Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996

En mars, le Congo a signé avec le FMI un programme d'ajustement sur trois ans (1996-1999), approuvé le 28 juin par le Conseil d'administration du Fonds. Un crédit de 100 millions de dollars, plus de 52 milliards de francs CFA, a été débloqué. Les objectifs 1996 sont une croissance annuelle du PIB de 6 %, (0,9 %, en 1995) et une inflation de 3%, (5,5% en 1995). Le Congo doit réduire le nombre et la masse salariale de ses fonctionnaires, désengager l'Etat des activités de production et privatiser les entreprises publiques. On attend également la reprise du versement régulier des retraites et des mesures d'accompagnement des licenciements.
Cet accord a permis de renégocier la dette extérieure, estimée à 2400 milliards de francs CFA, dont 989 milliards de dette extérieure publique. Mi-juillet, les créanciers publics réunis au sein du Club de Paris ont annulé 67% de ces 989 milliards de francs CFA. La dette intérieure est estimée à 600 milliards de dollars.
En 1996, un coup d'accélérateur a enfin été donné aux privatisations : celles d'Hydro Congo (distribution et commercialisation des hydrocarbures), de la Congolaise de raffinage (Coraf) et de l'Office national des postes et télécommunications (ONPT) sont en bonne voie, alors que la prise de contrôle de l'Union congolaise des banques (UCB) par la Belgolaise, filiale de la Générale de banque belge, est réalisée.
Le pétrole reste la principale ressource d'exportation, avec, en 1995, une production de 9,3 millions de tonnes de brut, qui devrait atteindre 13 millions en 1999 grâce au gisement offshore de Nkossa, dont l'exploitation a débuté cette année. Elf Congo, filiale à 100% d'Elf Aquitaine, est, avec 51 % des parts, l'opérateur de ce gisement qui atteindra 120000 barils par jour (6 millions de tonnes par an).
Réunis début novembre à Genève, les partenaires multi et bilatéraux du Congo ont promis de débloquer en 1997 des prêts d'un total de 319,5 milliards de francs CFA.
La présidentielle reste prévue en juillet 1997 et les législatives en 1998, mais les travaux de la commission chargée de recenser les électeurs avant fin 1996, qui devaient débuter en juin, a été retardé de plusieurs mois. La composition de cet organe, que préside M. Lissouba lui-même, est critiquée par la plupart des partis, qui réclament une commission électorale indépendante. Fin août, David Charles Ganao a remplacé le général Opango au poste de premier ministre : il a étoffé le gouvernement, qui est passé de vingt-six à trenteneuf membres. Quatre des ministres appartiennent à l'opposition; mais l'écrasante majorité est issue de la mouvance présidentielle.
La violente polémique autour de la réhabilitation des soixante-dix-sept officiers radiés en 1995 -dont plusieurs sont proches de l'ancien président Sassou N'Guesso -et le nondésarmement des milices privées des partis sont plus préoccupants. En 1993-1994, des affrontements politico-ethniques entre ces milices ont fait au moins 2000 morts à Brazzaville. Un pacte de paix, signé par tous en décembre 1995, prévoyait de les désarmer et d'intégrer 1 000 à 2000 miliciens dans les forces régulières. Aujourd'hui, l'opposition accuse le pouvoir d'avoir incorporé plus de 3000 de ses miliciens dans l'armée, avant le début officiel de l'opération. Au total, on estime à 10000 les membres des milices ni désarmées ni démantelées malgré les affirmations des partis.

1997

Denis Sassou Nguesso, le 25 octobre, en se proclamant président de la République du Congo au terme de cinq mois de guerre civile, a évoqué un programme économique aux contours extrêmement vagues. Le chef de l'Etat a pris un engagement: « poursuivre le dialogue » avec les organismes internationaux -Fonds monétaire international et Banque mondiale -dans l'esprit du programme d'ajustement (1996-1999) signé en mars 1996 par le président renversé Pascal Lissouba. Toutefois, le sort de l'économie congolaise reste étroitement lié à l'éventuelle aide internationale qui pourrait être accordée au pays. Brazzaville, la capitale, a été ravagée par les combats. Les investisseurs et les coopérants ont fui. Seul facteur de stabilité: l'activité des groupes pétroliers, concentrée à Pointe Noire, la capitale économique du pays, a été à peine ralentie par la guerre.
Les accusations se sont même multipliées sur le soutien qu'auraient apporté des groupes pétroliers, notamment Elf Aquitaine, premier opérateur du pays, à l'effort de guerre de M. Sassou Nguesso. Ce dernier avait entretenu des liens étroits avec les milieux financiers durant son règne à la tête de l'Etat, de 1979 à 1992.
Le pétrole extrait de la région de Pointe-Noire (85 % des exportations du pays) devait représenter en 1997 un chiffre d'affaires de 800 milliards de francs CFA (8 milliards de francs français). Les recettes pétrolières, qui représentent 60 % des ressources du Congo, étaient de 3,54 milliards de francs en 1996 et devaient atteindre à 3,8 milliards de francs en 1997. La part du pétrole dans le PIB est estimée à environ 40 %. Le poids et l'influence des pétroliers va donc peser dans les projets de reconstruction du pays et les négociations sur le remboursement de la dette extérieure (près de 30 milliards de francs, ce qui place le Congo parmi les pays les plus endettés du monde par habitant). En 1996, après l'adoption du programme d'ajustement du FMI, la dette avait été partiellement effacée et rééchelonnée par les créanciers du Club de Paris. Les négociations en cours en 1997, mal engagées après que le FMI se soit plaint de la gestion des finances par le gouvernement de M. Lissouba, ont été interrompues par la guerre civile et le renversement du président.
Le programme économique brièvement évoqué par M.Sassou Nguesso à l'automne 1997 prévoyait la « privatisation transparente » des entreprises publiques et la « régularisation des salaires » des fonctionnaires. Le nouveau chef de l'Etat n'a cependant pas précisé s'il allait respecter précisément les accords conclus par le régime de M. Lissouba avec le FMI et la Banque mondiale ou s'il allait les rénégocier.
L'économie congolaise est largement dépendante de l'évolution du contexte politique. La guerre n'a fait qu'envenimer des tensions régionales déja très fortes. Fin 1997, le nouveau pouvoir n'était pas encore parvenu à désarmer les milliers de miliciens recrutés avant-guerre par les partis politiques. Les partisans de Lissouba étaient ainsi toujours regroupés dans les forêts du sud du pays.

1998

Sinistrée par une guerre civile dévastatrice de quatre mois, en 1997, Brazzaville n'a pas retrouvé son charme d'autrefois. Le général Denis Sassou Nguesso a repris par la force, le 15 octobre 1997, le pouvoir qu'il avait perdu par les urnes cinq ans plus tôt. Le général avait géré le pays d'une main de fer de 1979 à 1992. De retour aux affaires sans autre légitimité que celle des armes, il doit régler les problèmes de sécurité qui agitent toujours le pays et s'attaquer en même temps à la reconstruction de la capitale, mais aussi des villes d'Owando, Ouesso, Dolisie, Nkayi et Loudima.
La facture s'élève officiellement à 500 milliards de francs CFA (5 milliards de francs). Un programme d'ajustement structurel a été conclu avec le Fonds monétaire international en juillet, qui comporte un volet consacré à la reconstruction. Dans la capitale, 60 % des opérateurs économiques ont progressivement repris leurs activités, selon le ministère des
 finances.
Le nouveau régime a lancé un programme de réconciliation nationale,  une initiative absolument nécessaire dans ce pays où quelque 10 000 personnes ont été tuées entre juin et octobre 1997. 2000 Congolais avaient déjà trouvé la mort au cours des combats qui avaient endeuillé Brazzaville de juin 1993 à janvier 1994.
L'ancien président, Pascal Lissouba, et ses fidèles, chassés du pouvoir par Denis Sassou Nguesso et par ses alliés angolais, sont toujours en exil à l'étranger, de même que Bernard Kolelas, premier ministre du précédent régime et dernier maire de Brazzaville. Le président Sassou Nguesso, sous la pression de ses conseillers, a bien tenté de les faire juger pour « génocide » et « crimes de guerre »
par la Cour internationale de justice, ignorant apparemment que ladite cour siégeant à La Haye n'était compétente que pour les conflits inter étatiques.
La France, qui a vu d'un oeil favorable le retour aux affaires du général Sassou Nguesso -et dont certaines entreprises ont aidé matériellement celui-ci à reconquérir le pouvoir, demeure le partenaire privilégié du Congo. La communauté française avant la guerre civile était forte de plus de 6 000 individus, dont la moitié résidaient à Brazzaville. Ils seraient maintenant quelque 3 000 à Pointe-Noire, tandis que 200 autres seraient d'ores et déjà réinstallés dans la capitale.
Les infrastructures congolaises, déjà dans un état déplorable avant la guerre civile, sont sinistrées. Le port de Pointe-Noire a été assez bien préservé, mais le chemin de fer CongoOcéan qui le relie à Brazzaville et qui vient d'être partiellement remis en état de fonctionner constitue le premier goulet d'étranglement d'une activité économique par ailleurs complètement désorganisée. La force du Congo tient à ses réserves pétrolières, et la mise en exploitation des gisements de Nkossa en 19961997 et de Kitina en 1998 permet désormais d'extraire une huile de qualité supérieure. Le pays produisait 8 millions de tonnes de brut en 1990. Il en a donné 11,7 millions en 1997, et cette production devrait atteindre les 18 millions d'ici à l'an 2000. Les recettes tirées du pétrole sont cependant liées au prix du baril de brut et au niveau d'achat du marché asiatique, le principal client du Congo, qu'affecte une crise économique sévère.

1999

Le 15 août, jour de la fête nationale, il a pour la première fois été question, lors d'un discours du président Denis Sassou Nguesso, de rupture avec « la logique de sang ». Toutefois, la proposition d'amnistie faite aux groupes armés a été entourée de maintes précautions oratoires, car les caciques du régime, et à leur tête Ambroise Noumazalaye, omnipotent secrétaire général du Parti congolais du travail (PCT, au pouvoir), n'envisagent d'autre dialogue avec leurs ennemis qu'en les soumettant à la justice du vainqueur, pour «génocide » et « crimes économiques ».
Une semaine après cette offre présidentielle, les troupes gouvernementales ont achevé leur reconquête de la ligne ferroviaire stratégique reliant la capitale au poumon pétrolier de Pointe-Noire. Sur cet axe de 500 kilomètres, des combats acharnés opposaient, depuis décembre 1998, les troupes régulières alliées à la milice personnelle du général Sassou Nguesso aux divers partisans de l'ancien chef de l'Etat élu Pascal Lissouba et de son premier ministre Bernard Kolélas, chassés du pouvoir en octobre 1997. La reprise du Chemin de fer Congo Océan (CFCO) ne suffit pas à démontrer que les autorités en ont fini avec les rebelles.
Brazzaville, protégée par plusieurs centaines de soldats angolais des incursions extérieures, a pu passer, à la mi-octobre, de la « phase 4 » à la « phase 3 » sur l'échelle de la classification des risques des Nations unies. Les fonctionnaires des institutions financières internationales sont autorisés à s'y rendre en mission. La première, informelle, s'est rendue dans la capitale congolaise le 25 octobre, avec pour enjeu la reprise du programme « post-conflit » conclu, en juillet 1998, avec le FMI et suspendu six mois plus tard, dès la reprise du conflit armé.

Comme en 1998, l'évaluation congolaise de la reconstruction tourne toujours autour de 5 milliards de francs. La simple remise en état, par exemple, des infrastructures du CFCO par une équipe d'experts de la SNCF française pourrait coûter une soixantaine de millions de francs. Du côté du FMI, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD), rien ne paraît envisageable avant l'élaboration d'un échéancier de remboursement des arriérés accumulés par le Congo à leur endroit, évalués à une centaine de millions de dollars (600 millions de francs).
Cette année, les investissements dans le secteur pétrolier auraient reculé de près d'un quart. Dans le secteur non pétrolier, cette chute atteindrait 50 %. La demande intérieure s'est également effondrée. La production sylvicole nationale -la deuxième source de devises -a été amputée d'au moins un tiers. Le chiffre d'affaires du port de Pointe-Noire pourrait avoir diminué de plus de 100 millions de francs. Fort logiquement, la loi de finances 2000 proposée par l'exécutif fait état d'une impasse budgétaire de plus de 2 milliards de francs, pour un peu plus de 6,5 milliards de francs de dépenses. Seule la combinaison d'un bond de la production pétrolière, d'une révision radicale des contrats d'exploitation et du maintien d'un baril cher serait en mesure d'enrayer la descente aux enfers prévisible.

2000

Bon gré mal gré, l'accord de cessez-le-feu conclu le 29 décembre 1999 est respecté. La grande majorité des 800 000 réfugiés ont regagné leurs localités d'origine. La liaison ferroviaire reliant la capitale Brazzaville à Pointe-Noire, le poumon économique du pays, est rétablie. Quelque 25000 miliciens (dont 20000 rebelles) ont été démobilisés ; 5 000 d'entre eux bénéficient d'un programme de réinsertion financé par les Nations unies. Lentement, le ramassage des armes progresse. Les radicaux en exil sous la houlette du chef de l'Etat déchu, Pascal Lissouba, semblent avoir de moins en moins prise sur leurs troupes au Congo. Des figures de premier plan de l'ancien régime, comme l'ex-président de l'Assemblée nationale André Milongo, se sont résolues à revenir à Brazzaville. La normalisation se traîne en longueur, mais le calendrier politique arrêté devrait être respecté.

L'adoption, en mars 2001, du projet de Constitution par le Parlement de transition représenterait la première étape vers des élections générales d'ici à la fin 2002. De quoi donner du temps au pouvoir en place pour mener à bien un début de reconstruction. La facture des destructions des guerres civiles de 1997 et 1999, soit 16 milliards de francs, dépasse le montant du produit intérieur brut de 1999. La production agricole s'est effondrée de moitié, alors que le bétail a été décimé. Le « programme intérimaire post-conflit », financé en partie par l'aide étrangère, prévoit des investissements d'environ 5 milliards de francs entre 2000 et 2002 spécialement orientés vers la restauration des infrastructures et des projets dans l'agriculture, la sylviculture et la pêche.

Selon la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), la dynamique ainsi enclenchée, soutenue par une excellente conjoncture pétrolière, devrait porter le taux de croissance en termes réels à 8,7% en 2000. Le solde budgétaire dégagerait un excédent de 2,2 milliards de francs contre un déficit de 410 millions de francs en 1999. En outre, les tensions inflationnistes ont été maîtrisées.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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