
S'APPUYER SUR LE SECTEUR PRIVE.....
"Télécommunications,
énergie, transports (routes, chemins de fer, ports et aéroports)
et adduction d'eau. L'existence d'infrastructures physiques permet l'essor
des activités productives et facilite la croissance économique.
Leur mise en place est indispensable à l'amélioration de
la compétitivité et à la bonne répartition
des fruits de la croissance économique". En quelques mots,
le président de la Banque africaine de développement (Bad),
Omar Kabbaj, a souligné le rôle que jouent les infrastructures
dans le processus de développement d'un pays.
Le ministre égyptien de l'Economie
et des Finances, Youssef Boutros Ghali, jure qu’elles sont l’essence du
développement. Le vice-président de la Banque mondiale, Calisto
Madavo, souligne qu’elles permettent de réduire la pauvreté
en Afrique.
Le ministre ivoirien Tidiane Thiam,
explique qu’elles ont un impact direct sur les conditions de vie de nos
populations, encore trop souvent privées d'accès aux services
les plus vitaux routes, eau, assainissement, énergie ou télécommunications
»
Un impact qu'il n'est pas inutile
de rappeler. Car comme le souligne Omar Kabbaj, «le continent africain
entre dans le nouveau millénaire avec une infrastructure qui, dans
plusieurs pays, est mal entretenue, onéreuse, soumise à une
réglementation excessive, et incapable de répondre à
la demande actuelle ». Pour simplifier, en dépit des efforts
consentis depuis les indépendances, l'Afrique demeure le continent
le moins équipé de la planète.
Selon Tidiane Thiam, cette situation
est le résultat de plusieurs facteurs
Les investissements en infrastructures
sont lourds et comportent des risques importants; les temps de retour sur
investissement sont très longs; le recouvrement des coûts
d'investissement et de maintenance est souvent difficile; et il y a souvent
interférence de facteurs institutionnels, financiers et politiques
dans le choix des investisseurs.
Aussi, si les pays africains veulent
relever le défi du développement des infrastructures, investir
pour en créer de nouvelles et entretenir celles qui existent, ils
vont devoir développer des mécanismes novateurs de financement
et
d'exploitation. Car, selon les calculs
effectués par la Bad, qui a consacré aux Infrastructures
un symposium de haut niveau en prélude à ses assemblées
annuelles, au Caire, en Egypte, le 24 mai 1999, les besoins d'investissements
en infrastructures représentent sur le continent 5 % à 6
% du produit intérieur brut (PIB) de l'Afrique, soit une demande
supérieure à 250 milliards de dollars pour les dix prochaines
années.
Compte tenu des difficultés
budgétaires auxquelles la plupart des pays africains doivent faire
face, des politiques d'ajustement auxquelles ils doivent soumettre leurs
économies, à la demande des institutions financières
internationales, et de l'obligation d'honorer le service de la dette, rares
sont les pays qui disposent de ressources d'une telle ampleur à
engager en faveur du financement des infrastructures.
Ce qui n'est pas forcément
une mauvaise chose. Car, souligne Omar Kabbaj, « la participation
du secteur privé est nécessaire pour espérer mobiliser
le volume de ressources d' investissements escompté et assurer les
services d'infrastructure d'une manière efficace ». Fidèle
à sa mission de financement du développement des pays africains,
la Bad a consacré, en 1998, près d'un demi-milliard de dollars
à des projets dans les secteurs des routes, de l'électricité,
des télécommunications et de l'hydraulique.
Mais la nouveauté est ailleurs
le secteur privé joue désormais un rôle grandissant
dans le financement des infrastructures, en Afrique comme dans les autres
parties du monde. La participation d'entreprises privées et l'ouverture
d'une saine concurrence sont déjà une réalité
dans un grand nombre de pays, dans les domaines des télécommunications
et de l'électricité et, dans une moindre mesure, dans ceux
de l'adduction d'eau et des transports (aériens et ferroviaires
notamment).
La Côte d'Ivoire en fournit
un bon exemple. Dans le cadre du programme de privatisations («l'un
des plus ambitieux d'Afrique », assure le ministre Tidiane Thiam,
plusieurs secteurs clés de l'économie, jadis assujettis à
des monopoles publics, ont été ouverts au secteur privé
: l'énergie en 1990, le chemin de fer en 1994, les aéroports
en 1996, les télécommunications en 1997 et le transport urbain
en 1998.
Dans le même temps, un ambitieux
programme de travaux d'infrastructures baptisé les 12 travaux de
l'Eléphant d'Afrique (par référence aux Dragons asiatiques),
conçu sur le principe appelé «construire, exploiter,
transférer», était mis au point par les autorités
ivoiriennes et présenté aux investisseurs. L'objectif du
gouvernement, à travers l'élargissement du rôle des
entreprises privées et le développement d'un partenariat
public-privé, est de faire passer la part des investissements du
secteur privé dans l'investissement global de 53 % en 1993, à
80% en l'an 2000.
Trois projets ont d'ores et déjà
été concédés par la Côte d'Ivoire, permettant
de porter cette part à 69 %, en 1998. La modernisation et l'extension
de l'aéroport international Félix-Houphouét-Boigny
d'Abidjan ont été concédées à la société
Aéria, en 1996, sur la base d’un programme d'investissement supérieur
à 40 millions de dollars sur trois ans. La construction d'un pont
reliant deux quartiers de la capitale économique ivoirienne, prévoyant
un investissement de 170 millions de dollars, a été attribuée
à la société Socoprim, en 1997.
La réalisation d'une centrale
thermique d'un coût de 250 millions de dollars, à Azito, a
été concédée à la société
Cinergy, en septembre 1997.
«La Côte d'ivoire est
fière du caractère original et novateur du projet de centrale
thermique d'Azito, souligne Tidiane Thiam. C'est le premier grand projet
d'infrastructure en Afrique à avoir bénéficié,
en môme temps, de la participation d'un consortium de huit banques
commerciales au montage financier de l'opération et, pour la première
fois au monde, de la garantie de risque émise par l'Association
internationale pour le développement (AID), filiale de la Banque
mondiale, qui vise à favoriser l'intervention du secteur privé
international dans la réalisation de projets d' infrastructures
dans les pays
en développement.»
Autre exemple réussi, certes
dans le secteur particulièrement porteur des télécommunications:
le Sénégal. En 1997, le gouvernement décide l'ouverture
du capital de la Société nationale des télécommunications
du Sénégal (Sonatel). La société, créée
en 1985, a pourtant de bons résultats à faire valoir En 1995,
a été franchi le seuil d'une ligne téléphonique
installée pour 100 habitants (soit deux fois la moyenne africaine).
Mais les besoins en investissements
indispensables pour faciliter l'accès aux services de télécommunications
au plus grand nombre d'usagers, notamment en zone rurale, poussent à
la libéralisation du secteur L'ouverture du capital se traduit par
la vente de 42,33 % du capital à un partenaire stratégique
(France Télécom); 10% revenant au personnel de l'entreprise,
17,66 % à des particuliers et à des investisseurs nationaux
et étrangers, l'Etat conservant 25 % du capital et en réservant
5 % à un opérateur africain de télécommunications.
En octobre 1998, la Sonatel fait
son apparition sur le premier compartiment de la Bourse régionale
des valeurs mobilières (BRVM) d'Afrique de l'Ouest.
Avec un nominal de 19 500 F CFA (195
FF), le titre séduit 10000 actionnaires. «A la date du 10
mai, se réjoui le directeur général de la Sonatel,
Cheildi Tidiane Mbaye, le titre cotait 28 600 F CFA, consacrant une croissance
cumulée de 47 % en sept mois.» De fait, la Sonatel est le
titre phare de la BRVM, représentant 25 % de la capitalisation totale
de la Bourse et 40 % de celle des 10 principales valeurs composant l'indice.
Il faut dire qu'entre-temps la société a porté le
ratio d'équipement à 1,5 ligne pour 100 habitants (au 31
décembre 1998), a consacré 7 % des lignes installées
à des cabines publiques (record mondial) et est devenue l'opérateur,
en avril 1999, de la deuxième licence GSM du Sénégal.
Il n'empêche. Au-delà
des exemples réussis, qu'il s'agisse de la Côte d'Ivoire ou
du secteur des télécommunications, l'implication du secteur
privé dans le financement des infrastructures et du développement
africains est loin de couler de source. D'abord, les marchés financiers
qui se créent ou se développent participent peu au financement
des investissements. Comme l'explique Gilles Peltier, le directeur général
de la Proparco, filiale secteur privé de l'agence française
de développement (AIT), « la question aujourd'hui est de savoir
comment faire mieux participer les institutions et les marchés financiers
». Un impératif auquel souscrit Simon Rigail, de la CitiBank,
qui ajoute qu'« il est indispensable de trouver de nouveaux instruments
pour les investissements à - long terme ».
Ensuite, les situations sont variables
d'un pays à l'autre, d'un secteur à l'autre. Le directeur
général de Saur International, Louis Peterschrnitt, ne dit
pas autre chose « La variété des modes d'intervention
du secteur privé dans la gestion des services publics illustre la
flexibilité des opérateurs privés et leur capacité
d'adaptation à des contextes différents. Elle permet aux
autorités publiques de retenir le mode le plus approprié
à chaque situation et d'évoluer dans ce choix en fonction
du changement de la situation et des besoins. L'expérience acquise
par le Groupe Saur conduit à recommander dans chaque cas la solution
qui permette de concilier l'efficacité, en termes de qualité
du service et de rapidité de réalisation des investissements
adaptés aux besoins, et le maintien à un niveau compatible
avec le niveau de vie moyen de la population des tarifs supportés
par le consommateur.»
Et le président-directeur
général de Saur International de proposer un partenariat
entre secteurs privé et public, dans lequel « les tâches
d'exploitation, d'entretien, de renouvellement et d'investissement courants
ou récupérables rapidement seraient confiées à
un opérateur privé qui en assurerait le financement »,
tandis que « les investissements d'infrastructures à rentabilité
différée (station d'épuration, ligne de transport
électrique...) seraient décidés par la collectivité
publique qui mobiliserait pour cela les financements concessionnels nécessaires,
mais dont la mise en oeuvre, par souci d'efficacité, serait assurée
par l'opérateur privé sous contrôle public».
Reste la question de fond: lorsqu'on
parle de financement d'infrastructures, le secteur privé répond
télécommunications, pétrole offshore... Et l'habitat
social? Des banques privées sont-elles prêtes à le
financer? C'est aussi à celle aune-là que sera appréciée
la réussite du financement du développement par le secteur
privé.
En 1998, la Banque africaine de
développement (BAD) a effectuée des interventions importantes
en faveur du secteur privé, finançant des projets à
hauteur de 160 millions de dollars, soit trois fois plus qu'en 1997.
Grâce à l'implication
de la BAD, ce ne sont pas moins de 1.5 milliard de dollars d'investissements
qui ont pu être financés en faveur du secteur privé.
En 1998, les interventions de la
BAD en faveur du secteur privé ont représenté près
de 10% de l'activité globale de la banque. Un niveau qui devrait
se maintenir; d'autant qu'un département du secteur privé
a été mis sur pied.
La BAD est désormais en mesure
d'apporter des concours aux pays africains à hauteur de 2.5 milliards
de dollars par an. La BAD s'engage entre autre dans la microfinance car
une part importante des activités du secteur privé africain
relève de l'informel (facilité d'accès aux microentrepreneurs,
aux servives financiers tels que le microcrédit et l'épargne).
Les revenus de la BAD ont augmenté
de 58 millions d'unités de compte (1 unité=1.4 dollars) en
1994 à plus de 100 millions en 1998.
La BAD a décidé de
donner la priorité au monde paysan, en mettant l'accès sur
les infrstructures routières et hydrauliques. sans oublier de compléter
cette démarche par la promotion de petites et moyennes entreprises
agroalimentaires. Ni de faciliter l'accès au crédit en soutenant
des mécanismes de financement ruraux à de très petite
échelle. il faut aussi réduire l'écart entre centres
urbains et zones rurales.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier