Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ECONOMIE 2000
L'ECONOMIE AFRICAINE AU DEBUT DE L'AN 2000 VU PAR LA BAD (Banque africaine du développement)

Après une longue période de recul économique durant les années quatre-vingt et la première moitié des années quatre-vingt. dix, le continent africain a commencé à enregistrer des progrès économiques significatifs dans la seconde moitié de la décennie. La production réelle a progressé de 4 % par an en moyenne entre 1996 et 1998, contre un rythme inférieur à 2 % durant la première moitié de la décennie. Bien que la croissance économique ait fléchi à 3,2 % en 1998, en grande partie en raison d'un environnement extérieur défavorable engendré par la crise asiatique, elle reste supérieure à celle du début de la décennie. Ainsi depuis 1996, le continent africain connaît dans son ensemble des taux de croissance par habitant positifs.
L'amélioration de la situation économique a été largement répartie sur le continent, dans la mesure où un grand nombre de pays africains ont connu, ces dernières années, des taux de croissance positifs. L'origine de cette croissance a été, elle aussi, assez diversifiée, puisque la production agricole et manufacturière, les industries extractives et les services ont apporté une contribution appréciable à l'économie des différentes sous-régions. Ainsi, à l'exception de quelques pays qui restent en proie à des troubles et conflits civils, et de ceux qui sont en butte à des conditions climatiques défavorables, les pays africains ont inversé, dans leur ensemble, la régression économique des années précédentes.
Comme il ressort de l'expérience des autres régions, des taux de croissance annuels de l'ordre de 6 % à 8 % ont été requis pour espérer réduire de manière significative le nombre de gens vivant au dessous du seuil de pauvreté. À cet égard, il est encourageant de constater que l'expérience récente de certains pays montre qu'il est possible d'obtenir de tels taux de croissance sur le continent.

A la lumière des avancées considérables que les pays africains ont enregistrées ces derniers temps, nous, à la Banque africaine de développement, sommes optimistes quant aux perspectives de croissance des pays africains. Nous pensons que ces pays continueront d'intensifier leurs efforts de réforme et poursuivront des politiques visant à développer davantage le secteur privé. Et puisque l'économie mondiale se redresse, ces politiques devront conduire à des taux de croissance plus élevés à moyen terme, avec des projections de plus de 5% dans l'ensemble pour la région. Ainsi, l'Afrique peut bien devenir dans les prochaines années l'une des destinations les plus attrayantes pour les capitaux étrangers.

Pôle d'attraction
Le continent est doté d'une réserve considérable de ressources naturelles et de matières premières. Les pays s'engagent, de plus en plus, à relever les défis du développement de leurs ressources humaines et de maîtrise des technologies. Ils réforment leurs politiques économiques et leurs environnements institutionnels et juridiques pour les rendre plus propices à l'investissement et à l'essor du secteur privé. Les pays accordent également une attention de plus en plus marquée aux besoins d'investissements dans les infrastructures économiques et sociales de base que requiert l'émergence d'un secteur privé dynamique et compétitif. La conjonction et la poursuite de l'ensemble de ces facteurs de transformation positive devraient favoriser l' émergence du continent comme l'un des principaux pôles d'attraction de l 'investissement au cours du XXIème siècle.

Cinq conditions
L'embellie récente dans de nombreux pays du continent est largement attribuable aux réformes économiques menées par ceux-ci au cours de la dernière décennie. D'une manière plus générale, la libéralisation des économies et l'incitation au renforcement des marchés a créé un environnement porteur pour l'entreprise et l'initiative privées. Dans les pays où les réformes sont plus avancées, nous assistons à la maîtrise des pressions inflationnistes, à l'émergence d'un secteur privé plus dynamique et aux apports d'investissement étranger. Il est capital pour les pays africains d'approfondir le processus de réformes et de maintenir le cap des politiques entreprises. Il est tout aussi important que la communauté internationale continue d'apporter son soutien aux efforts de développement de l'Afrique. Je voudrais ici signaler quelques réformes importantes que nos pays doivent envisager ou approfondir.

Premièrement, il est impératif que les pays africains cherchent à accroître le volume de l'investissement. Les taux d'investissement actuels, qui avoisine les 20% du Produit intérieur brut (PIB) en moyenne, sont trop faibles pour générer la croissance élevée qui est requise. Il faudra porter plus d'attention à la création de conditions et d'institutions à même de faciliter la mobilisation des ressources intérieures. Eu égard au bas niveau de l'épargne intérieure, il est essentiel que les pays instaurent un cadre propre à attirer un volume plus important d'investissements étrangers. En outre, la communauté internationale devra continuer de fournir aux pays les plus pauvres des ressources concessionnelles pour leur permettre d'atteindre les niveaux de croissance requis.

Deuxièmement, les pays africains devraient s'efforcer de se doter d'économies plus robustes, à même de mieux résister aux chocs extérieurs. À cet effet, ils devront diversifier leurs principaux secteurs exportateurs et promouvoir les technologies appropriées, en particulier dans le secteur agricole. Dans des politiques résolues de lutte contre la pauvreté, ils doivent accorder l'attention voulue à l'investissement dans l'agriculture et le milieu rural, à la valorisation des ressources humaines et à l'investissement dans les secteurs sociaux.

Troisièmement, pour parvenir à des économies dynamiques et créer davantage de possibilités d'emploi, les pays africains devront continuer de favoriser l'essor d'un secteur privé plus solide et plus actif. Malgré les récents progrès réalisés dans ce sens, il reste beaucoup à faire pour que le secteur privé devienne véritablement le moteur de la croissance et soit suffisamment compétitif dans l'économie mondiale. Les pays africains devront non seulement maintenir un environnement macro-économique stable et prévisible, mais aussi envisager un certain nombre de réformes supplémentaires, telles que l'instauration de cadres administratif, juridique et institutionnel plus rationnels, le renforcement des systèmes financiers et des marchés boursiers afin  de mobiliser les ressources intérieures et extérieures requises, de même que la mise en place d'organes de réglementation et de supervision qui puissent assurer le suivi et le contrôle de ces systèmes. En général, il convient de s'attaquer résolument à résoudre les problèmes de gouvernance, y compris la lutte contre le fléau de la corruption.

Quatrièmement, une action urgente est requise pour la mobilisation de ressources aux fins d'investissements dans l'infrastructure. Il est évident que les pays africains seront confrontés au cours des prochaines décennies à des besoins massifs d ' investissements. Il est tout aussi manifeste que les gouvernements ne pourront pas, à eux seuls, disposer des ressources nécessaires pour répondre à cette demande. Il faudra, dès lors, mettre au point de nouvelles formes de partenariat entre le secteur public et le secteur privé. La privatisation des entreprises publiques dans les secteurs des télécommunications, de l'électricité et de l'eau, de même que l'éclosion de nouveaux partenariats entre secteur public et secteur privé dans le domaine des transports sont autant d'illustrations des possibilités intéressantes qui existent à cet égard.

Cinquièmement, enfin, des efforts importants sont requis dans les domaines de la coopération et de l'intégration régionales. Les progrès observés dans la coordination des grands projets d'infrastructures au niveau de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC) 1 la réduction tarifaire entre les pays de la Comesa (marché commun de l'Afrique australe et orientale) 1 et la poursuite de la coopération monétaire et commerciale entre les pays de l'Uemoa, sont autant de réalisations remarquables. Cependant, il importe d'aller plus loin, d'élargir les marchés sous-régionaux et de les rendre plus crédibles et plus attractifs aux capitaux intérieurs et extérieurs.
Il est vrai que les gouvernements africains éprouvent des difficultés à respecter leurs engagements vis-à-vis de leurs partenaires financiers au développement. Cette situation découle, en grande partie, du poids considérable de la dette sur les ressources limitées des Etats. Elle résulte également de la vulnérabilité de la plupart des économies nationales qui affichent une forte dépendance vis-à-vis d'un nombre limité de produits primaires. Or, le faible poids relatif des pays africains ne leur permet pas d'exercer une influence significative dans la formation des prix internationaux de ces produits dont les baisses périodiques contribuent à grever davantage la capacité déjà faible à honorer le service de la dette. Enfin, l'instabilité politique et les conflits civils constituent également des handicaps importants à la capacité des pays à respecter leurs engagements aussi bien internes qu'extérieurs.
En d'autres termes, bien plus que par manque de volonté, c'est surtout par insuffisance de capacité que s'explique le comportement des Etats africains en matière de respect de leurs engagements. La plupart de ces pays ont entrepris des réformes courageuses et parfois éprouvantes à court terme, pour redresser leurs cadres macroéconomiques, institutionnels et juridiques. Il n'en demeure pas moins que la grande majorité des pays africains se classent aujourd'hui parmi les plus pauvres et très endettés (PPTE) du monde. C'est bien en reconnaissance de cette évidence que nombre de pays africains se retrouvent sur la liste des candidats à l'initiative de remise de dette en faveur des PPTE, initiative dont la Banque africaine de développement est un partenaire actif.
Dans le strict respect de ses politiques, la Banque africaine de développement traite tous ses pays membres de la manière la plus équitable possible. Aussi, l'allocation indicative de nos ressources concessionnelles tient-elle compte de critères objectifs tels que la population et le niveau de revenu de ces pays. Toutefois, en tant que principale institution africaine de financement (donc de promotion) du développement, nous tenons également compte des performances des différents pays. A ce titre, la Banque attache de l'importance non seulement aux performances économiques, mais aussi à la qualité de la gouvernance dans nos pays membres.

Quant au classement par rapport à leurs engagements vis-à-vis de la Banque, les pays se subdivisent tout simplement en ceux qui sont à jour et ceux qui ne le sont pas. Essentiellement par souci d'assurer la santé financière de la Banque, les pays qui se trouvent en situation d'arriérés sont sanctionnés par la suspension de nos interventions jusqu'à la régularisation de leurs engagements. Il convient de noter ici qu'il y a une dizaine de pays qui ne respectent pas leurs engagements envers la Banque. Ces cas d'arriérés chroniques concernent essentiellement les pays en situation de conflit ou ceux qui sortent de crises majeures.

La situation des pays qui souffrent d'instabilité sévère et de conflits civils est regrettable. Cette situation nous peine d'autant plus que la stricte application des règles de la Banque exige la suspension de nos interventions comme sanction aux problèmes d'arriérés qui résultent souvent de tels troubles. Nous n'en restons pas moins sensibles aux coûts humains et matériels de ces conflits et à leur impact négatif sur le développement économique et social des pays touchés. Le rôle que jouent de plus en plus les leaders africains au sein des ensembles sous régionaux (tels que la Cedeao) et les organisations de la société civile constitue, à nos yeux, un signe encourageant d'initiatives endogènes en faveur de la prévention et la résolution des conflits. Celles-ci méritent, à n'en pas douter, d'être accompagnées non seulement d'une assistance humanitaire, mais aussi de la mobilisation de ressources conséquentes pour la reconstruction et la réhabilitation des tissus économique et social ainsi fragilisés. L'action de la BAD porte sur trois axes :
- secours d'urgence mais limités ;
- dès la fin des hostilités, participation à la reconstruction des infrastructures, particulièrement dans les secteurs sociaux (éducation, santé) ;
- élaboration, avec les institutions de Bretton Woods et le reste de la communauté internationale, d'une stratégie de résolution du problème de la dette de ces pays.

Depuis leur accession à l'indépendance, les pays africains ont fait de la coopération économique et de l'intégration régionale une stratégie de transformation structurelle de l'Afrique. La vision et l'attachement des dirigeants africains aux principes de coopération politique et économique comme moyen d'atténuation des effets néfastes inhérents à l'existence d'un grand nombre de petites économies nationales ont été symbolisés, entre autres initiatives, par la création de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et de la Banque africaine de développement en 1963. Cet engagement devait être réitéré plus tard dans le Plan d'action de Lagos de 1980, par la suite, dans le Traité d'Abuja de 1991, et plus récemment, dans la Déclaration de Syrte, en 1999. La volonté de surmonter les inconvénients économiques du morcellement du continent a conduit à un foisonnement de traités et d'institutions régionales dont l'objectif primordial était de promouvoir le développement autocentré des Etats membres. Il s'agit notamment de l'Union économique et douanière de l'Afrique centrale (Udeac, 1964) en Afrique centrale; l'Union douanière d'Afrique australe (Sacu, 1969) et le Marché commun d'Afrique orientale et australe (Comesa, 1995) en Afrique orientale et australe; la Communauté économique de l'Afrique de l'Ouest (CEAO, 1972), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao, 1975) et l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa, 1994) en Afrique de l'Ouest; la Zone d'échanges préférentiels (PTA, 1981) en Afrique de l'Est, remplacée par la suite par le Comesa en 1995 ; et l'Union du Maghreb arabe (Uma, 1989) en Afrique du Nord. En plus de ce premier niveau d'organisations régionales, plusieurs organisations sous régionales ont été créées depuis lors (SADC, 1992) .

En plus de l'objectif politique d'unité continentale, les dirigeants africains ont également poursuivi leurs efforts d'intégration régionale en vue de surmonter les contraintes de petite taille des économies, d'absence de complémentarités structurelles, et de dépendance vis-à-vis des importations de biens intermédiaires et de produits finis. Plusieurs accords commerciaux ont ainsi été établis dans le cadre d'organisations ayant pour objectifs et missions de créer des zones de libre-échange, des unions douanières, des marchés communs, et des unions économiques.
A l'évaluation, il est évident que le continent n'a pas tiré les avantages attendus des premières initiatives d'intégration lancées dans les années soixante et quatre-vingt dix. La part de l'Afrique dans le commerce mondial est restée négligeable, ne représentant que 2% en 1990, contre 16,2% pour l'Asie et 9% pour l'Amérique latine en 1991. De même, le commerce intra-régional est resté faible, ne représentant que 6 % du volume total des échanges internationaux des pays africains en 1990, contre un pourcentage de près de 35% en 1991 pour l'Asie, 41% pour la zone de libre-échange d'Amérique du Nord et 14,2% pour le Marché commun d'Amérique centrale. En outre, les échanges au sein des principaux groupements régionaux du continent africain ont également été négligeables, passant de 2,9% à 2,1% entre 1970 et 1990 au sein de l'Udeac et, pour la Cedeao, de 5,2 % en 1985 à 8,3% en 1990 et 7,2% en 1992. Seule la CEAO a affiché une augmentation constante bien que modeste, son pourcentage étant passé de 8,9 % en 1980 à 10,5% en 1990.
Les résultats médiocres des premières tentatives d'intégration en Afrique peuvent être attribués à plusieurs facteurs. Le faible niveau de complémentarité structurelle des économies nationales a empêché l'accroissement de la production et des possibilités d'échanges. La réticence des gouvernements à subordonner leurs intérêts politiques et économiques nationaux aux objectifs régionaux à long terme a sous-tendu l'absence de volonté politique pour la mise en oeuvre des protocoles et mandats contenus dans les accords et traités. l'adhésion de la plupart des pays à plusieurs groupements régionaux ayant des missions et structures qui se chevauchent a entraîné une utilisation inefficace des ressources. Le caractère inadapté des mécanismes de partage équitable des coûts et avantages des organisations régionales a également entamé l'engagement et le soutien des Etats membres en faveur des organisations régionales, Les objectifs trop ambitieux des organisations régionales et les calendriers peu réalistes de réalisation des objectifs ont conduit à une exagération des avantages attendus des échanges, La faiblesse des structures industrielles, l'absence de liens au sein du secteur industriel, l'insuffisance d'infrastructures de transport et de communication et la non-convertibilité de la plupart des monnaies nationales ont fortement contribué à handicaper les échanges, L'antipathie envers les marchés, la mainmise de l'Etat sur les secteurs de production, et l'absence de crédibilité eu égard à la mise en oeuvre des réformes de politiques ont freiné l'essor d'un secteur privé dynamique et compétitif, Enfin, l'instabilité politique endémique a entraîné des conflits civils néfastes.

Des résultats variables
Il est vrai que le succès relatif des efforts d'intégration régionale à ce jour varie sensiblement d'une région à l'autre du continent africain, D'une manière générale, cette variabilité de résultats s'explique essentiellement par l'acuité relative des facteurs inhibiteurs que nous venons de citer, L'exemple de l'Uemoa en Afrique de l'Ouest et de la Cemac en Afrique centrale pourrait servir à illustrer ce dernier point,
En Afrique de l'Ouest, la CEAO et l'Union monétaire ouest-africaine (Umoa) ont évolué pour déboucher sur la création de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) , Une évolution similaire a été observée en Afrique centrale, avec l'Union douanière et économique de l'Afrique centrale (Udeac devenue Cemac), LUemoa et la Cemac qui regroupent chacune des pays partageant une banque centrale et une monnaie communes, ont toutes deux réalisé des progrès dans plusieurs domaines, tels que les politiques budgétaires et monétaires, les réformes fiscales et l'harmonisation des régimes fiscaux et douaniers, l'harmonisation du droit des affaires, la supervision des banques et la mise en place de bourses des valeurs,
Nonobstant cette similarité d'approche à l'intégration dans les deux sous-régions, force est de constater que les résultats sont, à ce jour, plus probants dans la zone Uemoa, cela s'explique en partie par une meilleure disposition des pays membres de l'Uemoa à appliquer avec plus de rigueur les réformes convenues aussi bien au plan national qu'au plan sous-régional, En outre, les pays membres de l'Uemoa ont, dans une large mesure, été à l'abri de l'instabilité politique et des conflits civils dont ont souffert et souffrent encore plusieurs pays de l'Afrique centrale.
 Faciliter l'intégration régionale en Afrique fait partie intégrante de la mission et des objectifs de la Banque africaine de développement, Les Accords portant création de III Banque africaine de développement (BAD), du Fonds africain de développement (FAD) et du Fonds Spécial du Nigeria (FSN) invitent notamment lesdites institutions à contribuer au développement économique et au progrès social des Etats membres régionaux, individuellement et collectivement, Aussi, depuis sa création, la Banque a entretenu une coopération étroite avec les organisations africaines d'intégration régionale, Elle a également réaffirmé son engagement en faveur de l'intégration africaine dans son document de Vision intitulé Une Banque revigorée: plan d'action", qui consacre l'intégration régionale comme un des domaines prioritaires d'intervention du Groupe de la Banque, En outre, dans le cadre de la Huitième reconstitution des ressources du FAD récemment conclue, les plénipotentiaires ont approuvé que 10% des nouvelles ressources soient consacrés à des projets-programmes multinationaux.
D'une manière plus concrète, la Banque finance, depuis sa création, des études relatives au renforcement de l'intégration ; soutient des projets multinationaux; fournit des ressources aux institutions régionales de financement du développement pour rétrocession; coopère avec les institutions d'intégration régionale, encourage et appuie la création d'institutions régionales de renforcement des capacités.

Au plan global, la Banque a financé des études approfondies sur l'intégration économique et le développement en Afrique (Rapport sur le développement en Afrique, 1989) , et l'autre sur l'intégration économique et l'ajustement structurel (Rapport sur le développement en Afrique, 1993), Au niveau des sous-régions la Banque a également financé plusieurs études, dont une sur les perspectives et opportunités d'intégration économique en Afrique australe, une autre ayant abouti à l'application d'une redevance communautaire de la Cedeao, l'étude de faisabilité d'un réseau africain de communication par satellite (Rascom), et l'étude ayant débouché sur la création de l'Afreximbank, Par ailleurs, la Banque est en train de préparer une étude approfondie sur l'intégration en Afrique orientale,
Outre les études, la Banque a financé des projets régionaux-multinationaux et des investissements nationaux visant à renforcer la complémentarité entre les économies des pays membres. Ces interventions ont notamment englobé plusieurs lignes de crédit agricole ou industriel en faveur de banques régionales de développement, telles que la Banque de développement de l'Afrique de l'est (EADB), la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), la Banque de développement des Etats des Grands lacs (BDEGL). La Banque a également octroyé en 1988 une ligne de crédit directe à la Cedeao pour le financement d'un programme de développement industriel sur trois années.
En matière de projets-programmes régionaux, la Banque a apporté son concours financier à plusieurs opérations. La Banque a également financé plusieurs projets nationaux ayant des effets de complémentarité à l'échelon régional.
En vue de consolider et de renforcer systématiquement ses opérations dans le domaine, la Banque a préparé un document de politique sur l'intégration régionale qui servira de cadre formel de mise en oeuvre du volet "intégration régional" de notre Vision pour la promotion de la transformation économique , la croissance et la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Une approche à géométrie variable
Les Etats-Unis d'Afrique ? C'est là une grande vision qui mérite d'être cultivée pour le long terme. Toutefois, de manière pragmatique, nous sommes partisans d'une "approche à géométrie variable" dans la poursuite des idéaux du Plan d'action de Lagos de 1980, du Traité d'Abuja de 1991 et de la Déclaration de Syrte en 1999, qui envisagent, à terme, la création du Marché commun africain. Dans ce cadre, des ensembles sous régionaux viables devraient servir d'éléments constitutifs pour la création d'une Communauté Economique Africaine qui pourrait, à terme, évoluer politiquement vers les fameux Etats-Unis d'Afrique.
En effet, les pays africains affichent un intérêt renouvelé et réel pour la  relance de leurs efforts d'intégration. Cet intérêt est en partie suscité par la mondialisation croissante et l'approfondissement de ..: l'intégration régionale et son cortège d'avantages vérifiables en matière de commerce, d'investissement et de croissance économique en Europe, en Amérique du nord et en Asie, à un moment où l'Afrique devenait de plus en plus isolée et marginalisée. Les pays africains prennent de plus en plus conscience du fait que l'intégration progressive permet de minimiser les coûts de la fragmentation du marché africain et représente, par conséquent, une condition préalable à l'intégration des économies africaines dans l'économie mondiale.

En outre, les nouvelles initiatives d'intégration sont entreprises dans un environnement qui a lui même évolué. La plupart des pays mettent en oeuvre de vastes programmes de réformes économiques et ouvrent leurs économies par la libéralisation de leurs régimes commercial et de change. Cette évolution des politiques offre de nouvelles possibilités d'intégration régionale et transforme le modèle de l'intégration. Les nouvelles initiatives d'intégration s'appuient sur les institutions existantes, tout en élargissant les objectifs d'intégration et de coopération régionales en vue d 'y intégrer la coordination et l 'harmonisation des politiques macroéconomiques; la levée des barrières non tarifaires imposées aux échanges; la mobilité des capitaux, l'investissement des entreprises et la libre circulation des personnes.
Des progrès sont enregistrés à des degrés divers à travers «l'approche de géométrie variable», conformément aux traités et mandats des organisations régionales. Le Comesa qui, à l'origine, était la Zone d'échanges préférentiels d'Afrique orientale et australe (Zep) incarne bon nombre des aspects décrits ci-dessus. En Afrique orientale et australe et dans l'Océan indien, l 'Initiative transfrontières (CBI) cofinancée par la Bad, la Banque mondiale, le FMI et l'Union européenne a permis de faciliter les échanges, l'investissement et le système de paiement transfrontières. L'Uemoa et la Cemac regroupent des pays qui partagent une banque centrale et une monnaie communes, et qui ont réalisé des progrès notoires dans plusieurs domaines.

Ces différents ensembles participent, chacun à son niveau, à la concrétisation d'actions propices à l'émergence de marchés communs qui pourraient servir de bases pour l'intégration économique et financière progressive d'espaces régionaux de plus en plus grands.

Espoirs et souhaits
Notre principal souhait pour l'Afrique, au XXIè siècle, est celui d'un renouveau socio-économique qui soit porteur d'améliorations sensibles du bien être des populations et de la sécurité sur le continent. A cet égard, nous souhaitons par-dessus tout une réduction notoire, voire l'éradication de la pauvreté, d'autant plus qu'il est préoccupant de voir le continent entrer dans le troisième millénaire avec près de 45% de sa population vivant en situation de pauvreté absolue. Cette réalité place l'Afrique en face du double impératif d'une croissance économique accélérée et largement partagée, d'une part, et du développement de son capital humain, d'autre part.
Pour accroître l'investissement aux fins d'une croissance économique à hauteur du défi de réduction de la pauvreté, l'Afrique se doit de créer un environnement macro-économique et des systèmes institutionnels et d'incitations qui soient aptes à soutenir l'initiative, l'entreprise et l'industrie en général et, plus particulièrement, l'essor d'un secteur privé dynamique et compétitif. Ce faisant, le continent renforcera non seulement sa capacité de mobiliser ses ressources internes par l'intermédiation d'institutions et d'instruments financiers adaptés aux besoins évolutifs des économies, mais aussi sa force d'attraction de flux de capitaux extérieurs accrus. La poursuite d'une croissance économique accélérée ne devra pas faire perdre de vue l'impératif de développement durable qui repose sur la protection de l'environnement et de la base de ressources naturelles, certes fragile, mais encore appréciable du continent.
L'Afrique du XXIème siècle devra également être celle d'une bonne gouvernance où les principes de participation, de transparence, d'Etat de droit et d'aversion pour la corruption ont droit de cité.
L'investissement pour la croissance économique et la réduction de la pauvreté devra aussi s'asseoir sur un socle institutionnel qui assure la résolution de conflits sociaux, la prévention de la violence et le règlement des litiges dans l'ordre. Bien plus, l'Afrique du prochain siècle devra être celle de grands espaces régionaux intégrés et ouverts, où des mécanismes de coopération économique concourent à l'expansion des marchés et à la stimulation des investissements et des exportations. Quant au capital humain, clé de voûte du développement tout court, il est à souhaiter des avancées prononcées pour améliorer la santé et l'éducation des populations, générer les ressources qualifiées que requiert un environnement compétitif global, valoriser le statut social et promouvoir le rôle de la femme dans le développement, et contenir et inverser la propagation de la pandémie du VIH-Sida.

Il y a de fortes raisons d'espérer que l'Afrique soit au rendez-vous de ces souhaits au cours du XXIè siècle. En dépit des inerties propres à tout processus de changement profond, les tendances forces qui se dégagent des efforts des dix à quinze dernières années indiquent une nette propension de l'ensemble des pays à entreprendre des réformes économiques, institutionnelles, sociales et politiques en faveur du renouveau socio-économique demandé de l'intérieur et soutenu par l'extérieur. Aussi, les efforts des processus en cours de démocratisation, de décentralisation, d'ajustements structurel et sectoriels, de coopération et d'intégration économique aux échelles sous-régionales et continentales, etc., participent tous à la logique de la marche du continent vers le renouveau économique et social que nous appelons de tous nos voeux.
C'est du reste sur la foi en ces lendemains meilleurs que la Banque africaine de développement s'est donnée une Vision en parfaite harmonie avec les souhaits que nous venons de formuler.


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier