LA CÔTE D'IVOIRE EN UN CLIN D'OEIL

Côte-d'Ivoire, officiellement république de Côte-d'Ivoire, pays d'Afrique de l'Ouest, ouvert sur le golfe de Guinée, limité au nord par le Mali et le Burkina Faso, à l'est par le Ghana, et à l'ouest par le Liberia et la Guinée. Le pays couvre une superficie totale de 322462km2 et a pour capitale Yamoussoukro.

Le pays et ses ressources

Relief et hydrographie
La côte, basse et marécageuse, est bordée dans sa partie orientale par des lagunes que les bancs de sable et l'absence de chenaux de communications rendent inaccessibles aux bateaux de haute mer (à l'exception de celle d'Abidjan). Ces lagunes sont séparées de la mer par un cordon littoral. La côte devient rocheuse à la frontière avec le Liberia. Le relief, peu marqué dans l'ensemble du pays, s'élève dans la partie occidentale: la région d'Odienné, au nord-ouest, est formée de collines; au centre-ouest, dans le prolongement des monts Nimba de Guinée, s'élèvent les monts des Toura culminant au mont Tonkoui à 1189m.
La moitié occidentale du pays est arrosée par le Sassandra et son affluent le Nizo!; à l'est, le Bandama et le Comoé traversent pratiquement le pays du nord au sud!; ils ne sont pas navigables au-delà de quelques dizaines de kilomètres en raison de leur cours accidenté, et du bas niveau des eaux durant la saison sèche.

Climat
La Côte-d'Ivoire est soumise à un climat de type équatorial humide, caractérisé par des précipitations abondantes dans le Sud et le Centre. La température moyenne annuelle s'élève à 26,1!°C. Sur la côte, les précipitations moyennes annuelles atteignent quelque 1900mm. Les pluies les plus fortes tombent de mai à août. L'automne est marqué par l'alternance d'une période sèche et d'une période humide. La saison sèche se prolonge de décembre à mai. Dans le centre et le nord, le climat est de type soudanais, avec une saison humide et une longue saison sèche. La région centrale reçoit ainsi des précipitations de 1100mm en moyenne annuelle, concentrées durant la saison des pluies, de juillet à septembre.

Flore et faune
La mangrove borde les lagunes. Une zone de forêts denses lui succède, pénétrant à l'intérieur des terres sur près de 250km à l'est et à l'ouest, et environ 100km dans le Centre. Dans le nord et le centre du pays, la forêt laisse peu à peu la place à une savane arborée, où les hautes herbes alternent avec des restes de forêts secondaires.
La forêt ivoirienne compte plus de 225essences, dont l'obeche, l'acajou et l'iroko, mais du fait de la surexploitation des ressources forestières et du défrichage agricole, sa superficie a été divisée par 6 de 1956 à 1996. La faune ivoirienne compte parmi ses représentants le chacal, l'hyène, la panthère (voir Léopard), l'éléphant, le buffle des savanes, l'antilope-cheval, le phacochère, l'hippopotame, le chimpanzé, le crocodile, ainsi que divers lézards et serpents venimeux.

Ressources naturelles
Le sol, relativement riche, favorise l'agriculture. Le bois issu de la forêt constitue, depuis 1990, une ressource importante. Les ressources minières sont essentiellement le minerai de fer et de manganèse, les diamants et le pétrole (gisements offshore). Des centrales hydroélectriques fonctionnent sur le Bia, le Sassandra et le Bandama!; en 1992, près de 60p.100 de l'électricité consommée dans le pays étaient d'origine hydroélectrique.

Population et société

Démographie
En 1995, la population de Côte-d'Ivoire était estimée à 14,25millions d'habitants, dont 3millions au moins de travailleurs immigrés établis dans le pays avec leurs familles (Burkinabés, Maliens, Ghanéens et Libériens). La densité globale atteignait 44,2habitants au km2. Sur la période 1990-1995, le taux de croissance annuel de la population s'élevait à 3,5p.100; l'indice de fécondité était de 7,4enfants par femme et le taux de mortalité infantile de 92p.1000. L'espérance de vie à la naissance était de 51ans.
Le peuplement de la Côte-d'Ivoire est très divers. Les Adioukous, les Ébriés, les Atiés, les Abés et les Nzimas constituent les petits peuples des lagunes. Les Agnis, les Baoulés et les Gouros vivent à la limite de la forêt. Les Krus, les Dans (ou Yacoubas), les Bétés et les Guérés habitent les forêts à l'ouest du Bandama tandis que les Malinkés, les Lobis et les Sénoufos habitent les savanes du Nord.

Langues et religions
Un cinquième de la population pratique le christianisme (le catholicisme surtout, mais également le protestantisme et des cultes syncrétiques)!; un autre cinquième adhère à l'islam, surtout dans le Nord. Le reste de la population, notamment dans les campagnes, est demeuré fidèle aux religions traditionnelles, qui imprègnent plus ou moins profondément les autres croyances. La langue nationale officielle est le français, mais chaque communauté possède sa langue et parle ou comprend celle de ses voisins.

Éducation
L'enseignement est gratuit et le cycle primaire obligatoire. Un ambitieux programme de télé-enseignement fut lancé au début des années 1970 autour de la ville de Bouaké. En 1991, 45,7p.100 des jeunes de 12 à 17ans étaient scolarisés!; 2,5p.100 de la classe d'âge concernée fréquentaient les établissements du troisième degré, parmi lesquels l'Université nationale de Côte-d'Ivoire, créée en 1964 à Abidjan, qui accueille près de 15000étudiants. Un nombre non négligeable d'étudiants ivoiriens poursuivent leurs études à l'étranger. En 1995, près de 60p.100 de la population ne savait ni lire ni écrire.

Culture
L'influence de la culture française, maintenue dans le système éducatif et diffusée par les moyens modernes d'information, demeure forte. Toutefois, les cultures locales ont été préservées, comme en témoignent notamment les arts plastiques (masques et statuaire). Chaque communauté possède ses modes d'expression spécifiques: dans les zones forestières, les masques sont plutôt massifs tandis que les régions de savane produisent des masques élancés. Les peuples d'origine akan, comme les Baoulés, sont réputés pour le travail de l'or. La littérature écrite s'exprime essentiellement en français sur des thèmes contemporains ou faisant référence à la tradition orale.

Villes principales et divisions administratives
Le territoire ivoirien est divisé en 34départements (subdivisés en sous-préfectures), chacun étant placé sous l'autorité d'un préfet nommé par le gouvernement et étant administré par un conseil général. En 1993, 43p.100 des Ivoiriens étaient citadins. Abidjan, la capitale économique du pays et son plus grand port, abrite plus de 2millions d'habitants. Depuis qu'en 1983 Yamoussoukro, ville natale d'Houphouët-Boigny, est devenue la capitale du pays, sa population a plus que triplé pour dépasser 150000habitants. Bouaké (220000habitants) est un important centre administratif et commercial dans le centre du pays.

Gouvernement et vie politique
La Constitution de Côte-d'Ivoire de 1960, amendée de nombreuses fois, a institué un régime présidentiel au sein duquel le pouvoir exécutif est détenu par le président de la République, élu au suffrage universel pour un mandat de cinq ans. Jusqu'en 1990, le Parti démocratique de Côte-d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) était la seule formation politique autorisée. Le PDCI a maintenu, depuis, son hégémonie sur l'Assemblée nationale, dont les 175membres sont élus au suffrage universel pour cinq ans. Le président du corps législatif est le deuxième personnage de l'État: la Constitution prévoit qu'il achève le mandat du président de la République lorsque celui-ci décède en cours de mandat ou se trouve dans l'incapacité de gouverner.
Henri Konan Bédié acheva ainsi le mandat du président Félix Houphouët-Boigny, au pouvoir depuis 1960 et décédé en décembre 1993. En octobre 1995, l'élection présidentielle confirmait Konan Bédié dans ses fonctions par 90p.100 des suffrages exprimés (60p.100 de participation selon les chiffres officiels). Ce scrutin fut boycotté par les principaux partis d'opposition: le Front populaire ivoirien (FPI), membre de l'Internationale socialiste et dirigé par Laurent Gbabo, candidat malheureux contre Houphouët-Boigny en 1990!; le Rassemblement des républicains, formation centriste fondée en 1994 par Djény Kobéna, ancien rénovateur du PDCI, et l'Union des forces démocratiques (UDF), fédération de six petits partis. Ces trois mouvements, réunis en un Front républicain, refusaient le code électoral voté par l'Assemblée nationale en décembre 1994. Celui-ci, en interdisant à ceux dont les parents n'étaient pas nés ivoiriens de se présenter à la présidentielle, excluait du scrutin le candidat le mieux placé de l'opposition, Alassane Ouattara, directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Premier ministre de 1990 à 1994 et originaire d'une région du Burkina Faso, intégrée jusqu'en 1960 à la Côte-d'Ivoire. Durant la campagne, les partis d'opposition avaient, par ailleurs, été exclus des médias officiels.

Économie
L'économie de la Côte-d'Ivoire repose sur l'agriculture, qui occupait 54p.100 de la population active en 1995 et attire de nombreux travailleurs saisonniers originaires des pays voisins. Premier producteur mondial de cacao et dixième pour le café, la Côte-d'Ivoire subit chaque année la variation des cours, sur le marché mondial, de ces produits hautement spéculatifs. Sur le plan intérieur, un système de caisse de compensation pour les petits planteurs a permis, pendant de nombreuses années, d'amortir les trop grandes amplitudes du prix des produits agricoles. Ce système a contraint le pays à s'endetter lourdement. En 1987, la Côte-d'Ivoire se déclarait insolvable. La hausse importante des cours du café et du cacao, en 1994, et la dévaluation du franc CFA, en janvier de la même année, ont permis au pays de renouer avec la croissance (en progression de 2,2p.100 par rapport à l'année précédente après sept années de récession) et d'améliorer les finances publiques. L'inflation a, en revanche, considérablement augmenté (25,8p.100). En 1994, le produit national brut (PNB) était estimé à 8milliards de dollars, soit un PNB par habitant de 580dollars. La dette extérieure brute s'élevait, en 1993, à 15milliards de dollars.

Agriculture
Les principales cultures d'exportation sont le café et le cacao en zone forestière, la banane et l'ananas dans le Sud!; dans les savanes du Nord sont cultivés le coton et la canne à sucre. Les cultures vivrières locales sont le manioc, le riz, le maïs, le mil, l'arachide et l'igname. Dans un effort de diversification des cultures d'exportation, le gouvernement a encouragé la plantation du palmier à huile et de l'hévéa, ainsi que la culture de la canne à sucre, du coton et du soja. En 1995, l'agriculture contribuait pour 37p.100 au PNB.
La Côte-d'Ivoire, où les zones forestières du Centre, favorables à la culture du café et du cacao, furent exploitées dès l'époque coloniale et au lendemain de l'indépendance, a fait porter ses efforts, depuis la fin des années 1970, sur la zone forestière frontalière du Liberia. Le port de SanPedro est ainsi devenu le grand exportateur de grumes de cette région riche en bois d'œuvre et en bois précieux, où ce qui reste de l'ancienne grande forêt guinéenne disparaît peu à peu chaque année. En 1992, les coupes représentaient au total 13,3millions de m3 et les exportations de produits de la forêt contribuaient à elles seules pour 3,4p.100 au PNB.
La pêche vivrière est pratiquée sur la côte, dans les nombreuses rivières et les lagunes!; la pêche maritime industrielle porte sur la sardine, le thon, la bonite et les crevettes. Les prises annuelles avoisinent 100000tonnes de poisson.

Mines et industries
Le secteur minier demeure marginal. La production pétrolière, lancée en 1980, trois ans après la découverte des premiers gisements offshore, a considérablement régressé. L'extraction de l'or, à la frontière avec le Liberia, a commencé en 1990.
L'industrie, qui occupe 14p.100 de la population active et réalise 23p.100 du PNB, est centrée sur l'agroalimentaire. L'activité industrielle ne concernait, avant l'indépendance, que la première étape de la transformation des produits d'exportation (dépulpage du café, séchage du cacao, égrenage du coton, dégrossissement des grumes, préparation des peaux). Depuis 1960, le pays tente de maîtriser de bout en bout les chaînes des productions.

Échanges
La Côte-d'Ivoire est l'un des six membres de l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA). Sa monnaie est le franc CFA, émis par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (100francs CFA!=!1franc français).
En 1994, le taux de couverture des importations par les exportations atteignait 173p.100 grâce à la hausse des cours des matières premières. Le bois est le principal produit d'exportation avec le café et le cacao. Le premier partenaire commercial est la France, suivie par les États-Unis, le Nigeria et les autres pays membres de l'Union européenne, à laquelle la Côte-d'Ivoire est associée. Il existe un commerce régional important avec le Mali et le Burkina Faso, concernant notamment le bétail sur pied, dont l'élevage en Côte-d'Ivoire est handicapé par la présence de la mouche tsé-tsé. Le train reliant Abidjan, Bobo-Dioulasso et Ouagadougou joue un rôle essentiel d'intégration économique avec le Burkina Faso et favorise les migrations saisonnières des habitants de ce pays vers les plantations de la zone forestière et les ports.
Le port d'Abidjan est l'un des plus actifs d'Afrique occidentale et celui de SanPedro est en plein développement. Sur quelque 55000km de routes, 9p.100 sont bitumées.

Histoire
Les recherches archéologiques sont difficiles dans un pays en grande partie couvert par la forêt: l'histoire ancienne du pays est donc encore en voie d'élaboration. Elle s'écrit différemment dans la savane du Nord, que peuplèrent les populations de langue mandé (Malinkés et Dioulas) migrant du nord vers le sud, et dans la zone forestière et lagunaire correspondant aux parties centrale et méridionale du territoire ivoirien, où s'établirent les populations du groupe akan (Baoulés) en provenance de l'est.

La période précoloniale
Le commerce transsaharien atteignit le nord de la Côte-d'Ivoire dès le Xesiècle et entraîna les premières migrations de populations mandingues qui s'établirent, vers le XIIIesiècle, à la lisière de la forêt, dans une région productrice d'or et de noix de cola. Au fil des siècles se développèrent des cités marchandes, à l'initiative des marchands dioulas (caste de commerçants malinkés constituée au sein de l'empire du Mali) et que dirigeaient des conseils présidés par les négociants spécialisés dans le commerce à longue distance. Au XVIIIesiècle, la cité-État de Kong, fondant sa prospérité sur la traite négrière, allait dominer la région.
Le développement du commerce transsaharien, contrôlé par les Malinkés islamisés, alla de pair avec la diffusion de l'islam dans la région. Celle-ci se fit d'abord plus par imprégnation que par l'utilisation de moyens coercitifs, et les populations établies de longue date, comme les Lobis et les Sénoufos, présents depuis le XIesiècle, maintinrent leur identité animiste. Toutefois, au XVIIIesiècle, le clan musulman des Ouatara renversa le pouvoir traditionnel animiste et étendit sa domination sur les régions englobant l'actuelle Bobo-Dioulasso (Burkina Faso): leur expansion territoriale était avant tout motivée par la volonté d'assurer la sécurité des communications et des échanges.
Les explorateurs portugais étaient parvenus, dès le XVesiècle, jusqu'à la côte à partir de laquelle ils organisèrent la traite négrière et le commerce de l'ivoire. De cette période datent les différentes appellations données au pays par les Européens, lesquelles variaient en fonction de l'accueil que les populations leur réservaient et des produits qu'ils troquaient avec celles-ci: Côte des males gens, Côte des graines et de la malaguette (nom donné au poivre de Guinée), Côte des dents, Côte du morphil (ivoire), Côte d'ivoire. Les peuples habitant les lagunes devinrent les auxiliaires des commerçants européens!; ils lançaient des expéditions dans l'arrière-pays dont ils rapportaient esclaves, ivoire et huile de palme.
La grande migration des peuples akans, venus de l'actuel Ghana, eut lieu au début du XVIIIesiècle. Les Baoulés, groupe proche de celui des Achantis, s'établirent, sous la conduite de la reine Abla Pokou, dans le centre du pays. Ils étaient porteurs d'une conception du pouvoir très éloignée de celle qui prévalait chez les peuples de la forêt: l'autorité y était détenue par les anciens et le pouvoir y était davantage éclaté tandis que les royaumes akans étaient extrêmement centralisés, le roi détenant une autorité sacrée, donc absolue.

La colonisation française
Les Français s'établirent sur la côte au début du XVIIIesiècle. Dans la seconde partie du XIXesiècle, ils se trouvèrent en compétition pour la domination de la région avec les Britanniques qui avaient jeté leur dévolu sur la Côte-de-l'Or (actuel Ghana). Les zones d'influence respectives de ces deux puissances coloniales furent définies au congrès de Berlin, en 1885. Dans son entreprise de conquête de l'intérieur des terres, la France se heurta dans le Nord au conquérant malinké, Samory Touré, dont les forces étaient armées de fusils négociés auprès des Britanniques. En 1897, Samory fit raser Kong, dont les habitants avaient pactisé avec la France!; il dut toutefois se rendre et fut déporté. Mais le conflit avait dévasté durablement la région.
La France ne put asseoir sa domination sur l'ensemble de la Côte-d'Ivoire qu'au début du siècle: en 1904, le territoire ivoirien devint colonie de l'empire colonial français. Jusqu'en 1915, les autorités coloniales durent réprimer les révoltes des Baoulés et des Bétés. Dès 1882, les colonisateurs avaient introduit en Côte-d'Ivoire la culture du café!; le développement des plantations favorisa la constitution d'une classe de petits planteurs. Dès 1932, l'un d'eux, Félix Houphouët-Boigny, prit la tête de la contestation contre l'accaparement des terres par les grands propriétaires coloniaux et contre la politique économique qui pénalisait les petits planteurs autochtones. La Côte-d'Ivoire était sous la coupe des milieux d'affaires qui incitèrent le gouvernement français à intégrer à la colonie, entre 1932 et 1947, les régions très peuplées du centre et du sud de la Haute-Volta (actuel Burkina Faso), dont les habitants furent recrutés pour le travail dans les plantations et constituèrent le gros des contingents de «!tirailleurs sénégalais!» envoyés sur le front européen durant la Seconde Guerre mondiale. Le recours au travail forcé, pour la construction de la voie ferrée entre Abidjan et Ouagadougou, destinée à parfaire l'intégration économique de ces territoires, renforça l'opposition anticolonialiste. En 1944, Houphouët-Boigny créa un syndicat agricole africain, à l'origine du Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI), section ivoirienne du Rassemblement démocratique africain (RDA) fondé en 1946 à Bamako (Mali). Les différentes sections du RDA créées dans les colonies de l'Afrique-Occidentale française (A-OF), menèrent la lutte pour l'indépendance. En 1946, député de la Côte-d'Ivoire à l'Assemblée française, Houphouët-Boigny fut à l'origine de la loi abolissant le travail forcé dans les territoires d'outre-mer, statut auquel avait accédé la Côte-d'Ivoire la même année.
Le PDCI-RDA, alors apparenté au Parti communiste français, s'opposa violemment à l'Administration française, en 1949, soutenant les grèves suscitées par la chute des cours du cacao. En 1951, cependant, Houphouët-Boigny adopta une stratégie de coopération avec le gouvernement français, et le PDCI-RDA rallia l'Union démocratique et socialiste de la résistance (UDSR), qui comptait dans ses rangs François Mitterrand, ministre de la France d'outre-mer. Ministre à deux reprises dans le gouvernement français, Houphouët-Boigny participa à l'élaboration des réformes qui allaient déboucher sur la décolonisation.

La Côte-d'Ivoire indépendante
Le 4décembre 1958, la Côte-d'Ivoire devenait une république au sein de la Communauté française, Houphouët-Boigny assurant les fonctions de Premier ministre. Il en devint tout naturellement le président lorsque l'indépendance fut proclamée le 7août 1960.
L'ancienne Afrique-Occidentale française (A-OF) voyait naître un second pôle économique et politique, concurrent du Sénégal, où se trouvaient les administrations coloniales. La rivalité entre Léopold Sedar Senghor, un intellectuel, et Houphouët-Boigny, un syndicaliste pragmatique, était ancienne. Le président ivoirien fit échouer le projet de fédération du Mali, qui devait reconstituer l'A-OF et qui aurait permis au Sénégal de maintenir sa prépondérance sur l'Afrique de l'Ouest francophone. La Côte-d'Ivoire en était le pays le plus riche et son dirigeant avait l'ambition de fonder sa puissance politique sur le développement économique national. Avec l'ouverture du canal de Vridi, Abidjan, la capitale ivoirienne, devint un port de mer puis un centre financier.
La stabilité politique du pays, en grande partie permise par le régime de parti unique qu'avait établi Houphouët-Boigny, favorisa la forte croissance économique des années 1960 et 1970 (le «!miracle ivoirien!»). La politique paternaliste et capitaliste d'Houphouët-Boigny suscitait cependant une opposition croissante (manifestations étudiantes, conspirations dans l'armée). À la fin des années 1980, le président entreprit des travaux grandioses, notamment à Yamoussoukro où fut transférée la capitale et édifiée une cathédrale sur le modèle de Saint-Pierre de Rome. Le déploiement d'un tel faste alors même que l'économie nationale s'effondrait, alimenta le mécontentement de la population. En 1990, Houphouët-Boigny accepta, sous la pression des manifestations, d'instaurer le multipartisme. Dès cette époque, le problème de sa succession se posait, mais le président ne laissa pas aux dauphins constitutionnels (les présidents successifs de l'Assemblée nationale) la possibilité de s'imposer. En octobre 1990, il fut élu pour un septième mandat de cinq ans, à l'issue des premières élections pluralistes du pays. L'ouverture politique n'était cependant que formelle: en 1992, les principaux dirigeants de l'opposition, dont Laurent Gbabo, fondateur du Front populaire ivoirien, furent emprisonnés.
À la faveur d'un climat politique et social tendu, les oppositions entre communautés et régions se manifestèrent. Le scrutin présidentiel d'octobre 1995 fut ainsi marqué par des violences intercommunautaires, opposant, notamment dans l'ouest du pays, les Bétés aux Baoulés, dont fait partie le nouveau président Henri Konan Bédié, tandis que les musulmans du Nord restent marqués par la marginalisation dans laquelle les institutions tentent de maintenir Alassane Ouattara, ancien Premier ministre, en raison de ses origines burkinabées ("ivoirité"). En 1998, le président Bédié fait adopter une révision constitutionnelle instituant le septennat renouvelable jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans, au lieu d'un quinquennat renouvelable une seule fois. La possibilité pour le chef de l'État de reporter l'élection présidentielle prévue pour l'an 2000 soulève les protestations d'une opposition divisée. L'économie, dont le taux de croissance est passé de 1,8 p. 100 en 1994 à 6,8 p. 100 en 1996, a été stimulée par la dévaluation du franc CFA.

À Abidjan, en Côte d'Ivoire, une mutinerie de soldats réclamant une amélioration de leurs conditions de vie s'est transformée, le 24 décembre 1999, en coup d'État. Après l'échec de négociations entre le représentant des soldats, le général Robert Gueï - ancien chef d'état-major - et le chef de l'État, Henri Konan Bédié, ce dernier a été destitué. Ce premier coup d'État de l'histoire du pays depuis son indépendance en 1960 a été bien accueilli par la population lassée de la corruption croissante du régime.
Le général Gueï a dissous toutes les institutions de la République et a constitué, sous sa direction, un Comité national de salut public. Les dirigeants du Rassemblement des républicains (RDR), parti de l'opposant en exil Alassane Ouattara, emprisonnés depuis fin octobre, ont été libérés. Le général Gueï a promis un retour rapide à la démocratie et a demandé à tous les partis politiques ivoiriens de participer à un gouvernement de transition.
Le président Bédié s'est réfugié à l'ambassade de France puis au Togo. Alassane Ouattara est revenu en Côte d'Ivoire, le 29 décembre, après avoir bénéficié d'une ordonnance de non-lieu dans l'affaire de faux et usage de faux pour laquelle il était poursuivi.

Source :
Microsoft Encarta