshasa, également des forces centrifuges tout aussi
dangereuses sont également à l'oeuvre dans la plupart des
autres conflits qui marquent le continent d'Est en Ouest.
Les Africains sont de plus en plus
nombreux aujourd'hui à se prévaloir ou à subir les
effets d'une sorte de double nationalité : celle de l'Etat proclamé
souverain sur le territoire qu'ils habitent et celle de leur communauté,
généralement
dite ethnique. Les compétiteurs
politiques résistent rarement à se servir des concurrences
surgies entre populations de souches diverses. C'est d'autant plus tentant
que, hors les capitales, pouvoir et administration prennent un tour accessoire
face à une périphérie centrée sur elle-même,
voire entrée en dissidence ou éclatée en quantité
de fiefs plus ou moins antagonistes. La première de ces appartenances
ouvre des droits et des devoirs présumés égaux entre
chaque individu, c'est-à-dire entre chaque citoyen. La seconde les
inscrit à l'intérieur d'un groupe biologique, sur des bases
héréditaires, exclusives et différenciées.
Cet accommodement à la sauce locale a des conséquences lourdes
dans des économies restées massivement rurales, où
l'accès à la terre, par exemple, est un enjeu majeur. C'est
l'un des aspects cruciaux de la tempête d'Afrique centrale. Les appétits
économiques ne sont bien sûr pas absents de ces calculs politiques
et militaires. A court terme, grignoter l'or du Kivu ou faire main basse
sur les diamants du Kasai sont des perspectives alléchantes. Qu'il
s'agisse d'individus ou de groupes plus ou moins organisés, les
prédateurs ne manquent pas de proliférer sur la carcasse
affaiblie du Congo. Mais dépouiller le riche voisin n'est pas pour
autant un objectif d'Etat réaliste. Avant de tenter de digérer
l'un ou l'autre morceau du Congo, il faut au minimum éliminer la
concurrence. Il faudra peut-être aussi un jour compter avec la population,
pour l'instant désarmée et désunie mais globalement
hostile aux bottes étrangères. Dans tous les cas, le seul
résultat assuré, c'est la liquidation de tout espoir de développement
régional. Les alliances militaires d'aujourd'hui ne manqueront pas
de marquer les relations africaines extra régionales.
Les souvenirs que remporteront chez eux les soldats sans frontières du Congo y prendront leur part. Le fantôme des soldats morts en terre étrangère hantera les chaires continentales. Mais pour être complètement déterminante, les alliances militaires exigent de communes résolutions politiques. Ce n'est le cas dans aucun des conflits africains qui collectionnent, plutôt les francs tireurs obnubilés par leurs cibles personnelles. Le temps que tombent les oeillères, il faudrait bien sûr davantage qu'une conférence pour la paix. Celle ci servirait sans nul doute les mêmes protagonistes, mieux que la guerre. A condition que cette fois ils aillent chercher le dénouement auprès de leurs administrés africains et non plus dans les chancelleries occidentales.
A PROPOS DE CES CONFLITS
C'était au début des années 90... Le continent avait connu quelques-unes des plus longues guerres de son histoire : guerres de libération en Angola et au Mozambique, vite muées en guerres civiles ; lutte de libération nationale, en Erythrée, face à l'ancien empire éthiopien devenu la chasse gardée du « Négus rouge ». Derrière les acteurs locaux, la ronde des Antonov de l'armée soviétique, les contingents de soldats cubains, les livraisons d'armes ou subsides chinois, les manigances des unités de mercenaires levées par les services secrets américains, et - dans l'Atlantique sud, l'océan Indien et la mer Rouge - le face- à-face des flottes soviétique, américaine et même française... rappelaient le jeu des « incendiaires » extérieurs.
La chute du mur de Berlin (1989) et l'éclatement de l'Union soviétique (1991) ouvrirent soudain le champ à ce qui semblait jusqu'alors d'impossibles règlements. Des négociations pour la résolution des conflits « d'après-guerre froide » se mirent en branle à Luanda et à Maputo, sous le patronage actif des Nations unies, tandis que le régime communisant du colonel Menguistu, à Addis-Abeba, ployait sous l'offensive conjointe des fronts de libération du Tigre et d'Erythrée - cette dernière obtenant une indépendance réclamée par les armes depuis plus de vingt ans.
L'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola(Unita) et la Résistance nationale du Mozambique (Renamo), mouvements armés à recrutement ethnique, qui contestaient les « démocraties populaires » mises en place par les mouvements de libération de tendance marxiste, avec le soutien de l'URSS et de l'ensemble de la mouvance tiers-mondiste ou non alignée, étaient devenus, en 1991 et 1992, des partis légalement reconnus ; des accords de paix prévoyaient des élections pluripartites sous l'égide de l'Organisation des Nations unies (ONU). M. Jonas Savimbi, le chef de guerre de l'Unita, qui avait repris les combats pour le contrôle des gisements de pétrole et de diamants après avoir refusé d'admettre son échec à l'élection présidentielle de septembre 1992, avait dû se résoudre, sous la pression internationale, à souscrire en 1994 aux « accords de Lusaka », qui prévoyaient la mise en place d'un gouvernement d'union nationale et, pour lui- même, un « statut spécial ».
En Afrique du Sud, la libération de M. Nelson Mandela, le « plus vieux prisonnier du monde », la fin de l'apartheid et l'accession au pouvoir de la majorité noire signaient la fin d'une époque. L'Amérique démocrate, soucieuse de faire oublier les compromissions passée, se posait en « parrain » des nouveaux régimes d'Afrique australe et de la Corne, conduits par d'anciens marxistes conquis à l'économie de marché. Une vague de démocratisations - sur la lancée de la chute du dictateur roumain Nicolae Ceausescu (décembre 1989) et du discours du président français, François Mitterrand, à La Baule - secoua le continent, de part en part, avec force conférences nationales, constitutions pluripartites, élections. Tant de « signaux forts » paraissaient ouvrir, pour cette « autre Afrique », une ère de renaissance, avec le sentiment d'avoir enfin soldé, une génération après la vague des indépendances des années 60, la plupart des comptes de la colonisation...
Mais les sommets de l'horreur atteints il y a cinq ans, en 1994, avec le génocide des Tutsis du Rwanda, et les affrontements, au Burundi, entre Hutus et Tutsis, ainsi que les dernières affres surréalistes du régime de Mobutu au Zaïre, bientôt emporté par l'onde de choc de la tragédie rwandaise dont les « répliques » se font encore sentir dans toute l'Afrique centrale, ont brouillé les cartes.
Et le spectacle donné aujourd'hui par une partie du continent fait balancer entre incrédulité et désespérance. Partout se multiplient les zones de non-droit. En Sierra Leone, des rebelles se vengent en coupant les bras et les mains des civils, alors que - dans une capitale en feu - des gouvernementaux interdisent l'accès des salles d'opérations aux french doctors... A Brazzaville, en proie depuis cinq ans à la vindicte des milices, le régime a récemment fait « nettoyer » des quartiers à l'arme lourde. En Centrafrique, en Guinée-Bissau, des mutineries à répétition ont surgi, en dépit de tous les cessez-le-feu mis en oeuvre depuis deux ans... L'archipel des Comores est secoué par des îles sans cesse batailleuses... Et dans une île Maurice couverte d'éloges - une destination privilégiée du tourisme international -, la colère de la minorité créole, laissée-pour-compte du « miracle », éclate brusquement...
En Somalie, le pays demeure fragmenté, sans Etat, comme « hors du monde », malgré une dizaine de tentatives de réconciliation en cinq ans.... Entre l'Ethiopie et l'Erythrée, le conflit tourne à la boucherie, pour quelques arpents de frontière, entre frères d'armes devenus ennemis... En Algérie, au fil des cinq dernières années, l'horreur s'est banalisée... Et surtout, en Angola, une « guerre de cent ans » s'est de nouveau rallumée, signant un des échecs les plus retentissants de l'ONU et de la communauté internationale, dans un pays qui avait été le théâtre sanglant d'un des grands affrontements Est-Ouest des années 70 et 80, et où un siècle - de paix ! - serait nécessaire pour venir à bout du déminage...
Des guerres qui blessent l'optimisme et brutalisent les consciences non pas tant en raison de leur cruauté - qui n'est pas sans précédent, en Afrique comme ailleurs - mais parce qu'elles paraissent, comme en Sierra Leone, absurdes, suicidaires, sans principe, sans « programme », « en dehors de toute logique politique, et encore moins révolutionnaire». Parce qu'elles s'enchaînent, comme au Congo-Brazzaville, sans espoir apparent d'en sortir, sans leçons tirées, sans même se donner le temps de reconstruire. Ou que - s'agissant des conflits les plus emblématiques en Angola, au Congo-Kinshasa ou dans la Corne - leur déclenchement semble marquer l'échec de toute une période, l'écroulement d'une montagne d'efforts, avec le sentiment d'une pente toujours plus longue et hasardeuse à remonter.
Au point d'entraîner déjà des réactions de rejet dans l'opinion et les médias des pays du Nord, où - tout en constatant n'avoir, cette fois, « rien à voir » dans ces conflits - on se résigne à laisser s'entretuer des communautés qui ne peuvent s'en empêcher, renouant avec l'antique vision d'un continent de tribus et de guerriers. Mais aussi en milieu africain, où percent le désarroi, l'incompréhension et la honte parfois - une « image déprimante » du continent, affirmait récemment le secrétaire général de l'ONU, le Ghanéen Koffi Annan -, où progresse aussi l'idée qu'après tout les abcès doivent se vider : « Laissons-les faire la guerre jusqu'à ce qu'ils s'en lassent, s'y épuisent, en meurent ou subissent la colère de leurs peuples. »
Tout se passe comme s'il fallait compter désormais avec plusieurs Afriques... L'une, à la dérive, saignée par des guerres civiles ouvertes ou larvées, l'autre, bonne élève des organismes internationaux, notamment financiers.
LA première relève - quant à l'action internationale - de la gestion de crise et de la solidarité humanitaire : des « zones blanches » ou « grises », fonctionnant selon le « modèle des seigneurs de la guerre ", dans un cadre de non-droit et un climat de lutte pour la vie, où l'on s'aventure le moins possible, où foisonnent les milices ou les sociétés privées de sécurité, où triomphent la contrebande et l'informel, avec parfois des îlots « utiles » autour d'une mine ou d'une plantation qui financent le pouvoir local, sa clientèle, ses guerres. Les ressources minières - le diamant, surtout - ont été le nerf des conflits en Angola, en République démocratique du Congo, au Liberia et en Sierra Leone. Ailleurs, c'était l'ivoire (Angola, Mozambique), ou la drogue (Rwanda)...
A nouveau, sur le continent, quand l'Etat - pris dans l'étau de la dette et des mesures imposées par le Fonds monétaire international (FMI) - ne paie plus les salaires des fonctionnaires, et abandonne écoles, hôpitaux, transports, « la guerre est une alternative à une économie de paix qui ne nourrit plus : la kalachnikov est le meilleur moyen de production». Les laissés-pour-compte de l'exode rural, les jeunes « bricoleurs » des quartiers sont la chair à canon des guerres civiles. Beaucoup sont des enfants-soldats initiés très tôt à l'horreur, parfois enrôlés de force, comme par l'Armée de résistance du Seigneur, au nord de l'Ouganda : « Un crime sans nom, qui fait se consumer des générations entières ».
Après la déroute de leurs armées ou milices, ces tout jeunes « anciens combattants », le plus souvent livrés à eux-mêmes, deviennent « coupeurs de route », détrousseurs de voyageurs (comme sur le rallye auto-moto du Dakar, en janvier dernier), ou assassins de touristes (comme dans le parc naturel de Bwindi, en Ouganda, début mars). Il est significatif que le mercenariat - traditionnellement franco-belge, puis alimenté par les pays de l'Est européen - s'africanise : des rescapés des putschs ou des guerres civiles en Gambie, Liberia, Sierra Leone ; des anciens des Forces armées rwandaises et de la Légion islamique de Libye, d'ex-combattants des fronts tchadiens ou touaregs proposent à leur tour leurs services, notamment au Congo ex-Zaïre...
L'autre Afrique est en émergence, parée des atours de la « bonne gouvernance », couvée par la Banque mondiale, courtisée par les investisseurs : regardés à la loupe par les afro-optimistes, quelques « pôles de développements bien ciblés et sécurisés » qui - comme la Côte d'Ivoire, l'Ouganda, le Botswana - tentent de combiner stabilité politique, Etat de droit, cadre macro- économique viable, abandon des « mentalités administratives » et soutien au secteur privé, réformes économiques et sociales menées tambour battant ; et aspirent à constituer autant de pôles régionaux de croissance.
Et, entre ces deux Afriques, un marais de pays où l'Etat est encore une réalité, mais qui risquent à terme de basculer dans le chaos, en raison de la surcharge démographique, de la dégradation accélérée de l'environnement et de l'absence d'espoir d'amélioration des conditions de vie pour leurs habitants.
Dans son rapport sur les causes des conflits et la promotion d'une paix et d'un développement durables en Afrique, le secrétaire général de l'ONU, M. Koffi Annan, pointait certes le rôle des marchands d'armes ou des intérêts étrangers, mais insistait sur « le rôle que certains gouvernements africains jouent pour soutenir, voire fomenter des conflits chez leurs voisins », et relevait que la trentaine de guerres qui s'étaient déroulées sur le continent depuis 1970 avaient été en majorité internes, même si elles avaient fait plus de la moitié des victimes de conflits dans le monde entier, ainsi que plus de huit millions de réfugiés et déplacés.
Les causes de ces affrontements sont multiples : centralisation excessive du pouvoir politique et économique, engendrant corruption et népotisme ; refus de certains dirigeants de rendre des comptes et d'accepter l'alternance politique, en particulier dans les pays de la mouvance « francophone » ; mépris des minorités ou, au contraire, monopolisation du pouvoir par des groupes particuliers (ethniques, régionaux, militaires, etc.), et absence de systèmes de représentation efficaces ; coopération insuffisante de part et d'autre de frontières qui séparent artificiellement une même communauté ; disputes sur des tracés territoriaux hérités de la colonisation, pour un accès à la mer, au pétrole ou à d'autres gisements de matières premières ; excès de certains budgets militaires, difficultés du retour à la vie civile pour les ex-combattants, insuffisance de contrôle de la circulation des armes légères...
Pourtant, il faut se méfier de l' « Illusion d'optique », plaident certains observateurs. Une quarantaine d'Etats sur cinquante-trois, et de vastes régions à l'intérieur de pays en conflit, connaissent la paix. « C'est cette Afrique au travail qui compte », même si subsistent, dans certaines zones, quelques foyers de troubles, mais « de faible importance, qui affectent peu de monde, sont combattus, et par conséquent sont en voie de résorption ».
La crise au Congo « démocratique », la famine au sud de la Somalie, le rachat d'esclaves au Soudan, les ravages de la corruption, les trafics de diamants ou d'ivoire, la misère quasi générale des systèmes d'éducation et de santé, les dégâts de la pandémie de sida, l'effondrement des cours des matières premières (pour la plupart à leur plus bas niveau historique, pétrole compris), la baisse continue de l'aide publique au développement, la mobilisation plus faible des organisations non gouvernementales et leur désarroi, etc., ne doivent pas « masquer le renouveau africain ».
Ainsi, une douzaine de pays ont connu ces dernières années un taux de croissance d'au moins 5 %, et le revenu par habitant a progressé nettement entre 1995 et 1997 pour plus de trente des cinquante-trois Etats du continent. En tête du palmarès, l'Afrique du Sud, avec plus de 100 milliards de dollars de produit intérieur brut, en dépit d'un ralentissement récent ; la vitalité des économies nord-africaines (y compris de l'Egypte), quelques « miracles » (comme l'île Maurice ou la Tunisie), et des pays performants : Botswana, Ouganda, Ghana...
Une nouvelle génération de cadres et d'entrepreneurs africains a surgi, de plain-pied avec la mondialisation, la téléphonie, Internet, la langue anglaise, qui sont parfois d'anciens hommes politiques ou syndicalistes reconvertis, comme M. Cyril Ramaphosa en Afrique du Sud. L'intégration régionale a progressé à l'ouest, au sud, à l'est. Les partenaires se diversifient, avec l'entrée en scène des Etats-Unis et du Japon, alors que les relations jadis « obligatoires » avec les anciennes métropoles coloniales se banalisent. Certains secteurs d'activité « explosent », en Afrique comme ailleurs - électricité, informatique, électroménager, télécommunications et médias, tourisme - raccrochant peu à peu le continent, pour le meilleur ou parfois le pire, au train de la mondialisation.
Le renouveau est également politique. La « société civile » a fait irruption, avec l'extension du tissu associatif, la prise en charge de la sécurité ou du développement par les habitants des quartiers et villages. Les réformes se sont poursuivies dans une majorité d'Etats (parfois sous la menace occidentale de couper les robinets de l'aide) : élections, transparence, société civile. Alors que le continent - Afrique du Nord incluse - avait connu, entre 1952 et 1989, une soixantaine de coups d'Etat, seize pays ont accédé au multipartisme entre 1990 et 1993, et quarante-deux Etats ont à leur tête des dirigeants régulièrement élus ou réé
ETATS DES DIFFERENTS CONFLITS EN AVRIL 1999
SenegalConfrontations between Senegalese and Casamance independence forces have caused thousands of deaths over 16 years.
Guinea-Bissau
Despite several cease-fires, in January fighting resumed between troops loyal to President Vieira and the rebel forces of General Mane. Troops from Senegal and Guinea intervened in 1998. They were replaced in January by an Ecomog contingent.
Sierra Leone
Ousted by a coup, President Kabbah was restored to power in February 1998 by Ecomog forces led by Nigeria. But United Revolutionary Front (RUF) forces overran the capital in January before they were again forced out, leaving thousands of victims behind.
Nigeria
The Delta, Nigeria's main oil-producing region, has been on the verge of civil war while newly elected President Obasanjo prepares to take office.
Angola
Since independence in 1975 the country has had just five years of precarious peace. The Lusaka treaty of 1994 was supposed to put an end to 20 years of clashes that left half a million dead and one of the world's biggest minefields. Since January government troops and Unita rebels have resumed fighting and four years of UN efforts have been reduced to nothing.
Sudan
Since the start of the 1980s Khartoum's Islamist regime has been fighting a civil war with the southern Christian/animist rebel forces. One of Africa's bloodiest conflicts which may have claimed a million victims is causing famine in the south.
Comoros
The island of Anjuan seceded in August 1997. Its "independence" has not been recognised by any state. Since December 1998 the island has been in the grips of two armed factions and attempts to return it to the Comoro fold have failed.
Lesotho
Clashes in September 1998 between putchist forces and troops from South Africa and Botswana have claimed around 50 victims.
Congo
Clean-up operations in the capital have caused hundred of deaths since December 1998. The country has gone through two bouts of civil war (1994 and 1997), with several thousand victims on each occasion. The three main leaders behave like warlords with their Ninja, Cobra and Cocoye militias.
Democratic Republic of Congo
The country is still feeling the shock-waves of the Rwanda genocide. The Banyamulenge rebellion in the east, starting in August 1998, has turned into a war involving the armies of seven of the region's states and several armed movements. Some 15 attempts to end the conflict have failed.
Ethiopia-Eritrea
The two countries, ruled by former liberation front "comrades", are fighting over a few hundred sq km on their border. Since May 1998 several thousands have been killed. After several abortive mediation attempts they resumed hostilities. After its defeat at Badme Eritrea has in principle accepted the OAU peace plan of 27 February 1999.
Somalia
Eight years after the overthrow of General Siad Barre the country is still divided by rival factions. It has no central government. Somaliland to the north has declared independence. The Northeast is following suit. The reconciliation process is deadlocked.
Uganda
Yoweri Museveni's interventionist regime is facing a rebellion in the north, and is trying to get rid of armed groups based in the west, using its troops alongside Kivu rebels in ex-Zaire. Kampala and Khartoum are accusing each other of supporting their respective rebellions.
Rwanda
In power since the 1994 anti-Tutsi genocide that left more than half a million victims, the Rwanda Patriotic Front has not been able to bring peace to the whole country. The Hutu guerrillas in the north have become less active since the intervention of Rwanda troops alongside Congolese rebels.
Burundi
Civil war between the army, dominated by the Tutsi minority, and the Hutu rebels has claimed 200,000 victims since October 1993. Peace talks have been taking place since June 1998. Economic sanctions by the countries of the region were lifted in January.
PARTIE II
Le 16 janvier 2000, les Bissau-Guinéens iront aux urnes pour le second tour de l'élection présidentielle. Ils devront départager les deux candidats encore en lice: le président intérimaire Malam Bacai Sanha, candidat du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC, au pouvoir) et Kumba Yalla du Parti de la rénovation sociale (PRS) .Au premier tour, le 28 novembre, ce dernier était arrivé en tête avec 38, 81% des voix, alors que le président sortant n'obtenait pour sa part que 23,37% si Kumba Yalla -qui avait déjà, lors du scrutin de juillet 1994, réussi l'exploit de mettre en ballottage le commandant Joao Bernardo "Nino" Vieira en personne -était élu, il changerait la règle de ces dernières années selon laquelle quand un président en exercice organise une élection, il est sûr de la gagner. Exception faite pour Nicéphore Soglo, au Bénin, battu en mars 1996 par le revenant Mathieu Kérékou. Pourtant, quelques dinosaures ont été balayés démocratiquement durant la décennie. C'est le cas de Kenneth Kaunda, président sortant en 1991 , qui a été sévèrement battu par un nouveau venu en politique: le syndicaliste Frederick Chiluba. Ou encore de Kamuzu Hastings Banda, homme fort du Malawi, sorti en 1994 par Bakili Muluzi.
Mais, en 1996, Frederick Chiluba doit remettre son mandat en jeu. Il a, en face de lui, un Kaunda requinqué et sûr de l'emporter. Le président sortant n'hésite pas à fouler aux pieds les principes démocratiques, ceux-là mêmes qui lui avaient permis de battre l'ancien " père de la nation" .Il décide une modification de la Constitution au terme de laquelle Kaunda, considéré désormais comme étranger -après avoir dirigé la Zambie pendant vingt-sept ans-est mis hors course. Tous les moyens, même les plus contestables, sont bons pour gagner une élection, rester au pouvoir ou éliminer arbitrairement des adversaires. Au Sénégal, on a vu Abdou Diouf, au pouvoir depuis 198 I, à la suite de la démission de Léopold Sédar Senghor, faire procéder à une révision constitutionnelle afin de se présenter une nouvelle fois à la présidentielle de février 2000. Le Namibien Samuel Nujoma, réélu fin novembre avec 77 % des suffrages, a lui aussi modifié la Constitution de son pays pour avoir le droit de briguer, une troisième fois, la magistrature suprême. Or la même Constitution ne permet pas à celui qui lui succédera de bénéficier de ce privilège.
La décennie démocratique a aussi été marquée par des hommes hors du commun. Arrivés à la tête de leurs pays respectifs à des moments précis de l'Histoire, ils se sont montrés respectueux de la parole donnée et ont rendu le pouvoir le moment venu. Dans cette catégorie, il faut classer le général malien Amadou Toumani Touré (ATT pour les intimes). Tombeur en 1991 avec l'ensemble des forces démocratiques du Mali -de Moussa Traoré, il organise en 1992, comme promis, des élections générales, remportées par Alpha Oumar Konaré. Amadou Toumani Touré se retire alors de la scène, la tête haute, forçant le respect de tous. Au Nigeria, après le décès, en juin 1998, du dictateur Sani Abacha, un autre général, Abdulsalami Abubakar, prend la relève. Il annonce la tenue d'élections et la remise du pouvoir à un président élu. Ce sera Olusegun Obasanjo, en mars 1999.Sur un autre registre, faut-il considérer les militaires nigériens comme des hommes de parole ?
Tout le monde sait qu'ils ont pris le pouvoir après l'assassinat, le 9 avril, du général Ibrahim MaÏnassara Baré. Un assassinat accepté par l'ensemble de la classe politique nigérienne, comme s'il s'agissait d'une façon normale de résoudre une crise politique. Mis au ban de la communauté internationale, les putschistes nigériens, dirigés par Daouda Mallam Wanké, ancien commandant de la garde présidentielle, promettent alors de regagner les casernes aussitôt après l'élection d'un nouveau président. Les élections ont eu lieu, Mamadou Tandja, candidat du Mouvement national pour la société de développement (MNSD), a été élu sans contestation. Les militaires sont donc partis. Leur crime restera-t-il impuni ?
Parmi les motifs de satisfaction, on retiendra la fin de la longue et meurtrière guerre civile sierra-léonaise, à la suite de l'accord signé en juillet, à Lomé, par le président Ahmad Tejan Kabbah et Foday Sankoh, leader du Revolutionary United Front (RUF). Les deux ont compris qu'il fallait trouver un compromis en partageant le pouvoir. Mais, en dépit de l'application de l'accord -Foday Sankoh est aujourd'hui le vice-président de la Sierra Leone -, tout reste encore très fragile. Une nouvelle menace pèse sur ce pays meurtri: Sam Bockarie, jusque-là numéro deux du RUF, est en désaccord avec ses amis, qui lui ont reproché de ne pas vouloir rendre les régions diamantifères. Il a donc préféré s'exiler au Liberia. Soupçonné, à tort ou à raison, d'entretenir des "relations d'affaires" avec le président du Liberia, Charles Taylor, le "général" Bockarie va-t-il, une fois de plus, mettre à feu et à sang la Sierra Leone ? Pour le moment, rien ne semble impossible.Autre sujet de vive inquiétude, la situation dans la région des Grands Lacs. Dans cette partie du continent, tous les pays sont en guerre. Au Burundi, la violence n'a pas cessé depuis l'assassinat, en] 993, du président élu Melchior Ndadaye, victime des forces hostiles au changement et à l'alternance. Au Rwanda, la guerre se poursuit malgré la victoire du Front patriotique en 1994 et l 'hécatombe qui s'en est suivie. En Ouganda, Yoweri Museveni -qui semble être le grand manipulateur de la région -est combattu depuis les années quatre-vingt par différentes guérillas, dont celle de Joseph Kony, de la Lord Resistance Ar my. La République démocratique du Congo affronte, depuis août] 998, une rébellion soutenue par l'Ouganda et le Rwanda. La particularité des conflits dans la région des Grands Lacs est que les Etats soutiennent ceux qui combattent leurs voisins, n 'hésitant pas à violer l'intégrité territoriale quand ils le souhaitent. Rien d'étonnant de voir aujourd'hui l'Ouganda et le Rwanda, hier alliés du président congolais Laurent-Désiré Kabila -qu'ils ont porté au pouvoir à Kinshasa, après avoir provoqué la chute de Mobutu Sese Seko -appuyer sans réserve les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCO) et du Mouvement de libération du Congo (MLC). Les deux pays évoquent des raisons de sécurité à leurs frontières pour justifier leur action en RDC. Mais ils oublient de dire qu'ils tirent largement profit de cette situation en pillant sans retenue les produits du sol et du sous-sol congolais. La guerre arrange les affaires du gouvernement de Kinshasa et de ses alliés angolais, namibiens et zimbabwéens. Après l'accord de paix signé à Lusaka, le 10 août, certains ont cru en la volonté des belligérants d'enterrer la hache de guerre. Un espoir très vite déçu, malgré l'envoi, sur le terrain, de quelques observateurs de l'Onu. Le désir de profiter le plus longtemps possible des "bienfaits" de la guerre l'emporte sur une réelle volonté de paix. La mission effectuée en décembre par Richard Holbrooke, ambassadeur américain à l'Onu, dans les pays concernés par le conflit congolais, a-t-elle été couronnée de succès ? On peut en douter quand on sait que Kinshasa et Washington ne voient pas le problème de la même manière. Quand Holbrooke demande au gouvernement de Kabila de respecter le cessez-le-feu prévu dans l'accord de Lusaka, Abdoulaye Yerodia Ndombasi, le ministre congolais des Affaires étrangères, répond que la solution passe d'abord par le départ du Congo des soldats rwandais et ougandais.
La libération, en décembre, d'une centaine de prisonniers politiques par Kinshasa est sans doute une manoeuvre habile de Laurent-Désiré Kabila en direction de ses adversaires, au moment où le dialogue intercongolais est toujours reporté, faute de facilitateur accepté par tous. Le choix porté sur l'ancien président botswanais Ketumile Masire n'a rien changé, ce dernier n'ayant pas encore donné son accord. Un enlisement de la situation est à craindre. Cela irait dans le sens souhaité par certains, c'est-à-dire l'entérinement de l'éclatement du pays. La décision prise dernièrement par le RCD-Goma d'associer les militaires rwandais à la gestion des ressources des
provinces sous son contrôle n'augure rien de bon. Autre inquiétude pour la stabilité déjà malmenée de la région, la grogne qui monte au Rwanda, dans les rangs du Front patriotique rwandais. Beaucoup se demandent jusqu'où va les conduire Paul Kagame, l'homme fort du pays, qui, sous prétexte de traquer les rebelles hutu, a poussé son armée à opérer plus loin à l'intérieur de la RDC. Dans la région des Grands Lacs, la pratique de la démocratie peut toujours attendre.Au Congo-Brazzaville, après les espoirs nés en août quand le gouvernement avait manifesté, dans une incroyable cacophonie, son intention d'entamer un dialogue avec l'opposition, l'heure est au désenchantement. Plutôt que de discuter avec Pascal Lissouba ou Bernard Kolélas, le président Denis Sassou Nguesso a préféré s'entendre avec les combattants de l'intérieur et décidé de poursuivre en justice ses deux adversaires. C'est peut être l'option des faucons de son camp. Mais il n'est pas sûr que cette manière de voir contribue au retour d'une paix durable .
Pendant ce temps, en Guinée, obéissant à une logique d'une autre époque, le président Lansana Conté tient en otage dans ses geôles, depuis un an, l'opposant Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). Candidat à la présidentielle de 1998, le leader du RPG a été arrêté et accusé d'avoir voulu renverser le régime . Sa culpabilité n'a jamais été démontrée, faute de procès. Le président guinéen reste sourd à tous les appels et son attitude n'est pas de celles qui contribuent à l'émergence d'un Etat de droit. L'inquiétude vient de la Côte d'Ivoire où le pouvoir s'acharne à démontrer qu'Alassane Dramane Ouattara -leader du Rassemblement des Républicains (RDR) et candidat déclaré à la présidentielle d'octobre 2000 n'est pas ivoirien. Beaucoup craignent qu'il n'en découle un désastre. La montée de la xénophobie en Côte d'Ivoire, au moment où les instances sous-régionales parlent d'intégration, est une manière de naviguer à contre-courant.
Le 24 Décembre, on apprenait que des soldats étaient descendus dans les rues en Côte d'Ivoire; des coups de feu ont été entendu dans la capitale Abidjan et des vols dans les magasins de la ville ont été perpétré. Aucun mort n'est à déplorer.
Le porte parole de ce coup d'état militaire se nomme Robert Guei, général dans les forces armées du pays et ex-ministre de la Défense. Robert Guei a annoncé que le président Bédié avait été renversé et qu'il pouvait quitter le pays (ce qu'il a fait en se rendant au Togo).
Le 30 Décembre 99, Ouattara quittait la France après que le nouvel homme fort du pays ait annoncé vouloir rencontrer les chefs de partis politiques afin de former un nouveau gouvernement composé de civils. Le calme est revenu à Abidjan en cette fin d'année 99.
Guei a promis de restaurer la démocratie après une période transitoire dont la durée n'est pas encore connue.LES CONFLITS AU DEBUT JANVIER 2000
AFRIQUE CENTRALE ET GRANDS LACS
Congo-Brazzaville
La guerre civile oppose, depuis décembre 1998, l'armée gouvernementale et la milice Cobra de Nguesso, appuyée par les Angolais, aux miliciens (Ninjas et Cocoyes) de l'ancien président Pascal Lissouba et de Bernard Kolélas, son ancien Premier ministre. Un accord de cessation des hostilités a été signé le 17 novembre, à Pointe-Noire, par le gouvernement et un groupe d'officiers des milices. Toutefois cet accord qui n'a pas reçu l'approbation des dirigeants de l'opposition en exil, accusés de crime de guerre, reste fragile. La paix n'est pas acquise. Des massacres, que certains qualifient de génocides ont été perpétré cette année des deux côtés..Rwanda
Au Rwanda, le Front patriotique rwandais (FPR), au pouvoir depuis 1994, mène une guerre sans merci aux anciens membres des Forces armées rwandaises (FAR). C'est la raison officielle de son intervention dans l'ex-Zaïre.Burundi
Depuis l'assassinat de Melchior Ndadaye, en 1993, la violence secoué le Burundi (combat entre le gouvernement Tustsi et les rebelles Hutus). Malgré son retour au pouvoir en 1996, à la suite d'un putsch, Pierre Buyoya n'arrive pas à redresser la barre. Les rencontres interburundaises d'Arusha (Tanzanie) n'ont rien donné. La désignation d'un nouveau médiateur en la personne de Nelson Mandela va-t-elle ramener les Burundais à la raison ?RDC
Le pays est divisé en zones gouvernementales et zones rebelles. Chaque camp a ses alliés, qui profitent de la situation. L'accord de Lusaka n'a rien réglé.Angola
C'est la plus longue guerre du continent. Le président dos Santos a mené une offensive qui semble avoir affaibli l'Unita. Jusqu'à quand ?
Fin Décembre, l'UNITA demandait la reprise des pourparlers de paix avec le gouvernement; le mouvement rebelle a perdu l'un de ses bastions au sud du pays dans la ville de Jamba...Tchad
Après des années d'accalmie relative, une rébellion armée dirigée par Youssouf Togoïmi, ancien ministre de l'Intérieur d'Idriss Déby et leader du Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), s'est installée dans le Tibesti (Nord) depuis la fin 1998. Longtemps minimisée par le gouvernement tchadien, elle semble se consolider. Plusieurs groupes politico-militaires la soutiennent. Jusqu'à présent, les espoirs de dialogue entre N'Djamena et les rebelles sont restés vains.AFRIQUE DE L'EST
Ethiopie -Erythrée
Le conflit frontalier entre l'Ethiopie et l'Erythrée a commencé le 6 mai 1998, à Badme, à cause de 4OOm2 de terres, dans le triangle de Yirga. En un an, la guerre a provoqué la mort de centaines de victimes et l'exode de milliers de personnes.
Malgré les nombreuses médiations, les hommes à la tête de ces pays, l'Erythréen Issayas Afeworki et l'Ethiopien Meles Zenawi, campent sur leurs positions.Soudan
Le conflit a commencé en 1983 entre le régime de Karthoum et les rebelles du Sud, conduits par John Garang, chef de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS). Les tentatives de réconciliation entre le gouvernement soudanais et la rébellion n'ont toujours pas abouti. L'initiative égypto-libyenne, qui avait posé un certain nombre de principes généraux pour servir de base à la paix, a été rejetée par l'APLS. Récemment, le président soudanais Omar AI Bechir a décrété l'état d'urgence pour trois mois et dissous le Parlement. Ce qui a conduit à l'éviction de Hassan El Tourabi, président de l'ancien Parlement soudanais et éminence grise du pouvoir. C'est un signe d'ouverture vers l'opposition du Nord non armée, avec laquelle AI Bechir veut composer.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier