Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Appui du secteur privé
S'APPUYER SUR LE SECTEUR PRIVE.....

"Télécommunications, énergie, transports (routes, chemins de fer, ports et aéroports) et adduction d'eau. L'existence d'infrastructures physiques permet l'essor des activités productives et facilite la croissance économique. Leur mise en place est indispensable à l'amélioration de la compétitivité et à la bonne répartition des fruits de la croissance économique".  En quelques mots, le président de la Banque africaine de développement (Bad), Omar Kabbaj, a souligné le rôle que jouent les infrastructures dans le processus de développement d'un pays.
Le ministre égyptien de l'Economie et des Finances, Youssef Boutros Ghali, jure qu’elles sont l’essence du développement. Le vice-président de la Banque mondiale, Calisto Madavo, souligne qu’elles permettent de réduire la pauvreté en Afrique.
Le ministre ivoirien Tidiane Thiam, explique qu’elles ont un impact direct sur les conditions de vie de nos populations, encore trop souvent privées d'accès aux services les plus vitaux  routes, eau, assainissement, énergie ou télécommunications »

Un impact qu'il n'est pas inutile de rappeler. Car comme le souligne Omar Kabbaj, «le continent africain entre dans le nouveau millénaire avec une infrastructure qui, dans plusieurs pays, est mal entretenue, onéreuse, soumise à une réglementation excessive, et incapable de répondre à la demande actuelle ». Pour simplifier, en dépit des efforts consentis depuis les indépendances, l'Afrique demeure le continent le moins équipé de la planète.
Selon Tidiane Thiam, cette situation est le résultat de plusieurs facteurs
Les investissements en infrastructures sont lourds et comportent des risques importants; les temps de retour sur investissement sont très longs; le recouvrement des coûts d'investissement et de maintenance est souvent difficile; et il y a souvent interférence de facteurs institutionnels, financiers et politiques dans le choix des investisseurs.
Aussi, si les pays africains veulent  relever le défi du développement des infrastructures, investir pour en créer de nouvelles et entretenir celles qui existent, ils vont devoir développer des mécanismes novateurs de financement et
d'exploitation. Car, selon les calculs effectués par la Bad, qui a consacré aux Infrastructures un symposium de haut niveau en prélude à ses assemblées annuelles, au Caire, en Egypte, le 24 mai 1999, les besoins d'investissements en infrastructures représentent sur le continent 5 % à 6 % du produit intérieur brut (PIB) de l'Afrique, soit une demande supérieure à 250 milliards de dollars pour les dix prochaines années.
Compte tenu des difficultés budgétaires auxquelles la plupart des pays africains doivent faire face, des politiques d'ajustement auxquelles ils doivent soumettre leurs économies, à la demande des institutions financières internationales, et de l'obligation d'honorer le service de la dette, rares sont les pays qui disposent de ressources d'une telle ampleur à engager en faveur du financement des infrastructures.

Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose. Car, souligne Omar Kabbaj, « la participation du secteur privé est nécessaire pour espérer mobiliser le volume de ressources d' investissements escompté et assurer les services d'infrastructure d'une manière efficace ». Fidèle à sa mission de financement du développement des pays africains, la Bad a consacré, en 1998, près d'un demi-milliard de dollars à des projets dans les secteurs des routes, de l'électricité, des télécommunications et de l'hydraulique.
Mais la nouveauté est ailleurs  le secteur privé joue désormais un rôle grandissant dans le financement des infrastructures, en Afrique comme dans les autres parties du monde. La participation d'entreprises privées et l'ouverture d'une saine concurrence sont déjà une réalité dans un grand nombre de pays, dans les domaines des télécommunications et de l'électricité et, dans une moindre mesure, dans ceux de l'adduction d'eau et des transports (aériens et ferroviaires notamment).
La Côte d'Ivoire en fournit un bon exemple. Dans le cadre du programme de privatisations («l'un des plus ambitieux d'Afrique », assure le ministre Tidiane Thiam, plusieurs secteurs clés de l'économie, jadis assujettis à des monopoles publics, ont été ouverts au secteur privé : l'énergie en 1990, le chemin de fer en 1994, les aéroports en 1996, les télécommunications en 1997 et le transport urbain en 1998.
Dans le même temps, un ambitieux programme de travaux d'infrastructures baptisé les 12 travaux de l'Eléphant d'Afrique (par référence aux Dragons asiatiques), conçu sur le principe appelé «construire, exploiter, transférer», était mis au point par les autorités ivoiriennes et présenté aux investisseurs. L'objectif du gouvernement, à travers l'élargissement du rôle des entreprises privées et le développement d'un partenariat public-privé, est de faire passer la part des investissements du secteur privé dans l'investissement global de 53 % en 1993, à 80% en l'an 2000.

Trois projets ont d'ores et déjà été concédés par la Côte d'Ivoire, permettant de porter cette part à 69 %, en 1998. La modernisation et l'extension de l'aéroport international Félix-Houphouét-Boigny d'Abidjan ont été concédées à la société Aéria, en 1996, sur la base d’un programme d'investissement supérieur à 40 millions de dollars sur trois ans. La construction d'un pont reliant deux quartiers de la capitale économique ivoirienne, prévoyant un investissement de 170 millions de dollars, a été attribuée à la société Socoprim, en 1997.
La réalisation d'une centrale thermique d'un coût de 250 millions de dollars, à Azito, a été concédée à la société Cinergy, en septembre 1997.
«La Côte d'ivoire est fière du caractère original et novateur du projet de centrale thermique d'Azito, souligne Tidiane Thiam. C'est le premier grand projet d'infrastructure en Afrique à avoir bénéficié, en môme temps, de la participation d'un consortium de huit banques commerciales au montage financier de l'opération et, pour la première fois au monde, de la garantie de risque émise par l'Association internationale pour le développement (AID), filiale de la Banque mondiale, qui vise à favoriser l'intervention du secteur privé international dans la réalisation de projets d' infrastructures dans les pays en développement.»

Autre exemple réussi, certes dans le secteur particulièrement porteur des télécommunications: le Sénégal. En 1997, le gouvernement décide l'ouverture du capital de la Société nationale des télécommunications du Sénégal (Sonatel). La société, créée en 1985, a pourtant de bons résultats à faire valoir En 1995, a été franchi le seuil d'une ligne téléphonique installée pour 100 habitants (soit deux fois la moyenne africaine).
Mais les besoins en investissements indispensables pour faciliter l'accès aux services de télécommunications au plus grand nombre d'usagers, notamment en zone rurale, poussent à la libéralisation du secteur L'ouverture du capital se traduit par la vente de 42,33 % du capital à un partenaire stratégique (France Télécom); 10% revenant au personnel de l'entreprise, 17,66 % à des particuliers et  à des investisseurs nationaux et étrangers, l'Etat conservant 25 % du capital et en réservant 5 % à un opérateur africain de télécommunications.
En octobre 1998, la Sonatel fait son apparition sur le premier compartiment de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d'Afrique de l'Ouest.

Avec un nominal de 19 500 F CFA (195 FF), le titre séduit 10000 actionnaires. «A la date du 10 mai, se réjoui le directeur général de la Sonatel, Cheildi Tidiane Mbaye, le titre cotait 28 600 F CFA, consacrant une croissance cumulée de 47 % en sept mois.» De fait, la Sonatel est le titre phare de la BRVM, représentant 25 % de la capitalisation totale de la Bourse et 40 % de celle des 10 principales valeurs composant l'indice. Il faut dire qu'entre-temps la société a porté le ratio d'équipement à 1,5 ligne pour 100 habitants (au 31 décembre 1998), a consacré 7 % des lignes installées à des cabines publiques (record mondial) et est devenue l'opérateur, en avril 1999, de la deuxième licence GSM du Sénégal.
Il n'empêche. Au-delà des exemples réussis, qu'il s'agisse de la Côte d'Ivoire ou du secteur des télécommunications, l'implication du secteur privé dans le financement des infrastructures et du développement africains est loin de couler de source. D'abord, les marchés financiers qui se créent ou se développent participent peu au financement des investissements. Comme l'explique Gilles Peltier, le directeur général de la Proparco, filiale secteur privé de l'agence française de développement (AIT), « la question aujourd'hui est de savoir comment faire mieux participer les institutions et les marchés financiers ». Un impératif auquel souscrit Simon Rigail, de la CitiBank, qui ajoute qu'« il est indispensable de trouver de nouveaux instruments pour les investissements à - long terme ».

Ensuite, les situations sont variables d'un pays à l'autre, d'un secteur à l'autre. Le directeur général de Saur International, Louis Peterschrnitt, ne dit pas autre chose  « La variété des modes d'intervention du secteur privé dans la gestion des services publics illustre la flexibilité des opérateurs privés et leur capacité d'adaptation à des contextes différents. Elle permet aux autorités publiques de retenir le mode le plus approprié à chaque situation et d'évoluer dans ce choix en fonction du changement de la situation et des besoins. L'expérience acquise par le Groupe Saur conduit à recommander dans chaque cas la solution qui permette de concilier l'efficacité, en termes de qualité du service et de rapidité de réalisation des investissements adaptés aux besoins, et le maintien à un niveau compatible avec le niveau de vie moyen de la population des tarifs supportés par le consommateur.»
Et le président-directeur général de Saur International de proposer un partenariat entre secteurs privé et public, dans lequel « les tâches d'exploitation, d'entretien, de renouvellement et d'investissement courants ou récupérables rapidement seraient confiées à un opérateur privé qui en assurerait le financement », tandis que « les investissements d'infrastructures à rentabilité différée (station d'épuration, ligne de transport électrique...) seraient décidés par la collectivité publique qui mobiliserait pour cela les financements concessionnels nécessaires, mais dont la mise en oeuvre, par souci d'efficacité, serait assurée par l'opérateur privé sous contrôle public».
Reste la question de fond: lorsqu'on parle de financement d'infrastructures, le secteur privé répond télécommunications, pétrole offshore... Et l'habitat social? Des banques privées sont-elles prêtes à le financer? C'est aussi à celle aune-là que sera appréciée la réussite du financement du développement par le secteur privé.

En 1998, la Banque africaine de développement (BAD) a effectuée des interventions importantes en faveur du secteur privé, finançant des projets à hauteur de 160 millions de dollars, soit trois fois plus qu'en 1997.
Grâce à l'implication de la BAD, ce ne sont pas moins de 1.5 milliard de dollars d'investissements qui ont pu être financés en faveur du secteur privé.
En 1998, les interventions de la BAD en faveur du secteur privé ont représenté près de 10% de l'activité globale de la banque. Un niveau qui devrait se maintenir; d'autant qu'un département du secteur privé a été mis sur pied.
La BAD est désormais en mesure d'apporter des concours aux pays africains à hauteur de 2.5 milliards de dollars par an. La BAD s'engage entre autre dans la microfinance car une part importante des activités du secteur privé africain relève de l'informel (facilité d'accès aux microentrepreneurs, aux servives financiers tels que le microcrédit et l'épargne).
Les revenus de la BAD ont augmenté de 58 millions d'unités de compte (1 unité=1.4 dollars) en 1994 à plus de 100 millions en 1998.
La BAD a décidé de donner la priorité au monde paysan, en mettant l'accès sur les infrstructures routières et hydrauliques. sans oublier de compléter cette démarche par la promotion de petites et moyennes entreprises agroalimentaires. Ni de faciliter l'accès au crédit en soutenant des mécanismes de financement ruraux à de très petite échelle. il faut aussi réduire l'écart entre centres urbains et zones rurales.


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier