Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
Le Gabon de 1982 à 1996
LE GABON DE 1980 A 1997

Le Gabon (0,6 millions d'habitants) est, après la Libye, l'État du continent africain dont le PNB par tête est le plus élevé. Le Gabon dispose en effet de ressources minières considérables, gisements de minerais de fer, de manganèse, d'uranium, exploités par les firmes multinationales. Surtout, on a découvert à la fin des années soixante d'importants gisements de pétrole et de gaz au large des côtes gabonaises. Ce pactole, dont profitent largement ministres gabonais et compagnies françaises, tend cependant à diminuer depuis quelques années, en raison des effets de la crise mondiale. De ce fait, le gouvernement gabonais cherche à faire partir les travailleurs qui avaient été autorisés à venir des pays voisins d'autant plus facilement que la population gabonaise est fort peu nombreuse. Mais dès 1981, des pogroms commençaient contre les Camerounais, qui ont dû rapidement quitter le pays, grâce à un pont aérien organisé par le gouvernement français.

Au Gabon (562 000 habitants), l'année 1983 aura été marquée par une série de dissonances entre Paris et Libreville. Déjà en janvier, lors de la visite de François Mitterrand à Libreville, le président gabonais Omar Bongo avait proféré des menaces publiques et brutales contre les coopérants français "indociles", et avait lancé une demande inattendue de construction d'une centrale nucléaire par Paris, laissant sous-entendre que le Gabon pourrait s'adresser aux États-Unis dans le cas où la France refuserait d'accéder à cette demande. Depuis l'avènement de la gauche au pouvoir à Paris, le président Bongo a d'ailleurs toujours utilisé ce genre de chantage pour infléchir la politique française ; c'est le sens de la phrase prononcée par le président gabonais: "Sans le Gabon, la France est comme une voiture sans essence."

En octobre, la parution du livre du journaliste Pierre Péan, Affaires africaines, a accru la tension entre les deux gouvernements: Libreville décidait alors d'interdire la diffusion de toute information d'origine française ou faisant état du rôle de la France dans le monde. Mais le Gabon et la France ayant besoin l'un de l'autre, les deux capitales ont fait des concessions mutuelles: Paris fermait les yeux sur les violations des droits de l'homme au Gabon (les dirigeants du Mouvement de redressement national, Morena, sont encore embastillés) et le Gabon levait l'interdiction frappant les nouvelles en provenance de Paris.

Au plan économique, les recettes de l'État gabonais continuent de dépendre du pétrole, qui a représenté en 1983 83% des recettes d'exportation, le reste provenant du bois (8%), du manganèse (5,1%) et de l'uranium (3,2%). En 1984, la masse budgétaire prévue était en augmentation sur 1983 (596 milliards de francs CFA contre 562) et le redressement de l'économie se poursuivait, mais de gros problèmes demeuraient: le taux d'inflation restait élevé (13%) et le service de la dette représentait 37% du produit intérieur brut. Le Gabon a été la cheville ouvrière de la création de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale, en octobre 1983.

Le Gabon (1,1 millions d'habitants). Paris et Libreville ont tout mis en oeuvre durant l'année 1984 pour effacer la brouille née lors de la parution du livre de Pierre Péan, Affaires africaines: visite de Pierre Mauroy à Libreville (31 mars-1er avril), mais surtout "visite officielle d'État" du président Omar Bongo à Paris, du 3 au 5 octobre 1984. Cette dernière visite a permis à la France et au Gabon de réaffirmer de façon solennelle que les raisons d'État priment sur les différences de sensibilité entre les deux pays ; elle a aussi servi de cadre à une concertation sur le problème tchadien entre les présidents François Mitterrand (France), Omar Bongo (Gabon), Félix Houphouët-Boigny (Côte-d'Ivoire), Mobutu Sese Seko (Zaïre), Hissène Habré (Tchad).

Sur le plan intérieur, en décembre 1984, à l'occasion du dix-septième anniversaire de son arrivée au pouvoir, Omar Bongo a annoncé la libération de trois prisonniers politiques, membre du MORENA (Mouvement de redressement national, qui prône le multipartisme). Quinze membres de ce mouvement étaient encore en prison au début de 1985.

L'économie gabonaise reste extrêmement dépendante du pétrole. Avec la découverte de nouveaux gisements au large de Port-Gentil, la production pétrolière a augmenté en 1984 (+16,5%) et les exportations pétrolières ont représenté 83,6% du total des exportations. Le budget 1985 a été arrêté à 679 milliards de francs CFA ; les ressources nationales s'élevaient à 594 milliards de francs CFA, dont 375 milliards provenant du pétrole (soit 63% des ressources nationales). L'économie du Gabon continue de souffrir de deux maux majeurs: la faiblesse de la production agricole, qui contraint ce petit pays à importer 85% de ses produits de consommation courante et le poids de la dette extérieure qui représentait 38% de la production nationale à la fin de 1984.

Pour la première fois depuis 1980, les recettes pétrolières du Gabon ont connu une baisse en 1985. Celle-ci est due à la chute du pétrole et à celle du dollar, mais aussi au ralentissement de la production (8 millions de tonnes en 1985 au lieu des 9 millions prévus). Malgré cette limitation des revenus du pétrole (85% des exportations), le Gabon a continué en 1985 d'accélérer les grands travaux d'infrastructure, en partie financés par les emprunts. Le gouvernement tient en effet à mettre en place la politique économique de l'après-pétrole (il n'y en aura plus en l'an 2000): le chemin de fer Transgabonais, qui devrait être achevé en 1988, devrait permettre une exploitation plus dynamique des mines d'uranium, de manganèse et de fer.

Le gouvernement a dû amputer de 100 milliards de francs CFA le budget de 1986, réduisant les dépenses de fonctionnement et surtout les investissements publics.

Grâce au pétrole, le Gabon a engagé avec succès une politique de désendettement depuis 1978. Il assure un service de la dette extérieure d'environ 150 milliards de francs CFA pour un encours de quelque 550 milliards (40% du PIB). Cette politique lui a permis d'obtenir en mars 1985 un prêt à long terme de 60 millions auprès d'un consortium bancaire.

Tandis que la production de minerais (8% des exportations) a été satisfaisante en 1985 (manganèse, 1,7 million de tonnes, et uranium, 710 tonnes), la production agricole est restée médiocre: 1 600 tonnes de cacao (contre 2 800 en 1981), 400 tonnes de café (contre 900 en 1982). Les ventes de bois (7% des exportations) ont stagné. La balance commerciale dégage toujours un large excédent, cependant insuffisant pour combler le déficit de la balance des paiements (10 milliards de francs CFA). L'inflation s'est maintenue dans des limites raisonnables (15%).

Au Gabon, 1986 a été l'année d'un réveil assez brutal, après treize années d'euphorie pétrolière, qui avaient fait de ce pays le plus riche de la région. Avec un PNB de 3 480 dollars par habitant en 1984, le Gabon était au deuxième rang en Afrique, derrière la Libye.

Le 8 février, le président Omar Bongo a annoncé que le budget 1986, qui avait été évalué à 720 milliards de francs CFA, devrait être réduit de 100 milliards, à cause de la baisse des cours du pétrole. Mais la chute allait être bien plus nette: le budget 1987 a été arrêté à 360 milliards de francs CFA, pratiquement la moitié du précédent. Les dépenses effectives ont été de 670 milliards, dont près de 160 milliards pour le seul service de la dette. Les recettes pétrolières de l'État ne devaient être que de 60 milliards de francs CFA en 1987, contre 400 milliards en 1985...

Comme en 1977 (alors la crise n'était que financière, et non économique), le Gabon a dû faire appel au FMI et adopter un programme de "redressement structurel". L'inauguration du Transgabonais le 30 décembre 1986 a marqué la fin d'une époque.

Au plan politique, le président Bongo a été réélu pour sept ans le 9 novembre, avec 99,77% des suffrages exprimés (904 039 voix). En ce qui concerne la politique extérieure, un événement a surtout été remarqué: à rebours de la tendance à renouer avec Israël, la visite à Libreville de Yasser Arafat, en mai, a été l'occasion d'annoncer le prochain établissement de relations diplomatiques avec l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Les mesures d'austérité prises en 1986 en réponse à la chute brutale des recettes pétrolières, qui assurent près de 80% des ressources en devises du pays, ont été prolongées en 1987. Le gouvernement a adopté début décembre un budget de 325 milliards de francs CFA pour 1988, contre 360 milliards l'année précédente. Les recettes budgétaires ne devaient s'élever qu'à 265 milliards, les 60 milliards supplémentaires étant apportés par des prêts extérieurs et la reconduction d'un emprunt de solidarité prélevé sur les salaires. Sur l'ensemble des dépenses, 83 milliards de francs CFA ont été affectés aux investissements et 60 milliards au service de la dette extérieure.

Le Gabon a obtenu, le 8 décembre 1987, le rééchelonnement de ses dettes pour 1987 du Club de Paris et du Club de Londres, ce qui témoigne de la satisfaction du FMI quant à l'application effective du plan d'ajustement structurel négocié en décembre 1986. S'il cherche à diversifier l'économie du pays, notamment en développant l'agriculture et les petites et moyennes entreprises, c'est surtout grâce au pétrole que le gouvernement espère sortir de la crise, en particulier par la mise en exploitation du gisement de Rabi-Kounga en 1989 et la découverte de nouveaux gisements.

Sur le plan politique, les élections locales du 28 juin 1987 n'ont pas engendré de renouvellement du personnel politique, malgré la pluralité des listes, toutes investies par le Parti démocratique gabonais qui a célébré ses vingt ans en mars 1988. En politique étrangère, le Gabon a été surtout actif au sein du comité ad hoc de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) sur le différend tchado-libyen (bande d'Aozou), dont il assure la présidence.

Le Gabon a poursuivi sa politique d'assainissement économique. Un nouveau budget d'austérité (358 milliards de francs CFA) a été adopté pour 1989, en très légère progression par rapport à 1988. Les emprunts de l'État s'élèvent pour 1989 à 87,5 milliards de francs CFA, contre 60 milliards en 1988. Le déficit de la balance des paiements a dû être réduit en 1987 par rapport à 1986.

Les problèmes du secteur pétrolier, dus à la baisse des cours et de la production, ont connu un certain répit, si ce n'est des perspectives meilleures avec l'inauguration, par le chef de l'État, le 6 mars 1989, des installations du champ pétrolier terrestre de Rabi-Kounga (58 millions de tonnes exploitables), le plus important gisement jusqu'alors découvert au Gabon. Cela permettra de relever la production du pays à 8 millions de tonnes. Un gisement de phosphate a d'autre part été découvert près de Lambaréné (réserves évaluées à 50 millions de tonnes).

Dans le cadre de la restructuration du secteur public, recommandée par les organismes financiers internationaux, la Société nationale des bois du Gabon (SNBG) est en voie d'être réformée. Le bois est la deuxième ressource du pays (loin derrière le pétrole). De même, le gouvernement étudie un projet de restructuration de l'Office du chemin de fer transgabonais, déficitaire. Le président Omar Bongo a inauguré le 30 décembre 1988 le port minéralier d'Owendo, événement d'importance, car ce port permet au Gabon d'évacuer son manganèse par la voie nationale et non plus uniquement par le Congo, en utilisant le Transgabonais.

Sur le plan politique, le Gabon a participé aux discussions sur le rétablissement de la paix intérieure en Angola, lors de la tenue, le 1er octobre 1988, à Franceville, d'un sommet réunissant les chefs d'État angolais, congolais et gabonais.

Depuis le contre-choc pétrolier de 1986, le Gabon a vu se tarir ses recettes pétrolières. Les problèmes économiques ont fait place à une tension politique grandissante. En 1990, avec une violence allant crescendo, la démocratie a frappé ses trois coups d'entrée en scène au Gabon. Mais en intervenant - après la remise en selle du président Léon Mba en 1964 - l'armée française a sauvé le régime d'Omar Bongo.

Sous la pression des manifestations populaires du 17 janvier et du 25 février 1990, le président gabonais avait convoqué une "Conférence nationale" et concédé la dissolution du parti unique, l'instauration du multipartisme et la nomination d'un "gouvernement de transition". 22 des 28 ministres sortaient des rangs du Parti démocratique gabonais, l'ancienne formation unique dont le sigle - PDG - résumait parfaitement la dévotion au chef de l'État. Celui-ci, en reprenant à son compte les "suggestions" de la Conférence nationale, avait préservé l'essentiel de son pouvoir.

Lorsque, le 23 mai 1990, l'un des protagonistes de l'opposition qui avait dénoncé cette "récupération", le secrétaire général du Parti gabonais du progrès (PGP), Joseph Rendjambé, fut trouvé mort dans des circonstances suspectes, la population de la capitale est descendue spontanément dans la rue. L'éruption contestataire à Libreville, accompagnée de pillages et d'incendies, a été suivie d'une insurrection à Port-Gentil. Base à terre de l'exploitation pétrolière et fief traditionnel des Myéné, l'ethnie aliénée du pouvoir, Port-Gentil explose de contradictions. La prise d'otage d'un vice-consul, puis de huit cadres d'Elf-Gabon a justifié l'envoi par les autorités françaises, le 24 mai 1990, de renforts militaires "pour protéger la vie des ressortissants français". Plusieurs milliers d'entre eux ont été évacués. Sommée par le président O. Bongo de reprendre ses activités, Elf a rouvert le robinet pétrolier. L'état de siège décrété, l'armée gabonaise a rétabli l'ordre à Port-Gentil au prix de plusieurs morts et de nombreux blessés.

"Le multipartisme et la démocratie sont quelque chose d'incontournable". Cette profession de foi du président Omar Bongo, le 26 mars 1991 à Paris, résumait le chemin parcouru en un an par le Gabon. En toute ambiguïté. Au lendemain du bain de sang au Mali, Omar Bongo l'exprimait en ajoutant ce bon conseil aux présidents africains: "La démocratie, il faut la faire à temps... Plus vite vous commencez, plus vite vous verrez que c'est très bien."

Après les émeutes de Port-Gentil et l'intervention de l'armée française, en avril 1990, la politique d'ouverture s'est inscrite dans les faits sans dérapages. Certes, en juillet 1990, en pleine trêve estivale, les "amis du Gabon" en France ont désespérément cherché "quelques milliards" pour "aider le président à passer le cap des élections". Mais la crise du Golfe, à partir du 2 août 1990, a rapidement résolu le problème. La hausse du prix du pétrole a permis à "l'eldorado dans la forêt équatoriale" d'engranger 150 milliards FCFA - 30 de plus qu'en 1990. A la veille des élections législatives, 20 millions FCFA et une voiture tout terrain ont ainsi été distribués à chacun des 70 "partis" en lice. Un à un, les leaders de l'opposition sont venus à la présidence pour chercher la clé de leur véhicule et l'enveloppe. Parfois pour disparaître ensuite.

Après plusieurs tours de scrutin, répété à force d'être contesté, l'ex-formation unique, le Parti démocratique gabonais (PDG), est sorti vainqueur des urnes au moins d'octobre 1990. Avec une courte majorité sur l'ensemble de l'opposition dont les principales forces sont le MORENA (Mouvement pour la rénovation nationale) - bûcheron du Père Paul Mba Abessole, et le Parti gabonais du progrès (PGP) de Me Agondjo-Okawe. Ce dernier a continué de pratiquer l'"opposition fondamentale". Mais Omar Bongo a affiché sa conviction sereine que "le Gabon peut s'offrir la démocratie". Dans quelques années, la production pétrolière du pays, de 200 000 barils par jour en 1990, devrait doubler...

Signe des temps "nouveaux", dans la périphérie de Libreville, le carrefour Bongo debout est devenu, à la fin 1991, "place de la Paix" et la statue dorée du président Omar Bongo, don de la Corée du Nord, devait céder sa place à un "monument de la paix". Quelques détenus, "anciens conjurés", ont été libérés en décembre 1991.

Pourtant, disposant de 54 des 120 sièges de l'Assemblée, l'opposition, regroupée dans la Coordination de l'opposition démocratique (COD), a dû réitérer, par la voix de Me Louis Agondjo Okawa, sa demande de dissolution de la garde présidentielle et des milices, quand elle a été reçue par le chef de l'État en octobre 1991. Le Premier ministre, surmontant une brève crise politique en juin 1991, a conservé son poste: ayant obtenu en octobre le réaménagement d'une dette dont le montant est préoccupant, il s'est attaqué au dossier des sociétés parapubliques. Mais la fragile reprise économique, notamment liée à la hausse des revenus pétroliers (40% des recettes budgétaires du pays en 1992) - l'uranium et le manganèse connaissent un repli -, n'a pas endigué le mécontentement social, lequel s'est amplifié à partir de janvier 1992. Grèves des magistrats, des enseignants, fermeture de l'Université en février, journées "villes mortes" à l'appel de la COD en mars à la suite de la mort d'une manifestante: le Parti gabonais du progrès (PGP) de Me L. Agondjo et le Rassemblement national des bûcherons de Paul Mba Abessolé, principales organisations d'opposition, n'ont pas entendu "l'appel à la conscience nationale" du président Bongo, au pouvoir depuis 1967, et dont le mandat s'achèvera en 1993...

La vie politique, économique et sociale gabonaise est apparue suspendue aux élections présidentielles de décembre 1993. A l'approche du scrutin, concession sous contrôle du chef de l'État, Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967, de larges fissures sont apparues au sein de l'ex-parti unique: à la suite d'un attentat manqué qu'il a imputé au propre garde du corps du président, l'ancien directeur de cabinet d'Omar Bongo, Jean-Pierre Lemboumba Lépandou, est entré en dissidence, fin 1992. A son tour, en janvier 1993, le président de l'Assemblée nationale, Jules-Aristide Bourdes Ogouliguende a quitté le Parti démocratique gabonais (PDG, ex-parti unique), l'accusant de n'avoir changé "ni de mentalité ni de méthodes" et d'"alignement systématique sur les vues du chef-guide". Or, les deux hommes représentent, respectivement, les Obamba dans le Haut-Ogooué, fief du président, et les Miéné de l'Ogooué-Maritime, le sanctuaire pétrolier du Gabon.

Disposant de fortunes et de réseaux personnels importants, ces anciens dignitaires pourraient s'allier, le moment venu, à l'un ou l'autre des deux grands partis d'opposition: le Parti gabonais du progrès (PGP) de Me Agondjo Okawa ou le Rassemblement national des bûcherons du père Mba Abessolé. Ces manoeuvres se sont dessinées sur toile de fond d'une crise de l'endettement: en 1993, les échéances dues par le Gabon équivalaient à la totalité de ses recettes annuelles.

"La récréation est terminée" a déclaré Omar Bongo après sa réélection à la présidence, le 5 décembre 1993, à l'issue du premier tour, avec 51,2% des voix. Ainsi concluait-il le cycle de réaffirmation de son pouvoir, inauguré en 1990 par la "conférence nationale" et le passage au multipartisme. Le Gabon, confronté à de graves difficultés financières, s'est vu obligé de mettre en place un programme économique d'ajustement structurel drastique. La baisse du prix du pétrole brut, sa principale ressource, celle du dollar et les exigences d'un remboursement calculé sur un échéancier trop court ont sérieusement alourdi la dette extérieure. Le redressement des finances publiques, suspendu jusque-là à cause des tensions politiques et sociales, a paru indissociable de la restructuration d'un secteur public peu rentable et de la mise en place d'une politique d'austérité rendue plus difficile par la dévaluation du franc CFA, le 12 janvier 1994, que les autorités ont subie sans l'avoir souhaitée.

L'opposition, et particulièrement le Rassemblement national des bûcherons du père Mba Abessolé (26,5% des voix lors de la présidentielle contestée dans son déroulement et ses résultats), a maintes fois montré ses capacités de mobilisation. Après la proclamation des résultats, le gouvernement a dû déclarer le couvre-feu. Du 21 au 27 février 1994, des émeutes ont eu lieu à Libreville et à Port-Gentil à la suite d'un appel à la grève générale pour une augmentation des salaires après la dévaluation.

En raison des "rigidités structurelles" de l'économie nationale et de l'accroissement de la dette, la dévaluation du franc CFA, intervenue le 12 janvier 1994, n'a pas amené toutes les améliorations attendues. La situation économique et financière est demeurée difficile et l'embellie qu'a connue la filière du bois n'a pas suffi à compenser la baisse persistante des recettes pétrolières. La compression des dépenses publiques et les projets de privatisation n'ont que lentement progressé dans une ambiance peu propice à l'investissement privé dans les secteurs autres que le pétrole.

Des tensions sociales ont accompagné cette lente dégradation de l'"exception gabonaise". L'agitation étudiante, puis la fermeture de l'Université, ainsi que l'expulsion d'environ 40 000 immigrés "clandestins", en février 1995, en ont été les signes les plus marquants.

Refusant pour un temps de se laisser davantage décimer par les tentatives de "débauchage" de la Présidence, l'opposition s'est regroupée au sein d'un Haut comité de résistance (HCR). Le contentieux lié à la réélection peu convaincante du président Omar Bongo, en décembre 1993, ainsi que la répression qui suivit jusqu'en février 1994, sur fond de dévaluation, l'avait conduite à exiger des négociations globales avec l'exécutif.

Les accords, longuement négociés à Paris, puis signés à Libreville le 7 octobre 1994, ont prévu la création d'une commission électorale indépendante, chargée d'organiser les élections législatives de 1996. Ils stipulaient également l'entrée de l'opposition dans le nouveau "gouvernement de la démocratie", formé le 31 octobre 1994 par le nouveau Premier ministre nommé par le président, Paulin Obame Nguéma. L'opposition s'est engagée, en contrepartie, à reconnaître sinon la légitimité, du moins la "légalité" du président.

Grâce aux "accords de Paris" signés en octobre 1994 entre le pouvoir et l'opposition, le pays a retrouvé une vie politique calme durant 1995. Le président Omar Bongo en a profité pour jouer son rôle de médiateur régional (Angola et Tchad), tout en s'affirmant dans les relations franco-africaines comme le "doyen" des présidents des "pays du champ". Son éloignement des luttes politiques locales lui a aussi permis de se présenter comme l'homme du recours dans une conjoncture préélectorale qui ne donnait pas pour tout à fait sûre la victoire de sa formation, le Parti démocratique gabonais (PDG). En effet, les échéances des municipales et des législatives prévues pour 1996 ont remis en scène les leaders les plus en vue de l'opposition, Paul M'ba Abessole et Pierre-Louis Agonjo-Okawé.

L'économie du pays a subi, en 1995, les contrecoups de la dévaluation du franc CFA, mais la maîtrise de l'inflation a été satisfaisante (estimée à 10,9 % pour 1995). Cependant, les perspectives de développement en dehors du secteur pétrolier sont demeurés étroitement liées au plan de réforme élaboré avec le FMI (Fonds monétaire international) (rééchelonnement de la dette extérieure en échange d'importantes privatisations). La production de pétrole a progressé de 67 % depuis 1990, continuant d'attirer des investisseurs de plus en plus diversifiés.

Aboutissements des "accords de Paris" d'octobre 1994, les élections locales (octobre et novembre 1996), puis les élections législatives de décembre 1996 ont abouti à des résultats contrastés. A l'occasion des élections locales, l'opposition a pris le contrôle des deux plus importants centres urbains, Libreville avec le père Paul Mba Abessole du Rassemblement national des bûcherons, et Port-Gentil avec Marie-Augustine Houangni Ambourone du Parti gabonais du progrès. Cependant, la perspective d'une cohabitation ne s'est pas réalisée au moment des élections législatives puisque le parti présidentiel y a remporté une nette victoire, disposant à nouveau d'une majorité absolue à l'Assemblée. Le président Omar Bongo a ainsi pu procéder à un remaniement restreint de son gouvernement, le 31 janvier 1997, et faire adopter en avril une révision de la Constitution portant sur la création d'un poste de vice-président de la République et sur l'extension du mandat du chef de l'État de cinq à sept ans. Il a également retrouvé son rôle de médiateur dans une sous-région d'Afrique centrale particulièrement déstabilisée (Congo, Centrafrique, Angola).

Sur le plan économique, malgré son retrait de l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), en janvier 1995 le Gabon a encore tiré du pétrole 50 % de ses recettes publiques en 1996. Le pays s'est engagé progressivement dans une diversification accrue de son économie et dans la mise en oeuvre des privatisations avec celle, en mars 1997, de la Société nationale d'eau et d'électricité du Gabon.

Source :
L'etat du Monde 1981-1998


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