L'Euro :
L'avènement de l'euro, la
monnaie unique européenne dont les conditionalités entrent
en vigueur à partir du 1er janvier 1999, crée d'autres événements
dans les pays de la zone franc, plus activement à Abidjan (Côte
d'Ivoire).
De façon irréversible
et sûrement, l'euro se rapproche, n'en déplaisent aux Etats,
en l'occurrence, africains dont les économies frisent avec le «laxisme
budgétaire». A Abidjan, l'opinion publique et la presse nationale
alimentent le débat sur la question du passage à l'euro,
suivant de près la contribution des experts financiers et banquiers.
Plus que jamais c'est un défi majeur que les acteurs économiques
et au-delà les Etats de l'union européenne tout comme ceux
de la zone franc sont amenés à relever. La question cruciale
et incontournable pour les Africains porte sur une nouvelle dévaluation
ou non du franc CFA. C'est connu dans le milieu des Ivoiriens, la dévaluation
s'apprécie, mais ne s'annonce pas. Ni le ministre ivoirien de l'économie
et des Finances, Niamien N'Goran, ni les économistes de la Banque
nationale de Paris (BNP) n'ont pu convaincre véritablement l'auditoire
composé majoritairement d'opérateurs économiques responsables
d'entreprises lors du séminaire organisé dans la deuxième
quinzaine de décembre 1997 à l'hôtel Ivoire (Abidjan).
Vaine tentative (?) de faire partager l'idée selon laquelle "l'euro
ne changera en rien la valeur du franc CFA". Mieux, les experts de la BNP
se refusent à tout commentaire approfondi sur la question, rappelant
par moment que le but du séminaire est d'informer les clients de
la Banque internationale pour le commerce et l'industrie de Côte
d'Ivoire (BICICI), filiale nationale de la BNP, sur l'introduction de l'euro
et ses exigences.
Les ministres des finances de la
zone franc ont déjà donné de la voie le 18 avril 1996
à N'Djamena (Tchad), indiquant que lorsque l'euro se substituera
au franc français, les parités des francs CFA et comorien
seront fixés mécaniquement par rapport à l'euro
La psychose d'une deuxième
dévaluation du franc CFA se vit chez nombre des Ivoiriens les plus
pessimistes. Dès lors, l'attitude des argentiers des Etats de la
zone franc étonne plus d'un: "Pourquoi attendre 1999 ou l'an 2002
avant de réfléchir par nous-mêmes sur le devenir du
F CFA ?" s'interroge-t-on. Les décideurs savent certainement ce
qu'ils font et mesurent le poids réel du passage à l'euro
sur le panier de la ménagère, et encore une fois sur les
dettes publiques extérieures et ses services. Pour sûr, il
y aura un changement de référence du franc CFA par rapport
à l'euro une fois que la monnaie unique européenne se substituera
au franc français. Il s'est voulu rassurant Jean-Pierre Petit, directeur
général adjoint des études économiques à
la BNP en affirmant lors de son passage à Abidjan qu' "en soi, l'euro
ne conduit pas nécessairement à la dévaluation. Le
problème de la zone euro, c'est simplement un changement de référence.
Elle ne déclenche ni dévaluation ni réévaluation".
Quelle sera la nouvelle parité entre le F CFA et l'euro ? "Là-dessus,
je ne me prononce pas", répond catégoriquement l'économiste
de la BNP. La question brûle et angoisse même les parlementaires.
Cela s'est ressenti lors d'un récent passage du ministre ivoirien
de l'économie et des finances devant les députés dans
le cadre des "questions actuelles" initiées par l'assemblée
nationale. A cette occasion, le député Amon Léon,
par ailleurs PDG de la compagnie nationale d'assurance (CNA) a interrogé
le ministre sur l'avenir du franc CFA après 1999; c'est-à-dire,
dans moins d'un an I Quelques semaines plus tard, pour atténuer
la psychose des conséquences néfastes d'une probable dévaluation
du F CFA, le gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de
l'Afrique de l'ouest (BCEAO), Charles Konan Banny, emboîtant le pas
au conseiller juridique de la Banque nationale de Paris (BNP) tente de
rassurer que "l'avènement de l'euro entraîne trop de bruit
pour rien". Tant mieux, si cela provient d'un des décideurs de l'avenir
du franc CFA en l'occurrence le gouverneur de la BCEAO. Plus que cette
parole d'évangile, les Africains doivent sérieusement étudier
la question: créer une monnaie unique autre que le franc CFA. Si
on ne rejette pas du revers de la main cette proposition, en revanche,
rien ne se fait concrètement pour une étude plus sérieuse
et plus approfondie d'une politique monétaire. Cette politique devrait
être de la compétence exclusive de la banque centrale de l'Afrique
de l'Ouest (BCEAO) de concert avec le conseil régional des marchés
financiers mis en place au mois d'octobre 1997.
La seule chose dont les Ivoiriens
sont certains, c'est la dépréciation du franc CFA, la perte
de sa crédibilité après la fixation irrévocable
des parités des monnaies de la zone euro.
Mais comment se ressentira cette
dépréciation et à quel(s) niveau(x) ? Pour plus de
clarté, la chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire
(CCICI) a convié les acteurs économiques ivoiriens les 26
et 27 janvier un séminaire conjointement avec la société
MATIF. Ce séminaire a porté sur l'impact de l'euro sur les
marchés financiers et le Marché à Terme International
de France (MATIF).
Les grandes entreprises, les institutionnels,
les banques correspondantes, les PME/PMI, les artisans, les commerçants
et les professions libérales ainsi que les particuliers..., bref,
Tout le monde s'intéresse au passage à l'euro dès
le 1er janvier 1999. Le pacte de stabilité entre les monnaies nationales
européennes aura des répercussions non moins regrettables
sur la monnaie CFA. Même si les experts en économie et finance
font croire que contrairement
au pessimisme des populations, les
conséquences de l'introduction de l'euro seront plutôt positives.
Ils font là allusion à une garantie de convertibilité
illimitée du franc CFA et à un accès facile des pays
africains de la zone franc au marché européen. Ces Etats
africains, dit on, seront moins vulnérables aux fluctuations des
monnaies internationales, notamment le dollar. Soit. Mais l'Ivoirien tout
comme les populations des pays de la zone franc s'interrogent : jusqu'en
1994, 1 FF équivalait à 50 F CFA; depuis cette date (après
dévaluation), 1 FF équivaut à 100 F CFA. Quelle sera
maintenant la parité fixe entre le F CFA et l'euro ? L'équation
à plusieurs inconnus restent posée:
lEURO=XFCFA. Doit-on s'attendre
à une dévaluation déguisée du franc CFA ou
à une dépréciation de cette monnaie ? Les grandes
question se posent au moment où le taux moyen de croissance est
de 5 % pour l'ensemble des Etats de la sous-région ouest-africaine
alors qu'il est de 7 % pour certains pays comme la Côte d'Ivoire.
A l'évidence, il n'y a pas échec pour ces Etats africains
soumis à répétition à diverses réformes
structurelles et économiques imposées par les bailleurs de
fonds notamment la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International.
Les Privatisations :
LES TROIS dernières années,
les privatisations réalisées en Côte d'Ivoire ont
rapporté quelque 230,6 milliards
de FCFA à l'Etat, selon les statistiques présentées
devant le Conseil des ministres.
Rappelant que son principal objectif
est « le développement d'un actionnariat national »,
le gouvernement a souligné « l'engouement du public pour les
privatisations », et relève que les recettes des privatisations
ont connu une progression constante.
Elles se sont élevées
à 32,7 milliards de F CFA en 1995, à 53,7 milliards en 1996,
et enfin à 144,2 milliards en 1997.
La performance de l'année
écoulée s'explique par la cession à des opérateurs
privés de deux entreprises importantes, la Sodésucre et CI
Telcom. En 1997, l'Etat a vendu 51 % du capital de Citelcom à France
Télécom par l'intermédiaire de sa filiale France câbles
et radio, pour une somme de 105 milliards de F CFA.
Côte d'Ivoire Télécom,
qui a succédé à CI Telcom, a été paralysé
au début du mois de février 1998 par une grève de
cinq jours déclenchée par les employés membres du
Syndicat national des agents des postes et télécommunications
(Synapostel), qui ont dénoncé les écarts de salaires
existant entre Ivoiriens et expatriés et exigé des augmentations
ainsi que des primes.
Un accord est finalement intervenu
entre la direction de Côte d'Ivoire Télécom et les
employés de l'entreprise sur la revalorisation des salaires.
GROS PLAN SUR L'EDUCATION (Juillet 98)
Entre les autorités ivoiriennes et la toute-puissante Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (Fesci), la trêve est-elle rompue ? L'accélération et l'enchaînement des événement" de ces derniers jours le laissent en tout cas penser, même si l'audience accordée, le 2 juin 1998, au leader de ce mouvement, Soro Kigbafori Guillaume, par le président Henri Konan Bédié est venue désamorcer la tension persistante qui régnait depuis le décès, le 13 mai 1998, d'Elélé Sombo Mages. Ce jour-là, alors que les élèves du Lycée moderne d'Anyama, localité située à une trentaine de kilomètres d'Abidjan, protestaient contre une cotisation imposée par le proviseur de l'établissement, la police fit une descente plus que musclée qui aboutit à la mort par balle d'Elélé Sombo.
Très vite, la Fesci, le syndicat
le plus représentatif de la défense des intérêts
des élèves et étudiants ivoiriens, s'organisa et fit
le tour du pays pour informer la base et la sensibiliser quant à
l'opportunité de s'associer à la mémoire de leur camarade.
Après deux jours d'arrêt des
cours, les 26 et 27 mai 1998,
pour deuil national, la Fesci décida de passer à la
vitesse supérieure.
Pour Soro Guillaume, l'heure était
venue d'organiser, dès le 3 juin, une autre grève de vingt-quatre
heures, des meetings dans tous les lycées et universités
de Côte d'Ivoire et, surtout, une grande marche de protestation sur
la présidence de la République. Objectif visé ? Obtenir
« la révocation et la condamnation à de lourdes peines
pénales du proviseur du lycée, du policier tueur et du commissaire
de la ville ».
Trois jours seulement après
l'audience présidentielle, le gouvernement ivoirien publia un communiqué
entièrement favorable aux étudiants puisque des sanctions
ont été prises contre les personnes impliquées directement
dans la mort de l'élève (le sergent de police Kouassi Kouakou
a été mis aux arrêts en attendant sa comparution devant
le tribunal militaire) ou indirectement (le commissaire de police d'Anyama,
Koné Mamadou, et le proviseur du lycée, Massé Noufé,
ont été relevés de leurs fonctions).
Si le feu a pu être circonscrit,
les braises ne sont pas éteintes pour autant. Les étudiants
comptent maintenir la pression sur le gouvernement afin de l'amener à
prendre en compte leurs préoccupations. « Tant que les conditions
objectives nous obligeront à utiliser la grève, nous la ferons
sans état d'âme », prévient Soro
Guillaume. Les conditions objectives,
ce sont seulement 9 700 chambres disponibles pour plus de 60 000 étudiants
au cours de la présente année académique.
Autre préoccupation: l'accès
d'un plus grand nombre d'étudiants aux bourses d'études.
Le secrétaire général de la Fesci souhaite que «
le président Bédié, qui est le dernier recours, prenne
au moins 5 milliards de ses 15 milliards de F CFA de dépenses de
souveraineté pour venir en aide aux étudiants », ce
qui porterait à 10 milliards le montant total des bourses distribuées
aux étudiants Ivoiriens.
Avec les étudiants de la
Fesci, les enseignants du Syndicat national de la recherche et de l'enseignement
supérieur constituent aussi pour le gouvernement ivoirien des «
empêcheurs de dormir en paix ». Ils ont observé, du
2 au 4 juin 1998, un arrêt de travail pour protester contre les conditions
salariales qu'ils jugent peu avantageuses et à deux vitesses depuis
l'entrée en vigueur en 1991 des décrets de raccrochage des
enseignants. La fin de la grève, sans résultat favorable
sur tous ces points, laisse la porte ouverte à la reprise du mouvement
dans les semaines ou les mois à venir. .
LES CHINOIS A L'OFFENSIVE (Juillet 98)
Pour sa première visite officielle
à l'étranger, un peu moins de trois mois après sa
nomination, le ministre chinois des Affaires étrangères,
Tang Jiaxuan, a choisi, du 12 au 14 juin 1998, la Côte d'Ivoire.
Trois jours qui auront permis « d'approfondir la connaissance mutuelle,
d'élargir le terrain d'entente, de renforcer la coopération
et de faire progresser encore davantage les relations d'amitié et
de coopération existant depuis quinze ans entre les deux pays ».
Et si, au terme du séjour
du ministre, la partie chinoise a remis, à titre gracieux, 200 millions
de F CFA, les autorités ivoiriennes, par leur ministre des Affaires
étrangères, Amara Essy, n'en ont pas moins présenté
un chapelet de demandes: accroissement des crédits afin d'initier
certains projets, création d'une commission mixte pour mieux identifier
et mener les opérations d'investissement. Mais surtout, et de façon
concrète, la Côte d'Ivoire espère fermement que la
visite officielle du ministre chinois des Affaires étrangères
permettra enfin de
concrétiser l'idée
de construction de deux usines de traitement du cacao ivoirien.
Lancés en avril 1997 par
des investisseurs publics et privés ivoiriens et chinois, en partenariat
avec des entreprises françaises, ces deux projets tardent à
voir le jour. Le premier, qui porte sur la construction d'une usine baptisée
Qingke, entre dans le cadre de la coopération bilatérale
entre la Côte d'Ivoire et la Chine. La société Qingke
a prévu d'acheter toute sa production de cacao (masse, liqueur et
beurre de cacao) en Côte d'Ivoire, mais aussi d'investir 12 millions
de dollars au cours de la première phase.
Pour atteindre ses objectifs et aider
la Côte d'Ivoire à écouler son importante production
cacaoyère, Qingke, dont le capital de 3 millions de dollars est
détenu à 40 % par le groupe chinois Jin Tal, à 30
% par la Caisse de stabilisation ivoirienne et, dans des proportions nettement
moins élevées, par le groupe français Choc , Arbin,
compte séduire les collectivités :
l'armée, les établissements
scolaires, les grandes structures étatiques, etc.
Quant au second projet, il regroupe,
au sein de la Société ivoirienne de cacao (Sicao) qui a ainsi
vu le jour, la Société de négoce ivoirienne (Sonégi),
la compagnie française Touton et la société chinoise
Shangai Coline. L'ambition affichée est d'investir environ 12 milliards
de F CFA pour créer, en Côte d'Ivoire, une usine de transformation
de cacao.
Si ces différents projets
voyaient le jour, ils viendraient certainement couronner une série
d'actions et d'initiatives prises ces derniers temps par la Chine pour
marquer sa présence en Côte d'Ivoire et consolider l'axe diplomatico
économique entre Abidjan et Pékin.
D'ici là, la Côte d'Ivoire
se réjouit déjà de la multiplication des missions
économiques et commerciales chinoises, et surtout de l'installation
de nombre d'entreprises industrielles sur le territoire national. Il en
est ainsi de la construction, dans la zone industrielle de Yopougon, d'une
usine de montage automobile Hua-Ke, symbole par excellence « des
bonnes relations d'amitié existant entre nos deux pays »,
comme le soulignait, lors de l'inauguration de l'usine, le 17 octobre 1997,
le ministre chinois du Commerce extérieur, Yang Wensheng.
Fruit du partenariat entre opérateurs
privés des deux pays (les Ivoiriens détiennent 30 % des 500
millions de F CFA de capital), Hua-Ke ambitionne cette année de
produire 300 véhicules utilitaires, puis 1 000 et 3 000 automobiles,
respectivement en l'an 2000 et 2010. L'usine de montage Hua-Ke n'est pas
le seul fleuron de la présence et de l'offensive chinoise en Côte
d'Ivoire.
Yitwo Agro-lndustrial, une usine
de montage de matériel agricole, a en effet été inaugurée
en mars 1998 par le premier ministre ivoirien, Daniel Kablan Duncan. CEuvre
d'hommes d'affaires des deux pays (le capital de 104 millions de F CFA
appartient à 68 % à des partenaires chinois, dont les principaux
sont China First Tractor, Yitwo international, Dong Fang et Finang, ainsi
qu'à des privés ivoiriens), Yitwo Agro-lndustrial a nécessité
un investissement de départ de plus de 800 millions (le montant
total de l'investissement prévu est de 1,3 milliard). Ce qui devrait
être suffisant pour permettre à l'usine de produire de 1 200
à 1 400 tracteurs et motoculteurs par an
« La Côte d'Ivoire ayant
une économie basée sur l'agriculture, votre entreprise dispose
déjà d'un marché national très demandeur. A
cela vient s'ajouter le marché sous-régional de l'UEMOA qui
est un débouché important pour vos produits, ce qui présage
d'un développement rapide de vos activités », rassurait
alors le ministre délégué chargé du Plan et
du
Développement industriel,
Théophile Ahoua Ndoli. Ces matériels agricoles devraient
permettre, comme le confiait le président-directeur général
de Yitwo, Fang Gang, « d'alléger l'intensité du travail
des paysans et augmenter la productivité ».
Autre fierté: le palais de
la Culture de Treichville, dont la construction avance à grands
pas et qui devrait accueillir, après son ouverture prévue
pour septembre 1999, le Festival mondial des afromusiques, trois mois plus
tard. Attendu avec beaucoup d'impatience par les artistes ivoiriens, qui
se plaignent régulièrement du nombre réduit de salles
de spectacle dignes de ce nom, le palais de la Culture aidera certainement
ceux-ci à développer leurs talents et créations...
De l'avis de l'ambassadeur de Chine
en Côte d'Ivoire, Fang Gang, l'ouverture en décembre 1997
à Abidjan d'un centre de promotion des investissements, de développement
et de commerce devrait donner un coup de fouet supplémentaire à
la coopération entre les deux pays. Cette restructuration ambitionne
de fournir aux entreprises chinoises des informations précises susceptibles
de leur permettre d'investir en Côte d'Ivoire, dans des sections
aussi diverses
que l'agriculture, les mines, l'électronique,
l'automobile, les services, etc.
Au siège du Centre de promotion
des investissements, du développement et du commerce, dans le quartier
des affaires du Plateau, l'on ploie déjà sous le poids du
travail et des dossiers à « boucler ». A commencer par
l'installation, à Yamoussoukro, d'une usine de montage de micro-ordinateurs.
La société à capitaux mixtes à créer
devrait être détenue à 51 % par des partenaires ivoiriens
et à 49 % par la partie chinoise. L'investissement de départ
est estimé à 600 millions de F CFA, pour une capacité
de production annuelle de 30000 à 50000 microordinateurs. Plusieurs
autres projets chinois devraient être réalisés dans
les années à venir. Ceux-ci vont de la recherche pétrolière
off shore à la construction d'une usine de produits pharmaceutiques,
en passant par l'unité rizicole de Yamoussoukro (censée produire
annuellement plus de 2 000 tonnes de riz usiné) ou par le projet
de riziculture de Guiguidou, dans la région de Divo. .
LES GRANDES MANOEUVRES (Août 98)
Paru le 5 juin 1998 dans Le Démocrate, l'organe officiel du Parti démocratique de Côte d'IvoireRassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), l'éditorial de Yao Noël, directeur de publication et surtout secrétaire national du parti au pouvoir, ne pouvait passer inaperçu. Cette prise de position se voulait une réponse ferme, certains diraient musclée, à la réaction de l'ancien premier ministre Alassane Ouattara qualifiant, dans un quotidien français, la nouvelle Constitution de « texte destiné à maintenir une clique au pouvoir ». Cette passe d'armes, par organes de presse interposés, est tout simplement révélatrice du climat de tension, de raidissement, voire de fébrilité, qui s'est emparé de l'ensemble de la classe politique ivoirienne. A un peu plus de deux ans des échéances électorales de l'an 2000, le « top de départ » des grandes manoeuvres est déjà donné et l'on ne compte plus les tournées et sorties des états-majors des principaux partis politiques. Le secrétaire général du Rassemblement des républicains (RDR), Djény Kobina, a achevé en juin 1998 une tournée de douze jours dans l'est du pays. Objectif affiché: « préparer le terrain » pour Alassane Ouattara, le candidat naturel de ce parti à la succession du président Henri Konan Bédiéo Au Front populaire ivoirien (FPI), Laurent Gbagbo est sorti le 25 juin 1998, à la faveur d'une conférence de presse, de la réserve observée ces derniers temps, et ses lieutenants ont multiplié les séjours à l'intérieur du pays, les conférences-débats et les déclarations publiques, afin de « maintenir la base en éveil »
De son côté, le PDCI,
après avoir observé une sorte d'attentisme, a connu un regain
d'activité. Le signal de cette mobilisation est venu du Cercle national
Bédié (CNB), son principal mouvement de soutien, qui tenait,
le 30 mai 1998 à
Agnibilékrou, à l'est
de la Côte d'Ivoire, son premier séminaire régional
consacré à sa collaboration avec les élus du parti.
Leur souhait, réaffirmé par le président Pierre Yangni
Nda, est que s'établisse « une collaboration franche et agissante
» entre ces deux structures, « organisée pour soutenir
la politique économique et sociale définie par le Président
au profit de la nation ».
Pour le second semestre de cette
année, le PDCI s'est lancé dans un vaste mouvement de renouvellement
de ses structures de base. Le programme va des opérations de placement
des nouvelles cartes du parti aux tournées de délégations
spéciales sur toute l'étendue du territoire national, en
passant par les élections des présidents des comités
et l'installation de leurs bureaux, les élections des secrétaires
généraux de section et la grande rentrée politique
d'octobre 1998 à Yamoussoukro. Mais, c'est sur le terrain des réformes
constitutionnelles entérinées le 30 juin 1998 par l'Assemblée
nationale que les formations politiques ont été le plus présentes,
ce qui n'a fait qu'exacerber une atmosphère que les observateurs
qualifient de délétère. Ainsi, l'opposition FPI RDR
regroupée au sein du Front républicain a-t-elle choisi de
ne pas participer au vote du projet de loi portant amendement de la Constitution.
Le FPI a en effet claqué la porte de l'hémicycle à
la suite du refus du président du Parlement ivoirien, Emile Brou,
de retenir le préalable de M' Boga Doudou, président du groupe
parlementaire FPlo Ce dernier demandait que le teste relatif à la
révision constitutionnelle soit retiré de l'ordre du jour.
La Ligue ivoirienne des Droits de l'Homme n'a pas hésité,
de son côté, à s'élever contre les pouvoirs
excessivement forts accordés au chef de l'Etat, à commencer
par la durée du mandat présidentiel qui passe de cinq à
sept ans. Pour son président Bléou Martin, « les raisons
invoquées au soutien d'une telle proposition sont inopérantes
: en cinq ans, tout chef d'Etat peut mettre en oeuvre son programme. La
Lidho pense que sept ans c'est trop long, et une telle durée prive
par trop le peuple de son pouvoir de contrôle. »
Autre disposition controversée:
l'article 10, qui mentionne que « lorsque surviennent un cas de force
majeure, des événements ou des circonstances graves, rendant
impossibles la tenue de l' élection présidentielle ou la
proclamation de celle-ci, le président de la République dont
le mandat vient à terme demeure en fonction, après consultation
des présidents du Sénat et de l' Assemblée nationale
».
Pour Francis Wodié, le leader
du Parti ivoirien des travailleurs (PIT) et seul adversaire d'Henri Konan
Bédié lors de la dernière élection présidentielle
de 1995 (il avait obtenu un peu plus de 3 % des voix), cet article opère
une sorte de « coup d'Etat constitutionnel » en ce qu'il permet
au chef de l'Etat, sous les prétextes les plus divers, de se maintenir
au pouvoir. Sur ce point, une fois n'est pas coutume, le PIT rejoint le
FPI et le RDR, qui ne cessent de mettre en garde contre ce qui est décrit
comme la volonté du président Henri Konan Bédié
de « confisquer le pouvoir »o
Le numéro deux du FPI, Aboudramane
Sangaré, en a même profité pour demander au pouvoir
de « s'asseoir pour discuter pendant qu'il est encore temps car quand
toutes les possibilités seront épuisées, nous passerons
à une autre étape »o Et, pour bien montrer que «
ce ne sont pas des paroles en l'air », le FPI a boycotté le
déjeuner offert à l' ensemble des députés par
le chef de l'Etat le 12 juin 1998.
L'accès à la carte
nationale d'identité constitue également un autre contentieux
opposant les formations politiques, nombre de ressortissants du nord du
pays se plaignant des difficultés qu'ils rencontrent dans l'établissement
de ce document. « Pour nous, avance So Konaté, les procédures
sont plus compliquées parce que nos prénoms (Abdramane, Sékou,
etc.) et nos noms de famille (Touré, Doumbia, etc.) se retrouvent
également au Burkina, au Mali et en Guinée. Et donc, pour
prouver que nous sommes ivoiriens, nous devons, en plus de nos extraits
de naissance, produire ceux de nos parents. Ce qui pose souvent des problèmes
complexes quand ces derniers n'en ont jamais eu ou sont décédés
sans laisser de traces d'un quelconque document de ce genre ».
En fait, résume M. Cissé,
« tout est mis en oeuvre pour que les populations du Nord, considérées
comme des militants inconditionnels d'Alassane Ouattara, ne participent
pas en grand nombre aux prochaines consultations électorales ».
Conscients de la menace de fragilisation
sociale que constitue ce dossier relatif à la carte nationale d'identité,
les députés ont demandé au gouvernement de tout mettre
en oeuvre pour que « chaque Ivoirien possède sa carte. C'est
un devoir civique ». Ils souhaitent que le gouvernement organise
une large campagne d'information des citoyens sur les pièces à
fournir et sur les procédures, afin de prévenir « les
interprétations tendancieuses et les sentiments de frustrations.
La réduction du coût briserait également les résistances
des citoyens ».
Cette préoccupation semble
visiblement avoir été prise en compte au plus haut niveau
puisque le Conseil national de sécurité (CNS) vient de voir
son projet de lutte contre les difficultés d'identification des
populations ivoiriennes adopté en Conseil des ministres. Les nouvelles
dispositions administratives prévoient en effet « la réduction
temporaire, jusqu'au 31 octobre 1999, du coût de la carte nationale
d'identité par une baisse du droit de timbre et une exonération
totale du droit de timbre en ce qui concerne les pièces nécessaires
à l'obtention de ladite carte ».
En outre, « les procédures
d'établissement des cartes nationales d'identité vont être
simplifiées, avec notamment l'organisation d'audiences foraines
pour éviter aux populations rurales des déplacements fréquents
et onéreux pour la recherche des pièces d'état civil
et autres documents nécessaires à l'établissement
de cette carte ».
A L'AUBE DE L'AN 2000
Les Ivoiriens attendaient avec impatience
le contenu du projet de loi portant révision de la Constitution
soumis aux parlementaires pour savoir sous quel signe allaient se dérouler
les élections générales de l'an 2000, singulièrement
celle du président de la République. Après l'adoption
par la Commission des affaires générales et institutionnelles
du Parlement, le 28 mai dernier, des nouveaux articles 9 et 10, une frange
considérable de l'opinion, les partis politiques et des organisations
de la société civile en sont venus à dénoncer
le recul de la démocratie et les menaces sur la paix sociale. De
fait, à Abidjan, tout comme à l' intérieur du pays,
on a encore en mémoire le boycott actif des élections de
1995. Non satisfaite de la loi qui devait régir ces scrutins -les
seconds en Côte-d'Ivoire à l'ère du multipartisme -et
lasse de demander, en vain, une commission électorale indépendante,
l'opposition significative, constituée principalement du Front populaire
ivoirien (FPI, socialiste) et du Rassemblement des républicains
(RDR, centriste), avait décrété le boycott actif.
Ce mot d'ordre massivement suivi avait occasionné dans bon nombre
de villes des affrontements entre forces de l' ordre et militants de l'
opposition. Quelle qu' en soit l' appréciation des uns et des autres
-le pouvoir le condamne, l' opposition s'en vante -, ce boycott actif a
eu un impact profond sur les esprits.
D'AUTANT QU'ON A dénombré
plusieurs morts et que certains des manifestants, emprisonnés depuis
octobre 1995 et condamnés il y a quelques mois, purgent des peines
de prison à perpétuité. Certes, les Ivoiriens sont
préoccupés par la cherté de la vie -un kilo de tomates
se vend 2 800 F CFA (28 FF). Mais ils attendent de savoir quelle réponse
le pouvoir va réserver aux revendications de l'opposition. Récemment,
lors d'une prise de position publique, l'un des ténors de cette
opposition, Laurent Gbagbo, président du FPI, a laissé clairement
entendre que ses militants et lui-même allaient redescendre dans
la rue si le Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI, parti
conservateur, au pouvoir) s'entêtait à ne pas prendre en considération
leurs exigences. En effet, par l'adoption, en commission, du projet de
loi que lui a soumis le gouvernement, le PDCI a indiqué sans ambages
qu'il n'entendait pas changer les dispositions en vigueur, votées
par sa majorité au Parlement et qui lui permettent d ' exercer le
pouvoir sans discontinuer depuis l' accession à l'indépendance
en 1960. Ainsi, après avoir rejeté, en décembre dernier,
la proposition du FPI relative à l' institution d'une commission
électorale indépendante, le PDCI vient-il d'écarter
le nouveau projet de l' opposition socialiste -partagé dans ses
grandes lignes par l'autre formation de l'opposition présente au
Parlement, le RDR -visant à élaborer une loi électorale
plus démocratique.
Le nouvel article 9 prescrit en
ses alinéas 1 et 2 : " Le président de la République
est élu pour sept ans au suffrage universel direct. ll est rééligible.
Le candidat à l' élection présidentielle doit être
âgé d'au moins 40 ans et de 75 ans au plus, être de
nationalité ivoirienne et né d'un père lui-même
Ivoirien de naissance et d'une mère de nationalité ivoirienne."
LE PARTI AU POUVOIR JUSTIFIANT, dans l'exposé des motifs, l'allongement du mandat présidentiel, qui était de cinq ans, par la nécessité de mieux assurer la réalisation des programmes de développement. Cette disposition se conjugue avec le nouvel article 10, qui stipule en ses alinéas 1 et 5 : " L'élection du président de la République est acquise à la majorité absolue au premier tour. Si celle-ci n'est pas obtenue, l'élection est acquise à la majorité au second tour, qui se déroule quinze jours après la proclamation des résultats du premier scrutin. (...) Lorsque surviennent un cas de force majeure, des événements ou des circonstances graves rendant impossible la tenue de l' élection présidentielle ou la proclamation des résultats de celle-ci, le président de la République dont le mandat vient à terme demeure en fonction, après consultation des présidents de l' Assemblée nationale et du Sénat." . La Ligue ivoirienne des droits de l'homme (LIDHO) a déjà fermement condamné ces textes, qu'elle juge dangereux pour la paix sociale. Par la voix de son président, le professeur Martin Bléou, elle a invité Henri Konan Bédié à "respecter ses engagements et à s'engager dans la voie de la démocratie". Le FPI s'est exprimé à travers les déclarations de deux de ses élus au Parlement, Me Emile Boga Doudou (président du groupe parlementaire) et Simone Ehivet Gbagbo ( vice président de l'Assemblée nationale) : " L'allongement du mandat présidentiel ne nous paraît pas aujourd'hui indiqué. Nous avons déjà eu un chef d'Etat (ndIr : feu Félix Houphouët-Boigny) resté au pouvoir pendant trente-trois ans. Et cela n'a pas fait sortir la Côte d' Ivoire du sous-développement. (...)Aujourd'hui, l'allongement du mandat n'a qu'un seul but, renforcer le pouvoir d'un individu. ( ...) De plus, le nombre de mandats n'est pas limitatif(...). Les ministres ont expliqué que les événements ou les circonstances « graves ii sont les troubles à l' ordre public. Cela est inquiétant. ( ...) Le pouvoir est capable de provoquer lui-même ces « troubles à l' ordre public ii par des décisions impopulaires afin d'avoir des raisons de ne pas organiser des élections. A la fin de son mandat, personne n'est sûr que le Président les organisera. S'il estime que la période est favorable pour sa victoire, il le fera. Dans le cas contraire, il créera des conditions telles qu' elles ne puissent avoir lieu."
SUR LE MODE DE SCRUTIN, SELON lequel tous les candidats au premier tour se retrouvent au second, la position du FPI exprimée par les deux parlementaires est tout aussi tranchée: "Le plus inquiétant est que la loi n'exige pas un minimum de suffrages pour l' élection du président de la République. De sorte que si nous sommes quatre mi/lions d'électeurs et que seuls cinq cent mille s'expriment, le président de la République peut être élu. Peut-on admettre que le Président, avec les pouvoirs dont il dispose dans notre pays, puisse ne recevoir la caution que d'une infime minorité de citoyens ? Nous répondons: non." Cette prise de position vient de ce que nombre d'Ivoiriens ne disposent pas, ou ne peuvent disposer, de pièces d' identité. Les documents à fournir et le coût élevé de l' opération font de plusieurs milliers d'entre eux des "sans papiers" dans leur propre pays. Ils ne peuvent prendre part au vote, ce qui pénalise l'opposition. Car, selon cette dernière, les personnes placées ainsi dans ce " secteur informel de la citoyenneté" sont nombreuses dans les zones où les populations lui sont favorables.
Outre ces dispositions légales
très controversées sur le jeu électoral, le pouvoir
vient de mettre sur la table des parlementaires un projet de loi portant
sur le régime foncier rural. Une autre poudrière, si l'on
tient compte du fait que la Côte-d'Ivoire a été secouée
ces trois dernières années par des conflits fonciers. Dans
la plupart des cas, des membres de l'ethnie du chef de l'Etat, qui ont
fui leurs savanes arides pour créer des plantations dans les zones
forestières, se sont affrontés, dans des combats parfois
sanglants, aux populations des régions d'accueil. Or l'objectif
du pouvoir, au mépris des dispositions coutumières, est de
faire de l'Etat le propriétaire de la terre qui, selon une règle
décriée instaurée par feu Houphouët-Boigny, "n'appartient
qu'à celui qui la met en valeur" .
Si l'opposition maintient ses exigences
relatives aux élections, et si le nouveau code foncier est adopté,
la Côte-d'Ivoire verra s'ouvrir, sur deux fronts, des lendemains
bien incertains.
GROS PLAN (Juillet 99)
1l y a une trentaine d'années, Henri Konan Bédié, alors ministre de l'Economie et des Finances de la Côte d'Ivoire, préconisait pour son pays un « capitalisme populaire ». Arrivé à la magistrature suprême en décembre 1993, il a gardé la même doctrine, mais sous un visage nouveau. il s'agit, aujourd'hui comme hier, d'amener le plus possible d'Ivoiriens à créer leurs propres affaires, autrement dit à se jeter dans le grand courant de l'entreprise. « Nous avons un secteur industriel, toutes choses étant égales par ailleurs, relativement développé », déclare le ministre ivoirien du Développement industriel et des Petites et Moyennes Entreprises (PME), Théophile Ahoua N'Doli. De fait, la Côte d'Ivoire possède 4 600 entreprises, dont 1 570 dans le secteur industriel. Si l'on y ajoute un certain nombre de PME, le nombre de sociétés i du secteur moderne atteint 6 000 unités. ~ Parmi elles, 700 grandes entreprises ont i un chiffre d'affaires supérieur à 3 milliards de F CFA (30 millions de FF).
Depuis les économistes classiques
anglais du début du XlXe siècle, notamment David Ricardo,
on sait qu'un pays doit se spécialiser dans la production de biens
pour lesquels il présente les meilleurs coûts comparatifs.
En vertu de cette doctrine, la Côte d'Ivoire a raison de fonder aujourd'hui
son développement sur l'agro-industrie.
« Notre première priorité
est la transformation des produits de base dont nous sommes les principaux
producteurs mondiaux, avant tout le café et le cacao, affirme Théophile
Ahoua N'Doli. La deuxième priorité, c'est d'impliquer les
Ivoiriens, à travers les PME », poursuit-il. Cela signifie
qu'il faut faire d'eux des entrepreneurs. « La troisième priorité
est de développer les exportations. Nous ne voulons pas nous limiter
à l'import-substitution, c'est-à-dire à la production
de biens destinés à remplacer les produits importés.
C'est pour cela que nous tenons à rendre nos industries compétitives
pour conquérir les marchés extérieurs. » La
doctrine du capitalisme populaire se traduit à l'heure actuelle
par la politique qui consiste à « amener le plus possible
d'Ivoiriens à créer leurs propres affaires, que ce soit à
leur propre initiative ou par l'intervention en Bourse, explique Théophile
Ahoua N'Doli. L'industrialisation est le facteur le plus important du développement.
La Côte d'Ivoire doit cesser d'être un pays purement agricole,
exportateur de matières premières, pour devenir un vrai pays
industriel, à l'instar de la Corée du Sud, de Singapour,
de la Thai1ande... ».
Dès les années soixante,
la Côte d'Ivoire a emprunté le chemin ardu du développement.
A l'époque où la plupart des pays africains s'engageaient
dans la voie socialiste de type soviétique se traduisant par un
étatisme forcené, elle choisit le libéralisme économique.
Elle fut appuyée, dans ce sens, par la France et par tous les pays
occidentaux qui voulaient en faire leur « vitrine » en Afrique
de l'Ouest.
La Côte d'Ivoire réalise
alors des performances économiques exceptionnelles, dont un taux
de croissance annuel moyen de l'ordre de 8 %. On parle du « miracle
ivoirien ». Ces succès sont tels qu'ils deviennent aveuglants.
Les autorités d'Abidjan ne voient pas venir la crise économique
qui se profile à la fin des années soixante dix. Elle éclate
au tournant de la décennie quatre-vingt. Par amour-propre, le gouvernement
refuse de reconnaître que le pays est en état de cessation
de paiements. Il continue de régler les échéances
de la dette extérieure rubis sur l'ongle, alors que tous les clignotants
de l'économie sont au rouge. Au milieu des années quatre-vingt,
la situation n'est plus tenable. La crise est d'une profondeur abyssale.
Abidjan jette l'éponge et appelle au secours les institutions de
Bretton Woods -le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque
mondiale.
Après une série de
programmes d'ajustement structurel qui ne disent pas leur nom et qui ne
sont malheureusement jamais menés à terme, la crise s'aggrave.
A la fin des années quatre-vingt, on ne peut pas faire autrement
que de recourir à des remèdes de cheval : cure d'amaigrissement
de l'économie, réduction drastique du train de vie de l'Etat,
baisse autoritaire du budget général... Mais rien n'y fait.
Il faut aller plus loin dans les réformes: commettre « l'irréparable
».
C'est alors que le sacro-saint principe
de l'inviolabilité de la parité fixe entre le franc CFA et
le franc français est aboli. La monnaie nationale est dévaluée
de 50 %, en janvier 1994. Une telle mesure a rarement produit des effets
positifs, bien qu'elle soit recommandée par les économistes
pour rétablir la compétitivité d'un pays (elle freine
les importations qui deviennent plus chères et stimule les exportations
qui apparaissent meilleur marché aux yeux des étrangers).
Curieusement, la dévaluation du franc CFA aboutit à d'excellents
résultats. Accompagnée d'une politique d'ajustement et de
profondes réformes structurelles, elle donne un nouveau souffle
à l'économie ivoirienne.
Pour la quatrième année
consécutive, depuis 1995, la croissance du produit intérieur
brut (PIB) de la Côte d'Ivoire s'établit à 6% en 1998.
Cette performance résulte du double effet de l'accroissement des
investissements et de la consommation des ménages. La reprise des
investissements s'est confortée et se poursuit à un rythme
élevé, de l'ordre de 15 % par an. Ils représentent
à l'heure actuelle 16,6% du PIE contre seulement 7,8 % en 1993.
La consommation des ménages, principal levier de la croissance économique,
progresse au rythme de 5 % par an, favorisée par l'amélioration
des revenus et par l'accélération des créations d'emplois:
plus de 40000 en 1998 contre moins de 30000 en 1997 et 20000 en 1996.
« Le secteur extérieur
a retrouvé son dynamisme, marqué par une progression continue
des exportations de produits transformés et par une évolution
soutenue des importations, tirée par les biens d'équipement,
souligne le ministre de l'Economie et des Finances, Niamien N'Goran. Le
solde de la balance commerciale reste largement excédentaire, et
le déficit courant extérieur a été réduit
de 11 % du PIB en 1993 à 4 % en 1998 », ajoute-t-il.
Sur le plan sectoriel, l'agriculture
reste le pôle dominant de l'activité économique, avec
une production de cacao qui a franchi la barre du million de tonnes en
1996 ( 1,3 million de tonnes, au terme de la saison 1998-1999). Malgré
les niveaux de production actuels déjà très élevés,
le potentiel des cultures d'exportation et des cultures vivrières
reste considérable. Perçue comme un pays agricole, la Côte
d'Ivoire dispose tout de même de gisements miniers importants. Dans
ce domaine, l'activité est en pleine expansion, avec une production
approchant les 3 tonnes pour l'or, 80000 carats pour le diamant, 15 000
barils par jour pour le pétrole et plus de 40 milliards de pieds
cubes pour le gaz.
Cette bonne tenue de l'activité
économique se déroule dans un contexte d'inflation maîtrisée,
avec une hausse des prix de détail qui s'est limitée à
2,3 % en 1998 contre 5,2% en 1997 Dans le domaine des finances publiques,
les efforts engagés pour maîtriser les dépenses et
améliorer les recettes se sont traduits par un abaissement du déficit
budgétaire à 2 % du pm en 1997 et à 1,8 % en 1998,
contre 12 % en 1993. Cela s'est traduit aussi par une résorption
des arriérés de paiement intérieurs et extérieurs.
Mais, malgré les progrès accomplis, les finances publiques
ivoiriennes demeurent fragiles. Le poids de la dette extérieure
reste toujours considérable et constitue un lourd handicap. L'avenir
économique du pays dépend en grande partie du règlement
de cette question.
Cela dit, l'expérience ivoirienne
se pose en modèle pour toute la sous-région. Dans un avenir
immédiat, elle vise à atteindre un taux de croissance économique
à deux chiffres, entre 2000 et 2005, avec pour objectif de faire
passer le revenu par habitant à 2 000 dollars, à cette échéance.
Outre le fait que la Côte d'Ivoire exporte déjà des
produits industriels vers les pays voisins, elle y dépêche
aussi ses opérateurs économiques. Nombre d'entre eux ont
investi et créé des affaires en Guinée, au Mali, au
Eurkina... Pour certains, il ne fait plus de doute que ce pays est sur
le point de devenir la locomotive économique de l'Afrique de l'Ouest.
LA DETTE
LA. Dette extérieure, qui
se chiffrait à 6 581 milliards de F CFA, à la fin 1998, constitue
une forte entrave au développement de la Côte d'Ivoire : elle
représente près de 300 % des recettes d'exportation, plus
de 500 % des recettes budgétaires et plus de 130 % du produit intérieur
brut (pm). Sans oublier un service annuel qui absorbe plus de 40 % des
recettes budgétaires.
Le règlement définitif
du problème de cette dette, dans le cadre de l'Initiative en faveur
des pays pauvres très endettés (PPTE) à laquelle la
Côte d'Ivoire a été déclarée éligible,
permettra de ramener le poids de cette dette
à 141 % des recettes d'exportation
et à 280% des recettes budgétaires en 2001.
LA GESTION DE LA CÔTE D'IVOIRE
Le 6 août, Ngoran Niamien,
le ministre ivoirien de l'Économie et des Finances, a pris la
décision, contraint et forcé,
de rembourser les 18 milliards de F CFA de l'aide européenne que
des fonctionnaires des ministères de la Santé et de l'Intérieur
avaient détournés entre 1992 et 1997 . Dix-huit cadres et
agents des deux départements ont été inculpés,
et certains écroués. Niamien espérait ainsi mettre
un terme à la polémique que ce scandale, révélé
en juin par la presse locale, avait suscité. II n'a fait, en réalité,
que donner raison aux bailleurs de fonds de plus en plus méfiants
vis-à-vis de l'administration ivoirienne. Cet acte risque, en effet,
de faire jurisprudence et coûter cher à la Côte d'Ivoire.
N'oublions pas que plusieurs audits
sont en cours et concernent des domaines aussi sensibles et opaques que
les filières café et cacao (entre 1996 et 1998), les comptes
de la défunte Caisse de stabilisation (Caistab ), les dépenses
non ordonnancées, etc. Le plus inquiétant est qu'ils ont
été commandés par deux
bailleurs de fonds majeurs: le Fonds
monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Que se passera-t-il
si le Fonds et la Banque demandent le remboursement des sommes, certainement
plusieurs dizaines de milliards de F CFA, perçues indûment
par les autorités d'Abidjan ?
L'acte du ministre des Finances montre
simplement que la Côte d'Ivoire se trouve le dos au mur. Qu'elle
ne peut plus défendre une administration bien structurée
et, en apparence, efficace, mais gangrenée par la corruption et
les malversations. Une administration dont la principale raison d'être
est l'enrichissement des élites. Faut-il blâmer l'actuel gouvernement
? Comme les précédents, il a hérité du «
système ». Les racines du mal, on le sait, remontent plus
loin. Ce dossier qui porte sur la période 1993-1998 montre malheureusement
que le
« système » a
encore de beaux jours devant lui.
L'éléphant d'Afrique,
c'est plus qu'un slogan! C'est une projection dans l'avenir, qui indique
notre volonté de faire de la Côte d'ivoire, en une génération,
un nouveau pays industriel. » Résolument optimistes, ces propos
ont été tenus récemment par le président Henri
Konan Bédié. L'homme qui préside aux destinées
de la Côte d'Ivoire depuis décembre 1993, après la
disparition de Félix Houphouët-Boigny, y croit dur comme fer.
C'est déjà ce qu'il
affirmait en octobre 1995 aux investisseurs internationaux venus participer
au premier forum Investir en Côte d'Ivoire (ICI'95) et profiter de
l'incontestable boom économique ivoirien. Bédié leur
promettait même une croissance à deux chiffres dès
l'an 2000. Comment expliquer que le réveil soit si dur pour les
quinze millions d'Ivoiriens ? Comment justifier que l'espoir, fondé
sur de réelles potentialités d'un pays à même
de devenir une véritable puissance économique régionale,
ait cédé la place au doute ?
Les bailleurs de fonds internationaux
sont sur la même ligne. S'ils ont décidé depuis juin
de quasiment geler leurs interventions, c'est à la suite des virulentes
critiques du Fonds monétaire international qui avait déjà
exprimé son mécontentement, notamment au début de
l'année 1998. Le FMI a publiquement fait état de ses réserves
sur la gestion des finances publiques et a considéré que
les conditions n'étaient pas réunies pour la poursuite du
programme d'ajustement en cours. Une critique en règle contre un
pays que le FMI voulait présenter comme un bon élève
» de ses politiques macro économiques strictes, et qui s'est
soldée par une crise avec la présence ivoirienne.
Depuis 1997, le FMI tirait la sonnette
d'alarme.
Malgré une croissance soutenue,
et moins de deux années après l' élection du président
Bédié, le retour de
pratiques que l' on croyait révolues
-comme les manipulations extrabudgétaires de dizaines de milliards
de francs CFA -figurait parmi les raisons qui ont fait craindre le pire
au Fonds. y compris le risque de voir se ralentir la dynamique de croissance,
celle-ci ayant nécessité, de la part des précédents
gouvernants, la mise en place d'une sévère politique d'austérité.
Au grand dam des Ivoiriens, mais aussi de tous les ressortissants des pays
de la zone franc.
Pour avoir l' explication, il faut
remonter à janvier 1994 et à la dévaluation de 50
% du franc CFA inspirée par la
France. L'un des objectifs, pour
Abidjan, était de restaurer la compétitivité de l'
économie ivoirienne, locomotive sous-régionale grâce
à son potentiel productif, mais toujours fortement dépendante
des fluctuations des matières premières agricoles. La dévaluation
permit un décollage économique avec une croissance de plus
de 6% pendant 4 années. Sur la période 94-97, plus de 1368
milliards de dollars sont déversés sur la Côte d'Ivoire
(prêts des bailleurs de fonds). Il faut y ajouter les gains engrangés
grâce aux rééchelonnements obtenus devant le Club de
Paris: 1 063 milliards de F CFA SUI quatre ans. Une première dans
la zone franc, puisque le flux total atteint 2 431 milliards! Le tout agrémenté
d'une progression des exportations ivoiriennes avec des cours orientés
à la hausse, d'une nette reprise des investissements privés
(locaux et étrangers), ainsi que d'une forte hausse de la consommation
et de la croissance. L'opération dévaluation a incontestablement
réussi.
Pourtant, malgré des résultats
positifs, les relations commencent à se tendre dès le début
1997 avec le FMI. Le renouvellement de l'accord d'ajustement, venu à
expiration en mars, est bloqué. Abidjan joue la montre, appelle
Paris à l'aide, rien n'y fait: le Fonds refuse d'endosser ce qu'on
appelle pudiquement « les dérapages des finances publiques
». Alors que les recettes sont inférieures aux prévisions,
les dépenses publiques sont en forte hausse. Bédié,
explique t-on alors à Abidjan, conforte l'assise de son régime
et renvoie l'ascenseur à ses partisans. Les entreprises découvrent,
à nouveau, que l'État est foncièrement un mauvais
payeur: les arriérés intérieurs gonflent et provoquent
de vives tensions sur la trésorerie de ce secteur privé qui
doit être le fer de lance de la consolidation de la croissance et
de la création d'emplois. En octobre 1997, les citoyens découvrent
les fameuses « Deno »,les Dépenses non ordonnancées.
En clair: des dépenses engagées sans affectation budgétaire
précise.
Ngoran Niamien, le ministre des
Finances, reconnaît alors publiquement l' ampleur du phénomène.
Pas moins de 134 milliards de F CFA de Deno sont, à fin de l' année
1996, recensés par le FMI. Près de 5 % du volume global d'exportation
du pays! Dans la foulée, Niamien annonce des mesures correctrices,
confirmant que le pays repasse sous les fourches caudines du FMI.
C'est l'époque où,
à Abidjan, on commence à parler des golden boys du café-cacao.
On découvre, alors, François Bakou, un « petit génie
» de la finance et de l'agro-industrie. En quatre ans, l'homme, qui
se dit indépendant, rachète certains fleurons du paysage
économique local: JAG, le deuxième exportateur de cacao du
pays, la Saph et ses 17000 hectares d'hévéas, ou encore la
Sicor, qui détient 10% du marché mondial de la noix de coco
râpcc. Comment Bakou, le patron du groupe Octide, se finance-t-il
? L'homme -un ancien cadre de Cargill -prétend avoir fait fortune
dans le négoce du riz. La rue le dit soit, au mieux, joker de la
présidence, soit, au pire, prête-nom d'intérêts
qui souhaitent rester dans l'ombre. On découvre également
Daniel Usher, le patron de GIP, dont le seul nom donne, aujourd'hui encore,
des crises d'urticaire à deux des plus grandes banques françaises.
Le fils d'Usher Assouan, un baron du parti au pouvoir, le PDCI, qui est
aussi un proche de l'un des fils du président Bédié,
brasse les affaires. Le GIP contrôle la SICC, troisième exportatrice
ivoirienne de café-cacao, se lance dans le transport ferroviaire
(Sitarail) aux côtés de Saga et du groupe Bolloré,
et va même jusqu'à se placer pour la reprise de la fameuse
BIAO. Dans la foulée, il annonce un rapprochement avec un géant
mondial : l'américain Cargill, qui finira par jeter l'éponge,
estimant qu'Usher lui avait dissimulé la réalité de
l' endettement de son groupe. À l'image de l'économie ivoirienne,
dont les structures restent fragiles, Bakou et Usher ont eux aussl amorce
.depuis plus de un an une descente aux enfers, laissant de serieuses ardoIses.
La palme revient à un géant
du secteur prive qui est, c'est de notoriété publique, proche
du président Bédié et de sa famille: le groupe Sifcom.
Issu du rapprochement entre deux grandes sociétés de la place
-Sifca, premier exportateur de café-cacao, et Comafrique, société
de négoce automobile -, Sifcom connaît une ascension fulgurante
avec l'arrivée au pouvoir de Bédié, même si
la société était, dès les années soixante,
réputée proche de barons du parti unique. Le groupe est présent
partout, ou presque : Cosmivoire (corps gras), Palmindustries (huile de
palme), Canal + Horizons, le téléphone filaire ou mobile,
etc. Au total: plus de 1 200 salariés et un chiffre d'affaires qui
devrait frôler la barre du milliard de dollars ! D.iplomate et experts
Internationaux n'apprécient guère de retrouver Sifcom sur
tous les gros projets de privatisation. D'autant que la presse locale évoque
affaire sur affaire.
La Banque mondiale hausse alors
le ton. Elle exige la libéralisation totale de l'importation des
céréales et des filières café-cacao, deux des
principales sources de revenus pour le régime. Au passage, elle
demande le démantèlement de la Caisse de stabilisation, la
fameuse Caistab, qu'Houphouët-Boigny avait bâti de ses propres
mains et qui était la véritable « caisse noire »
du pays.
En outre, la Banque exige, en vrac,
la suppression d'exonérations fiscales ou douanières, un
nouveau code des investissements, le renforcement de l' outil statistique
(pour éviter les « déperditions » ) et un programme
de soutien à l'administration. Pour les privatisations, elle impose
la transparence. L'heure n'est plus aux concessions de gré à
gré, comme celle qui a profité, en 1990, au groupe Bouygues
dans le domaine de l'électricité. Toutefois, la Banque mondiale
-à l'instar de nombre d'observateurs -s'étonne, en aparté,
du déroulement de certaines opérations financières.
Ce que la Banque mondiale ne dit
pas ou n'ose pas encore dire, c'est que sur quatre ans (1994-1997), plusieurs
centaines de milliards de francs CFA sont détournés de l'investissement
productif. Certaines sources indépendantes estiment les détournements
directs et indirects à plus de 1 500 milliards de F CFA ! Avec une
telle ponction, c'est toute la machine économique qui se grippe.
D'autant que, privée d'accord avec le FMI et, partant, des 112 millions
de
dollars qu'il devait lui verser,
la Côte d'Ivoire termine l'année 1997 dans le rouge, faute
d'avoir pu mobiliser les financements extérieurs nécessaires
à la couverture de son déficit. Les prêts extérieurs
tombent à 126 milliards de F CFA cette année-là, à
comparer aux 556 milliards mobilisés dans l'euphorie qui a fait
suite à la dévaluation. Il faudra attendre mars 1998 -et,
à en croire la rumeur, une intervention du président français
Jacques Chirac -pour que le dialogue reprenne avec un FMI de plus en plus
intransigeant.
Un nouveau PAS (Programme d'ajustement
structurel) est conclu le 17 mars 1998. Il marque le début d'une
nouvelle période d'austérité pour des Ivoiriens déjà
soumis à une lourde fiscalité. Trois objectifs sont fixés
par le Fonds monétaire: une croissance de 6 %, la réduction
des déficits public et courants, l' apurement des arriérés.
Dans la foulée, Abidjan obtient
un accord sur sa dette commerciale (31 mars 1998) et un second sur sa dette
publique (24 avril 1998) qui débouchent sur des annulations substantielles
(mais conditionnelles) d'une partie de son endettement. Les trois quarts
des sommes dues sont concernés. Plus intéressant encore:
les pays créanciers envisagent ouvertement un allègement
du stock de la dette à l'horizon 2001 -et non plus un simple traitement
des échéances courantes -, ainsi que l'octroi à la
Côte d'Ivoire du bénéfice de l'initiative HIPC (High
lndebted Poor Countries), destinée à alléger de manière
très significative la dette de certains pays pauvres pour lesquels
elle devient « insoutenable ». Bien que prometteur, l'édifice
volera en éclats en deux temps. En septembre 1998, la première
revue de programme conclu pied à pied six mois plus tôt montre
que certaines mauvaises habitudes ont la vie dure. Le remaniement ministériel
du 10 août s'est traduit par la création de six nouveaux postes
ministériels à financer.
La Caistab, dont le rôle a
été réduit, est soupçonnée d'avoir manipulé
les chiffres de la récolte de café-cacao en 1996 et 1997.
Selon les institutions de Bretton Woods, ce sont quelque 100 milliards
de F CFA qui manqueraient à l' appel. ,
Contrôlées par des
majors françaises et dirigées par des barons locaux, les
grandes banques sont au bord de la crise avec des provisions insuffisantes.
Et pour cause: n'ayant pas prévu les déboires de certains
de leurs plus gros clients -dont Usher et Bakou, sans oublier les nantissements
couverts du cacao virtuel -, elles se sont retrouvées avec plus
de 110 milliards de F CFA de créances compromises, pour ne pas dire
irrécouvrables.
De quoi faire sauter tout le système...
malgré la vigilance bienveillante de la Commission bancaire de l'UEMOA.
Deuxième coup dur: en visite
sur place, en févrie rmars dernier, les experts du FMI concluent
que les conditions ne sont plus réunies en Côte d'Ivoire pour
engager les négociations sur la deuxième année du
programme d'ajustement en cours. Bien avant que n'éclate le scandale
de trop -le détournement avéré et reconnu de 18 milliards
de F CFA d'aide européenne, destinés au secteur de la santé
-,le FMI dénonce de nouveaux dérapages dans le finances publiques.
Ainsi, les dépenses hors budget 120 milliards de F CFA à
la fin de 1998 -explosent à nouveau. De même pour les arriérés
intérieurs, qui s'envolent pour atteindn 85 milliards de F CFA.
N'apparaissant pas dans les statistiques officielles, ils pénalisent
toutes les entreprises privées, et donc la croissance et l'emploi.
Enfin les secteurs sociaux, qui devaient être choyés à
la demande de la Banque mondiale, subissent des coupes claires. Résultat:
tous les bailleurs de fonds, ou presque, suspendent leurs concours ou voient
leurs projets reportés sine die. Ce sont à nouveau plusieurs
dizaines de milliards de francs CFA de crédits qui sont gelés.
Mais le plus grave est encore à
venir: si, en septembre, les administrateurs du FMI ne constatent aucun
progrès significatif dans l'application des mesures demandées,
l' accord actuel serait purement et simplement remis en cause. Ce qui priverait
Abidjan du bénéfice de l'accord de réduction de la
dette (initiative HIPC), soit 11 bagatelle de 800 millions de dollars qui
partiraient en fumée. Un tel scénario fait frémir
la présidence ivoirienne, dont le titulaire garde les yeux rivés
sur l'élection présidentielle d'octobre-novembre 2000, et
à laquelle il se prépare activement depuis de nombreux mois.
Ce « contexte de politique intérieure », comme disent
diplomatiquement les institutions de Bretton Woods, n'est peut-être
pas étranger aux dérapages actuels. La victoire à
tout prix est peut-être la première explication non économique
de l'enterrement du mythe de l'éléphant d'Afrique.
Toujours est-il que les signes d'essoufflement observés se sont confirmés l'an dernier, avec une hausse des prix supérieure aux prévisions du programme conclu avec le FMI. Plus grave encore: de solides interrogations demeurent quant à la croissance future, la Côte d'Ivoire ayant mangé son pain blanc. Les programmes d'investissement liés aux privatisations et aux douze travaux de l'éléphant d' Afrique ont déjà été comptabilisés. De plus, les effets bénéfiques liés à la dévaluation ont été totalement absorbés. Toujours structurellement dépendante -malgré son potentiel industriel renforcé -du marché mondial des matières premières, la Côte d'Ivoire a bénéficié d'une manne divine: le pétrole et le gaz qui, non seulement lui assurent une très précieuse autosuffisance, mais lui permettent aussi d'exporter des produits raffinés vers les pays de l' hinterland. Il ne manque plus à ses gouvernants actuels qu'à intégrer une simple notion promue par les institutions de Bretton Woods et la BAD: la bonne gouvernance. .
BEDIE VOYAGE DANS LE NORD DU PAYS
Une région, quatre départements,
quatre étapes. Du 18 au 21 août 1999, le président
Henri Konan Bédié était en déplacement au pays
des savanes, dans le nord de la Côte d'Ivoire. A Korhogo, Boundiali,
Tengréla, Ferkessédougou, et à chacune de ses étapes
intermédiaire, le chef de l'état a eu droit à un accueil
enthousiaste, parfois délirant. Il y a 25 ans qu'un chef de l'état
ne s'était pas déplacé dans cette région. Les
plus politisés des habitants de la région brûlaient
de rencontrer un homme dont le résultat des dernières consultations
électorales prouve qu'il n'a pas la primeur de leurs faveurs. Bravant
des conditions météorologiques particulièrement délicates
en cette saison des pluies, les populations sont donc sorties en masse.
Ceux qui en doutaient encore ont eu la preuve que « la pluie a presque
toujours accompagné la vie » d'Henri Konan Bédié,
qui mérite bien son surnom de « N'Zueba », dont il a
révélé l'existence au grand public dans Les Chemins
de ma vie, le livre publié en collaboration avec le journaliste
français Eric Laurent, et dont ses concitoyens se sont saisis. Mais
d'autres, plus persifleurs, avancent que « N'Zueba » prenait
peu de risques en se rendant dans la région des Savanes en pleine
saison des pluies... Partout, au chapelet des réalisations, parfois
soporifiques, a succédé le livre blanc des doléances.
Et comme toujours en pareille circonstance, elles étaient nombreuses.
Et variées. En tête de liste, le « goudron »,
dans une région où la dégradation des routes, sous
le poids de pluies abondantes, a pris depuis longtemps des proportions
catastrophiques. A telle enseigne que les mangues de Boundiali ou de Korhogo
pourrissent souvent, faute de débouchés rapidement accessibles.
Autre problème important
soulevé par les populations du Grand Nord: la difficulté
à se faire délivrer une carte nationale d'identité.
Avec l'apparition, puis le développement de la théorie de
l'ivoirité, mal comprise et sans doute mal expliquée, les
habitants de ces régions frontalières du Mali et du Burkina
Faso se sentent, à tort ou à raison, indexés, suspectés
de faire courir à la nation on ne sait trop quel danger.
Parmi les doléances soumises
au chef de l'Etat figurent également les problèmes de coexistence
entre les éleveurs peuls et les agriculteurs sénoufo, ou
la faible alphabétisation des fillettes, victimes d'une solide résistance
sociale. Plusieurs représentants des populations ont ainsi demandé
à Henri Konan Bédié de les aider à envoyer
leurs filles à l'école. Réponse de l'intéressé:
le président de la République ne pouvait pas venir tous les
matins dans le Grand Nord pour pousser les petites filles vers les bancs
de l'école...
C'est à Korhogo, à
quelque 600 kilo.mètres d'Abidjan, , que, vingt-cinq ans après
feu le président Félix HouphouëtBoigny, son successeur
Henri Konan Bédié avait décidé d'entamer sa
« visite d'Etat » -pour re prendre les termes utilisés
par le protocole ivoirien -dans le grand nord de la Côte d'Ivoire.
Pour la réussite du « grand événement national
en cette fin de siècle », n'a pas hésité à
dire le ministre d'Etat chargé de la Solidarité nationale,
Laurent Dona Fologo, on ne peut pas dire que la mobilisation des populations
n'a pas été effective. Pour la bonne cause, le ministre d'Etat,
par ailleurs secrétaire général de la formation au
pouvoir, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), est
redevenu, le temps d'une « visite d'Etat », le rédacteur
en chef d'un journal de circonstance: Les Echos des Savanes. L'éditorial
du « numéro 00 » était sans détours :
« Ensemble, dans l'enthousiasme, réservons un accueil digne
au président Henri Konan Bédié. »
Message reçu cinq sur cinq
par les motocyclistes (ils étaient plus d'un millier) de la troisième
ville du pays, qui, dès 10 heures, ont pris d'assaut les alentours
de la résidence présidentielle de Korhogo, le 18 août
1999, où ils se sont livrés à un véritable
rodéo. Cette manière très particulière de rendre
hommage à leur hôte a duré jusqu'à l'arrivée
d'Henri Konan Bédié dans la cité du Poro. Mais le
chef de l'Etat n'a pas eu le plaisir d'apprécier la dextérité
et la maîtrise technique de ces jeunes motocyclistes. Tout comme
il n'aura pas l'opportunité d'apprécier le riche patrimoine
touristique de Korhogo (les villages des tisserands, des peintres, des
forgerons, des menuisiers, etc.). Mais le peu qu'il a vu lui aura suffi
pour constater l'état de dégradation avancée dont
souffre la voirie de cette capitale régionale, élevée,
quatre jours durant, au rang de « capitale de la Côte d'Ivoire
». C'est, en effet, à Korhogo que le chef de l'Etat et sa
délégation avaient installé leur quartier général.
Si l'objectif d'Henri Konan Bédié,
en venant ici, était de « sceller un pacte avec les populations
de ce département », comme l'a indiqué le député
maire EI-Hadj Adama Coulibaly Nibi Zana, par ailleurs ministre des Transports,
il aura été atteint. Du moins si l'on se fie aux propos du
richissime homme d'affaires Kassoum Coulibaly qui, lors i du meeting au
stade municipal de Korhogo, a servi à la foule des propos dénués
d'ambiguïtés: « le Sénoufo qui n'est pas avec
Bédié n'est pas un vrai Sénoufo », ou encore
« Bédié est notre Dieu ».
A Boundiali, deuxième étape
du périple présidentiel, le 19 août 1999, les populations,
malgré une pluie battante qui n'a pas faibli de la journée,
sont sorties en masse. « A événement exceptionnel,
comportement exceptionnel », dira le député-maire de
Boundiali, Zémogo Fofana, pour justifier une mobilisation inhabituelle,
dans cette ville dirigée par l'un des jeunes barons du Rassemblement
des Républicains (RDR). Une mobilisation que la presse ivoirienne,
dans son ensemble, n'a pas manqué de relever. Certains (proches
du pouvoir) pour s'en féliciter et y voir le signe de reconquête
d'une région que l'on dit en masse acquise à un parti d'opposition
conduit, depuis le 1er août 1999, par Alassane Dramane Ouattara.
D'autres (affidés de l'opposition) pour s'interroger sur les véritables
intentions du député-maire, que l'on a vu esquisser avec
une joie non-dissimulée, et à la grande surprise de la délégation
qui accompagnait le chef de l'Etat, des pas
de la célèbre danse
de la cité de Boundiali, le n 'goron, à l'issue de son discours
d'accueil du numéro un ivoirien.
Dans cette ambiance festive, Henri
Konan Bédié agrémentera son message de touches d'humour,
soulevant les applaudissements ou les rires de l' assistance. Ainsi, quand
il remercie ce « jeune et dynamique maire qui fut un ancien collaborateur,
c'est le cas de le dire, un ancien ami ».
A Boundiali comme à Korhogo,
la visite du président de la République a également
donné lieu à la création d'un journal de circonstance,
les Echos de la Bagoué. Contrairement à celui de la cité
du Poro, ce journal n'a ouvert ses colonnes qu'aux seuls responsables du
parti au pouvoir. Pourtant, dans cette ville située au confluent
de plusieurs axes routiers majeurs (Korhogo-Boundiali-Odienné; Boundiali-Séguéla
; Boundiali-Mankono-Bouaké; Boundiali Tengrela), les postes électifs
ont été trustés, dans leur immense majorité,
par les candidats du RDR. Le PDCI nourrit le secret espoir de reprendre
cette région, frontalière du Mali et du Burkina Faso, aux
prochaines élections de l'an 2000. Pour les cadres du parti, le
déplacement d'Henri Konan Bédié, par ailleurs président
du PDCI, était du pain bénit.
Dans cette cité qui ne manque
pas d'atouts touristiques ( elle est ceinte d'une succession de bourrelets
granitiques massifs qui donne une étonnante impression de paix et
de sécurité), l'activité principale de la population
demeure la culture du coton. Conséquence logique, Boundiali abrite
une usine d'égrenage, dont la capacité installée est
de 30000 tonnes.
Comme à Boundiali, la pluie
était abondamment de la fête à Tengréla, troisième
étape de la « visite d'Etat », le 20 août 1999,
au cours de laquelle Henri Konan Bédié n'a cessé de
marteler que 1ui-même et l'ensemble de sa délégation
étaient venus pour écouter (et non pas promettre ou distribuer
quelques lots de consolation, que certains espéraient à l'évidence
sonnants et trébuchants).
Généralement considérée
comme une bénédiction, la pluie, qui n'a cessé de
tomber tout au long de cette étape, était loin d'être
la bienvenue. Nombreux étaient les ressortissants de Tengréla
qui y ont vu « 1'oeuvre de personnes malveillantes ayant usé
de leur pouvoir mystique pour faire tomber des trombes d'eau pour éviter
que la cérémonie n'ait lieu... »
En tout cas, le député
du département, Amadou Gon Coulibaly, porte-parole du RDR, a brillé
par son absence. C'est à un véritable parcours du combattant
qu'a dû se livrer la délégation présidentielle,
pour couvrir les 117 kilomètres de pistes qui relient Boundiali
à Tengréla. Distante d'à peine 125 kilomètres
de la frontière malienne, cette ville n'a pas de banque et le taux
de scolarisation y est l'un des plus faibles de Côte d'Ivoire. Comme
c'est le cas partout ailleurs dans la région des Savanes, les populations
s'adonnent principalement à la culture du coton. Sur le chemin du
retour vers Korhogo, le cortège présidentiel marquera un
arrêt à Mbengué, à 75 kilomètres de la
capitale régionale. Mbengué a pour maire Zambé Souleymane
Coulibaly, un ami de longue date du président de la République,
et pour député Ngolo Coulibaly (RDR).
En route pour Ferkessédougou,
dernière étape de son périple, le 21 août 1999,
Henri Konan Bédié a bien voulu faire halte dans le fief de
son « fidèle et loyal collaborateur » Laurent Dona Fologo.
Cette étape à Sinérnentiali, la plus politique de
la tournée présidentielle, n'a pas tenu ses promesses. Les
clivages jusque-là imperceptibles sont apparus au grand jour. C'est
à peine si le secrétaire général du parti au
pouvoir, pourtant chargé de la Solidarité nationale dans
le gouvernement, a daigné regarder et serrer la main (fraternelle?)
que lui tendait l'ancien ministre Balla Kéïta, qui ne rate
aucune occasion pour critiquer ouvertement sa gestion du PDCI. Et le professeur
Hyacinthe Sarassoro, du RDR, tel « un pestiféré »,
n'a fait l'objet d'aucun égard de la part des organisateurs. N'eût
été la bienveillance d'un membre de l'assistance, qui a bien
voulu lui céder son siège, l'intéressé n'aurait
même pas trouvé une place assise...
Au-delà de comportements
qui ne surprennent plus -hélas -grand monde en Côte d'Ivoire,
l'étape de Sinémentiali aura déçu plus d'un
militant du PDCI par la piètre qualité de son organisation:
sonorisation défaillante, estrade branlante d'où le président
de la République devait pourtant s'adresser au peuple nafara. Tour
à tour, le colonel Ange, l'ambassadeur Georges Ouégnin et
le ministre d'Etat Emile Constant Bombet viendront s'assurer que cette
tribune de fortune tiendra le coup.
Après ces moments d'inquiétude,
direction Ferkessédougou, à 20 kilomètres de là.
L'accueil est délirant dans une ville où vivent en parfaite
intelligence de nombreux peuples de la sous-région. Henri Konan
Bédié sera intronisé chef supérieur. Notable
de Ferkessédougou, il répond désormais au nom de Soro
Douyéri. Bien que 17 villages seulement sur les 183 que compte ce
département soient électrifiés, que de nombreux villages
attendent toujours d'avoir accès à l'eau potable et que le
réseau routier soit entièrement dégradé, les
populations ne désespèrent pas. Et si elles sont sorties
en grand nombre, c'était pour dire au « Président de
tous les Ivoiriens » qu'elles « comptent sur lui pour trouver
des solutions à leur misère ».
Partout, de Korhogo la boudeuse à Ferkessédougou la trépidante en passant par Boundiali l'enthousiaste et Tengréla la pluvieuse, le président Henri Konan Bédié a pu se rendre compte du faible niveau de développement de la région des Savanes. Une région qui compte 1 270 villages et dont la production de coton seule richesse réelle -représente 26 % de la production nationale. Touche d'espoir dans cet océan de problèmes: la classe politique de cette région a montré sa capacité à transcender les clivages partisans pour parler d'une même voix quand il est question du développement du Grand Nord.
L'AFFAIRE OUATTARA (Septembre 98)
Ouattara a été l'ancien premier ministre avant de devenir directeur adjoint du FMI..!! A la mort d'Houphouet-Boigny, Ouattara était chef de l'état provisoire en tant qu'héritier constitutionnel. N'était alors éligible qu'un citoyen ivoirien né de parents ivoiriens eux-mêmes nés en Côte d'Ivoire. Ce décret ne visait alors qu'un candidat, Ouattara; il préféra le poste directorial que lui proposait le FMI ce qui permit à Bédié d'être élu haut la main (boycott de la gauche). 5 ans passèrent et fort de sa plue-value qu'ajoute son CV prestigieux, appuyé par un parti politique solide dont il est président (RDR, crée par des dissidents du parti au pouvoir, le PDCI d'Houphouet), Ouattra annonce en juillet sa candidature à l'élection de l'an 2000. Du coup, la parade de "l'ivoirité" conditionnelle à son éligibilité retrouve sa vigueur. La presse gouvernementale affirme que Ouattara n'a jamais été Ivoirien mais Burkinabé..!! (il est vrai qu'il a eu la citoyenneté).
Qui croire ? Selon Jean Kouakou Brou,
le ministre de la Justice et des Droits de l'homme, le certificat de nationalité
d'Alassane Dramane Ouattara remis, le 4 octobre, aux autorités compétentes
dans le cadre de la régularisation de la situation de son parti,
le Rassemblement des républicains (RDR), est un faux grossier. En
revanche, le collectif des avocats qui assure la défense de l'ancien
Premier ministre crie à l'acharnement et soupçonne le gouvernement
d'avoir « trafiqué » le document.
Le 5 octobre 99, les militants du
RDR avaient été agréablement surpris d'apprendre que
la direction de leur parti s'était, conformément aux dispositions
de la loi de 1993 sur les partis politiques, résolue à déposer
à la préfecture d'Abidjan « un dossier modificatif
» contenant, entre autres, les certificats de nationalité
des seize membres du bureau exécutif. Ils étaient convaincus
que leur formation allait pouvoir reprendre ses activités,
et notamment relancer son programme de meetings. Il n'en a rien été.
Dès le lendemain, en
effet, le ministre de la Justice a convoqué une conférence
de presse au cours de laquelle il a énuméré une série
d'irrégularités relevées par ses services sur le certificat
de nationalité de Ouattara -lequel fait, rappelons-le, l'objet d'une
information judiciaire « pour faux commis dans certains documents
administratifs ».
Kouakou Brou s'est d'abord étonné
que la demande de certificat de nationalité du président
du RDR ne comporte aucune signature. « Une demande verbale suffit
», ont répondu les avocats. « D'accord, a rétorqué
le gouvernement, à condition que le demandeur produise une carte
nationale d'identité. » Or celle-ci figure précisément
parmi les documents administratifs visés par l'information judiciaire.
Du coup, le garde des Sceaux a reproché au juge-adjoint de la ville
de Dimbokro (Centre), qui a délivré le certificat, d'avoir
outrepassé ses prérogatives. Réaction du collectif
des avocats : le demandeur d'un certificat de nationalité est tenu
de produire un acte de naissance et la carte d'identité de l'un
des parents. Et rien d'autre.
Le ministre s'est également
public déclaré surpris que Ouattara ait déposé
sa demande dans sa ville natale (Dimbokro) et non dans celle où
il réside (Abidjan), comme le pré:voit le code nationale.
« C'est inexact, se sont insurgés les avocats, on peut faire
la demande sur l'ensemble du territoire national. De toute façon,
une partie de la famille d'ADO réside bien à Dimbokro. »
Plus grave, le gouvernement a soutenu
que le certificat de nationalité déposé à la
préfecture d'Abidjan porte la date du 26 septembre, qui se trouve
être un dimanche, jour où, naturellement, les services préfectoraux
sont fermés! (Voir fac-similé.) Le collectif produit, de
son côté, un document daté du 28 septembre. Quel est
le vrai, quel est le faux ?
Pour faire bonne mesure, le ministre
n'a pas hésité à exhiber devant les caméras
de la télévision le registre des certificats de nationalité
délivrés par le tribunal de première instance de Dimbokro.
Or aux dates des 28 et 29 septembre, le nom de Ouattara n'y figure pas.
Quant au numéro 2084/99 qui apparaît sur le document déposé
à la préfecture d'Abidjan, il correspond à un autre
certificat délivré, le 29 septembre, à un certain
Koffi Konan Laurent. « Ce gouvernement est capable de tout, même
de produire un faux registre », s'indignent les avocats, qui attendent
la notification de l'annulation du certificat de nationalité de
leur client pour contre-attaquer. .
Ouattara a même fait l'objet
d'une poursuite judiciaire pour "faux et usage de faux administratifs",
délit punissable d'une lourde peine de prison..!!
Il s'agit pour la Côte d'Ivoire
d'un véritable scandale.....
Réaction de Ouattara : "
Il serait inadmissible qu'ayant été le premier ministre du
président Houphouet, président de la république par
intérim pendant sa longue maladie et directeur adjoint du FMI, on
m'interdise de me présenter à cette élection présidentielle".
LES INVESTISSEMENTS EN CÔTE D'IVOIRE (Octobre 99)
Quand, il y a quelques années,
et s'inspirant du modèle des Dragons d'Asie, la Côte d'Ivoire
lança l'idée de l' « Eléphant d'Afrique »
qu'elle ambitionnait être, c'est-à-dire un pays industrialisé
en l'espace d'une génération, la formule recueillit au mieux
les sourires narquois et les haussements d'épaule, au pire les critiques
acerbes et virulentes. Les plus sévères allèrent même
jusqu'à parler d'éléphant dans un magasin de porcelaine!
Les autorités ivoiriennes, convaincues qu'il s'agissait avant tout
d'une oeuvre de longue haleine, ont décidé d'emprunter le
chemin de la patience et de la foi. C'est à cette condition, estiment-elles,
que l'objectif, fort ambitieux au demeurant, pourra être atteint.
Dans cette perspective, l' «
attractivité » de la Côte d'Ivoire, et donc sa capacité
à « séduire » les investisseurs étrangers
constitue le socle de la politique économique menée par le
président Henri Konan Eédié et son gouvernement. Réconfortés
par une croissance qui s'est stabilisée autour de 6% à 7%
jusqu'en 1997 et autour de 5 % depuis lors, les pouvoirs publics ne ratent
aucune occasion pour lancer leurs slogans favoris : « La Côte
d'Ivoire, le meilleur des nouveaux marchés » ou « La
porte d'accès à 60 millions de consommateurs ».
C'est que, après une profonde
crise qui a entravé son développement économique et
social de 1980 à 1993, la Côte d'Ivoire a mis en place un
ensemble de mesures d'ajustement, de stabilisation et de relance économique.
Celles-ci ont permis de réduire, dans une forte proportion, les
lourdeurs et les distorsions du système, favorisant ainsi le rétablissement
de la compétitivité globale de l'économie. Depuis
lors, les principaux indicateurs économiques sont en nette progression.
Le taux moyen de croissance de l'économie, qui était de 2%
en 1994, s'est élevé à 7% en 1995 et 1996. Sur la
même période, les investissements privés sont passés
de 4,6 % du produit intérieur brut (PIE) à 13 %, puis à
15 %. Cette catégorie d'investissements a représenté
70 % des investissements globaux en 1997, soit 620,7 milliards de F CFA.
L'objectif du gouvernement est d'atteindre les 80% dès l'an 2000.
Pour l'année 1998, le taux
d'investissement global a représenté 16,6 % du PIB, soit
plus de 1, 1 milliard de F CFA. La part du secteur privé dans les
investissements réalisés s'élève à plus
de 747 milliards de F CFA. Les prévisions pour 1999 indiquent une
participation accrue du secteur privé, pouvant atteindre 12,7 %
du PIB (contre 10,9% en 1998), soit un montant de plus de 930 milliards
de F CFA, ce qui donne un accroissement en valeur absolue de 182,4 milliards
d'une année sur l'autre.
Ces bonnes performances d'ensemble,
les observateurs les mettent sur le compte, d'une part, du processus de
privatisation véritablement enclenché en 1991, d'autre part
des dispositifs, vigoureusement incitatifs, mis en oeuvre par le gouvernement
ivoirien sous la forme des mesures d'incitation à l'investissement.
Si, entre 1991 et 1998, le programme
de privatisation a permis au Trésor public d'engranger la bagatelle
de 280 milliards de F CFA, le montant total des investissements réalisés
par les repreneurs, sur la période allant de 1993 à 1998,
s'élève à près de 310 milliards. Pour la seule
année 1999, les investissements projetés par ces sociétés
dépassent 140 milliards de F CFA.
Les mesures d'incitation à
l'investissement pour leur part ont eu un effet déterminant sur
le volume des investissements en Côte d'Ivoire. Ainsi, de novembre
1984 à fin 1995, le montant total des investissements réalisés
au titre des agréments prioritaires s'est élevé à
368 milliards de F CFA. Les résultats, à mai 1999, montrent
que, sur les quelque 280 projets agréés, 131 ont effectivement
vu le jour, 31 sont en cours de réalisation, 38 sont abandonnés,
13 sont en liquidation et 68 n'ont pas founi d'informations sur leur situation.
Les résultats sont encore
plus appréciables depuis la mise en application, en février
1996, du nouveau code des investissements. Sur les trois premières
années d'application de ce code, ce sont 276 entreprises qui ont
bénéficié des régimes de déclaration
et d'agrément, ces dernières projet tant de réaliser
602,043 milliards de F CFA d'investissement. Pour le premier semestre de
1999, 15 entreprises ont bénéficié du régime
de déclaration et 28 du régime d'agrément à
l'investissement. Le montant total des investissements dans ces deux régimes
s'élève à 55 milliards de F CFA.
Quand on demande aux dirigeants
ivoiriens les raisons qui pousseraient les opérateurs économiques
à investir en Côte d'Ivoire, les arguments ne manquent pas.
« Les investisseurs, tant nationaux qu'étrangers, y trouvent
des conditions idéales d'implantation, de création de richesses
et d'accroissement de la prospérité de leur entreprise »,
résume le Centre de promotion des investissements en Côte
d'Ivoire (Cepici), le « guichet unique » créé
en 1994.
De l'avis du Cepici, ces facteurs
favorables découlent de la volonté clairement affichée
du gouvernement ivoirien de faire du secteur privé le moteur de
la croissance et de la relance économique. Il a, pour ce faire,
initié de nombreuses mesures qui permettent aujourd'hui au secteur
privé non seulement de s'épanouir, mais aussi de consolider
et d'amplifier le mouvement de progression amorcé par l'économie.
« Les perspectives de croissance
encore plus favorables à court et à moyen terme d'une économie
assainie, en pleine diversification d'activités et qui a renoué
avec une croissance saine, forte et durable ont conduit le gouvernement
à mettre en oeuvre une politique plus volontaire et plus novatrice
de promotion des investissements », souligne le Cepici.
Les principaux atouts de la Côte
d'Ivoire, synthétisés en 20 points, mettent en avant la stabilité
politique et sociale, une large ouverture sur le monde extérieur
grâce à des infrastructures modernes et en constante amélioration,
un réseau de télécommunication dense et en pleine
mutation, une main-d' oeuvre abondante, qualifiée et bon marché,
une place financière de première importance en Afrique de
l'Ouest renforcée par l'ouverture en septembre 1998 de la Bourse
régionale des valeurs mobilières (BRVM), etc.
A en juger par le vif intérêt
manifesté par les opérateurs économiques étrangers
au cours des années qui ont suivi la dévaluation du franc
CFA, en 1994, certains assurent que le message a été reçu
« cinq sur cinq ».Il faut dire que de nombreux hommes d'affaires,
séduits par la Côte d'Ivoire mais en ayant une connaissance
relative pour ne pas dire imparfaite, s'associent à des partenaires
nationaux afin de « prendre leur part du gâteau ».
Pour l'essentiel, l'investissement
privé s'est fait dans le très prometteur secteur du pétrole
et du gaz, objet de sollicitude des compagnies américaines Ocean
Energy, Apache, Santa Fe Energy. Avec elles, on peut citer Shell International,
la canadienne Ranger Oil, la suisse Addax. En attendant certainement que,
sur ce terrain de l'exploration et de la production, les françaises
Elf et TotalFina, partenaires majeurs de la Côte d'Ivoire en matière
de raffinage et de distribution, occupent la place qui devrait être
la leur. La fusion de leurs activités le permettra-t-elle ?
Ce secteur de l'industrie pétrolière,
chimique et parachimique a représenté plus de 21,2 % des
investissements réalisés en Côte d'Ivoire en 1996.
Il est devancé par l'inidustrie agroalimentaire (22 % ), " qui vient
rappeler la place prépondérante jouée par l'agriculture
dans le développement économique du pays. La volonté
des acteurs de ce secteur de transformer, sur place, le caoutchouc naturel,
le coton mais également les incontournables café et cacao
va certainement jouer en faveur de l'augmentation des investissements.
Pour la filière cacao, par
exemple, les besoins en investissements sont évalués à
248 milliards de F CFA, principalement dans le but de porter le taux de
transformation des 20 % actuels à 50 % en l'an 2000, quand les oléagineux
ont besoin de 34 milliards pour porter la production à 500 000 tonnes
dès l'année prochaine, et le bois de 124 milliards pour encourager
les deuxième et troisième transformations.
Avec 15 % des investissements nets,
le textile et l 'habillement font une remarquable percée, après
avoir enregistré une période de forte récession au
cours des années quatre-vingt.
Bien entendu, ces résultats,
jugés satisfaisants dans l'ensemble par les autorité ivoiriennes,
ne sauraient occulter les freins qui continuent de dissuader nombre d'investisseurs
potentiels. A commencer par les dysfonctionnements, plusieurs fois observés,
de l'appareil judi ciaire.
A tort ou à raison, la justice
est accusée de manquer d'impartialité, de céder facilement
aux pressions politiques et d'être sensible au bruit des espèces
sonnantes et trébuchantes. Pour autant, à Abidjan, les hommes
d'affaires se montrent très discrets sur la question, dès
lors qu'il s'agit de donner des exemples d'entraves à l'exécution
des décisions de justice, sous la forme récurrente de refus
d'exécution du verdict des juges.
Autre frein à l' investissement
: le coût jugé encore élevé, en dépit
des efforts faits par le gouvernement, des droits de douane et de la fiscalité.
A cela, il convient d'ajouter la succession de « scandales »
économiques, ces derniers mois, qui ne sont pas faits pour rassurer
les investisseurs potentiels, jetant ainsi un voile de suspicion sur l'ensemble
de l'Administration ivoirienne.
Là aussi, les exemples ne
manquent pas pour illustrer la propension ou le réflexe des agents
des services administratifs (policiers, douaniers...) à résoudre
les problèmes des usagers, ici les opérateurs économiques,
en fonction de l'importance des billets de banque déposés
sous la table.
LE CONFLIT BEDIE-OUATTARA (Novembre 99)
Dans la capitale américaine,
Alassane Ouattara, mettant à profit les liens qu'il a noués
pendant les cinq ans qu'il a passés à Washington en sa qualité
de directeur général adjoint du FMI, s'est efforcé
de créer un puissant lobby constitué de personnalités,
de parlementaires, d'hommes d'affaires et d'une certaine catégorie
de la presse à sensation qui ne résiste pas aux sirènes
matérielles. Personne ne s'offenserait de cette attitude de la part
d'un homme dont les ambitions sont notoires. Mais à une condition:
que sa candidature se fasse dans le respect de la Constitution et de la
loi électorale, que celles-ci l'autorisent à s'engager dans
une bataille à armes égales avec le président de la
République, probablement candidat à un nouveau mandat en
octobre 2000. Après tout, n'importe quel Ivoirien qui remplit les
conditions fixées par la Constitution et la loi électorale
est libre d'être candidat à la magistrature suprême.
Mais aux yeux du pouvoir, ce n'est pas le cas pour Alassane Ouattara. C'est
lui-même, alors Premier ministre d'Houphouët-Boigny, qui est
pourtant à l'origine de la loi d'août 1993 stipulant que pour
diriger un parti politique ivoirien il faut être de nationalité
ivoirienne.
On sait que, le 1er, août
1999, le RDR a organisé un congrès extraordinaire au cours
duquel Ouattara a été élu président du parti.
Mais sans observer l'obligation légale qui prévoit que tout
changement intervenant dans la direction ou dans l'administration d'un
parti ou d'un groupement politique doit être déclaré
au ministère de l'Intérieur en vue d'obtenir un récépissé
et un document indiquant l'état civil complet, le certificat de
nationalité, le domicile et l'adresse du nouveau dirigeant, faute
de quoi l'administration ne pourra accepter le fait accompli. La procédure
engagée pour vérifier les pièces d'identité
ne concerne pas l'éligibilité du candidat mais l'authenticité
de ces documents. Or, Alassane Ouattara a exhibé une carte d'identité
établie en 1982, c'est-à-dire quarante ans après sa
naissance, puis a fourni une seconde carte. Le parquet d'Abidjan entame
alors une procédure de faux et usage de faux, considérant
que les pièces présentées ne sont pas "régulières".
EN L'ÉTAT ACTUEL, ALASSANE DRAMANE OUATTARA N'EST DONC que virtuellement candidat à l'élection présidentielle de l'an 2000, comme l'est aussi Laurent Gbagbo du Front populaire ivoirien (FPI). A ceux qui se demandent pourquoi cet ancien Premier ministre de la Côte-d'Ivoire ne peut être candidat à la présidence de la République, la réponse est que, selon la Constitution, la qualité de Premier ministre ne fait pas partie des conditions d'éligibilité. D'un point de vue juridique, sa nationalité ivoirienne n'est pas légitimée par le fait qu'il ait occupé des fonctions de Premier ministre. En Côte-d'Ivoire, cette fonction est simplement technique et nominative, car elle ne constitue pas un niveau d'exercice de la souveraineté, à la différence de la présidence de la République ou des fonctions législatives, et cela en dépit de l'importance de la fonction elle-même. Il en résulte que le président de la République, qui n'est lié par aucun texte, choisit librement ce collaborateur. C'est une pratique qui a été initiée par Houphouët-Boigny et dont il a souvent usé, jusqu'à Alassane Ouattara, que des Français, des Maliens, des Voltaïques et des Sénégalais avaient précédé dans cette fonction.
Alassane Ouattara a essayé d'obtenir des autorités américaines une déclaration soutenant la légitimité de sa candidature. En vain. On nous rapporte la réaction d'un haut fonctionnaire qu'il a rencontré à Washington : "Les Etats-Unis ne peuvent s'ingérer dans les affaires intérieures d'un pays. Ils ne peuvent que soutenir les lois nationales discutées et votées par le Parlement. Telle est notre position. Quant à votre différend avec le chef de l'Etat, vous devez savoir que nos rapports officiels sont fondés sur la légitimité du chef de l'Etat." C'est la même attitude qu'Alassane Ouattara a rencontrée dans les milieux officiels français. Et même lorsqu'il a tenté d'amener certains politiques français à prendre position, ni à droite ni à gauche on n'a voulu lui assurer un soutien contre Bédié, qu'on considère généralement comme le futur gagnant du scrutin de 2000. Il y a-t-il risque de déstabilisation, de guerre civile si la candidature d"'Ado" est rejetée ? Personne n'y croit sérieusement. Ses tentatives pour agiter ce spectre n'ont pas réussi. Depuis son retour à Abidjan, ses efforts visant à mobiliser ses amis américains -sous prétexte que Bédié est l'homme des Français et que les Etats-Unis devraient trouver en lui une alternative porteuse d'avantages sérieux pour les intérêts vitaux américains en Afrique occidentale -ont fait long feu. "Avec Paris, lui aurait dit un proche du couple Clinton, nous avons établi une stratégie diplomatique qui protège les intérêts des uns et des autres."
QUANT À DIRE QUE LES TRACASSERIES
sont dues au fait que l'on veut empêcher que la Côte d'Ivoire
ne tombe entre les mains des musulmans, comme Ouattara l'a affirmé
à Paris, la question qu'on est en droit de se poser est la suivante:
pourquoi cherche-t-il à porter le débat au plan religieux
alors que la coexistence religieuse existe dans le pays ? Le secrétaire
général du PDCI-RDA, Laurent Donna Fologo, dénonce
cette dérive ethnico-religieuse d'Alassane Ouattara. Mais il n'est
pas le seul. Le président du Conseil supérieur islamique,
EI-Hadj Dieby Moustapha, reproche aussi ses propos au candidat déclaré
du RDR. Il rappelle que l'Etat ivoirien est laïc, précisant
: " Pour nous, la politique et la religion sont deux domaines séparés
et entre lesquels il faut veiller à éviter la moindre influence".
Il ajoute: "L'islam n'est pas l'apanage d'une ethnie ou d'une région
de Côte d'Ivoire. Aujourd'hui, chaque ethnie du pays compte dans
ses rangs de nombreux musulmans. C'est dire que l'islam est pratiqué
aux quatre coins du pays où il renforce la cohésion nationale.
(...) Le président Bédié s'est particulièrement
illustré en posant des actes concrets en faveur de la communauté
musulmane. Prenons par exemple la grande mosquée du Plateau. Sa
construction a déjà coûté environ douze milliards
de F CFA. C'est un chef-d'fEuvre architectural unique en Afrique subsaharienne.
(...) Le Président a toujours respecté les musulmans, comme
avant lui HouphouëtBoigny."
Un bref séjour à Abidjan
permet de se rendre compte qu'il n'y a pas de crise politique en Côte-d'Ivoire.
Il se peut cependant qu'un parti politique, en l'occurrence le RDR, connaisse
une crise délibérément entretenue. Au niveau de l'Etat,
les Ivoiriens sont au travail, dans la discipline et la sérénité.
A preuve, l'immense succès rencontré notamment par l'exposition
France Technologies (voir p. 84) qui vient de fermer ses portes et dont
les résultats ont dépassé les prévisions initiales.
IMPORTANT :
Le 24 Décembre 99, on apprenait
que des soldats étaient descendus dans les rues; des coups de feu
ont été entendu dans la capitale Abidjan et des vols dans
les magasins de la ville ont été perpétré.
Aucun mort n'est à déplorer.
Le porte parole de ce coup d'état
militaire se nomme Robert Guei, général dans les forces armées
du pays et ex-ministre de la Défense. Robert Guei a annoncé
que le président Bédié avait été renversé
et qu'il pouvait quitter le pays (ce qu'il a fait en se rendant au Togo).
Le 30 Décembre 99, Ouattara
quittait la France après que le nouvel homme fort du pays ait annoncé
vouloir rencontrer les chefs de partis politiques afin de former un nouveau
gouvernement composé de civils. Le calme est revenu à Abidjan
en cette fin d'année 99.
Guei a promis de restaurer la démocratie
après une période transitoire dont la durée n'est
pas encore connue.
Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental