Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Analyse géopolitique
ANALYSE GEOPOLITIQUE

État d'Afrique centrale aux trois quarts couvert par la forêt dense, le Gabon a pu être comparé à un  émirat équatorial . Depuis son indépendance, acquise en 1960, le pétrole domine son économie et a fait de sa population la plus riche de l'Afrique noire en termes de produit national brut (PNB) par habitant : jusqu'à 5 000 dollars en 1985, avant que ne se fassent sentir les effets du contre-choc pétrolier.

Cette relative mais trompeuse prospérité n'a pas mis le Gabon à l'abri d'accès de violences, lesquels ont entraîné à deux reprises l'intervention militaire de la France : en 1964, celle-ci réinstalla le président Léon M'ba déposé par son opposition ; en mai 1990, elle mit un terme aux émeutes de Port Gentil qui firent vaciller le pouvoir du président Omar Bongo. C'est dire à quel point le Gabon représente un enjeu important pour la politique africaine de la France, qui entretient une base militaire (cinq cents hommes) à Libreville.

La présence française sur la côte gabonaise remonte à 1839, et c'est à partir de cette petite colonie côtière que Pierre Savorgnan de Brazza jeta les bases de la future Afrique-Équatoriale française (AÉF). Le choix de Brazzaville (Congo) comme capitale de la fédération fit naître un sentiment de rancoeur qui s'accrut lorsque le Gabon, producteur du bois d'okoumé, se rendit compte qu'il était la  vache à lait  de la fédération. Les rapports tendus avec le Congo ont nourri le nationalisme gabonais pour lequel l'indépendance a d'abord signifié la libération de la tutelle brazzavilloise.

Après avoir été rogné à plusieurs reprises sur son flanc sud, le territoire gabonais récupéra en 1946 la province du Haut-Ogooué : décision géopolitique de grande importance car cette province se révéla riche en manganèse et en uranium. Elle donna de surcroît naissance à Albert Bernard Bongo, président de la République gabonaise depuis 1967, devenu El Hadj Omar dans la foulée de l'entrée du Gabon à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).

Bien qu'il soit peu peuplé, le Gabon compte près d'une quarantaine d'ethnies réparties entre sept ou huit groupes. Avec un tiers de la population, les Fang, dont l'aire d'extension couvre le nord du pays jusqu'à Libreville et à l'Ogooué, sont considérés comme les plus dynamiques et sont redoutés par les groupes méridionaux, aussi nombreux mais désunis. Les Myènè, gens de la côte anciennement en contact avec les Européens, jouent un rôle politique non négligeable, bien qu'ils ne soient que quelques milliers. Quant aux Téké, très minoritaires au Gabon, ils comptent politiquement car le président Bongo est l'un des leurs.

Le Gabon d'Omar Bongo : un État pétrolier

Au pouvoir depuis 1967, Omar Bongo a inauguré l'année suivante l'ère de la  rénovation  et du parti unique, le Parti démocratique gabonais (PDG). Derrière la façade des discours unitaires, la pratique est celle de la recherche d'équilibres ethniques et régionaux, ce que les Gabonais appellent la  géopolitique . Son pouvoir autoritaire ¾ mais dénué des excès des véritables dictature n'a été réellement remis en cause qu'en 1990, même si un mouvement d'opposition, le Mouvement de redressement national (Morena), milite depuis le début des années 80 pour une ouverture démocratique. La politique du Gabon est en réalité dominée par la santé de son économie. La rente forestière, minière et surtout pétrolière a donné à l'État d'importants moyens financiers et a enrichi la classe politico-bureaucratique aujourd'hui menacée de perdre ses privilèges.

Le pétrole a financé la construction du Transgabonais ; ce chemin de fer reliant Libreville à Masuku (Franceville) répondait à deux objectifs : présenté comme le  ciment de l'unité nationale , c'est un instrument d'intégration territoriale ; surtout, il a permis, depuis son achèvement en 1987, d'inverser les flux de transport du minerai de manganèse du Haut-Ogooué (Moanda). Autrefois exporté via le Congo par  Pointe Noire, le manganèse est désormais acheminé vers le nouveau port de Libreville-Owendo. Le contrôle par le Gabon des ressources de son sous-sol s'en trouve renforcé, mais au prix d'une dégradation des relations avec le Congo.

La chute des cours du pétrole a provoqué à partir de 1986 un manque à gagner équivalant à la moitié du budget de 1985. La mise en production des nouveaux champs pétrolifères de Rabi Kounga vient de relancer l'activité des sociétés Shell Gabon et Elf Gabon, première société d'un pays parfois considéré comme une  chasse gardée  de la France. Malgré une production record de près de 15 millions de tonnes en 1991, le Gabon garde les faiblesses d'une économie dépendante.

Sur fond de crise économique et de revendication démocratique, une conférence nationale a abouti à l'institution du multipartisme en mai 1990. Le décès d'un leader de l'opposition provoqua alors une explosion de violence à Libreville et surtout dans la capitale pétrolière, Port Gentil. L'intervention des légionnaires français, on l'a vu, a peut-être sauvé le régime de Bongo. Après un certain retour au calme, la première élection présidentielle pluraliste, en décembre 1993, a engendré de nouvelles tensions, l'opposition ayant vivement contesté la réélection d'Omar Bongo. Un accord a cependant été trouvé, en octobre 1994, entre la présidence et certains partis d'opposition, en vue de la formation d'un gouvernement d'union nationale.

Source :
Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion


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Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier