
ARTICLES EXTRAITS DE LA PRESSE AFRICAINE
Articles 1998
AGRICULTURE : DÉVELOPPER UN POTENTIEL NATUREL ET ASSURER L' AUTOSUFFISANCE
L'agriculture gabonaise dresse aujourd'hui le bilan et doit faire face à un paradoxe. Alors que ses richesses naturelles sont réelles, les importations alimentaires du pays continuent de grimper: de 80 milliards de francs CFA en 1996, elles sont passées à près de cent milliards en 1997. Un chiffre qui s'explique par l'accroissement de la population et de l'urbanisation, et qui pose avec urgence la nécessité d'une profonde réforme de la politique agricole. Conscientes de ces difficultés, les autorités mettent en place plusieurs types d'actions pour pallier les carences de l'agriculture traditionnelle et donner un coup de fouet à la production intérieure.
REDYNAMISER LES STRUCTURES EXISTANTES.
Les exploitations traditionnelles,
qui occupent environ 55 000 familles et couvrent près de 1,1% de
l'espace national, sont de petites tailles et produisent surtout pour la
consommation personnelle: Manioc, plantain, ignames, maïs, arachides.
..Afin de les transformer en exploitations performantes, plusieurs projets
ont été lancés. Comme l'Appui au Paysannat Gabonais
(Projet APG/Fida), qui touche 95 villages pilotes et a permis la création
de 5 000 hectares de bananeraies paysannes, de blocs de cultures vivrières
ainsi que la diffusion de semences et d'outillage agricole.
Ce projet doit être étendu
à d'autres provinces. L'Institut gabonais d'appui au développement
(Igad) a planté une vraie ceinture verte autour de Libreville, grâce
à 210 exploitations qui couvrent aujourd'hui 4% de la demande vivrière
de la capitale. Par ailleurs l'élevage domestique est encouragé
et étendu aux zones de forêt, car la production nationale
ne couvre encore que 38% des besoins en viande du pays. Enfin, les plantations
de cacaoyères et de caféières privées seront
encouragées et réhabilitées.
AGRO-INDUSTRIE : DE BONS RÉSULTATS... ET DES PROGRÈS À FAIRE.
Par le biais d'Hévégab, la production de caoutchouc (qui couvre 10 500 hectares) s'est élevée à 10 000 tonnes en 1997, en hausse de 24,5% par rapport à 1996. L'objectif est d'atteindre les 50 000 tonnes grâce aux plantations villageoises et de pousser les exportations. Quant aux 15 000 tonnes de sucre produites par la Sosuho, elles répondent largement aux besoins locaux (14000 tonnes). Agrogabon avec 7500 hectares assure un peu plus de 50% de la demande intérieure en huile et savon; et enfin la Siaeb pour la volaille et la Sogadel pour les bovins ont du mal à couvrir plus du tiers des besoins nationaux. Il faut dire que ces trois sociétés souffrent de la dégradation de leur outil de production, lequel doit être modernisé.
BAISSER LA TVA ET APPORTER UN SOUTIEN FINANCIER.
Une politique agricole dynamique s'accompagne d'un coup de pouce financier. Le gouvernement qui l'a compris commence par débloquer une aide de 4,9 milliards de francs CFA aux entreprises industrielles en difficulté. ( Sogadel, Socagab.) Le projet de lois de finances de 1998 prévoit quant à lui, de ramener le taux de la TVA sur les produits agricoles à moins de 5'% et d'instaurer le remboursement la TVA sur certains types de matériel agricole. D'autre part le système bancaire doit apporter son appui financier aux initiatives privées, sous la forme de prêts et de financements personnalisés.
LE GABON, FUTURE PUISSANCE AGRICOLE
Ce vaste plan de développement répond ainsi à trois axes prioritaires : l'autosuffisance alimentaire, l'accroissement des exportations et l'amélioration des conditions de vie des ruraux. Atteindre ces objectifs représente pour le Gabon un enjeu vital à moyen terme. A long terme, ce sera l'opportunité de s'affirmer comme une puissance agricole au sein du continent africain.
Juillet 98
A six mois de l'élection présidentielle, l'opposition radicale gabonaise vient de désigner unanimement Pierre Mamboundou comme candidat. Querelleuse à souhait, sur tout pour des questions de leadership, cette opposition, réunie au sein du Haut Conseil de la résistance (HCR), n'avait pu s'entendre en 1993 pour une candidature unique et présentait pas moins de douze candidats contre Omar Bongo du Parti démocratique gabonais (PDG). Ce qui avait, en toute logique, contribué à émietter son électorat. Aujourd'hui, elle semble avoir assimilé la leçon. A la suite de la signature d'une nouvelle charte, plus contraignante, obligeant "tous les partis et mouvements politiques du HCR à présenter un seul candidat et à le soutenir à la présidentielle" , Pierre Mamboundou a unanimement été désigné comme candidat du HCR. Président de l'Union du peuple gabonais (UPG) et député à l'Assemblée nationale, l'intéressé a la tête de l'emploi. Respecté, voire craint, il a des atouts à faire valoir. Mais ceux-ci risquent de ne pas se révéler d'une grande importance le moment venu.
L'opposition accuserait-elle le coup de la formidable débauche d'énergie déployée depuis huit ans que dure la transition ? De Paul Mba Abessole, leader du Rassemblement national des bûcherons (RNB), le premier parti de l'opposition, à Pierre Claver Maganga Moussavou, en passant par Me Pierre Louis Agondjà Okawé, les "héros" seraient-ils fatigués ? Certes, quelquesuns des leaders tiennent, çà et là, des causeries politiques. Mais celles-ci n'ont pas une grande portée ni un réel impact sur les "partisans du changement" qui ne supportent plus de voir l' opposition s ' entre-déchirer. Lorsque Pierre Claver Maganga Moussavou, président du Parti social démocrate, déclare sa candidature, Me Agondjo monte au créneau pour déclarer celle-ci "inopportune" , tandis que d'autres parlent de " gesticulation" .Lorsque Paul MbaAbessole et Pierre Mamboundou réclament des émissaires de l'Onu pour venir superviser l'élection présidentielle -le ministère de l'Intérieur et la Commission nationale électorale (CNE) ayant montré leurs limites lors des scrutins passés -, c'est chez les opposants qu'on rejette le plus fermement cette idée, arguant de la souveraineté du Gabon. Le HCR, structure qui regroupait quinze partis et autres sensibilités politiques, n'en compte plus aujourd'hui que cinq !
LE CODE ÉLECTORAL, MODIFIÉ
DERNIÉREMENT, EST AUSSI UN motif d'inquiétude pour l'opposition,
qui n'a pas tardé à le faire savoir. Ce code a la particularité
de confier, une fois de plus, au ministère de l'Intérieur
l'organisation de l'élection présidentielle, c'est -à-dire
la confection des listes électorales, la fabrication des cartes
d'électeur, la commande d'urnes et d'encre indélébile,
la création des bureaux de vote, la désignation des responsables
de ces bureaux, etc. On comprend l'inquiétude de l'opposition lorsque
l'on se rappelle qu'en 1993, c'est le ministre Mboundou Miyakou qui avait
déclaré Omar Bongo vainqueur au premier tour avec 51,06 %
des voix, alors même que le décompte n'était pas achevé
à Libreville, la plus grande métropole avec plus de quatre
cent mille votants. Ce qui avait provoqué la démission du
gouverneur de l'Estuaire, Mme Pauline Nyngone, outrée par ce geste
du ministre, aujourd'hui publiquement appelé "le tripatouilleur"
.Et c'est ce même ministre qui vient d'être reconduit, à
six mois de l' élection présidentielle, à la tête
de l 'Intérieur, après un bref passage aux Transports !
Bien qu'il n'ait pas encore déclaré
sa candidature, Omar Bongo, le chef de l'Etat, sollicitera sans doute un
nouveau mandat -dont la durée est passée de cinq à
sept ans. Le scénario est en place: depuis trois mois, quelques
partis de la majorité, ainsi que diverses associations, occupent
en permanence l'espace des médias pour inviter (d'aucuns disent
"prier" ou "supplier") Omar Bongo à se représenter, en tant
qu' "homme du troisième millénaire" (sic). Âgé
aujourd'hui de 63 ans, l'actuel chef de l'Etat n'a pas que des groupies.
Dans son entourage, en effet, la bataille pour la succession a déjà
commencé. Notamment depuis qu'il a décidé de nommer
au poste de vice-président de la République, nouvellement
créé lors de la dernière modification constitutionnelle,
un opposant: Jean Clément Divungi, secrétaire général
de l'Alliance démocratique et républicaine (ADERE).
Par ailleurs, il faut avouer que
les populations dont on sollicite les suffrages vivent dans des conditions
particulièrement difficiles. Omar Bongo en a d'ailleurs fait lui-même
le constat, lors de sa tournée interprovinciale d'avril-mai. Les
maux sont les mêmes partout: hôpitaux et dispensaires délabrés
et manquant de médicaments, effectifs pléthoriques dans les
écoles en ruines, inflation, insécurité grandissante,
absence de soutien à l'agriculture, etc. Les indices économiques
ne sont pas reluisants non plus: arrêté à 1 057 milliards
F CFA sur la base d'un baril de pétrole à 17 dollars, le
budget gabonais doit être réduit de plus de 300 millions,
après la chute du cours de l'or noir. En outre, le bois, deuxième
richesse du pays, est en proie à des difficultés, suite à
la crise du Sud-Est asiatique dont les pays (Japon, Chine, Indonésie)
absorbent 60% de la production du Gabon, estimée à 2300 millions
de m) d ' essences diverses prisées.
C'est dire que la prochaine présidentielle
est loin d'être jouée.
Août 1998
C'est le troisième plan des
transports en trente-huit années d'indépendance qui a réuni
à Paris dans l'enceinte du bureau de la Banque mondiale à
Paris, les ministres Zacharie Myboto (ministre d'Etat chargé de
l'équipement et de la construction), Jean Ping ( planification,
environnement et tourisme),Marcel Doupamby Matoka ( économie et
finances) et le médecin général Albert Ndjave Ndjoy
(ministre des transports et de l'aviation civile) pour définir la
nouvelle politique des transports avec les principaux bailleurs de fonds.
Chez les bailleurs de fonds multilatéraux on notait la présence
de: la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, la
Banque islamique de développement, la Banque européenne d'investissement,
La Banque arabe pour le développement économique de l'Afrique.
Du côté des bilaléraux: l'administration générale
de coopération belge, l'Agence de coopération et de développement
international du Canada, la Société pour l'expansion des
exportations du Canada, l'Agence française de développement,
le fonds d'aide et de coopération.
La nouvelle politique des transports
baptisée « Projet d'Ajustement et de planification des secteurs
urbains et des transports» Papsut, comportera deux phases: 1998-2005
et 20052015. Pour le premier volet 1998-2005, il est prévu un budget
de 515 milliards, soit 74 milliards pour la réhabilitation, 244
milliards pour l'entretien et 197 milliards pour l'aménagement.
A la Banque mondiale où les
experts se félicitent d'un premier plan made in Gabon, et que les
pays africains cessent d'absorber des politiques venues d'ailleurs, la
délégation gabonaise a presque obtenu la garantie de financement
de son projet, et même au delà, déclare le ministre
Jean Ping.
Même si le secteur des transports
constitue un véritable défi pour le gouvernement actuel,
il est loin d'être le parent pauvre, confesse le ministre Zacharie
Myboto. Au tableau actuellement, un réseau routier de 7600 kilomètres
dont près de 1100 bitumées, un chemin de fer de 658 km convoyant
4 millions de tonnes de fret, 24 aéroports publics dont 3 internationaux
accueillant 600.000 passagers par an. 30 ans après le plan de 1961
et 1978, il fallait une adaptation, selon le pouvoir, une fois réglée
la question de l'intégration nationale et l'unité nationale.
Selon le ministre Zacharie Myboto, aujourd'hui 40 % des investissements
publics sont orientés vers ce secteur, mais au Gabon ( à
cause de son relief accidenté) la route coûte cher. Sans pour
autant décourager les pays amis, puisque le Koweit a promis de donner
25 millions de dollars, la Bad elle, voit ses vues validées, parce
que le pays n'a pas de trous de financement. De 1961 à 1978 deux
objectifs guidaient la politique gouvernementale: d'abord inverser la structure
des dessertes du Gabon et favoriser l'unité nationale, puisque jusque
là, des provinces comme le Sud et l'Est ( en gros, Nyanga, Ngounie,
Ogoue Lolo et Haut Ogoue) étaient desservies par le Congo. Tandis
que celle du Nord et et du Nord Est ( Woleu Ntem et Ogoue Ivindo) l'étaient
par le Cameroun. Et ensuite accélérer la modernisation de
l'appareil productif et favoriser l'aménagement du territoire avec
la naissance du Transgabonais ( aujourd'hui en voie de privatisation),
le port de commerce de Port Gentil. Depuis 1986 le Gabon enregistre une
forte baisse de ses revenus d'exportation avec une dégradation des
termes de l'échange ( baisse de 50 % du produit intérieur
brut) faisant rentrer le Gabon dans le club des pays soumis à programme
d'ajustement et de stabilisation, c'est ainsi que naît le «Papsut»
pour une population urbaine à 73 %. Le projet affiche 7 objectifs:
organisation du système de transport en un secteur productif et
rationnel fonctionnant sur les bases de l'économie de marché,
soutien au plan d'aménagement du territoire et renforcement de l'intégration
nationale et régionale, la sauvegarde des infrastructures existantes
et à venir, l'allégement du poids des transports dans le
budget de l'Etat, réduction du coût des transports et amélioration
de la qualité du service et de la circulation urbaine et péri
urbaine, le renforcement des capacités de gestion des institutions
du secteur, Les moyens du Papsut se répartissent comme suit: Bird
5, 20 millions de dollars, Gabon 1,87 millions, CFD 0,40 millions, autres
bailleurs 1,30 millions.
En toile de fond se profile le débat
sur la dévaluation du franc cfa.
Le franc CFA sera t-il calé
sur l'Euro avec une même parité ? Pour l'instant oui. Sera-t
il dévalué? On répond non, mais cela peut aussi être
oui. Comme la dernière fois en 1994.
Député maire de Fougamou, ville située à 300 kilomètres de Libreville, dans la Ngounie, membre du bureau politique du parti démocratique gabonais au pouvoir, le patron de l'économie gabonaise est d'abord un technicien qui pendant 24 ans il a dirigé l'union gabonaise de banque, filiale du crédit lyonnais. Arrivé à la politique par choix, le technocrate qui définit son équation par «l'expertise plus le dialogue politique» a devant lui (par cette nouvelle politique de transports) un vrai challenge. Pour aller de Libreville à son fief électoral, il n' y a pas de route, la piste s'arrête à Lambaréné. il donne son sentiment sur: La Table ronde de Paris: «Nous devions d'abord être crédible vis à vis des gabonais avant de l'être devant les bailleurs de fonds qui nous ont été d'une grande utilité depuis l'élaboration de ce programme, en tant que facilitateurs. Nous avons obtenu un crédit de 5 millions de dollars, une assistance technique et un appui financier, chacun des observateurs a pu donner son opinion eu égard à un programme ambitieux sur le plan financier, il s'agit tout de même d'un projet de 515 milliards de francs cfa, alors que le budget de notre pays s'élève à 1000 milliards de francs da. Mais le Gabon apporte directement plus de 50 % de ce montant et les bailleurs de fonds ont donné raccord de principe sur le reste».
La dévaluation du franc CFA «Les ministres des finances des pays membres de l'union européenne ont retenu un accord de principe sur le fait que le franc da soit accroché à l'Euro. Ils savent qu'entre notre monnaie et la France, il s'agit d'une coopération budgétaire et non monétaire, le franc da dépend du trésor français, pas de la Banque de France. Cela n'a aucune incidence sur l'avenir de l'Euro, à supposer même que notre coopération fut monétaire, elle ne concernerait que 2% de la coopération monétaire de la France».
C'est une opération qui obéit à différents critères économiques de redressement. Depuis la première dévaluation de 1994, les économies africaines sont en croissance, l'inflation est maîtrisée partout, les pays africains honorent leurs engagements extérieurs, les exportations sont fluides même si certaines exportations comme le bois sont touchées par la crise financière en Asie. En 1994, aucun pays ne remplissait de bons critères sur le plan de remploi et du travail, l'économie au Gabon avait perdu 60 % de ses emplois, dans certains pays de la zone franc, l'endettement a été multiplié par deux. On se rend compte que quatre à cinq ans après, les économies redémarrent. « Il n' y a pas lieu d'être pessimiste au sujet du cfa; notre optimisme est une lecture qui repose sur les chiffres. Les réserves anglaises et allemandes sur le franc cfa reposaient sur l'absence d'accords de convergence économiques européennes, or cela est un acquis aujourd'hui, la parité du franc cfa n'est plus un élément d'inquiétude. D'ailleurs la France n'est jamais intervenu pour soutenir le franc cfa, si vous regardez les comptes d'opérations de nos deux banques centrales (la BCEAO à Dakar et la BEAC à Yaoundé), le solde est toujours positif. Nous achetons avec nos propres devises acquis avec nos exportations (café, cacao, pétrole). Il nous faut apprendre l'autogestion.
L'histoire de notre pays a voulu
que notre réflexion évolue lentement après la décolonisation.
En 1960 nous n'avions pas toute la génération de cadres nécessaires
pour la tâche de développement, des puissances extérieures
en ont profité pour nous imposer des modèles et schémas,
(souvent même de bonne foi). En 1995, les ministres africains ont
posé le principe du capacity building, avec des cadres africains
formés. J'avoue que depuis cette conférence nous avons bénéficié
de l'appui du président de la Banque mondiale, Wolfensohn, prise
de conscience qui a changé nos relations avec le FMI et la Banque
mondiale. Aujourd'hui nous sommes favorables au partenariat et non à
l'assistance.
Quant au Gabon mon inquiétude
reste ce règne des matières premières qui absorbe
le fonctionnement général de l'économie, 60 % du budget
vient du pétrole. Alors qu'il faut renforcer les secteurs agricoles
comme le bois, aussi le tourisme, les télécommunications,
les assurances, la production industrielle au sens large. Mettre en place
un système bancaire qui finance l'économie, maîtriser
les opérations de transit qui se font encore à Londres. Un
travail remarquable commence à être fait sur l'harmonisation
des législations avec l'organisation du droit des affaires en Afrique
(Ohada) pour aller dans le sens de l'intégration régionale,
il faut que nos pays acquièrent l'expertise dans la transformation
de certaines matières. .
Septembre 98
Une table ronde a réuni les
bailleurs de fonds internationaux et le gouvernement gabonais, les 16 et
17 juillet 1998, au siège européen de la Banque mondiale
à Paris. Les partenaires sont particulièrement satisfaits
de cette rencontre, que ce soient les Gabonais ou les nombreux bailleurs
de fonds internationaux réunis (Banque africaine de développement,
Banque mondiale, Agence française de développement, Fonds
du Koweït). Si, côté gabonais, on estime que la réunion
s'est déroulée « dans un ciel bleu sans nuages »,
côté bailleurs de fonds, on a apprécié la qualité
du dossier présenté par les Gabonais et leur professionnalisme.
Un nouveau type de partenariat est donc en train de se développer
qui contraste avec l'attitude prise, ces dernières années,
par les grands bailleurs de fonds internationaux, qu'il s'agisse des Etats
ou des institutions de Bretton Woods: Fonds monétaire international
(FMI) et Banque mondiale). En effet, ces derniers ont souvent
été accusés
d'établir une véritable tutelle sur les pays emprunteurs
du Sud, régentant tout et se mêlant même de politique.
Avec leur projet de plan de transport,
les Gahonais ont inauguré une démarche exemplaire: ils ont
pris entièrement seuls l'initiative de leur nouvelle politique des
transports et ils ont conçu un projet qui coïncide exactement
avec leurs besoins. De plus, pour démontrer qu'ils s'y investissent
complètement, les Gabonais ont décidé de financer
sur fonds propres la moitié environ de l'enveloppe.
Petit pays d'Afrique centrale
s'étendant sur 267 667 km2, le Gabon a hérité d'une
nature peu hospitalière: la grande forêt équatoriale
couvre près des trois quarts de son territoire et le rend quasi-impénétrable.
Cette situation est aggravée
par l'importance du relief montagneux, qui s'étend sur les deux
tiers du pays, et par un climat humide, qui transforme, le plus clair de
l' année, les routes et les pistes en marécages.
C'est dire si le problème
des transports est épineux au Gabon. D'autant qu'à l'indépendance,
en 1960, le Gabon héritait d'un réseau de communications
des plus embryonnaires. En fait, il y avait tout à construire
dans les années soixante: ports, routes, aéroports, voies
ferrées.
Comme le souligne le ministre des
Transports et de l'Aviation civile, Albert Ndjave Ndjoy, « les provinces
du Sud et de l'Est étaient complètement tournées vers
le Congo, et celles du Nord vers le Cameroun. Il a fallu mettre en place
des liaisons routières et aéroportuaires nationales vers
et entre les chefs lieux de province ».
Le Gabon s'attelle donc courageusement
à cette tâche titanesque et lance en 1961 son premier plan
de transport. Celui-ci vise à doter le territoire d'un réseau
de dessertes internes. « Les transports devaient ainsi, en plus de
leur rôle économique et commercial bien compris, répondre
à un objectif politique prioritaire: favoriser et affermir l'unité
nationale », note encore Albert Ndjave Ndjoy.
Les réalisations du second
plan de 1978 seront encore plus ambitieuses. Grâce à la manne
pétrolière, le Gabon va accélérer la modernisation
de l'appareil productif et favoriser l'aménagement du territoire.
Ainsi seront développés de grands équipements, comme
les ports d'Owendo et de Port-Gentil, le chemin de fer transgabonais (658
kilomètres de lignes), ainsi que l'aménagement de plus de
7 600 kilomètres de pistes ou routes et 28 aéroports publics,
dont trois de classe internationale (Libreville, Port-Gentil et Franceville).
IMPORTANT PATRIMOINE
De plus, toute une palette de sociétés
spécialisées seront mises en place par l'Etat gabonais: la
Société nationale de transport maritime (Sonatram), l'Office
des ports et rades du Gabon (Oprag), la Société nationale
d'acconage et de transit (Snat), la Compagnie de navigation intérieure
(CNI), ainsi que deux des plus beaux fleurons du secteur des transports
: la compagnie nationale Air Gabon et l'Office du chemin de fer transgabonais
(Octra). Comme le soulignait le ministre d'Etat gabonais chargé
de l'Equipement et de la Construction, Zacharie Myboto : « Le Gabon
est un des rares pays en voie de développement à avoir construit
son propre chemin de fer. »
Au cours des dernières décennies,
le secteur des transports a donc fait constamment l'objet de l'attention
des pouvoirs publics et il a mobilisé d'importants financements.
C'est ce que précise le ministre des Finances, de l'Economie, du
Budget et des Participations, chargé de la Privatisation, Marcel
Doupamby Matoka : « Le budget d'investissement du Gabon consacre
en moyenne 40 % de ses dotations au secteur des transports. »
Avec ces deux premiers plans, le
Gabon s'est donc doté d'un très important patrimoine d'infrastructures
de transports. Mais le vieillissement des infrastructures au fil des ans
et surtout la mauvaise gestion et l'organisation trop étatiste des
entreprises du secteur ont rapidement amputé ce patrimoine. C'est
ce que remarque Albert Ndjave Nd.joy : « En dépit de tous
ces acquis, nous déplorons aujourd'hui des dysfonctionnements d'ordres
technique, organisationnel et institutionnel, dus notamment à l'inefficacité
et à la faible rentabilité du secteur. Bien que ces entreprises
aient bénéficié du soutien de l'Etat, elles ont accumulé
des déficits, ne parvenant pas à assurer leur viabilité
économique, tout en obérant le coût des services offerts.
»
STRATÉGIE SECTORIELLE
Autres handicaps: des insuffisances
en matière de budget d'entretien des infrastructures et «
l'obsolescence de certaines dispositions de notre appareil institutionnel
et de certaines missions confiées aux entreprises dans le contexte
de l'époque ». Dès 1991, ce constat aboutit à
concevoir, avec l'aide de divers bailleurs de fonds (dont la Banque mondiale),
un projet de programme concernant le seul réseau routier, dont on
devrait assurer le bitumage. Mais très vite, on reconnaît
la nécessité de procéder à une approche globale
de l'aménagement de l'ensemble des transports. Elle est placée
sous le signe de 1'« intermodalité
».
Autre mot d'ordre: l'intégration
régionale. Les travaux ne doivent pas être tous tournés
vers l'intérieur du pays; au contraire ils doivent servir à
établir de meilleures relations entre le Gabon et ses voisins. Exemple:
le futur axe routier nord-sud, tronçon important de la route transafricaine,
permettra d'établir un véritable trait d'union avec le Cameroun
et la Guinée équatoriale au nord et avec le Congo-Brazzaville
au sud. Ainsi naît, dès 1992, une « stratégie
sectorielle » des transports au Gabon, qui devra intéresser
aussi bien les transports routiers que les transports aériens, ferroviaires,
maritimes ou fluviaux.
Cette nouvelle politique des transports
s'exprime aujourd'hui au travers du Projet d'ajustement et de planification
des secteurs urbains et des transports (Papsut) selon trois axes principaux
: construction, réhabilitation et entretien d'un certain nombre
d'infrastructures, notamment les routes, les ports et les aéroports.
C'est ce Papsut qui a obtenu le soutien de la Banque mondiale et de divers
bailleurs de fonds internationaux
lors de la table ronde de Paris.
Selon le calendrier, le programme
va se dérouler jusqu'en 2015, en deux étapes. Au cours de
la première ( 1999 à 2005),515 milliards de F CFA seront
investis (la moitié sera apportée par le Gabon). Sur ce total,
197 milliards de F CFA serviront à construire de nouvelles infrastructures,
74 milliards et 244 milliards étant destinés respectivement
à la réhabilitation et à l'entretien de l'existant.
Au cours de la table ronde, la privatisation
de l'Octra a été notamment évoquée. C'est la
deuxième opération de ce type au Gabon, après la privatisation
de la Société de distribution d'eau et d'électricité
(la troisième privatisation concernant les télécommunications).
Marcel Doupamby Matoka en a rappelé l'esprit et les modalités:
seule la gestion de l'Octra fera l'objet d'une privatisation, sous forme
d'une concession octroyée pour vingt ans aux repreneurs, tandis
que l'Etat conservera la propriété des infrastructures. A
l'heure actuelle, le dossier est très avancé: les appels
d'offres sont en cours de dépouillement et, dans les prochaines
semaines, le repreneur sera désigné officiellement.
Dans le transport aérien,
le Papsut prévoit la réhabilitation en priorité des
neuf aéroports principaux (Port-Gentil, Oyem, Franceville, Mouila,
Omboué, Lambaréné, Makokou, Koulamoutou et Tchibanga)
appartenant aux chefs-lieux de province. Ils seront placés sous
la responsabilité d'une Autorité nationale, en cours de création.
Par ailleurs, la compagnie nationale Air Gabon continuera son processus
de privatisation.
Sur 7 600 kilomètres de routes
et pistes que compte le pays, seulement 1 100 sont goudronnées.
Le Papsut s'attachera à réhabiliter et à entretenir
l'existant ainsi qu'à créer 470 kilomètres de routes
modernes bitumées. Celles-ci se répartissent en deux grandes
liaisons : Médouneu-Mitzic-Lalara; tronçon Fougamou-Mouila-Ndendé,
sur la route reliant Lambaréné à Dolisie, au Congo
Brazzaville; tronçon Lébamba-NdendéTchibanga, au sud;
tronçon Port-Gentil.
Ce programme permet ainsi de continuer
l'aménagement vers le sud de la liaison interrégionale Cameroun-GabonCongo,
tout en reliant entre elles plusieurs capitales provinciales. Par ailleurs
l'aménagement des axes Port-GentilMandorové et Gare Octra-Port
Owendo correspond bien à l'esprit de la nouvelle politique des transports
du Gabon, basée sur l' intermodalité : cette coordination
du réseau routier avec les autres modes de transport permet d'éviter
les doubles emplois et de rentabiliser au maximum les investissements.
RÉHABILITER LES PORTS
Ce bitumage des routes sera d'abord
pris en charge financièrement par l'Etat, par l'intermédiaire
du Fonds d'entretien routier (organisme public créé en 1997
et financé par le budget), a rappelé le ministre gabonais
de la Planification, de l'Environnement et du Tourisme, Jean Ping. Dans
une seconde phase, les travaux seront supportés par les usagers
(par des péages).
Le plan directeur des transports
comporte d'importantes mesures concernant le transport maritime. Après
la liquidation totale de la Sonatram, le statut de l'Oprag, qui gère
les activités des ports de Libreville-Owendo et de Port-Gentil et
emploie plus de 400 personnes, sera profondément transformé.
En effet, ses activités opérationnelles devraient être
mises en concession. Par ailleurs, de grands travaux seront lancés
pour réhabiliter le port commercial et le port à bois d'Owendo,
le port-môle de Libreville et le port commercial de Port-Gentil.
Enfin, le Papsut comprend un volet
concernant les transports urbains (transports en commun). Il est prévu,
entre autres, de réhabiliter le réseau urbain de Libreville,
et d'améliorer la circulation, notamment en organisant une meilleure
desserte des transports publics. .
Septembre 98
A quelques mois de l'élection
présidentielle prévue à la fin de cette année,
le président gabonais El Hadj Omar Bongo a décidé
de faire du triptyque «paix, sécurité et développement»
le moteur de sa nouvelle action politique. En France, c'est un jeune expert
comptable de 44 ans qui exerce ses talents chez Elf International, Charles
Mba, qui a choisi de porter la voix en sa faveur, après avoir, cinq
années plus tôt, donné un coup de main à Marc
Nan Nguema, chef du parti libéral gabonais. Originaire de la frondeuse
province du Woleu Ntem, fief fang, au nord du territoire, Charles Mba a
décidé de défendre le président Omar Bongo
et s'engage sur un terrain jusque-là jugé acquis à
l'opposition : Paris, Amiens et Bordeaux. L'homme qui revendique aujourd'hui
son seul statut de membre de la société civile gabonaise,
a travaillé cinq années plus tôt avec les douze challengers
du président pour l'élection présidentielle de décembre
1995, via des clubs de réflexion. A l'aube d'un nouveau millénaire,
estime-t-il à présent, il faut privilégier la culture
de conciliation qu'incarne le président Omar Bongo, même si
sur un parcours de trente années, il faut bien reconnaître
qu'il y a eu des réussites et des semi-réussites. Vaste introspection
qui fera l'objet d'un colloque en d'octobre dans la capitale française.
Ayant entrepris de s'engager dans
une «culture de compromis» qui lui permet de passer à
travers les extrémismes politiques qu'encourage une certaine classe
politique locale, le chef de l'Etat en fait un point d'honneur et veille
à ce que son pays ne verse pas dans le syndrome de la «lutte
armée» incarnée bientôt depuis quinze mois par
le nouveau président congolais, Laurent-Désiré Kabila,
ouvertement réclamé par certains de ses rivaux les plus acharnés
à le renverser. Et de ce point de vue, le paradoxe gabonais n'est
pas sans surprendre l'observateur politique étranger. Si le pouvoir
est fréquemment contesté avec véhémence de
l'intérieur, le Gabon figure pourtant parmi les rares pays en Mrique
où l'opposition gère les principales villes du pays, à
commencer par la capitale : Libreville, Port Gentil, Mouila, Oyem, et ce,
avec des budgets énormes. ..Les principaux concurrents du chef de
l'Etat n'ont donc pas de mal à trouver de substantielles ressources
pour mener bataille en vue d'accéder à la présidence
de la République. La presse privée gabonaise, d'ailleurs,
est l'une des plus virulentes d'Afrique : la «Griffe» et le
«Bûcheron» n'épargnent aucune invective au président,
qui a rarement porté plainte, au grand dam de ses propres collaborateurs
qui rappellent que le président de la République, comme tout
autre citoyen, est aussi protégé par la loi contre les offenses,
injures et contre-vérités. A Libreville, les dérapages
sur l'intimité des hommes politiques, les écrits à
sensation sur les moeurs (vraies ou supposées) des uns et autres
sont monnaie courante. Dans beaucoup d'autres pays africains, les auteurs
d'articles qui ne font pas l'impasse sur la vie privée présidentielle
-comme en Côte d'Ivoire où le président Henri Konan
Bédié était en conflit ouvert avec certains journalistes
de l'opposition) -seraient déjà derrière les barreaux
pour longtemps. Une seule fois, le président Omar Bongo a élevé
la voix, quand le journal des «Bûcherons» a demandé
sa mise à mort carrément -en première page d'une de
ses éditions. ..Mais depuis la signature des «Accords de Paris»
en 1996 qui ont débouché sur un gouvernement d'union électorale,
(malgré l'échec de l'opposition au scrutin présidentiel
de décembre 1995), le pays se cherche un consensus politique définitif.
Face à une majorité présidentielle qui étend
sa toile sur la grande partie de la société civile et une
opposition qui se cherche de nouvelles marques: Me Pierre-Louis Agondjo
Okawe, le leader du parti gabonais du progrès (PGP), souffrant,
a déclaré forfait pour la future échéance;
les «Bûcherons» sont empêtrés dans un conflit
interne, une révolution de palais, depuis le bras de fer entre le
père Paul Mba Abessole (maire de Libreville) et son numéro
deux, le professeur Pierre André Kombila passé dans l'opposition
intra-muros des «Bûcherons» (voir numéro précédent);
Jules Aristide Bourdes Ogouliguende (passé en son temps avec grands
fracas dans l'opposition) est aujourd'hui à la tête d'une
instance créée par le président Omar Bongo et chargée
de défendre la démocratie. l'avantage du combat politique
très actif au Gabon est de ne pas avoir d'exilés politiques:
toute l'opposition parlementaire ou extra-parlementaire est présente
sur le terrain et participe au débat national, des plus radicaux
comme Paul Mba Abessole et Pierre Mamboundou (ancien fonctionnaire de la
francophonie, député-maire de Ndendé, ville située
à la frontière du Congo Brazzaville, exilé un moment
à Dakar, après avoir été mêlé
à une sombre histoire de complot contre le président Bongo)
aux plus modérés, souvent d'anciens caciques du Parti démocratique
gabonais, ex parti unique.
C'est le prix que Omar Bongo a choisi
de payer pour éviter à son pays de vivre le drame des Etats
voisins; aujourd'hui des milliers d'exilés congolais de Brazzaville
vivent à Libreville tant bien que mal. Le président Omar
Bongo qui a été un médiateur de premier plan dans
le conflit entre les hommes du président Pascal Lissouba et ceux
de son prédécesseur Denis Sassou Nguesso, favorise l'esprit
de réconciliation entre les différentes parties. A la fin
du mois de juillet passé, les opposants congolais en exil à
Libreville ont eu un entretien avec le colonel Pierre Oba (ministre de
la sécurité de Denis Sassou Nguesso), le ministre Boussoukou
Mboumba et le colonel Mokoki. C'était un dialogue pour le retour,
via une réconciliation globale. Sur place, les milliers Congolais
souvent assimilés à tort aux échecs de l'ancien régime
de Pascal Lissouba, parmi lesquels le professeur Noël Ndoba Magloire
(qui a créé une mutuelle des Congolais exilés au Gabon),
misent sur l'entregent de médiateur du président Bongo. Dans
cette ville «africaine» qu'est désormais Libreville,
conseil est donné à tous les «frères africains»
de rester dans un créneau de paix civile, loin du scénario
guérilla dont certains politiciens font planer le spectre de leur
exil. C'est le même conseil qui a été prodigué
aux adversaires centrafricains du président Ange Félix Patassé.
Le président Bongo a instamment rappelé qu'à Ban gui,
quels que
soient les griefs nourris contre
le président Patassé, il faut privilégier les institutions
issues des urnes; la notion de président démocratiquement
élu doit motiver le refus de cautionner les coups de force et les
mutineries à répétition, sinon ce serait la voie ouverte
à toutes les aventures politiciennes, comme on le voit encore dans
l'ex-Zaïre; ici, Libreville a naturellement opté pour la négociation
politique entre les belligérants. Au Gabon, dans les milieux avisés,
on commente en souriant un rapport des services secrets révélant
que le richissime opposant Jean-Pierre Lemboumba Lempandou (financier du
journal satirique la «Griffe» ) aurait fort étrangement
sollicité les services de la société de mercenaires
sud-africains «Executive Outcomes», qui aurait décliné
pour un motif simple: elle ne travaille qu'avec... des gouvernements en
place. .
Novembre 1998
Tambour battant, la campagne pour
l'élection présidentielle du 6 décembre a démarré,
le 5 novembre. La plupart des "grands" candidats ont commencé par
la capitale, Libreville, où l'on enregistre la plus forte concentration
de population dans ce pays d'un peu moins de un million d'habitants. Le
6 novembre, le père Mba Abessole, leader (un des leaders) du Rassemblement
national des bûcherons (RNB) , a tenu un meeting à la mairie
du 5' arrondissement, son lieu-fétiche pour les grandes déclarations.
" Le pays est par terre. Pour le remettre debout, il faut enlever Bongo.
Votez pour moi, et vous verrez ce que vous verrez !", a déclaré,
en substance, cet homme d'église devenu politicien, déjà
maire de la capitale, mais qui rêve de mieux. A l'occasion, il a
donc promis, une nouvelle fois, de rendre gratuit l'accès aux soins
médicaux et à l'éducation pour tous les Gabonais.
Un thème porteur, auquel les membres du gouvernement répondent
invariablement: " démagogie ~ " Mba Abessole, sexagénaire
d'une rare véhémence, est un opposant de longue date. Il
était, jusqu'aux dernières élections, "le" challenger
de l'actuel chef de l'Etat, le "numéro un"de l'opposition. Mais,
s'il faut en croire des sondages officieux commandés aux instituts
Gallup (France) et Léger & Léger (Canada), le prêtre
serait à présent dépassé par Pierre Mamboundou,
leader de l'Union du peuple gabonais (UPG) .Ce dernier recueillerait entre
16 % et 18 % des intentions de vote, contre 12 % à 16 % pour le
prêtre. Dans le camp présidentiel, on avoue que le premier
meeting de Mamboundou au Stade annexe de Libreville, était plutôt
réussi. Il faut dire que Mba Abessole a été fragilisé
par l'éclatement, de fait, de son parti, le RNB, représenté
dans ce scrutin par. .. trois candidats ~ Et comme si cela ne suffisait
pas, ses "frères" de l'entourage présidentiel ont effectué,
ces derniers mois, un travail de conquête du pays fang, sa base électorale.
Dans cette région proche de la frontière camerounaise, les
électeurs sont aussi de fervents catholiques, qui se rendent au
bureau de vote en sortant de l'église. Les ex collègues du
prêtre-politicien lui donnaient, semble-t-il, un coup de main dans
leurs sermons. Ces derniers temps, les curés ont pris un peu de
distance avec le père Mba Abessole, et certains prêcheraient
même pour le président sortant.
Une campagne de proximité
Omar Bongo, qui préfère
surestimer ses adversaires, a choisi de mettre le paquet, dès le
premier jour de campagne. Il a ouvert le bal, le 5 novembre, par un grand
meeting dans un stade de Libreville, relayé, les jours suivants,
par des meetings moins importants dans les quartiers de la capitale, animés
par les élus et des personnalités du parti au pouvoir. La
stratégie de l'actuel chef de l'Etat semble être celle d'une
campagne de proximité, au niveau de chaque circonscription électorale.
Il n'en a pas moins programmé de nombreux grands meetings à
travers le pays, tel celui de ce 9 novembre à Lambaréné.
Omar Bongo doit en même temps
calmer les plus durs de son camp, qui brûlent d'envie d'étaler
dans la presse quelques documents recueillis sur les connexions à
l'étranger des adversaires du chef de l'Etat. Ainsi de cette correspondance
entre le chargé de communication d'un des principaux candidats de
l'opposition et le gouvernement de Taiwan, à qui il aurait été
demandé quelques centaines de millions de F CFA, pour financer la
campagne présidentielle. Taipei aurait finalement accepté
de faire un virement de 200 000 dollars, à titre amical, mais pas
comme soutien financier, parce que le gouvernement de Taiwan, bien que
n'ayant pas de relations diplomatiques avec Libreville, préfère
ne pas se brouiller avec le président en place, et susceptible de
le rester encore d'après leur analyse.
La vérité est que les
candidats de l'opposition ont peu de moyens pour battre campagne, et cela
se sent dans l'occupation du terrain. La différence avec le président-candidat
est d'autant plus perceptible que les partisans de ce dernier ont tenu
à frapper très fort, dès le début de la campagne,
pour "assommer ceux d'en face". Ce qui fait dire à un baron du parti
au pouvoir que les autres, "on les cherche! Ils sont introuvables ! Leurs
rangs sont clairsemés , très clairsemés. "
Les sondages de Gallup et Léger
& Léger donneraient 48 % à 58 % au premier tour au candidat
Bongo, ce qui rassure son état-major de campagne mais pas l'intéressé
lui-même. Surtout, ne rien négliger. Chacun des sept autres
candidats est un adversaire, même si Mamboundou et Mba Abessole pèsent
un peu plus lourd.
Mais le premier doit partager sa
base électorale (un groupe qui représenterait 20% à
25% de la population) avec trois autres candidats. Car les sondages encore
confidentiel, disponibles dans certains cercles du pouvoir, indiquent,
dans l'ensemble, une tendance essentiellement ethnique au vote. Pierre
Mamboundou aurait, par exemple, les meilleures intentions de vote chez
les Pounou, un groupe ethnique qui représente 20 à 25 % de
la population, électorat qu'il doit partager, entre autres, avec
le professeur Kombila, ex-numéro deux du RNB. En dehors de ses terres
électorales, Mamboundou viendrait en seconde position ( après
le chef de l'Etat et avant le prêtre) dans bien des régions,
ce qui n'arrangerait pas les affaires de Mba Abessole. Pierre Claver Maganga
Moussavou serait crédité de 4% de l'électorat, en
gros.
Privilège du candidat sortant,
Omar Bongo pioche dans tous les groupes ethnique et viendrait en tête
partout.
Une des principales satisfactions
de l'actuel chef de l'Etat, par rapport à ces sondages vient de
ce que, contrairement à ce qui s'était passé en 1993,
il arriverait en tête chez les jeunes. Près de 60% des jeunes
de 18 à 24 ans le soutiendraient, ce qui constitue un renversement
de situation par rapport à la précédente élection.
Même chez les chômeurs, il recueille 40 % des intentions de
vote. C'est la preuve que ceux-là aussi estiment qu'il est mieux
placé que tous les autres pour résoudre leur problème.
Ceux des candidats de l'opposition
qui n'ont pas de gros moyens comptent sur la campagne et sur les médias
pour rattraper leur retard. Le temps d'antenne est le même pour tous,
la qualité de traitement ayant été arrêtée
par le Conseil national de la communication, sous le regard attentif de
la Cour constitutionnelle.
A la veille du démarrage
officiel de la campagne, Pierre Mamboundou, s'interrogeant sur la bonne
organisation des ; élections a demandé le report du scrutin.
Un piège à la congolaise, puisque le ) mandat du président
sortant s'achève ; le 20 janvier 1999. Reporter l'élection
~ reviendrait à ne pas être dans les temps. , D'un point de
vue constitutionnel, le
nouveau président de la République
doit être élu un mois avant la fin du mandat de son prédécesseur.
Le premier tour étant prévu pour le 6 décembre, et
le deuxième tour quinze jours après, il n'était pas
possible de reporter le premier tour d'une semaine . La stratégie
du report ne pouvait donc qu'entraîner un vice de procédure
et, au bout du compte, la vacance du pouvoir. Le type d'argument sur lequel
Denis Sassou Nguesso s'était appuyé pour renforcer la pression
militaire sur Pascal Lissouba. Mais il faut croire que le leader de l'UPG
n'a ni les moyens ni les idées du général Sassou Nguesso,
puisqu'il s'est mis, comme tous les autres candidats, en campagne.
Le 5 décembre à 0
heure, le marathon actuel s'achèvera. Le Gabon devra alors retenir
son souffle.
DECEMBRE 98
Les Gabonais s'apprêtent dimanche,
sur fond de crise économique, à choisir librement, pour la
seconde fois de leur histoire, leur prochain chef d'Etat pour sept ans
à l'occasion du premier tour de l'élection présidentielle,
"Un chef d'Etat en Afrique, c'est
aussi un grand frère qui fait figure d'allié. On ne change
pas de grand frère aussi facilement que de premier ministre", a
déclaré hier au Figaro Magazine le président gabonais,
Omar Bongo, au pouvoir depuis plus de trente et un ans, et qui est aujourd'hui
candidat à sa propre succession.
Problèmes économiques
Tout en reconnaissant que l'année
1999 s'annonce difficile pour son pays -« avec la chute du baril
de pétrole à 11 dollars, c'est un deuxième contrechoc
pétrolier que nous subissons» , le chef d'Etat souligne que
«Ce n'est pas la première crise que traverse le Gabon" et
se dit «afro-optimiste», «Le XXIe siècle sera
africain. Ce sera la planète des jeunes'" assure-t-il.
Le scrutin d'aujourd'hui est le
deuxième depuis la conférence nationale de 1990 instaurant
le multipartisme, Il intervient dans un pays frappé par une crise
économique et sociale grave due à la baisse des prix du pétrole
et à la mévente du bois, autre richesse du pays, provoquée
par la crise en Asie -région qui est une grande importatrice d'essences
gabonaises.
Multipartisme
Déjà habitués
à la démocratie et aux élections pluralistes -présidentielle
de 1993, législatives et locales de 1996 et sénatoriales
de 1997 -, les Gabonais auront à déterminer qui des huit
candidats les mènera au-delà de l'an 2000.
Le président sortant, Omar
Bongo, 63 ans, qui affiche trente et une années de pouvoir , apparaît
comme le principal favori même si les sondages ne sont pas unanimes
sur ce point. En décembre 1993, Omar Bongo avait été
élu dès le premier tour avec 51% des voix.
Avec un endettement total de 2000
milliards de francs CFA (18 milliards de francs suisses), le Gabon vient
de connaître ces derniers mois un effondrement de ses revenus pétroliers
en raison de la chute 4es prix internationaux du baril.
L'affaire Elf
C'est dans ce contexte difficile
que 595 000 électeurs gabonais, sur environ 1 million d'habitants,
vont faire leur choix dimanche, sous la surveillance en ordre dispersé
d'observateurs nationaux et internationaux.
Pour le président Bongo,
il s'agit aussi d'éviter un scandale international: il est en effet
au milieu d'une vaste polémique qui entoure les financements occultes
du groupe pétrolier français Elf. Des sommes colossales auraient
circulé sous forme de pots-de-vin. Cet argent aurait notamment passé
par des banques suisses...
MAI 1999
Les Cassandre en seront pour leurs frais. Telle est la conclusion qui se dégage de mon dernier périple au Gabon où j'ai eu l'occasion de revoir le président Omar Bongo, chef d'un Etat où je n'avais pas mis les pieds depuis 1993, tout en suivant attentivement, grâce aux correspondances de nos envoyés spéciaux à Libreville, les événements qui s'y déroulaient. Que cherchent ceux qui se sont soudain précipités pour annoncer la chute de la "maison Gabon" en évitant toutefois, dans leur prose, de citer nommément son locataire depuis trentedeux ans ? Qui les a donc poussés à discréditer celui qui n'a cessé de leur accorder ses largesses ? Pour qui roulent-ils ? Pour Eyadéma, Compaoré, Savimbi, Taylor ou tous ceux qui souhaitent s'imposer comme de "grandes figures" et des porte-parole du continent ? Je ne sais pas. Ce que je suis en mesure de dire c'est qu'en limitant leurs analyses à des approches politiciennes et aux difficultés économiques que le pays, comme plusieurs autres, connaît aujourd'hui, ils négligent volontairement le rôle que le chef de l'Etat joue depuis plusieurs années dans la recherche de solutions aux problèmes explosifs qui frappent le continent et les efforts qu'il a déployés en vue de leur règlement. Qu'il s'agisse, par exemple, de l'Angola, de la République centrafricaine, du Congo-Brazzaville, du Tchad, de la RDC, etc., Omar Bongo s'est mobilisé pour essayer d'éviter que perdurent les crises internes qui secouent ces pays. Hélas, les efforts déployés par le chef de l'Etat gabonais pour réconcilier les uns et les autres n'ont pas tous été couronnés de succès, bien qu'il n'ait pas laissé passer une seule occasion d'éviter le pire.
Mais que pense réellement Omar Bongo des crises dans les pays voisins ? Voilà l'essentiel de ce que j'ai voulu essayer de comprendre durant les journées que j'ai passées à Libreville. J'avais fait la connaissance d'Omar Bongo par l'intermédiaire du président José Eduardo Dos Santos, lorsque nous étions tous les trois de passage à l'Onu. Si j'osais lui faire un reproche, ce serait celui de ne pas avoir suffisamment soigné son image d'homme de paix, ne pas avoir mis en valeur son rôle sur la scène internationale. Car l 'homme est animé par un véritable souci de contribuer à la paix et à la stabilité du continent africain, par un souci déterminé d'empêcher que les divergences au sein des classes politiques africaines ne se creusent au point de générer des crises, voire des conflits explosifs. Partout où cela fut nécessaire, le président gabonais a multiplié ses missions de contact, de négociation ou de médiation en vue de concilier les protagonistes. Et cela avec une impartialité que tous s'accordent à lui reconnaître, même si les compromis qu'il propose ont pu parfois déplaire. Trente-deux ans de pouvoir lui ont permis d'analyser les véritables causes des conflits que traverse l'Afrique. Un homme d'Etat africain -dont nous gardons, à sa demande, l'anonymat -nous a dit que le talent d'Omar Bongo tient à ce qu'il sait regarder, les yeux dans les yeux, celui qu'il rencontre avant de décider le degré de son honnêteté, de sa sincérité et de sa franchise. "Et je ne pense pas, ajoutait notre interlocuteur, qu'il se soit souvent trompé! Qualifiez comme vous voulez ce don ou ce talent, mais grâce à sa profonde connaissance des acteurs et des réalités africaines et à sa mémoire infaillible, plusieurs crises auraient pu être évitées si l'on avait suivi ses conseils."
OMAR BONGO N'IMPOSE JAMAIS DE SOLUTION. PARLER FRANC avec ses pairs -car il ne s'embarrasse pas de langue de bois -, ne pas craindre les susceptibilités ni les humeurs particulières de ses interlocuteurs: l'essentiel pour lui est d'éviter de tomber dans les travers de politiques complaisantes qui le priveraient de sa crédibilité. Et c'est à elle seule que tiennent ses efforts de médiation. Lors de ses innombrables tentatives, Omar Bongo s'est parfois trouvé dans des situations où n'apparaissait aucune solution satisfaisante à long terme. "Prenez le cas de l'Angola, me confie-t-il. Avant la proclamation de l'indépendance du pays, Agostinho Neto dirigeait le MPIA, Roberto Holden, le FLNA et Jonas Savimbi, l'Unita. Tous auraient dû faire davantage d'efforts afin de s ' entendre. Je les avais invités ici à Libreville pour essayer de prévenir les risques de paralysie du pays et la crise qui allait le plonger dans un chaos inextricable. Il fallait créer un solide gouvernement d'unité nationale avant la proclamation de l'indépendance en 1975. Il y a bien eu une tentative en ce sens, mais après une série de ruptures, ce lut le MPIA qui remporta la victoire et créa son propre gouvernement. Le Gabon a reconnu l'indépendance, la souveraineté et le gouvernement de l'Angola, mais nous craignions que la crise continue de couver: Ce qui lut le cas. Après la mort de Neto, la charge présidentielle lut confiée à José Eduardo Dos Santos. Laissez-moi vous dire que c'est ici, à Libreville, que pour la première fois Dos Santos exprima son souhait de mettre à l'ordre du jour une politique de réconciliation nationale, de créer les fondements pour asseoir la paix dans son pays, définitivement. Nous avons continué à nous consulter et à nous réunir après l'échec des accords de paix de Gbadolite (ex-Zaïre), tantôt à Libreville, tantôt à Brazzaville, à Pointe-Noire ou à Luanda. ..Après les accords de Bicesse en 1991 et de Lusaka en 1994, une relative accalmie s'est installée en Angola, malgré de graves violations dans l'application de ces accords. Mais malheureusement, on est revenus à la case de départ. La guerre est là à nouveau. Lorsque le peuple angolais a choisi Dos Santos comme président, j'ai estimé, moi, qu'il était devenu comptable de l'Etat angolais et qu'il fallait donc lui faire confiance. Soyons réalistes et francs. Un président n'est pas un roi, il est élu pour un temps, puis, si le peuple le souhaite, réélu pour d'autres mandats. C'est le président Dos Santos qui, mieux que quiconque, sait ce qui se passe dans son pays. S'il estime que la conduite de certains Angolais va à l'encontre des intérêts de la nation angolaise, il se doit de réagir contre eux. C'est son devoir de président."
Un instant de silence, puis Omar Bongo se penche vers moi: " Laissez-moi vous faire une confidence, vous livrer un secret. Un jour; le président Dos Santos m ' a dit: « Si des Angolais se battent à cause du pétrole ou des diamants, nous sommes prêts à rechercher un compromis. Ce sont nos richesses nationales, nous sommes prêts à trouver une solution pour qu'elles ne soient pas considérées comme la propriété d'un individu ou d'un parti, ce qui n'est pas le cas, bien entendu. Mais nous sommes disposés à étudier avec ces Angolais les conditions auxquelles ils peuvent avoir légalement à accès ces richesses, si celle-ci est la condition pour le rétablissement de la paix. » Je crois qu' on ne pouvait pas mieux parler: Malheureusement, là aussi des intérêts extérieurs se sont immiscés. Il n 'y a pas seulement la main noire des Africains ; il y a aussi la main blanche qui a dit à Savimbi : vas-y, vas-y, tu auras finalement tout. Compte tenu des rapports que j' entretiens avec Dos Santos, je peux affirmer qu' il aspire à la paix, profondément et sincèrement, comme j' ai eu l' occasion de le dire à de nombreux homologues. On s'est retrouvés ici à deux reprises, en 1995 et en 1996, et le gouvernement angolais a accordé à Savimbi la vice-présidence, puis un statut particulier: Vous savez, quand on n'est pas à la tête d'un pays, quand on n'est pas président de la République, on pense que le pouvoir c ' est le tapis rouge, les palais, mais on oublie la lourdeur des responsabilités, les insomnies... C'est bien beau d'être chef de l'Etat, mais une fois au pouvoir; on comprend les réalités auxquelles on doit faire face. Ce n ' est pas aussi simple. Laissons un chef de l' Etat faire son travail.
S'il ne le fait pas bien, il sera
sanctionné par le scrutin du peuple. Une fois qu'il a fait son choix,
quel qu'il soit, c'est à lui qu'il appartient de l'appliquer...
Il a été élu par un peuple. Il faut faire confiance
au peuple."
Lors de la crise au Congo-Brazzaville,
Omar Bongo a essayé de mettre en place un compromis entre le président
Sassou Nguesso et l'ancien président, Pascal Lissouba. Mais sa déception
fut grande lorsqu'au comité international de médiation -composé
de plusieurs chefs d'Etat et du représentant de l'Onu, Mohamed Sahnoun
-convoqué à Libreville, l'ancien président Lissouba
ne s'est pas présenté. " Il faut, dit Omar Bongo, que les
gens comprennent la situation où se trouve le président Sassou.
On ne lui a pas donné le temps de créer les conditions pour
un retour à la paix, le temps de faire ses preuves. Il fallait faire
quelque chose pour essayer de rapprocher les uns et les autres. Pendant
la guerre de 1997, j'ai réuni ici-même huit chefs d'Etat...
Sassou Nguesso a exposé les problèmes auxquels son pays faisait
face. L'ancien Premier ministre, Bernard Kolélas, était encore,
à ce moment, en tout cas ouvert à la discussion. C'était
la réunion de la dernière chance, une occasion pour la paix,
hélas! ratée, parce que Pascal Lissouba s'est absenté-pour
se rendre à Kinshasa. Du coup, la conférence a été
un échec lamentable .Vous savez qu'on ne peut pas « vouloir
» la paix tout en brandissant ses armes. ..
On ne peut pas faire la paix avec
des fusils. Il faut aller vers la paix avec un drapeau blanc. Mais lorsque
l'objectif réel se limite à la quête du pouvoir pour
le pouvoir.. Alors, comme le disait Bonaparte (Talleyrand l'a dit aussi)
: « Avec les fusils on peut tout faire sauf s'asseoir dessus »
.Les gens pensent qu'il suffit d'avoir des fusils, pour prendre le pouvoir:"
LA GUERRE AU CONGO-BRAZZAVILLE en
1997 avait aussi entraîné une crise passagère entre
Sassou Nguesso et Laurent-Désiré Kabila. Omar Bongo, qui
a une fine connaissance de ces deux pays, avait su contribuer à
les réconcilier, évitant ainsi l'extension d'un conflit au
demeurant déjà meurtrier. Quelques mois plus tard, Omar Bongo
s'était joint à la conférence qui a réuni à
Luanda les présidents Dos Santos, Kabila et Sassou Nguesso pour
consolider la solidarité entre les positions des uns et des autres.
Bongo avait soutenu en 1997 la décision du chef de l'Etat angolais
d'accorder un soutien logistique et militaire permanent à Sassou,
menacé d'une déstabilisation menée par Pascal Lissouba
et Bernard Kolélas. Prenez, reprend Omar Bongo, la situation qui
prévalait au Tchad en 1996, à la veille d'une élection
présidentielle. J'ai invité les différents protagonistes
à une réunion à Franceville. Chacun des représentants
des formations politiques campait fermement sur ses positions. Par ailleurs,
dans le cas du Tchad, d'autres groupes, refusant des solutions consensuelles,
choisissent de monter une armée, et pensent que le pouvoir est au
bout du fusil. Nous ne pouvons pas accepter que l'on prenne le pouvoir
de cette manière. En résumé, il faut continuer à
affirmer que seul compte le verdict populaire. Nous avons joué un
rôle de médiateur au Tchad, mais le succès dépend
toujours de l'attitude des adversaires, et des moyens qu'ils choisissent
pour exprimer leurs revendications. Nous restons attentifs à une
restauration de la paix civile au Tchad."
Et la crise interne en RDC ? " Je
préfère ne pas interférer répond Omar Bongo.
Le pouvoir que reconnaît le Gabon est celui du président Kabila.
Cela dit, on ne m'a pas demandé à ce jour de rn 'y impliquer:
La crise en RDC est complexe. Elle implique deux rébellions armées
associées ( dont celle du Rassemblement congolais pour la démocratie),
l'armée congolaise et d'autres part des pays tels que l'Angola,
l'Ouganda, la Namibie, le Tchad, le Zimbabwe, le Rwanda..,"
A Libreville, on dit qu'en sa qualité
de doyen du continent subsaharien, Omar Bongo " a le consensus dans le
sang." Alors, comment expliquer qu'il ne prenne pas de nouvelles initiatives
dans la crise en ROC ? Le chef d'Etat gabonais réplique: "Je pourrais
prendre cela en considération, si les deux parties -Kabila et la
rébellion -me le demandaient, toutes les deux, Certains ex mobutistes
sont venus ici à Libreville m ' exposer leur projet d'un. forum
national qui, tout en reconnaissant la légitimité de Kabila,
permettrait aux exilés de rentrer chez eux." Omar Bongo les a-t-il
encouragés ? Il ne confirme pas. Toujours est-il que deux anciens
membres de l'entourage de Mobutu, Victor Nendaka et l' ancien chef des
services de renseignements, André Atundu Liongu, se sont rendus
successivement, après Libreville, à Brazzaville, à
Kampala, à Maputo et à Abidjan. Et quelques mois plus tard,
desn centaines d'exilés qui avaient appartenu au régime déchu
ont été autorisés à rentrer chez eux et dit
le Président "nous espérons qu'ils se mobiliseront aux côtés
du gouvernement congolais actuel".
TOUJOURS À PROPOS DE LA CRISE
EN RDC, quelle a été la réaction d'Omar Bongo à
la convocation d'un sommet extraordinaire par le président en exercice
de l' OUA, Biaise Compaoré ? A Libreville, on dit que ce comportement,
sans consultation préalable avec les intéressés, l'avait
irrité. Omar Bongo reste silencieux un moment avant de répondre:
"Je n ' en pense rien. Ce n'est pas la première fois qu'un sommet
est annulé. Compaoré jugeait-il que tel ou tel problème
devait être résolu ? Avait-il consulté les autres membres
de l'OUA ? Je ne sais pas. C'est lui le président en exercice, nous
devons respecter la fonction qui lui est confiée. Il a convoqué
un sommet, il a invité. ..
-Oui, dis-je en l'interrompant,
mais comment, alors qu'il connaît la situation dans ces pays, a-t-il
pu inviter Savimbi et les rebelles congolais de la RDC à ce sommet
sans consulter au préalable Luanda et Kinshasa, sans tenir compte
de leurs réactions ?
-Rien de tout cela n'était
bien préparé. Réunir Dos Santos et Savimbi ensemble,
alors que Dos Santos avait rompu tout rapport avec Savimbi n'est pas réaliste.
Ce n ' est pas ainsi que cela se fait. Nous savons comment procéder;
mais cela prend beaucoup de temps, deux, trois mois; et il faut savoir
consulter; demander conseil, savoir comment agir"
Quant à la crise qui a secoué
la République centrafricaine, c'est bien sous les auspices d'Omar
Bongo que les accords de Bangui du 25 janvier 1997 ont été
conclus après les nombreuses mutineries d'une partie de l'armée
entre avril 1996 etjanvier 1997, et ont ensuite permis la mise en place
par l'Onude la Misab puis de la Minurca. Les élections législatives
de novembre et décembre ont fini, grâce à une manoeuvre
du Mouvement de libération du peuple centrafricain (au pouvoir),
par donner une infime majorité à la mouvance présidentielle.
Certes, l'ordre et la sécurité règnent dans la capitale
grâce aux 1 300 soldats originaires d'une dizaine de pays africains
et de la Minurca, mais la paix reste fragile. Car la prolongation de la
mission de l'Onu en RCA dépend d'une mise en place rapide des réformes
indispensables dans le domaine économique et en matière de
sécurité. Qu'en est-il deux mois après la proclamation
des résultats des législatives de décembre dernier
? Si le président gabonais ne se prononce pas nettement, en raison
de la réserve que lui impose son impartialité dans les négociations
qui avaient abouti aux accords de Bangui, l' impression à Libreville
est qu'il favoriserait une solution de partage équitable du pouvoir
entre l'opposition et l'équipe en place, qui détient aujourd'hui
tous les pouvoirs.
Abordant la question des liens franco-gabonais,
je demande au Président s'il sent un changement dans la politique
française depuis l'arrivée au pouvoir de la gauche, "Vous
savez, dit-il, le Gabon compte des amis sincères dans la majorité
plurielle actuelle comme dans l'opposition, Par conséquent, nos
rapports sont fondés sur les mêmes principes d'une coopération
utile pour nos deux pays," Le problème d'Elf ? Pour Omar Bongo,
il s'agit essentiellement d'une question franco-française, S'il
affirme ne rien avoir à dire à ce sujet, on connaît
cependant l'étendue des ramifications d'Elf dans les pays pétroliers,
Sait-on par exemple que, selon nos informations recueillies auprès
de certains services de renseignements occidentaux, Elf, bien implantée
en Angola, accorde d'importants subsides à Jonas Savimbi, sait on
qu'elle refuse de divulguer à Sassou NGuesso des informations au
sujet de Lissouba qui a hypothéqué les réserves pétrolières
congolaises pendant des années ? Lorsque la boîte de Pandore
s'ouvrira, et elle s'ouvrira un jour, beaucoup de têtes tomberont
un peu partout, y compris en France. , ,
Mais que pense Omar Bongo de la
lutte d'influence, notamment économique, entre la France et les
Etats Unis en Afrique ? "Je serais content si elle existait, En Afrique,
il y a de la place pour tout le monde, pour tous ceux qui souhaitent établir
des rapports de coopération fructueux avec le continent, " Sur la
question de la dette, comment réagit le président gabonais
à l'annonce par Bill Clinton de l'annulation de 70 milliards de
dollars de la dette des pays à revenu moyen, et du projet de Paris
de suggérer au G7 la diminution, voire l'annulation
de cette dette
? "Ce que je peux dire, c'est : bravo! C'est la première fois que
les Etats-Uni- font la proposition d'une importante réduction de
la dette, je vous rappelle que le Gabon est le seul à être
qualifié de « pays à revenu intermédiaire (PRI)
» dans la sous-région et qu'il n 'a jamais profité
de mesure d'allégement de sa dette. Il faut qu'on nous sorte du
ghetto de ce statut. En 1960, nous n'avions rien. Nous avons dû nous
endetter parce que, plus que d'autres, nous sommes soumis à la loi
de l'accélération dans tous les domaine: on nous demandait
d'atteindre le développement en trente ou cinquante ans, alors que
les pays occidentaux ont mis des siècles! Nous pensons donc qu'il
est bon que la dette soit complètement effacée."
LA DETTE EXTÉRIEURE DU GABON était évaluée, fin 1997, à 1 900 milliards de F CFA (19 milliards de FF, soit 3,2 milliards de dollars) et, à la mimars, MM. Chirac et Clinton ont proposé respectivement une annulation de plus de 80% de la dette des pays les plus pauvres. On attend maintenant les décisions du Fonds monétaire international (FMI), passage obligé pour tous les autres bailleurs. "Le FMI, reprend le Président, peut dès maintenant constater qu'il y a une nouvelle gestion budgétaire au Gabon et une volonté de mettre fin aux dérapages. On y verra plus clair dans les prochains mois. Le Gabon n'a pas bénéficié jusqu'à présent d'un quelconque état de grâce. Il est en pleine tempête sur le plan social et financier (grève de trois mois dans la fonction publique, chute des cours du pétrole et du bois ). Nous avons travaillé d ' arrache-pied pour obtenir au moins une accalmie."
D'ailleurs, selon M. Bassary Touré,
administrateur de la Banque mondiale pour vingt-quatre pays africains,
le cas du Gabon doit être "revu attentivement". Contrairement à
beaucoup d'autres pays lourdement endettés, le Gabon n'avait pas
bénéficié de mesures d'allégement de sa dette
extérieure. Il explique que le statut de PRI du Gabon dépendait
des "critères d'appréciation de la BIRD, pas toujours objectifs,
qui l'ont classé ainsi, ce qui l'exclut du bénéfice
des mesures d'allégement". M. Touré explique: "On prend le
PIB par habitant du Gabon (78ème rang mondial selon l'Unicef), et,
à partir d'un seuil, on établit que le Gabon est un PRI.
Mais il faut parfois aller au-delà des statistiques, car il y a
d'autres paramètres..." L'administrateur de la Banque mondiale est,
pour sa part, convaincu que le Gabon est un pays en voie de développement
et qu'il doit bénéficier d'une forme d'allégement
de la dette, tâche à laquelle il va se consacrer au sein du
FMI à Washington, où s'est rendu il y a quelques jours Omar
Bongo avec une importante délégation de plusieurs ministres
Bien sûr, l' attitude du FMI est de faire respecter les échéances
de la dette extérieure. Il faudrait donc, soit mobiliser la majorité
du budget du Gabon, soit rechercher des soutiens de ses amis internationaux.
Lors de son séjour à Paris, où il a été
longuement reçu par le président Chirac et le directeur de
l'Agence française de développement (AFD), qui avait suspendu
le financement de plusieurs projets, le chef de l'Etat gabonais a offert
de rembourser une première tranche des 100 millions de FF, mais
l' AFD, après un accord de principe, a refusé d'accepter
l'offre de Libreville.
Bien d'autres questions restent
encore à aborder. Le président gabonais fut parmi les premiers
en Afrique à reconnaître l'OLP... Se prononcerait-il pour
un Etat palestinien ? "Oui. Tout le monde dit à Arafat: attendez,
attendez. Mais il attend depuis de-l' décennies; jusqu 'à
quand doit-il attendre ? Les élections israéliennes n'ont
rien à voir avec l'indépendance de la Palestine, qui est
légitime et irréductible." Autre sujet, la succession de
Bongo, l'un des sujets de conversation favoris à Libreville...
Le Président éclate de dire: "On dirait que les gens ne lisent
pas, ou ne comprennent pas, On ne peut me parler à moi, de la succession
de Bongo.., Certains journaux disent que Bongo est malade... mais de quelle
maladie s'agit-il ? Si je me suis rendu récemment à l'hôpital,
en France, c'est avec mon fils -Omar Bongo -qui devait être opéré
des amygdales, et j'étais à .ses côtés. Il aurait
fallu que les journalistes demandent aux médecins pourquoi j'étais
là. Cela dit, le président de la République est maintenant
élu chez nous pour sept ans.et je vous le dis carrément,
quand j' aurai fini les sept ans, je demanderai un autre mandat.
ECONOMIE
L'économie gabonaise est largement tributaire du pétrole. Selon le dernier rapport de la zone franc, le secteur pétrolier contribue à plus de 40% du Produit intérieur brut (PIB) et à près de 80% des recettes d'exportations. Mais le salut pour les Gabonais réside avant tout dans la diversification de leur économie, la transformation sur place de certains produits de base et le développement de leurs abondantes richesses agricoles. Certes les Gabonais ne meurent pas de faim, si on en croit les statistiques internationales puisqu'ils disposent en moyenne chacun pour vivre de près de 4 000 dollars (2,4 millions de Fcfa) par an, mais ils n'ont pas encore réussi à atteindre l'autosuffisance alimentaire. Beaucoup de ressources sont nécessaires tous les ans pour importer des produits alimentaires que le Gabon pourrait produire.
La dévaluation du franc CFA de 1994 a renchéri les importations sans toutefois ériger l'agriculture au rang des priorités nationales. Et pourtant le pays dispose d'immenses terres cultivables. Mais l'agriculture pâtit encore et toujours de la trop grande importance accordée aux secteurs pétroliers et miniers. A défaut d'une agriculture florissante, la terre fournit indirectement du bois. La forêt couvre plus des trois quarts du territoire gabonais. On y trouve plus de 400 essences différentes ayant un certain potentiel de valeur marchande. La surface couverte par la forêt -22 millions d'hectares dont 12,5 millions exploitables -représente le second potentiel forestier d'Afrique, après la République démocratique du Congo. Deux essences sont le fer de lance de l'exploitation forestière: principalement, l'Okoumé (70 à 75% des exportations de grumes) et accessoirement l'Ozigo. L'année 1997 a été une année faste pour la production de grumes d'okoumé, d'ozigo et de bois divers, qui a atteint 2 775 000 m3.
Mais la crise financière qui s'est déclenchée en Asie du sud-est en juillet 1997 est venue assombrir les perspectives dans ce secteur. Surtout lorsqu'on sait que le poids de l'Asie dans les ventes des bois gabonais n'a cessé de croître. La Société nationale des bois du Gabon (SNBG) a exporté en 1997 62% de la production vers cette région, dont plus des trois quarts vers la Chine avec 1 015 792 m3. Mais l'année 1998 s'annonce difficile: les recettes d'exportation du bois pourrait chuter de 40% suite à la baisse des cours (30 à 40% ) et à la concurrence exacerbée des pays comme l'Indonésie dont la monnaie a été dévaluée. Ce pays a considérablement réduit le prix de ses bois tropicaux. Aussi le gouvernement gabonais a pris la décision de contingenter la production. Le 1er mars, la SNGB, qui a le monopole de l'exportation de l'okoumé et de l'ozigo a réduit de 30% les quotas d'achat aux producteurs locaux. Résultat: les effectifs des exploitants agricoles ont fondu de 20%. Rappelons que l'activité forestière emploie plus de 10 000 personnes: c'est le premier employeur privé du pays. Aujourd'hui le gouvernement ne jure que par la transformation sur place de la production de bois. Objectif: transformer 50% de la production en l'an 200 contre 7% à l'heure actuelle.
Autre secteur qui tire l'économie
gabonaise : les mines. Dans ce secteur, c'est le manganèse qui se
taille la part du lion. C'est la troisième source des recettes d'exportations
du pays. Le sous-sol gabonais regorge d'autres minerais: or, phosphate,
niobium et uranium (en voie d'épuisement). Mais c'est le secteur
pétrolier qui tient le haut du pavé. Par conséquent
le Gabon subit de plein fouet la baisse des cours du pétrole depuis
le début de l'année. Selon le rapport de la zone franc 1997,
la loi de finances pour 1998 a été révisée
sur la base d'un prix du baril à 13, 7 dollar contre 16,5 dollars
précédemment, soit une baisse de 17%. Dans cette hypothèse,
les recettes baisseraient de 107 milliards de F cfa par rapport à
la loi de finances initiale et les recettes totales de 165 milliards (
-16,5% ). Les cours pourraient légèrement augmenter l'année
prochaine. Les Français disent: quand le bâtiment va, tout
va. Les Gabonais, eux, sont condamnés à dire aussi longtemps
qu'il n'y aura pas de diversification de leur économie : «
Quand le pétrole va, tout va».
Mais pour diversifier leur économie
et accroître la part locale de la valeur ajoutée de leurs
exportations, les Gabonais ont entrepris de développer un réseau
routier long aujourd'hui de 8100 km dont 1100 asphaltés. La vie
d'un camion dépasse difficilement cinq ans à cause de l'état
de certaines routes. Une table ronde des bailleurs de fonds a eu lieu à
Paris à la mi-juillet pour examiner et soutenir la nouvelle politique
des transports du Gabon qui prévoit la réhabilitation, l'entretien
et l'aménagement de certains axes routiers. Par ailleurs, l'Union
européenne apporte son soutien à l'aménagement de
la route Lalara-Mitzic au nord du pays. Un signe évident de confiance.
...
Entre 1995 et 1997, le Gabon a vécu
des situations bien contrastées. Sur le plan économique,
les évolutions furent remarquablement positives. L'activité
soutenue a été dynamisée par l'excellente tenue des
prix du pétrole, ainsi que par l'explosion de la demande de bois
par les marchés extérieurs. L'emploi en a été
encouragé, à tel point que le pays a manqué de main
d'oeuvre et a dû faire appel à des ressortissants en difficulté
des pays voisins. La bonne santé économique du pays a permis
à Omar Bongo de traverser une période politique extrêmement
fragile, à l'extérieur comme à l'intérieur.
Le président gabonais n'a
pu éviter d'être totalement engagé dans la gestion
des conflits au Congo-Kinshasa et Congo-Brazaville. Le Gabon fait pleinement
partie de ce fameux delta du fleuve Congo scandaleusement riche en pétrole,
réel ou potentiel. Trois pays au moins, l'Angola, le Congo-Brazaville
et le Gabon, et bientôt quatre avec le Congo de Laurent-Désiré
Kabila, exercent leur souveraineté politique sur les zones de production.
L'Angola, le Congo-Kinshasa et le Congo-Brazzaville ont connu de très
vives tensions en 1996 et 1997 et sont sur le pied de guerre, encore aujourd'hui.
Le Gabon y fut inévitablement mêlé. Il l'était
d'autant plus que le chef de l'Etat a tenté jusqu'au bout de sauver
de la déroute le défunt président zaïrois, Mobutu,
avec qui il a longtemps partagé les mêmes intérêts
stratégiques dans la région. Il ne pouvait, au départ,
qu'être méfiant vis-à-vis des oppositions armées
qui montèrent soudainement à l'assaut du pouvoir en 1996,
à partir du lointain est du Zaïre. Alors que ses fidèles
amitiés et son intimité avec la politique africaine de la
France et la compagnie Elf le poussaient dans cette voie, les risques d'isolement
et la réserve américaine envers Mobutu l'ont engagé
dans une prudente neutralité. Il s'en sortit difficilement sans
grands dommages et a su éviter que ses opposants dans le pays n'utilisent
les événements du Zaïre contre lui.
Mba Abessole, seul opposant sérieux. Il a eu plus de chances avec le Congo Brazaville. Sa parenté avec Sassou N'Guessou et l'amitié de ce dernier avec le président angolais Dos Santos seront le ciment d'une volonté de convergence des politiques pour abattre Pascal Lissouba, l'ancien président élu après une sanglante guerre civile entre milices à Brazzaville. Dans cette entreprise, les Etats-Unis n'interviendront pas, acceptant ainsi tacitement le nouvel ordre des choses, soutenu par la France, dont les intérêts pétroliers et sur d'autres matières premières dans le delta du Congo sont énormes.
Cette période critique finit
ainsi par tourner à l'avantage du président Bongo, qui s'empressera
dès le début 1998 de préparer ouvertement sa campagne
pour sa réélection à la tête de l'Etat à
la fin de l'année. Il pense même se présenter pour
un mandat de sept ans, ce qui porterait, sauf accident, à trente
huit ans la durée de son magistère, faisant de lui le doyen
des chefs d'Etat d'Afrique subsaharienne depuis l'indépendance.
En apparence, il ne devrait pas
rencontrer de difficultés majeures dans la conduite de son exercice.
Hormis le maire de Brazzaville, Paul Mba Abessole, prêtre à
la tête du Rassemblement national des Bûcherons et maire de
Libreville depuis 1996, il ne peut redouter d'opposition solide. Si les
sondages donnent Omar Bongo gagnant, du fait de sa capacité à
diviser les oppositions en suscitant des candidats de diversion, et de
son implantation plus favorable en dehors de la capitale, des retournements
sont tout de même possibles.
LA CROISADE DU FMI
Sa première contrainte vient
du retournement durable et important de la conjoncture économique.
Les prix du pétrole ont chuté, entraînant une perte
à l'exportation de près de 3 milliards de francs sur toute
l'année et une moins-value budgétaire d'environ 2,5 milliards
de francs. Le financement des investissements publics, principalement
en matière d'infrastructures
sociales et économiques, s'en est déjà fortement ressenti.
Le chômage est réapparu. Ces deux facteurs inscrits dans la
réalité en pleine période électorale peuvent
aboutir à un retournement d'alliance des élites locales,
partiellement en faveur du candidat de l'opposition. Ces rivalités
aigües au sein de la classe politique favorable au président
et à l'intérieur de sa propre famille peuvent également
devenir un atout pour l'opposition dans les zones urbaines, y compris à
Port-Gentil et Franceville, où réside 70% de la population.
L'entourage de Bongo pourrait alors compter sur le soutien de la France
et de la Commission de Bruxelles, par une aide à la préparation
des élections et la présence de personnalités lors
du déroulement du scrutin.
La situation politique, quoique
parfois tendue, ne semble pas menacer la réélection d'Omar
Bongo. C'est sur le plan économique que les difficultés sont
multiples. Le FMI pourrait, à la faveur de nouveaux problèmes
de financement, durcir ses positions et partir en guerre avec la Banque
mondiale contre les gestions rentières privilégiant les Français
et les hommes du régime, du bois et du pétrole. Ceci est
d'autant plus probable que les pays asiatiques, principaux acheteurs du
bois, semblent s'essouffler. Des restructurations entre investisseurs étrangers
sont bien possibles dans ces domaines. Omar Bongo réélu ne
pourra résister à la détérioration économique
qu'à condition de tisser de nouvelles alliances en dehors du champ
français et en acceptant de nouveaux investisseurs dans les matières
premières d'exploitation. Dans ces conditions, le programme des
privatisations va certainement être accéléré
et devenir indispensable, dans les transports, les télécommunications,
l'agro-industrie et les industries forestières. .
DECEMBRE 1999
La fin de campagne n'a pas manqué
de tension. A tel point que le président Omar Bongo, l'un des chefs
d'Etat les mieux informés, a dû renoncer à se rendre
à Paris, au sommet France-Afrique qui s'est tenu du 26 au 28 novembre
au Louvre, à moins de deux de semaines du scrutin. A la fois pour
veilleur la «maison Gabon», et éviter le reproche prévisible,
de la part de ses adversaires, d'aller chercher les ordres chez l'ancien
colonisateur. ..Dans une interview diffusée sur LCI, une chaîne
d'information française, le président gabonais a levé
un coin du voile sur les manigances et complots qui ont entouré
ce rendez-vous électoral; des informations laissaient entendre que
certains milieux de l'opposition gabonaise, disposant visiblement de moyens
considérables, avaient entrepris de commander du matériel
de combat, notamment des hélicoptères, en Afrique du Sud,
par l'intermédiaire d'un homme d'affaires. ..français. Auparavant,
d'autres rumeurs avaient circulé; un proche du président,
qui lui avait dérobé une importante somme d'argent, aurait
agi pour le compte de l'opposition. Et à qui voulaient l'entendre,
«on» distillait la menace de tout «gaspiller» -entendez,
tout détruire -dans le cas où le président sortant
serait reconduit par les urnes. Dans cet esprit, des sondages contradictoires
ont circulé, repris selon les tendances, avant que L'Union, le quotidien
gouvernemental, ne publie les derniers réalisés par l'Institut
africain de futurologie et de recherche économique et sociale (INAFRES)
et la firme canadienne Léger & Léger. Selon le premier,
le président sortant recueillait 53% d'intentions de vote (48% pour
Léger & Léger), contre 19,2% pour Pierre Mamboundou (23%
chez Léger & Léger). Depuis le début de la campagne,
ce dernier était pressenti comme deuxième, détrônant
le père Mba Abessole qui n'arrivait dans le sondage qu'en troisième
position avec 12,6% (et 18%). Pierre-Claver Maganga-Moussavou, avec 3,8%
et 4%, et Pierre-André Kombila, avec 2,9% et 3%, fermaient la liste.
C'est dans cette ambiance, somme
toute assez habituelle pendant les compétitions électorales
depuis que le multipartisme a quelque peu dégradé les moeurs.
En conséquence, l'Etat gabonais a pris des mesures drastiques, filtrant
scrupuleusement les voyageurs aux frontières terrestres, fluviales
et aériennes, et donnant des consignes strictes; ainsi, dix personnes
de nationalité française, dûment munies de visas d'entrée,
ont été refoulées à l'aéroport Léon
Mba de Libreville,
au motif que la direction de la sûreté n'avait pas été avisée par l'ambassade de Paris qui avait délivré les visas. Vérification faite, il s'agissait bien de personnages voyageant sous de fausses identités. ..D'autres individus, comme le dénommé Jean-Marie Coulbary, lobbyiste sénégalais basé aux Etats-Unis, a été expulsé du Gabon pour des raisons «déontologiques»; après avoir travaillé avec son associé Herman Cohen pour l'Etat gabonais, il roulait à présent pour le père Paul Mba Abessole, rival malheureux d'Omar Bongo. Il faut dire également que Coulbary traîne quelques casseroles qui ont grillé sa réputation.
Comme d'habitude, le spectre de Jean-Pierre
Lemboumba Lepandou a plané un temps sur la campagne. Ancien directeur
du cabinet présidentiel réputé milliardaire, il a
adopté un profil bas à la suite d'une mystérieuse
tentative d'assassinat dont il avait été victime il y a quelques
années. Depuis, de sa somptueuse résidence de Libreville,
il financerait des publications satiriques au vitriol et tirerait quelques
ficelles dans les cercles de l'opposition radicale. Pas moyen de le vérifier;
Leboumba refuse systématiquement toute interview.
En fait, le paysage politique gabonais
a connu de sérieuses recompositions dans la dernière ligne
droite qui conduisait aux élections; la plus marquante, qui a immédiatement
donné l'avantage au président Bongo, a été
la scission du parti des Bûcherons, le principal parti d'opposition,
entre Paul Mba Abessole et Pierre-André Kombila. Ce bicéphalisme
a entériné et perpétué l'antagonisme entre
les électeurs de ces deux tendances. Tensions qui perdurent après
le scrutin.
De son côté, Pierre Mamboundou, présenté comme le plus «sérieux» des candidats contre Bongo, il s'est distingué surtout par sa posture figée dans le refus, mais sans programme politique précis, Ancien fonctionnaire international (il a travaillé à l'Agence de la Francophonie à Paris), Mamboundou a été expulsé vers le Sénégal quand il est apparu qu'il fomentait un coup d'Etat contre Omar Bongo. Rentré depuis deux ans, après un long exil, il garde le verbe haut et le front fier, se positionnant comme la génération du futur, un atout sur le temps que lui confère son jeune âge (la quarantaine). L'avenir dira s'il est capable de tenir la durée.
Quant au président, cette
atmosphère de tension entretenue par différents milieux ne
l'a pas empêché de faire une vaste et active campagne, sillonnant
le pays et n'hésitant pas à aller rencontrer ses concitoyens
dans les quartiers populaires réputés «difficiles».
Non sans gratifier ses fans de ses fameuses petites phrases. A la Pointe
Denis, dans la province de l'Estuaire, il a ainsi salué l'impressionnante
foule venue à sa rencontre par une boutade sur sa conviction de
remporter la victoire. «Ce sera cash à 8 heures, soldé
à 14 heures, acquis à 20 heures !».La foule en liesse
a applaudi à tout rompre. A Owendo, commune industrielle située
au sud de Libreville, le chef de l'Etat a mis en garde les populations
contre certaines pratiques de ses adversaires; certains parcouraient le
pays, se prétendant alliés au Parti démocratique gabonais
(PDG, au pouvoir) et rachetaient les cartes d'électeurs des citoyens
crédules... Coiffé d'une casquette à son effigie et
accompagné de son épouse Edith Sassou Nguesso, en tenue de
campagne, Omar Bongo a promis à ceux qui lui ont fait confiance
de se pencher avec une détermination accrue sur leurs problèmes
quotidiens qui ont pour nom: pauvreté, système sanitaire,
éducation, infrastructure routière, développement.
..
Pour les Gabonais aujourd'hui, l'heure
est venue de panser les blessures d'amour-propre réciproquement
infligées et de regarder résolument ensemble vers la ligne
de l'horizon 2000.
Situé au coeur d'une région
dans la tourmente, le Gabon constitue un verrou contre le déferlement
de la violence et de la déstabilisation venue des Grands Lacs. Une
des pistes des fauteurs de troubles autour du scrutin mène d'ailleurs
vers le Rwanda et l'Ouganda... .
Sources :
Afrique-Asie
Jeune Afrique
Jeune Afrique Economie
Africa International
Continental

Contenant et contenus conçus et réalisés par Olivier Bain; tirés de l'oubli, toilettés et remis en ligne par Jean-Marc Liotier