Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE GEOPOLITIQUE
ANALYSE GEOPOLITIQUE

Après avoir été république populaire pendant vingt et un ans, cet État d'Afrique équatoriale a retrouvé le 5 juin 1991 son nom de République du Congo, de même que le drapeau, l'hymne national et tous les symboles de la république qui avait accédé à l'indépendance en 1960. Surprenant retour de l'histoire, des dénominations coloniales font à nouveau officiellement surface (la ville de Loubomo, par exemple, est redevenue Dolisie). Réunie, de février à juin 1991, sous la présidence de Mgr Kombo, une conférence nationale a mis fin à deux décennies de régime militaro-marxiste et de domination exclusive du Parti congolais du travail (PCT). Ce changement politique intervient à un moment où le pays est plongé dans une crise économique et financière sans précédent et rien ne dit que les futurs dirigeants parviendront à la surmonter, car elle a des causes structurelles profondes.

Le territoire, inséré entre la rive droite du fleuve Congo et la ligne de partage des eaux qui le sépare du bassin de l'Ogooué, forme un ensemble composite. Il comprend un axe nord-sud qui va des forêts amphibies de la  cuvette  congolaise au Pool Malebo, et un axe est-ouest correspondant au couloir du Niari qui mène à l'Atlantique une fois franchi l'obstacle de la chaîne du Mayombe.

A la croisée des chemins, Brazzaville a bénéficié de cette position géographique exceptionnelle. Un contraste majeur oppose le nord du pays, vide et peu actif, à la partie méridionale, où vivent les trois quarts des Congolais. La plupart des activités modernes se concentrent entre la capitale et le port de Pointe Noire, les deux villes rassemblant la moitié de la population. Cet espace bipolaire a pris forme avec la construction du chemin de fer  Congo-Océan  (CFCO), de Brazzaville à Pointe Noire, achevé en 1934 et grâce auquel Pointe Noire devint la porte océane de Brazzaville.

La République du Congo est l'héritière de la colonie du Moyen Congo ¾ un des quatre territoires qui constituaient l'Afrique-Équatoriale française (AÉF), et celui qui en tirait le plus de profit car il hébergeait la capitale fédérale. Avec l'éclatement de la fédération, Brazzaville a perdu les avantages liés à cette fonction, et le Congo s'est replié sur lui-même. Depuis l'indépendance, les luttes pour le pouvoir se sont cristallisées autour de trois grandes composantes ethniques et régionales qui constituent une donnée permanente de la vie politique congolaise.

Le littoral, aujourd'hui polarisé par Pointe Noire, est le domaine des Vili, descendants du royaume de Loango anciennement en contact avec les Européens. Le groupe des Kongo et des Lari occupe le sud du pays et la région du Pool ; il a dominé la première décennie d'indépendance, marquée en particulier par la présidence de l'abbé Fulbert Youlou. Le nord enfin, à dominance M'Bochi, isolé et moins développé, a fini par jouer un rôle politique déterminant à partir de la prise du pouvoir par l'armée.

Une expérience militaro-marxiste

En août 1963, l'insurrection populaire dite des  Trois Glorieuses  chassa Fulbert Youlou. Après une période d'incertitudes, les militaires imposèrent leur arbitrage à des civils divisés ; le pouvoir échut au commandant Marien Ngouabi qui entraîna le Congo sur la voie du marxisme-léninisme. Chef de l'État en 1969, il gouverna en s'appuyant sur le PCT. Assassiné en 1977 dans des conditions encore mystérieuses, ce  martyr de la révolution  auquel a succédé après deux années de flottement le colonel Sassou Nguesso, a voué son pays au modèle socialiste, tout au moins sur le plan de l'incantation verbale. Bien que le Congo ait alors pris des positions favorables à l'est et ait soutenu les régimes africains d'obédience marxiste, notamment le pouvoir de Luanda, il a conservé des rapports étroits avec la France.

Les entreprises d'État et une fonction publique pléthorique ont accéléré une urbanisation record ¾ plus de 50 % de la population ¾ mais ces options se sont soldées après quelques années par de graves échecs et l'obligation d'accepter les programmes d'ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI). Seuls les quelques millions de tonnes de pétrole produits depuis les années 70 par Elf Congo et Agip ont fourni au pays d'importantes ressources : en 1985 plus de 90 % des recettes d'exportation et les trois quarts des ressources de l'État.

Le contre-choc pétrolier a provoqué une crise financière brutale et très grave. De surcroît, la mise en service du Transgabonais a commencé en 1989 à priver le Congo des bénéfices du transport du manganèse du Gabon ¨, qui représenta longtemps l'essentiel du trafic portuaire de Pointe Noire. Un grave accident sur le CFCO en septembre 1991 a mis un terme à ce trafic, précipitant une évolution en cours, et créé une vive tension entre les deux États, l'hypothèse d'un sabotage ayant été avancée.

Sur ce fond de crise multiforme, les mouvements contestataires ont pris de l'ampleur. La Conférence nationale a instauré le multipartisme. En 1992, Pascal Lissouba a remporté les élections législatives et présidentielle, mais il a déjà dû dissoudre un parlement sans majorité stable. De nouvelles élections législatives, en juin 1993, ont vu la victoire de ses partisans. Mais de violents affrontements ont opposé ces derniers aux tenants de l'opposition, qui ont contesté les résultats électoraux. La renégociation des accords pétroliers avec la Compagnie française Elf Aquitaine a permis de détendre la situation, en assurant le paiement des salaires des fonctionnaires.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier