
L'AFRIQUE : UN CONTINENT EN FAILLITE ECONOMIQUE ?
1) Résultats désastreux
sur le plan économique :
- PIB de l'Afrique subsaharienne
équivalent à celui du Mexique !
- L'Afrique sub-saharienne ne représente
que 2% du PIB, 1.7% des exportations et moins de 1% de la valeur
ajoutée industrielle du monde !
- PNB moyen par habitant = 350 dollars
(91), ce qui apparente le continent dans son ensemble aux pays les plus
pauvres de la planète; PNB a décru de 1.2% par an depuis
le début des années 1980
- L'agriculture fournit toujours
le tiers du PIB, pas d'évolution depuis le début des années
1970; la part de l'industrie dans le PIB a décru, traduisant une
désindustrialisation du continent au bénéfice du tertiaire...(tertiaire
hypertrophié) Les pays ont misé sur l'industrialisation après
l'indépendance et ont subi de lourds échecs..
- L'Algérie, qui a misé
sur l'industrialisation lourde au détriment de l'agriculture et
du social, a subit de plein fouet la vague islamiste, en raison de l'échec
du développement à marche forcé et des frustrations
que 20 ans de sacrifice ont fait naître..
- En Côte d'Ivoire, on a tout
misé sur les cultures d'exportation, telle que le cacao, afin d'investir
dans des projets colossaux ("les fameux éléphants blancs"
qui se révèlent très couteux : faible taux de productivité,
gestion catastrophique..); l'économie fut prolifique (ce qui permis
d'engager des fonctionnaires par milliers, de construire des immeubles...
mais aussi d'emprunter pour y arriver) jusqu'à ce que les cours
mondiaux chutent, provoquant l'endettement (il fallait finir ces projets
colossaux et donc emprunter)..
- Au Ghana, l'effort industriel
fut massivement planifié; cette stratégie n'était
viable que si les entreprises nouvelles supportaient des coûts récurrents,
alors que nombre d'entre elles étaient des projets d'infrastructures
profitables à long terme, tandis que les usines étaient souvent
trop vastes et peu efficaces : en 1982, les usines du Ghana tournaient
à 20% de leurs capacités. Alors que, de 1957 à 1979,
le recrutement des fonctionnaires augmentait de 150%, la taxation et la
corruption firent baisser de près de 93% le prix payé
aux producteurs de cacao, ce qui se traduisit par une baisse de la production..
L'Etat préféra alors emprunter à l'étranger,
d'où endettement.
- Au Brésil, on a sacrifié
le monde paysan en plantant de la canne à sucre dans tout le nord-est
: ceci afin d'exporter les produits de la canne en Occident pour que les
devises en dollars entrent dans le pays : tout ceci pour industrialiser
le pays à outrance (industries de transformation); conséquence
: les paysans travaillant sur les plantations ne gagnent pas assez pour
se nourrir, ceci afin que le pays reste compétitif (salaires de
misère) et pour se payer les couteux instruments du "progrès".
La forte croissance brésilienne ("miracle brésilien") n'a
pas engendré une amélioration de la situation des plus pauvres,
au contraire. Ce qu'il faut aussi dire, c'est qu'un autre modèle
de développement orienté vers la satisfaction des besoins
essentiels de la population aurait été contraire aux intérêts
des pays industrialisés qui n'avaient pas seulement besoin des matières
premières mais aussi du marché que ces derniers représentaient
pour leurs biens d'équipement industriels : l'Occident a donc aussi
une responsabilité dans la faillite économique du Tiers-Monde.
On pourrait multiplier les exemples
: que les économies aient été libérales (liberté
des marchés) ou socialistes, le résultat fut le même...
Ces trois exemples montrent la faillite
du mode de développement occidentale censé apporté
la croissance économique. A mon avis, ce constat terrible s'impose
: on a sacrifié la population africaine (monde rural) sur l'autel
de la soi-disant modernité occidentale, définie par le progrès
technique et la croissance économique .On peut tenir pour acquis
que la révolution politique de l'indépendance n'a pas été
une révolution paysanne mais une révolution "citadine"; elle
a même entrainé une aggravation de la condition des cultivateurs.
Un exemple : au Congo-Brazzaville, en 1984, le paysan exploitait 68% des
terres cultivées, assurait 98% des productions agricoles mais ne
recevait que 10% des investissements agricoles, soit 1% des investissements
nationaux..!! Là encore, on pourrait multiplier les exemples. L'Etat
a énormément prélevé sur le revenu agricole.
Les stratégies de développement
poursuivies depuis l'indépendance avaient été d'inspiration
plus politique qu'économique. Citons John Illife, professeur d'histoire
africaine : "Visant à asseoir des Etats et des régimes fragiles,
les stratégies de développement avaient renforcé les
contrôles gouvernementaux, multiplié le clientélisme,
encouragé l'accumulation de l'élite dominante, extorqué
les surplus par des moyens indirects, favorisé des citadins remuants
aux dépens de paysans moins menaçants et fournit aux électeurs
les services - routes, écoles, dispensaires - qu'ils considéraient
comme la seule fonction vraiment utile de l'Etat".
- Plus de 80% des exportations africaines
sont toujours représentées par des produits primaires (2/3
produits miniers et énergétiques et 1/3 produits agricoles)..
la part des produits agricoles n'a cessé de décroître,
conséquence de la faible compétitivité africaine.
Part de l'Afrique dans les exportations mondiales :
pour les produits alimentaires :
1966 : 8.2%; 1985 : 4.5%
pour les produits agricoles : 1966
: 8.3%; 1985 :4.6%
- L'endettement africain est très
préoccupant : pour donner une idée, la dette extérieure
africaine totale représente plus de 110% des PNB des Etats, plus
de trois fois les recettes d'exportation de biens et de services.. comment
s'en sortir quand le remboursement de la dette au Mali représente
4x le budget pour l'éducation et la santé..!! Cette dette
doit être annulée ou les Etats africains doivent refuser de
la payer..
La conséquence de tout ceci est que les états africains sont de plus en plus dépendants de l'aide extérieure : afin d'assurer le maintien de leurs services publics, le paiement des fonctionnaires... Ce ne sont plus des flux privés qui se dirigent vers l'Afrique mais de l'aide publique : elle fournit 10% du PNB africain (contre 1.5% pour le Tiers-Monde en général !!)
2) Résultats désastreux
sur le plan humain :
- espérance de vie est de
51 ans contre 64 ans pour l'ensemble des pays en voie de développement;
la mortalité des jeunes enfants atteint 175 pour mille
- sous-scolarisation
- analphabétisme touche la
moitié des hommes et les 2/3 des femmes
- croissance démographique
très forte
- santé : l'Afrique ne compte
qu'un médecin pour 24 000 habitants..!! (5x moins que la moyenne
des pays du Tiers-Monde) : les campagnes sont livrés à elles-même,
les écoles n'ont pas de maîtres et pas d'équipement,
absence d'eau potable, dégradation des routes...
- urbanisation très importante
: taux d'urbanisation est de 5.8% par an contre 2.7% en Amérique
latine : un tiers des Africains vit désormais en ville contre 10%
en 1960 !!
La tendance à la concentration
urbaine est une réponse à l'état d'abandon des campagnes.
3) Réponse des populations
face à cette faillite économique :
- création de tontines :
moyen par lequel un groupe d'individus (communauté de femmes..)
décide de mettre en commun des sommes d'argent collectées
individuellement pour en répartir le bénéfice successivement
à chacun des membres.
- augmentation de l'économie
informelle non enregistrée dans les statistiques officielles; dans
les grandes villes africaines, 70 à 80% des actifs sont employés
dans le secteur informel..!!
On constate que l'économie
africaine est de plus en plus souterraine . une grande partie des récoltes
ne passe pas par les circuits officiels, franchissant les frontières,
comme le cacao entre Ghana et Côte d'Ivoire, pour profiter des prix
plus rénumérateurs; de nombreuses marchandises circulent
en contrebande et sont vendues au marché noir, privant les états
des recettes douanières et fiscales correspondantes.
4) Les dysfonctionnements .
- les inégalités de
revenus sont extrêmes en Afrique, entre une grande majorité
de très pauvres et une petite frange de très riches : en
Côte d'Ivoire, les 20% des plus riches percoivent 2/3 des revenus
nationaux..
- les plus riches entretiennent
une clientèle, famille élargie, membres du même village,
obligés, cousins...
- la privatisation de la sphère
étatique, avec l'appropriation des biens publics par les individus,
assortie d'une corruption et d'une pratique du "bakchich", du pourboire.
bloque le fonctionnement moderne et l'efficacité de l'état
mais graisse les rouages de la machine et évite les explosions sociales
violentes que provoqueraient de telles inégalités si elles
n'étaient pas amorties par une véritable logique de redistribution.
Jean-François Bayart insiste
sur la "politique du ventre", essentielle pour comprendre le fonctionnement
des sociétés africaines : entrer dans la fonction publique,
être investi d'une fonction politique sont synonymes d'enrichissement
individuel, d'affranchissement vis à vis de l'insécurité
alimentaire, de réussite sociale, mais aussi de revenus prélevés
sur la collectivité pour être redistribué aux alliés
et parents...
RESUME :
Au moment des indépendances,
les Etats africains héritent d'économie de traite orientées
vers l'exportation de produits de base, agricoles et miniers. Le continent
est alors sous-industrialisé. Les choix économiques sont
de privilégier l'industrialisation et les urbains : les choix des
dirigeants africains est de miser sur une industrialisation d'import
substitution (importer des machines plutôt que des produits manufacturés)
par des prélèvements massifs sur l'agriculture. Les entreprises
étrangères sont nationalisées et remplacées
par des entreprises publiques : l'Etat devient alors le principal acteur
de l'économie moderne. De nombreux obstacles apparaissent :
- Coûts de production élevés
du fait du manque d'infrastructures, de l'insuffisante formation de la
main d'oeuvre, des taxes et des impôts prélevés par
l'Etat sur les entreprises officielles, de la tendance à considérer
l'entreprise comme un instrument de l'aménagement du territoire
et comme un fournisseur d'emplois bien rémunérés aux
proches du pouvoir
- Le marché intérieur,
insuffisamment large, à la fois en nombre de personnes et en pouvoir
d'achat, ne permet pas d'alimenter la croissance industrielle.
- Les industries métropolitaines,
dans le secteur agro-alimentaire notamment, restées sur place, exercent
leur mainmise sur le marché, avec des produits jugés plus
attirants pas les consommateurs.
Une partie des choix industriels
effectués étaient alors aberrante : mal conseillés
par les industriels étrangers soucieux de s'accaparer une partie
de la manne africaine, dotée d'une faible culture industrielle,
sensible aussi à l'attrait des cadeaux proposés pour conclure
le marché, les gouvernements africains se lancent dans des réalisations
surdimmensionnées, mal conçues, ou mal adaptées aux
besoins de leur marché : il s'agit des fameux "éléphants
blancs".
En Côte d'Ivoire, le plan
sucrier conduit à la construction de grands complexes dont la rentabilité
est calculée sur les prix mondiaux du sucre en 1975, alors qu'ils
sont à un niveau jamais atteint jusque là et que le marché
mondial est excédentaire ; au Cameroun, la construction d'une gigantesque
usine de pâte à papier est lancée en 1978, elle ne
fonctionnera jamais pour cause de malfaçon et de coûts de
fonctionnement prohibitifs ; au Zaïre, c'est un centre ultramoderne
de télécommunication, alors qu'en ne va pas d'un village
à l'autre en saison des pluies.
Pourtant, l'Etat s'obstine et finance
non seulement une partie des investissements initiaux, mais aussi des déficits
de fonctionnement structurels par un prélèvement systématique
de la rente agricole. Tout est fait pour favoriser les urbains. Importations
à bas prix des denrées alimentaires qui découragent
les productions locales ; monnaie surévaluée, qui permettent
de financer l'importation des nombreuses intrants nécessaires au
fonctionnement des industries et de satisfaire le désir de consommation
des urbains, mais pénalisent les exportations agricoles ; recrutements
massifs dans la fonction et les entreprises publiques dévalorisant
le travail agricole dans les mentalités ; investissement dans les
villes au détriment des campagnes.
La conséquence de cette politique
est d'isoler peu à peu l'Etat de sa base productive, les campagnes.
Représentant 80% de la population active encore au début
des années 1970, les ruraux ne reçoivent que 10% des dépenses
publiques au cours de la période. Ils sont accablés de taxes,
d'impôts de toute sorte, leurs productions sont mal rémunérées
par des caisses de stabilisation et autres offices de commercialisation
publics divers qui sont censés stabiliser le revenu agricole, en
prélevant lorsque les cours sont élevés pour restituer
les mauvaises années. Les électeurs vont alors peu à
un peu se décourager de produire pour le marché : les cultures
d'exportation déclinent, entraînant un repli paysan sur l'autosuffisance
vivrière.
L'Afrique perd peu à peu
ses parts du marché international au bénéfice de l'Amérique
latine et de l'Asie, y compris sur les produits sur lesquels elle occupait
jusque là une position dominante. La production agricole s'essoufle
et l'Afrique doit importer de plus en plus. La conséquence de ce
déclin agricole est une vulnérabilité accrue du monde
rural, face aux crises climatiques notamment : la famine peut alors
s'installer (période de sécheresse...).
La faible rentabilité du secteur
productif, autant industriel qu'agricole, avec le déclin des productions
nationales, entraîne l'Etat dans une véritable fuite en avant,
consistant à emprunter massivement et à s'appuyer sur l'aide
extérieure, dont une grande partie est consentie sous forme de prêts,
pour financer l'investissement. Les Etats africains supportent donc des
charges croissantes : en plus des investissements industriels et agricoles,
il doit financer non seulement les infrastructures nécessaires pour
faire face à une croissance démographique de 3% par an, mais
aussi le gonflement de la fonction publique, débouché quasi
automatique pour les diplômés de l'enseignement supérieur,
dont la plupart bénéficient de bourses : dans certains pays,
obligation leur est faite de travailler dans le secteur public
Les salaires des fonctionnaires
absorbent en moyenne 40% du budget de l'état, et même 70%
dans certains pays. Ce gonflement de l'Etat sans base productive est la
source des déséquilibres africains, pour l'instant masqués
par un argent facile, celui des exportations, des emprunts et de l'extérieur.
En effet, l'Etat compte de plus en plus sur l'extérieur pour assurer
son propre financement comme si les années fastes devaient durer
éternellement. Quelles sont les déséquilibres structurels
des Etats africains : des importations croissantes et des exportations
qui stagnent, une faible épargne intérieure, une fonction
publique pléthorique, un recours croissant au financement extérieur,
une rupture ville-campagne de plus en plus accentuée, une croissance
démographique trop rapide pour pouvoir être équilibrée
par la croissance du produit intérieur brut.
A la fin des années 1970,
l'entrée en récession des pays industriels provoque une baisse
de leurs achats, la flambée des prix du pétrole a entraîné
un recours croissant aux produits de substitution, non seulement dans le
secteur énergétique, mais aussi dans celui des matières
premières. Après une décennie ou les prix du pétrole
avaient fortement augmentés, les prix agricoles stagnés et
les prix des produits miniers déjà commencé à
chuter, les cours de toutes les matières premières s'effondrent.
En 1982, les prix des produits de base sont, en termes réels, retombés
à leur niveau le plus bas depuis 1950. En 1986, le Cameroun a perdu
2/3 de ses recettes d'exportation par rapport à 1980, du fait de
la baisse des cours du cacao et du café, ainsi que du pétrole
et de la dévalorisation du dollar, monnaie dans laquelle, par souci
d'indépendance vis-à-vis de la France, il avait accumulé
ses réserves de changes.
Seuls les pays les plus agressifs
et les plus compétitifs sur le marché mondial peuvent continuer
à préserver leur part du marché. Trois solutions s'offrent
alors à eux :
- soit compensé la baisse
des prix par une hausse des quantités exportées, ce qu'ont
fait l'Asie et l'Amérique latine, qui ont modernisé leurs
filières agricoles et encouragé les producteurs. L'Afrique,
elle , en est incapable : ses rendements agricoles ont baissé faute
d'avoir encouragé l'agriculture
- soit exporter des produits transformés,
dans l'agro-alimentaire notamment, mais l'Afrique n'a ni l'appareil industriel,
ni la compétitivité suffisante
- soit valoriser une industrie de
main-d'oeuvre tournée vers l'exportation, mais l'Afrique a misée,
elle, sur l'import-substitution.
La part de l'Afrique dans les échanges
internationaux s'effondrent : de 5% en 1970, elle passe à moins
de 2% en 1985.
L'Afrique voit également
se tarir les financements extérieurs d'origine privée. En
1985, le continent ne reçoit qu'un milliard de dollars contre 10
cinq ans auparavant. L'aide publique prend le relais pour permettre aux
Etats Africains de continuer à fonctionner mais l'endettement a
pris des proportions alarmantes : il a crû de 15% par an de 1975
à 1985, soit autant que celui des pays d'Amérique latine,
considéré pourtant comme beaucoup plus inquiétant
pour les banquiers parce que les volumes enjeux sont beaucoup plus importants.
Viendront ensuite les programmes d'ajustement structurel, qui ont aussi, n'ont pas entraîné les résultats escomptés... mais ceci est une autre histoire.
Source :
Sylvie Brunnel
La situation économique de l'Afrique à la fin des années 1970 par Adebayo Adedeji
A la fin des années 1970, il était clair que les stratégies internationales de développement mises en oeuvre dans le cadre de la première, puis de la deuxième décennie des Nations unies pour le développement, c'est-à-dire durant les années 1960 et 1970 respectivement, n'avaient pas eu de résultats positifs pour l'Afrique Après une période de croissance économique assez rapide au début des années 1960, dès le lendemain des indépendances, la progression du PlB réel retrouvait un rythme modéré pour s'établir aux environs de 4% en 1970 Cette année-Ià, le revenu par habitant était encore en hausse, bien que de quelques points seulement, et la croissance démographique affichait par ailleurs un taux de 2,5% en moyenne annuelle Il en fut à peu près ainsi tout au long des années 1970, avec un taux de croissance annuel moyen de 5,3% pour le PIB et de l'ordre de 2,3% pour le revenu par tête
Malgré ces résultats économiques relativement satisfaisants, certains signes indiquaient cependant que l'Afrique n'était pas sur la bonne voie Premièrement, l'agriculture, pilier de la plupart des économies de la région, voyait son développement limité à 1,3 % par an entre 1970 et 1980, soit un taux nettement inférieur à celui de la croissance démographique, même si la production alimentaire progressait dans le même temps de 1,9 % en moyenne par an
Deuxièmement, la structure des économies africaines était caractérisée par la prédominance du secteur des services, dont la part dans le PlB atteignait 50,2 % en 1980, contre 40,8% dix ans auparavant Pour l'agriculture, c'est-à-dire principalement les exportations agricoles, les chiffres correspondants avaient évolué en sens inverse, tombant de 33,4 % en 1970 à 22,8 % en 1980, tandis que la part de l'industrie était passée de 25,7% à 27 % Encore faut-il rappeler que l'industrie était surtout concentrée dans le secteur minier, les activités manufacturières ne représentant que 10% du PIB en 1980, contre 9,5% en 1970 Par conséquent, les taux de croissance somme toute satisfaisants des années 1970 ne doivent pas faire oublier l'aggravation sous-jacente des déséquilibres structurels que révélaient l'affaiblissement de la production alimentaire et manufacturière et la dépendance croissante des économies africaines vis-à-vis des produits d'exportation (matières premières agricoles et ressources minérales, pétrole y compris)
Troisièmement, l'évolution de la dépense prenait elle aussi un tour malsain Pendant que l'épargne intérieure augmentait péniblement pour passer de 17,8% du PIB en 1970 à 18,3 % en 1980, la formation brute de capital fixe faisait un bond de 16,2% à 24,9% Autrement dit, l'Afrique se tournait de plus en plus vers l'extérieur pour financer son développement Entre 1970 et 1980, la propension marginale à consommer s'est maintenue à un niveau élevé, de 0,81 en moyenne, alors que l'élasticité des importations atteignait 1,13, ce qui suppose une forte teneur en éléments importés de la consommation comme de l'investissement
Quatrièmement, le secteur
extérieur de l'Afrique a pratiquement stagné dans les années
1970 En 1980, l'indice des volumes d'exportations des pays en développement
africains avait baissé de quelque 17% par rapport à son niveau
de 1970, tandis que l'indice des volumes d'importations affichait une hausse
de plus de 90 % En outre, le commerce de l'Afrique était essentiellement
dirigé vers d'autres régions du monde Poursuivant leur déclin
tout au long de la décennie, les échanges intra-africains,
qui ne comptaient déjà que pour 6,7% du commerce total du
continent en 1970, n'en représentaient plus que 4,7% en 1980 Une
telle situation souligne non seulement la dépendance excessive de
l'Afrique à l'égard du monde extérieur, mais aussi
la faiblesse de ses moyens de production, de transport et de communication,
ainsi que l'insuffisance de ses mécanismes de paiement, pour l'essentiel
indissociables des pays développés
Enfin, la dette totale de l'Afrique,
de l'ordre de 48 milliards de dollars en 1980, ne pouvait manifestement
que continuer à s'alourdir, puisqu'elle augmentait déjà
en moyenne de 15 % par an environ à la fin des années 1970
et que les conditions d'emprunt se durcissaient de plus en plus Entre 1975
et 1980, par exemple, le taux d'intérêt moyen est passé
de 5,7 % à 8,5 %, alors que les échéances ont été
ramenées de 20,3 ans, à 15,7 ans, avec un élément
de libéralité de 15,8% seulement, contre 29,9% On ne voit
d'ailleurs pas comment ce processus d'endettement pourrait s'arrêter,
étant donné les difficultés économiques croissantes
qui empêchent aujourd'hui la plupart des pays africains de dégager
suffisamment de recettes pour assurer le service de leur dette.
La faillite de l'aide au développement
Entre 1975 et 1982, les pays occidentaux
ont versé toute source confondue 7.5 milliards de dollars
aux pays du Sahel, ce qui correspond à 50 dollars par femmes, enfants
et hommes et ceci pendant 7 à 8 ans.
4.5% a été
versé à la paysannerie et 4.5% aux éleveurs
qui représentent à eux deux la majeure partie de la population
en Afrique. Le reste (90%) a été aux grands projets, et n'a
bénéficié qu'à très peu de gens.
Bilan début 2000
Selon un récent rapport de
la Banque mondiale, la situation économique des pays africains est
pire que celle des années 60 au moment des indépendances.
La Banque mondiale révèle que le revenu additionné
de 48 pays africains est plus petit que celui de la Belgique !! Pour maintenir
le "niveau actuel de pauvreté", les économies africaines
devront croître de 5% à cause de l'augmentation rapide de
la population.
Queques grosses lacunes :
- seulement 16% des routes sont pavées (moins qu'en Pologne !)
- on compte 10 téléphones pour 1000 personnes
- 80% de la population n'a pas accès à l'électricité
- 35 millions de personnes sont infectées par le HIV
- l'accès aux installations sanitaires est insuffisant pour 75% des populations rurales, et 2/3 de la popualtion rurale n'a pas accès à l'approvisionnement en eau de façon suffisante
La Banque mondiale souligne aussi que l'Afrique n'utilise pas assez son potentiel humain, particulièrement les femmes. La scolarisation moyenne pour les femmes africaines n'a augmenté que de 1.2% dans les 40 dernières années.
Pourtant, les femmes travaillent traditionnelement plus longtemps que les hommes, elles collectent l'eau et le bois; elles n'ont que peu accès au crédit, à la terre ou aux ressources éducationnelles.
Les ressources humaines sont aussi
décimées par les maladies, en particulier par le SIDA qui
atteint un taux de 25% au Zimbabwe et au Botswana.
Des décennies de guerres
civiles et de conflits ont affectées au moins 20 pays d'Afrique
sub-saharienne (sur 48) : elles ont accru la pauvreté et la violence.
Il faut également parler de
la dette des pays africains, très préoccupante, ainsi que
de la dépendance presque totale de certains pays envers l'étranger.
Le rapport insiste sur le rôle
des ONG qui peuvent aider de façon ponctuelle des communautés
entières, en leur apportant de quoi se suffire à elles-mêmes...
JUILLET 2000 (Regain d'afropessimisme)
A l'aube de l'an 2000, le nombre
des pauvres augmente en Afrique. En dépit des progrès accomplis
depuis 1995 (4.3% de croissance moyenne), près de 475 millions d'Africains,
sur les 600 millions recensés, survivent avec moins de 2 dollars
par jour. Environ 250 millions se contentent de moins d'un dollar. Le
revenu global du continent équivaut à celui de l'Argentine.
L'Afrique représente à peine 1% du PIB mondial et 2% des
échanges internationaux. Vu le taux élevé de la croissance
démographique, l'économie africaine devrait progesser de
5% par an pour éviter l'élargissement de la pauvreté.
Ce ne sont pas la faiblesse des investissements, l'évasion des capitaux
et la fuite des cerveaux qu'elle subit, qui l'y aideront.
Près de 51% de la population
des ACP vit dans la pauvreté absolue. Pour réduire ce taux
de moitié d'ici 2015, le PIB du continent africain devrait, selon
l'ONU, augmenter d'au moins 7% par an, au lieu de 3% actuellement. Selon
la Banque mondiale, sur la décennie 87-97, 22 pays de cette région
ont connu une croissance négative, notamment l'Angola (-13.1%) et
le Congo (-9.5%). Le PNB par habitant ne dépasse pas 200 dollars.
Pourtant, certains voient en la
croissance économique de quelques pays, ainsi qu'en l'accroissement
de la démocratisation et du réveil de la société
civile..., des raisons d'espérer.

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier