
L'ECONOMIE AFRICAINE EN 1998
Dans un contexte de crise financière
mondiale, la croissance de l'économie africaine a été
estimée à provenir que de 3% en 1998, contre 3,7 pour cent
en 1997 et un pic de 5,5% en 1996. Les exportations des principales marchandises
du continent ont été durement touchés par le ralentissement
de l'économie mondiale qui a trouvé son origine dans la crise
financière asiatique de 1997 puis s'est intensifiée en 1998
sous l'effet des problèmes économiques de la Russie et du
Brésil. Le ralentissement de la croissance économique africaine
est à mettre au compte de la baisse des volumes d'exportation, mais
aussi et surtout de la baisse des prix. Entre 1995 et 1998, la croissance
s'est établi à 3,7 pour cent en moyenne, contre 1,9 pour
cent entre 1991 et 1994. La crise économique et financière
mondiale est survenu au moment même où l'économie africaine
commençait à donner des signes de reprise, après la
période de stagnation du début des années 90. Cette
reprise était due en partie à des progrès significatifs
en matière de stabilisation macro économique, ainsi qu'à
une amélioration de l'allocation des ressources à la faveur
de la mise en oeuvre de réformes macro économique et structurelle
dans la plupart des pays de la région. Bien que la croissance réelle
de la production ait eu du mal à suivre le rythme de la croissance
démographique en 1998, la tendance positive du revenu par habitant,
amorcé au milieu des années 90, s'est poursuivie. Depuis
le milieu des années 90, la majorité des pays africains enregistre
une croissance du revenu par habitant positive, comprise entre 1 et 2 pour
cent par an, et plus de la moitié ont une croissance supérieure
à 2,5%.
Malheureusement, cette progression
marginale du revenu par habitant n'est pas parvenue à compenser
les baisses de revenus et l'appauvrissement substantiels intervenus durant
les douze décennies précédentes.
Pour que la région connaisse
une croissance économique soutenue, il est nécessaire que
ses résultats en matière d'investissements s'améliorent.
En 1998, le taux de l'investissement médian s'est établi
à 20% soit pratiquement le même niveau que l'année
précédente. Toutefois après le coup prolongé
des années quatre-vingt, l'investissement redémarre lentement.
De fait, en 1998, vingt-quatre pays présentait un taux d'investissement
supérieur ou égal à 20%, contre seulement 19 en 1989.
Plus important encore, 14 de ces pays avaient un taux d'investissement
supérieur à 25% en 1998, alors qu'ils étaient moins
nombreux en 1990 (parmi ces pays l'Algérie, le Botswana, le Burkina
Faso, le Gabon, le Mozambique...)
L'investissement et la croissance
dans la région continuent d'être entravée par des taux
d'épargne interne très faible. Le taux d'épargne s'est
établi à 17 pour cent du PIB en moyenne à la fin des
années 90, alors qu'il atteignait une moyenne de 20% en 1990. La
situation budgétaire s'est dégradée en 1998, avec
des déficits moyens s'élevant à 2,7% du PIB contre
1,8% en 1997. Cette détérioration a pour cause essentielle
le niveau insuffisant des recettes à l'exportation. La gestion économique
interne des pays continue à gagner en rigueur, l'amélioration
récente des politiques budgétaires et monétaires s'étant
maintenue à l'échelle de toute la région. Témoins
clés de l'amélioration des politiques publiques, les taux
d'inflation sont tombés à 12% en moyenne, à comparer
aux 13,7% de 1997 et au pic de 42 pour cent de 1994.
L'AGRICULTURE, SECTEUR PHARE DE L'ECONOMIE
Bénéficiant de conditions
climatiques favorables, l'agriculture a été le principal
moteur de la croissance en 1998. La valeur ajoutée de ce secteur
a augmenté du 2,4%, alors qu'elle était en recul de 3.1%
en 1997.
La croissance de la production industrielle
a marqué le pas, tombant de 4,4 pour cent en 1998 à 3,2%
en 1997. La production minière, en particulier la production de
pétrole et du cuivre, a fait les frais de la chute brutale des prix
de l'énergie et des métaux intervenue dans la nuit. La production
manufacturière a augmenté de 3,1% (3,8% en 1997), et la valeur
ajoutée dans les services de 3,3 pour cent. Le tourisme, qui est
en train de devenir une activité de service importante, a enregistré
quelques revers en Afrique de l'Est, notamment au Kenya après l'attentat
contre l'ambassade américaine à Nairobi.
LES EXPORTATEURS DE PETROLE PRINCIPALES VICTIMES DE LA CRISE
Les exportateurs de pétrole,
en particulier, on subit de plein fouet la baisse de 28% du prix des combustibles.
Dix pays africains représentant 42% du PIB régionale, dont
l'Algérie, l'Angola, le Cameroun, le Congo, l'Égypte, le
Gabon, le Nigeria... sont d'importants exportateurs nets de pétrole,
principal produit d'exportation du continent.
Leur dépendance vis-à-vis
des exportations pétrolières est très variables :
elle est de seulement 10 pour cent en Tunisie, mais de 98 pour cent au
Nigeria. Pour les exportateurs de pétrole, les termes de l'échange
se sont dégradés de quelque 25% en 1998, une évolution
imputable au tassement de la demande et à la chute des prix de l'énergie.
En conséquence, les recettes tirées des exportations pétrolières
ont diminué de 25 à 30 pour cent. Bien que les pays importateurs
nets de pétrole aient profité de la baisse du coût
des importations, la région dans son ensemble a été
perdante, à la fois en terme de production et de recettes.
Dans certains pays, l'impact de
la baisse des recettes tirées des exportations pétrolières
a été aggravée par des difficultés économiques
un terme. A tout juste 1,8%, la croissance économique du Nigeria,
deuxième économie du continent, a diminué de moitié
par rapport à l'année précédente. Ce résultat
traduit l'incertitude politique qui règne dans le pays, ainsi que
la poursuite de la crise l'énergie, qui a sérieusement affecté
les secteurs des transports et de l'industrie.
STAGNATION DE L'AFRIQUE DU SUD
Les mauvais résultats des
principaux exportateurs de pétrole, associés à la
quasi stagnation de la 1ère économie de la région,
l'Afrique du sud, qui représentent plus de 23% du PIB du continent,
ont lourdement pesé sur la croissance globale de la production régionale.
Le produit intérieur brut de l'Afrique du sud n'a progressé
que de 0,3%, contre 1,7% en 1997. Les exportations de ce pays ont baissé
de 5% en dollars durant les neuf premiers mois de 1998, reflétant
la morosité de la demande internationale et la baisse du prix des
marchandises, y compris l'or.
Plusieurs pays ont continué
à récolter les fruits des réformes économiques
mises en oeuvre, enregistrant des taux de croissance supérieur à
la moyenne régionale. Le Botswana, la Côte d'Ivoire, l'Égypte,
le Mali, le Mozambique, le Sénégal, l'Ouganda... ont tous
enregistré une croissance annuelle supérieure ou égale
à 5% au cours des quatre dernières années.
En revanche, la croissance a été
inférieur dans les pays dans les politiques publiques ont connu
des dérapages. Au Zimbabwe, la croissance réelle du produit
intérieur brut est tombée de cette 7,3% en 1996 à
3,2% en 1997 puis à 1,5% en 1998. Au Congo (République Démocratique
du Congo), la forte augmentation des taux d'intérêt, la baisse
du taux de change et la mobilisation de ressources dans le conflit ont
eu une incidence négative sur l'investissement et la consommation.
En Zambie, la croissance de l'investissement et de la production a pâti
de l'érosion de la confiance, imputable au retard pris dans la privatisation
des dernières mines de cuivre et détenus par l'Etat, et de
la baisse brutale des prix du cuivre.
RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE DE LA PRODUCTION ET DES ECHANGES MONDIAUX
En 1998, la production mondiale a
preogressé de 2,2% contre 4,2% pour 1997. Le ralentissement de la
croissance économique mondiale trouve sa cause principale dans la
crise qui a frappé l'Asie. Le Japon, qui est la première
économie de la région et la deuxième du monde, a connu
sa récession la plus grave depuis la Seconde Guerre Mondiale, avec
une baisse du PIB réel de 2,8% en 1998. Parmi les régions
en développement, c'est l'Afrique qui a bénéficié
de la croissance économique la plus élevée (3,2%).
La croissance des échanges
mondiaux a elle aussi considéreblement ralenti en 1998 : les échanges
de marchandises n'ont augmenté que de 3,3%, soit un tiers du niveau
remarquable de 9,9% atteint en 1997. L'effondrement des monnaies est-asiatiques
à partir de la mi-1997 a provoqué un relevé du coût
des importations et une baisse de la demande de produits et services importés
dans cette région.
Le prix du pétrole brut,
qui a atteint en moyenne 13,07 dollars le baril en 1998, a chuté
de 32%. En termes réels, le prix du pétrole a atteint son
niveau le plus bas depuis 1973. Les prix des minéraux ont eux aussi
plongé. S'agissant du cuivre, les prix ont baissé non seulement
à cause des incertitudes sucitées par la crise en Asie de
l'Est et le ralentissement économique du Japon, mais aussi à
cause de l'augmentation de l'offre mondiale et des problèmes de
surcapacité.
En ce qui concerne les produits
agricoles, le prix du café doux a chuté de 28,4% en raison
de l'accroissement de l'offre en Amérique latine et en Afrique.
Les prix du thé et du cacao ont quant à eux augmenté
de 2 et 9,3% respectivement, et devraient rester relativement élevés
en 1999.
LES EXPORTATIONS SONT FREINEES DANS LEUR ELAN
Après l'essor rapide du milieu des années 90, la croissance des exportations s'est ralentie en 1998, la valeur des exportations tombant à 118,2 milliards de dollars, soit une baisse de 9,5%. L'effondrement du prix des produits de base, notamment du pétrole, et le fléchissement de la demande mondiale à la suite de la crise en Asie de l'Est sont largement responsables de la contraction des exportations africaines.
LA DETTE DEMEURE UN FARDEAU
L'encours de la dette extérieure
africaine a légèrement diminué, passant de 312 milliards
de dollars en 1997 à 309 milliards en 1998. L'essentiel de la dette
a été contracté auprès de créanciers
officiels. Le fardeau de l'endettement extérieur reste élevé
car il représente en moyenne la moitié du PIB et presque
deux fois et demie la valeur des exportations. Un quart environ du total
des recettes à l'exportation a été consacré
au service de la dette extérieure. L'endettement de certains pays
africains à faible revenu pourrait augmenter en raison de la dégradation
des termes de l'échange et de la perte éventulle de parts
de marché pour les exportations de produits de base, due à
des ajustements compétitifs du taux de change de la part des pays
est-asiatiques.
Le problème de l'endettement
est partiellement traité par l'Initiative visant les pays pauvres
très endettés (PPTE), parrainée par la communauté
internationale. L'initiative PPTE revêt une importance particulière
pour le Groupe de la Banque Africaine de développement, étant
donné que 33 des 41 pays pauvres trps endettés sont africains.
Cette initiative vise à promovoir une réforme de fonds des
structures économiques et sociales des pays éligibles et
à ramener le fardeau de la dette à un niveau soutenable.
Dans le courant de l'année,
la banque a financé sa part d'allègement de la dette ougandaise
pour un montant de 22 millions de dollars, étant donné que
ce pays remplissait toutes les conditions d'octroi d'une aide au point
d'achèvement en avril 1998. La Banque s'est également engagée
à verser une aide de 98 millions de dollars au Mozambique en 1999,
de 16,5 millions au Mali en 1999, de 19,8 millions au Burkina Faso en 2000
et de 50 millions de dollars à la Côte d'Ivoire en 2001.
DES FLUX DE CAPITAUX PRIVES EN HAUSSE
Comparé à d'autres
régions en développement, l'Afrique n'a pas bénéficié
de la croissance des flux financiers des années 90. Cependant, bien
que la part de l'Afrique dans les flux totaux soient restées relativement
faibles, soit près de 13 pour cent en 1998, le climat général
pour les investissements étrangers, surtout l'IDE s'est améliorée.
En 1998, l'IDE vers l'Afrique a augmenté de 200 millions de dollars
passant ainsi à 7,1 milliards. Il est à craindre, cependant
que malgré son faible degré d'intégration dans des
marchés financiers mondiaux, l'Afrique ne puisse échapper
totalement à la fuite des capitaux qui a frappé les marchés
émergents. Par ailleurs, la crise surgit au moment où les
flux financiers en provenance de l'Asie, surtout dans les télécommunications,
les mines et les hydrocarbures, devenaient de plus en plus consistants.
Le ralentissement de l'économie mondiale pourrait fort bien limité
ou retardé la poursuite des investissements de la part des sociétés
asiatiques. La crise asiatique a également provoqué une baisse
des flux net de capitaux à destination de l'ensemble des marchés
émergents. En effet, le FMI estime que les flux privés de
l'ensemble des régions en développement ont diminué
de 45 pour cent en 1997, passant à 118 milliards de dollars, puis
de 41% en 1998 pour s'établir à 70 milliards de dollars.
L'Afrique est particulièrement vulnérable car les flux d'IDE
à destination du continent sont concentrés dans les secteurs
de produits de base (tel que le pétrole, les produits minéraux
et les métaux), particulièrement touchés par la crise.
De fait, la chute brutale de la demande et des prix mondiaux à affecter
la rentabilité et donc les investissements des entreprises nationales
comme des entreprises étrangères.
La région dans son ensemble
est resté en tête des marchés émergents. En
1998, en effet, les marchés boursiers de l'Afrique subsaharienne
à l'exclusion de l'Afrique du sud n'ont perdu que 14 pour cent,
contre 22 pour cent pour l'indice global SFI des marchés émergents.
L'ASSAINISSEMENT DES FINANCES PUBLIQUES SE POURSUIT
La politique budgétaire est
restée relativement restrictive en 1998, et ce malgré les
fortes pressions exercées sur les finances publiques par la chute
des recettes des exportations qui, dans la plupart des pays, constitue
une importante source de revenus pour l'état. Pour s'adapter à
cette baisse considérable des recettes publiques, les gouvernements
ont substantiellement réduit leurs dépenses. Bien que le
déficit budgétaire globale soit passé de 1,7 pour
cent du produit intérieur brut en 1997 à 10,7 pour cent en
1998, ce résultat reflaite malgré tout l'assainissement récent
de la gestion budgétaire. Le Botswana, la Mauritanie et le Gabon
ont dégagé des excédents budgétaires significatifs
de 5,6% -4,4% et 2,5 pour cent du produit intérieur brut respectivement.
La position budgétaire de
plusieurs pays a connu de fortes fluctuation en raison de la baisse brutale
du prix des produits d'exportation (notamment le pétrole dans le
cas de certains pays d'Afrique de l'ouest), mais aussi à cause de
l'impact budgétaire des troubles civils en Angola et en République
Démocratique du Congo. Le Nigeria a accusé un déficit
budgétaire de 3% du produit intérieur brut alors que son
budget était équilibrée en 1997, tandis que l'Algérie
est passée d'un excédent de 3% à un déficit
de la même ampleur. En Guinée équatoriale, l'accroissement
des recettes pétrolières s'est traduit par un excédent
budgétaire de 6% du produit intérieur brut, contre un solde
nul l'année précédente.
Le déficit budgétaire
de l'Angola est passée de 16,8 à 20 pour cent du produit
intérieur brut en raison de la forte diminution des prix du pétrole,
de la reprise de la guerre civile dans le pays et des conflits qui ont
touché la République Démocratique du Cong. Pour l'année
en cours, l'Angola consacre pas à moins de 40% de son budget à
la défense. Les dépenses de sécurité ont également
été très élevés dans d'autres pays frappés
par les conflits : le Burundi (23 pour cent du budget) le Rwanda (16%)
et le Lesotho (11%). En République Démocratique du Congo,
le déficit budgétaire s'est maintenue à un niveau
non viable à long terme, 11 pour cent du produit en intérieur
brut, ce qui reflète encore une fois l'incidence des dépenses
militaires. Le Ghana continue d'afficher un déficit relativement
élevé (près de 8% du produit intérieur brut),
mais de manière générale, l'assainissement de la gestion
budgétaire se poursuit dans la région.
L'INFLATION DIMINUE
Le renforcement de la discipline budgétaire et l'adoption de politiques monétaires plus rigoureuses, combinés à une stabilisation des taux de change, ont contribué à faire reculer un peu plus d'inflation. Celle-ci a atteint 12 pour cent en 1998, alors qu'il s'établissait à 13,7% l'année précédente et à pas moins de 42% en 1994. Dans plus de la moitié des pays, le taux d'inflation est inférieure à la moyenne régionale, malgré un important dérapage au Zimbabwe et au Malawi, ou les prix à la consommation ont augmenté de 31,7 et 18 pour cent respectivement. En République Démocratique du Congo, l'inflation a chutée vertigineuse, passant de 175,5% en 1997 à 5% 1998. En Afrique du sud, malgré un rand faible, l'inflation est restée limitée à 6,1%
EVOLUTION DES SECTEURS D'ACTIVITE
Agriculture
En 1998, la production agricole a
augmenté de 2,4% à la faveur de conditions climatiques plus
clémentes qu'en 1997, année qui avait vu une forte contraction
de la production de cultures pluviales. L'agrculture, qui représente
plus d'un tiers du produit intérieur brut régional, continue
d'exercer une influence dominante sur les résultats économiques
de la majorité des pays africains. Dans la mesure où la plupart
des personnes pauvres tirent leurs moyens de subsistance de l'économie
rurale, les performances du secteur ont des applications profondes pour
la sécurité alimentaire, l'allégement de la pauvreté
et la création de revenus.
La production alimentaire a augmenté
de 2,5% alors qu'elle avait reculé de 3,5% l'année précédente.
En Afrique du nord, des conditions
climatiques favorables ont permis de redresser les mauvais résultats
de l'année précédente, et la production céréalière
a enregistré une croissance à deux chiffres.
En Afrique de l'ouest, les conditions
de culture et les récoltes ont été mitigés.
Le Nigeria a souffert d'un niveau de précipitation inférieur
à la normale au début de la période de végétation,
lequel a entraîné une baisse des récoltes. Néanmoins,
les régions productrices de maïs et de riz du centre et du
sud du pays ont bénéficié de conditions de culture
plus favorables, qui ont permis de maintenir la production à un
niveau à peu près semblable à celui de l'année
précédente. Au Ghana, les régions méridionales
ont enregistré une production céréalière supérieure
à la moyenne en raison de conditions du cultures favorables, mais
ce bon résultat a été plus que neutralisé par
les conditions climatiques défavorables qui ont touché le
centre et le nord du pays. Il en a résulté un niveau de ressources
vivrières insuffisants, qui a nécessité l'importation
de 440000 tonnes de céréales.
S'agissant de l'Afrique de l'est,
la production céréalière de l'Ethiopie a été
estimé à 1,3 millions de tonnes, ce qui représente
une augmentation de 11% par rapport à l'année précédente,
mais reste inférieure au niveau record de 12 millions de tonnes
atteints lors de la récolte de 1996-1997. La production céréalière
du Kenya s'est élevé à 3,2 millions de tonnes, soit
14 pour cent de plus qu'en 1997, qui fut une année médiocre.
En Tanzanie, la production de maïs a progressé de 54%.
En ce qui concerne l'Afrique australe,
la production céréalière de l'Angola, composée
essentiellement de maïs, a progressé de plus d'un tiers pour
atteindre 625000 tonnes, bénéficiant de conditions climatiques
favorables et d'une augmentation des semis. Au Mozambique et au Malawi,
les récoltes ont augmenté de 10 et 7 pour cent respectivement,
pour s'établir, d'après les estimations, à 1,7 millions
de tonnes et 1,9 millions de tonnes. En revanche, les récoltes du
Botswana, de la Namibie et du Zimbabwe ont souffert de conditions climatiques
médiocres et ont diminué d'environ 1/3 par rapport au niveau
moyen de 1997. La production céréalière de l'Afrique
du sud abaissé de quelque 27 pour cent pour s'établir à
10 millions de tonnes.
Bien que la production agricole
ait augmenté à l'échelle du continent dans son ensemble,
la sécurité alimentaire demeure une préoccupation
majeure pour un petit nombre de pays. En Somalie et au sud du Soudan, la
production a une nouvelle fois pâti des conflits civils et de conditions
climatiques défavorables. Bien que les récoltes aient été
exceptionnelles dans une grande partie de l'Afrique de l'ouest, la Sierra-Leone
reste tributaire de l'aide alimentaire en raison de la reprise des combats.
Dans la région des grands lacs, la reprise de la guerre civile en
République Démocratique du Congo, qui touche désormais
par moins de huit pays, a perturbé les activités agricoles
habituelles et engendré une situation alimentaire instable. Bien
que la production alimentaire de l'Angola se soit améliorée
en 1998, l'offre de produits alimentaires reste justifié en raison
de conditions de sécurité précaire. L'organisation
des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estime que
treize pays : l'Angola, le Burundi, la République Démocratique
du Congo, l'Ethiopie, la Guinée-Bissau , le Libéria, la Mauritanie,
le Rwanda, la Somalie, le Soudan, l'Ouganda et la Zambie- sont confrontés
à une situation d'urgence sur le plan alimentaire.
Les principaux produits agricoles d'exportation de l'Afrique sont le cacao, le thé et le café. Lors de la saison 1997-1998, la production de cacao a représenté un peu plus de deux tiers la production globale, l'essentiel du contingent venant d'Afrique de l'ouest. La Côte d'Ivoire, premier producteur de cacao au monde avec 40% de la production mondiale, a obtenu une excellente récolte estimée à 1,1 millions de tonnes. À la faveur de la déréglementation de la commercialisation du cacao, la capacité de production de la Côte d'Ivoire devrait atteindre 1,5 millions de tonnes au cours des deux prochaines années. Le Ghana, deuxième producteur du cacao en Afrique, a récolté 400000 tonnes, ce qui est à peu près équivalent au résultant de l'année précédente. La production du Nigeria a été estimée à 165000 tonnes, dont 12% destinée moulus localement. D'après les projections, la récolte de café de la Côte d'Ivoire devait atteindre 250000 tonnes, et celle du Kenya 72000 tonnes, ce qui reste deux fois moins élevé que les 140000 tonnes de record enregistré il y a dix ans par ce pays. Le Kenya, troisième producteur de thé au monde, a obtenu une récolte exceptionnelle de 285 millions de sacs. Selon les estimations, les productions de l'Ouganda, du Malawi et du Zimbabwe ont dépassé les récoltes de l'année précédente, qui avait souffert de la sécheresse. Les deux principaux producteurs de tabac du continent, le Zimbabwe le Malawi, ont vu leurs récoltes augmentées. Toutefois, les prix ont sensiblement diminué en raison du faible niveau de la demande asiatique et de l'intensification de la concurrence mondiale dans un contexte de ralentissement de la croissance de la demande mondiale.
PRODUCTION INDUSTRIELLE
La production industrielle africaine
est resté faible en 1998, les activités manufacturières
représentant moins de 15% du produit intérieur brut dans
la plupart des pays.
Le processus de restructuration
industrielle et les réformes mises en oeuvre récemment ont
entraîné une certaine desindustrialisation à l'échelle
de la région, et la part du continent dans la valeur ajoutée
manufacturière mondiale continue de décliner.
Activités manufacturières
La croissance de la production manufacturière
est tombée de 3,8 pour cent en 1997 à 3,1 pour cent en 1998.
Au Nigeria, la production manufacturière a diminué, poursuivant
en cela une tendance amorcée récemment, avec un taux d'utilisation
des capacités de seulement 28%. Ce déclin est dû à
la présence de stocks importants, à une faible demande ainsi
qu'à une crise énergétique très handicapante
liée à un approvisionnement aléatoire en électricité
et en produits pétroliers. Au vu des données compilées
par la Manufacturer Association of Nigeria pour le premier semestre 1998,
la valeur de la production manufacturière a baissé de quelque
22% en 1998, et l'investissement et l'emploi ont également décliné.
Le secteur manufacturier kenyan
continue d'être tiré par les exportations à destination
de l'Afrique de l'Est, même si ces dernières sont de plus
en plus concurrencées pas les exportations sud-africaines. Au Zimbabwe,
la production manufacturière a régressé de 1,7% au
cours des huit premiers mois de 1998, le secteur le plus touché
étant celui des équipements de transport, qui a subi un déclin
de 26%. Cette contre-performance est largement imputable à la forte
augmentation des coûts d'importations induits par la dépréciation
du dollar du Zimbabwe.
La modernisation de l'industrie
se poursuit, mais la production industrielle reste faible et insuffisante
pour promouvoir une croissance rapide et, partant, contribuée à
une réduction rapide de la pauvreté et du chômage.
Activités minières
L'année 1998 a été
marquée par une baisse de la production des principaux produits
miniers africains : l'or, les diamants, le cuivre, le nickel, le zinc,
la bauxite, le plomb et le cobalt. Le faible niveau de la demande de minéraux,
en particulier de la part des principaux pays consommateurs d'Asie de l'est,
a assosombri les perspectives de production et d'investissement des principaux
pays producteurs : l'Afrique du sud, le Zimbabwe, la République
Démocratique du Congo, la Zambie, le Botswana, la Namibie et le
Ghana.
L'Afrique représentent aujourd'hui
la moitié de la production mondiale de diamant et 80% de la valeur
de la production de gemmes. La production diamantifère est particulièrement
importante en Angola, au Botswana, en République Démocratique
du Congo, en Namibie, en Afrique du sud et en Sierra-Leone. En Sierra-Leone,
en Angola et en République Démocratique du Congo, les troubles
civils ont provoqué la fermeture provisoire de quelques mines, la
suspension des activités d'exploration et le départ du personnel
expatrié, ce qui a eu des répercussions négatives
sur la production.
Bien que le secteur minier africain
face l'objet d'un regain d'intérêt, son horizon est obscurci
par l'effet combiné de la crise économique en Asie de l'est
et du ralentissement de la croissance économique mondiale. Les prix
des minéraux et des métaux ont chuté de 12,1% en 1998
pour atteindre leur plus bas et niveau depuis la fin des années
quatre-vingts. De plus, d'après les prévisions de la Banque
mondiale, les termes de l'échange devraient se dégrader d'ici
à 2007 pour les exportateurs de produits de base.
La production d'or de l'Afrique
du sud a poursuivi son long déclin, atteigant un niveau inférieur
aux 489,2 tonnes de 1997. Toutefois, l'Afrique du sud reste le premier
producteur d'or au monde puisqu'elle représente 20 pour cent de
la production mondiale. Malgré le recul du cours du lingot, la rentabilité
des exportations minières s'est améliorée à
la suite de la dévaluation du rand en 1997-1998. À moyen
terme, la contribution de l'exploitation d'or aux exportations et au produit
intérieur brut continuera de diminuer du fait que les galeries seront
de plus en plus profondes et contiendront des minerais de qualité
inférieure, et que l'accroissement des coûts d'exploitation
entamera la compétitivité internationale de ce secteur.
Notons aussi que le Ghana connaît
une reprise de sa production d'or. Au Zimbabwe, la production aurifère
du premier semestre était en hausse de 3% par rapport aux 18 tonnes
atteintes à la même période de 1997. S'agissant du
Mali, qui est devenu en 1997 le vingtième producteur d'or mondial,
la production des mines aurait augmenté d'environ un tiers par rapport
au chiffre atteint en 1997. La production aurifère du pays a triplé
depuis 1993. D'après les estimations, la production de cuivre de
la Zambie, principal producteur de cuivre et de cobalt Afrique, a continué
à décliner pour s'établir à 250 000 tonnes,
ce qui est nettement inférieur aux 700000 tonnes enregistrées
dans les années soixante-dix.
Les groupes miniers internationaux
continuent d'afficher un vif intérêt pour la région.
Il est vrai que plus de trente pays africains ont apporté des améliorations
substantielles à la réglementation de leur secteur minier
au cours des dernières années. De nombreux pays ont allégé
ou supprimé les restrictions aux prises de participations étrangères,
qui exerçait un effet dissuasif sur les investisseurs et les exploitants.
Par ailleurs, la privatisation a favorisé une participation et des
investissements étrangers accrus.
En 1998, l'Afrique s'est classé
au 2ème rang des régions bénéficiaires de ces
investissements : elle a reçu environ 17,4% des 3,5 milliards de
dollars qui, d'après les estimations, ont été consacrés
à la prospection des minéraux non-ferreux dans le monde.
L'Afrique du sud, la Tanzanie et le Ghana ont reçu à eux
trouis plus d'un tiers des dépenses affectées à l'exploration
dans la région.
Energie
La crise intervenue sur le marché mondial du pétrole en 1998 a entraîné une baisse forcée de la production et des exportations des principaux exportateurs pétroliers africains. L'Algérie, la Libye et le Nigeria ont réduit leur production conformément au aux décisions prises dans ce sens par l'OPEP en avril puis en juillet. Bien que les perspectives à court terme du marché pétrolier ne soient pas encourageantes, les investissements dans ce secteur ont repris, tant dans les zones pétrolières nouvelles qu'anciennes. Les investissements dans le secteur pétrolier africain pourraient atteindre entre 40 et 60 milliards de dollars au cours des deux prochaines décennies. Par exemple, en Angola, les investissements de la mise en valeur des gisements de pétrole et de gaz ont considérablement augmenté. De nouveaux gisements en eaux profondes ont été découverts ces deux dernières années est, qui viennent ajouter 7 milliards de barils aux réserves exploitables.
PERSPECTIVES GLOBALES
L'économie africaine devrait
croître à un rythme annuel d'environ 5% entre 1999 et 2003,
ce qui implique un accroissement annuel du revenu par habitant de 2,2 pour
cent. Ces projections reposent néanmoins sur l'hypothèse
d'un environnement externe favorable et de la reprise d'une croissance
modérée au Japon et dans les autres pays asiatiques. Par
ailleurs, elle ne tient pas compte d'un certain nombre de risques, tels
que des conditions climatiques défavorables, une incapacité
à recapitaliser l'Afrique, un retour en arrière des politiques
et la poursuite des conflits civils.
Même si cette amélioration
de la croissance, qui représente le double des 2,5 pour cent annuelle
enregistrée dans les années 80, est la bienvenue, elle sera
encore largement insuffisante pour permettre au continent de satisfaire
ses besoins et de réaliser son potentiel. À l'approche du
21ème siècle, près de la moitié de la population
africaine vit dans la pauvreté absolue, et environ 30 pour cent
est considérée comme extrêmement pauvre, avec un revenu
inférieur à 1 dollars par jour. De plus, l'Afrique fait partie
des rares régions qui ont vu le revenu par habitant diminuer au
cours des vingt dernières années. En 1980, le produit national
brut par habitant du continent était de 784 dollars; en 1997, malgré
trois années de reprise économique, il était de seulement
680 dollars. Avec une croissance démographique annuel de 2,8%, le
nombre de personnes vivant dans la pauvreté continue d'augmenter.
La réduction de la pauvreté
est subordonnée à l'émergence d'une croissance soutenue
et a large assise, ainsi qu'à des gains d'efficience dans la fourniture
de services sociaux tels que l'éducation et les soins de santé,
à l'amélioration de l'alimentation, et à un meilleur
accès à l'eau propre et au service d'assainissement. L'accélération
de la croissance économique est essentielle si l'on souhaite financer
un accroissement de l'offre et de la qualité de ses services, qui
constitue l'une des armes essentielles de la lutte contre la pauvreté.
D'après les études
menées par les institutions internationales, compte tenu de la croissance
démographique en Afrique, une croissance économique de quelque
7 pour cent par an sera nécessaire pour freiner et inverser la tendance
du chômage et de la pauvreté. De toute évidence, le
recul de la pauvreté passe par des taux de croissance nettement
supérieurs aux taux atteints par la quasi-totalité des pays
africains, même pendant la période de reprise récente.
Ce contraste explique pourquoi le regain d'optimistes concernant l'avenir
de l'Afrique a été tempérée par de réelles
inquiétudes quant à la capacité du continent à
poursuivre son élan et atteindre une croissance annuelle d'au moins
6%.
L'éventualité de chocs externes défavorables, en particulier une baisse du cours des produits de base, une dégradation des termes de l'échange et des conditions climatiques hostiles, constituent un sérieux obstacle à l'émergence d'une croissance soutenue. Du fait de sa dépendance excessive vis-à-vis des exportations de produits primaires, la région est très vulnérable face à un ralentissement mondial du type de celui que nous connaissons aujourd'hui. 39 des 47 pays africains tirent plus de 50 pour cent de leurs recettes à l'exportation de deux produits primaires seulement. Qui plus est, cette dépendance à l'égard des produits primaires, supérieure en Afrique que dans toute autre région en développement, a des répercussions négatives non seulement sur les résultats à l'exportation, mais aussi sur les recettes de l'état, la croissance du produit intérieur brut et la création d'emplois. Les fluctuations des recettes et des exportations engendrent un environnement macroéconomiques instable, qui décourage les investissements du secteur privé et limite la capacité du secteur public a planifié et mettre en oeuvre des programmes de dépense, y compris pour l'investissement dans les infrastructures physiques. La crise asiatique offre un exemple révélateur de la manière dont l'effet de contagion, propagé à travers les volumes d'échanges et les prix des marchandises, a influencé les performances économiques récentes de l'Afrique.
On estime que le taux de croissance
réelle du produit intérieur brut a perdu 1,2 points de pourcentage
sous l'effet de la crise. En d'autres termes, cette réduction du
produit intérieur brut réelles équivaut à près
du double du montant des investissements directs étrangers annuels
dans la région.
Bien qu'il faille s'attendre à
ce que la vulnérabilité de l'Afrique face aux chocs externes
continue de lui poser épisodiquement des problèmes, à
court et moyen terme, les effets défavorables des termes de l'échange
pourraient être en partie atténués par l'adoption de
mesures tampons prudentes. Pendant les périodes d'amélioration
des termes de l'échange, les décideurs devraient éviter
les stratégies dispensieuses, et, au contraire, se prémunir
contre d'éventuels chocs externes défavorables.
Pour l'Afrique, la solution à
long terme consiste donc à diversifier ses exportations, a multiplier
les échanges intra-régionaux et à renforcer l'intégration
économique régionale.
Les taux de croissance actuelle,
qui sont essentiellement à mettre au compte des retombées
positives des réformes et d'une meilleure utilisation du stock de
capital existant, nous pourrons pas être maintenue si le taux d'investissement
de cette meilleure part. Entre l'accession à les dépendances
et le milieu des années soixante-dix, le stop de capital a augmenté
en Afrique. Cependant, ces vingt dernières années, le processus
d'accumulation du capital s'est arrêtée dans certains pays
et a marqué le pas dans de nombreux autres. L'investissement total
en proportion du produit intérieur brut est tombé de 25%
au milieu des années soixante-dix à quelque 20% au début
des années 90, l'investissement privé représentant
une part d'environ 12 pour cent. Le problème de la sous capitalisation
est particulièrement aiguë dans les pays à faible revenu
: la part du produit intérieur brut dévolu à l'investissement
niait que d'environ 17%, et les capitaux privés représente
moins de 10%.
Dans de nombreux pays africains
à faibles revenus, l'investissement est insuffisant pour assurer
le renouvellement des capacités de production et, à plus
forte raison, pour en créer de nouvelles. Selon les estimations,
les pays africains dotés d'un cadre d'actions adéquates devront
afficher un rapport investissement.- produit intérieur brut proche
de 30% pour maintenir les taux de croissance tout juste à leur niveau
actuel. Pour que la croissance atteigne les 6% minimum requis, le taux
d'investissement devra être considérablement supérieur.
Les pays africains doivent donc approfondir leur réforme macroéconomiques
et financières et redoubler d'efforts pour mobiliser davantage les
ressources internes et, partant, être capable de financer des investissements
plus conséquents. De nombreux pays ont mis en oeuvre des réformes
financières qui visent à stimuler l'épargne par le
biais des mesures suivantes : libéralisation des taux d'intérêt,
suppression du contrôle du crédit et diminution des programmes
d'encadrement du crédit.
PERSPECTIVES PAR REGION
L'AFRIQUE CENTRALE
Dans le passé, la plupart
des pays d'Afrique centrale ont souffert de l'atonie de leur croissance
économique, qui n'avait aucune commune mesure avec leurs ressources
naturelles et humaines. Les troubles civils comptent parmi les facteurs
responsables de la médiocrité de ses performances. Le génocide
au Rwanda et ses répercussions au Burundi ont privé ces pays
des ressources précieuses qui aurait pu les engager sur la voie
du développement durable. En République Démocratique
du Congo, les années de corruption et d'incurie ont fait de ce pays
potentiellement le plus riche du monde l'un des plus pauvres. D'autres,
tels que le Gabon et le Cameroun, souffrent de l'évolution des marchés
internationaux des produits de base, même si cela fait des années
qu'ils encaissent la manne des recettes d'exportations de ces produits,
ils ne parviennent pas à se libérer de cette dépendance.
Certains pays de la région
déplorent également une succession de catastrophes naturelles.
Dans le cas de l'Afrique centrale, la moindre catastrophe naturelle risque
toujours de perturber considérablement la vie économique
d'un pays et l'existence de ses citoyens. En butte à l'incurie,
aux troubles civils, aux conflits armés et aux catastrophes naturelles,
cette région est l'une des plus pauvres du monde. Le produit national
brut par habitant est de 130 dollars pour la République Démocratique
du Congo à un peu près de quatre mille dollars pour le Gabon,
tous les autres pays étant situé au-dessus de la barre des
650 dollars. Même le plus riche, le Gabon, assiste à un net
recul de son niveau de vie : son produit national brut par habitant est
passé de quatre mille sept cent quatre-vingts dollars en 1991 à
quatre mille deux cent trente dollars par an en 1997.
Sachant que l'économie de
la région n'est guère diversifiée et compte tenu de
son potentiel énorme, la croissance économique pourrait décoller
rapidement et atteindre le niveau observé en Asie avant le crash
de 1997. Cependant, des réformes sérieuses et cohérentes
devront être engagée si l'on veut que ce scénario se
réalise. En outre, les troubles civils et militaires devront cesser
afin que les ressources, tant humaines que naturelles, puissent être
consacrées à une cause plus noble : le développement
économique. Lorsque les conflits armés qui dévastent
la région cesseront, la République Démocratique du
Congo, souvent qualifié de merveille géologique, pourrait
constituer le moteur qui tirera toute la région vers la prospérité.
Cependant, si ces conflits persistent,
la région connaîtra au mieux une croissance modérée,
des pays tels que le Gabon et le Cameroun étant tributaires de l'évolution
des marchés pétroliers et des produits de base. D'autres,
comme le Tchad et la République centrafricaine, sont trop isolés
des marchés importants et continueront de souffrir d'une croissance
lente, à moins de mettre en oeuvre avec succès des programmes
de réformes significatifs. Seule la Guinée équatoriale
fait exception, notamment en raison de sa situation géographique
et de ses ressources pétrolières. Ce pays devrait en effet
afficher des rythmes de croissance alertes. Cependant, il existe un risque,
y compris pour ce dernier pays, s'il continue d'emprunter aussi massivement
qu'il l'a fait ces dernières années. Dans l'hypothèse
où les prix du pétrole continuent de stagner, ce pays pourrait
en effet bientôt atteindre sa capacité d'emprunt maximum,
ce qui freinerait à sa croissance.
L'inflation devrait rester sous
contrôle dans la majorité des pays, surtout ceux appartenant
à l'union monétaire. Pour les autres, tels que le Burundi,
un sérieux tour de vis est nécessaire pour ramener l'inflation
sous la barre des 10%. Dans le cadre la République Démocratique
du Congo, la lutte contre l'inflation ne constitue pas la priorité
pour le moment, compte tenu du conflit interne qui déchire le pays.
Cependant, ce dernier pays, a récemment accompli des progrès
impressionnants et s'il poursuit dans cette voie, l'inflation devrait être
maîtrisé d'ici peu.
L'AFRIQUE DE L'EST
Cette région traverse depuis peu une phase d'expansion économique, fruit des réformes économiques et d'une plus grande transparence dans sa vie politique et économique. On observe la volonté politique de poursuivre ces réformes, ce qui est de bon augure pour le développement de la région. Cependant, nonobstant ses récents efforts de diversification, toute la région reste fortement tributaire de l'agriculture, et donc de la météorologie. Qui plus est, une production agricole abondante n'est pas toujours synonyme de relèvement du niveau de vie pour toute population. En effet, la région exportant surtout des produits de base, les recettes à l'exportation en tendance à fluctuer en fonction de l'offre et de la demande sur les marchés internationaux. Compte tenu de son endettement relativement lourd, la région ne peut guère se permettre d'emprunter davantage, et doit donc s'appuyer sur ses exportations fluctuantes pour générer les réserves de changes nécessaires pour financer les importations essentielles de biens d'équipement. Par ailleurs, la région doit développer son infrastructure si elle veut devenir un grand centre touristique. À mesure de son développement, elle devra remédier à ses problèmes de pauvreté et améliorer l'alphabétisme et l'éducation de sa population afin de disposer du capital humain nécessaire pour alimenter ce développement.
Si l'on exclut l'hypothèse
de mauvaises conditions météo et d'une nouvelle dégringolade
des prix des principaux produits d'exportation de la région, l'économie
régionale devrait continuer de progresser au rythme de 5 à
6 pour cent par an. L'impulsion sera donnée par l'essor du secteur
manufacturier et l'expansion rapide du tourisme. La poursuite des réformes
économiques et la transparence accrue de la vie politique accentueront
les incitations pour les producteurs et atténueront la corruption.
Par ailleurs, les pouvoirs publics devront de plus en plus rendre des comptes
aux citoyens concernant l'affectation des précieux deniers publics
allant à l'amélioration de l'infrastructure régionale,
à la lutte contre la pauvreté et au développement
du capital humain. Sous l'effet de l'essor économique, les importations
de biens et de services continueront de progresser à un rythme plus
rapide que celui des exportations, qui resteront tributaires de la hausse
limitée des prix des produits de base. Par conséquent, la
région verra son déficit commercial et celui des opérations
courantes se creuser, le dernier plus lentement que le premier en raison
des transferts de fonds en provenance de l'étranger. Le creusement
du déficit des opérations courantes sera en partie financé
par un recours accru à l'emprunt extérieur et les investissements
étrangers.
Grâce à la rigueur
monétaire, l'inflation devrait continuer d'être maîtrisé.
Au Kenya, l'inflation devrait repasser en-dessous de la barre des 10%,
et se stabiliser autour de 7 à 8% sur les cinq prochaines années.
En Ethiopie, la hausse des prix devrait s'inscrire dans la fourchette des
3 à 4%, si une grave sécheresse ne vient pas affecter les
prix des produits alimentaires. A Maurice, l'inflation tournera autour
de sa moyenne récente de 6 à 8%. En Tanzanie, l'inflation
restera relativement élevée, en affichant une tendance à
la baisse. Si la météorologie ne réserve pas de mauvaise
surprise, l'inflation se maintiendra sous la barre des 10% en Ouganda à
moyen terme, grâce à la rigueur de la politique monétaire
et au financement du déficit budgétaire par des dons ou des
emprunts à l'étranger.
AFRIQUE DU NORD
Si la région continue de dépendre des produits de base pour engranger les devises nécessaires à l'importation des biens d'équipement, certaines tendances encourageantes se font jour depuis peu, et suggérent une atténuation de cette dépendance. En effet, des pays tels que l'Égypte, le Maroc et la Tunisie ont entrepris de se diversifier et de mettre l'accent sur l'industrie de transformation et les produits à forte valeur ajoutée. Cependant, la région devra s'intégrer s'il veut être concurrentiel sur le marché mondial. L'Afrique du nord présente en effet la complémentarité nécessaire pour offrir au marché européen prospères une large palette de produits.
Les troubles internes ainsi que les
conflits frontaliers entravent la progression de la région
et l'empêche d'exploiter pleinement son potentiel. Les troubles civils
en Algérie et au Soudan freinent considérablement le développement
économique de ces deux pays et les tensions entre la Mauritanie
et le Sénégal privent ces derniers des bienfaits d'une intensification
des échanges et d'une amélioration des relations. Les perspectives
pour l'Afrique du nord sont prometteuses, surtout si la paix est rétablie
dans la région. Le Soudan par exemple, possède de vastes
superficies de terres agricoles riches qu'il peut exploiter pour exporter
des produits alimentaires dans les pays voisins et en Europe. De son côté,
l'Égypte s'est enfin engagée sur la voie du développement
durable et attire désormais des flux massif d'investissements étrangers.
C'est également le cas du Maroc et de la Tunisie. La Mauritanie
a mis en oeuvre des réformes économiques cohérentes
qui lui permettront, s'ils sont menés à bien, d'exploiter
pleinement ses abondantes ressources minières et halieutiques. L'Algérie
et la Libye bénéficient elles aussi, d'un potentiel économique
considérable.
Dans un avenir proche, si la météorologie
le permet, les pays non pétroliers devraient mieux se porter que
les pays pétroliers. L'Égypte devrait continuer de bénéficier
d'une forte croissance, alimenté par des investissements locaux
et étrangers. Son produit intérieur brut devrait même
dépasser le taux de 5% qui l'a atteint récemment. La Mauritanie,
le Maroc et la Tunisie devraient être eux aussi afficher des taux
supérieurs à 5 pour cent.
Tributaires de la production et
des exportations de pétrole, les perspectives de croissance de l'Algérie
et de la Lybie dépendront des évolutions des marchés
pétroliers. Si les cours du pétrole continuent de baisser
en 1999, ces perspectives resteront moroses. Cependant, sachant que l'Asie
est en train de se remettre de sa récession, la demande d'énergie
devrait reprendre, et entraîner avec elle les prix du pétrole
et des autres ressources d'énergie. Ainsi, à moyen terme,
il faut s'attendre à ce que ces deux pays renouent avec des taux
de croissance élevés, à condition que le conflit algérien
trouve un règlement pacifique ou du moins soit contenu, que les
sanctions des Nations Unies à l'encontre de la Libye soit levée
et que cette dernière mette en oeuvre des réformes significatives.
Au Soudan, les perspectives de croissance sont fortement compromises par
la guerre civile qui n'en finit pas et par le fait que ce pays n'est guère
en mesure de recourir aux marchés financiers internationaux ni de
recevoir une aide financière de la part de ses bailleurs de fonds
habituels.
L'AFRIQUE AUSTRALE
La plupart des pays de la région
ont avec l'Afrique du sud une relation de type périphérie
à centre. Les pays petits et sous développés, tels
que le Lesotho, le Malawi et le Mozambique, dépendent des transferts
de fonds opérés par leurs ressortissants travaillant en Afrique
du sud. De toute évidence, cette dernière fait figure de
centre naturel à partir duquel les stratégies d'intégration
régionale peuvent être lancés et opérés
vers extérieur, de manière concentrique.
Le produit intérieur brut
régional ne devrait pas progresser à un rythme supérieur
à 2% en 1999 en raison de l'atonie de l'Afrique du sud et du Zimbabwe.
D'autres pays devraient avancer
à un rythme plus alerte. La Namibie le Botswana et la Zambie devraient
réitérer les bonnes performances enregistrées pendant
cette décennie grâce à l'expansion de l'industrie et
du secteur des services.A moyen terme, la région cannaitra une embellie
à mesure que la crise asiatique de s'attenuera et que l'économie
mondiale s'accélèrera. D'ici 2004, elle devrait afficher
une croissance annuelle moyenne de près de 4 pour cent. Compte tenu
du poids de l'Afrique du sud dans l'économie de la région,
l'inflation globale restera inférieure à 10%. Cependant,
si l'on procède à une analyse au cas par cas, seuls trois
pays, l'Afrique du sud, la Namibie, et le Swaziland, ne passeront pas la
barre des 10%.
En Afrique du sud, l'inflation augmentera
légèrement au premier semestre 1999 en raison de l'effet
retard de la prise en compte de la hausse des taux d'intérêts
et des prix des biens et des services. Cependant, suite à ce relèvement
des taux, l'inflation ralentira au deuxième semestre. Au Zimbabwe,
l'inflation restera problématique à moyen terme, à
moins que le pays ne s'administre des remèdes au coût amer.
Pour rester compétitifs sur
les marchés internationaux, tous les pays de la région devront
accepter une dépréciation de leur monnaie en 1999. Le rand
sud-africain devrait perdre de sa valeur, mais seulement modérément
et proportionnellement aux différentiels d'inflation avec ses principaux
partenaires comerciaux. Le risque de dévaluation pour le rand sera
plus important en 1999 en raison du surcroît d'incertitude engendrée
par des élections, qui pourrait donner lieu à une intensification
des sorties de capitaux. Il est possible que le Zimbabwe voit sa monnaie
se déprécier fortement, parallèlement à son
taux d'inflation élevé.
Les comptes des opérations extérieures de la région se détérioreront en 1999, en écho aux pressions pesant sur les opérations courantes en Afrique du sud. Le déficit considérable de la balance des services et des revenus est le principal responsable du défivit actuel des opérations courantes de la région. Positif jusqu'en 1997, le solde commercial devrait rester dans le rouge en 1999 et à moyen terme, principalement car l'Afrique du sud doit faire face à un recul de ses recettes d'exportation et à une hausse de la facture de ses importations.
AFRIQUE DE L'OUEST
Cette région n'est pas sorti
indemne de la crise de l'Asie du sud-est. La baisse continuelle des prix
des produits de base, le ralentissement du commerce mondial et de la croissance
économique dans l'union européenne, principal partenaire
commercial de la sous-région, affecteront en 1999 la croissance
du produit intérieur brut réel en Afrique de l'ouest dont
la performance sera mitigée.
D'après les prévisions,
la croissance dans la zone CFA avoisinera les 5 pour cent en moyenne à
court et moyen terme, essentiellement en raison de la présence d'un
environnement macroéconomique relativement stable et de l'augmentation
des niveaux d'investissement étranger et national. Au Sénégal,
la poursuite des réformes économiques et le plein essor du
secteur minier maintiendront la performance de la production réelle
au-dessus de 5% jusqu'à l'an 2000. Dans d'autres pays ouest-africain
de la zone CFA, la performance de l'activité économique sera
supérieure à la moyenne de la sous-région, si l'on
en croit les prévisions prometteuses des exportations minières.
S'agissant du rattachement du CFA à l'Euro, on ne s'attend en 1999
à aucun impact marquant, ni positif ni négatif.
Bien que tout porte à croire
que les conséquences économiques pour la zone seront positives
dans le futur, le risque d'une baisse de compétitivités extérieures
n'est pas exclue. Au Ghana, tous les espoirs d'une relance des activités
économiques en 1999 sont permises. La fin de la sécheresse
va sûrement mettre un terme à la crise énergétique
qui a entravé la croissance en 1998. L'accroissement des investissements
dans le nouveau projet d'électricité facilitera la relance
dans le secteur manufacturier et encouragera l'expansion du secteur des
services et celui de la construction. Les perspectives de croissance des
années à venir sont relativement prometteuses.
Au Nigeria, la baisse des prix du
pétrole et la constante faiblesse du secteur non pétrolier
se traduiront une fois de plus par de piètres performances du produit
intérieur brut. D'après les prévisions, le secteur
manufacturier sera sensible aux mesures économiques visant à
accroître les opportunités dans le secteur de l'énergie.
Le Nigeria s'est engagée sur la voie d'une transition démocratique
qui a été unanimement salué aussi bien à l'intérieur
qu'à l'extérieur. L'économie nigériane est
riche tant en ressources humaines que naturelles, mais sans un environnement
politique stable et une économie diversifiée, les risques
de compromettre la croissance économique demeure. Bien que le risque
d'instabilité politique à court terme soit faible maintenant,
la dépendance excessive de la nation à l'égard du
pétrole rend celle-ci vulnérable aux perturbations qui agitent
les marchés pétroliers. Tout porte à croire que le
naira sera sous pression en 1999 face à la baisse des prix du pétrole,
à la récente suppression du taux officielle de change et
à la flambée de l'inflation de l'indice des prix à
la consommation.
Pour l'Afrique de l'ouest en général,
l'inflation moyenne de l'indice des prix à la consommation sera
en hausse en 1999, en raison des taux deux chiffres enregistrés
au Ghana et au Nigeria. Au Ghana, la réintroduction de la taxe sur
la valeur ajoutée et l'éventualité du relèvement
des prix d'électricité devraient exercer une pression à
la hausse sur les prix. Au Nigeria, les effets de la baisse des prix du
pétrole et le récent assouplissement des politiques monétaires
et budgétaires maintiendront les pressions inflationnistes à
la hausse jusqu'à l'an 2000. Malgré cette moyenne a deux
chiffres dans une certaine partie de la région, l'inflation de l'indice
des prix à la consommation dans les pays de la zone CFA restera
à un chiffre. Les raisons majeures de cette tendance à la
baisse sont la rigueur de la politique monétaire d'une banque centrale
indépendante et la chute des cours mondiaux des importations de
produits manufacturés. Le déficit courant des pays de l'Afrique
de l'ouest s'accentuera en 1999. La dégradation des conditions du
marché pétrolier et la détérioration constante
des prix des produits de base entraîneront pour le Nigeria une autre
année de déficit en 1999. Tous les pays de la région
continueront à afficher des déficits. Les besoins de financement
de la région vont augmenter, obligeant ces pays à recourir
à leurs réserves de changes.
Si rien n'est fait par les créanciers et les organisations multilatérales, le déficit courant de la région persistera sur plusieurs années. La dégradation persistante du solde des opérations courantes de la région et la raréfaction prévisible des flux de capitaux obligeront certains pays de la région à se lancer une fois de plus dans une vague d'emprunt pour couvrir leur manque de réserve. Certains pays comme le Mali et le Burkina-Faso devraient être éligibles à l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés. Mais le problème de la dette en Afrique de l'ouest ne seraient se résoudre par de telles procédures fragmentaires. Le pourcentage des biens et services dans le service de la dette restera toujours élevée en 1999.
Le service de la dette a diminué en Afrique : il était de 27 milliards de dollars en 1990, de 35 milliards de dollars en 1996 et de 30 milliards de dollars en 1997
L'aide publique au développement nette a diminué passant de 25 miliards de dollars en 1990 à 17 milliards en 1997
Le flux de capitaux privés
en Afrique est passé de 6 milliards de dollars en 1995 à
plus de 7 milliards en 1998
(chute en 1996 et reprise en
1997) à noter que ce flux était de seulement 2 milliards
en 1990
L'inflation moyenne en Afrique a chuté de 33% à 12% en 1998
La croissance du PIB en Afrique était de 2.8% en 1995, de 5.3% en 1996, de 3.2% en 1997 et de 3% en 1998
La croissance du revenu par habitant était de 0.2% en 1995, de 2.8% en 1996, de 0.7% en 1997 et de 0.5% en 1998

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier