Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
GEOPOLITIQUE
GEOPOLITIQUE DU PAYS

Les Éthiopiens, témoins des conflits  nationaux  exacerbés depuis la chute du régime marxiste de Mengistu Hailé Mariam (Mängestu Haylä Maryam) en mai 1991, les interprètent comme une nouvelle résurgence d'oppositions qui remontent à la formation de la Grande Éthiopie du XIXe siècle, aux migrations oromo du XVIe siècle et au glissement du nord vers le sud de l'épicentre politique depuis l'antique royaume d'Aksum (1000 avant JC) au Tegré et aux pays des Amhara du XIIIe au XVIIIe siècle jusqu'à Addis-Abeba née au XIXe siècle en pays oromo.

On oppose Éthiopie et Abyssinie, en réservant la première appellation à l'empire de Ménélik II (Menilek II) agrandi des provinces conquises au sud et la seconde à l'antique coeur chrétien et sémitique du Nord. Or, en grec Æthiopia désigne la contrée que les langues sémitiques nomment Habes.

Un  empire du milieu  biblique

L'Éthiopie, qui dispute à l'Égypte le deuxième rang pour la population en Afrique, est un  empire du milieu , une île de hautes terres densément peuplées (90 % des Éthiopiens vivent sur moins de 60 % du territoire, au-dessus de 1 800 m). Ce bastion chrétien, Terre sainte du Peuple Élu, Nouvel Israël, est entouré de musulmans  hostiles  vivant dans l' enfer  torride des basses terres. L'une des constantes de la politique éthiopienne est de rompre cet isolement pour s'allier avec les nations chrétiennes d'Europe dont il faut craindre cependant les appétits religieux et/ou politiques. Les Éthiopiens s'enorgueillissent à la fois d'une histoire biblique ¾ la visite de la reine de Saba à Salomon y aurait eu lieu, il y a trois mille ans  et de leur résistance à la colonisation. La culture éthiopienne, seule culture écrite africaine au sud du Sahara, s'enracine dans une théologie politique, un messianisme inscrit dans le  temps long . L'histoire n'est qu'un retour cyclique d'épreuves qui affermissent génération après génération le Peuple Élu dans la fidélité à sa mission.

Cette interprétation de l'histoire présente comme une continuité ce qui est plutôt une permanence : depuis le royaume d'Aksum contemporain des royaumes hellénistiques, des empires romain et byzantin, une entité politique s'est maintenue sur les hautes terres du Nord. Elle s'est déplacée vers le sud : au XIIIe siècle à Lalibela, la nouvelle Jérusalem hypogée au nord du Wollo, aux XVIIe et XVIIIe siècles à Gondar, puis enfin à Addis-Abeba. Ces périodes d'expansion sont séparées par des périodes plus  sombres  où le pouvoir échappa aux Amhara ¾ Tegréens sémites et chrétiens pour tomber entre les mains de musulmans et de couchites comme au XVIe siècle où le djihad d'Ahmed Grañ ( le gaucher ) détruisit Aksum et fraya la voie à la migration des Oromo qui repoussèrent les Éthiopiens au nord du Nil. Pendant deux siècles, les négus tentèrent la Reconquista des terres perdues jusqu'à leur rattachement par Ménélik à la fin du XIXe siècle, lors de l'Aqänna (en amharique : reconquête et colonisation)  (¨Éthiopie (formation territoriale de l')).

Ménélik, père de la Grande Éthiopie, négus  Meiji  ou colonisateur ?

Cette Reconquista s'accomplit contre les puissances européennes mais aussi avec leur concours. Ménélik joua un jeu subtil : allié de l'Italie avant d'être couronné, il la battit à Adwa en 1896, il l'aida ainsi que les Anglais à vaincre la révolte mahdiste au Soudan et il choisit la France pour construire le chemin de fer de Djibouti à Addis-Abeba. Fidèle à la tradition, il ne rompit pas son enclavement et concéda notamment l'Érythrée à l'Italie afin d'affaiblir ses rivaux du Tegré. L'Éthiopie préserva son indépendance en acquérant les armes et les méthodes des Européens : tel l'empereur japonais Meiji, le négus prit la tête de la modernisation de l'État en offrant à l'aristocratie du Nord et à ses fidèles les abondantes ressources en terre des provinces conquises. Les paysans vaincus du Sud durent travailler à la pax æthiopica et se mettre au service des vainqueurs : c'est ce système de tenure et d'imposition, aboli en 1975, qu'on assimile à la féodalité ou au féodalisme tandis que l'Aqänna est assimilée par certains à la colonisation.

Si bref qu'il ait été, l'épisode colonial italien (1936-1941) transforma profondément l'Éthiopie : les Amhara ou les amharisés prirent au Sud la place des colonisateurs. Il donna enfin à l'empereur Hailé Sélassié (Haylä Sellasé) les moyens d'achever sa politique de centralisation en ruinant des dynastes locaux concurrents et en dotant le pays d'un réseau routier en étoile autour de la capitale et d'un accès à la mer par la fédération (1952) puis par l'annexion (1962) de l'Érythrée. Il institua l'administration, l'armée et la police salariées, hiérarchisées et territorialisées, peuplées d'hommes à lui, souvent éduqués à l'occidentale. Les plantations créées ou projetées par les Italiens furent récupérées par les Grands qui se lancèrent dans la monoculture mécanisée spéculative. Armés du droit traditionnel, ils expulsèrent leurs tenanciers des riches terres caféières du Sud-Ouest, des périmètres irrigués conquis sur les pâturages des Somalis, des Oromo et des Afar (ou Danakil) du Rift et de l'Ogadén et même des projets de développement intégré. Ils déclenchèrent ainsi des rébellions armées qui, jugulées, préparèrent cependant la guerre somalo-éthiopienne de 1977-1978.

Le charisme du négus vieillissant fut impuissant à conjurer les revendications foncières indépendantistes. Le souverain demeurait suspect au vieux Nord, réfractaire à tout changement des systèmes de tenure et d'imposition marqués par le lignage, et toujours méfiant vis-à-vis d'Addis-Abeba, ville sans passé, au milieu de territoires peuplés d'Oromo et de musulmans. Le problème foncier prit une acuité nouvelle car l'Éthiopie passait par le stade de la transition démographique, et sa population doubla en vingt ans : en 1973-1974, la famine, un temps cachée, du Wollo et du Tegré en révéla la gravité. Elle raviva les plaies mal cicatrisées de l'irrédentisme tegréen marqué par l'échec de la rébellion Wäyyané (1942-1943) et du particularisme du Gojjam secoué par une révolte contre le poids des impôts (1968). En comparaison, le Sud, pourtant conquis par la force et soumis à une exploitation sévère, apparaissait moins troublé, hormis la guérilla lointaine des irrédentistes somalis d'Ogadén appuyée par Mogadiscio. On peut rappeler que la mutinerie qui emporta le vieux monarque éclata simultanément en 1974 parmi les soldats qui combattaient en Érythrée et en Ogadén.

L'échec d'une révolution marxiste

 Ityopiya Teqdäm ! ,  Éthiopie d'abord !  : tel fut le slogan de la révolution de 1974, scandé par les militaires et les étudiants las d'un régime déconsidéré. En septembre, une junte militaire prit le pouvoir au nom d'un comité secret, le Därg, et nomma un chef d'état-major d'origine érythréenne, Aman Mikaél Amdon, qui négocia avec les indépendantistes d'Érythrée. En novembre, des dissensions au sein du Därg se soldèrent par l'exécution du général Aman Mikaél et des dignitaires de l'ancien régime et par l'adoption du socialisme éthiopien. Pour éloigner de la capitale des étudiants remuants, le pouvoir, inquiet des réactions des paysans, décréta la Zämäca : élèves et étudiants furent envoyés dans les campagnes pour expliquer la révolution et la réforme agraire promulguée en mars 1975. Elle supprimait tous les systèmes de tenure et donnait à tout Éthiopien un lopin de 10 hectares au maximum avec l'objectif d'organiser des associations de paysans tous les 800 hectares. Cette réforme fut complétée par l'octroi des pouvoirs locaux aux associations et par la nationalisation des terres urbaines.

Contrairement à ce qu'en attendaient ses auteurs, la réforme agraire n'unit pas l'Éthiopie : au sud, l'accueil fut enthousiaste ; au nord, le refus fut total. Les irrédentistes tegréens, ravitaillés par les Érythréens, se ranimèrent et passèrent à l'offensive en 1975, retardant la reconquête de l'Érythrée  utile  par l'armée éthiopienne. Le régime militaire ébranlé par ses rivalités internes et par la rupture avec les opposants  civils  ¾ ce qui entraîna la terreur dans la capitale ¾, se trouva un chef en 1977, Mengistu Hailé Mariam. Celui-ci se rapprocha des Soviétiques et des Cubains, lesquels l'aidèrent à reprendre l'Ogadén sur les Somaliens, jusque-là alliés de l'Union soviétique, et à lancer une série d'offensives en Érythrée. Le Därg y gagna une certaine légitimité populaire et s'aligna avec le zèle des néophytes sur le bloc soviétique dont il épousa les causes à l'Organisation des Nations unies (ONU) et qu'il prit pour modèle d'organisation de l'économie et de la société.

Le régime de Mengistu à la tête de l'État, devenu République populaire et démocratique en 1987 avec un parti unique, ne fut-il que la copie bronzée des démocraties populaires européennes ? Pourtant, la collectivisation, la  villagisation  (le regroupement des paysans) et les transferts de population, annoncés en 1979 et freinés puis abandonnés après la famine de 1984-1985 et le débat qu'elle suscita, devaient être compris dans la perspective de l'histoire éthiopienne. Autrefois, la terre pouvait être retirée au vaincu, au rebelle et au tributaire défaillant : or, pour l'État des  larges masses  (sic), ces paysans  koulaks  (sic) routiniers qui refusaient les quotas de livraison obligatoire et l'abandon de leur lopin étaient rebelles au progrès de l'agriculture  scientifique  illustrée par les dispendieuses fermes d'État.

La politique des nationalités porte aussi la marque soviétique par la promotion de l'enseignement des langues locales à côté de l'amharique et par le découpage en 1987 de régions autonomes, à base  nationale . L'amharique, promu langue de la révolution, ne retrouva pourtant pas la position qu'il avait sous l'ancien régime. Contestée par les larges masses, la République populaire tenta de regagner sur le terrain du nationalisme la confiance perdue depuis la famine de 1984-1985. Elle se présenta en héritière de l'Éthiopie trimillénaire, réhabilita les négus sauf le dernier, fêta la résistance des Tegréens face aux Italiens et la fondation de la capitale et fit élire le patriarche orthodoxe et l'imam au Parlement (le Sängo). La surenchère nationaliste s'accentua encore en 1988 quand, après la perte de l'Érythrée et du Tegré, Mengistu s'efforça de susciter un élan populaire contre les  fronts  du Nord en ravivant les vieux antagonismes des Amhara et des Oromo à l'égard des Tegréens. Quinze ans de socialisme scientifique ne pesèsent pas lourd face à trois mille ans d'histoire biblique !

En mai 1991, le régime de Mengistu tomba car son armée, humiliée et décimée par les purges, ne combattit pas des adversaires qu'elle refusa d'identifier comme des ennemis ! Les Amhara et les Oromo ne s'opposèrent pas aux Wäyyané, qui leur rendaient leurs armes et leur garantissaient leur terre.

L'ouverture au pluralisme

La faillite du régime signifie aussi l'affaiblissement de l'État éthiopien qui tenait les forces centrifuges en respect. Le découpage de l'Éthiopie en une fédération de neuf régions autonomes, n'est-ce pas la fin de l'unité de l'Éthiopie ? Meles Zenawi, chef de l'État, leader du Front populaire de libération du Tegré (FPLT), composante principale du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPÉ), a fait entrer au gouvernement des représentants des partis politico-ethniques. Il a utilisé la force, avec l'assentiment de l'opinion, pour lutter contre les fronts islamiques et contre les soldats débandés qui inquiètent les minorités chrétiennes du Sud. En dépit de médiations répétées de Jimmy Carter, les partis  panéthiopiens  demeurent interdits et leurs membres ou sympathisants présumés emprisonnés ou licenciés (40 universitaires). La censure a été levée et les livres et les journaux dans les diverses langues se sont multipliés. Le gouvernement a organisé, le 4 juin 1994, des élections à l'Assemblée constituante. Elles n'ont pu avoir lieu en Ogadén à cause des troubles. Le FDRPÉ et ses alliés les ont largement remportées bien que certains partis d'opposition aient appelé à les boycotter. La Constitution fédérale, ratifiée par le Parlement en décembre 1994, ne désarme ni les opposants   unitaires , nombreux parmi les Amhara et les intellectuels, ni les partisans d'une Oromie indépendante ou d'un Grand Tegré formé avec l'Érythrée. Ouvert en décembre 1994, le procès pour crime contre l'humanité, de Mengistu, réfugié au Zimbabwe, doit reprendre en mars 1995.

FORMATION DU TERRITOIRE

État dont la partie centrale constitue depuis des siècles un bastion chrétien (Église orientale orthodoxe) dans le nord-est de l'Afrique.

Au terme d'une longue guerre intérieure, la récente (1993) réduction du territoire de l'Éthiopie ne paraît pas très considérable par rapport à sa superficie totale. En vérité, cette diminution traduit un changement géostratégique d'importance puisque la proclamation de l'indépendance de l'Érythrée ¨ en mai 1993 et la reconnaissance du nouvel État par le gouvernement d'Addis Abeba prive en principe l'Éthiopie de son seul débouché sur la mer, si les frontières du nouvel État correspondent à ses revendications, c'est-à-dire aux frontières de la colonie italienne d'Érythrée ¾ Colonia Eritrea  telles qu'elles furent fixées par le traité italo-éthiopien en 1897. Il s'agit en fait d'un problème géopolitique qui a plus d'un siècle et de l'aboutissement d'une guerre de plus de trente ans, celle-ci risquant aujourd'hui de surcroît d'avoir provoqué la dislocation de l'Éthiopie tout entière.

Les conquêtes de Ménélik

Paradoxalement, ce traité italo-éthiopien sur l'Érythrée, qui eût pu être une première étape du démantèlement du royaume d'Éthiopie (car la situation intérieure y était cahotique en raison de l'opposition des grands féodaux les ras et des dignitaires religieux aux tentatives de souverains modernisateurs), marqua au contraire la plus grande extension de l'Éthiopie du fait des conquêtes menées par le grand empereur Ménélik II (Menilek II) qui, non sans péripéties, était parvenu au trône du  roi des rois  en 1889. Ménélik devait régner jusqu'en 1907 en jetant les bases d'un État moderne. En 1896, soit un an avant le fameux traité sur l'Érythrée, les guerriers éthiopiens infligèrent aux troupes italiennes la terrible défaite d'Adoua. Ménélik menait en effet un jeu subtil entre de nombreuses forces étrangères, les unes musulmanes, les autres européennes : la France, l'Angleterre et l'Italie s'intéressaient fort à la mer Rouge depuis l'ouverture du canal de Suez (1869).

Parmi les forces musulmanes, la plus dangereuse était l'Égypte qui reprenait les visées ottomanes. En 1834, Méhémet-Ali avait commencé la conquête des deux rives de la mer Rouge. Pour éviter le retour des troupes égyptiennes en Érythrée, Ménélik préféra y reconnaître la présence des Italiens (ils y avaient débarqué depuis 1882) en échange de leur soutien tout en bloquant les ambitions de cet allié trop gourmand. Avec les armes et les subsides fournis par l'Italie (mais aussi par la France et par la Grande-Bretagne), Ménélik étendit son empire vers l'ouest et surtout vers l'est et vers le sud. Il donna à l'Éthiopie ses frontières actuelles et fonda sur les marches du Sud une nouvelle capitale : Addis Abeba. Pour cela, il s'appuya sur l'ethnie amhara. Celle-ci ne représentait qu'une partie des populations chrétiennes de ce vieux bastion de la chrétienté qui, depuis le IVe siècle, se maintenait dans le nord-est de l'Afrique, en dépit de la poussée musulmane à partir du VIIe siècle.

Jusqu'au XIXe siècle, le coeur de ce bastion, qui fut au XVIe siècle submergé par les musulmans venus de l'est, fut une autre ethnie chrétienne, celle du Tigré situé au nord du pays de l'ethnie amhara. Mais ces deux ethnies chrétiennes et de langues (sémitiques) assez proches étaient traditionnellement plus ou moins rivales, ce qui se manifeste encore une fois dans la période actuelle.

Ce bastion chrétien c'est stricto sensu l'Abyssinie qui s'étend au nord d'Addis Abeba jusqu'aux abords de la mer Rouge, correspond aux hauts plateaux volcaniques situés à l'ouest du  rift , ce grand fossé tectonique qui s'allonge depuis les grands lacs d'Afrique orientale au sud pour s'élargir au nord dans la dépression du désert Danakil. Ces hauts plateaux coupés de vallées profondes qui culminent à plus de 4 600 m mais s'étendent en moyenne à 2 000 m ont un climat frais, des sols volcaniques assez fertiles, et ils sont bien arrosés. C'est d'eux que descendent avec l'Atbara et le Bahr el Azzak (Nil bleu) la plus grande partie des eaux qui alimentent le Nil en aval de Khartoum.

Les conquêtes de Ménélik lui donnèrent le contrôle des plateaux Harer Ogaden qui s'étendent à l'est du  rift  et qui s'abaissent vers les steppes de Somalie, et, vers le sud, de terres tropicales plus basses, plus chaudes et plus humides. Ces nouveaux territoires étaient essentiellement peuplés de musulmans et, tout au sud, de  païens  que les Amhara ont longtemps dénommés Galla (terme péjoratif) et que l'on appelle aujourd'hui Oromo ¨.

Ces Oromo de langue couchitique, dont la poussée vers le nord remonte au XVIe siècle, furent pour une part soit islamisés à l'est, soit  amharisés , c'est-à-dire christianisés, et ils parlent l'amhara. Nombre d'entre eux participent à l'appareil d'État éthiopien et ils forment aujourd'hui sans doute près de la moitié de la population du pays.

Dans le processus de formation territoriale de l'Éthiopie, on a pu comparer à juste titre (comme l'a fait notamment Alain Gascon) le rôle des Amhara dirigés par Ménélik, prince de la province du Choa (le sud du bastion chrétien), au rôle qu'eurent les Prussiens dans la formation et dans l'extension du Reich. La Prusse y avait aussi une position périphérique et elle était la rivale de l'Autriche qui fut longtemps la grande puissance germanique, un peu comme, en Abyssinie, le Tigré avait été durant des siècles le centre de l'unique royaume chrétien d'Afrique.

Une unité fragile

Après la mort de Ménélik, l'Éthiopie connut une nouvelle phase de désordre. Les grands du royaume et les dignitaires de l'Église déposèrent en 1916 (avec le soutien des Français et des Anglais) un jeune empereur qui s'était rapproché des Turcs et des Allemands, et proclamèrent impératrice la fille de Ménélik qui confia la régence au fils d'un grand dignitaire, le ras Tafari qui, après avoir brisé la révolte de plusieurs provinces, devint empereur en 1930 sous le nom de Hailé Sélassié Ier (Haylä Sellasé) et reprit la politique de Ménélik.

L'unité du royaume était encore bien fragile lorsque Benito Mussolini, reprenant les visées impérialistes de certains de ses prédécesseurs, se lança en 1935 à la conquête de l'Éthiopie, à partir des colonies italiennes d'Érythrée et de  Somalie ¨. L'armée italienne y recruta d'ailleurs de nombreux auxiliaires indigènes, les askaris, et elle s'appuya sur certains ras, notamment dans le Tigré, qui étaient hostiles à Hailé Sélassié. Celui-ci se réfugia en Angleterre. Durant la Seconde Guerre mondiale, les troupes anglaises, opérant à partir du  Soudan ¨ et du Somaliland ¨, conquirent l' Afrique orientale italienne  en 1941. Hailé Sélassié retrouva son trône en 1942, non sans avoir dû écraser au Tigré, avec l'aide des Anglais, une révolte dirigée par un prince qui avait été l'un des principaux alliés des Italiens. Cette rébellion wayyané (1942-1943) est l'origine lointaine de l'actuel Front populaire de libération du Tigré (FPLT), lequel prit les armes contre les pouvoirs qui, après la chute de l'empereur en 1974, se sont succédé à Addis Abeba où il (le FPLT) est entré en vainqueur en juin 1991.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


Afrique : histoire, economie, politique

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier