Afrique : histoire, economie, politique

1998-2001
LE PAYS DE 1982 A 1997

LE PAYS DE 1982 A 1997

La Gambie (0,6 million d'habitants), ancienne colonie britannique, est une petite enclave large d'une cinquantaine de kilomètres, le long du fleuve Gambie. Elle est entourée de toutes parts, sauf à l'embouchure du fleuve, par le Sénégal, et les rapports entre les deux États ne peuvent être que fort étroits. La Gambie se caractérise, elle aussi, par la quasi-monoculture de l'arachide.

En juillet 1981, le gouvernement gambien a fait appel à l'armée sénégalaise pour écraser une tentative de coup d'État. Ceci a renforcé les liens entre Gambie et Sénégal, et une Fédération de Sénégambie a été constituée à la fin de l'année 1981, au profit des commerçants et des sociétés d'import-export liés au Sénégal et à la France, et au grand dam des mêmes secteurs économiques traditionnellement liés à Londres.

La Gambie, ancienne colonie britannique de 635 000 habitants, est une petite enclave, large d'une cinquantaine de kilomètres le long du fleuve qui lui a donné son nom, qui sépare le Sénégal sahélien de la Casamance, boisée et humide. À la suite de l'intervention militaire sénégalaise contre une tentative de coup d'État en juillet 1981, la création de la Confédération de Sénégambie, officielle depuis le 1er février 1982, marque la fin d'une certaine autonomie gambienne: les autorités sénégalaises ne peuvent que se réjouir de cette tutelle - qui risque d'apparaître pesante à la longue aux Gambiens, compte tenu de la présence militaire sénégalaise aux points stratégiques - qui doit leur apporter un certain répit par rapport à la contrebande, sujet traditionnel de conflit entre les deux pays avant leur "fédération". Aucun des problèmes qui étaient à l'origine de la tentative de coup d'État de juillet 1981 ne sont réglés ; notamment le fait que les Manding constituent la part la plus importante de la population, tandis que les Ouolofs et Akou fournissent la majeure partie des fonctionnaires...

Malgré ou à cause des investissements démesurés dans le tourisme ("sun, dance and sex") qui font de Banjul une petite Bangkok de l'Afrique, la Gambie reste un des pays les plus pauvres de la région.

Ancienne colonie britannique installée de part et d'autre du fleuve qui lui a donné son nom, la Gambie (620 000 habitants) était une petite enclave au coeur du Sénégal: depuis le 1er février 1982, la création de la Confédération de la Sénégambie a marqué la fin d'une certaine autonomie gambienne. L'intervention militaire sénégalaise, à la suite d'une tentative de coup d'État en juillet 1981, a bien sûr favorisé la mise sous tutelle de la Gambie par le Sénégal.

Il a fallu attendre le début de l'année 1985 (8 février) pour que soit mis fin à l'état d'urgence prorogé à trois reprises depuis juillet 1981, et qui avait conduit à l'arrestation de plus de mille personnes. Au début de 1985, l'objectif du président sénégalais Abdou Diouf, président de la Confédération, restait de réaliser sans tarder l'union économique et monétaire entre les deux pays, pour donner au Sénégal de meilleures garanties contre la fraude, spécialité des commerçants gambiens. Cependant, les contradictions, entre les intérêts économiques des Gambiens et ceux des Sénégalais risquaient de réapparaître à l'occasion de ces négociations, sans laisser Paris et Londres indifférents, malgré la modicité des enjeux réels. Si les négociations aboutissent, la devise gambienne, le dalasi, serait sans doute abandonnée au profit du franc CFA dans le courant de l'année 1985.

De la Gambie, minuscule État s'étirant le long du fleuve Gambie, on a dit souvent qu'il était un index enfoncé dans le visage du Sénégal. Le Parti progressiste du peuple (PPP) de Dawda Jawara (parti au pouvoir) et le Parti du peuple gambien (PPG) de Assan Musa Camara en sont les principales forces politiques.

En février 1984, le Sénégal et la Gambie ont décidé de former une Confédération qui a pris le nom de Sénégambie. Les deux pays ont intégré leurs forces armées et de sécurité, de même qu'ils coordonnent leurs politiques dans les domaines des transports, des télécommunications et de l'information. Les discussions se sont poursuivies entre Sénégalais et Gambiens pour créer entre les deux pays une véritable zone de libre-échange devant aboutir à la suppression des droits de douane. Il est d'ailleurs de plus en plus question que la Gambie abandonne sa monnaie, le dalasi, pour entrer dans l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et ainsi dans la zone franc.

La récolte arachidière dont dépend (avec le tourisme) l'économie de la Gambie a été très mauvaise: de 93 000 tonnes en 1983-1984, elle est tombée à 45 000 tonnes en 1984-1985. En 1985, la dette extérieure s'est élevée à 300 millions de dollars pour ce minuscule pays encastré dans le Sénégal. En juin 1986, le FMI a accordé un crédit de 12 millions de dollars sur une période de quinze ans. En contrepartie, la Gambie s'est engagée à pratiquer une politique de rigueur: relèvement du prix de l'essence, du riz, des droits de douane et licenciement de mille cinq cents fonctionnaires. De son côté, la Banque mondiale a accordé, le 28 août 1986, un crédit de 16,5 millions de dollars à des taux d'intérêt très bas.

Le 11 mars 1987 se sont déroulées des élections présidentielles et législatives. Trois personnalités et trois partis étaient en présence: Dawda Jawara, président sortant, à la tête du Parti progressiste du peuple (PPP), Sheriff Mustapha Dibba avec le Parti de la convention nationale (NCP) et Assan Musa Camara, leader du Parti du peuple gambien (GPP). Avec 59,18% des suffrages exprimés, Dawda Jawara a été réélu président de la République pour la quatrième fois ; son parti obtenant la majorité absolue au Parlement.

Les états généraux de l'éducation (Banjul, 21 au 26 septembre 1987) ont demandé au gouvernement gambien d'abaisser l'âge d'entrée à l'école de huit à six ans, de revaloriser la fonction enseignante grâce à une hausse des salaires des enseignants, d'engager l'enseignement des langues nationales.

En octobre 1987, le président Dawda Jawara avait amnistié William Gillen et Dodu Joba, deux des conjurés de la tentative de coup d'État qui avait eu lieu en juillet 1981. 59 condamnés de ce putsch manqué restaient encore en prison. Le 16 décembre 1987 ont eu lieu les élections municipales dans la capitale Banjul. Elles ont été remportées par le Parti progressiste du peuple (PPP, parti au pouvoir) qui a enlevé huit des neuf sièges du conseil municipal ; la coalition des partis d'opposition remportant le neuvième.

Une tentative de complot a été déjouée en janvier 1988. Selon des sources proches du pouvoir, les dix personnes arrêtées (quatre Gambiens et six Sénégalais) étaient en possession de lettres écrites par Kukoï Samba Sanyang, l'auteur du putsch manqué de juillet 1981.

Dans le domaine diplomatique, dans le cadre de la Sénégambie, le Sénégal et la Gambie ont décidé, à l'issue d'une réunion qui a eu lieu le 23 octobre à Banjul, de créer un comité ministériel sur l'agriculture, chargé de définir une politique agricole commune. Enfin, aux termes d'un accord du 7 mars 1988 entre les États-Unis et la Gambie, la navette spatiale américaine pourra utiliser l'aéroport de Banjul pour des atterrissages d'urgence.

Le gouvernement a annoncé, fin janvier 1988, la découverte d'un complot attribué à la Libye et dans lequel aurait été impliqué Me Abdoulaye Wadé, figure de proue de l'opposition sénégalaise. Les personnes arrêtées ont été rapidement traduites en justice. A l'issue du procès, 3 d'entre elles ont été condamnées à des peines allant de 9 à 30 ans de travaux forcés, Me Wadé étant, lui, mis hors de cause.

Dans le cadre de l'accord sur l'ajustement structurel, la Gambie a bénéficié d'un prêt de 20,52 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) (environ 28 millions de dollars) du FMI. L'IDA (Association internationale pour le développement, filiale de la Banque mondiale) a accordé un prêt de 10 millions de dollars sans intérêt, remboursable en quarante ans. Il est destiné à rendre le crédit plus accessible aux petites entreprises et doit favoriser la création de 1 400 emplois nouveaux.

La situation politique a été profondément marquée par la remise en cause puis par l'abolition de la Confédération sénégambienne. Instituée à une époque où le pouvoir du chef de l'État, Sir Dawda Jawara, était contesté et soumis à une pression libyenne, l'union entre la Gambie et le Sénégal était en butte à l'hostilité des milieux d'affaires gambiens. Dakar en a pris acte: la Confédération a été gelée avant qu'un protocole d'accord sur sa dissolution ne fût signé entre les deux États. Les trois cents hommes de troupe sénégalais présents en Gambie depuis la tentative de coup d'État de 1981 ont été rapatriés quelque temps plus tard.

L'assainissement de la situation économique s'est poursuivi avec le soutien des bailleurs de fonds internationaux. Le plus important est sans doute celui de l'USAID (Agence des États-Unis pour le développement international) concernant plusieurs projets de développement, suivi par l'aide de la CEE en faveur de l'agriculture, de l'hydraulique, des routes, de l'éducation sanitaire et de la condition féminine. La production cotonnière a progressé, les prix d'achat consentis aux producteurs étant plus attrayants que ceux de l'arachide.

En 1990-1991, la situation économique est restée difficile, du fait notamment d'une mauvaise campagne agricole imputable à l'arrivée tardive des pluies. La production de céréales (arachide et riz en particulier) a accusé une chute de 50% par rapport à celle de 1989. Au total, le déficit vivrier a été estimé à 130 000 tonnes. La réalisation du plan d'ajustement s'est poursuivie avec des résultats plus encourageants cependant: depuis le début de la mise en oeuvre du plan d'ajustement structurel, en 1985, et jusqu'en 1990, l'inflation est tombée de 70% à 10,5%, le ratio de la dette publique a chuté de 206% à 132% du PIB, et le service de la dette extérieure de 45,3 millions de DTS (droits de tirage spéciaux) à zéro. La Gambie a bénéficié d'un nouveau prêt de 9,9 millions de dollars de la part du FMI.

Banjul a accueilli en mai 1990 le treizième sommet de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). A cette occasion, le président Dawda Jawara a appelé à une intégration régionale "réaliste" et plaidé pour une augmentation de 2% par an des échanges communautaires pour la décennie en cours.

Le président Dawda Jawara a été réélu chef de l'État à l'issue de l'élection présidentielle d'avril 1992 et son mouvement, le Parti progressiste populaire (PPR), est sorti vainqueur des élections législatives organisées au même moment. Cette victoire est cependant intervenue dans un contexte économique difficile: chute à 74 000 tonnes de la production arachidière en 1991 (contre 130 000 tonnes en 1990), due aussi bien au manque de pluie qu'au trop faible prix d'achat aux producteurs; ralentissement de l'activité touristique, seconde source de devises du pays, au bénéfice du Sénégal voisin. A ces tensions s'est également ajoutée l'arrivée de plusieurs centaines de réfugiés fuyant la Casamance (Sénégal) en proie à une vive agitation séparatiste.

Paradoxalement, pourtant, la Gambie a bénéficié du satisfecit de la Banque mondiale pour la mise en oeuvre de ses plans d'ajustement structurel. Entre 1974 et 1991, les financements de la Banque y auraient atteint 120 millions de dollars.

Un nouvel élan a été donné à la coopération avec le Sénégal grâce à la signature, le 25 mai 1991, d'un traité d'amitié qui remplace la Confédération sénégambienne dissoute en septembre 1989.

Sir Dawda Jawara, au pouvoir depuis 1974, a été réélu chef de l'État le 11 mai 1992. Peu après était annoncée une possible révision constitutionnelle, destinée à créer un poste de Premier ministre. Consécutive à la réélection de D. Jawara, l'amnistie générale dont ont notamment profité les auteurs de la tentative avortée de coup d'État de 1991, (Kukoi Samba Sanyang - l'organisateur de l'opération, en exil - excepté) a engendré une certaine détente politique.

Au plan économique, un rapport du FMI (Fonds monétaire international) est venu souligner l'amélioration de la situation depuis la mise en route du plan d'ajustement structurel de l'économie - PAS - (1985-1986).

La situation des ruraux ne s'en est pas améliorée, au contraire. Dans l'ensemble, le PAS a, d'ailleurs, eu des conséquences négatives sur la vie des plus défavorisés. L'opposition parlementaire a donc déposé une motion de censure contre le gouvernement, en mai 1992, pour protester contre sa mauvaise gestion économique, une première dans l'histoire politique du pays.

Au plan extérieur, la Gambie a décidé, le 13 septembre 1992, de renouer ses relations diplomatiques avec Israël.

Source majeure de devises pour l'économie, le tourisme a continué à pâtir de la récession économique en Europe et de la baisse du pouvoir d'achat des touristes, notamment anglo-saxons. De 150 000 en 1990, leur flux a chuté d'un bon tiers en 1993. Ainsi se sont trouvées aggravées les difficultés d'un pays peu doté en ressources naturelles. Pour attirer les investisseurs étrangers, le gouvernement a donc décidé, en avril 1993, de créer une zone franche industrielle et d'exempter de l'impôt sur le revenu, du droit de timbres et autres taxes les entreprises souhaitant s'y installer. Il a, en outre, autorisé les navires étrangers à se faire enregistrer dans le pays, moyennant le paiement de droits en devises fortes.

Au nom de la promotion des droits de l'homme, l'État a aboli la peine de mort en avril 1993.

Le 23 juillet, un coup d'État mené par de jeunes officiers renversait le régime de Sir Dawda Jawara, au pouvoir depuis vingt ans. Un conseil provisoire a pris le pouvoir.

L'incertitude a continué à prévaloir après le putsch du 22 juillet 1994 qui a renversé Sir Dawda Jawara. A la tête du Conseil provisoire de gouvernement des forces armées (AFPRC), le capitaine Yayah Jammeh avait initialement promis de restaurer la démocratie et de remettre le pouvoir aux civils en 1998. Soumis à la pression des bailleurs de fonds, l'AFPRC a finalement annoncé, le 3 février 1995, que des élections pluralistes seraient organisées avant le mois de juillet 1996. L'asphyxie financière menaçant le pays n'a guère laissé de marge de manoeuvre aux militaires. L'aide extérieure, dont les flux se sont taris en 1995, équivalait au quart du revenu national en 1993. L'activité touristique, qui emploie 22% de la population active, a tourné au ralenti. En novembre 1994, le Royaume-Uni et la Suède ont en effet recommandé à leurs ressortissants de ne plus se rendre en Gambie. Quant à la dévaluation du franc CFA (janvier 1994), elle a réduit de moitié le trafic de réexportation et de contrebande, deux autres piliers de l'économie nationale.

Fatal à la démocratie gambienne, l'une des plus vieilles du continent, le putsch du 22 juillet 1994 a entraîné la suspension de la plupart des programmes de coopération. L'aide internationale n'a pas repris, malgré la promesse faite par Yaya Jammeh, le nouveau chef de l'État, d'organiser des élections générales avant juillet 1996 - et non en 1998, comme il en avait d'abord été question. Invoquant des difficultés financières, la junte a reporté la présidentielle au 11 septembre 1996 et les législatives au 11 décembre suivant.

L'isolement international a aggravé, en 1995, la chute des activités du tourisme et du commerce de réexportation. Le chef de l'État a de ce fait accepté le million de dollars que lui proposait la Libye en août 1995. En échange de programmes de coopération également, la Gambie a rétabli, le 13 juillet 1995, ses relations diplomatiques avec Taïwan. Sur le plan intérieur, la crispation du régime militaire s'est traduite par des arrestations répétées de journalistes et la mort de deux ministres, en juin 1995, dans des circonstances mystérieuses.

Malgré sa promesse de remettre le pouvoir à des civils, Yaya Jammeh, à la tête de l'État depuis son putsch du 22 juillet 1994, s'est porté candidat à l'élection présidentielle du 26 septembre 1996. Promu colonel, le cadet des chefs d'État africains (trente et un ans) a formé son parti, l'Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC), puis éliminé, par décret, ses principaux rivaux. L'interdiction des cinq partis politiques de l'ancienne démocratie a été maintenue pour les trois plus importants: le Parti progressiste du peuple (PPP), le Parti de la convention nationale (PCN) et le Parti du peuple gambien (PPG).

Parmi les trois partis en lice contre l'APRC, une nouvelle formation a cependant créé la surprise. L'Union pour la démocratie et l'unité (UDU) de Ouseynu Darbo, un avocat de quarante-huit ans, a enregistré 35,3 % des suffrages. Élu avec 56 % des voix, Y. Jammeh a continué de défendre son bilan, remportant 33 des 45 sièges en jeu lors des législatives du 2 janvier 1997. A son actif figurent l'introduction d'une télévision nationale et la construction de plusieurs édifices (une arche, deux écoles, un hôpital et un aéroport). Entrepris sans l'aide des bailleurs de fonds, qui n'ont pas repris leurs programmes de coopération depuis le coup d'État, ces travaux ont été financés, sans grande transparence, par la Libye, Cuba, l'Iran et Taïwan.

Source :
L'Etat du Monde, 1981-1998


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