Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Les années économiques 1996-1997


LES ANNEES ECONOMIQUES ET SOCIALES

1996 :

Dix ans après s'être emparé du pouvoir par la force, Yoweri Museveni a remporté, en Mai, sa première élection présidentielle, avec plus de 70 pour cent des suffrages et un minimum d'irrégularité.
L'opposition ayant boycotté les législatives du mois suivant, le nouveau parlement est dominée par le camp présidentiel.
Dans le nord du pays, la sécurité s'est aggravée du fait du regain d'activité des mouvements rebelles soutenus par le Soudan, que la médiation iranienne entre Kampala et Khartoum n'a pas fait cesser.
Le développement du réseau routier, l'éducation primaire, la lutte contre la pauvreté et l'amélioration de la sécurité constitue les priorités du budget 1996-1997. Mais une augmentation de 30 pour cent du budget de la défense préoccupe les pays donateurs. Toutefois, les indicateurs économiques sont au beau fixe, avec une croissance prévue de 8,2% pour 1995-1996, une inflation estimée à 8% et l'équivalent de quatre mois d'importation de réserve de devise. Et les privatisations se poursuivent : d'ici à la fin de 1997, 85 pour cent des entreprises para-étatiques devrait être passées au secteur privé.
Les exportations de coton et de produits de la pêche sont en hausse, mais le café demeure la première source de devises, malgré la chute des cours mondiaux. D'autre part, les transferts de fonds vers l'Ouganda, en hausse de 30%, ont permis de conserver une balance des paiements positive. Enfin, la Banque mondiale se dit prête à renégocier la dette multilatérale du pays.

1997 :

L'appui donné par l'armée ougandaise aux rebelles de l'ex-Zaïre dans leur offensive qui les a mener jusqu'à Kinshasa n'a pas sécurisé la frontière ouest où quelques centaines de rebelles ougandais sont solidement retranchés. Cette nouvelle guérilla s'ajoutent à celles du nord-est soutenu par le Soudan et mobilise les troupes régulières sans toutefois menacer le régime de Kampala.
Les États-Unis restent les meilleurs alliés du président Museveni et entraîne l'armée ougandaise, même si leur ambassadeur critique le manque de démocratie et l'interdiction des partis politiques en Ouganda.
Le taux de croissance est tombé à 5 pour cent en 1997, alors que la moyenne actuelle de la décennie est de 6.5%, essentiellement à cause de la chute de la production agricole, consécutive à une sécheresse en début d'année. Mais l'économie ougandaise est restée stable, et la croissance de l'épargne montre la confiance du public dans la monnaie nationale, par ailleurs largement utiliser dans l'est de la république démocratique du Congo.
Le gouvernement a établi un budget de rigueur avec une politique sociale déclaré et, pour équilibrer ses comptes, il table sur une croissance de 7%. Il a déjà prévenu qu'il n'y aurait ni augmentation de salaire ni embauche dans la fonction publique. Un vaste programme routier de 2 milliards de dollars, (12 milliards de francs français), sur 10 ans doit être lancé en 1998, et les donateurs seront mis à contribution. Ces derniers ont promis 750 millions de dollars (4,5 milliards de francs français, un montant identique aux années précédentes) pour 1998 et, comme d'habitude, ils exigent un meilleur contrôle de la corruption et des dépenses militaires.
La production de café est en hausse mais avec la chute des cours mondiaux, les recettes sont tombés de 396 à 350 millions de dollars (de 2,4 à 2,1 milliards de francs français) en 1997. En compensation, les revenus d'exportation hors café ont sensiblement augmenté, notamment pour l'or (plus de 23%), probablement redistribué après avoir été importé en contrebande de la république démocratique du Congo.
L'Ouganda a bénéficié de substantielles remises de ses créanciers, et le service de la dette n'est plus que de 60% du produit intérieur brut contre 80% il y a quatre ans.

1998 :

Trois rébellions

Il est encore difficile d'évaluer les conséquences économiques,
pour l'Ouganda, de la nouvelle guerre civile en République démocratique du Congo (RDC) dans laquelle l'armée ougandaise s'est impliquée, mais le budget de la défense va s'en trouver alourdi, alors qu'il a déjà augmenté de 26 % (pour atteindre 3 % du PIB) pour faire face aux trois rébellions qui déstabilisent le nord et l'ouest du pays. Si les donateurs semblent accepter la croissance des dépenses militaires au nom de la sécurité nationale, des élus ougandais doutent que la solution soit d'ordre militaire et réclament l'ouverture de négociations entre le président Museveni et les rebelles. Et même avec le Soudan qui les arme.
Le gouvernement se prépare au référendum de l'an 2000 sur l’introduction du multipartisme. Malgré les pressions américaines en faveur d'une démocratisation du régime, Yoweri
Museveni semble déterminé à maintenir l'interdiction des activités politiques des partis. Bien qu'il ne se relâche pas, le soutien des donateurs peut dépendre de l'évolution de la guerre en RDC. Jusqu'à présent, seule l'Union européenne a émis des réserves sur le maintien de son budgétaire, dont l'utilisation par le gouvernement est plus difficile à
contrôler que celle des fonds affectés aux projets de développement. En étendant son aire d'influence dans l'est de la RDC, il est probable que l'Ouganda en a retiré des avantages supplémentaires et la traditionnelle contrebande de café et d'or congolais, commercialisés en Ouganda, s'est sans doute accrue. Le shilling a connu un fléchissement a la mi-1998, attribué davantage à la mauvaise récolte caféière de 1997 due à El Nino qu'à la campagne militaire en RDC. Mals, en 1998, les bons résultats du café ougandais  devraient raffermir la monnaie locale.
Le rythme des privatisations s'est ralenti en 1998, mais le secteur bancaire a été restructuré à la demande des donateurs Avec les dernières annulations de créances en avril 1998, le service de la dette est tombé, en valeur, à 20% des exportations, niveau que les bailleurs de fonds jugent désormais «supportable» par l'économie ougandaise

1999

L'Ouganda a vu sa situation empirer. Les relations avec son allié, le Rwanda, se sont dégradées en raison de rivalités à propos de l'exploitation des richesses dans les zones conquises en République démocratique du Congo (RDC). Les tentatives du gouvernement pour en finir avec les rébellions en Ouganda même n'ont pas donné de résultats. La Lord's Resistance Army et les A]lied Democratic Forces mènent toujours une guérilla avec l'appui des pays voisins, le Soudan et la RDC. A Kampala même, plusieurs attentats ont eu lieu. Pourtant, des efforts importants ont été accomplis dans le domaine de la santé et de l'éducation, avec un nombre d'élèves qui a doublé en deux ans dans le primaire. En 1999, la balance commerciale a accusé un déficit de 1 milliard de dollars (6 milliards de francs).
A la fin de l'année, la banque centrale a été obligée de consacrer 32 millions de dollars (192 millions de francs) à la défense du shilling. Un rapport des Nations unies indique que 55 % de la population vit avec moins d'un dollar par jour. L'économie reste donc dépendante des bailleurs de fonds. Or l'augmentation des dépenses militaires pour cause d'intervention en RDC est très sensible, passant de 150 millions de dollars (900 millions de francs) en 1997 1998 à 350 millions de dollars (2,1 milliards de francs) en 1999. Les bailleurs de fonds ont montré des signes d'impatience, inquiets du dérapage de ces dépenses et de la faiblesse des mesures  pour combattre la corruption. Le FMI en mars, menaçait de bloquer le versement d'un prêt. Un avertissement resté sans suite puisque, en novembre, le prêt de 91 millions de dollars (550 millions de francs) a été accordé par Banque mondiale. L'opposition supporte porte de plus en plus mal l'emprise sur pays du « mouvement », cette structure créée par le président Museveni pour interdire l'activité des autres partis. La situation devrait être reconsidérée à l'occasion du référendum d'avril 2000 où les Ougandais sont appelés à se prononcer sur un retour au multipartisme.

2000

Le référendum sur l'avenir politique du pays, en juin 2000, véritable formalité, a consacré le système de la démocratie sans parti, c'est-à-dire avec le parti unique du président Yoweri Museveni -au pouvoir depuis 1986 -, qui briguera un nouveau mandat en février 2001 avec de fortes chances de remporter à nouveau. Le cocktail de libéralisme et de pouvoir fort devrait donc être reconduit. Il montre cependant des signes d'essoufflement. La croissance devrait atteindre 6 %, mais l'inflation devrait atteindre 6,5 %, le plus fort taux depuis 1997, dû à l'effritement de la monnaie face au dollar. Cette dépréciation devrait d'ailleurs se poursuivre.

Autre signe inquiétant, le café, qui compte pour 55 % dans les recettes à l'exportation ougandaises, a connu une crise, avec des rentrées en baisse de 39 %. Une tentative de diversification, au profit du thé et du coton, devrait produire ses premiers fruits à partir de 2001. Reste que l'intervention au Congo coûte cher, bien que les troupes déployées dans les zones de production minière accaparent leurs ressources au profit d'une maffia militaire.

Les combats de Kisangani avec le Rwanda ont fini par agacer les bailleurs de fonds, dont les mises en garde sont restées superficielles. L'Ouganda conserve son statut de pays de référence, éligible au titre de l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) qui lui a valu, en mai, une seconde tranche de 4,9 milliards de francs de réduction de dette, qui s'additionnent aux 5 milliards déjà obtenus. L'année a été marquée par le succès de quelques projets industriels, dont l'inauguration de la première tranche de l'extension du barrage hydroélectrique d'Owen Falls, qui devrait produire bientôt 400 mégawatts. Malgré ces quelques percées, l'économie reste fragile. Le gouvernement affirme que deux millions d'Ougandais sont sortis d'une situation de pauvreté en l'espace de dix ans, mais cette amélioration touche seulement « l'Ouganda utile », alors que les régions septentrionales sont toujours plongées dans la misère.

Source :
Bilan du Monde 96-2001


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier