LA CÔTE D'IVOIRE EN UN CLIN D'OEIL
Côte-d'Ivoire, officiellement république de Côte-d'Ivoire, pays d'Afrique de l'Ouest, ouvert sur le golfe de Guinée, limité au nord par le Mali et le Burkina Faso, à l'est par le Ghana, et à l'ouest par le Liberia et la Guinée. Le pays couvre une superficie totale de 322462km2 et a pour capitale Yamoussoukro.
Le pays et ses ressources
Relief et hydrographie
La côte, basse et marécageuse,
est bordée dans sa partie orientale par des lagunes que les bancs
de sable et l'absence de chenaux de communications rendent inaccessibles
aux bateaux de haute mer (à l'exception de celle d'Abidjan). Ces
lagunes sont séparées de la mer par un cordon littoral. La
côte devient rocheuse à la frontière avec le Liberia.
Le relief, peu marqué dans l'ensemble du pays, s'élève
dans la partie occidentale: la région d'Odienné, au nord-ouest,
est formée de collines; au centre-ouest, dans le prolongement des
monts Nimba de Guinée, s'élèvent les monts des Toura
culminant au mont Tonkoui à 1189m.
La moitié occidentale du
pays est arrosée par le Sassandra et son affluent le Nizo!; à
l'est, le Bandama et le Comoé traversent pratiquement le pays du
nord au sud!; ils ne sont pas navigables au-delà de quelques dizaines
de kilomètres en raison de leur cours accidenté, et du bas
niveau des eaux durant la saison sèche.
Climat
La Côte-d'Ivoire est soumise
à un climat de type équatorial humide, caractérisé
par des précipitations abondantes dans le Sud et le Centre. La température
moyenne annuelle s'élève à 26,1!°C. Sur la côte,
les précipitations moyennes annuelles atteignent quelque 1900mm.
Les pluies les plus fortes tombent de mai à août. L'automne
est marqué par l'alternance d'une période sèche et
d'une période humide. La saison sèche se prolonge de décembre
à mai. Dans le centre et le nord, le climat est de type soudanais,
avec une saison humide et une longue saison sèche. La région
centrale reçoit ainsi des précipitations de 1100mm en moyenne
annuelle, concentrées durant la saison des pluies, de juillet à
septembre.
Flore et faune
La mangrove borde les lagunes. Une
zone de forêts denses lui succède, pénétrant
à l'intérieur des terres sur près de 250km à
l'est et à l'ouest, et environ 100km dans le Centre. Dans le nord
et le centre du pays, la forêt laisse peu à peu la place à
une savane arborée, où les hautes herbes alternent avec des
restes de forêts secondaires.
La forêt ivoirienne compte
plus de 225essences, dont l'obeche, l'acajou et l'iroko, mais du fait de
la surexploitation des ressources forestières et du défrichage
agricole, sa superficie a été divisée par 6 de 1956
à 1996. La faune ivoirienne compte parmi ses représentants
le chacal, l'hyène, la panthère (voir Léopard), l'éléphant,
le buffle des savanes, l'antilope-cheval, le phacochère, l'hippopotame,
le chimpanzé, le crocodile, ainsi que divers lézards et serpents
venimeux.
Ressources naturelles
Le sol, relativement riche, favorise
l'agriculture. Le bois issu de la forêt constitue, depuis 1990, une
ressource importante. Les ressources minières sont essentiellement
le minerai de fer et de manganèse, les diamants et le pétrole
(gisements offshore). Des centrales hydroélectriques fonctionnent
sur le Bia, le Sassandra et le Bandama!; en 1992, près de 60p.100
de l'électricité consommée dans le pays étaient
d'origine hydroélectrique.
Population et société
Démographie
En 1995, la population de Côte-d'Ivoire
était estimée à 14,25millions d'habitants, dont 3millions
au moins de travailleurs immigrés établis dans le pays avec
leurs familles (Burkinabés, Maliens, Ghanéens et Libériens).
La densité globale atteignait 44,2habitants au km2. Sur la période
1990-1995, le taux de croissance annuel de la population s'élevait
à 3,5p.100; l'indice de fécondité était de
7,4enfants par femme et le taux de mortalité infantile de 92p.1000.
L'espérance de vie à la naissance était de 51ans.
Le peuplement de la Côte-d'Ivoire
est très divers. Les Adioukous, les Ébriés, les Atiés,
les Abés et les Nzimas constituent les petits peuples des lagunes.
Les Agnis, les Baoulés et les Gouros vivent à la limite de
la forêt. Les Krus, les Dans (ou Yacoubas), les Bétés
et les Guérés habitent les forêts à l'ouest
du Bandama tandis que les Malinkés, les Lobis et les Sénoufos
habitent les savanes du Nord.
Langues et religions
Un cinquième de la population
pratique le christianisme (le catholicisme surtout, mais également
le protestantisme et des cultes syncrétiques)!; un autre cinquième
adhère à l'islam, surtout dans le Nord. Le reste de la population,
notamment dans les campagnes, est demeuré fidèle aux religions
traditionnelles, qui imprègnent plus ou moins profondément
les autres croyances. La langue nationale officielle est le français,
mais chaque communauté possède sa langue et parle ou comprend
celle de ses voisins.
Éducation
L'enseignement est gratuit et le
cycle primaire obligatoire. Un ambitieux programme de télé-enseignement
fut lancé au début des années 1970 autour de la ville
de Bouaké. En 1991, 45,7p.100 des jeunes de 12 à 17ans étaient
scolarisés!; 2,5p.100 de la classe d'âge concernée
fréquentaient les établissements du troisième degré,
parmi lesquels l'Université nationale de Côte-d'Ivoire, créée
en 1964 à Abidjan, qui accueille près de 15000étudiants.
Un nombre non négligeable d'étudiants ivoiriens poursuivent
leurs études à l'étranger. En 1995, près de
60p.100 de la population ne savait ni lire ni écrire.
Culture
L'influence de la culture française,
maintenue dans le système éducatif et diffusée par
les moyens modernes d'information, demeure forte. Toutefois, les cultures
locales ont été préservées, comme en témoignent
notamment les arts plastiques (masques et statuaire). Chaque communauté
possède ses modes d'expression spécifiques: dans les zones
forestières, les masques sont plutôt massifs tandis que les
régions de savane produisent des masques élancés.
Les peuples d'origine akan, comme les Baoulés, sont réputés
pour le travail de l'or. La littérature écrite s'exprime
essentiellement en français sur des thèmes contemporains
ou faisant référence à la tradition orale.
Villes principales et divisions
administratives
Le territoire ivoirien est divisé
en 34départements (subdivisés en sous-préfectures),
chacun étant placé sous l'autorité d'un préfet
nommé par le gouvernement et étant administré par
un conseil général. En 1993, 43p.100 des Ivoiriens étaient
citadins. Abidjan, la capitale économique du pays et son plus grand
port, abrite plus de 2millions d'habitants. Depuis qu'en 1983 Yamoussoukro,
ville natale d'Houphouët-Boigny, est devenue la capitale du pays,
sa population a plus que triplé pour dépasser 150000habitants.
Bouaké (220000habitants) est un important centre administratif et
commercial dans le centre du pays.
Gouvernement et vie politique
La Constitution de Côte-d'Ivoire
de 1960, amendée de nombreuses fois, a institué un régime
présidentiel au sein duquel le pouvoir exécutif est détenu
par le président de la République, élu au suffrage
universel pour un mandat de cinq ans. Jusqu'en 1990, le Parti démocratique
de Côte-d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA)
était la seule formation politique autorisée. Le PDCI a maintenu,
depuis, son hégémonie sur l'Assemblée nationale, dont
les 175membres sont élus au suffrage universel pour cinq ans. Le
président du corps législatif est le deuxième personnage
de l'État: la Constitution prévoit qu'il achève le
mandat du président de la République lorsque celui-ci décède
en cours de mandat ou se trouve dans l'incapacité de gouverner.
Henri Konan Bédié
acheva ainsi le mandat du président Félix Houphouët-Boigny,
au pouvoir depuis 1960 et décédé en décembre
1993. En octobre 1995, l'élection présidentielle confirmait
Konan Bédié dans ses fonctions par 90p.100 des suffrages
exprimés (60p.100 de participation selon les chiffres officiels).
Ce scrutin fut boycotté par les principaux partis d'opposition:
le Front populaire ivoirien (FPI), membre de l'Internationale socialiste
et dirigé par Laurent Gbabo, candidat malheureux contre Houphouët-Boigny
en 1990!; le Rassemblement des républicains, formation centriste
fondée en 1994 par Djény Kobéna, ancien rénovateur
du PDCI, et l'Union des forces démocratiques (UDF), fédération
de six petits partis. Ces trois mouvements, réunis en un Front républicain,
refusaient le code électoral voté par l'Assemblée
nationale en décembre 1994. Celui-ci, en interdisant à ceux
dont les parents n'étaient pas nés ivoiriens de se présenter
à la présidentielle, excluait du scrutin le candidat le mieux
placé de l'opposition, Alassane Ouattara, directeur général
adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Premier ministre
de 1990 à 1994 et originaire d'une région du Burkina Faso,
intégrée jusqu'en 1960 à la Côte-d'Ivoire. Durant
la campagne, les partis d'opposition avaient, par ailleurs, été
exclus des médias officiels.
Économie
L'économie de la Côte-d'Ivoire
repose sur l'agriculture, qui occupait 54p.100 de la population active
en 1995 et attire de nombreux travailleurs saisonniers originaires des
pays voisins. Premier producteur mondial de cacao et dixième pour
le café, la Côte-d'Ivoire subit chaque année la variation
des cours, sur le marché mondial, de ces produits hautement spéculatifs.
Sur le plan intérieur, un système de caisse de compensation
pour les petits planteurs a permis, pendant de nombreuses années,
d'amortir les trop grandes amplitudes du prix des produits agricoles. Ce
système a contraint le pays à s'endetter lourdement. En 1987,
la Côte-d'Ivoire se déclarait insolvable. La hausse importante
des cours du café et du cacao, en 1994, et la dévaluation
du franc CFA, en janvier de la même année, ont permis au pays
de renouer avec la croissance (en progression de 2,2p.100 par rapport à
l'année précédente après sept années
de récession) et d'améliorer les finances publiques. L'inflation
a, en revanche, considérablement augmenté (25,8p.100). En
1994, le produit national brut (PNB) était estimé à
8milliards de dollars, soit un PNB par habitant de 580dollars. La dette
extérieure brute s'élevait, en 1993, à 15milliards
de dollars.
Agriculture
Les principales cultures d'exportation
sont le café et le cacao en zone forestière, la banane et
l'ananas dans le Sud!; dans les savanes du Nord sont cultivés le
coton et la canne à sucre. Les cultures vivrières locales
sont le manioc, le riz, le maïs, le mil, l'arachide et l'igname. Dans
un effort de diversification des cultures d'exportation, le gouvernement
a encouragé la plantation du palmier à huile et de l'hévéa,
ainsi que la culture de la canne à sucre, du coton et du soja. En
1995, l'agriculture contribuait pour 37p.100 au PNB.
La Côte-d'Ivoire, où
les zones forestières du Centre, favorables à la culture
du café et du cacao, furent exploitées dès l'époque
coloniale et au lendemain de l'indépendance, a fait porter ses efforts,
depuis la fin des années 1970, sur la zone forestière frontalière
du Liberia. Le port de SanPedro est ainsi devenu le grand exportateur de
grumes de cette région riche en bois d'œuvre et en bois précieux,
où ce qui reste de l'ancienne grande forêt guinéenne
disparaît peu à peu chaque année. En 1992, les coupes
représentaient au total 13,3millions de m3 et les exportations de
produits de la forêt contribuaient à elles seules pour 3,4p.100
au PNB.
La pêche vivrière est
pratiquée sur la côte, dans les nombreuses rivières
et les lagunes!; la pêche maritime industrielle porte sur la sardine,
le thon, la bonite et les crevettes. Les prises annuelles avoisinent 100000tonnes
de poisson.
Mines et industries
Le secteur minier demeure marginal.
La production pétrolière, lancée en 1980, trois ans
après la découverte des premiers gisements offshore, a considérablement
régressé. L'extraction de l'or, à la frontière
avec le Liberia, a commencé en 1990.
L'industrie, qui occupe 14p.100
de la population active et réalise 23p.100 du PNB, est centrée
sur l'agroalimentaire. L'activité industrielle ne concernait, avant
l'indépendance, que la première étape de la transformation
des produits d'exportation (dépulpage du café, séchage
du cacao, égrenage du coton, dégrossissement des grumes,
préparation des peaux). Depuis 1960, le pays tente de maîtriser
de bout en bout les chaînes des productions.
Échanges
La Côte-d'Ivoire est l'un
des six membres de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Sa
monnaie est le franc CFA, émis par la Banque centrale des États
de l'Afrique de l'Ouest (100francs CFA!=!1franc français).
En 1994, le taux de couverture des
importations par les exportations atteignait 173p.100 grâce à
la hausse des cours des matières premières. Le bois est le
principal produit d'exportation avec le café et le cacao. Le premier
partenaire commercial est la France, suivie par les États-Unis,
le Nigeria et les autres pays membres de l'Union européenne, à
laquelle la Côte-d'Ivoire est associée. Il existe un commerce
régional important avec le Mali et le Burkina Faso, concernant notamment
le bétail sur pied, dont l'élevage en Côte-d'Ivoire
est handicapé par la présence de la mouche tsé-tsé.
Le train reliant Abidjan, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou joue un rôle
essentiel d'intégration économique avec le Burkina Faso et
favorise les migrations saisonnières des habitants de ce pays vers
les plantations de la zone forestière et les ports.
Le port d'Abidjan est l'un des plus
actifs d'Afrique occidentale et celui de SanPedro est en plein développement.
Sur quelque 55000km de routes, 9p.100 sont bitumées.
Histoire
Les recherches archéologiques
sont difficiles dans un pays en grande partie couvert par la forêt:
l'histoire ancienne du pays est donc encore en voie d'élaboration.
Elle s'écrit différemment dans la savane du Nord, que peuplèrent
les populations de langue mandé (Malinkés et Dioulas) migrant
du nord vers le sud, et dans la zone forestière et lagunaire correspondant
aux parties centrale et méridionale du territoire ivoirien, où
s'établirent les populations du groupe akan (Baoulés) en
provenance de l'est.
La période précoloniale
Le commerce transsaharien atteignit
le nord de la Côte-d'Ivoire dès le Xesiècle et entraîna
les premières migrations de populations mandingues qui s'établirent,
vers le XIIIesiècle, à la lisière de la forêt,
dans une région productrice d'or et de noix de cola. Au fil des
siècles se développèrent des cités marchandes,
à l'initiative des marchands dioulas (caste de commerçants
malinkés constituée au sein de l'empire du Mali) et que dirigeaient
des conseils présidés par les négociants spécialisés
dans le commerce à longue distance. Au XVIIIesiècle, la cité-État
de Kong, fondant sa prospérité sur la traite négrière,
allait dominer la région.
Le développement du commerce
transsaharien, contrôlé par les Malinkés islamisés,
alla de pair avec la diffusion de l'islam dans la région. Celle-ci
se fit d'abord plus par imprégnation que par l'utilisation de moyens
coercitifs, et les populations établies de longue date, comme les
Lobis et les Sénoufos, présents depuis le XIesiècle,
maintinrent leur identité animiste. Toutefois, au XVIIIesiècle,
le clan musulman des Ouatara renversa le pouvoir traditionnel animiste
et étendit sa domination sur les régions englobant l'actuelle
Bobo-Dioulasso (Burkina Faso): leur expansion territoriale était
avant tout motivée par la volonté d'assurer la sécurité
des communications et des échanges.
Les explorateurs portugais étaient
parvenus, dès le XVesiècle, jusqu'à la côte
à partir de laquelle ils organisèrent la traite négrière
et le commerce de l'ivoire. De cette période datent les différentes
appellations données au pays par les Européens, lesquelles
variaient en fonction de l'accueil que les populations leur réservaient
et des produits qu'ils troquaient avec celles-ci: Côte des males
gens, Côte des graines et de la malaguette (nom donné au poivre
de Guinée), Côte des dents, Côte du morphil (ivoire),
Côte d'ivoire. Les peuples habitant les lagunes devinrent les auxiliaires
des commerçants européens!; ils lançaient des expéditions
dans l'arrière-pays dont ils rapportaient esclaves, ivoire et huile
de palme.
La grande migration des peuples
akans, venus de l'actuel Ghana, eut lieu au début du XVIIIesiècle.
Les Baoulés, groupe proche de celui des Achantis, s'établirent,
sous la conduite de la reine Abla Pokou, dans le centre du pays. Ils étaient
porteurs d'une conception du pouvoir très éloignée
de celle qui prévalait chez les peuples de la forêt: l'autorité
y était détenue par les anciens et le pouvoir y était
davantage éclaté tandis que les royaumes akans étaient
extrêmement centralisés, le roi détenant une autorité
sacrée, donc absolue.
La colonisation française
Les Français s'établirent
sur la côte au début du XVIIIesiècle. Dans la seconde
partie du XIXesiècle, ils se trouvèrent en compétition
pour la domination de la région avec les Britanniques qui avaient
jeté leur dévolu sur la Côte-de-l'Or (actuel Ghana).
Les zones d'influence respectives de ces deux puissances coloniales furent
définies au congrès de Berlin, en 1885. Dans son entreprise
de conquête de l'intérieur des terres, la France se heurta
dans le Nord au conquérant malinké, Samory Touré,
dont les forces étaient armées de fusils négociés
auprès des Britanniques. En 1897, Samory fit raser Kong, dont les
habitants avaient pactisé avec la France!; il dut toutefois se rendre
et fut déporté. Mais le conflit avait dévasté
durablement la région.
La France ne put asseoir sa domination
sur l'ensemble de la Côte-d'Ivoire qu'au début du siècle:
en 1904, le territoire ivoirien devint colonie de l'empire colonial français.
Jusqu'en 1915, les autorités coloniales durent réprimer les
révoltes des Baoulés et des Bétés. Dès
1882, les colonisateurs avaient introduit en Côte-d'Ivoire la culture
du café!; le développement des plantations favorisa la constitution
d'une classe de petits planteurs. Dès 1932, l'un d'eux, Félix
Houphouët-Boigny, prit la tête de la contestation contre l'accaparement
des terres par les grands propriétaires coloniaux et contre la politique
économique qui pénalisait les petits planteurs autochtones.
La Côte-d'Ivoire était sous la coupe des milieux d'affaires
qui incitèrent le gouvernement français à intégrer
à la colonie, entre 1932 et 1947, les régions très
peuplées du centre et du sud de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso),
dont les habitants furent recrutés pour le travail dans les plantations
et constituèrent le gros des contingents de «!tirailleurs
sénégalais!» envoyés sur le front européen
durant la Seconde Guerre mondiale. Le recours au travail forcé,
pour la construction de la voie ferrée entre Abidjan et Ouagadougou,
destinée à parfaire l'intégration économique
de ces territoires, renforça l'opposition anticolonialiste. En 1944,
Houphouët-Boigny créa un syndicat agricole africain, à
l'origine du Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI), section
ivoirienne du Rassemblement démocratique africain (RDA) fondé
en 1946 à Bamako (Mali). Les différentes sections du RDA
créées dans les colonies de l'Afrique-Occidentale française
(A-OF), menèrent la lutte pour l'indépendance. En 1946, député
de la Côte-d'Ivoire à l'Assemblée française,
Houphouët-Boigny fut à l'origine de la loi abolissant le travail
forcé dans les territoires d'outre-mer, statut auquel avait accédé
la Côte-d'Ivoire la même année.
Le PDCI-RDA, alors apparenté
au Parti communiste français, s'opposa violemment à l'Administration
française, en 1949, soutenant les grèves suscitées
par la chute des cours du cacao. En 1951, cependant, Houphouët-Boigny
adopta une stratégie de coopération avec le gouvernement
français, et le PDCI-RDA rallia l'Union démocratique et socialiste
de la résistance (UDSR), qui comptait dans ses rangs François
Mitterrand, ministre de la France d'outre-mer. Ministre à deux reprises
dans le gouvernement français, Houphouët-Boigny participa à
l'élaboration des réformes qui allaient déboucher
sur la décolonisation.
La Côte-d'Ivoire indépendante
Le 4décembre 1958, la Côte-d'Ivoire
devenait une république au sein de la Communauté française,
Houphouët-Boigny assurant les fonctions de Premier ministre. Il en
devint tout naturellement le président lorsque l'indépendance
fut proclamée le 7août 1960.
L'ancienne Afrique-Occidentale française
(A-OF) voyait naître un second pôle économique et politique,
concurrent du Sénégal, où se trouvaient les administrations
coloniales. La rivalité entre Léopold Sedar Senghor, un intellectuel,
et Houphouët-Boigny, un syndicaliste pragmatique, était ancienne.
Le président ivoirien fit échouer le projet de fédération
du Mali, qui devait reconstituer l'A-OF et qui aurait permis au Sénégal
de maintenir sa prépondérance sur l'Afrique de l'Ouest francophone.
La Côte-d'Ivoire en était le pays le plus riche et son dirigeant
avait l'ambition de fonder sa puissance politique sur le développement
économique national. Avec l'ouverture du canal de Vridi, Abidjan,
la capitale ivoirienne, devint un port de mer puis un centre financier.
La stabilité politique du
pays, en grande partie permise par le régime de parti unique qu'avait
établi Houphouët-Boigny, favorisa la forte croissance économique
des années 1960 et 1970 (le «!miracle ivoirien!»). La
politique paternaliste et capitaliste d'Houphouët-Boigny suscitait
cependant une opposition croissante (manifestations étudiantes,
conspirations dans l'armée). À la fin des années 1980,
le président entreprit des travaux grandioses, notamment à
Yamoussoukro où fut transférée la capitale et édifiée
une cathédrale sur le modèle de Saint-Pierre de Rome. Le
déploiement d'un tel faste alors même que l'économie
nationale s'effondrait, alimenta le mécontentement de la population.
En 1990, Houphouët-Boigny accepta, sous la pression des manifestations,
d'instaurer le multipartisme. Dès cette époque, le problème
de sa succession se posait, mais le président ne laissa pas aux
dauphins constitutionnels (les présidents successifs de l'Assemblée
nationale) la possibilité de s'imposer. En octobre 1990, il fut
élu pour un septième mandat de cinq ans, à l'issue
des premières élections pluralistes du pays. L'ouverture
politique n'était cependant que formelle: en 1992, les principaux
dirigeants de l'opposition, dont Laurent Gbabo, fondateur du Front populaire
ivoirien, furent emprisonnés.
À la faveur d'un climat politique
et social tendu, les oppositions entre communautés et régions
se manifestèrent. Le scrutin présidentiel d'octobre 1995
fut ainsi marqué par des violences intercommunautaires, opposant,
notamment dans l'ouest du pays, les Bétés aux Baoulés,
dont fait partie le nouveau président Henri Konan Bédié,
tandis que les musulmans du Nord restent marqués par la marginalisation
dans laquelle les institutions tentent de maintenir Alassane Ouattara,
ancien Premier ministre, en raison de ses origines burkinabées ("ivoirité").
En 1998, le président Bédié fait adopter une révision
constitutionnelle instituant le septennat renouvelable jusqu'à l'âge
de soixante-quinze ans, au lieu d'un quinquennat renouvelable une seule
fois. La possibilité pour le chef de l'État de reporter l'élection
présidentielle prévue pour l'an 2000 soulève les protestations
d'une opposition divisée. L'économie, dont le taux de croissance
est passé de 1,8 p. 100 en 1994 à 6,8 p. 100 en 1996, a été
stimulée par la dévaluation du franc CFA.
À Abidjan, en Côte d'Ivoire,
une mutinerie de soldats réclamant une amélioration de leurs
conditions de vie s'est transformée, le 24 décembre 1999,
en coup d'État. Après l'échec de négociations
entre le représentant des soldats, le général Robert
Gueï - ancien chef d'état-major - et le chef de l'État,
Henri Konan Bédié, ce dernier a été destitué.
Ce premier coup d'État de l'histoire du pays depuis son indépendance
en 1960 a été bien accueilli par la population lassée
de la corruption croissante du régime.
Le général Gueï
a dissous toutes les institutions de la République et a constitué,
sous sa direction, un Comité national de salut public. Les dirigeants
du Rassemblement des républicains (RDR), parti de l'opposant en
exil Alassane Ouattara, emprisonnés depuis fin octobre, ont été
libérés. Le général Gueï a promis un retour
rapide à la démocratie et a demandé à tous
les partis politiques ivoiriens de participer à un gouvernement
de transition.
Le président Bédié
s'est réfugié à l'ambassade de France puis au Togo.
Alassane Ouattara est revenu en Côte d'Ivoire, le 29 décembre,
après avoir bénéficié d'une ordonnance de non-lieu
dans l'affaire de faux et usage de faux pour laquelle il était poursuivi.
Source :
Microsoft Encarta