Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE


ANALYSE ECONOMIQUE ET SOCIALE

1996

En 1996, les autorités ont multiplié les mesures de sécurité dans le pays à ]a suite d'une série d'attentats et de la tentative d'assassinat d'un ministre, revendiqués par un mouvement rebelle d'ethnie somalie. En août, l'armée éthiopienne a même opéré, en guise de représailles, une meurtrière incursion dans le sud de la Somalie pour détruire une base de repli des rebelles. Sur la frontière avec le Soudan, soupçonné d'offrir son soutien à tout groupe d'opposants, les forces éthiopiennes se sont renforcées, allant jusqu'à lancer, en janvier, des raids sur des positions soudanaises. Quant aux rebelles agissant dans le sud du Soudan, ils disposeraient à nouveau de bases en Ethiopie. AddisAbeba a toutefois renforcé ses liens avec Djibouti en signant un accord sur la libre circulation commerciale et un autre sur la sécurité qui vise à interdire le transit des opposants éthiopiens.
La dégradation des relations avec le Soudan explique la nervosité croissante des autorités qui justifient par cette menace extérieure les Arrestations d'opposant,. Plusieurs adversaires du régime ont été accusés de comploter au sein d'organisations terroristes et emprisonnés. Cette répression préoccupe jusqu'à Washington, le plus fidèle allié d'Addis-Abeba. D'autre part, le limogeage du vice-premier ministre et ministre de la défense, Tamrat Layne, en octobre, a été présenté par le régime comme une mesure anticorruption, mais il pourrait cacher des divergences politiques au sein du pouvoir.

Satisfait par la bonne tenue des indicateurs économiques, le Fonds monétaire international a approuvé, en octobre une une facilité d'ajustement structurel renforcée de 127 millions de dollars sur trois ans, qui va aussi permettre un rééchelonnement de la dette multilatérale éthiopienne. En contrepartie, le gouvernement s'est engagé à accélérer les réformes et notamment à baisser les taux d'intérêt et à libéraliser le contrôle des changes.
Le code des investissements a été amendé de façon à devenir plus attractif pour les nationaux comme pour les étrangers, avec notamment la réduction de l'apport minimum exigé. Mais il reste de nombreux obstacles bureaucratiques à surmonter pour séduire les investisseurs que l'imprécision de la loi foncière rend, par ailleurs, prudents.
Le budget 1996 privilégie le développement des infrastructures : 30% des investissements seront affectés au secteur énergétique, 22% aux routes, 6% à l'eau. Dans le domaine militaire, Washington s'est engagé à rééquiper et à entraîner l'armée de l'air, alors que les autorités ont commencé à recruter en vue de la formation d'une nouvelle armée, nationale et multiethnique.
La croissance en 1995-1996 a été de 7,7 %, cc qui porte à plus de 25% le taux cumulé des quatre dernières années. L'inflation ne devrait pas dépasser 1% et les réserves en devises représentent toujours huit mois d'importations.

1997

Le régime éthiopien s'engage  militairement et politiquement dans le conflit somalien après avoir démantelé en Somalie une base de rebelles islamistes éthiopiens. Addis Abeba est maintenant soupçonné d'armer certaines milices somaliennes. Dans le même temps, l'Ethiopie a parrainé un accord entre seize factions somaliennes censées ouvrir la voie à une conférence de réconciliation qui n'a toujours pas eu lieu. Sur sa frontière ouest, Addis Abeba s'implique également dans le conflit soudanais en appuyant les rebelles du sud du Soudan qui opèrent à nouveau à partir du territoire éthiopien. Le soutien des Etats-Unis s'est traduit par l'arrivée d'instructeurs militaires américains dans le cadre de l'initiative, lancée par Washington, de la création d'une force inter-africaine d'intervention.
Ces troubles militaro-politiques n'affectent pas la bonne santé de l'économie mais le FMI a lancé, toutefois, un avertissement aux dirigeants éthiopiens en suspendant les versements de la facilité d'ajustements structurels renforcée de 127 millions de dollars (760 millions de francs) accordée en 1996 et dont seuls 15% ont déjà été versés. On reproche aux autorités éthiopiennes de ne pas tenir tous leurs engagements en matière de libéralisation économique, notamment dans le secteur bancaire. Mais les donateurs ont tout de même accordé 2,4 milliards de dollars (14 milliards de francs) en deux ans en décembre 1996 et la Banque mondiale a mis en route plusieurs projets dans des secteurs essentiels (énergie, agriculture, éducation).
Il existe néanmoins plusieurs incertitudes liées à l'introduction en 1997 d'une nouvelle monnaie (le nakfa) en Erythrée qui, depuis son indépendance obtenue en 1991, utilisait le birr éthiopien. Si l'Erythrée demande que les frais portuaires et de transit des marchandises soient payés en devises fortes, cela risque d'occasionner des coûts d'importation accrus pour l'Ethiopie et cela ne facilitera ni les échanges commerciaux ni l'intégration économique régionale.
Trop vétuste, la raffinerie du port d'Assab a fermé ses portes en août 1997 et le gouvernement a dû désamorcer des rumeurs faisant état d'une prochaine pénurie de carburant. Les privatisations se poursuivent lentement et la principale mine d'or du pays a été vendue à un gros investisseur saoudo-éthiopien. La sécheresse a déclenché une famine dans l'est du pays et le gouvernement a sollicité une aide alimentaire de 900 000 tonnes de céréales.

1998

Le conflit qui a éclaté le 6 mai 1998 avec l'Erythrée ne semble pas près de se résoudre diplomatiquement, malgré la médiation de l'Organisation de l'unité africaine (QUA), qui a demandé à Asmara de retirer ses troupes des zones d'Ethiopie qu'elles occupent et à Addis-Abeba de cesser d'expulser des milliers de résidents érythréens d'Ethiopie. Mais les belligérants refusent toute concession. L'Ethiopie n'acceptera aucune négociation tant que l'armée érythréenne ne se sera pas retirée sur ses positions d'avant le conflit. Quant à l'Erythrée, elle rejette précisément ce retour au statu quo ante qui réinstallerait l'administration éthiopienne dans les zones litigieuses qu'elle considère comme siennes.
Pour certains observateurs, le conflit est avant tout d'ordre frontalier et concerne des zones mal délimitées dont l'armée voisine se serait emparée, avec en toile de fond le problème de l'enclavement de l'Ethiopie. Pour d'autres, il aurait des causes économiques et découlerait de l'introduction du nakfa, la nouvelle monnaie érythréenne, en novembre 1997, qui a entraîné un sérieux différend entre ces deux régimes, autrefois alliés dans une guérilla commune contre le pouvoir central éthiopien. Asmara voulait utiliser les deux monnaies locales à parité, mais AddisAbeba a exigé que les échanges bilatéraux se fassent désormais en devises. Peu après, les échanges commerciaux étaient suspendus, et les relations politiques se sont rapidement détériorées.

Le gouvernement éthiopien a joué la carte nationaliste avec succès, jusqu'au sein de l'opposition en exil, en expulsant des milliers d'Erythréens, dont la présence, surtout dans le commerce et l'administration, irritait les Ethiopiens. Le conflit aura bien sûr des conséquences économiques, qui devraient affecter tôt ou tard les équilibres budgétaires, même si le budget de la défense n'a que légèrement augmenté en 1998, au dire du gouvernement. Et Addis-Abeba a lancé un appel aux donateurs pour assister les 189000 déplacés et les 30000 expulsés d'Erythrée.

Enclavée depuis que l'Erythrée a acquis son indépendance en 1991, l'Ethiopie a dû rapidement mettre en place un autre circuit d'approvisionnement par Djibouti pour pallier la fermeture des ports érythréens, surtout celui d' Assab, qui traitait 70% du transit éthiopien. Addis-Abeba se cherche aussi d'autres débouchés maritimes, visant Berbera, au Somaliland, ou même Mombasa, au Kenya. Le port de Djibouti s'est organisé tant bien que mal pour répondre à cette brusque augmentation du trafic, avec, il est vrai, l'appui d'Addis-Abeba, qui a prêté 3 millions de dollars (18 millions de francs) à investir dans des nouveaux équipements portuaires. Pas d'incidences notables sur les investissements étrangers, ni sur le financement des projets de développement ou sur la production agricole. A partir de la mi-1998, on a noté un rapprochement avec le Soudan, qui s'est traduit par la reprise des vols de la compagnie Ethiopian Airlines entre Addis-Abeba et Khartoum, après trois ans d'interruption. Le FMI a repris le dialogue avec l'Ethiopie en juillet 1998, après neuf mois de silence pour cause de profondes divergences sur l'ampleur des réformes financières à réaliser, et notamment sur la libéralisation progressive du secteur bancaire. Le gouvernement éthiopien a fini par céder sur ce point, et le FMI a repris, en octobre, ses versements de la seconde tranche de la facilité d'ajustement structurel renforcée, d'une valeur totale de 100 millions de dollars (600 millions de francs). Les récoltes de thé, café, céréales de 1998 sont annoncées comme bonnes, grâce aux pluies abondantes. Les exportations de café (60%){, des recettes en devises du pays) ont été remarquables à cause d'une meilleure qualité, des facilités offertes aux opérateurs privés et de la bonne tenue des cours mondiaux. Le conflit avec l'Erythrée n'a pas affecté ces exportations de la campagne 1997-1998, qui ont rapporté quelque 480 millions de dollars (2,8 milliards de francs) contre 398 millions (2,3 milliards de francs) lors de la campagne précédente.

1999

Malgré plusieurs tentatives de médiations internationales dans le conflit ouvert en mai 1998 entre l'Ethiopie et l'Erythrée, les deux ennemis sont toujours décidés à en découdre. Chaque camp a, en effet, mis à profit la trêve de la saison des pluies pour réorganiser ses trois fronts (Badme, Zala Anbessa et Bure), où plus de 600000 soldats sont massés.
Lors du sommet d'Alger de l'OUA, en juillet, les deux belligérants avaient accepté le principe d'un accord-cadre destiné à conduire à la paix, mais chacun d'eux en a fait, ensuite, une lecture différente de l'accord. Des « arrangements techniques » ont alors été élaborés qui n'ont pas satisfait l'Ethiopie. Les responsables éthiopiens ne cachent pas que la « restauration de la souveraineté » de leur pays sur les territoires contestés reste une priorité.
Les opérations militaires ont été extrêmement violentes pendant six mois. En février, les Ethiopiens ont repris la région de Badme (front ouest) et poursuivi leur avancée à l'intérieur du territoire érythréen. Pour l'Ethiopie, cette victoire militaire se double d'un succès symbolique puisque le secteur de Badme tient une place essentielle dans le différend territorial. En revanche, aucun des deux belligérants n'est parvenu à prendre l'avantage sur le front de Zala Anbessa malgré des offensives particulièrement sanglantes. Au total, plus de 50000 soldats des deux camps ont été tués dans les affrontements de février à juillet.

Le retour au statu quo ante, condition d'un cessez-le-feu, est bloqué par le flou qu'entretiennent les belligérants sur l'étendue des zones litigieuses. Certaines de ces zones ne sont, en effet, que de minuscules enclaves frontalières. Dans la région frontalière du Tigré, les combats ont chassé plus de 380000 personnes et, dans un contexte de mauvaises récoltes dues à la sécheresse qui pourrait menacer 5 millions de personnes dans le pays, de nombreux paysans ont choisi de s'enrôler afin de bénéficier des 300 ou 400 birrs de solde (environ 300 F). En août, une deuxième vague d'officiers du régime Mengistu, en prison depuis 1991, ont été libérés afin d'être réintégrés dans l'armée éthiopienne, qui manque de cadres.

Tout comme son adversaire, l'Ethiopie a acheté de grandes quantités d'armes et de munitions. Le coût de cet effort, difficile à évaluer, a un impact sérieux sur l'économie, au point que chacun des deux ennemis parie désormais sur l'essoufflement de son adversaire. Selon des sources indépendantes, la part du budget éthiopien affecté à l'effort de guerre serait passé de 1,8% en 1997 à 12% l'année suivante et se situerait entre 15 % et 20% pour 1999. Cette guerre pèse d'autant plus sur l'économie que les recettes des privatisations (brasserie, banque, mines d'or), qui ont rapporté un peu plus de 350 millions de dollars (2,1 milliards de francs) au cours des dernières années et dont une part importante a été affectée aux dépenses militaires, arrivent à épuisement. Or la deuxième vague de sociétés à privatiser étant beaucoup moins attractives, l'Ethiopie ne peut plus guère compter sur ces recettes.

Autre facteur aggravant, les recettes à l'export ont baissé de 14,8% en 1998-1999, passant de 570 millions de dollars (3,4 milliards de francs) pour l'exercice précédent à 436 millions (2,6 milliards de francs), en grande partie à cause de la chute des cours mondiaux du café, alors que celui ci représente 64% des exportations éthiopiennes. Résultat de cette situation dégradée, l'inflation, qui était de 4% seulement en 1998, a atteint 10% pour les deux derniers mois de 1999.
Les effets de ce ralentissement sont encore en peu visibles. D'un côté, de nombreux projets, notamment dans le domaine des travaux publics, ont été gelés. Mais un prêt de l'IFC (international Finance Corporation), une filiale de la Banque mondiale chargée de financer le secteur privé, a été débloqué pour financer les études préliminaires à l'ouverture d'une Bourse à Addis-Abeba. Enfin, malgré ces difficultés qui ne devraient pas infléchir dans l'immédiat la politique éthiopienne, la guerre a eu comme conséquence d'améliorer les relations avec le Soudan, au point que le président Omar El Bechir est venu en visite officielle en novembre 1999 à AddisAbeba et que l'Ethiopie a commencé à utiliser Port-soudan comme alternative à Djibouti pour certaines importations « sensibles ».

2000

Solennellement annoncé par Kofi Annan, le secrétaire des Nations Unies depuis Addis-Abeba, l'annonce de la signature d'un accord de paix avec l'Erythrée, le 12 décembre 2000, a marqué pour l'Ethiopie la fin d'une guerre de deux ans dont le pays sort vainqueur après avoir reconstruit et restructuré son armée, dont les effectifs, de 120000 hommes au début du conflit, frôlent désormais les 400 000. Cette victoire, cependant, lui coûte cher.

Non seulement en raison des dépenses militaires, qui ont absorbé une part importante -et non chiffrée -des ressources de l'Etat, bien au-delà en tout cas des 228 millions de francs donnés par les Ethiopiens, mais surtout en raison de l'inquiétude des investisseurs et des bailleurs de fonds quant à l'avenir de la paix.

Parallèlement aux grandes offensives militaires de mai, l'année a vu le déclenchement d'une disette surmédiatisée qui a eu comme conséquence de débloquer 1,3 million de tonnes d'aide alimentaire de l'étranger, mais a démontré la vulnérabilité du pays. L'Ethiopie affirme avoir perdu 7,6 milliards de francs en raison de la suspension des relations des bailleurs de fonds. Il est exact que le FMI n'est pas revenu sur le blocage des dernières tranches d'une ancienne facilité d'ajustement structurelle et que la Banque mondiale a annoncé, quelques jours avant l'accord de paix, l'octroi d'une enveloppe de 3, 4 milliards de francs pour financer des programmes de reconstruction.

Mais les donateurs, en examinant le budget en novembre, se sont à nouveau émus des 4,2 milliards de birrs (27 % du total) alloués à la défense, estimant d'ailleurs le chiffre sous-évalué. Malgré l'optimisme affiché par le ministre des finances, Sufian Ahmed, évaluant la croissance à près de 10% pour l'année 2000, les observateurs restent donc prudents. Il faudra plus que le déploiement progressif d'une force de maintien de la paix de l'ONU de 4 200 hommes dans une zone-tampon de 25 km entre l'Ethiopie et l'Erythrée pour les convaincre que la guerre est terminée.

Par ailleurs, l'agriculture (50% du PIB), dont les exportations sont assurées désormais à 65% par le café et à 15 % par le khat, devrait enregistrer une légère baisse. Le café, en particulier, n'a rapporté que 1,9 milliard de francs, au lieu des 2,6 milliards escomptés. Enfin, les 10% de taxe de guerre sur les importations sont toujours appliqués, six mois après la fin des combats. Les investissements étrangers sont donc au point mort. Reste, heureusement, l'inusable Al Amouhdi, richissime homme d'affaires saoudien d'origine éthiopienne, qui a injecté encore 1,25 milliard de francs dans les privatisations par l'intermédiaire de sa société Midroc. Seul grand projet en prévision: les travaux du barrage de Tekeze, dans le Tigré, qui devraient coûter 4,5 milliards de francs financés sur fonds propres et qui pourraient démarrer vers 2002.

Source :
Bilan du Monde 96-2001

 CE QUI S'EST PASSE DEPUIS 1998

En Février 1998, on apprenait que l’Erythrée accusait l’Ethiopie d’avoir pénétré à l’intérieur de son territoire.  L’Ethiopie occuperait environ 248 Km2 de territoire érythréen.
Les troupes militaires éthiopiennes auraient avancé de 20 Km à l’intérieur du territoire de l’Erythrée : des échanges d’armes lourdes auraient été entendu dans la région.
L’Ethiopie dément avoir occupé le territoire érythréen et accuse son voisin d’invasion. On a aussi appris que deux bataillons éthiopiens se trouvaient sur territoire érythréen depuis que des affrontements se sont produits en Mai. Les deux pays entretenaient des relations cordiales depuis qu’un accrochage violent aux alentours de la frontière se soit produit le 6 Mai.
Le 6 Mars, on apprenait que des combats violents s’étaient déroulés : le territoire conflictuel se trouve à la frontière des deux pays. C’est près de la ville frontalière de Zalambessa (à 160 Km d’Asmara) que les combats se sont déroulés. L’Erythrée accuse toujours l’Ethiopie d’invasion militaire. Zalambessa se trouve au cœur du territoire revendiqué par les deux pays. Des tanks et de l’artillerie lourde a été déployé de chaque côté.
L’état éthiopien annonçait aussi qu’un érythréen, accusé de meurtre, avait été exécuté. On pense que cet homme est le premier a être exécuté depuis que le Front Révolutionnaire Démocratique du Peuple (Ethiopie) a pris le pouvoir en 1991.
En Avril, des milliers d’anciens combattants érythréens quittaient Asmara pour venir renforcer les hommes à la frontière : environ 3000 vétérans, hommes et femmes. Les ex-combattants du Front de Libération du Peuple Erythréen ont été rejoint par leurs anciens ennemis du Front de Libération Erythréen ainsi que par les Erythréens qui combattaient sous le régime militaire éthiopien, le Derg.
On estime à 46 000 le nombre d’érythréens qui feraient fasse à 120 000 éthiopiens. L’Ethiopie a rejeté la demande de l’Erythrée par rapport au territoire de Baden, l’un des principaux centres d’un triangle de terre de 400 Km2 se trouvant le long de la frontière ouest.
Juste après le début des hostilités, l’Ethiopie a ordonné à tous ces commerçants de stopper les affaires avec l’Erythrée et de suspendre les vols entre les deux pays. Les télécommunications ont été aussi coupé.
Le 6 Juin, l’armée éthiopienne utilisaient des avions de chasse pour bombarder des positions près d’Asmara. Le 12 Juin, l’Ethiopie annonçait avoir délogé l’armée érythréenne de la zone de  Zalambesa.
Depuis que l’Erythrée est devenue indépendante en 1991, Zalambesa est contrôlée par les Ethiopiens : la moitié des habitants de Zalambesa sont érythréens tandis que l’autre moitié est « Tigrayan ». La ligne de démarcation avait été tracé par les Italiens il y a plus d’un siècle.
Les Erythréens pensaient que puisque l’Ethiopie était maintenant dirigé par les « Tigrayans », ceux mêmes qui avaient participé à la chute de Mengistu, les relations pourraient être bonnes.
Le 24 Juin, on apprenait que depuis le début du conflit, des centaines de soldats avaient péri sur les fronts de Badme, Zalambessa et au sud du port d’Assab.
L’Ethiopie peut aussi mobiliser la milice du Front de Libération du Peuple « Tigrayan » qui avaient combattu contre Mengistu. Ce Front de Libération domine actuellement le Front Démocratique Révolutionnaire du Peuple Ethiopien.
Le premier ministre éthiopien Meles Zenawi a prévenu qu’il administrerait une leçon à l’Erythrée si celle-ci ne se retirait pas du territoire de Badme. Une médiation menée par l’OUA a été rejeté par l’Erythrée après que le président Afewerki ait refusé le plan préparé par les USA et le Rwanda : celui-ci prévoyait entre autre le départ des forces érythréennes et le retour ce celle-ci au point où elles se trouvaient avant le 6 Mai. L’Ethiopie acceptait ce plan américain et rwandais.
En Juillet, l’ambassade d’Erythrée à Washington annonçait que les hostilités avaient été déclenché par l’Ethiopie qui a violé les frontières coloniales de l’Erythrée.
Selon l’ambassade érythréenne,le premier acte d’invasion s’est produit en Juillet 1997 quand l’Ethiopie, sous prétexte de combattre l’opposition Afar, a amené deux bataillons à Bada dans le sud de l’Erythrée afin d’occuper le village et de démanteler l’administration en place. Malgré l’intervention du chef de l’état érythréen, demandant au premier ministre éthiopien de se retirer, rien ne s’est fait. Il semble alors que l’Ethiopie ait intégré dans ses cartes des territoires érythréens.
Puis le 6 Mai 1998, l’armée éthiopienne lançait une attaque sur les patrouilles érythréennes dans la région de Badme affirmant que les érythréens avaient pénétré dans des zones nouvellement envahis par l’Ethiopie ! !
Les causes de la discorde sont donc :
- déclaration de guerre par le Parlement éthiopien le 13 Mai 1998
- lancement d’une attaque aérienne sur Asmara par l’Ethiopie le 5 Juin 1998
- imposition d’un blocus aérien et maritime : accès bloqué aux ports érythréens avec menace de bombardement
- expulsion massive et discrimination envers les milliers érythréens se trouvant en Ethiopie

Du côté éthiopien, on affirme que c’est l’Eryhrée qui a commencé les hostilités et que ce pays refuse toute proposition de paix. Ces propositions de paix ont surtout été faites par l’OUA.
Le Conseil de Sécurité de l’ONU demande un arrêt immédiat des hostilités.

Le 12 Août, un groupe de 470 érythréens déporté d’Ethiopie est arrivé au port d’Assab sur la Mer Rouge : parmi eux, 114 enfants qui ont été détenu pendant plus de 3 mois. Certains vivaient en Ethiopie depuis plus de 40 ans. Depuis le mois de Mai, le nombre total d’expulsés dépasse 16 000.
L’Erythrée a envoyé une lettre au secrétaire général des Nations Unies Koffi Annan lui demandant d’intervenir contre l’Ethiopie à cause de l’expulsion massive et de la détention d’érythréens en Ethiopie. L’Ethiopie s’est plaint de la même façon concernant ses résidents en Erythrée.
Le 29 Août, l’Erythrée a libéré 71 prisonniers de guerre éthiopien. L’Erythrée a déclaré qu’il voulait, par cet acte, montrer sa volonté de trouver rapidement une solution de paix.

Le 6 Novembre, Meles Zenawi s'est rendu au Burkina Fasso afin de trouver une solution visant à stopper la dispute entre son pays et l'Erythrée. Le président érythréen devrait être présent mais aucune confrontation directe n'est prévue.

Le 10 Novembre, l'OUA se réunissait à Ouagadougou afin de débattre du conflit entre l'Erythrée et l'Ethiopie : cette réunion a pour but de trouver une solution à ce conflit.
Les points importants mis en évidence par l'OUA sont les suivants : il faut rapidement :
- arrêt immédiat des hostilités
- délimitation des frontières dans un délai de 6 mois
- enquête sur les incidents survenus en Juillet-Août 1997 et le 6 Mai afin de déterminer l'origine du conflit
- démilitarisation de toute la zone
De leur côté, les érythréens insistent pour que ce conflit soit résolu en tenant compte des frontières que l'Erythrée avait hérité du temps de la colonisation italienne. L'Ethiopie a violé ces frontières pour les érythréens. Les érythréens veulent qu'on tiennent en compte les frontières déssinées lors des traités de 1900, 1902 et 1908.
L'Ethiopie exige que les forces armées érythréennes quittent sur le champ la région de Badme, ceci avant toute discussion.
La situation est donc bloquée jusqu'à présent.

Le 6 Novembre 1998, l’Ethiopie a confirmé que son premier ministre Meles Zenawi, assistera à des pourparlers au Burkina Fasso visant à mettre fin au conflit avec l’Erythrée.
L’Ethiopie a accepté une initiative de paix parrainée par les USA et le Rwanda, et acceptée par l’OUA et les Nations Unies, qui prévoit le retrait de l’Erythrée des territoires près de la  ville frontière de Badme. Les troupes érythréennes doivent reprendre les positions qu’elles occupaient avant le début du conflit.
Djibouti rompait ses relations diplomatiques avec l’Erythrée le 18 Novembre après que ce dernier pays ait accusé Djibouti de soutenir l’Ethiopie (en leur laissant utiliser leur port) dans le conflit armée opposant les deux pays.
L’ambassadeur de Djibouti basé à Asmara a été rappelé. Djibouti a demandé que l’Erythrée retire aussi son ambassadeur de son pays.
Le président de Djibouti, Hassan Gouled Aptidon, fait parti des trois leaders politiques tentant de trouver une solution au conflit Erythrée-Ethiopie au sein de l’OUA.
La plupart des importations et exportations éthiopiennes ont transité par le port de Djibouti depuis le début du conflit.

Après la guerre (les femmes se sont beaucoup engagées dans le conflit), le statut des femmes a progressivement changé en Erythrée : Des lois ont été voté pour permettre aux femmes de voter, de divorcer, de posséder des terres et de choisir leur mari. Les mutilations génitales ont été interdites et l’éducation des jeunes filles « renforcée ».
L’Erythrée dispose de deux femmes ministres et des femmes entrepreneurs ne sont plus des cas exceptionnels.
Cependant, il ne faut pas oublier que 90% des femmes sont illetrées; l’éducation demeure une priorité en Erythrée. Le peuple érythréen a dû reconstruire son pays dévasté par la guerre : routes, ponts, immeubles....Plutôt que de faire appel à l’aide extérieure, l’Erythrée a voulu se débrouiller seule...Toute la société érythréenne a été mobilisé pour reconstruire le pays. Les habitudes héritées de la période de colonisation italienne n’ont pas disparu : on trouve beauoup de pizzerias à Asmara, la boisson favorite des érythréens demeure le capuccino et la bière italienne...

En Janvier 1999, le conflit qui oppose l’Erythrée à l’Ethiopie n’est toujours pas réglé : loin s’en faut..!!
 


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier