Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE CONGO DE 82 A 97
LE CONGO DE 1980 A 1997

Le Congo (1,6 million d'habitants). La capitale, Brazzaville, était autrefois celle de toute l'Afrique équatoriale française et rassemblait de ce fait un nombre relativement grand d'employés et de fonctionnaires. Leurs syndicats jouèrent un rôle politique important, ce qui contribue à expliquer l'orientation marxiste de la plupart des gouvernements depuis 1963 et la dénomination de République populaire du Congo depuis 1969. Un traité d'alliance a été signé avec l'URSS en mai 1981. Les ressources de l'État proviennent surtout de l'exploitation par des firmes multinationales d'un grand gisement de potasse et de gisements pétroliers. Ces derniers sont particulièrement importants dans l'enclave de Cabinda, ancien comptoir portugais (au débouché du fleuve Zaïre) qui, malgré diverses tentatives sécessionnistes, dépend aujourd'hui de l'Angola.

Le Congo (1,7 million d'habitants). En août 1983, le Parti congolais du travail (PCT) a fêté le vingtième anniversaire de la Révolution, et en octobre le Congo a participé à la naissance de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale. Les recettes fiscales pétrolières sont plus que jamais indispensables à la vie du pays: elles sont intervenues pour 67,1% dans le budget de 1983. Cette dépendance à l'égard du pétrole a rendu la situation économique du pays assez précaire, du fait de la morosité du marché des hydrocarbures et parce que la production congolaise est entrée dans une phase délicate: estimée à 5,3 millions de tonnes en 1983, la production de pétrole pourrait atteindre 6 millions de tonnes en 1984 ; mais au-delà, les experts gouvernementaux estimaient qu'elle devrait décroître. C'est pourquoi le Plan 1982-1986 a mis l'accent sur la diversification des atouts économiques du pays pour préparer "l'après-pétrole". Cette politique de diversification est orientée autour de trois grands axes: un investissement massif - 49,7% des 546 milliards de francs CFA prévus par le Plan - dans l'infrastructure et l'aménagement du territoire pour "la reconquête spatiale et l'unification nationale", une reprise de la production agricole pour assurer l'autosuffisance alimentaire, et un accroissement des investissements industriels.

Le Congo (1,7 millions d'habitants). Du 27 au 31 juillet 1984 s'est tenu à Brazzaville le troisième congrès ordinaire du Parti congolais du travail (PCT, parti unique). Il a réélu à l'unanimité le colonel Denis Sassou-Nguesso, président de la République, pour un nouveau mandat de cinq ans. En prêtant serment le 10 novembre 1984, le colonel Sassou-Nguesso a annoncé la libération de Joachim Yhomby Opango, ancien président de la République, arrêté le 31 mars 1979.

Le Congo continue d'être très dépendant des ressources pétrolières: en 1984, sur des recettes totales d'exportation de 326,1 milliards de francs CFA, la part du pétrole a été de 292,3 milliards, soit plus de 89%. D'autre part la dépendance alimentaire du pays à l'égard de l'extérieur ne fait que s'accentuer: en 1981, le Congo a importé 18 milliards de francs CFA de denrées alimentaires ; en 1982, 37 milliards et en 1984, 46 milliards.

Le budget 1985, arrêté le 4 décembre 1984, était un budget d'austérité d'un montant de 381 milliards de francs CFA (+3,47% par rapport à 1984). Le service de la dette y représentait 36% des dépenses de fonctionnement ; les dépenses d'investissement étaient en baisse de 4,26% ; la part des ressources pétrolières diminuait de 5%, tandis que celle des ressources ordinaires augmentait de 7,4%.

En juin 1985, le Comité central du Parti congolais du travail (parti unique dirigé par le président de la République, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 1979) a dressé un bilan sévère de la situation économique du Congo et a pris acte que le Plan quinquennal (1982-1986) ne pouvait pas être exécuté. Le plan d'ajustement structurel adopté en juillet 1985 avec la caution de la Banque mondiale comprend notamment le blocage du budget du personnel, la réduction du budget du matériel et la limitation des investissements publics.

C'était le traitement nécessaire à une gestion qui a conduit le Congo à engager une politique d'endettement et de budget sans commune mesure avec les capacités réelles du pays. Malgré l'accroissement des revenus tirés du pétrole entre 1979 et 1983, la dette extérieure qui n'a cessé d'augmenter pour atteindre 2 milliards de dollars en 1985 (soit 70% du PNB) a continué de peser sur la balance des paiements, laquelle reste lourdement déficitaire malgré un excédent commercial appréciable de 150 milliards de francs CFA. Le service de la dette a suivi la même évolution défavorable: 280 milliards de francs CFA en 1985, soit 85% du budget global.

C'est précisément sur le pétrole que le Congo avait bâti sa croissance des années quatre-vingt. Or, en 1985, la production n'a atteint que 5,5 millions de tonnes (au lieu des 8 millions prévues), en raison de la baisse de productivité des premiers gisements mis en exploitation. La perte de revenus due à la baisse conjuguée du dollar et du prix du baril a encore compromis la réalisation du plan d'ajustement. L'équipe gouvernementale issue du remaniement ministériel de décembre 1985 n'a pas accepté les conditions imposées par le FMI en février 1986. Ne pouvant compter sur une production agricole dont les résultats sont restés très moyens (stagnation du café et du cacao, baisse du bois, doublement du sucre), le Congo s'est mis dans une impasse financière, d'autant que la France, principal créancier, a refusé de rééchelonner sa dette hors du cadre du Club de Paris.

Au Congo, la crise économique et financière provoquée par la baisse des cours du pétrole brut, principale ressource du pays, a dominé l'année 1986, comme au Gabon voisin.

Les recettes pétrolières de l'État congolais sont passées de 232 milliards de francs CFA en 1984 à 164 milliards en 1985, puis à 98 milliards en 1986. Les prévisions pour 1987 s'établissaient à 34 milliards. L'accumulation de la dette extérieure (2 milliards de dollars) a conduit à négocier avec le FMI, ce que les autorités de Brazzaville avaient refusé tout d'abord. Le programme d'"ajustement structurel" qu'elles avaient mis au point en juin 1985 s'est révélé insuffisant et a dû être renforcé. L'accord du FMI a permis le rééchelonnement de la dette extérieure (Clubs de Paris et de Londres), mais les perspectives de l'économie congolaise demeuraient sombres. Le PIB a baissé de près d'un tiers (688 milliards de francs CFA en 1986 contre 971 milliards en 1985) et sa composition s'est profondément transformée, avec une baisse très nette dans le secteur des travaux publics.

Cette situation a eu des conséquences politiques: fin novembre, le Bureau politique du Parti congolais du travail (PCT, parti unique) a été réduit de treize à dix membres. Par la suite, le gouvernement a été remanié. Parallèlement, une agitation scolaire s'est manifestée à Brazzaville, comme un an plus tôt.

En 1987, la situation économique est restée très marquée par la baisse des recettes pétrolières et de l'ensemble de l'activité du pays. Face à une situation financière très difficile, l'État a adopté un budget d'austérité en 1987 (197 milliards de francs CFA), en diminution par rapport au précédent. Le budget 1988 (284 milliards FCFA) est certes en augmentation mais il recèle une impasse de 128 milliards et son exécution dépendra du résultat des négociations engagées pour obtenir des financements extérieurs. Les recettes pétrolières de l'État, qui avaient fortement chuté en 1986, se sont légèrement redressées en 1987, passant de 31 à 34 milliards de FCFA. La production pétrolière, de 6,13 millions de tonnes en 1987, devrait augmenter avec l'exploitation, depuis la mi-octobre, du gisement de Tchibouela.

Le Congo, engagé comme ses voisins dans un programme d'ajustement structurel appuyé par le FMI, a bénéficié, à la fin de février 1988, d'un nouveau rééchelonnement de sa dette extérieure auprès du Club de Londres pour un montant de 1,7 milliard FF.

Le chef de l'État, le colonel Denis Sassou Nguesso, a été confronté à des difficultés politiques intérieures: le 22 juillet 1987, Camille Bongou a été démis de ses fonctions à la tête du département de l'organisation du Parti congolais du travail. Début septembre, la rébellion du capitaine Anga a entraîné l'arrestation du prédécesseur du colonel Sassou, le général Yhomby-Opango, renversé en 1979. Plusieurs officiers appartenant à l'ethnie kouyou, comme ce dernier, avaient déjà été arrêtés. Néanmoins, la situation semblait stabilisée dès le mois d'octobre.

Le Congo a célébré, le 5 février 1989, le dixième anniversaire de l'arrivée au pouvoir du colonel Denis Sassou Nguesso, qui, à cette occasion, a souligné la stabilité politique dont le pays a bénéficié depuis. Le 13 décembre 1988, un accord a été signé à Brazzaville entre l'Angola, l'Afrique du Sud et Cuba, ouvrant la voie à l'indépendance de la Namibie. La diplomatie congolaise a joué un rôle notable dans les négociations. La vingtaine de personnes arrêtées en août 1987, à la suite de la rébellion du capitaine Pierre Anga seront officiellement inculpées et jugées conformément à la loi, lorsque l'instruction en cours de leurs dossiers sera achevée.

Le budget 1989 a été établi à 235,8 milliards de francs CFA (284 milliards en 1988, ramené ensuite à 204 milliards), pour une quatrième année d'austérité. Le Congo cherche à renforcer le secteur agricole et l'exploitation de ressources minières, afin de diversifier son économie, fondée essentiellement sur le pétrole. Le gouvernement a poursuivi la restructuration du secteur public et a encore réduit les traitements des fonctionnaires. Un nouveau gisement de pétrole offshore, "Zatchi", a été mis en exploitation en septembre 1988 par la société italienne Agip et devait produire 310 000 tonnes de brut en 1989.

Sur le plan social, les étudiants de l'université de Brazzaville se sont mis en grève pendant deux semaines pour protester contre un retard dans le paiement des bourses.

Le chef de l'État, le général Denis Sassou Nguesso, a été reconduit en juillet 1989 à la tête du Parti congolais du travail (PCT, parti unique) et de l'État pour un troisième mandat. La composition du Bureau politique et du Comité central a été profondément modifiée, traduisant une certaine volonté de changement. Un nouveau Premier ministre, Alphonse Poaty-Souchalaty, a été désigné en remplacement de Ange-Edouard Poungui et un nouveau gouvernement a été formé en août 1989. Des détenus politiques ont été libérés en novembre 1989. Le chef de l'État, dans ses déclarations d'avril 1990, n'a pas exclu la remise en cause du rôle dirigeant du Parti. Enfin, le Comité central du PCT s'est réuni fin juin 1990 et a annoncé des mesures de démocratisation en vue de l'instauration du multipartisme.

Le gouvernement a mis en place des mesures de libéralisation économique (relance des investissements privés). De plus, l'ouverture économique du pays s'est concrétisée par la visite officielle aux États-Unis du président Sassou Nguesso, en février 1990, qui devrait déboucher sur un accroissement de l'aide et des investissements américains. Les États-Unis sont un partenaire économique important du Congo: ils importent du pétrole (400 millions de dollars par an), du bois et des pierres précieuses. Plusieurs compagnies pétrolières américaines y sont implantées. En mars 1990, le Congo et le FMI sont parvenus à un accord pour un deuxième programme d'ajustement structurel qui prévoit la réduction des dépenses publiques et la recherche de recettes hors secteur pétrolier. Le Congo affronte en effet une situation économique difficile avec notamment une dette extérieure évaluée à plus de 4 milliards de dollars.

Des étudiants ont tenté, en février 1990, d'organiser des marches pour protester contre le gel des recrutements dans la fonction publique, mais elles ont été empêchées par la police.

Pendant un an, le Congo a vécu en introspection, coupé du reste du monde. Le 5 mai 1990, la décision d'avancer l'âge du départ à la retraite, de 55 à 50 ans, a précipité la crise sociale d'un pays vivant de sa seule rente pétrolière (40 milliards de FCFA en 1990). Les "débrayages" se sont multipliés. Cependant, en juillet, le président Denis Sassou N'Guesso a encore rejeté l'idée d'une "conférence nationale" et a même révélé un "complot" avant d'accepter, le 14 août 1990, à l'occasion du 30e anniversaire de l'indépendance du Congo, le multipartisme comme "objectif".

Le calendrier de transition a été aussitôt perturbé par la Confédération syndicale congolaise (CSC) qui, sous la pression de sa base et le leadership de Bokomba Yangouma, s'est déclarée "autonome" du régime et immédiatement favorable au "multipartisme intégral". Le succès d'une grève générale, les 14 et 15 septembre 1990, a enfoncé le clou. Début décembre, le congrès du Parti congolais du travail (PCT), la formation unique au pouvoir, a renoncé à son rôle dirigeant et, dans la foulée, au marxisme-léninisme. Des démissions en cascade ont suivi. A la fin du mois, le chef de l'État a annoncé une "conférence des partis". Enfin, le 4 février 1991, il a accepté le principe de la "conférence nationale".

Cette conférence s'est ouverte trois semaines plus tard, avec l'interdiction pour tous les dirigeants - à commencer par le chef de l'État - de quitter le territoire national. Dans ce huis-clos cathartique, 1 200 participants représentant 67 partis et, surtout, une cinquantaine d'ethnies, ont siégé jusqu'à la fin mai. Pour dénoncer le passé et annoncer "l'avenir démocratique".

Une période de transition politique s'est ouverte au Congo le 10 juin 1991, à l'issue d'une conférence nationale houleuse de plus de trois mois, qui a élu Premier ministre André Milongo, ancien administrateur de la Banque mondiale, l'évêque Ernest Kombo présidant quant à lui le Conseil supérieur de la République (CSR). Organe législatif de transition, le CSR, reflétant l'équilibre régional et politique du pays, a souvent contesté l'action gouvernementale.

Entretenant des relations conflictuelles avec les tout-puissants groupes pétroliers Elf (France) et Agip (Italie), le gouvernement Milongo a dû faire face aux protestations de la Confédération syndicale congolaise, hostile à son plan, qui a finalement été adopté par le CSR en février 1992. Ce plan s'est fixé pour objectif de restructurer les entreprises publiques et de réduire de 80 000 à 55 000 les effectifs d'une pléthorique fonction publique d'ici à 1995. L'épreuve de force avec l'armée, en janvier 1992, s'est conclue par un remaniement du gouvernement et l'ouverture des "États généraux de l'armée" en février.

La perspective d'augmenter de moitié la production pétrolière est restée lointaine (1995) pour ce pays laissé en faillite par le chef de l'État, le général Sassou N'Guesso, cantonné depuis la conférence dans un rôle honorifique. Les nouvelles autorités du pays, qui est le plus endetté d'Afrique par habitant, ont souffert de la réticence des bailleurs de fonds, en particulier de la France avec laquelle les relations se sont détériorées au profit des États-Unis.

Après le référendum constitutionnel de mars 1992, les élections municipales de mai ont confirmé l'effondrement du Parti congolais du travail (PCT), ancien parti unique d'obédience marxiste, et l'émergence du Front pour la défense de la démocratie (conservateur), autour de Pascal Lissouba, et des Forces républicaines (progressistes), autour de Bernard Kolélas; l'organisation d'élections législatives et présidentielles devant clore la transition en août.

L'année 1992 a vu la mise en place des institutions issues de la conférence nationale; mais elle s'est terminée dans la confusion politique. Le retour, en position d'arbitre du nouveau jeu parlementaire, du général Denis Sassou Nguesso et de son Parti congolais du travail (PCT, ancien parti unique) a témoigné des limites des changements accomplis. L'absence d'un gouvernement stable a différé les chances de voir prises les décisions s'imposant pour le redressement d'une économie dont le pétrole (9 millions de tonnes par an) est devenu la seule source significative de recettes après le déclin de l'exploitation forestière. Le vide des caisses de l'État et les impayés des salaires des fonctionnaires (correspondant à plusieurs mois) ont maintenu les gouvernements successifs sous la dépendance conjuguée des remous de la rue et des aides extérieures; Paris confirmant dans ce dernier domaine son rôle central.

En avril 1992, un référendum a approuvé la nouvelle Constitution. A l'issue des législatives (juin-juillet), l'Union panafricaine pour la démocratie sociale de Pascal Lissouba devenait majoritaire à l'Assemblée nationale, suivie par le Mouvement congolais pour le développement et la démocratie intégrale de Bernard Kolelas. Bénéficiant du report officiel des voix de Sassou Nguesso, P. Lissouba l'a emporté au second tour des présidentielles du mois d'août. Le PCT, passé à l'opposition, a voté, le 3 octobre, avec celle-ci une motion de censure contre le gouvernement Bongo Nouarra que le président Lissouba a dissous. Sous la pression de la rue, il a dû former, fin décembre, un gouvernement d'union incluant une majorité de ministres d'opposition et présidé par Claude-Antoine Dacosta.

Le premier tour des élections législatives anticipées n'a eu lieu que le 2 mai 1993 donnant 62 sièges sur 125 à la "mouvance présidentielle". Contestant ces résultats et exigeant 12 invalidations, l'opposition a boycotté le second tour (6 juin) et appelé, comme six mois plus tôt, à la désobéissance civile.

En janvier 1994, l'Assemblée nationale a adopté un plan de relance sociale, économique et financière qui a conduit, le mois suivant, à la signature d'une lettre d'intention avec le FMI. Se lançant enfin sur la voie de l'ajustement structurel, le Congo s'est mis en position de renouer avec la Banque mondiale dont la coopération financière avait été suspendue en décembre 1990, à la suite d'augmentations de salaires octroyées aux quelque 80 000 fonctionnaires et de l'importance de l'arriéré lié au remboursement de la dette extérieure. Si la suppression de 8 000 emplois publics a témoigné de la détermination du gouvernement, son projet de réduction des salaires a aussitôt été gelé à cause des effets de la dévaluation du franc CFA, le 12 janvier 1994. Le rétablissement des mécanismes douaniers, des redressements fiscaux et la lutte contre le détournement des recettes publiques figuraient également au programme. La dégradation de l'autorité des pouvoirs publics a cependant rendu aléatoire la mise en oeuvre de cette politique.

La contestation du gouvernement formé par le général Jacques-Joachim Yhombi-Opango, nommé Premier ministre le 23 juin 1993 par le président Pascal Lissouba, après le second tour des législatives "anticipées" du 6 juin 1993 boycottées par l'opposition, s'est maintenue au fil d'un imbroglio politico-électoral et des phases de violence urbaine qui ont fait, principalement à Brazzaville, des dizaines de morts en juin-juillet puis en novembre-décembre 1993 et entraîné le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

La visite du président Lissouba en France en mars 1994, la renégociation d'accords pétroliers avec la compagnie française Elf-Aquitaine et l'acceptation de la politique économique d'ajustement structurel ont illustré l'étroitesse de la marge de manoeuvre d'un pouvoir ayant à affronter une situation interne explosive.

Après les embrasements de violence qui avaient fait des centaines de morts et des milliers de déplacés, entre novembre 1993 et février 1994, le Congo s'est installé dans une situation de tension persistante. L'ordre public a en partie échappé au contrôle de l'État avec l'émergence de milices partisanes composées de jeunes et encadrées par des militaires. Les tentatives de ramassage des armes, tout comme les projets d'enrôlement des miliciens dans l'armée ou la police se sont révélés des solutions inapplicables. Dans ce contexte, le gouvernement a dû, avec une marge de manoeuvre extrêmement étroite, commencer la mise en oeuvre d'un nouveau programme d'ajustement structurel de l'économie afin de retrouver l'accès au crédit international.

Au début de 1995, l'annonce du renforcement des mesures d'austérité exigées par le FMI (Fonds monétaire international) et visant essentiellement les fonctionnaires a contribué à la dégradation du climat social. La principale centrale syndicale, la Confédération syndicale des travailleurs du Congo (CSTC, proche de l'opposition) a appelé à la grève générale. Outre le refus des privatisations, le mot d'ordre récurrent était le paiement des arriérés de salaires des fonctionnaires. Pourtant, 1994 a été marqué par la reprise des attributions de prêts et par de nombreuses remises de dettes. Mais l'État, face à la contrainte écrasante du service de sa dette extérieure, n'est pas parvenu à faire fonctionner son système fiscalo-douanier.

La formation d'un nouveau gouvernement par le général Jacques-Joachim Yhombi Opango, reconduit dans ses fonctions de Premier ministre le 23 janvier 1995, n'a pas été perçue comme un changement très significatif, malgré la nomination de quatre membres de la branche la plus puissante de l'opposition, celle dirigée par Bernard Kolélas.

Après les graves troubles qui ont marqué l'installation des nouvelles institutions pluralistes, le Congo a connu en 1995 un apaisement qui a permis une stabilisation de la vie politique et la reprise de projets de réformes économiques. L'équilibre politique trouvé au sortir de la crise de 1994 a abouti à une solution toutefois précaire, risquant de basculer à l'approche de l'élection présidentielle prévue pour 1997. En effet, le gouvernement de Jacques Yhombi-Opango, n'accueillant jusqu'alors que les partis de la "mouvance présidentielle", s'est ouvert le 23 janvier 1995 à des membres d'une coalition adverse: l'Union pour le renouveau démocratique (URD). L'un des choix les plus sensibles a été de confier le ministère de l'Intérieur à un proche de Bernard Kolélas, le colonel Bikinkita, leader du principal parti de cette coalition: le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI). Malgré tout, ce dernier n'a pas rompu son alliance avec la troisième coalition de l'arène politique: les Forces démocratiques unies, dont l'organisation principale est l'ancien parti unique, le Parti congolais du travail, avec pour chef l'ancien président Denis Sassou Nguesso.

Face à des réductions massives des effectifs de la fonction publique exigées par le FMI, les syndicats ont appelé à des grèves peu suivies à cause des divisions politiques. Dans le domaine de l'aide aux victimes des événements de 1993-1994 - plusieurs centaines de personnes étaient mortes au cours d'affrontements entre milices partisanes et dans le cadre des exactions qui s'ensuivirent -, des protestations se sont élevées pour dénoncer l'inégalité de traitement selon les préférences politiques.

Le gouvernement est cependant parvenu à s'organiser en vue des réformes auxquelles l'incitaient fortement les bailleurs de fonds. Le système bancaire, complètement sinistré, a trouvé des partenaires étrangers dans le secteur commercial. La production de pétrole, principale source de revenu de l'État, n'a pas été affectée par les troubles politiques, mais le principal problème est demeuré le traitement financier de cette rente.

Le pays a signé avec le FMI, en juin 1996, un accord pour un programme d'ajustement structurel à moyen terme qui lui a permis d'obtenir en juillet l'effacement de 67 % du montant de sa dette publique extérieure auprès du Club de Paris. Les missions d'évaluation ultérieures du FMI ont conduit à une suspension des versements, entraînant les autres bailleurs de fonds à différer leurs engagements financiers. Le Congo s'est donc retrouvé encore une fois tributaire de ses recettes pétrolières (70 % du budget national). En grande partie grâce à l'entrée en production en 1996 du gisement de N'Kossa, la production nationale devait passer de 10 à 22 millions de tonnes en 1997.

Renouvelé le 2 septembre 1996, le gouvernement, toujours ouvert à une partie de l'opposition, s'est également attelé à la préparation de l'élection présidentielle du 19 juillet 1997, dans un contexte politique caractérisé par la présence de milices armées dans chaque camp politique (les "Zoulous" pour le président Pascal Lissouba, les "Cobras" pour l'ancien président Denis Sassou Nguesso et les "Ninjas" pour Bernard Kolélas, le maire de Brazzaville). Le problème du désarmement et du démantèlement de ces milices n'avait pu être résolu malgré l'intégration de 4 000 miliciens dans l'armée en 1996. Successivement, en février 1996 puis en février 1997, d'anciens miliciens proches de la mouvance présidentielle se sont mutinés.

Bien que les partis politiques se soient engagés le 31 mai 1997 à ne plus faire usage de leurs armes, le 5 juin, de violents combats ont éclaté à Brazzaville entre les forces du président P. Lissouba et celles de D. Sassou Nguesso. Après quatre mois et demi de guerre civile, ce dernier l'emportait et s'autoproclamait président le 25 octobre 1997.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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